Vestiges grandmontains dans l’Ouest de la France

* Documentaliste à la Conservation Régionale des Monuments Historiques des Pays de Loire .

L’Ordre de Grandmont, issu de l’expérience érémitique d’Étienne de Muret, a connu, comme d’autres mouvements ascétiques contemporains, un essor rapide dans le courant du XIe siècle pour connaître une certaine stagnation par la suite, après le mort de Guillaume de Treignac en 1187. Cet essor a été favorisé notamment par l’attention témoignée aux disciples d’Étienne par les princes Plantagenêt 1. Cette faveur s’est traduite par la fondation et la construction dans leurs fiefs de l’Ouest de la France d’un certain nombre de celles 2.

La plupart d’entre elles ont partiellement ou totalement disparu. Une seule d’entre elles, Chassay-Grammont, a conservé l’ensemble de ses bâtiments.

Il nous paraït intéressant de passer en revue les restes des celles situées dans les actuels départements de Maine-et-Loire, Vendée et Deux-Sèvres, soit seize celles, dont les dates de construction se situent entre 1140 et 1230, et de nous attarder sur les sites qui ont conservé des restes de quelque importance.

Comme on l’a dit plus haut, sur ces seize monastères, un seul, celui de Chassay, est complet. Huit autres ont conservé une partie significative de leurs bâtiments médiévaux : la Primaudière, Breuil-Bellay, Bois-d’Allone, La Haye-aux-Bonshommes, le Grand et le Petit-Bandouille, Monnais et Bonneray ; parmi ceux-ci, enfin, quatre ont conservé leur église complète (la Primaudière, Breuil-Bellay, Bois-d’Allone et La Haye-aux-Bonshommes). Des huit autres 3, il ne reste rien en élévation ou, du moins, qui soit suffisant pour en tirer des conclusions intéressantes.

La celle de la Quarte (commune de Celle-sur-Belle, Deux-Sèvres) ne conserve qu’une tour d’époque indéterminée, bien que les bâtiments soient assez bien décrits dans un procès-verbal d’état des lieux de 1610 4. De la celle d’Entruan (commune de Montalembert, Deux-Sèvres), son annexe 5, il ne reste aucun vestige, ni de celle de Font-Adam (commune de Caunay, Deux-Sèvres), abandonnée depuis longtemps 6. Aucun vestige au sol n’est visible sur l’emplacement des celles de Barbe-Torte (commune des Magnils-Regnier, Vendée), de La Meilleraye (commune du Château d’Olonne, Vendée) ou de Rocheservière (Vendée) 7. Du monastère de Bois-Pouvreau (commune de Coutières, Deux-Sèvres) ne subsiste qu’un chapiteau erratique, qui pourrait provenir d’une colonnette de cloître 8.

Monnais

Le Prieuré de Monnais 9 était à l’origine un moulin à eau fortifié, qui aurait été donné aux « Bonshommes » par le seigneur d’Avoir à la fin du XIIe siècle 10. En 1442, les religieux firent remparer leur établissement avec murs, fosses et pont-levis 11, baignés à l’Ouest par le Lathan, petit affluent de l’Authion. Ces bâtiments fortifies existaient encore en majeure partie en 1865, et sont décrits ainsi par Celestin Port : « église dédiée à St-Etienne, cloître, maison avec donjon crénelé, cimetière, cour, jardin et un double moulin a blé » 12.

A l’heure actuelle, il ne subsiste qu’un corps de bâtiment rectangulaire, transformé en maison d’habitation 13. Sa face Nord, la moins perturbée, fait apparaître un appareil de pierre de taille de moyen gabarit très soigné, à joints épais. Cette maçonnerie de tuffeau est interrompue au niveau du sol par plusieurs portes de diverses époques, murées et à moitié masquées par un crépi récent. L’une de celles-ci, en arc en tiers-point, semble être originale. En outre, ce mur Nord porte, à mi-hauteur, deux corbeaux encastrés. Deux assises au-dessus, on observe nettement les engravures, bouchées par un carreau de tuffeau, des abouts de chevrons d’une charpente d’appentis. Ce bâtiment a été surbaissé dans sa partie Ouest à une époque récente ; la rupture de niveaux de toitures se traduit par un pignon intermédiaire se raccordant sur les longs-pans par une chaine harpée moderne.

L’état actuel est assez proche, en plan-masse, de ce qu’il était sur le cadastre ancien. Il n’est donc guère possible d’identifier ce corps de bâtiment sauf à considérer son orientation (Nord-Sud), ce qui le désignerait comme l’aile du réfectoire. L’appentis de la toiture du cloitre se trouvant sur la face Nord, on en conclurait que le cloître était dispose au Sud de l’église 14.

La Haye-aux-bonshommes

Autre celle angevine, dont la réputation prestigieuse perdura tout au long de l’histoire de l’ordre 15. La Haye, fondée par Etienne et Raoul de Véo et enrichie par Henry II Plantagenêt 16, conserve une église complète, avec une « chapelle des Lépreux » sur le flanc Nord. Cette église, très restaurée ces dernières années 17, ne présente plus l’intérêt archéologique qui était le sien à la fin du XIXe siècle lorsque l’architecte Dainville en fit le relevé 18 ainsi que celui des peintures murales (plan 1), très effacées depuis. Ces peintures, qui simulaient une architecture de voûtes, sont l’un des rares témoins de décor peint, quoique tardif, dans une église grandmontaine 19.

Les autres bâtiments ont été très transformés au XVIIe siècle 20 et l’aile orientale a disparu, mais a fait l’objet d’une fouille récente sujet d’une communication dans les présents actes.

Le Bois-d'Allonne

Cette celle, cachée en plein bois dans le bocage de la Gâtine Poitevine a une histoire longue et mouvementée 21.

Les circonstances de sa fondation ne sont pas sûres, et la tradition qui en attribue la paternité Guillaume IV L’archevêque 22 ne repose sur rien. En revanche, la protection dont elle a bénéficié entre 1190 et 1200 de la part des Plantagenêt n’est pas douteuse 23. En 1317, le Bois-d’Allonne devint l’un des 39 prieurés, regroupant sous sa tutelle plusieurs celles bas-poitevines, notamment Chassay et Bonneray 24. Rappelons rapidement que le Bois d’Allonne fut transféré après 1769 au Séminaire de Poitiers.

Le Bois-d’Allonne a été a plusieurs reprises décrit et étudié 25 et notre propos se bornera à préciser certains détails.

