L’occupation du sol à Usclas-d’Hérault des années 1580 aux années 1870

Usclas ? « Petite commune, petit village (..) sur la rive droite de l’Hérault (..). Nous ne trouvons rien à noter, et délogeons à grande hâte et sans bruit, pour commencer une excursion dans le canton de Murviel » 1.Voilà bien un jugement péremptoire ! Bien que J-M. Amelin se montre peu inspire par sa visite à Usclas-d’Hérault dans les années 1820, ne le suivons pas dans les environs de Murviel-lès-Montpellier. Attardons-nous au contraire dans ce petit village du val d’hérault, ancre dans un minuscule territoire communal de moins de 300 hectares, coincé entre Paulhan et Lézignan-la-Cèbe. La commune se développe intégralement sur les terrasses alluviales de l’Hérault et sa platitude est à peine contrariée par les légères ondulations du relief rencontrées en allant vers l’ouest. La « part du milieu » étant fort restreinte, Usclas d’Hérault est un village particulièrement ouvert aux changements de conjoncture. C’est donc un laboratoire historique de premier choix pour observer l’évolution des grandes tendances culturales dans une durée assez longue. Quand la vigne joue-t-elle dans le paysage local le rôle irremplaçable qui est le sien aujourd’hui ? Comment se répartissaient les masses culturales par le passé ? Les compoix d’Usclas et ses cadastres donnent des réponses assez précises à de telles interrogations. Ils permettent surtout d’aborder par la micro-histoire la chronologie de l’expansion viticole à travers un exemple ponctuel, mais aussi très représentatif d’un phénomène commun à la plaine de Languedoc.

I - Le desserrement de l’étau céréalier (1588-1655)

Après la décennie 1530 et pour une cinquantaine d’années, le Languedoc, par-delà les troubles religieux le traversant, continue à connaître une démographie dynamique, hélas non soutenue par un développement économique suffisant 2. « Crépuscule d’une époque heureuse » 3, la fin du XVIe siècle semble marquée par l’hégémonie céréalière s’exerçant alors dans la plaine languedocienne 4. Est-ce le cas du petit terroir d’Usclas-d’Hérault ? Cela est possible, mais notre connaissance du passé est peut-être déformée par le prisme des sources fiscales.

1) Des compoix uniques

Les compoix d’Usclas-d’Hérault présentent tous deux en effet de notables particularités. Celui de la fin du XVIe siècle fut vraisemblablement réalisé en 1588, les onze premières mutations étant datées de cette année 5. Il est malheureusement fragmentaire, amputé de plusieurs dizaines de folios et d’une manière toute singulière. Les pages manquantes de ce petit cahier rédigé en occitan n’ont pas subi les outrages ordinaires du temps mais ont été, au contraire, soigneusement découpées au plus près de la reliure. Le compoix suivant ayant été mis en service en 1655, les folios supprimés l’ont-ils été après cette date pour alimenter les pièces jointes de quelque procès ? Si tel est le cas, aucun dépôt d’archives n’en a encore révélé l’existence. En l’état, le compoix de 1588 livre au chercheur un large tiers des terres roturières soumises à la taille. Cela peut sembler insuffisant pour approcher le taillable d’Usclas-d’Hérault, mais le choix ne nous est pas laissé pour en appeler à une autre source aussi précieuse et précise qu’un compoix. Les folios parvenus jusqu’à nous constituent donc un sondage certes forcé, mais forcement aléatoire de l’occupation du sol de cette communauté à la fin du XVIe siècle. Le recours aux confronts a permis en outre de dresser la liste exhaustive des propriétaires alors possessions à Usclas 6. Liste exhaustive, puisque complétée dès la série des confrontants de trois des quatre directions cardinales minutieusement dépouillée. Le second compoix de la communauté n’est pas moins original, puisqu’il consiste en une copie de 1776 de celui de 1655, dont la table originelle fut insérée en tète du double 7. Il a sans doute été réalisé sur ordre de la Cour des Comptes de Montpellier, vraisemblablement pour permettre la réalisation du « Registre diocésain » de Béziers de 1774 8. En effet, quelques diocèses languedociens se lancèrent à la fin du XVIIIe siècle dans une enquête d’ampleur visant à recenser les compoix en usage dans les communautés, afin de déterminer la variété des tables, des mesures locales et d’autres éléments renfermes par les cadastres anciens 9. Or, pour réaliser cette œuvre d’envergure, la Cour des Comptes ordonna de déposer une « Copie Du Compoix quy regit actuellement dans la communauté du lieu dusclas d’heraud dioceze de Beziers concernant la remise par arrest du Conseil d’ettat du roy du 16e aout 1776 » 10. Les consuls d’Usclas ont sans douté versé l’original de leur compoix de 1655 et conservé la copie pour l’usage de la communauté. En effet, un compoix copie, même daté du milieu du XVIIe siècle, présentait en 1776 l’avantage de n’être surchargé d’aucune mutation et bien plus facilement utilisable que le prcéc1ent 11. En outre, la communauté s’est épargné une opération aussi coûteuse et longue que la faction d’un nouveau compoix 12. Si celui de 1588 nous est parvenu très diminué, il donne malgré tout des ordres de grandeur dans la répartition des masses culturales à Usclas-d’Hérault à la fin du XVIe siècle.

2) L'étau céréalier de la fin du XVIe siècle

Le compoix de la fin du XVIe siècle d’Usclas-d’Hérault révèle une utilisation du sol très précise, qui ne dément pas les résultats habituels donnés par les documents cadastraux languedociens et provençaux de la même époque 13. Ces résultats vont dans le sens de terroirs dont les productions agricoles sont orientées vers une économie d’autosubsistance. Bien sûr, le compoix d’Usclas de 1588 est très lacunaire, mais les chiffres qu’il fournit serrent, dans leurs proportions, certainement au plus près, la réalité prévalant alors dans l’ensemble du terroir. En effet, il faut plutôt considérer l’étude de ce compoix incomplet comme un sondage, dont l’avantage est que sa réalisation s’est faite au hasard, au sein de tous les tènements constitutifs du finage étudié.

Tableau n° 1 - Occupation fragmentaire du sol à Usclas-d’Hérault en 1588.
Tableau n° 1 - Occupation fragmentaire du sol à Usclas-d’Hérault en 1588. 14, 15, 16, 17, 18.

