L’abbé Gérard Alzieu, prêtre érudit du diocèse de Montpellier au XXe siècle

* Docteur en Histoire, professeur d’histoire au lycée Clemenceau à Montpellier

Le père Gérard Alzieu, une figure discrète mais éminente du diocèse de Montpellier, a été pendant trente ans curé de Saint-Guilhem-le-Désert, recteur de l’abbatiale, et pendant une période tout aussi longue, archiviste l’évêché. Il est décédé brusquement dans la soirée du 16 mai 2009. Pris d’un grave malaise alors qu’il célébrait la messe chez les Petites sœurs des pauvres où, sa retraite prise, il s’était retiré, au moment précis où il s’apprêtait à donner l’homélie commentant le passage de l’évangile selon saint Jean qu’il venait de lire, il s’est effondré et a été immédiatement hospitalisé au CHU Saint-Éloi Guy de Chauliac, où il est décédé alors qu’il était près de minuit. Être visité par la mort en célébrant l’Eucharistie, n’est-ce pas pour tout prêtre un signe, une grâce, une Espérance ? Lors des obsèques célébrées en l’église de l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert en présence d’une trentaine de prêtres, l’archevêque de Montpellier, Mgr de Guy Thomazeau, a su trouver les mots justes pour évoquer la physionomie, la vie et l’œuvre de Gérard Alzieu, sans en épuiser cependant tout le mystère :

« Il fallait approcher avec délicatesse ce frère prêtre si réservé. Apprivoiser un homme qui devait souffrir de sa réserve qui limitait l’expression de sa délicatesse de cœur qu’il compensait par sa prévenance. Il fallait comme deviner cet homme qui était la vivante encyclopédie de l’histoire religieuse du diocèse. Il faisait autorité auprès du monde culturel du département, de la ville de Montpellier, qui reconnaissaient son immense compétence. Il a, avec courage, veillé à la sauvegarde de la mémoire religieuse du diocèse, en surmontant le traumatisme de la fermeture du Centre Saint-Guilhem, puis du départ de la rue Lallemand. Grâce à lui, ce patrimoine n’a pas été dilapidé. La parole de Dieu qu’il a choisie comme ultime message manifeste combien il s’est nourri particulièrement de saint Jean, tant ses Épîtres que son Évangile. Sans doute devait-il avoir beaucoup prié, médité, prêché sur cette page de la passion dans l’Évangile de Jean, avec Marie au pied de la croix » 1.

Gérard Alzieu repose dans le petit cimetière du village, auprès de son prédécesseur, l’abbé Léon Cassan (1865-1905), comme lui curé de Saint-Guilhem et archiviste du diocèse de Montpellier. Il s’inscrit dans la lignée des prêtres érudits héraultais des XIXe et XXe siècles, comme les pères Azéma, Bougette, Cassan et d’autres encore, qui se sont penchés comme lui sur les archives et les cartulaires et ont fouillé le passé des abbayes, églises et cathédrales. Des hommages lui ont été rendus dans deux revues, le Bulletin de la Société archéologique et historique des hauts cantons de l’Hérault et Études héraultaises, hommages qui mettaient l’accent sur ses activités les plus connues 2. Il a paru intéressant de compléter les informations le concernant et de préciser ses liens avec le département de l’Hérault qui ne l’avait pas vu naître. Gérard Alzieu est en effet né à Paris le 6 septembre 1927. Les registres d’état civil de la mairie du 10e arrondissement indiquent qu’il est fils de Léon René Alzieu (dit Yvan dans sa famille) et de Jeanne Marcelle Blayac. Mais cette naissance à Paris n’est due qu’aux circonstances, son père météorologiste y étant alors en poste avant de partir pour le Maroc. Le futur abbé est en fait un pur languedocien, sa famille étant implantée depuis des lustres dans ces hauts cantons de l’Hérault dont il se fera par la suite l’historien en étudiant la totalité de ses églises et paroisses. C’est au petit village de Carlencas, à Bédarieux et pour finir à Lamalou-les-Bains, qu’il convient de rechercher les traces de ses ancêtres afin de mieux comprendre ce qu’il a été.

Une ancienne famille des hauts cantons de l’Hérault

La commune de Carlencas-et-Levas est une des plus petites du département de l’Hérault vu le nombre de ses habitants, moins de 70 3. Sous l’Ancien Régime, ces deux petits villages étaient rattachés au diocèse de Béziers et à l’archiprêtré de Boussagues que Gérard Alzieu devait étudier dans certains de ses articles. Depuis 1790 ils font partie du canton de Bédarieux qui, toute proche, fait figure de grande ville. Carlencas, l’une de ces deux paroisses qui ont été réunies en 1790 seulement, était le berceau de la famille Alzieu. Le paysage y est assez accidenté, formé de petits monts que traverse la Vèbre, petite rivière qui se jette dans l’Orb, le fleuve du Biterrois. Le village est des plus modestes, quelques maisons sur une hauteur que domine le clocher d’une petite église vouée à saint Martin. Au milieu du XVIIIe siècle, s’y trouvaient encore les ruines d’un vieux château ayant appartenu aux seigneurs du lieu, parmi lesquels les barons de Jesse. En 1793, il comprenait seulement 129 habitants, soit guère plus qu’un siècle plus tôt, en 1693, où l’on dénombrait 24 feux.

La présence des Alzieu, alors paysans comme la quasi totalité des habitants du lieu, est attestée par les registres paroissiaux et les compoix du village, ceux des XVIIe-XVIIIe siècles. Ils y figurent en tant que petits propriétaires de maisons et de quelques pièces de terre, jardins, champs, vignes, hermes 4. Mais déjà, en cette fin du XVIIIe siècle et ce début du XIXe siècle, la campagne chasse l’homme et la ville l’attire. Un membre de la famille, Jean Baptiste Alzieu né à Carlencas le 20 mars 1800 (il est fils d’autre Jean-Baptiste et de Marie-Anne Pégurier, de Lunas), part pour Bédarieux, la ville proche, où il est toujours qualifié de cultivateur. Il y épouse en 1825 Marguerite Ricard, fille de Jean Ricard, aussi cultivateur et de Marguerite Pouget, originaire du village tout proche de Pézènes-les-Mines. Ses ancêtres, eux aussi paysans, y sont tout au long du XVIIIe siècle qualifiés de brassiers et parfois de ménagers.

Cette migration vers Bédarieux s’explique par le grand essor que connaît alors cette petite ville des hauts cantons de l’Hérault. L’essor démographique, la population passant de 4 000 habitants en 1800 à 9 935 en 1851, est soutenu par un vif essor économique, lié à la draperie destinée sous l’Ancien Régime au Levant. À la veille de la Révolution, l’on n’y compte pas moins de quinze importantes fabriques produisant 6 000 pièces de draps, faisant vivre 2 000 ouvriers à la ville et dans les campagnes alentours.

« La plus grande préoccupation des habitants est alors la fabrique des draps du Levant. L’essor, un moment interrompu par la Révolution, reprend à partir du Premier Empire et plus encore de 1820, il se poursuit jusqu’au milieu du XIXe siècle. Les fabriques et usines se multiplient, la ville s’agrandit, des voies nouvelles sont percées, des édifices publics sont construits (parmi lesquels le musée et le théâtre), les faubourgs s’étendent. À partir des premières années du Second Empire elle est desservie par le chemin de fer (la ligne de Béziers à Graissessac est inaugurée en 1858) » 5.

Le textile a été à l’origine de l’ascension sociale des Alzieu, à la suite d’un mariage décisif dans la trajectoire de la famille. Le 9 mai 1863, Auguste Alzieu, fils de Jean-Baptiste et de Marguerite Ricard, épouse Léontine Élise Azéma, fille du tailleur d’habits Joseph Azéma et de Justine Soulairol 6. Ces Azéma, anciennement implantés à Saint-Vincent-d’Olargues, ont eux aussi migré vers Bédarieux où ils ont bien réussi. Profitant de l’essor du textile, ils ont fondé en 1829 un magasin de confection bien placé dans la Grand-rue. Auguste Alzieu, cultivateur à son mariage, suit très vite la trace de son beau-père en devenant comme lui tailleur d’habits, en travaillant à ses côtés et en prenant ensuite la succession de son magasin jusqu’à sa mort en 1895 ; « Azéma-Alzieu », peut-on lire dans une publicité, « maison de confiance fondée en 1829, Grand-rue Bédarieux, confection sur mesure, vêtements pour hommes, jeunes gens et enfants, draperies françaises et anglaises, chemises ». De l’union Auguste Alzieu – Élise Azéma naissent trois enfants : Fernand (en 1867), Léon (en 1876) et Achille, qui vivra en rentier. Fernand entreprend une carrière d’officier. En 1899, à 32 ans, il est lieutenant en poste à Arles, puis devient capitaine au régiment des chasseurs alpins mais il décède accidentellement à Bourg-Saint-Maurice, lors d’une escalade. Léon continue dans la voie du commerce de tissus. Il est le grand-père de Gérard Alzieu.