En ce qui concerne l’église, et particulièrement la voûte de l’abside, nous sommes là en présence d’un mode de voutement très proche de celui de l’abside du Breuil-Bellay 26, moins bombée, mais également divisée en dix quartiers par des nervures pénétrantes, deux d’entre elles venant buter sur l’arc de section du berceau de la nef, comme s’il s’agissait d’une voûte sur le plan d’un décagone coupé par le plan du berceau. Ce type de voûte, qui peut avoir été influence par certaines voûtes de type angevin à plan centré 27, constitue un mode de voûtement à part et qui participe d’un esprit différent de celui de la voûte de la Primaudière et, le saurons-nous jamais, celle du Petit-Bandouille.

Puy de Serre, Bonneray, Bâtiment du réfectoire
Fig. 1 Puy de Serre, Bonneray, Bâtiment du réfectoire, escalier des dortoirs
Avrillé - La Haye-aux-Bonhommes relevé des peintures murales d'après Dainville
Plan. 1 Avrillé - La Haye-aux-Bonhommes relevé des peintures murales d'après Dainville

L’église du Bois-d’Allonne possède l’un des rares clochers « tardifs » de l’ordre 28. On sait, par un procès-verbal d’état des lieux de 1651, publié en 1956 par René Crozet 29 qua cette date la chapelle, ayant perdu son clocher pendant les guerres de Religion, n’avait alors qu’un « campanier » pose sur le pignon Ouest, et dont le passage de la corde a travers la voûte a laissé au-dessus de la baie occidentale, des traces d’usure visibles. Quant au clocheton actuel, au-dessus de la jonction entre nef et chœur, il ne remonte pas au-delà du XVIIIe siècle comme l’ensemble de la charpente a pannes dont son tabouret a double enrayure est solidaire 30.

De nombreux travaux de transformation ont eu lieu entre 1651 et 1769, tant sur l’église que les bâtiments conventuels. L’ancien dortoir des moines, transformé en cellules, conserve un carrelage de tomettes octogonales dont l’une porte la date de 1711. Quant a la salle des moines du rez-de-chaussée, elle a été transformée et pourvue d’une cheminée en 1739 31.

Chassay-Grammont

Puy-de-Serre, Bonneray. Bâtiment du réfectoire
Fig. 2 Puy-de-Serre, Bonneray. Bâtiment du réfectoire, élévation de la face Nord

Cette celle est l’une des mieux conservées dans l’ensemble de l’Ordre. Bien qu’ayant été plusieurs fois étudiée 32, elle n’a vraiment livré la plupart de ses secrets que ces dernières années, au cours des travaux de restauration menés par M. Jacques Boissière, Architecte des Bâtiments de France de la Vendée, et qui font l’objet d’une communication dans la présente publication, à laquelle nous renvoyons le lecteur.

L’occupation du site par des religieux est ancienne, puisqu’il existait au XIIe siècle un autre prieuré sur le site, dépendant de l’Abbaye de Maillezais 33. Selon l’Abbé Aillery 34, elle aurait été fondée vers 1195 par Richard Cœur de Lion ; cette date est reprise par René Vallette 35 et Louis Charbonneau-Lassay 36 ; lors du chapitre général de 1295, elle ne comptait que 5 religieux et était une annexe de la correctorerie de La Meilleraye 37. En 1317, lors de la réforme de Jean XXII, Chassay fut réuni à Bois-d’Allonne 38. La vie religieuse s’y poursuivit jusqu’à l’extinction de l’Ordre 39 et les bâtiments furent vendus comme Biens Nationaux au sieur Majou, en mai 1791 40. Depuis cette époque, l’ancienne celle servit d’exploitation agricole. L’église, divisée en trois parties par des cloisons, servait d’étable et de grange. L’ancien réfectoire, bien qu’inscrit sur l’Inventaire Supplémentaire des Monument Historique depuis 1930, perdit ses voûtes en 1957, démolies par le fermier 41.

Cette celle est l’une des mieux conservées dans l’ensemble de l’Ordre. Bien qu’ayant été plusieurs fois étudiée 32, elle n’a vraiment livré la plupart de ses secrets que ces dernières années, au cours des travaux de restauration menés par M. Jacques Boissière, Architecte des Bâtiments de France de la Vendée, et qui font l’objet d’une communication dans la présente publication, à laquelle nous renvoyons le lecteur.

L’occupation du site par des religieux est ancienne, puisqu’il existait au XIIe siècle un autre prieuré sur le site, dépendant de l’Abbaye de Maillezais 33. Selon l’Abbé Aillery 34, elle aurait été fondée vers 1195 par Richard Cœur de Lion ; cette date est reprise par René Vallette 35 et Louis Charbonneau-Lassay 36 ; lors du chapitre général de 1295, elle ne comptait que 5 religieux et était une annexe de la correctorerie de La Meilleraye 37. En 1317, lors de la réforme de Jean XXII, Chassay fut réuni à Bois-d’Allonne 38. La vie religieuse s’y poursuivit jusqu’à l’extinction de l’Ordre 39 et les bâtiments furent vendus comme Biens Nationaux au sieur Majou, en mai 1791 40. Depuis cette époque, l’ancienne celle servit d’exploitation agricole. L’église, divisée en trois parties par des cloisons, servait d’étable et de grange. L’ancien réfectoire, bien qu’inscrit sur l’Inventaire Supplémentaire des Monument Historique depuis 1930, perdit ses voûtes en 1957, démolies par le fermier 41.

Puy-de-Serre - Bonneray, Réfectoire
Plan. 2 Puy-de-Serre - Bonneray, Réfectoire

Au cours des temps, le monastère de Chassay avait connu fort peu de transformations, comparativement à d’autres celles devenues prieurés comme Bois-d’Allone ou le Grand-Baudouille. Les quatre ailes de bâtiments remontent toutes à la construction originelle. L’église, dont le plan et l’élévation sont conformes à la tradition grandmontaine, a perdu ses voûtes avant 1637, à la suite d’un dévers progressif du mur goutterot Sud. La charpente qui porte la toiture actuelle porte cette date gravée sur un entrait, accompagnée de décors à motifs géométriques tracés au compas.

L’aile Est, est la plus complète, bien que transformée à deux reprises. En effet, dans le courant du XVe siècle, le bâtiment fut coupe en deux par un mur de refend à l’étage, le dortoir coupé en deux, était chauffé par une cheminée engagée dans le mur nouveau, et dont les piédroits n’étaient que des colonnettes romanes avec leur chapiteau en remploi. La pièce ainsi créée était éclairée par une baie rectangulaire à croisée et à mouluration prismatique ; on avait procédé à un aménagement semblable dans l’aile Ouest, où l’on voit, dans le mur donnant sur le cloître, une baie semblable.