La richesse du vocabulaire descriptif employé dans le compoix par les arpenteurs et les indicateurs est toujours agréable à l’historien. Elle est gage d’une connaissance sûre de l’occupation précise du sol voici environ quatre siècles, dont le souvenir s’est depuis longtemps perdu. Sur les 69,74 hectares connus de terres cultivées, 49,53 (71 %) sont exclusivement consacres aux bleds, 14,84 sont des champs complants ou mixtes (21 %). Les céréales occupent donc à Usclas plus de 90 % de la surface des tènements dont l’encadastrement nous est parvenu, témoignage éclatant s’il en est d’un terroir à la vocation céréalière sûre. Bien sûr, l’étude des deux tiers restants du terroir pourrait amener à nuancer ce chiffre, qui présente toutefois l’intérêt de fournir un ordre de grandeur acceptable. Cette présence forte des céréales est adoucie par les 14,84 ha de terres labourables complantées. Parmi ces champs à vocation mixte, la superficie la plus vaste est occupée par des raies d’amandiers ou d’oliviers et, en moindre proportion, par des rangées de ceps. Néanmoins, cette relative diversité ne doit pas faire illusion. À la fin du XVIe siècle, la vocation du terroir d’Usclas-d’Hérault est bel et bien d’assurer l’autosubsistance de la population locale en général et des propriétaires en particulier. La présence de dix-sept jardins (0,25 ha, 0,4 % des superficies non bâties) minuscules – 147 m² en moyenne – montre bien ce souci de pouvoir tirer du sol de quoi s’alimenter. Les temps sont encore loin de la recherche du profit par les produits de la terre. Ce que constate aussi Gilbert Larguier pour les terroirs ruraux du Narbonnais à la même époque 19. L’auteur nous apprend que les années 1560 inaugurent dans la riche « terra plana » narbonnaise la fin d’un siècle de croissance et de reconstruction, dont les principales conséquences sur l’occupation du sol sont la domination des champs sur les autres catégories culturales, la progression sensible des espaces gagnés par l’olivier et le recul marqué de la vigne, qui subit là une véritable « débâcle » et atteint alors « un étiage » dans son flux et son reflux séculaires 20. Dans notre village, pour autant que les données cadastrales lacunaires permettent d’appréhender ce phénomène, l’emblavement des terres semble atteindre un niveau maximum pour l’époque moderne, du moins pour le pas deux fois séculaire envisagé. D’ailleurs, signe annonciateur de changements, une modeste oliveraie semble apparaître à Usclas-d’Hérault. Cette mise en place d’olivettes à part entière se double d’une base plus large et plus solide, de complants champs-oliviers. Ces complants occupent des surfaces dont le rapport à la superficie des olivettes est de l’ordre du sextuple. À Ginestas en 1532, les champs et oliviers couvrent 1,08 fois plus de surfaces que les olivettes 21. En 1572, le rapport s’est inversé 22 ; il s’accentue encore en 1652 23. A Mirepeisset, les évolutions sont comparables entre 1585 et 1696 24. Les bases d’une diffusion des oliviers dans le terroir paraissent donc posées. Quant à la vigne, son implantation est très modeste 16 parcelles et 2,79 hectares seulement. Son emprise sur le paysage agraire est donc faible ; les possesseurs de terre les plus aises s’en désintéressent notablement ; les mailheuls sont l’exception. Dès 1572 à Ginests, à nouveau dans la plaine narbonnaise, le vignoble occupe encore 13,5 % du terroir, mais la proportion des jeunes vignes par rapport au vignoble local a sensiblement diminué, au-dessous de 2 %, chiffre bien plus bas qu’en 1532 25. Or, de nombreux mailheuls sont pourtant le signe tangible d’un possible renouveau viticole. Pour reprendre Emmanuel Le Roy Ladurie, les paysans d’Usclas-d’Hérault vivent toujours, en ces années 1600, entre « difficulté d’être et douceur de vivre » 26.

Le terroir se dévoile ainsi comme consacré à une écrasante céréaliculture. Certes, les jardins, les oliviers, les vignes et les arbres fruitiers sont présents, parfois même en nombre, mais jamais en superficies importantes. Leur rôle semble plutôt se borner à produire des compléments alimentaires appréciables en ces temps où l’alimentation demeure à peine suffisante et peu variée. Le blé, l’adage est connu, reste bien ici un « mal nécessaire » à la survie du village. Vers 1600, la trilogie agricole toute méditerranéenne blé-cultures arbustives-levage est mise à l’épreuve à Usclas-d’Hérault. Le bel équilibre agraire souvent décrit pour les campagnes languedociennes d’époque moderne ne résiste pas longtemps à l’épreuve des sources. Ces dernières témoignent de l’épreuve de temps alors difficiles dans la vallée de l’Hérault : guerres de Religion, crises de subsistance, pestes successives, mise en place du « petit âge glaciaire » 27 sont les éléments d’un tableau triste, bien que discuté, au cortège de conséquences d’habitude observées sur les courbes dmographiques 28. Les pratiques agraires de la communauté étudiée semblent elles-mêmes touchées par les difficultés de l’époque. Au milieu du XVIIe siècle, les temps ont changé et la répartition des masses culturales aussi.

3) Le retour à l'équilibre cultural au milieu du XVIIe siècle

Ce que l’on sentait frémir dans les quelques folios du cadastre de 1588 semble s’épanouir pleinement à Usclas en 1655. On pressentait une spécialisation céréalière certes évidente, mais sur le point de fléchir face aux assauts des cultures arbustives en général et de la vigne et de l’olivier en particulier. Qu’en est-il désormais de cet état de fait ?

Les conclusions générales à tirer de ce tableau statistique sont de deux ordres :

  • tout d’abord, la domination des champs sur l’ensemble des autres catégories culturales reste certes d’actualité, mais a sensiblement baissé la garde,
  • les cultures arbustives ont bel et bien opéré une percée sur les fronts délaissés par les bleds.

La prépondérance des terres labourables dans le paysage d’Usclas-d’Hérault demeure une réalité qui était sans doute largement perceptible pour ses contemporains. Mais avaient-ils conscience de la nouvelle dynamique touchant l’occupation du sol alors en marche ? En effet, en affinant l’analyse, il est aise de s’apercevoir que les parcelles consacrées uniquement aux céréales ne couvrent plus en 1655 « que » 45 % de la surface non bâtie encadastrée. Les champs restants sont soit complantés pour 53 parcelles et 46 hectares, soit associes à des rivages pour 42 d’entre eux couvrant 10,44 hectares. Cette dernière catégorie culturale correspond très certainement aux « rivages » apparaissant plus tard dans le vocabulaire descriptif des compoix d’Ancien Régime. Ces rivages constituent en général des parcelles entretenues en bordure de l’Hérault et donnant à leurs propriétaires des appoints alimentaires certes, mais aussi un certain nombre de petits avantages pour l’agriculture : fourniture de perches pour les treilles, réserve de bois vivant et de bois mort… Ainsi, les champs seulement céréaliers ne forment plus la catégorie culturale dominante.

À qui profite ce recul marqué ? Aux cultures arbustives presque exclusivement. La vigne, après s’être faite vraisemblablement discrète et rare dans le paysage, reconquiert une partie des espaces jadis emblavés : 104 parcelles en tout, 36,52 hectares, 158 % de l’espace non bâti taillable. Le moins que l’on puisse dire est que si ce retour semble modeste, il n’en reste pas moins élever le vignoble d’Usclas au quintuple de la surface qu’il occupait deux générations plus tôt. En outre, la vigne est ici une culture exclusive est-ce un gage de qualité de la production ? Il est permis de le penser, car la seule vigne complantée d’arbres fruitiers est plantée en muscat et couvre plus de quatre hectares d’un seul tenant.

Tableau n° 2- Occupation du sol à Usclas-d’Hérault en 1655.
Fig. 2 Tableau n° 2- Occupation du sol à Usclas-d’Hérault en 1655.