Le 18 novembre 1899, Léon, alors négociant, épouse à Montpellier Élise Galibert, une jeune fille de 22 ans, née en 1877. Elle est originaire de Mèze, qui connaît à ce moment-là un vif essor, du fait de la vigne, de la tonnellerie et du commerce des vins. Les Galibert sont une des anciennes familles de la localité puisque l’on retrouve leur trace dans les registres paroissiaux du XVIIe siècle. Paysans tout comme les Alzieu à l’origine, ils sont au XVIIIe siècle qualifiés de brassiers ou travailleurs. Au XIXe siècle, ils sont dits agriculteurs, cultivateurs et enfin propriétaires, ce qui dénote une ascension sociale. Elle est le fait de Joseph Galibert, né en 1817, qui arrondit le patrimoine familial en procédant à de nombreux achats de pièces de terre. En 1883 il est propriétaire de près de 7 hectares et possède deux maisons, l’une rue Pépin, l’autre rue des Moulins, dont il fait donation à ses deux enfants. De son mariage avec Marguerite Vialla en 1842, étaient issus deux fils. Né en 1843, Jean devient pâtissier à Montpellier et est le père d’Élise du fait de son mariage en 1866 avec Adèle Marie Audouard. Né en 1854, Léonce, marié à Marie Louise Roque, est le père d’Adrienne (née en 1879 et cousine d’Élise), qui épouse en 1902 Méril Poujade, négociant en vins et héritier avec son frère Gaston de la maison Molinier. Il a été maire de Mèze (1925-1941) et conseiller général de l’Hérault (1925-1937) 7. Après la mort d’Auguste Alzieu en 1895, Léon n’a pas repris la suite du commerce Alzieu-Azéma à Bédarieux. Tout en restant fidèle aux tissus, il repart sur de nouvelles bases et fait d’abord commerce de façon ambulante, comme tant d’autres marchands de tissus à leurs débuts. Avec Élise, il « fait » les foires et marchés puis décide, ses affaires prospérant, d’implanter son commerce à Lamalou-les-Bains qui jouissait, du fait de ses eaux thermales, d’une grande réputation.

« Dans la partie des Cévennes qui se prolonge pour venir former la Montagne Noire, limite du partage des eaux de l’Océan et de la Méditerranée, au milieu d’un vallon pittoresque dépendant de la vallée de l’Orb, abrité par des contreforts élevés et escarpés, se trouve le village de Lamalou-les-Bains », écrit L.-B. de Montbard, « dont la réputation est universellement reconnue pour l’efficacité de ses eaux thermales dans le traitement radical du rhumatisme, de la sciatique et pour le soulagement de nombreuses maladies du système nerveux et de la moelle épinière » 8. Pourtant, si l’on peut situer l’origine des bains de Lamalou au XVIe siècle, leur réputation et surtout l’essor de la ville sont des plus récents. Les bains de Lamalou l’ancien n’ont été déclarés d’intérêt public qu’en 1864, et la commune de Lamalou-les-Bains n’a été créée qu’en 1878. Elle a pris la suite de la commune de Villecelle (dont Gérard Alzieu devait plus tard étudier l’église et l’ancienne paroisse) qui a elle-même pris la suite de celle de Mourcairol. Mais l’essor est rapide : la population de la commune, qui n’était que de 361 habitants en 1846, passe à 773 habitants en 1886, 939 habitants en 1911, 1 030 habitants en 1936.

Les premières années du XXe siècle, celles où les Alzieu s’y installent, sont, pour Lamalou plus encore que pour le reste de la France, la Belle Époque. Elle a acquis une réputation considérable en France comme à l’étranger dans le domaine du thermalisme : « Cette extension, écrit Bernard Riac, est particulièrement heureuse pour Lamalou, qui voit la construction de la plupart de ses édifices actuels (thermes, casinos, théâtre, hôtels, maisons) et l’affluence d’une riche clientèle, toujours plus nombreuse, attirée par la qualité de l’équipement hôtelier, la beauté du site, les distractions variées (parmi lesquelles les fameuses opérettes) la douceur du climat et surtout les bienfaits de ses eaux, dont la renommée atteint les capitales européennes » 9. La station est fréquentée par des hôtes particulièrement célèbres, comme le sultan du Maroc, le futur maréchal Joffre, le compositeur Victor Massé, Alexandre Dumas fils, Sully Prudhomme, André Gide et surtout Alphonse Daudet, qui fréquente aussi les bains de Balaruc. En peu d’années, une station thermale et une ville sont sorties de terre, comprenant trois parties.

Parc de l’Usclade à Lamalou-les-Bains, vers 1900
Fig. 1 - Parc de l’Usclade à Lamalou-les-Bains, vers 1900.

Lamalou-le-Bas est le cœur de la station. Autour de l’établissement thermal de Lamalou l’ancien sont regroupés, le théâtre où sont représentées comédies, opérettes et opéras, le casino, les principaux hôtels, dont le grand Hôtel Mas et l’Hôtel des Bains, ainsi que de nombreux commerces, notamment le long de la rue Cère, l’artère principale, qui est la plus animée. Dans le grand parc se donnent des concerts et ont lieu diverses manifestations qui donnent vie à la station. Lamalou-centre conserve encore un aspect champêtre mais autour d’un autre établissement thermal, se construisent l’hôtel de ville (1910), l’église et surtout villas et pensions de famille. Lamalou-le-Haut, enfin, est en pleine campagne mais l’on y trouve déjà un établissement thermal, l’Hôtel des Thermes et le parc du Petit Vichy.

L’enfance et la jeunesse de Gérard Alzieu s’est déroulée en partie dans ce splendide décor puisqu’il y a vécu auprès de ses grands-parents Alzieu et qu’il a été vicaire dans les villages entourant Lamalou. Il consacrera quelques-uns de ses écrits à ce secteur des hauts cantons de l’Hérault. Avec François Mauriac et Julien Green, grands écrivains catholiques qu’il a certainement lus, il savait que les impressions reçues dans l’enfance sont déterminantes et que finalement « l’enfant dicte et l’homme écrit » car « l’enfant est le père de l’homme ». Son neveu Teddy Alzieu a publié un beau livre sur Lamalou-les-Bains dans la collection Mémoire en images, illustré par d’anciennes cartes postales dont il est rassembleur en tant que président du Club cartophile de Juvignac10.

En ces premières années du XXe siècle, Léon et Élise ont implanté leur commerce de tissus, un magasin de confection pourrait-on dire avec Teddy Alzieu, successivement en deux endroits, près du café Pascal d’abord, puis à l’Hôtel de la Poste que Léon Alzieu a acheté pour y installer son commerce et sa nombreuse famille. L’ancien hôtel se transforme peu à peu en maison de maître avec magasin en rez-de-chaussée. Sur le grand terrain attenant qui s’étend jusqu’à la rivière du Bitoulet, il fait construire deux villas, la Villa des Glycines et la Villa Liane (du nom de l’une de ses filles), afin de les louer à des comédiens ou artistes venus pour la saison. « Sur la droite de la maison, se trouve une impasse appelée aujourd’hui Impasse Alzieu, sur la gauche en descendant la rue se trouvent la Villa des Glycines, la Villa Liane, puis au fond, son poulailler (celui de Léon) et ses clapiers, un hangar et enfin, un jardin potager qui se terminait du côté du Bitoulet », selon Teddy Alzieu. Tout à côté, l’Hôtel Belleville appartient à la famille Luchaire, en l’occurrence à Georges Luchaire, dont la sœur devait épouser Georges Alzieu, oncle du futur abbé 11.