Puis, à l’époque moderne (XVIIe siècle ?), l’escalier original donnant accès au dortoir a été remplacé par un escalier rampe-sur-rampe construit transversalement au bâtiment. Le cloître a peut-être été démoli à la même époque. En effet, les murs transversaux de cette cage d’escalier contiennent de nombreuses sections de colonnettes en remploi qui proviennent de toute évidence du cloître. L’escalier original, quant à lui, était construit, comme de coutume, le long du bâtiment du chapitre. La trace en est assez discernable dans la maçonnerie et en fondation, et surtout, l’arrachement du soubassement du palier est très nettement visible dans l’angle entre l’aile du chapitre et celle du réfectoire. Toutefois, les traces d’arrachement des marches dans le mur Ouest du bâtiment des frères sont très peu marquées. Cet escalier était peut-être en bois et on peut se demander si les marches de l’escalier moderne n’en proviennent pas 42. Enfin, au XIXe siècle, les fermiers avaient transformé la salle capitulaire en cuisine et créé à la place de l’arcade de la baie de gauche s’ouvrant sur le cloître, une cheminée dont le conduit passait à travers la voûte et le dortoir.

Ce sont ces transformations que la restauration récente du monastère a progressivement supprimées 43.

Bonneray

De l’ancienne celle de Bonneray 44, on sait peu de choses. On ignore les circonstances de sa fondation 45. Il s’agit certainement d’une fondation des Plantagenêt, car elle est citée dans une charte donnée à Niort le 15 décembre 1195 par Richard Cœur de Lion qui confirme les biens de plusieurs celles, données auparavant par sa mère Aliénor d’Aquitaine 46.

Bonneray resta toujours un monastère pauvre et délaissé. C’est du moins ce que laisse penser la visite pastorale de l’abbé Collart, vicaire épiscopal du diocèse de Maillezais, en 1601 47. Cette visite montre que la vie religieuse n’y était plus guère observée, à tel point que l’on ne savait trop qui était titulaire de la celle, et que le service divin était assuré par le curé de Saint-Maurice-des-Noues 48. Toutefois, les bâtiments étaient en assez bon état, avec sa chapelle « fort belle, bien voûtée, bien recouverte », mais cependant toute dévitrée, dans laquelle étaient négligemment entreposés du bois de chauffage, du vin et « aultres choses indignes destre mises en lad. Chapelle » 49. Le mobilier pourvu du strict nécessaire, comprenait tout de même « une croix de cuyvre platte esmaillé et ung callice destain, (…) un chandelier de cuyvre (…) un benitier de cuyvre » 50.

Au moment de la Révolution, Bonneray n’était plus qu’une métairie qui fut vendue comme Bien National le 31 mai 1791 au Citoyen David Gallot 51 ; elle comprenait notamment la chapelle et, à l’extérieur, une borderie. La celle était encore complète en 1811, avec ses trois ailes de bâtiments et sa chapelle 52.

Aujourd’hui, il reste deux ailes des bâtiments monastiques. Au nord, l’aile du réfectoire, qui est un bâtiment rectangulaire construit en moellons de calcaire brun local, avec emploi d’un calcaire blanc d’Aunis en appareil réglé pour le parement du niveau bas au Nord et pour les éléments architectoniques. Le réfectoire occupait tout le niveau bas (plan 2), et n’était pas voûté 53 ; actuellement, cette salle est divisée par des cloisons et une cheminée a été adossée au mur-goutterot Nord au XVIIe siècle. On entrait dans ce réfectoire par une porte en arc brisé, au centre du corps de bâtiment ; à une époque ultérieure, on a percé une fenêtre à gauche de cette porte. Au Nord, le réfectoire était éclairé par une suite de sept lancettes étroites très largement ébrasées à l’intérieur, aujourd’hui murées, mais dont les minces jambages communs sont visibles à l’intérieur 54. Ce réfectoire, communiquait à l’Ouest avec la cuisine, dont il ne reste plus que le mur Sud, par une porte biaise percée dans le mur-de-refend, disposition inhabituelle dans les celles de l’ordre. Au centre du même mur, est percé un large passe-plat en plein cintre. Il était flanqué, côté cuisine, d’une armoire murale transformée il y a quelques années en porte.

Au-dessus du réfectoire, se trouve une salle courant sur toute la longueur du corps de bâtiment, éclairée au Nord par trois magnifiques baies geminées, à travers lesquelles on discerne une évolution stylistique. La baie Ouest, qui a été murée, est un peu moins haute que les autres, et est constituée de deux lancettes à linteau en arc brisé adoucis par un chanfrein. Les deux autres baies sont divisées en deux petites arcades géminées par une colonne à chapiteau dont la corbeille est ornée de volutes de feuilles très épurées. Cette grande salle, à laquelle on a du mal à attribuer une fonction, était certainement une salle d’habitation (destinée aux convers ?), et elle conserve encore aujourd’hui la presque totalité de son enduit d’origine, recouvert d’un décor peint de faux-appareil de pierres, à double joint vertical, ornée d’une fleurette à cinq pétales, tracés à l’ocre rouge 55.

On accède à cette salle haute par l’escalier droit habituellement accolé au bâtiment des moines, ici élevé le long du réfectoire. Il y a de grandes chances pourtant que cet escalier soit original 56.

A l’angle des deux bâtiments se trouvait la cuisine dont seul subsiste le mur contigu au passage 57 la séparant de l’aile Ouest. Ce mur est percé au milieu d’une porte couverte en arc brisé à grands claveaux. A gauche de cette porte est pratiquée dans l’épaisseur du mur une grande niche de rangement, comme à Chassay. Il est curieux de constater qu’il subsiste, au niveau de l’étage des bâtiments, les restes d’une cheminée engagée dans le pignon du bâtiment Ouest ; cette cheminée, aux piédroits et corbeaux en quart-de-rond chanfreinés, accuse le XIVe siècle, et sans doute également la porte à linteau en bâtière chanfreiné percée au même niveau, dans le pignon du bâtiment du réfectoire ; il y aurait donc eu à cette époque une pièce chauffée au-dessus de la cuisine.