Quant à l’olivier, sa culture s’enracine de manière plus certaine qu’en 1588. En effet, les olivettes, complantées ou non, occupent 11,3 % de la surface taillable d’Usclas en 1655, proportion bien plus élevée que celle mise en évidence un demi-siècle plus tôt. De plus, le rapport entre surfaces complantées comprenant des oliviers et superficies uniquement consacrées aux olivettes s’est inversé. Ainsi, les olivettes couvrent désormais 1,3 fois plus d’espace que les olivettes complantées et 3,2 fois plus de parcelles. Les prémisses d’une poussée oléicole perçus vers 1588 se sont transformés en véritable tendance ; l’olivier a fait ses preuves dans un premier temps ; il a clairement été adopté dans un second temps. Si l’on ajoute aux olivettes et à la vigne, les 0,82 ha d’amellarèdes, les cultures arbustives représentent dorénavant une réalité concernant 63,54 ha des 232,02 encadastrés et 161 des 593 parcelles du terroir d’Usclas. L’existence de 53 champs complants occupant presque 20 % de la superficie devient alors plus riche de sens. Elle confirme le net renouveau des catégories culturales arbustives au sein d’un terroir de plaine jusque-là consacre presque exclusivement aux céréales. Or atteint alors un équilibre entre cultures céréalières (44,8 % des surfaces) et cultures arbustives ou à composante arbustive notable (47,3 %). Nous avons donc affaire aux temps d’une harmonie retrouvée entre les masses culturales. En outre, les jardins sont désormais nombreux (31) et s’approchent du nombre de toits du village (41). L’entretien d’un modeste parc fourrager (23 parcelles, 2,11 ha) vient trahir la vraisemblable existence d’un troupeau confirmée de manière plus satisfaisante par l’autres données.

Finalement, la surprise vient du fait de trouver un seul herme de 3 ares sur les 232 hectares enregistres au rôle de l’impôt foncier. La qualité des renseignements donnes par le compoix comme source de l’histoire rurale donnent à penser que le chercheur n’a pas ici affaire à « des sources officielles décidément trop belles et trop bien tenues pour être honnêtes » 29. Car augmenter la superficie agricole productive du taillable d’Usclas aurait alors eu pour conséquence logique d’augmenter proportionnellement le revenu imposable des propriétaires 30. Une telle démarche n’aurait aucune raison d’être, d’autant plus quand on sait les interminables procès liés aux affaires concernant la terre et ses usagers sous l’Ancien Rgime 31. À Tressan par exemple, une poignée de propriétaires s’oppose au seigneur et à la communauté, démarche rare, sur la question de la nobilité de terres sises au tènement de la plaine de l’Estang 32. Il n’est pas non plus besoin de rappeler la part des verbaux de plainte pour affaires agraires ou agricoles dans les liasses de la justice ordinaire des villages languedociens 33.

Retenons maintenant un fait essentiel : le terroir a retrouvé en 1655 un équilibre et une diversité culturales certaines. Qu’est-ce à dire ? Après les temps troubles et difficiles du second XVIe siècle, le milieu du XVIIe marque tout simplement le retour du terroir de plaine d’Usclas-d’Hérault à une agriculture toute méditerranéenne. Les analyses chiffrées de la mise en culture de quelques communautés de la plaine lodévoise livrées par E. Apollis montrent ainsi une nette diversification des productions agricoles à la fin des années 1620. C’est le cas à Saint-André-de-Sangonis, Saint-Félix-deLodez, Nébian, Jonquières et Clermont- l’Hérault 34, mais aussi à Ceyras et à La Garrigue 35. L’analyse des actes passes par des habitants d’Usclas devant les notaires de Paulhan entre 1636 et 1655 abonde d’ailleurs dans ce sens 36.

La mise en culture du terroir était-elle complète entre 1588 et 1655 et a-t-elle évolué entre ces deux dates ? Cela est fort possible. C’est ainsi qu’en 1638 « Pierre Berthomieu h(abit)ant d’Usclas d’Herault (…) a vandu (…) a Jean Dhenier (…) ung herm assis et scitue dans le terroir et juridi(cti)on dud(it) Usclas » 37. Quelques mois plus tard, Anthoine Astruc affermait à Claude Liberat une « piece quy estoit en restouble et despuis meme en gar(rigu)e » 38, c’est-à- dire, ici, un champ labouré et retourné à l’état sauvage 39. Deux indices ne font pas un témoignage certain. Mais, si le terroir est presque entièrement mis en culture en 1655, du moins d’après le compoix, quelques terres incultes ont pu être gagnées par un ager, dont il semble à Usclas-d’Hérault qu’il fut toujours au plus près de la superficie agricole utilisable maximale. Enfin, on peut mentionner en 1577, en période d’extension des terroirs 40, le seul acte notarié concernant pour Usclas-d’Hérault les années antérieures à la faction du compoix de 1588. Il porte sur la vente d’« ung herm (…) assis (…) tenement de la Moliere » 41. Les indices sont donc bien trop minces pour évoquer avec certitude une possible conquête du saltus d’Usclas-d’Hérault par l’ager. Un exemple montre cependant l’intérêt des propriétaires pour les cultures arbustives, celui d’un échange de terres passe en février 1640 entre Jean Mejean et Jean Jouery, tous deux habitants Usclas-d’Hérault 42. Les deux parties permutent « une vigne (…) assise (…) t(e)nemant des Cresses de contenance dune journée dhomme (…) contre (…) une vigne assise ( … ) tenemant des Cresses de contenance dune journée dhomme a fossoyer ou environ » 43.

Retenons donc, pour la première moitié du XVIIe siècle, l’évolution des masses culturales d’Usclas-d’Hérault vers une plus grande diversité des productions du sol. En effet, si les « cultures, imposées par un climat chaud et sec, sont les mêmes que de tout temps (…) leur importance relative a été souvent profondément modifiée » 44. Le retour à une conjoncture économique moins crispée par la croissance démographique du premier XVIe siècle languedocien explique probablement les gains de la vigne et des arbustes oléicoles, oliviers et amandiers.

Hélas, après 1655, les sources fiscales tarissent et assèchent notre connaissance de l’occupation du sol à Usclas-d’Hérault pour un siècle. Ces silences ne souligneraient-ils pas l’existence d’un siècle de crise touchant la communauté étudiée et, partant, les villages de la vallée de l’Hérault ? Pour le village tout proche de Tressan, sur la rive opposée de l’Hérault et étudié de manière plus approfondie, même silence documentaire entre 1597 et 1770… Au tarissement des sources correspond, dans ce cas « voisin », une démographie perturbée entre 1606 et 1654, en pleine récession entre 1655 et 1711, puis en reprise timide et très chaotique entre 1712 et 1786 45. Sans compoix cependant, il est impossible de mesurer les conséquences paysagères et culturales d’une crise louis quatorzienne aux prolongements interminables dans le siècle des Lumières. De toute façon, de nouveaux documents, complets ou fragmentaires, illustrent l’expansion viticole connue par Usclas à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle.

II - Le siècle de l'expansion viticole (1750-1870)

Le fait saillant de cette nouvelle période est évidemment constitué par le basculement d’Usclas-d’Hérault vers la monoculture viticole. L’impulsion décisive a lieu aux alentours de 1750, mais le bel élan est malmené par les années révolutionnaires, avant qu’une reprise marquée aboutisse, au cours des années 1840, à l’épanouissement de la viticulture de masse dans le village.