Gérard Alzieu et son frère Christian ont en effet grandi à Lamalou, n’ayant pu suivre leur père au Maroc et leurs parents ayant divorcé pendant la guerre. Leurs grands-parents, Élise en particulier, ont joué par conséquent un rôle important dans leur éducation. Le rouge et le noir sont un choix de tous les temps, du moins ceux des siècles de chrétienté, et pas seulement de celui de Stendhal. Alors que Christian rêve d’une carrière militaire, Gérard sent très tôt s’éveiller une vocation religieuse. « Il a toujours voulu être prêtre », aime dire son frère. Après quelques années passées au petit séminaire Saint-Benoît d’Ardouane, qui a remplacé en 1907 le séminaire de Saint-Pons, il entre dans les premières années d’après-guerre au grand séminaire de Montpellier.

Les débuts d’une longue carrière au service de l’Église et de ses églises en pays d’Hérault

Si les entrées au grand séminaire sont alors plus nombreuses qu’aujourd’hui, elles ne suffisent pas à contenter Mgr Duperray, alors évêque de Montpellier qui vient de succéder à Mgr Brunhes. Il organise en 1949, dans tout le diocèse, « une campagne pour la relève sacerdotale ». En effet, si les entrées dans les petits séminaires, Saint-Roch à Montpellier ou Ardouane à Saint-Pons, donnent satisfaction, il n’en est pas de même au grand séminaire : « Au grand séminaire, écrit Gérard Cholvy, la moyenne des entrées est de 12 entre 1920 et 1940. Elle n’atteint 15 que dans les années 1941-1945. Elle baisse ensuite et, de 1951 à 1955, elle n’est plus que de 7. Les ordinations reflètent avec un décalage de quelques années les entrées au séminaire. Après un relèvement entre 1945 et 1949 (71 ordinations contre 55 entre 1935 et 1939 et 43 entre 1930 et 1934), elles connaissent ensuite une nouvelle et forte chute. La relève sacerdotale ne s’est donc pas vraiment produite dans le diocèse de Montpellier, beaucoup moins en tout cas que dans d’autres diocèses méridionaux, ou que dans le reste de la France » 12.

Gérard Alzieu appartient à cette génération de prêtres de la relève sacerdotale. Le grand séminaire de Montpellier, créé en 1659 par Mgr Bosquet et confié aux Lazaristes, puis aux Oratoriens, supprimé en 1790, lors de la Révolution, a été recréé en 1807. Il a d’abord été implanté dans les bâtiments de l’ancien couvent des Récollets, qui accueilleront en 1910 les Archives départementales. Expulsés en 1906, à la suite de la loi de Séparation des Églises et de l’État, les séminaristes s’installent en 1909 rue Montels, anciennement rue des Carmes, dans l’ancien pensionnat des Ursulines, qui avait déjà été la résidence du grand séminaire au XVIIIe siècle, à partir de 1763. Il s’agit de l’ancien hôtel Duffau, construit au début du XVIIIe siècle. Ce nouveau grand séminaire ne manque pas d’allure. À plusieurs corps de bâtiments d’époques différentes (dans le principal d’entre eux, se trouve le grand escalier du XVIIIe siècle, avec sa rampe en ferronnerie), abritant salles de classe, réfectoire, cellules, s’ajoutent la chapelle principale et divers oratoires, le tout enserré par de beaux jardins. Le véritable trésor est la bibliothèque que Gérard Alzieu fréquente assidûment. Elle est très riche, provenant de dons multiples, ceux du cardinal de Cabrières en particulier. Son catalogue méthodique comprend quatre volumes : Écriture sainte et théologie, droit canon, liturgie, Pères et docteurs de l’Église, prédication, ascétisme ; histoire (dont histoire ecclésiastique) et géographie ; philosophie et littérature, sciences et arts, polygraphie, bibliographie. Elle alimente les lectures des futurs prêtres 13.

Le style de vie au séminaire reste austère : « Chaque séminariste a sa cellule où l’on ne doit pas recevoir des confrères. Les repas, les cours, les offices, souvent les promenades et les sorties sont communs et obéissent à un règlement précis et minutieux » 14. Mais il est plus ouvert sur le monde que l’on ne pourrait le penser et les études, deux ans de philosophie et trois de théologie, ne négligent pas la formation aux questions sociales. Les séminaristes assistent à des conférences, participent à des colloques et des congrès, puisque le prêtre doit être de son temps. La place du chant est importante, le chant grégorien, mais aussi des œuvres polyphoniques. Le sport n’est pas négligé. Les vacances en famille, à Lamalou pour Gérard Alzieu, séparent les trimestres qui sont ponctués d’examens. L’amitié y a toute sa place : le futur abbé Alzieu fait alors la connaissance de futurs prêtres du diocèse avec lesquels il restera toute sa vie lié, tels le père Max Deltour ou le père Guy Paul.

Les maîtres jugent de l’admission des séminaristes aux ordres, mineurs puis majeurs, enfin à la prêtrise, quand l’évêque confère l’ordination. C’est au terme de ce parcours que Gérard Alzieu est ordonné prêtre, le 2 juin 1952, en la cathédrale Saint-Pierre, le jour de la fête de Saint-Pierre et Saint-Paul, par Mgr Duperray, l’évêque de Montpellier (1949-1957) qui trois ans plus tôt avait appelé à la relève sacerdotale. Il est nommé le même jour vicaire coopérateur à Saint-Alexandre de Bédarieux où il retrouve ses racines familiales. Il y reste deux ans et se passionne pour l’église Saint-Alexandre à l’histoire « mouvementée et tragique ». Son existence est attestée dès le XIIIe siècle, en 1238, mais elle est détruite lors des troubles du XIVe. Reconstruite en 1463, elle est à nouveau détruite cette fois-ci par les protestants en 1563 puis est réédifiée en 1650 lors de la Réforme catholique. Son clocher n’est bâti qu’au XVIIIe siècle, en 1742.

« L’église Saint-Alexandre, écrira-t-il, a été victime en cours de sa longue histoire de bien des vicissitudes, et lorsque nous la voyons actuellement, vaste, régulière, solide, majestueuse même, malgré son manque de caractère architectural, nous avons peine à nous la représenter autrement qu’elle ne l’est aujourd’hui et surtout à croire qu’elle fut ruinée et même rasée à plusieurs reprises ».

Il s’intéresse aussi aux autres églises de la petite ville : Saint-Nazaire de Loderan, Saint-Étienne de Lenne, Saint-Raphaël de la Bastide, Saint-Jean de Nissergues. Saint-Alexandre et ces autres églises lui inspirent un premier ouvrage, Bédarieux, ses anciennes églises15, qui contient en germe toute son œuvre future. Il se fera, en effet, l’historien passionné de toutes les églises du diocèse, jusqu’à publier à la fin de sa vie de vastes ouvrages de synthèse. Ses qualités d’historien s’y manifestent déjà : richesse de la documentation, rigueur et clarté d’exposition. Le 1er mars 1954, il est nommé aumônier de la chapelle Saint-Vital-et-Combes et quitte Bédarieux puis, le 10 juillet 1954, il devient vicaire économe de petits villages avoisinant Lamalou, Les Aires et Taussac-la-Billière. Les Aires (313 habitants en 1954, après en avoir compté 1 846 en 1792) est une paroisse en déclin, vidée par l’exode rural ; il ne s’agit plus que d’un charmant village de maraîchers et de pêcheurs. Taussac compte encore moins de paroissiens (209 seulement).

L’année suivante, il est nommé vicaire économe de Villemagne, perd Les Aires mais conserve Taussac-la-Billière. Il s’agit ici encore d’une fort petite paroisse, 336 habitants (contre 560 en 1792), mais dont le riche patrimoine ne peut à nouveau que l’intéresser, en attendant de s’en faire un jour l’historien. S’y trouvent les vestiges d’une abbaye carolingienne dotée par Charlemagne en 798 et citée dans le cartulaire de Louis le Pieux en 817, par conséquent contemporaine de Saint-Guilhem-le-Désert, autre fondation carolingienne. Les cartulaires de Gellone et de Maguelone témoignent de sa grandeur passée. N’en subsistent que des ruines, des tombeaux et sarcophages. Mais cela suffit pour éveiller l’imagination de celui qui a le sens du sacré et de l’histoire. Le village abrite en outre deux églises, Saint-Méjean (inachevée) et Saint-Grégoire (romane, datant des XIe-XIIe siècles), qui faisaient probablement partie du monastère. Cette dernière est pour Gérard Alzieu un premier contact avec l’art roman qu’il devait retrouver à Saint-Guilhem-le-Désert 16. Il reste cinq ans dans ce poste.