L’aile Ouest est moins bien conservée que l’aile du réfectoire. En bas se trouve une salle aujourd’hui transformée en étable, éclairée à l’Ouest par deux baies étroites à large ébrasement intérieur et arrière-voussure en panache, bien caractéristique de la construction grandmontaine ; elles accusent toutefois une légère différence à l’extérieur : l’une a un couvrement clavé et l’autre un linteau délardé en plein cintre. L’accès vers le passage contigu à la cuisine s’effectue par une porte en arc brisé dont le jambage de gauche se noie dans le mur-goutterot. A l’autre bout de la salle, une large porte donnait accès à la galerie de cloître ; cette extrémité Sud du bâtiment a été assez perturbée et il n’est pas aisé de vérifier qu’il y ait eu un passage symétrique à celui de la cuisine 58.

Cette salle basse ne semble pas avoir été voûtée, contrairement à celle de Chassay. Une salle de même longueur se trouve à l’étage. Elle est éclairée, des deux côtés ; vers le cloître par trois baies dont une seule, au milieu, avec son linteau cintré, est d’origine, les autres ayant été agrandies au XVe siècle, vers l’extérieur de façon analogue au bâtiment du réfectoire, par deux grandes baies géminées (qui ont malheureusement perdu leur colonnette).

Quant au cloître, il est permis de penser qu’il était analogue à ceux de nombreuses celles : couvert par un toit en appentis (les corbeaux supportant les faïtages sont tous en place sur les deux bâtiments) supporté par une succession d’arcades à colonnettes ; en effet, il subsiste, à l’état erratique, un chapiteau à feuilles d’eau provenant sans doute du cloître et surtout une base d’un pilier d’angle de huit colonnettes.

Le Breuil-Bellay

Ce monastère situé à quelques lieues de Saumur, à proximité de l’Abbaye d’Asnières, l’un des chefs-d’œuvre du « gothique angevin », fondé vers 1200 par Giraud Berlay, seigneur de Montreuil 59, dut paradoxalement sa survie – et son état de conservation relativement bon- à sa réunion en 1319 avec Monnais 60 ; après les Guerres de Religion, les religieux se retrouvèrent au Breuil, la moins endommagée des deux maisons 61 et le prieur de Monnais y fit faire un certain nombre d’embellissements, notamment dans le chœur de l’église 62 qui dépassent le cadre de notre propos.

La celle du Breuil-Bellay est intéressante à plus d’un titre ; elle conserve, outre une des plus belles églises de l’Ordre, deux ailes des bâtiments conventuels, très transformées il est vrai ; ensuite, elle est sensiblement contemporaine des celles du Grand et du Petit-Bandouille avec lesquels elle a de nombreux rapports.

Le Breuil-Bellay, Plan de l'église et de la salle capitulaire
Plan. 3 Cizay-la-Madeleine - Le Breuil-Bellay, Plan de l'église et de la salle capitulaire, d'après R. Baldet

L'église (plan 3)

Construite sur le plan traditionnel, l’église est très marquée par le « gothique Plantagenêt » en plein essor. En effet, si le voûtement en berceau légèrement brisé de la nef est conforme aux habitudes de l’Ordre, le voûtement du sanctuaire l’est moins ; il s’agit d’une voûte d’ogives à huit branches et deux nervures partant de la clé pour rejoindre le formeret de la section du berceau de la nef. Cette particularité se retrouve, on l’a vu, au Bois-d’Allonne. Mais à la différence de cette dernière, la voûte du Breuil-Bellay est domicale et sa clé est placée sur un plan nettement supérieur à celui du berceau de la nef. En outre, si les nervures du Bois-d’Allone sont fortes et un peu lourdes, celle du Breuil-Bellay se limitent à un tore. C’est- dire que l’on est là en face d’une application du style « Plantagenêt » à l’austérité grandmontaine.

L’église du Breuil-Bellay est accompagnée de deux ailes de bâtiments dont les façades sur le cloître ont été très remaniées aux XVIIe et XVIIIe siècles, en même temps que les intérieurs. Mais ce sont globalement des bâtiments contemporains de l’église ; l’appareil très rectiligne que permet le tuffeau du Saumurois donne une lecture archéologique des joints très aisée.

Le bâtiment oriental

Ce bâtiment est entièrement conservé en plan et en élévation. Au niveau bas, il se compose du couloir des morts voûté en berceau, d’une salle capitulaire de plan carré à voûtement centré à douze quartiers portés par des nervures toriques retombant sur des culots coniques, et d’une salle des moines de trois travées voûtées d’ogives de section chanfreinée, que l’on retrouve au Petit-Bandouille. Cette partie du bâtiment a été transformé en résidence civile au XVIIIe siècle et tous les percements ont été modifiés. Les deux travées du Sud sont toutefois restées dans un état XVe siècle, époque à laquelle elles ont été séparées par une cloison dans laquelle s’engage une cheminée.

A l’étage, les divisions modernes en chambres desservies par un corridor n’empêchent pas de discerner clairement à travers le papier peint mural les embrasures des baies romanes murées, certaines d’ailleurs transformées en armoires de rangement.

Le bâtiment des moines se termine, comme dans d’autres celles, par une terrasse.

Le bâtiment du réfectoire

L’aile Sud est plus endommagée. Seul le niveau du réfectoire conserve encore des traces repérables, notamment pour ce qui est du voûtement, aujourd’hui disparu. Les arcs-formerets en place dans les murs latéraux montrent qu’il s’agissait de voûtes d’ogives, probablement de style « Plantagenêt », dont la perte est hautement regrettable. Sous ce réfectoire sont aménagés des silos à grains excavés dans le tuffeau.

Puy-de-Serre, Bonneray, Salle haute au-dessus du réfectoire
Fig. 3 Puy-de-Serre, Bonneray, Salle haute au-dessus du réfectoire, détail de la baie médiane au Nord

Le cloître

Le cloître du Breuil-Bellay a entièrement disparu, de même que l’escalier du dortoir. Cependant, là encore, la précision du jointoiement des parements de tuffeau permettent d’en retrouver les traces à travers les sections des arcs et des départs d’ogives de ses voûtes. M. Gaborit, dans sa thèse, estimait que ces voûtes étaient à mettre au compte des transformations du XVIIe siècle 63. Cela ne nous paraît pas certain. En effet, l’examen attentif des assises de parement des murs sur le cloître montre qu’il n’y a pas de continuité linéaire de celles-ci de part et d’autre des sections de voûtes, ce qui devrait être le cas si ce voûtement tardif avait interrompu l’appareil régulier des murs. Cette question, qui ne sera sans doute pas tranchée de sitôt, reste importante, tant en ce qui concerne le cloître grandmontain que l’art claustral des XIIe-XIIIe siècles en général dans les provinces de l’Ouest ; on sait en effet que les cloîtres connus de cette époque en Anjou, Poitou et Guyenne, sont, à l’exception de celui de l’abbaye augustinienne de Nieul-sur l’Autize (Vendée), couverts par une charpente.