1) Impulsion et retombée d'une dynamique (1750-1800)

L’enquête royale de 1750 en vue de la levée du Vingtième des biens nobles est le premier document à évoquer à nouveau une partie du terroir d’Usclas-d’Hérault 46. On aborde aussi pour la première fois sous l’Ancien Régime la cinquantaine d’hectares de biens réputes nobles de cette communauté. Heureusement, la déclaration, remise par la seigneuresse du lieu, est d’assez bonne qualité, car « en general la quantitté et la valleur extimation du revenu des habitants paroit assés exact, ils ont pourtant manqué dajoutter a chaque article le produit des bettes a laine. (…) Les charges des impositions et fraix de culture n’ont pas eté deduittes de la valleur estimative du revenu dun chacun ». Que nous apprend-elle sur l’occupation des terres nobles du terroir au milieu du XVIIIe siècle ?

Tableau n° 3 – Production agricole des terres nobles soumises au Vingtième à Usclas-d’Hérault en 1750.
Tableau n° 3 - Production agricole des terres nobles
soumises au Vingtième à Usclas-d'Hérault en 1750.  47, 48, 49, 50

La production de châtaignes et l’entretien de châtaigniers pose problème. A-t-on affaire à une composante agricole réservée aux terres nobles ? Il est permis d’en douter, mais l’absence de terres complantées de châtaigniers dans les compoix de 1588 et 1655 est patente. Toutefois, cette particularité n’est pas impossible. Ainsi, à Paulhan, au début de l’année 1742, Louis Seranne, dudit lieu, « baille a locaterie perpetuelle (…) trois terres nobles sizes scituées dans le terroir (…) la première située au tenement du Pioch (…) estant a presant vigne et complantée de chateniers » 51. La présence de châtaigniers dans le paysage rural est donc probable 52, mais apparemment limitée à quelques arbres au milieu ou en bordure de certaines parcelles au milieu du XVIIIe siècle. En effet, nous ne sommes pas dans les Cévennes, terre d’élection de cet arbre 53. Il faut donc se contenter de signaler qu’en 1750 la masse des châtaigniers ombrage dix-neuf parcelles au moins dans le terroir d’Usclas-d’Hérault. La présence de champs, quant à elle, ne surprend pas. Signalons néanmoins la particularité de ce tableau il présente des productions et peut donc masquer l’habituelle pratique du complant. Rien ne dit en effet si une partie des parcelles en châtaigniers, en olivettes ou en vignes n’est pas mêlée en réalité à la masse des terres labourables. Malgré de telles approximations, un chiffre cependant retient l’attention, celui de la production viticole, s’élevant en 1749 à plus de 15 muids, soit 164 hectolitres 54. En tenant compte des rendements d’époque, cela représente environ dix hectares de vignes sur la trentaine d’hectares de biens nobles. Même si la superficie abordée est minuscule, le sondage auquel nous sommes contraints signale toutefois l’importance du vignoble il représente un large tiers des terres nobles, bien plus si l’on tient compte de la pratique de la jachère biennale. Parmi les cultures arbustives, si l’entretien du terroir noble reflète correctement celui du taillable, la vigne semble donc se détacher des autres cultures arbustives et prendre une importance jamais atteinte à Usclas-d’Hérault depuis l’extrême fin du XVIe siècle.

Quant aux autres cultures, elles tiennent dans les travaux et les jours une place traditionnelle, sinon culturelle. Le 6 juin 1753, une habitante d’Usclas, Antoinette Cresse, vient ainsi déposer plainte au château. Elle a été agressée par quatre hommes montés sur des mules tirant des charrues qui « affècterent de traverser un champ semé de misture prete a etre coupée que la plaignante possède » 55. Une rixe s’ensuivit, au cours de laquelle la femme arriva tant bien que mal à s’échapper, aidée par des consœurs, telle une certaine Jeanne Foulquier, « etant a travailler dans un champ semé en oignons (…) vers les deux ou trois heures après midy » 56. Au début du mois de juin, la moisson de méteil est donc sur le point d’avoir lieu, à l’instar d’ailleurs de ce qui se pratique alors en Languedoc. Il est aussi acquis que le village d’Usclas produit une quantité non négligeable d’oignons, spécialisation connue puisque l’évocateur village de Lézignan-la-Cèbe se trouve à une lieue à peine au sud-ouest d’Usclas. Jean Pons a par ailleurs essayé d’empêcher en 1772 Pierre Limousy, monté sur une charrette tirée pas sa mule, « de passer dans une terre plantée d’oignons » 57. De plus, un témoin, François Pons, brassier de Cazouls âgé de 55 ans travaillait au mêne moment « a planter des oignons dans un champ du nommé Foulquier d’Usclas » 58. Rien de surprenant, donc, lorsque M.-F. Rey de Lacroix évoque, 90 ans plus tard, à Usclas, « des terres où l’on sème des légumes, et surtout des oignons dont on fait ici, comme à Lésignan et à Cazouls, un commerce très-lucratif » 59.

À l’exception notable des cébières, les terres labourables demeurent au XVIIIe siècle des champs céréaliers, même s’ils sont souvent bordés ou complantés d’arbres fruitiers 60. La nature des céréales cultivées à Usclas-d’Hérault reste délicate à préciser. Bien souvent hélas, le terme générique de bled est utilise quand il s’agit de décrire la production céréalière de telle ou telle parcelle. D’ailleurs, il ne faut pas compter sur les transactions foncières pour connaître avec précision le type de céréales portées par les champs, nom générique alors couramment usité 61. Dans le tènement du Verdier, situé à Paulhan, mais immédiatement voisin d’Usclas, ainsi que dans celui des Civières, à Usclas, les paysans s’affairent dans la matinée du 6 juillet 1770, qui « coupant du bled » 62, comme Guilhaume Mieran, qui « glanant des épis » 63, tel Jean Coulon, qui, enfin, « labourant dans un champ » 64, comme François Coulon. Il ne faut donc pas chercher d’éléments de distinction entre les différents bleds produits à Usclas dans ces témoignages indirects. On pourrait espérer beaucoup d’un inventaire après décès, comme celui dressé après la mort d’Eustache Foulquier, à l’automne 1773. Au grenier de la maison du défunt, les experts ont « trouvé deux greniers separés sçavoir quinse cetiers dans l’un & sept cetiers dans l’autre (…) a preté letout bled a deux cents soixante dix huit livres » 65. La variété de céréales emplissant les setiers nous échappe une fois encore… En revanche, d’autres témoignages sont moins imprécis et parlent de misture 66. Feu Eustache Foulquier détenait par exemple dans son grenier « un cetier avoine [et] une quarte seigle » 67. À Tressan, en 1781, Jean Mathieu Chauvet insulte Marianne Boucard, du lieu, « qui fauchoit le seigle », lui-même « passant tout prés un champ ensemencé de seigle » 68. Mixture, seigle, avoine on a bien là affaire à une trilogie céréalière traditionnelle au Languedoc 69, dans un royaume où la variété des grains est importante 70. Elle peut être complétée par une production de légumineuses en sec 71. C’est le cas d’« une pièce de terre champ qui est actuellement semée en partie de fèves et de bled » de Jean Pons, ménager de Cazouls-l’Hérault 72. C’est aussi un facteur explicatif à la découverte d’une « emine ariquots de valeur cinq livres » dans le grenier déjà visité d’Eustache Foulquier en 1773 73. Mais, au-delà des nécessaires céréales, l’enquête du Vingtième le laisse deviner : la vigne semble avoir conquis une place d’importance à Usclas-d’Hérault vers 1750.