Au cours des huit années écoulées depuis son ordination, il a acquis une expérience en tant que vicaire à la ville (Bédarieux), puis aux champs (Les Aires, Villemagne). Au cours de l’été 1960, alors qu’il n’a pas encore atteint 33 ans, l’attend une promotion. Mgr Tourel, évêque de Montpellier, le nomme curé de paroisses plus importantes, Beaulieu et Restinclières (le 20 juin 1960). C’est également une mutation géographique car il quitte les hauts cantons de l’Hérault pour la populeuse plaine viticole, le secteur de Castries n’étant guère éloigné de Montpellier. Beaulieu est un village viticole, en pleine expansion démographique du fait de la proximité de la grande ville. La population passe de 401 habitants en 1962 à 500 en 1968 et 556 en 1975. Restinclières est une plus petite paroisse d’environ 200 habitants.

Au cours des années suivantes, d’autres paroisses sont confiées à l’abbé Alzieu. La diminution des vocations sacerdotales, qui commence à se creuser dans les années 1960, oblige en effet déjà à regrouper les paroisses. Le 1er novembre 1961, il est chargé de Saint-Drézéry (523 habitants) et de Saint-Jean-de-Cornies (69 habitants seulement). Le 16 septembre 1968, il est chargé de la paroisse de Sussargues, 284 habitants, mais qui comptera 577 habitants en 1975. Il est membre de l’équipe sacerdotale du secteur de Castries, la plus grosse paroisse du terroir (1 791 habitants en 1968), qu’il n’a jamais eu en charge. Au cours de cette longue période (1960-1972), il est essentiellement le curé de Beaulieu et c’est en tant que tel qu’il est alors connu. Selon l’une de ses paroissiennes, madame Vianès, professeur honoraire d’histoire au lycée Clemenceau, il y a laissé un très bon souvenir, ses qualités de finesse étant appréciées.

Beaulieu est encore dans les années 1960 une paroisse catholique relativement fervente, où le taux de pratique reste élevé. L’église paroissiale de style néogothique, construite en 1858, n’offre rien de remarquable, si l’on excepte le très beau tableau placé dans la chapelle Saint-Joseph, offert par la veuve du général Lacroix, propriétaire du château, et ramené par lui d’Italie où il avait suivi Bonaparte. Il représente la renonciation à la tiare du pape Célestin V. Les croix sont nombreuses dans le village, pas moins de treize, érigées à l’occasion de missions ou de jubilés et les fêtes paroissiales sont encore très suivies, notamment celle du 8 septembre, fête de la Vierge. Gérard Alzieu conduit à cette occasion ses paroissiens en procession jusqu’à Notre-Dame-des-Sept-Douleurs, sise à la sortie du village sur la route de Sommières.

C’est à Beaulieu et dans les paroisses dont il a la charge que l’abbé Alzieu s’efforce, à partir de 1965, de mettre en œuvre les réformes du concile Vatican II qui vient de se clore, la réforme liturgique essentiellement. À Beaulieu, du fait de la messe face au peuple, l’ancien maître-autel, surmonté de la statue de Saint-Pierre, est déplacé dans la chapelle Saint-Joseph. Il est remplacé par l’actuel, situé au milieu du chœur. Au cours des années suivantes, l’église, ici comme ailleurs, se dépouille de certains de ses ornements et des statues disparaissent, ce que certains regrettent mais une page de l’histoire de l’Église se tourne avec l’abandon du triomphalisme tridentin 17. Une page va se tourner aussi dans la vie et la carrière ecclésiastique de Gérard Alzieu. En juin 1972, il est nommé tout à la fois curé de Saint-Guilhem-le-Désert et adjoint du chanoine Robert Vayssière, vice-chancelier pour les archives et bibliothèques du diocèse. Il va donner le meilleur de lui-même dans ces deux responsabilités, épanouissement de sa carrière sacerdotale.

Le curé de Saint-Guilhem-le-Désert (1972-2002)

Vue générale de l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert
Fig. 2 - Vue générale de l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert
(source : Alzieu, Gérard, Saint-Guilhem de Gellone, esquisse biographique,
Montpellier, Imprimerie de la Charité, 1992, p. 8).

Gérard Alzieu dessert pendant plus de trente ans le célèbre petit village de Saint-Guilhem-le-Désert (274 habitants en 1975), sis au cœur de la moyenne vallée de l’Hérault, non loin de Saint-Jean-de-Fos et du Pont du Diable, dont la prestigieuse abbaye bénédictine de style roman fondée en 804 par Guilhem, cousin de Charlemagne, a fait la réputation (fig. 2). Il succède dans cette charge à des curés qui comme lui, ont eu pour principale préoccupation de restaurer une abbaye ayant beaucoup souffert à la suite de la Révolution : Léon Vinas (de 1841 à 1848) et Léon Cassan, au début du XXe siècle, décédé en 1905. En cette fin du XXe siècle, du fait de la pénurie des vocations et du regroupement paroissial, il n’est plus guère possible de n’être curé que d’une seule paroisse. Le 22 avril 1977, l’abbé Alzieu est nommé responsable du secteur de Gignac pour trois ans. Le 30 juillet 1988, tout en gardant Saint-Guilhem, il est nommé responsable de plusieurs paroisses du val de Buèges, le Causse-de-la-Selle, Saint-Jean et Saint-André-de-Buèges, dans le cadre du secteur Cévenol-Pic Saint-Loup. Le 10 juin 1989, il est nommé responsable des paroisses de Saint-Martin-de-Londres, Frouzet, Ferrières-les-Verreries, Le Rouet, Mas-de-Londres, Notre-Dame-de-Londres. Il est déchargé en revanche des paroisses du Causse-de-la-Selle et du val de Buèges. Le 16 juin 1990, nouveau changement, il est déchargé des paroisses qui lui ont été confiées l’année précédente, celles du pays de Londres, mais il est nommé aumônier de la communauté du Carmel Saint-Joseph, de Gignac, dans le cadre du secteur Gignac-Aniane.

Gérer autant de paroisses est une charge éprouvante pour l’abbé Alzieu mais il ne cède jamais au découragement. « Dans le diocèse qui recouvre l’ensemble du département, d’autres prêtres ont jusqu’à 10 ou 12 paroisses. Alors moi, vous savez… », déclare-t-il dans un entretien à Midi Libre le 3 octobre 1989, alors qu’il vient d’être chargé de Saint-Martin-de-Londres. Le samedi soir, il célèbre l’office à Saint-Martin-de-Londres. Le dimanche matin, il officie à 9h15 à Notre-Dame-de-Londres et à 11h à Saint-Guilhem le-Désert. Et tous les jours de la semaine, un des villages reçoit sa visite pour une messe. Pour assurer l’office dans les différentes paroisses, le père Alzieu prépare le même sermon pour chaque messe et laisse l’organisation de la cérémonie aux laïcs, le choix des chants, par exemple. Petit à petit, il veut modifier les offices pour les amener à se ressembler.

« Le jour où je m’en irai, je ne serai pas remplacé », prévoit-il dans un de ses rares moments de pessimisme, pour se reprendre aussitôt. « Après la Révolution, la moitié des paroisses manquaient de prêtres. Un siècle après, elles étaient rétablies » 18. Mais l’essentiel de son investissement sacerdotal de ces années-là est le grand œuvre accompli à Saint-Guilhem. Pendant trois ans, inlassablement, il se met au service de la prestigieuse abbaye et du village. Il n’oublie pas qu’il est avant tout le recteur de l’abbatiale. Il s’en fait l’historien, le restaurateur, lui redonne une vie qui semblait s’être perdue. Dans ce grand œuvre il a bénéficié de l’assistance d’un fidèle ami et collaborateur, éminent spécialiste de l’art roman, Robert Saint-Jean. Une profonde amitié lie ces deux hommes mus par une passion commune, celle de l’art. Pour le très réservé Gérard Alzieu, Robert Saint-Jean est certes l’Autre, comme avait pu l’écrire Julien Green, mais un Autre très proche par la personnalité, les centres d’intérêt, les goûts, en un mot, par la sensibilité 19.

