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Dernier numéro : Etudes Héraultaises n°57 (décembre 2021)

Chers amis lecteurs,

Cet éditorial permet de remercier les auteurs qui ont bien voulu nous présenter les résultats de leurs recherches. Certains d’entre eux sont de jeunes chercheurs auxquels nous souhaitons une belle carrière universitaire… d’autres, plus habituels, témoignent de la richesse de leurs interprétations.

Ce numéro comporte un dossier spécial sur les paysages. Il s’agit d’une approche pluridisciplinaire dont les différents axes soulignent la polysémie du concept. La bibliographie disponible est foisonnante et le caractère interprétatif des analyses laisse parfois le lecteur, voire le chercheur, dans une permanente interrogation. Le comité de rédaction, par ce numéro d’Études Héraultaises, a souhaité à en solidifier « un terrain pour la pensée1».

En introduction, « une perspective esthétique et culturaliste » propose de nous éloigner de la vision habituelle de l’aménagement du territoire, du tourisme, de la conservation du patrimoine et de l’environnement. N’est-il pas nécessaire de mettre en question(s) les images « muséifiées » du paysage. Afin de rendre plus concrète cette approche, une représentation des paysages peints par l’artiste permet de mieux saisir l’importance de l’émotion esthétique dans la création artistique et de mieux pénétrer le sens des harmonies de couleurs. Dans un autre domaine culturel, les mots du romancier arpentent les chemins d’une découverte paysagère telle qu’il était possible de la penser et de l’exprimer… il y a déjà deux générations ! Mais le temps immobile n’existe pas et sa dynamique engendre l’action des hommes tout en transformant leurs milieux de vie, tout autant que leurs perceptions psychologiques et sociales. De nouveaux paradigmes naissent. En outre, la floraison de nos sensibilités enrichit notre « être au monde ». Si le paysage est « une marque du temps », passé, actuel et futur, n’est-il pas désormais un enjeu démocratique déterminant pour le vivre ensemble ?

Le substrat géologique du département de l’Hérault est exceptionnel et fait l’objet, aujourd’hui, d’une démarche de classement par l’UNESCO pour une partie du territoire. Nous proposons l’analyse de deux sites emblématiques, dont le premier fait partie de l’action citée ci-dessus : Le Grand Site du Salagou et les Volcans de l’Agadès. Ces deux espaces portent la marque d’une inversion paysagère au cours du temps long, car la Terre est « vivante ». Le paysage n’est pas un décor à remodeler à notre désir, mais « une scène en perpétuelle évolution sous l’action des perturbations naturelles ». Cette évolution géomorphologique s’accompagne d’un regard sur l’adaptation des hommes qui en ont perçu et exploité les potentialités. C’est une approche de l’évolution des paysages ruraux et urbains induite par la valorisation de leurs ressources minérales.

Chaque période de l’histoire des Hommes laisse des traces, des marques ou des signes, identifiables sur les espaces vécus. Il en est ainsi des mégalithes dans le paysage. Le temps long de ces monuments de pierre brute sur le plateau du Larzac et leur richesse patrimoniale donnent sens à l’aménagement et la protection de ces lieux, dont la forte prégnance symbolique n’est plus à démontrer. Il en est de même, à la Renaissance, pour les nombreux châteaux, jardins et paysages agencés. Ceux-ci s’inscrivent dans une organisation spatiale qui met en évidence des interrelations entre les formes, les raisons sociales et économiques, les contextes géographiques et les environnements naturels. Leur interprétation permet d’entrer dans ce qui n’est pas encore appelé un « aménagement paysager », mais qui en constitue une trame plongeant ses racines dans une manière de penser de temps révolus. Si le compoix et le cadastre ne sont pas le miroir du « paysage perçu », ils permettent d’en relever ce qui, à un moment donné, a valeur de « paysage » dans le regard de l’historien. En effet, ces « jardins et paysages », malgré l’actualisation de leurs agencements, conservent toujours une partie de leurs aspects morphologiques originels, dont « la nature morcelée et diversifiée du parcellaire agricole ».

Dans une période plus récente et à une échelle plus réduite, les jardins partagés, perçus en tant que « paysages personnels », sont des lieux de rencontres et d’échanges sociaux qui évoluent au gré de l’expression de ceux qui les font vivre. Leur signification sociale mérite donc une attention particulière, tant ces micro-espaces participent de la construction de soi. Le jardinier trouve ainsi dans la cabane placée au cœur du jardin, au-delà d’un espace de rangement, une forme d’autonomie, voire d’intimité, au sein d’un « espace paysager collectif » dont il s’approprie l’usage. Ce partage prend une autre forme dans l’usage social de la plage et la pratique thérapeutique des bains de mer. La frange littorale devient progressivement le paysage traditionnel de vacances ensoleillées pour une large partie de la population. Des aménagements spécifiques émergent. Ces derniers s’implantent au-delà même du bord de mer pour offrir aux plaisanciers les ports indispensables au développement de leur pratique. La lutte contre l’érosion a exigé une protection accentuée des plages, tandis que les équipements d’accueil ont été diversifiés pour répondre à l’évolution de la demande sociale, tout en considérant les enjeux économiques qui leurs sont sous-jacents. Ce littoral est un espace de tensions permanentes entre le désir de nature et de solitudes sauvages et la volonté d’aménager des lieux de vie collective organisés.