Elle est même soulignée au détour d’une autre affaire datant du milieu du XVIIIe siècle. Un certain Claude Négret, boucher et propriétaire au village, partage à mi-fruit avec son fermier Pierre Bertrand le produit de vignes sises au terroir du lieu. Bertrand tente, lors de la pressure des grappes déjà foulées, de gruger son bailleur. Ainsi, après les vendanges, le 5 novembre 1757, « Claude Negret (…) a dit se plaindre que judy dernier troisieme du courant (…) lors que le vin fut coulé voulut presser les raisins foulés a un pressoir qui luy appartient quoy-que le plaignant voulut les presser a un autre » 74. Pierre Bertrand propriétaire de son propre pressoir, a dérobé à l’aube naissante du vendredi 4 novembre 1757 « la raquade qui etoit sur ledit pressoir, laquelle appartenoit au plaignant » 75. À Usclas, la vigne devient donc un enjeu dès cette époque. Plusieurs travailleurs de terre disposent déjà d’un pressoir. Les gains de la vente du vin et la recherche du profit en arrivent même à déboucher sur un vol dont le produit « auroit payé le droit de pressure au propriétaire du pressoir » 76. Il semble donc, comme dans de nombreux terroirs enracinés dans la vallée de l’Hérault, que la vigne commence à connaître dès les années 1750 un essor certain, l’amenant à conquérir, ici, la plaine. Au même moment d’ailleurs, les ventes et les achats de vignes se multiplient et augmentent en valeur en Narbonnais, avec un réel décollage après 1760 77. La situation d’Usclas au XVIIIe siècle semble ainsi bien éloignée de celle de Gignac vers 1675, où vivotait « un vignoble de fort petit revenu, tant a cause du peu de vin qu’il produit qu’a cause du peu de debict qu’il s’en fait aux estrangers » 78. L’apparition, en 1734 seulement, de la mention du prix du muid de vin à la vendange aux mercuriales de Gignac est, à bien des égards, révélatrice de telles évolutions et surtout d’un engouement pour la viticulture 79. Émile Appolis ne constatait-il d’ailleurs pas la multiplication des « autorisations de replanter (…) dans la plaine du sud-est du diocèse » de Lodève vers 1740 80 ? À Canet, par exemple, « pour la seule année 1741, (…) douze particuliers (…) obtiennent de telles permissions » 81. De même à Puilacher en 1773, le seigneur afferme sa terre et autorise le preneur « à placer des chaudières, soit dans le moulin, soit dans le jardin, pour faire de l’eau-de-vie » 82. L’occupation du sol du terroir d’Usclas est donc sans doute entrée, vers 1750, dans une ère de profondes mutations, d’autant plus que la libre plantation de vignes est à nouveau autorisée en 1759 83.

Une nouvelle source mutilée nous renseigne sur l’occupation du sol à Usclas-d’Hérault ce sont les états de section de la commune ; ils datent de 1791 84. Ils sont hélas fragmentaires et détaillent seulement la nature des propriétés couvrant 114 parcelles de la section B du village. La superficie ainsi connue atteint à peine plus de 50 hectares sur les 250 encadastrés exhaustivement en 1834. On approche donc le cinquième du terroir mis certainement en valeur, sondage à nouveau forcé, mais portant malgré tout sur une base solide, d’autant plus intéressante que l’espace concerne se développe aux abords de l’Hérault.

Tableau n° 4 - Occupation fragmentaire du sol à Usclas-d’Hérault en 1791.
Fig. 4 Tableau n° 4 - Occupation fragmentaire du sol à Usclas-d’Hérault en 1791.

Ne manquons donc pas de remarquer la forte présence de la vigne. Seule, elle couvre, plantiers compris, plus de 20 hectares, soit presque 42 % de l’espace alors connu, presque la moitié en considérant la vraisemblable persistance de la jachère biennale appliquée aux terres labourables. Mais, l’emprise réelle de la vigne entre l’antique voie Régordane et le cours d’eau est sans doute plus forte encore. En effet, la composante vigne apparaît dans 78 des 114 parcelles recensées en 1791. Elle tient une place remarquable dans un peu plus de 34 hectares sur les 50 connus, soit dans 68 % de la superficie cultivée. Qu’importe finalement le caractère fragmentaire des États de section d’Usclas-d’Hérault la vigne, au plus près du fleuve, est donc une culture dominante, bien plus en tout cas qu’une simple composante de la polyculture traditionnelle. La mutation est de taille, même en extrapolant à partir de documents incomplets si le vignoble d’Usclas couvrait environ le tiers de la surface agricole utilisable en 1750, il en occupe sans doute, en 1791, plus ou près de 40 %. Veut-on une preuve supplémentaire de la conquête viticole alors en cours à la fin du XVIIIe siècle ? Les plantiers, vignes en herbe et ci-devant mailheuls des compoix, représentent 10 % des superficies viticoles strictes et 7 % des surfaces complantées en vigne. C’est là le signe d’une vigoureuse poussée des souches. Ces chiffres sont-ils pour autant exceptionnels passé le milieu du siècle dans le val d’Hérault ? Il ne semble pas, même si les points de comparaison font défaut : à Tressan, quelques kilomètres en amont sur la rive gauche, la vigne occupe 32 % des espaces non bâtis en 1770, 44 % des espaces agricoles productifs année commune 85. Le terroir de ce village est pourtant refendu d’est en ouest par un coteau en occupant grossièrement le tiers. À Saint-Pargoire, encore plus près d’Usclas, terroir courant du fleuve jusque loin dans les garrigues, la vigne passe de 13 à 33 % des surfaces cultivées de 1750 à 1791 86. À Tressan comme à Saint-Pargoire, le vignoble se développe sur les terres de la plaine, aux dépens des anciennes terres céréalières 87. L’approche micro-locale obligée d’Usclas en 1791 confirme, dans la moyenne vallée de l’Hérault, les gains sensibles de la vigne sur les meilleurs fonds, au plus près du cours d’eau, pendant la seconde moitié du XVIIIe siècle 88. On est donc loin, pour notre village d’une « extension du vignoble (…) aux dépens (…) de terrains de garrigues, devèzes et réserves ou pâturages communaux » 89, d’une « vigne [qui] gagne de nouvelles terres, moins dans la plaine (…) que sur les coteaux et dans les combes de garrigues » 90. Nous ne sommes pas en effet à proximité de Montpellier et l’absence d’une influence urbaine aussi importante semble induire une diffusion différente du vignoble dans le paysage. Usclas s’intègre alors au Piscénois, petite région s’étant spécialisée, au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle, dans la distillation des vins en eaux-de-vie « Pesenas est au centre de la contrée que nous habitons, c’est une ville tres commercante et dans laquelle nous sommes souvant attirés par nos affaires particulieres ; c’est la convenance, et sa position qui y ont fixé le rendés vous, dans lequel se traite la vente des eaux de vie, depuis que cette branche de commerce est en activité » 91. Ainsi s’expriment en mai 1783 des pétitionnaires réunis en l’hôtel de ville de Pézenas pour protester contre la tentative de création d’un entrepôt des vins et eaux-de-vie à Sète. Il est intéressant. d’étudier les villages d’origine de ces protestataires : Saint-Pargoire, Adissan, Fontès, Roujan, Caux, Paulhan, Vaillan, Alignan-du-Vent 92. Ce sont en effet autant de communautés circonvoisines sinon voisines d’Usclas, comme Paulhan, Adissan et Fontès. Usclas-d’Hérault fait donc partie de ce vaste Piscénois, qu’il est tentant d’étendre à la vallée de l’Hérault, du moins jusqu’à Gignac vers le nord. Car si normalement le prix du vin augmente sensiblement aux marchés de Béziers et Gignac entre 1726 et 1770 93, ce prix de vente est, pour le Languedoc, un prix plancher 94. En outre, le pouvoir d’achat de l’hectolitre de vin en blé est médiocre et augmente à peine de 1754 à 1774 d’après les mercuriales de ces deux centres économiques 95. L’intérêt de produire des vins de chaudière a donc dû apparaître très tôt et de manière évidente aux propriétaires de la vallée de l’Hérault, mouvement expliquant le vraisemblable développement de la vigne à Usclas dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