Robert Saint-Jean est ardéchois. Il est né à Joyeuse, au diocèse de Viviers, le 15 janvier 1933, dix ans après le décès du grand évêque, Mgr Bonnet, dont j’ai ailleurs raconté l’histoire. En 1959, il vient étudier l’histoire et l’histoire de l’art à la faculté des lettres de Montpellier. Il y a pour maître le médiéviste André Dupont et s’oriente, sous sa direction, vers l’étude du Moyen Âge et plus particulièrement vers celle de l’architecture et de la sculpture romane du sud-est de la France. Son DES porte sur « Les églises romanes du bas Vivarais ». En 1963, il entreprend une carrière universitaire comme assistant puis maître-assistant et est nommé maître de conférences à l’Université Paul Valéry Montpellier III en 1985. Ses cours à l’université ne sont pas, il s’en faut, sa seule activité. En 1974, il est nommé conservateur des Antiquités et Objets d’art pour le département de l’Hérault et c’est à ce titre qu’il sera conservateur du dépôt lapidaire de Saint-Guilhem. En 1973, Mgr Tourel l’appelle à siéger à la Commission d’art sacré pour la restauration et l’aménagement des églises du diocèse de Montpellier. Entre 1967 et 1977, il est membre de la Fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon ; il est également membre, puis conservateur (1976) de la Société archéologique de Montpellier. En 1991 enfin, l’année précédant sa mort, il devient membre de l’Académie des Sciences et Lettres de Montpellier, fondée en 1706. Il a consacré de nombreux articles ou ouvrages à l’art roman, en Vivarais et en Languedoc 20. Cette passion pour l’art roman l’a bien entendu amené à s’intéresser tout particulièrement à l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert (Gellone), dont il a principalement étudié le cloître et ses sculptures, un monument préroman, la crypte, ainsi qu’un bas-relief roman, le Christ en gloire 21. Gérard Alzieu présentait l’œuvre de son collaborateur et ami, dans son article « Le conservateur des Antiquités et Objets d’art », paru dans l’Hommage à Robert Saint-Jean en 1993 :

« C’est certainement dès l’époque de sa jeunesse studieuse à la faculté des lettres de Montpellier que Robert Saint-Jean fait connaissance avec Saint-Guilhem-le-Désert, mais c’est à partir des années 60 qu’il s’est tout particulièrement intéressé à l’étude archéologique de l’abbaye de Gellone. Notre ami a eu un véritable coup de foudre pour ce remarquable monument, si riche d’histoire et si typique de l’art roman, auquel allaient ses préférences. Sa première publication dans le volume Hommage à André Dupont aura pour titre « Un monument pré-roman, la crypte de Saint-Guilhem-le-Désert », crypte qui venait alors d’être redécouverte. Un an plus tard il s’intéressera au cloître, hélas réduit à l’état de vestiges, mais qui fut un des plus remarquables de notre Languedoc et publiera dans les Cahiers de Saint-Michel-de-Cuxa une étude intitulée « Le cloître de Saint-Guilhem-le-Désert ». Alors paraissent coup sur coup les deux notices sur Saint-Guilhem dans la collection Zodiaque. En 1975, paraissait le beau volume Languedoc roman, avec une étude exhaustive sur Saint-Guilhem et ses compléments concernant la sculpture et la miniature romanes. Ainsi n’est-il pas étonnant que l’on se soit adressée à lui pour des notices sur Saint-Guilhem dans plusieurs publications collectives, comme Un diocèse languedocien, Lodève-Saint-Fulcran, en 1975, et Saint-Guilhem-le-Désert et sa région, l’excellent ouvrage de l’Association des amis de Saint-Guilhem, en 1976. C’est surtout le dernier ouvrage, publié par cette dynamique association, qui a consacré à la fois la parfaite connaissance qu’il avait de Saint-Guilhem et sa maîtrise dans l’interprétation de l’art roman, Saint-Guilhem-le-Désert, la sculpture du cloître de l’abbaye de Gellone (1990). Ces jours derniers, dans les mélanges offerts à M. Marcel Durliat, vient de paraître sa dernière étude dont il corrigeait les épreuves sur son lit d’hôpital quelques jours avant sa mort, « Un bas-relief roman : le Christ en gloire de Saint-Guilhem-le-Désert » 22.

Dès 1973, Gérard Alzieu et Robert Saint-Jean écrivent et publient en collaboration un livre sur Saint-Guilhem-le-Désert, en fait un guide de l’abbaye à l’usage des visiteurs 23. Les deux auteurs sont sollicités pour participer à l’ouvrage collectif Saint-Guilhem-le-Désert et sa région, publié par Les amis de Saint-Guilhem. Robert Saint-Jean y traite des trésors de l’abbaye, Gérard Alzieu y rédige le chapitre consacré au Guilhem de l’Histoire 24. C’est ce chapitre qu’il fait rééditer en 1992, avec quelques ajouts, sous la forme d’un petit livre richement illustré intitulé Saint-Guilhem de Gellone (fig. 3). Il écrit dans l’avant-propos :

« Cette plaquette n’est pas une œuvre d’érudition, elle n’apportera rien aux spécialistes de l’hagiographie. Elle se veut réponse à tous ceux qui se posent la question et qui nous la posent : qui était au juste Saint-Guilhem ? Or, comme pour beaucoup de saints des siècles passés, particulièrement pour ceux des origines et du haut Moyen Âge, au sujet desquels existent peu de documents authentiques, la légende inspirée par la dévotion populaire a ajouté aux données de l’histoire, si bien qu’il est difficile aujourd’hui de faire le partage entre ce qui est authentique et ce qui est légendaire. À cela vient s’ajouter pour Saint-Guilhem le fait qu’il a été l’un des prototypes des héros épiques du cycle des chansons de geste qui porte le nom de Guillaume d’Orange. Notre propos est donc de donner une biographie du saint de Gellone, avec quelques détails concernant le culte qui lui fut rendu, d’une part, et de traiter sommairement la question des chansons de geste du cycle de Guillaume d’Orange dans ses rapports avec Saint-Guilhem, d’autre part » 25.

Au cours de la même période, l’abbé Alzieu se fait aussi l’historien des abbés de Saint-Guilhem dans un article paru dans les Études sur l’Hérault intitulé « La suppression du titre abbatial de Saint-Guilhem-le-Désert et de la puissance quasi épiscopale dont jouissait son abbé dans le val de Gellone » (1991-1992) 26. Comme le montrent ces divers travaux sur Saint-Guilhem, ainsi que d’autres parus à la même période dans des mélanges d’histoire locale, il renoue avec jubilation avec l’art d’écrire qu’il avait découvert en lui lorsqu’il avait étudié, en 1954, les églises de Bédarieux. Mais plus que l’écriture, sa grande affaire est la restauration de l’abbaye, de son église et de son cloître. Et cela d’autant plus que la fréquentation de Robert Saint-Jean le conduit à s’intéresser encore davantage à l’art roman, avec lequel il était entré en contact à Villemagne-L’Argentière. Sur l’histoire de l’abbaye, fondée en 804 et supprimée en 1790, l’actuel recteur Guy Lauraire rappelle :

Couverture du livre de Gérard Alzieu, Saint-Guilhem de Gellone, esquisse biographique
Fig. 3 - Couverture du livre de Gérard Alzieu,
Saint-Guilhem de Gellone, esquisse biographique,
Montpellier, Imprimerie de la Charité, 1992.

« Une période très sombre va suivre cette suppression, marquée par la dislocation et la dispersion de bien des éléments, des bâtiments monastiques et du cloître (plus de 130 sculptures provenant des galeries détruites se trouvent aujourd’hui aux États-Unis, au musée des cloîtres de New York). Fort heureusement et surtout à partir de 1840, des efforts de sauvegarde et puis, de restauration vont voir le jour… Parmi ces personnes, comment ne pas faire une place à part à l’abbé Léon Vinas, curé de Saint-Guilhem-le-Désert de 1841 à 1848 ? Il s’est efforcé de sauvegarder ce qui était encore en place et de recueillir des fragments dispersés ici et là pour les rassembler dans ce qui fut un premier musée lapidaire. Il sut aussi alerter la Société archéologique de Montpellier et lui permettre ainsi d’acheter et sauver une partie des galeries du cloître » 27.