Le regard porté sur le domaine de Massane à Grabels, ancien lieu de résidence du célèbre poète-romancier Joseph Delteil, souligne, au-delà du cadre d’élaboration d’œuvres littéraires remarquables, la précarité des paysages péri-urbains « sensibles ». La relation étroite du romancier avec cet environnement paysager est soulignée et illustrée. Mais, ce qui compte aujourd’hui, ce sont les enjeux de développement de la périphérie montpelliéraine face à la conservation d’éléments architecturaux porteurs d’histoire et de leur espace paysager.

Les usages collectifs des paysages suscitent parfois l’intervention du législateur pour veiller au bien-être des populations. Il en est ainsi du bruit dont nos sociétés tolèrent mal la présence. Ces sonorités désagréables font l’objet d’interdictions, mal contraintes, dans le paysage urbain, mais aussi dans le paysage rural à l’exemple des « rave party » d’aujourd’hui. Il va de soi d’opposer « les bruits » de la ville au « silence » de la nature. Mais ces sonorités ne doivent-elles pas mieux être « écoutées ». Est-il possible de nous sensibiliser aux sons paisibles et agréables, tant citadins que ruraux, en les considérant comme facteurs d’équilibre ? Il est alors question d’une sensibilité ouverte aux paysages sonores dans toute l’échelle de la perception auditive non agressive. D’autres « nuisances » paysagères s’offrent à nos investigations, telle la prolifération des parcs éoliens dont la vision et le bruit semblent agresser les espaces naturels qu’ils investissent. Mais l’approche « raisonnée » de ces nouveaux aménagements du paysage donne-t-elle la même image négative que celle diffusée par des médias en quête d’audience ? Les réponses apportées par les riverains de ces équipements énergétiques soulignent la réalité de leur intégration sociale au fil du temps.

La seconde partie de ce numéro est consacrée à trois articles « varia » :

L’histoire sociale serait-elle une répétition des conflits d’intérêts entre les communautés humaines ? L’actualité met en relief la confrontation des pouvoirs anglais et français dans l’accès de leurs ressortissants aux zones de pêche qui furent, un temps, accessibles à tous. Un conflit de pêche sur un étang, au Moyen-Âge, illustre ce même type de conflit. Après avoir partagé les produits maritimes de « leur étang » au cours des périodes antérieures, les communautés héraultaises de Vendres et Sérignan entrent en conflit. La première se réclamant d’un droit de pêche presque exclusif. Le déroulement de cette affaire conduit à une évolution des droits de propriété régulés par le pouvoir central.

Deux chercheurs de l’Université de Groningen 2, l’un paysagiste et l’autre archéologue, nous offrent un autre objet de réflexion. L’article, traduit par Sandra Clozier, présente une méthodologie d’identification d’un environnement botanique aux XVIe/XVIIe siècles. En utilisant la datation au radiocarbone des matières végétales contenues dans la maçonnerie d’une maison ancienne située au cœur de la ville d’Agde, ces deux spécialistes ont réussi à élaborer une pré-représentation du paysage botanique de cette région et à mieux cerner les modalités des constructions d’antan. La perspective de cet article, dans un prolongement transdisciplinaire, permettrait d’engager une « étude des changements à long terme de la flore et du climat ».

Le dernier article, puisé dans le remarquable fonds des Archives départementales de l’Hérault, présente un dossier médical inédit sur le célèbre sculpteur Paul Dardé. L’étude décrit un pan de vie méconnu de l’artiste entre 1915 et 1918, celui de son hospitalisation psychiatrique. Très documenté, ce travail ouvre une perspective de recherche sur la personnalité du sculpteur et son activité créatrice.

Deux comptes rendus d’ouvrages mettent un point final à ce numéro :

Claire-Anne de Chazelles, Émilie Léal, Agnès Bergeret, Isabelle Rémy (sous la direction de), Maisons et fortifications en terre du Moyen-Âge dans le Midi méditerranéen, Presses universitaires de la Méditerranée, 2020, 460 pages.

Richard Vassakos, La croisade de Robert Ménard. Une bataille culturelle d’extrême droite, Ed. Libertalia, 2021, 169 pages.

Pour le comité de rédaction
Christian Guiraud

1. Selon l’expression de Jean Duvignaud, sociologie de la connaissance, Payot, 1979.
2. Pays-Bas.

Tables générales des sommaires

Adhésion :

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