Mais, on sait depuis longtemps les temps difficiles traversés par la vigne au cours des années 1780, même si la conversion précoce des villages comme Usclas à l’eau-de-vie a dû limiter les effets négatifs de la crise inter cyclique mise en évidence par les travaux de L. Dermigny. Les années révolutionnaires en revanche sont probablement difficiles pour l’économie locale, car elles prolongent en général la crise des années 1780. On peut juste supposer la commune entraînée sur les pentes d’une atonie économique départementale, temporairement préjudiciable aux progrès de la viticulture. Seuls les premiers écrits « contemporains » permettent, par comparaison au passé proche, d’en savoir plus.

2) De la reprise au point de non-retour (1800-1840)

Le premier document foncier à couvrir l’ensemble du terroir d’Usclas-d’Hérault après le compoix de 1655 est le plan par masses de cultures de la commune, dressé en l’an XIII. Malgré son caractère peu maniable pour la répartition de l’impôt foncier auprès des propriétaires, il n’en demeure pas moins un document exceptionnel présentant avec précision la répartition des cultures dans le village. Même si une poignée de catégories culturales génériques ne rend pas aussi bien compte que le vocabulaire des compoix de l’extrême diversité des cultures alors pratiquées, le plan autorise de mesurer de visu le poids de la vigne à Usclas en 1805. Il est apparemment bien plus important qu’en 1655 le vignoble semble occuper un tiers environ du territoire communal. Mais, de telles impressions sont insuffisantes. Heureusement, le document est éclairé par l’existence de rapports d’expertise ayant précédé sa faction.

Ces rapports sont édifiants afin de saisir les difficultés économiques du moment « malgré que depuis 15 ans le pris des productions de la terre aie généralement reçu un accroissement, on ne peut pas dire que cela soit vrai quand a la commune d’Usclas » écrit en l’an XIII le directeur des Contributions directes de l’Hérault 96. Il s’adresse au préfet et décrit un bien triste terroir, d’autant plus « qu’un événement fortuit, mais malheureusement trop ordinaire dans le département de l’Hérault, a detruit une des sources de prosperité dans cette commune et que 35 arpens d’olivettes qui en 1791 faisaient une partie essentielle de son revenù ne sont en l’an 13 que de mauvais champs et même des terres incultes » 97. Tableau sans doute un peu exagéré, dans la mesure où, quelques lignes plus loin, le fonctionnaire signale l’existence d’hermès s’étendant alors sur 0,29 hectares, soit environ 0,1 % du terroir contribuable. C’est un chiffre ridicule et semble-t-il constant dans sa faiblesse depuis la fin du XVIe siècle le village se développe pleinement en effet sur un terroir plane de vallée, restreint et au sud d’un bourg important. Que les années 1790 fussent difficiles, cela n’est pas contestable mais, après 1800, la vigne a peut-être repris dans notre village sa marche en avant.

En l’an XIII toujours, Usclas aurait ainsi produit 1 231 hectolitres de vin 98. Comparé à la superficie de vastes communes du sud-lodévois, ce chiffre est important : Salasc produirait alors 925 hectolitres, Liausson 609 et Mourèze 430 99. À raison de rendements alors voisins de 15 hectolitres par hectare, Usclas compterait autour de 80 hectares de vigne, c’est-à-dire un ordre de grandeur comparable à celui de 1791, à peine supérieur peut-être. Le cadastre « napoléonien » corrobore-t-il de telles extrapolations ?

Avec ce cadastre de 1834, Usclas dispose à nouveau d’un document descriptif de l’ensemble du terroir, même si le vocabulaire cadastral utilisé se réduit désormais, à une peau de chagrin. Il souligne à grands traits une viticulture extensive en pleine progression dans le terroir.

Tableau n° 5 - Occupation du sol à Usclas-d’Hérault en 1834.
Fig. 5 Tableau n° 5 - Occupation du sol à Usclas-d’Hérault en 1834.

Les champs et les vignes dominent alors le paysage agraire, paire culturale équilibrée révélatrice d’un certain nombre de faits. En replaçant ces chiffres dans une tendance séculaire, il est facile de constater une mutation tangible de l’économie rurale dans le terroir. Les terres labourables, dont il est impossible en raison du vocabulaire descriptif utilise dans les cadastres de savoir si elles demeurent ou non complantées 100, sont en pleine phase de recul. En revanche, la vigne poursuit une conquête du paysage entamée depuis maintenant plus d’un demi-siècle. Car dans l’hypothèse vraisemblable de la pratique persistante de la jachère biennale, la vigne occupe réellement 60 % de la superficie agricole utilisable à Usclas. En imaginant une utilisation généralisée de la jachère triennale, ce chiffre « retomberait » à 55 %. Quoi qu’il en soit, la monoculture prend forme et la tendance culturale s’inverse. Ainsi, les champs reculent au profit du vignoble. On sent bien ici la substitution d’une économie rurale spécialisée à une économie d’auto consommation 101. Les autres catégories culturales en sont d’ailleurs réduites à bien peu de choses, comme aux temps les plus forts de la nécessaire céréaliculture extensive 102. Les jardins par exemple, incontournables dans la France d’Ancien Régime, voient leur nombre diminuer à la moitié de ce qu’il fut au cours du XVIIe siècle. Là aussi se perçoit un reflux de l’impérieux besoin de produire des compléments alimentaires pour des lendemains moins menacés de disettes et de pénuries diverses. Pareillement, les olivettes disparaissent et l’huile de la plaine ne fait plus florès, pas seulement à Usclas. Les signes d’une spécialisation agricole tournée vers le vignoble ne sauraient se manifester de manière plus nette. On peut objecter cependant que les rivages continuent à exister. Cette catégorie improductive est tout autant présente qu’aux siècles précédents, mais cette présence est structurelle. La conjoncture ne saurait avoir aucune incidence sur l’entretien de parcelles trop proches de l’Hérault et en cela menacées d’être ravagées à la première crue. À leur abandon parfois patent, un entretien des rivages existe, mais il est bien plus passif que pour les parcelles ayant vocation à produire. Au premiers tiers du XIXe siècle, l’équilibre classique entre les composantes culturales de l’agriculture languedocienne traditionnelle est à nouveau rompu à Usclas. C’est aussi le cas à Tressan dans des proportions dont la proximité géographique atteste que c’est bien une région entière, la moyenne vallée de l’Hérault, qui se lance dans les heurts et les bonheurs de la production viticole massive 103. Les contemporains de ce bouleversement en sont-ils conscients ?