À partir de 1962, les services des Monuments historiques entreprennent d’importants travaux de restauration, les bâtiments conventuels ayant été progressivement classés. Ils portent tout à la fois sur la crypte (dégagement des restes de l’église préromane, appelés improprement crypte) et sur les anciens bâtiments monastiques (le réfectoire des moines, les ailes et galeries subsistantes). En 1972 cependant, lorsque Gérard Alzieu est nommé curé de Saint-Guilhem, l’essentiel reste à faire, à la fois pour restaurer l’abbaye, et bien d’avantage encore pour lui redonner vie. Guy Lauraire précise :

« À ce moment-là, le curé de Saint-Guilhem-le-Désert est l’abbé Gérard Alzieu. Pendant près de 30 ans il va mettre son énergie, sa compétence d’historien et ses grandes connaissances dans le domaine artistique au service de l’abbaye et du village (utilement épaulé, pourrait-on dire, par Robert Saint-Jean, du moins jusqu’en 1992, date du décès de ce dernier). Travaillant en lien avec les Monuments historiques, les municipalités successives, les associations intéressées et bien sûr, avec l’évêché, il met tout en œuvre pour faire avancer les projets, contribuant ainsi au rayonnement de Saint-Guilhem. C’est lui qui, avec obstination, recherche une communauté religieuse qui puisse pleinement donner à l’abbaye sa dimension spirituelle. Il finit par obtenir l’accord du carmel Saint-Joseph. Depuis une trentaine d’années maintenant, les religieuses de cette congrégation assurent les grandes heures de la prière monastique dans l’abbatiale, tout en accueillant pèlerins, retraitants et groupes divers. C’est encore avec l’abbé Alzieu que les collections lapidaires prennent place dans l’ancien réfectoire des moines » 28.

Malheureusement, il était décédé quelques jours avant l’inauguration et n’avait pu voir le musée réaménagé. Outre l’installation de la communauté du carmel Saint-Joseph, qui a rendu à l’abbaye sa destination religieuse perdue depuis 1790, l’essentiel en effet est l’aménagement du musée lapidaire. Les choses avaient commencé avec l’abbé Léon Vinas qui, soucieux de sauver les vestiges encore en place, avait créé l’amorce d’un petit musée lapidaire que ses successeurs ont successivement enrichi. Les découvertes s’accélèrent au cours des années où Gérard Alzieu est curé, suite aux travaux de restauration entrepris par les Monuments historiques. Dans les murs bâtis au XIXe siècle, est découvert un nombre important de pierres sculptées réutilisées alors sous forme de vulgaires moellons. D’autre part, des habitants du village qui conservent chez eux des éléments sculptés n’hésitent pas à les offrir à l’église afin d’en faire bénéficier les visiteurs. Reste à trouver un local convenable afin de présenter au mieux une telle masse de pierres archéologiques. La meilleure solution est le vaste réfectoire des moines restauré depuis peu de façon judicieuse. Il offre à la fois une surface et un cadre empreint de dignité, capable de mettre en valeur ces inestimables collections lapidaires, vestiges de la riche parure sculptée que l’abbaye de Gellone possédait au Moyen Âge du fait de la munificence des abbés et de la générosité des pèlerins, sarcophages, autels, colonnes et chapiteaux.

Notable est aussi la restauration de l’autel roman de Saint-Guilhem, datant du XIIe siècle, victime de l’humidité et des touristes. À l’automne 1981, la décision est prise de démonter l’autel et de procéder à sa restauration. L’entreprise Merindol d’Avignon est chargée de l’opération. Dix ans plus tard, au printemps 1991, l’autel est remonté dans l’absidiole sud de l’église, moins humide et plus facile à surveiller. « Il se présente à nous, écrira l’abbé Alzieu, non dans un éclat, mais avec les stigmates que le temps et les vicissitudes de l’histoire lui ont infligés. Il est cependant pour nous un précieux témoin de l’art roman parvenu à un apogée et de l’extraordinaire dévotion des chrétiens du Moyen Âge pour Saint-Guilhem » 29. Sont encore à mettre en partie à l’actif de Gérard Alzieu la restauration de deux sarcophages, celui de Saint-Guilhem (IXe-XIIe siècles) et celui dit d’Albane et Bertane, sœurs de Saint-Guilhem, brisés et mis en pièces en 1569 lors des guerres de religion. Le bel orgue de Saint-Guilhem, qui datait du XVIIIe siècle et qui était resté inachevé, a été restauré à partir de 1941, à l’initiative de l’abbé Hautherieu et inauguré par Joseph Roucairol en 1968. La restauration du buffet est réalisée entre 1971 et 1975, par Alain Salz. L’orgue est classé monument historique dès 1974. En 1972, l’Association des amis de Saint-Guilhem organise, en liaison avec l’abbé Alzieu, la première saison musicale de Saint-Guilhem le Désert. Leurs belles heures d’orgues attirent dès le début des amateurs de musique sacrée, et plus généralement des mélomanes.

L’Association des amis de Saint-Guilhem-le-Désert a été créée peu avant la venue de l’abbé Alzieu et veille à la sauvegarde ainsi qu’à la promotion du val de Gellone. Elle fait éditer ouvrages et articles, organise expositions, conférences et tables rondes de haut niveau. Citons St-Guilhem-le-Désert dans l’Europe du haut Moyen Âge (août 1998), La fondation de l’abbaye de Gellone ; l’autel médiéval (août 2002). C’est avec la joie que l’on devine que Gérard Alzieu apprend en 1998 que l’abbaye de Gellone, totalement classée en 1987, est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France car c’est le couronnement de tous ses efforts. Il est indéniable que son action, menée avec l’aide et le conseil de Robert Saint-Jean, a puissamment contribué à cet enviable classement, même si l’homme modeste qu’il était ne souhaitait pas que l’on oublie les autres acteurs du renouveau de Saint-Guilhem : la municipalité, la Société des Amis du site, la DRAC, ainsi que l’archéologue et historien Jean-Claude Richard, directeur de recherche au CNRS, qui par ses écrits et son action en a été un des maîtres d’œuvre.

Même s’il privilégie Saint-Guilhem, Gérard Alzieu n’oublie pas qu’il n’est pas curé que d’une seule paroisse, il sait qu’il en a en charge bien d’autres. Il n’oublie pas non plus celles qu’il a desservies dans le passé. Outre les obligations de son ministère, sa sollicitude se manifeste par un travail d’écriture qui finit par prendre pour objet l’ensemble des paroisses et églises du vaste diocèse de Montpellier. Son insatiable curiosité d’historien ne se limite pas à sa seule abbaye et la liste de ses travaux en témoigne. En 1975, il publie une étude sur Le diocèse de Lodève et ses évêques dans l’ouvrage collectif Un diocèse languedocien : Lodève-Saint-Fulcran, 1000 ans d’histoire et d’archéologie30. En 1988, il fait paraître dans les Études sur l’Hérault, « Une nouvelle vie de Saint-Fulcran de Lodève »31. En 1991, il préface une Histoire du pays de Londres par l’abbé Émile Bougette et l’instituteur Benoît Doumergue 32. Entre 1987 et 1997, il publie dans le Bulletin du GREC une série d’articles sur les églises rurales du diocèse de Lodève 33.

C’est principalement à la Société archéologique des hauts cantons de l’Hérault qu’il consacre cependant sa plume et son talent de chercheur. Il y publie, à partir de 1983, des articles d’une grande diversité. Y sont abordés le culte de Notre-Dame de Lorette à La Billière (1983), l’ancienne paroisse de Villecelle d’où la paroisse de Lamalou est issue (1984), Saint-Pierre-de-Rhèdes (1985), la géographie paroissiale du XIXe siècle dans les hauts cantons de l’Hérault (1987), les possessions ecclésiastiques de l’abbaye de Villemagne, qu’il a bien connue alors qu’il y était vicaire (1988), les églises de l’archiprêtré de Boussagues au Moyen Âge (qu’il connaît bien puisque Bédarieux, Les Aires, Villemagne, Lamalou-les-Bains en faisaient partie) ; toujours en 1988, bref historique de l’abbaye de Joncels (deux articles, en 1990 et 1991), Lamalou-les-Bains genèse d’une paroisse, les possessions seigneuriales de l’abbaye de Villemagne (1993), les églises de l’archiprêtré de Boussagues pendant les guerres de religion (1994), catholiques et protestants à Graissessac de 1836 à 1995, bref historique de l’abbaye de Villemagne (deux articles, 1996-1997) ; quand deux seigneurs féodaux signent un accord sur la circulation des marchandises (1998), une carrière d’ecclésiastique sous l’Ancien Régime, M. Alexis Lavit, curé de Bédarieux (2000), les visites pastorales de Mgr Thibault, évêque de Montpellier dans les cantons de Bédarieux, Lunas et Saint-Gervais (2002). Il continue à écrire après cette date, alors qu’il a quitté Saint-Guilhem : la visite pastorale de Clément de Bonsi, évêque de Béziers à Villemagne-l’Argentière (2005), les protestants de Bédarieux au XVIIIe siècle, Jean Bonnafous, galérien du roi (2006), catholiques et protestants à Graissessac, l’église et le temple (2009) 34. Les hommages rendus par les deux revues héraultaises témoignent de son érudition et de ses qualités d’écriture dans le domaine historique 35.