La Primaudière

Armaillé - La Primaudière, plan de l'église
Plan. 4 Armaillé - La Primaudière, plan de l'église, d'après R. Baldet

Fondée en 1208 par Guillaume de la Guerche, seigneur de Pouancé 64, sur la frontière entre les comtés de Bretagne et d’Anjou, la Primaudière n’a conservé que son église 65. Celle-ci a été fort endommagée par les activités de la verrerie qui y avait été installée en 1836 66 puis, il y a peu de temps, par le bétail, transformée en étable 67.

Cette belle église (plan 4), dont l’abside est couverte par une voûte à huit nervures rayonnantes et une lierne reliant la clef à l’arc de section de la voûte de la nef, constitue un jalon terminal de la timide évolution des absides grandmontaines vers les formules gothiques, depuis le cul-de-four des églises de la période 1160-1180 (Comberoumal, Etricor, Puy-Chevrier) en passant par la voûte à quartiers concaves – il est difficile d’appeler cela « voûte d’arêtes » – (Chassay, Saint-Jean-des-Bonshommes). Les voûtes du Breuil-Bellay et du Bois-d’Allone, très semblables, constituent une solution particulière, comme nous le disons ailleurs. Au contraire, la voûte de l’abside de la Primaudière est un système cohérent sous-tendu par un jeu de colonnettes, de formerets et de nervures interdépendantes, y compris pour la lierne médiane et l’arc constituant sa base, le tout ressortant parfaitement du rationalisme gothique.

En outre, la Primaudière est, à notre connaissance, l’église grandmontaine qui conserve la plus grande surface de décor peint original, à faux-appareil de maçonnerie à l’ocre rouge, très proche de celui de Bonneray. Cet appareil, que l’on pouvait penser limité aux voûtes, s’est manifesté sur l’ensemble de l’église lors de la suppression récente des cloisons et planchers qui l’encombraient.

Puy-de-Serre, Bonneray, Salle haute au-dessus du réfectoire
Fig. 4 Puy-de-Serre, Bonneray, Salle haute au-dessus du réfectoire. Détail du décor peint

Le Grand-Bandouille

Les restes du Grand-Bandouille nous posent plus de questions qu’ils n’apportent d’éclairage.

L’église, qui se trouve au Nord de l’ensemble a presque complètement disparu, hormis le mur Sud avec une belle porte s’ouvrant sur le cloître. Plusieurs archéologues ont estimé que l’église du Grand-Bandouille avait un chevet plat. L’église était déjà en ruines au début du XIXe siècle, comme en témoigne le cadastre impérial, où le site présente une configuration proche de celle d’aujourd’hui, l’église coloriée en jaune et dont le chevet est dans le même alignement que le mur-goutterot du bâtiment des moines. Les maçonneries de ce « chevet » plat sont tellement confuses dans leur mise en œuvre, comparaison faite avec le calepin harmonieux du mur Sud, que l’on ne peut que penser à une réfection tardive 68.

Une autre question posée par le Grand-Bandouille est celle, mineure toutefois, de la ligne de corbeaux à charpente d’appentis sur le mur oriental du bâtiment des moines, sous les baies du dortoir ; on ne voit guère cette disposition dans d’autres celles.

Enfin, la troisième question posée par le Grand-Bandouille l’est par sa salle capitulaire. Il s’agit d’une salle capitulaire couverte par une voûte d’ogives à douze voûtains rayonnants de profils gauchis aux angles ; c’est le même système que celui du Breuil-Bellay mais appliqué ici à un plan rectangulaire, ce qui témoigne d’ailleurs de la maîtrise architecturale des maîtres d’œuvre grandmontains. Ce type de voûte, si peu répandu dans une salle capitulaire, est-il une spécificité de l’ordre, et particulièrement de certaines celles des provinces Plantagenêt proches des foyers d’expérience de la voûte Plantagenêt et des voûtes à nervures multiples ; il serait à cet égard intéressant de pouvoir établir une chronologie des travaux entre le Breuil- Bellay et le Grand-Bandouille.

Armaillé - La Primaudière, plan de l'église
Plan. 4 Armaillé - La Primaudière, plan de l'église, d'après R. Baldet

Le Petit-Bandouille

La celle du Petit-Bandouille, au bord de la Dive, près de Thouars, est l’une des plus tardives des fondations grandmontaines et doit être rapprochée des celles angevines édifiées autour de 1200.

Fondée en 1226 par Jean David, chapelain de Saint-Médard de Thouars 69 augmentée d’une importante donation faite en 1211 par Regnauld de Missé, valet, qui comprend notamment une maison sur les rives de la Dive, d’une rente de quatre sols et d’autres dons en nature 70. Ce monastère fut uni au Grand-Bandouille en 1317 71. C’est en outre, avec Chassay et le Breuil-Bellay, l’un des plus complets de ceux que nous étudions ici, quoique très dégradé, tant par l’abandon que par le vandalisme 72.

Cette celle conserve les ruines de son église, le bâtiment des moines bien conservé et un reste de la cuisine avec un four (plan 5).

L’église était sans doute bâtie sur le plan traditionnel, bien que l’on ignore comment se présentait le chevet 73. Elle était voûtée sur croisées d’ogives de type Plantagenêt, très bombées, et à nervures traversantes dont la tête seule apparait sous la forme d’un tore, selon une formule bien connue depuis le chœur de Saint-Serge d’Angers. Le chœur devait être voûté de la même façon qu’à la Primaudière et s’harmoniser ainsi avec les quatre travées de la nef. Nous ne pensons pas, comme M. Gaborit le supposait 74, que ce voûtement gothique soit le fait d’une modification tardive qui aurait succédé à une « vouta plana » traditionnelle. D’une part, parce que ce type d’église à nef unique est tout-à-fait propice à un voûtement « Plantagenêt », comme nombre d’églises de l’Anjou tout proche en témoignent, et ensuite parce qu’aucune reprise n’apparait dans les maçonneries ; or, une voûte en berceau eût pris son assise plus bas que le plan des clefs des formerets actuels sauf à placer sa ligne de faite sur un plan bien supérieur à celui de la voûte actuelle, ce qui eut causé un fort décalage par rapport au niveau de toiture du bâtiment des moines, qui, elle, est sur son plan et sa pente original comme nous le verrons plus loin.