Au pire, en témoignent-ils fidèlement ? Le directeur des Contributions directes du département rapporte le travail des experts dépêchés par ses soins pour réaliser l’expertise cadastrale de le commune d’Usclas-d’Hérault :

« Cette commune, l’une des moins importantes du canton de Montagnac, surtout sous le rapport de son étendue, se compose d’une plaine riante, qu’on pourrait embrasser d’un seul coup d’œil, si elle était moins symétriquement boisée ; elle est longée au sud et à l’est par l’Hérault, qui vient ajouter par ses beaux rivages complantés en peupliers et en saules, aux charmes de son territoire, qui ne se divise qu’en trois natures de cultures seulement les vignes, les terres et les bois rivages. Les deux premiers qui sont à peu-près d’égale quantité et d’un produit égal, sont en fertilité, au-dessous des espérances, que leur bel aspect peut faire concevoir. » 104

Par experts interposés, notre témoin souligne donc l’équilibre des masses culturales entre terres labourables et vignes, même si la pratique de la jachère fait peser de tout son poids l’emprise réelle du vignoble dans le paysage non bâti. J.-M. Amelin abonde indirectement dans le même sens puisque, dans les années 1820, il remarque des terrains « répartis en terres labourables et vignes » 105. Les statistiques agricoles, fiables en tout cas pour ce chiffre-là, donnent à Usclas-d’Hérault en 1836, 117 hectares de vignes dont la production se partagerait en 2 400 hectolitres de vin et en 522 hectolitres d’eau-de-vie 106. Mais, le vin de chaudière recule alors peut-être sensiblement dans la production villageoise, comme dans le reste de la région. Est-ce un signe ? Mais en 1833, le nouveau n° 233 des états de sections consiste désormais en une « maison, bâtiments ruraux et fabrique d’eau de vie mais le prop(riétai)re observe que cette fabrique n’est pas en état depuis plus de dix ans » 107. L’autre distillerie, en revanche, fonctionne toujours quelques semaines plus tard 108. Peut-être ne faut-il pas attendre, à Usclas et dans la vallée de l’Hérault, l’ouverture des lignes de chemin de fer pour voir cette région se convertir à une production viticole pour la consommation.

Tableau n° 6 - La part du vignoble aux alentours d’Usclas-d’Hérault dans les années 1820.
Tableau n° 6 - La part du vignoble aux alentours d’Usclas-d’Hérault dans les années 1820. 
109, 110, 111, 112, 113, 114, 115, 116, 117

Les terroirs, en effet, sont particulièrement bien desservis par le réseau des chemins vicinaux, eux-mêmes connectés à l’axe très roulant de la vallée de l’Hérault, dont le cours est doublé, sur chaque rive, par des chemins d’importance régionale. Les conséquences sur l’occupation du sol de notre microrégion sont particulièrement visibles (Tableau n°6).

En occupant les deux tiers du paysage cultivé, le vignoble est déjà en 1834 la marque d’appartenance d’Usclas à un ensemble de communes devenues nettement viticoles. Où situer le village ? Il appartient très nettement aux terroirs de la vallée de l’Hérault et des collines la bordant, où la vigne occupe en moyenne 60 % des espaces productifs. Mais, cet ensemble n’est pas encore aussi viticole que les finages de la plaine littorale plus à l’est, dont les vins trouvent très facilement des débouchés maritimes et urbains. Là, pour les villages qu’il est permis de sonder, le vignoble accapare pratiquement les trois quarts des terres qui produisent. Le val d’Hérault en général et Usclas en particulier appartiennent à une petite région où la vigne se diffuse encore massivement après 1820 et peut encore réaliser des gains substantiels. Cette région s’apparente tout à fait à un espace de contact entre plaine littorale et contreforts montagneux tout proches du Lodévois, où la production viticole s’achemine pour l’instant de façon moins optimale que dans le Biterrois ou la plaine montpelliéraine. Les décennies 1820-1830 sont donc décisives et marquent la période où la viticulture devient la principale activité agricole. La monoculture est en voie d’acquisition.

3) Une monoculture acquise avant le chemin de fer (1840-1873)

Avec les années 1840-1850, la viticulture n’est plus seulement à Usclas une masse culturale dominante, mais bien l’activité privilégiée de la population. Cependant, l’agriculture pratiquée garde des traits archaïques, véritables survivances de l’Ancien Régime. Ainsi, les céréales se partagent toujours entre le froment, largement dominateur, le seigle, l’orge et l’avoine 118. Dans le canton de Montagnac, le maïs occuperait à peine 5 hectares, dont 2 à Usclas 119. Plus significative, la place de la pomme de terre est encore extrêmement réduite :

106 hectares pour le canton, un et demi pour le village (0,7 % des superficies cultivables) 120. Édifiante aussi la remarque marginale d’un anonyme sur un questionnaire imprimé récapitulatif des résultats statistiques du canton de Montagnac : « certaines commissions ont confondu les anciennes mesures agraires de la localité, et l’hectolitre avec les anciennes mesures pour les grains. (…) On ne connaît pas la valeur de l’hectolitre par conséquent les valeurs qu’on lui assigne sur cette feuille sont très probablement entachées d’erreurs » 121. Certaines innovations ont cependant dû toucher la pratique de la viticulture, comme la diffusion du sécateur pour la taille en lieu et place de l’ancienne poudaïre. Les rendements en rendent peut-être compte : ils étaient d’une vingtaine d’hectolitres par hectare à Usclas en 1836 122 ; ils atteindraient environ 30 hl/ha en 1856 pour le village 123, plus de 50 hl/ha pour l’ensemble de l’arrondissement de Béziers en 1860 124. Ce décollage significatif des rendements témoigne bien sûr des progrès mêmes de la viticulture, mais aussi du souci évident de produire toujours plus pour un marché national du vin en pleine expansion 125. En ce sens, la proportion des eaux-de-vie dans le commerce des produits de la vigne ne peut évidemment que décliner 126. M.-F. Rey de Lacroix peut ainsi décrire vers 1840 un terroir qui « produit des céréales, des fourrages, de bonnes qualités de vins et des cerises très-renommées » 127. En 1856, Usclas franchit certainement le pas décisif faisant de lui un village viticole à part entière : il compterait alors 125 hectares de vignes, sans doute bien plus, dans la mesure où la somme des superficies cultivées et cultivables atteint à peine 202 hectares sur 250 habituellement recensés 128. C’est là la manifestation bien connue du caractère parfois apocryphe des statistiques agricoles du XIXe siècle. En tout état de cause, on peut considérer la monoculture viticole acquise à cette date. C’est en effet le cas, d’après la même source, malgré son caractère très imparfait, dans les villages voisins 129. Dans ces derniers, comme à Usclas, la messe est dite en 1873, et de manière très claire : « la vigne tend de plus en plus à se substituer à toutes les autres cultures. Cette culture étant la plus rémunératrice envahit même la partie haute de l’arrondissement [de Béziers] où n’étaient cultivées autrefois que des céréales. Les oliviers et amandiers autre fois en grande quantité diminuent tous les jours par suite de l’extension de la culture de la vigne. L’arrondissement produit peu de fourrages. Les populations s’approvisionnent au dehors » 130. On sait bien les dangers menaçant une telle spécialisation agricole et le même document ne manque pas, a posteriori, de faire froid dans le dos. Au même moment en effet, dans l’arrondissement de Montpellier, un responsable s’alarme en vain : « le progrès du Phylloxera depuis quelques années va complètement changer le mode de culture » 131. Le phylloxéra touche la vallée de l’Hérault en 1873 justement : on le signale alors à Saint-Bauzille-de-la-Silve, Tressan, Saint-Pargoire… Les beaux jours de la monoculture sont donc comptés à Usclas, au moment même où les retombées indirectes de l’enrichissement viticole commençaient à se manifester par la modernisation rapide du village 132.