Le 4 juillet 2002, à 75 ans, l’évêque de Montpellier Mgr Ricard, le décharge de Saint-Guilhem-le-Désert et l’autorise à prendre sa retraite. En trente ans de ministère, il y a connu beaucoup de satisfactions et de grandes joies, mais aussi la douleur du décès de Robert Saint-Jean, le fidèle ami et collaborateur, en 1992. Un volume d’hommage à Robert Saint-Jean, Art et histoire dans le Midi languedocien et rhodanien (Xe-XIXe siècles) a été publié en 1993 sous la direction du médiéviste Guy Romestan, par la Société archéologique de Montpellier. Gérard Alzieu y donne deux articles : « Le conservateur des Antiquités et Objets d’art » 36 et en collaboration avec Bernard Homps, « L’autel roman de Saint-Guilhem-le-Désert ».

« Monsieur le président de la société », dit-il en commençant son intervention qui fera l’objet du premier de ces articles, « m’a demandé de bien vouloir prendre une part active à l’hommage solennel que cette illustre et vénérable compagnie rend aujourd’hui à l’un de ses membres les plus fidèles et les plus dévoués : Robert Saint-Jean, récemment décédé. J’ai accepté non seulement au titre d’ami du regretté défunt, mais aussi au titre d’une collaboration au service de l’art, dans trois domaines : la connaissance et la mise en valeur de l’antique abbaye de Gellone, dont j’assume la garde en tant que curé de Saint-Guilhem-le-Désert, la collaboration pour la restauration et l’aménagement des églises du diocèse de Montpellier au sein de la Commission Diocésaine d’Art Sacré, la participation non officielle mais bien réelle à sa fonction de conservateur des Antiquités et Objets d’Art du département de l’Hérault ».

Il termine en disant : « Mesdames et Messieurs, je pense ne pas avoir été trop inférieur à la tâche qui m’avait été assignée pour cet hommage rendu à notre ami Robert Saint-Jean dans les domaines où il m’a été donné de collaborer avec lui à une œuvre commune : conserver, certes, mais aussi et surtout mettre en valeur, faire connaître et mieux aimer notre patrimoine historique et artistique. À cette œuvre il s’est donné sans compter, jusqu’aux extrêmes limites de ses forces : puissions-nous, à sa suite et à son exemple, ne pas laisser s’éteindre le flambeau qu’il nous a transmis ! ». Le flambeau ne s’est pas éteint, en tout cas pour Gérard Alzieu, qui, comme on l’a vu, a poursuivi avec passion l’œuvre entreprise à Saint-Guilhem, mais peut être, comme a pu l’écrire Alexandre Dumas au sujet de la statue de Persée de Benvenuto Cellini, qui orne la place du vieux palais à Florence : « Ce ne fut sa plus grande œuvre que parce qu’il l’accomplit dans sa plus grande douleur » (Ascanio, 1843).

L’archiviste de l’évêché, historien du diocèse de Montpellier

Curé de Saint-Guilhem et autres paroisses, recteur de l’abbatiale, le père Gérard Alzieu a été au cours de cette même période archiviste du diocèse de Montpellier, comme l’avait été d’ailleurs son prédécesseur l’abbé Léon Cassan, sous l’épiscopat de Mgr de Cabrières. Dès 1972, l’année où commence son ministère à Saint-Guilhem, le père Alzieu avait été nommé adjoint du chanoine Robert Vayssière, vice-chancelier pour les archives et bibliothèques du diocèse et après son retrait, le 19 mars 1977, il devient seul responsable de ces archives et bibliothèques. Le 6 juin 1984, il est nommé, tout en conservant ses autres fonctions qui sont alors très étendues, archiviste diocésain. Il conserve cette fonction après avoir quitté Saint-Guilhem. Il en est déchargé officiellement le 1er septembre 2005, mais il continue à s’occuper des archives et des services diocésains jusqu’en décembre 2008, date du départ de l’archevêque et des services diocésains de la rue Lallemand, où ils étaient installés depuis l’épiscopat de Mgr de Cabrières, vers la toute jeune Villa Maguelone. Gérard Alzieu n’a pas suivi. Il était en effet trop attaché aux vieux bâtiments construits au début du XXe siècle et dans lesquels se trouvaient, dans un très beau décor à l’ancienne, la bibliothèque et les archives, au premier étage, à gauche de la cour d’honneur.

« Promu cardinal Mgr de Cabrières résolut de construire un nouveau bâtiment (car il a dû quitter le palais épiscopal après la loi de Séparation de 1905) et fit appel à l’architecte Nodet. Il souhaitait disposer pour lui-même et ses successeurs d’un espace suffisant, de salles éloignées de tout luxe mais assez vastes pour favoriser les réunions générales du clergé et de diverses œuvres du diocèse. La première pierre fut posée le 20 mai 1912 et l’installation se fit au mois d’octobre 1913. Dans cet immeuble de style Louis XIV et qui comporte une cour d’honneur et un grand escalier, outre le salon rouge, ce qui frappe ce furent les dimensions fastueuses de la bibliothèque, avec ses 72 m² (celles où le père Alzieu travaillera pendant plus de 30 ans) », écrit Gérard Cholvy 37.

Le fonds de la bibliothèque est très riche, ainsi que les fonds d’archives dans lesquels se trouvent l’ensemble des actes concernant le diocèse depuis plusieurs siècles, non encore versés aux archives départementales (série G, archives ecclésiastiques, et 3 E, registres paroissiaux, l’évêché n’ayant conservé que ceux postérieurs à 1792). Le 7 septembre 2006, Gérard Alzieu est, suprême consécration, nommé expert consultant à la Commission d’art sacré pour œuvrer à la conservation et à l’aménagement des églises du diocèse de Montpellier. C’est à ce poste que Mgr Tourel avait, en 1973, appelé Robert Saint-Jean à siéger. Archiviste du diocèse et expert à la commission d’art sacré, ces deux charges pour lesquelles il est particulièrement qualifié et pour lesquelles il donne aussi le meilleur de lui-même (« le zèle de ta maison me dévorera », aurait-il pu dire), conduisent l’abbé Alzieu à élargir le champ de ses investigations, jusque-là encore ponctuelles et limitées à telle église ou telle paroisse ou à tel secteur, à l’ensemble du diocèse de Montpellier. À partir de 1978, il publie aux éditions Pierre Clerc de vastes synthèses sur les églises de l’actuel diocèse de Montpellier qui, au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime, en comprenait cinq. Paraissent ainsi successivement : Les églises de l’ancien diocèse de Lodève au Moyen Âge, 1998, où il peut ici réutiliser beaucoup de ses travaux antérieurs, notamment ceux parus dans le Bulletin du GREC ; Églises et chapelles de l’ancien diocèse de Saint-Pons-de-Thomières (2001) ; Les églises de l’ancien diocèse de Maguelone-Montpellier (2006) ; Les églises de l’ancien diocèse de Béziers (2009). Son ouvrage sur Les églises de l’ancien diocèse d’Agde est paru après sa mort en 2010, avec la description de chaque église ou chapelle. Le départ de l’évêque et de ses services vers la villa Maguelone le décide enfin – il a alors 81 ans –, à prendre réellement sa retraite. Il se retire d’abord à l’espace Courral, puis chez les Petites sœurs des pauvres où il s’installe peu avant sa mort, le 16 mai 2009. Cet événement est suivi des obsèques et de l’inhumation à Saint-Guilhem le 20 du même mois.