Cette église était semble-t-il couverte d’un décor de faux-appareil, dont quelques témoins subsistent dans la crédence eucharistique, au Nord.

Le bâtiment du chapitre

L’aile orientale, qui a longtemps été habitée et de ce fait bien entretenue, est bien conservée, malgré quelques altérations au XVIe siècle.

Ce corps de bâtiment comprend, au niveau bas, à partir de l’église : le couloir des morts, la salle capitulaire, la salle des moines et la remise, et, à l’étage, le dortoir et un appartement aménagé au XVe siècle à la place de la terrasse.

La salle capitulaire a un aspect très étrange de par son voûtement ; il s’agit de deux croisées dont le doubleau séparatif se divise en deux au milieu de la voûte pour rejoindre les départs d’ogives. Cette construction très maladroite s’explique par la contradiction qu’il y avait à voûter de façon orthogonale une salle ayant trois ouvertures à l’Est et deux à l’Ouest (Fig. 4).

Puy-de-Serre, Bonneray, Base de pilier d'angle du cloître
Fig. 5 Puy-de-Serre, Bonneray, Base de pilier d'angle du cloître
St Martin-de-Macon. Le Petit-Bandouille
Plan. 5 St Martin-de-Macon. Le Petit-Bandouille. plans de l'état actuel

Or si l’on observe le jointoiement des embrasures des baies orientales, on lit clairement une reprise d’une grande gaucherie sur les jambages portant les départs d’ogives; en outre, les voûtains ne s’accordent pas avec les formerets des haies, qu’ils noient par ailleurs entièrement dans les jambages. Il est clair qu’il y a eu là une modification du voûtement. Cette modification doit avoir été causée par une autre modification, celle des ouvertures sur le cloître. En effet, les deux baies occidentales, murées, sont prises sous une grande arcade surbaissée. Nous émettons l’hypothèse qu’à l’origine, se trouvaient sous cette arcade trois haies geminées, la porte au milieu, comme c’est le cas à Saint-Michel-de-Lodève ou à Comberoumal. Dans ce cas, il se pourrait que la voûte originale ait été une voûte centrée à douze quartiers, comme celle du Grand-Bandouille, dont on conserverait, comme une sorte de fossile, les formerets orientaux.

A la suite de cette salle capitulaire se trouve la salle des moines, de trois travées voûtées d’ogives bien régulières cette fois, de section rectangulaire à chanfrein, analogue à celles du Breuil-Bellay.

On accède à l’étage par l’escalier original qui est conservé, contre le mur occidental. Le pallier a été couvert au XVe siècle par une logette. La porte du dortoir pouvait être barrée de l’intérieur ; le coulisseau de planches est encore en place dans l’épaisseur de la maçonnerie.

Ce dortoir est d’un grand intérêt archéologique car il n’a pas été occupé depuis le XVe siècle. Une longue salle, éclairée des deux côtés par des baies à large ébrasement, occupe tout l’étage jusqu’à l’église. Il faut remarquer qu’ici il n’y a pas de chambre au-dessus du couloir des morts séparant le dortoir de l’église. Le mur transversal qui créé actuellement cette pièce 75 n’est qu’un ajout tardif, contemporain de la cheminée construite au XVIe siècle dans la salle capitulaire dont il porte la souche, et qui vient en outre obturer une baie originale. On accédait donc directement du dortoir au campanile posé sur la voûte de l’église par un escalier tournant pratiqué dans l’épaisseur du mur.

Ce qui complète l’intérêt archéologique de ce bâtiment des moines est sa charpente.

St Martin-de-Macon. Le Petit-Bandouille
Fig. 6 St Martin-de-Macon. Le Petit-Bandouille. Église, face Nord
St Martin-de-Macon. Le Petit-Bandouille. Église, intérieur
Fig. 7 St Martin-de-Macon. Le Petit-Bandouille.
Église, intérieur
St Martin-de-Macon. Le Petit-Bandouille
Fig. 8 St Martin-de-Macon. Le Petit-Bandouille. Église, crédence du chœur
St Martin-de-Macon. Le Petit-Bandouille
Fig. 9 St Martin-de-Macon. Le Petit-Bandouille. Salle capitulaire
St Martin-de-Macon. Le Petit-Bandouille
Fig. 10 St Martin-de-Macon. Le Petit-Bandouille. Dortoir
St Martin-de-Macon. Le Petit-Bandouille
Fig. 11 St Martin-de-Macon. Le Petit-Bandouille, Dortoir, escalier du campanile
St Martin-de-Macon. Le Petit-Bandouille
Fig. 12 St Martin-de-Macon. Le Petit-Bandouille, Dortoir, détail de la charpente

La toiture du bâtiment repose directement sur les têtes des murs goutterots par l’intermédiaire d’une corniche tangente au plein-cintre des ébrasements intérieurs des baies ; du moins cette disposition s’est-elle maintenue sur le mur oriental alors qu’elle a disparu (ou n’a jamais existé à la suite d’une erreur de calcul dans l’élévation ?) sur le mur occidental. La sablière, constituée de pièces assemblées à enture en baïonnette, reçoit les fermes, au nombre de six, dont deux, au Sud, refaites à une époque récente, et les chevrons sous coyaux dont les abouts sont simplement enveloppés par les caches-moineaux de pierre grossière. Chaque ferme est constituée d’un fort entrait chanfreiné embrevé dans les sablières, d’un poinçon de section carrée à base et chapiteau moulurés, supportant, probablement avec un assemblage, quoiqu’aucune cheville ne soit visible, le faîtage, et reçoit des arbalétriers (modernes ainsi que leurs jambettes et leurs contrefiches) sur lesquels est posée à chanlatte une panne supportant des chevrons portant pour une bonne partie d’entre eux une encoche à mi-bois et un trou de chevillage indiquant la place d’un faux-entrait disparu.

St Martin-de-Macon. Le Petit-Bandouille
Fig. 13 St Martin-de-Macon. Le Petit-Bandouille.
Dortoir, détail des chevrons de la charpente

Sans nous risquer à donner de date précise à cette charpente, il nous parait cependant certain qu’elle est constituée de remplois qui pourraient fort bien remonter à la construction originale. L’absence de coyaux d’une part, et de système de contreventement originel d’autre part, en sont des indices. En tout cas, le pendage du toit est bien celui de la toiture primitive.

Le système de principe de cette charpente pouvait-être le suivant (Fig. 12-13) : un chevron-portant-ferme sans faîtière (celles-ci sont toujours conçues pour être contreventées), avec faux-entraits assemblés dans les chevrons et les poinçons, et portant très vraisemblablement un voligeage jointif formant plafond lambrissé ; on remarque en effet que les chevrons anciens sont tous entaillés sur leurs côtés d’une rainure entre la sablière et l’assemblage de faux-entrait. Cette disposition est très semblable à celle que M. Jacques Boissière a pu reconstituer à Chassay.

Pour être complet, signalons que l’extrémité du bâtiment a été transformée en logement élevé sur la terrasse méridionale au XVe siècle et pourvue d’une cheminée au XVIIe siècle. Une porte s’ouvrant en regard de la baie à double ébrasement que l’on retrouve à Chassay et à Comberoumal notamment, permettait le passage dans la salle haute du bâtiment du réfectoire, qui a disparu, ainsi que la majeure partie de la cuisine 76. De celle-ci ne subsiste que la cheminée du four à pain, avec un beau manteau à claveaux en traits-de-Jupiter, à joints presque vifs.

Cette revue des principaux monastères grandmontains de l’Ouest de la France, si elle ne peut tout explorer en détail, nous montre du moins, une fois encore, la diversité des formes architecturales adoptées par les moines de Grandmont à travers une standardisation apparente. C’est particulièrement vrai des salles capitulaires, pour lesquelles on sent une hésitation dans les partis à prendre plus grande que dans les établissements du Sud-Ouest, comme l’avaient bien fait remarquer M. Gaborit et le Dr Grezillier 77. Mais on sent également, à travers les églises conservées, construites sans beaucoup de décalage entre elles, une progression dans la réflexion sur le voûtement jusqu’au bouleversement de la tradition opérée au Petit-Bandouille, ce qui montre aussi que les disciples d’Étienne de Muret étaient plus perméables aux influences locales qu’il n’y paraït, surtout lorsque celles-ci, comme en Anjou, s’accordent aisément avec les conceptions grandmontaines. Enfin, on est toujours frappé d’admiration devant le talent de lapicide manifesté par ces moines aux maïtres d’oeuvre anonymes, talent dont le magnifique appareil quasi cyclopéen de l’église du Bois-d’Allonne est l’une des plus belles illustrations.

Notes

1. R.P.J. Fouquet et Fr. Ph. Etienne, Histoire de l’Ordre de Grandmont, Chambray-les-Tours, cd. C.L.D., 1985, p. 24 et sq. J. Avril, in Le Diocèse d’Angers, Histoire des diocèses de France, t. XIII, ss. la dir. de François Lebrun, Paris, Beauchesne, 1981, p. 48.

2. Du moins leur attribue-t-on de nombreuses fondations sans preuves tangibles.

3. La Quarte, Entruan, Fontadam, Bois-Pouvreau (Deux-Sèvres), Rocheservière, La Meilleraye, Barbetorte (Vendée).

4. La celle de la Quarte a été étudiée très précisément par M. Gérard John, Le prieuré Nôtre-Dame-de-la-Carte à Celle-sur-Belle (Deux-Sèvres), Bulletin de la Soc. Hist. et scient. des Deux-Sèvres, t. XXI, n° 3, 1988.

5. M. Poignat, Histoire des communes des Deux-Sèvres. Le pays thouarsais, t. VI, Niort, cd. du Terroir, 1986.

6. E. Traver, Fontadam, histoire d’une fontaine, Bull. de la Soc. des Antiqu. de l’O., 3e série, t. XII, 1939-1941, p. 586-595.

7. Encore que les restes d’une cheminée à corbeaux en quart-de-rond chanfreinés dans une petite dépendance, à Rocheservière, soient une indication.

8. Ce chapiteau, constitué d’un épannelage souligné par quatre feuilles plates, gït au pied de la maison des agriculteurs qui habitent à cet endroit.

9. Commune de Longue-Jumelles (Maine-et-Loire).

10.   C. Port, Dictionnaire historique, géographique et biographique du Maine-et-Loire, Angers, Siraudeau, 1878, t. III, p. 692-693. L. Guibert, Destruction de l’ordre de Grandmont, Bull. de la Soc. Archéol. du Limousin, Limoges, 1877, notice 13.

11.   C. Port, op. cit., p. 693.

12.   C. Port, ibidem.

13.   Il ne nous a pas été possible de visiter l’intérieur.

14.   L’existence dune tour à l’angle Sud-ouest du bâtiment semble se confirmer sur le cadastre ancien.

15.   R.P. J. Fouquet et Fr. Ph. Etienne, op. cit., p.p. 25, 66, 68, 103. L. Guibert, op. cit., notice II. Abbe L.T. Houdebine, La Haye-aux-Bonshommes, Bull. de la Soc. d’Agric. d’Angers, t. II (5e série). 1899, p. 205-438.

16.   C. Port, op. cit., t. II, nouv. ed., p. 272.

17.   Restauration menée par M. Pierre Prunet, Architecte en chef des monuments historiques, qui a notamment relevé la chapelle Nord et recréé un « porticum », sur piliers de maçonnerie.

18.   Abbe Houdebine, op. cit., dessins de Dainville, p. 348.

19.   Chanoire Urseau, La peinture décorative en Anjou du XIIe au XVIIe siècle, Angers, Grassin ed., 1918.

20.   J.R. Goborit, L’architecture de l’ordre de Grandmont, thèse de l’École des Chartes, 1963, ms, Arch. Dép. de la Haute-Vienne, p. 378.

21.   L. Guibert, op. cit., notice 67.

22.   L. Guibert, op. cit., ibidem.

23.   B. Lerat, Une charte inédite de Richard-Cœur-de-Lion…, Revue du Bas-Poitou, t. LVII, 1944, pp. 121 a 132.

24.   L. Guibert, ibidem.

25.   Cte A. de Dion, Note sur l’architecture dans l’ordre de Grandmont, Bulletin Monumental, t. XL, 1874 – R. Crozet, L’Architecture de l’ordre de Grandmont en Poitou, Saintoinge et Angoûmois, Bull. des Mémoires de la Soc. Archéo. et Hist. de la Charente, t. II, 1944. – A. Grezillier, L’Architecture grandmontaine, Bull. Mon., t. CXXI, 1963, p. 331- 357, – J.R. Gaborit, op. cit., p. 324 et passim.