Mgr Thomazeau voyait en lui la vivante encyclopédie de l’histoire religieuse du diocèse, ce que montrent ses écrits et plus encore sa participation à la résurrection de l’abbaye Saint-Guilhem-le-Désert. Cette contribution à la culture savante ne doit pas faire oublier son œuvre pastorale avec l’application des réformes du concile Vatican II et la prise en charge de paroisses de plus en plus nombreuses, du fait de la raréfaction des vocations. Cet homme modeste, qui était aussi mon cousin et ami, n’aurait pas aimé un hommage trop appuyé. Sans doute aurait-il préféré dire avec Saint-Paul : « S’il faut se vanter, c’est de ma faiblesse que je me vanterais. Et pour que la surabondance de ces révélations (celles du Seigneur) ne m’exalte pas, il m’a été mis une écharde dans la chair, un ange de Satan pour me souffleter, pour que je ne m’exalte pas. À ce sujet, trois fois j’ai prié le Seigneur pour qu’il s’écarte de moi. Mais il m’a déclaré : ‘ma grâce te suffit, car la puissance se parfait dans la faiblesse’ » 38.

NOTES

1. Église en pays de l’Hérault, n° 195, juin 2009.

2. Favard, André, « L’abbé G. Alzieu, historien des hauts cantons de l’Hérault. Biographie, Bibliographie », Bulletin de la Société archéologique et historique des hauts cantons de l’Hérault, 2009, repris dans Études héraultaises, n° 40, 2010, p. 336-337.

3. Motte, Claude, Martin Laprade, Marie-Élisabeth, Peysson, Jean-Marc, Paroisses et Communes de France. Dictionnaire d’histoire administrative et démographique. Hérault, Paris, CNRS, 1989 ; Fabre, Albert, Histoire de Bédarieux et des communes du canton, Nîmes, Lacour, 2001.

4. Arch. dép. Hérault, 53 EDT 3, Compoix de Carlencas, XVIIe-XVIIIe siècles.

5. Allaire, Roger, Histoire de Bédarieux (1911), Nîmes, Lacour, 1960 ; cet auteur parle, à tort, d’espèces de draps et non de pièces ; voir aussi Fabre, Albert, op. cit.

6. Arch. dép. Hérault, 3 E 28/71, Bédarieux, état civil, mariages, 1861-1864.

7. Porcer, Didier, Les Bessier en Languedoc de la Renaissance à nos jours, Nîmes, Lacour, 1994.

8. Montbard, L.B. de, Lamalou-les-Bains et ses environs (1900), Nîmes, Lacour, 1994, p. 7.

9. Riac, Bernard, Lamalou-les-Bains à la Belle Époque, Paris, 1985, p. 7.

10. Alzieu, Teddy, Lamalou-les-Bains, Saint-Cyr-sur-Loire, A. Sutton, 2008.

11. Alzieu, Teddy, op. cit. Élise et Léon Alzieu avaient eu cinq enfants, trois garçons Georges, Léon dit Yvan et Franck ainsi que deux filles, Lucienne et Liane.

12. Cholvy, Gérard, Géographie religieuse de l’Hérault contemporain, Paris, PUF, 1968 ; Cholvy, Gérard (dir.), Histoire des diocèses de France, Montpellier, Paris, Beauchesne, 1976, p. 178-179.

13. Aperçu dans La bibliothèque du Grand séminaire de Montpellier, petit guide de l’exposition, Montpellier, Médiathèque Émile Zola, 2009, 48 p.

14. Secondy, Louis, Montpellier, ville de savoir, Castries, éd. du Mistral, 2006, p. 76-77.

15. Alzieu, Gérard, Bédarieux, ses anciennes églises, Bédarieux, Impr. J. Bénézech, 1954, p. 38 et 26.

16. Motte, Claude, Martin Laprade, Marie-Élisabeth, Peysson, Jean-Marc, op. cit. ; Fabre, Albert, op. cit.

17. Beaulieu, les années récentes, Millau, Maury impr., 2001.

18. Midi Libre, 30 octobre 1989.

19. Clerc, Pierre, Dictionnaire de biographie héraultaise, Montpellier, Clerc, 2006, t. II ; Hommage à Robert Saint-Jean, Art et histoire dans le Midi languedocien et rhodanien (Xe-XIXe siècles), Mémoires de la Société archéologique et historique de Montpellier, 1993, t. XXI.

20. Vivarais-Gévaudan romans, en collaboration avec Jean Nougaret, 1991, Languedoc roman, en collaboration avec Lugand, Jacques, Nougaret, Jean, Saint-Léger-Vauban, Zodiaque, la Pierre qui vire, 1975.

21. Saint-Jean, Robert, « Un monument préroman, la crypte de St-Guilhem-le-Désert », dans Hommage à André Dupont, Montpellier, 1974, p. 269-289 ; Id. « Le cloître supérieur de St-Guilhem-le-Désert – essai de restitution », dans Cahiers de Saint-Michel-de-Cuxa, n° 7, p. 49-60 ; Id. « Un bas-relief roman : le Christ en gloire de St-Guilhem-le-Désert », dans De la création à la restauration, Travaux offerts à Marcel Durliat, Toulouse, 1992.

22. Alzieu, Gérard, « Le conservateur des Antiquités et objets d’art », dans Hommage à Robert Saint-Jean, p. 9-12.

23. Alzieu, Gérard, Saint-Jean, Robert, St-Guilhem-le-Désert, guide de l’abbaye, Saint-Léger-Vauban, Zodiaque, la Pierre qui vire, 1973, 64 p.

24. Association des amis de St-Guilhem-le-Désert, St-Guilhem-le-Désert et sa région (1974), plusieurs rééditions ; Alzieu, Gérard, « Le Guilhem de l’Histoire », p. 23-31 ; Saint-Jean, Robert, « L’abbaye de Gellone : les Trésors », p. 62-67.

25. Alzieu, Gérard, Saint-Guilhem de Gellone, esquisse biographique, Montpellier, Impr. de la Charité, 1992.

26. Alzieu, Gérard, « La suppression du titre abbatial de Saint-Guilhem et la puissance quasi épiscopale dont jouissait son abbé dans le val de Gellone », dans Études sur l’Hérault, 1991-1992.

27. Lauraire, Guy, prés., Le cloître de St-Guilhem-le-Désert, Arles, Actes Sud, 2009, p. 99. Il y rend hommage à son prédécesseur.

28. Lauraire, Guy, op. cit., p. 9-11.

29. Alzieu, Gérard, Homps, Bernard, op. cit., p. 27-38, p. 30.

30. Alzieu, Gérard, « Le diocèse de Lodève et ses évêques », dans Un diocèse languedocien : Lodève – St-Fulcran, 1000 ans d’histoire et d’archéologie, 1975, p. 75-85.

31. Alzieu, Gérard, « Une nouvelle vie de Saint-Fulcran de Lodève », dans Études sur l’Hérault, 1988.

32. Bougette, abbé Émile, Doumergue, Benoît, Histoire du pays de Londres, Saint-Martin-de-Londres, Foyer rural intercommunal, 1991 : avant-propos de Gérard Alzieu et Jean-Claude Richard.

33. Bulletin du GREC (Groupe de recherches et d’études du Clermontais), revue culturelle de la moyenne vallée de l’Hérault : « Notes historiques sur les anciennes églises du terroir de Nébian », n° 34, 1984 ; « Anciennes églises rurales du diocèse de Lodève », I (n° 42-43, 1987), II (n° 46 à 48, 1988), III (n° 51-52, 1989), IV (n°56 à 58, 1991), V (n° 61 à 63, 1992), bibliographie (n° 78-80, 1997) ; « Procès-verbal du serment de fidélité et d’hommage de Tristan Guilhem Sgr de Clermont à Guillaume Brisonnet, évêque de Lodève », document d’archives, n° 49-50, 1989 ; « Églises et chapelles de Clermont-l’Hérault », n° 89 à 92, 1999 ; « La visite pastorale de Plantavit de La Pause à Clermont-l’Hérault », n° 117 à 119 et 123 à 125, 2003-2004.

34. Articles parus dans le Bulletin de la Société archéologique et historique des hauts cantons de l’Hérault (SAHHCH) entre 1985 et 2009.

35. Favard, André, « L’abbé G. Alzieu, historien des hauts cantons de l’Hérault – Biographie – Bibliographie », Bull. SAHHCH, 2009 ; « In memoriam, Gérard Alzieu », Études héraultaises, n° 40, 2010, p. 336-337.

36. Alzieu, Gérard, « Le conservateur des Antiquités et objets d’art », dans Hommage à Robert Saint-Jean, Art et histoire dans le Midi languedocien et rhodanien (Xe-XIXe siècles), 1992, p. 9-12.

37. Cholvy, Gérard, Le cardinal de Cabrières (1830-1921), Paris, Le Cerf, 2007, p. 376.

38. II, Corinthiens, 12, 7 – 9.