26.   c.f. infra.

27.   Notamment la tour Saint-Aubin d’Angers ou le narthex de Saint-Florent de Saumur.

28.   M. Gaborit, op. cit., p. 250, note 67, estimait le clocher actuel de la fin du Moyen-âge.

29.   R. Crozet, État du Prieuré grandmontain du Bois d’Allonne en 1651, Bull. de la Soc. des Antiqu. de l’Ouest, 1956, p. 493-496.

30.   Nous avons retrouvé de nombreux témoins des toitures anciennes, et notamment des tuiles à ergot du XVIIIe siècle et des tuiles à clous forgés plus anciennes.

31.   Date portée sur la cheminée.

32.   R. Valette et L. Charbonneau-Lassay, Un monastère oublié, Grandmont au diocèse de Luçon, Revue du Bas-Poitou, 1918, pp. 18-27. – R. Crozet, Trois ensembles monastiques au Bas-Poitou, Revue du Bas-Poitou, t. XXXI, 1970, p. 446-451. – J.R. Gaborit, op. cit., p. 405 et passim. – M. Dillange, Églises et abbayes romanes de Vendée, Marseille, Jeanne Laffitte ed., 1983.

33.   L. Breuchet, Le canton de Chantonnay à travers l’Histoire, Fontenay-le-Comte, Claireaux imp., 1899, p. 109.

34.   Abbé Aillery, Pouillé du diocèse de Luçon, Fontenay-le-Comte, 1860, p. 90.

35.   R. Vallette et L. Charbonne au-Lassay, art. cit.

36.   L. Guibert, op. cit., p. 239.

  37.   Ibidem et B. Lerat, art. cit.

38.   Ibidem.

39.   Ibidem.

40.   Arch. Dép. de la Vendée, IQ 726.

41.   Contrairement a ce que croyait M. Gaborit (op. cit., p. 212 note 71), on connait parfaitement l’état des voûtes de ce réfectoire par deux photographies récentes, prises avant leur démolition, conservées aux Archives photographiques de la Direction du Patrimoine, sous les cotes 5 MH 94 039 et 6 MH 94 042. Ce sont ces photographies, ainsi que les relevés précis des arcs formerets en place, qui ont permis la reconstitution de ces voûtes.

42.   Il semble que l’escalier du Sauvage était aussi en bois (J.R. Gaborit, op. cit., p. 210).

43.   cf. la communication de M. J. Boissière.

44.   Cne de Puy-de-Serre (Vendée).

45.   L. Guibert, op. cit., notice 67.

46.   B. Lerat, art. cit.

47.   Arch. Dép. de la Vendée, 4 G1.

48.   Paroisse voisine de celle de Puy-de-Serre.

49.   Ibidem.

50.   Ibidem.

51.   Arch. Dép. de la Vendée, I Q 736.

52.   Cadastre de 1811, section A dite « de Bonneraye ».

53.   On conçoit mal que M. Gaborit ait vu une voûte en berceau plein cintre (op. cit., p. 212) dans ce réfectoire qui n’a jamais été voûté. Il semble même que les poutres supportant le plancher de la salle haute soient originales.

54.   L’une d’entre elles est masquée par la cheminée construite au XVIIe siècle.

55.   Cet enduit, caractéristique de la décoration du XIIe siècle, nous semble contredire le jugement de M. Gaborit sur la décoration des celles grandmontaines à l’origine (op. cit., p. 175 et sq.). La problématique des enduits peints à faux-joints a reçu un éclairage nouveau avec la publication de l’étude de M. Jürgen Michler sur les enduits de la cathédrale de Chartres, Bull. Mon., 1989, t. CXLVII-2.

56.   Il est toutefois certain que la porte de la salle haute qui s’ouvre sur cet escalier n’est pas la porte originelle ; cette partie du bâtiment a été fortement remaniée, et le mur-pignon Est est reconstruit en collage sur la chaïne d’angle, au Nord.

57.   Signalons qu’à Chassay, il existe également un passage entre la salle haute au-dessus du réfectoire et le bâtiment Sud, mais qui paraït d’origine.

58.   Bien qu’un arrachement de maçonnerie dans le mur Ouest laisse penser qu’un mur séparatif ait pu exister.

59.   C. Port, Dictionnaire historique, géographique et biographique du Maine-et-Loire, t. II, Angers, 1875. L. Guibert, op. cit., notice 13.

60.   Ibidem et c.f. supra.

61.   C. Port, op. cit. ibid. – J.R. Gaborit, op. cit., p. 335.

62.   Maïtre-autel et retable commandés en 1650 au sculpteur Biardeau.

63.   Sur les influences de l’art Plantagenêt sur les grandmontains, voir A. Mussat, Le style gothique dans l’Ouest de la France, Paris, Picard, 1963, p. 326.

64.   C. Port, op. cit. p. 185.

65.   C. Port, Dictionnaire historiques, géographique et biographique du Maine-et-Loire, t. III, Angers, 1875, p. 189. – L. Guibert, op. cit., notice 140.

66.   Il y des chances que le corps de bâtiment formant aile Ouest soit un bâtiment original transformé.

67.   C. Port, ibid.

68.   Grezillier, art. cit., p. 335 – J.R. Gaborit, op. cit., p. 140-141, pense qu’il peut s’agir d’une reprise.

69.   L. Guibert, op. cit., notice 93. R. Garand, Le prieuré grandmontain du Petit-Bandouille-sur-Dive, Bull. de la Soc. hist. et Sc. des Deux-Sèvres, t. IX, 1950-1954, p. 179.

70.   Arch. dép. de la Vienne, G. 870 : « Regnaldus de Misse Valetus (…) dedit, Legavit (…) domus de Diva prope Thoarcium grandimontensis ordinis, voluntate spontanea quatuor solidos (…). »

71.   Ibidem.

72.   Les voûtes de l’église ont été détruites il y a peu de temps par le précédent propriétaire.

73.   L. Guibert, ibidem.

74.   Pour le Dr. Grezillier, art. cit., p. 336-337, et M. Gaborit, op. cit., p. 143, l’abside était sans doute en hémicycle. Elle pouvait être à cinq pans à l’extérieur comme au Breuil-Bellay.

75.   M. Gaborit, op. cit., note 207, pensait que cette salle existait.

76.   Id., p. 221.

77.   Grezillier, art. cit., p. 344 et pl. p. 345. – J.R. Gaborit, op. cit, p. 194 et sq.