La vigne joue donc un rôle irréversible et prégnant dans le paysage d’Usclas-d’Hérault à partir des années 1750 et devient monoculture un siècle plus tard, en 1856. Son expansion se double d’une diffusion par le bas (propriétés de moins de 5 ha) dans la structure villageoise 133. Quant aux autres masses culturales en présence, leur nature est immémoriale : céréales, oliviers, fruitiers, jardins, etc… Dans la durée, seules leurs proportions respectives varient, mais elles sont un indice sérieux des mutations économiques et sociales du temps. Ainsi, l’influence de la conjoncture économique et humaine se manifeste dans le paysage de deux manières :

  • expansion céréalière en période de peuplement ou de surpeuplement au détriment de la diversité des productions agricoles (situation en 1588) ;
  • diversification de la production végétale en période de stabilité ou de recul démographique aux dépens de la céréaliculture (situation en 1655).

Dans ce cas précis, un véritable malthusianisme agricole répond donc aux différentes conjonctures démographiques se succédant. Vers 1750, le schéma se répète avec l’entrée d’Usclas dans une période d’accroissement de sa population mais, pour la première fois sous l’Ancien Régime, la réaction à la montée de la vie n’est pas céréalière, elle est viticole. C’est là la grande nouveauté et le début d’une révolution agricole la vigne est fille lointaine de la crise louis-quatorzième et porte en elle, par l’ampleur même de son expansion spatiale et de sa diffusion sociale, les germes des crises futures. Curieuse ubiquité de l’humanité qui saisit une solution et en fait un problème sans même s’en rendre compte. L’histoire du vignoble de masse languedocien n’est-elle décidément que celle d’un entêtement ou d’un manque d’imagination ? Quoiqu’il en soit, rétorquons enfin au souvenir affectueux de J.-M. Amelin : Usclas-d’Hérault, « petite commune, petit village » certes, mais illustration exemplaire de l’histoire viticole languedocienne.

– Notes –

1.J.-M. Amelin, Guide du voyageur dans le département de l’Hérault, ou esquisse d’un tableau historique, statistique et commercial de ce département, rééd. Paris, Res Universis, t. 11, p. 485.

2.E. Le Roy Ladurie, Les paysans de Languedoc, Paris, E.H.E.S.S., rééd. 1985, t. 1, p. 226.

3.Idem, p. 326.

4.Idem, p. 200-204.

5.Archives départementales de l’Hérault (désormais A.D.H.), B 11091, sans titre, Compoix d’Usclas-d’Hérault, 1588.

6.B. Jaudon, De la polyculture traditionnelle au vignoble conquérant. Les cas de Tressan et d’ Usclas-d’Hérault de la fin du XVIe siècle aux années 1830, mém. D.E.A., H. Michel dir., Montpellier III, juin 2000, p. 303.

7.A.D.H., B 11092, feuille volante insérée dans la reliure de la copie du compoix, 1655.

8.A.D.H., B 10955, Registre diocésain, Diocèse de Béziers, non folioté, communautés classées par ordre alphabétique, 1774.

9.A.D.H., B 10954 à 10965, Registres diocésains par communauté, Diocèses d’Albi, Béziers, Limoux, Montpellier, Narbonne, Nîmes, Saint-Pons, Toulouse et Viviers, 1774 ; B. Jaudon, De la polyculture…, op. cit., p. 199.

10.  A.D.H., B 11092, doc. cit., page de garde de la copie du compoix.

11.  A.C. Tressan, CC 1, compoix, 1770, introduction, non foliotée, extrait de la délibération consulaire du 5 octobre 1766 : c’est le cas lorsque Pierre Fournier et Jozeph Poujol, les deux consuls de la communauté, réunissent le conseil général des habitants de Tressan, qui décide de faire élaborer un nouveau compoix, le précédent « se trouvant extrêmement deffectueux 1. par son ancienneté y ayant plus de 200 ans quil est fait 2. étant presque tout déchiré 3. y manquant des feuilles (…) ».

12.  G. Frêche, « Compoix, propriété foncière, fiscalité et démographie historique en pays de taille réelle (XVIe-XVIIIe siècles), Revue d’histoire moderne et contemporaine, t. XVIII, juillet-septembre 1971, p. 324, 333-337.

13.  Excepté pour certaines citations précises, les références aux compoix ne seront pas données, puisque toutes les données statistiques fournies ont été systématiquement élaborées à partir des matrices déjà citées.

14.  « Hayre» : aire à battre le blé.

15.  « Mailhoul» : plantier, jeune vigne, encore improductive.

16.  « Houlivede» : olivette.

17.  « Prat » : pré.

18.  « Faragal», nombreuses orthographes : ferragine, petite parcelle plantée en vert.

19.  G. Larguier, Le drap et le grain en Languedoc. Narbonne et Narbonnais. 1300-1789, Perpignan, P.U.P., t. II, p 664 sq.

20.  Idem, p 667-668.

21.  J.-F. Marquier, Ginestas, Mirepeisset à l’époque moderne. Deux évolutions des structures foncières et agraires, originales et différentes, mém. maîtrise, A. Blanchard dir., Montpellier, Université Paul Valéry, 1986, p. 77.

22.  Idem, p. 79.

23.  Idem, p. 80.

24.  Idem, p. 184-189.

25.  Idem, p. 42 et 47.

26.  E. Le Roy Ladurie, « Difficulté d’être et douceur de vivre : le XVIe siècle » in Ph. Wolff (dir.), Histoire du Languedoc, Toulouse, Privat, 1968, p. 265-311, passim.

27.  E. Le Roy Ladurie, Les paysans…, op. cit., t. I, p. 41-49.

28.  B. Jaudon, « La crosse de l’évêque et la chaîne de l’arpenteur : Tressan autour de 1600 », Liame.

29.  F. Rousseau, Service militaire au XIXe siècle de la résistance à l’obéissance. Un siècle d’apprentissage de patrie dans le département de l’Hérault, Montpellier, E.S I.D., 1998, p. 44.

30.  G. Frêche, « Compoix, propriété foncière… », art. cit., p. 323 bientenants et autorités « ont ( … ) intérêt à ce qu’aucune irrégularité grave ne se produise, car cela ne peut que perturber le recouvrement de l’impôt ».

31.  A.D.H., B 5575 à 5712, Procès relatifs aux compoix classés par communauté, 1479-1751.

32.  A.D.H. 30 J 313/1*, Mémoire pour les Consuls & Communauté de Tressan…..Montpellier, Impr. Jean François Picot, 1777.

33.  A.D.H., 10 B Ordinaire et, plus précisément, 10 B Usclas-d’Hérault.

34.  E. Appolis, Le diocèse civil de Lodève. Un pays languedocien au milieu du XVIIIe siècle. Étude administrative et économique, Albi, Impr. coopérative du Sud-Ouest, 1951, p. 417.

35.  Idem, p. 425.

36.  A.D.H., Catalogue de la série 2 E, t. 11, 2 E 25, p. 6-7 et, plus précisément, pour les années 1636-1655, 2 E 25/303 à 2 E 25/312 : études d’Antoine. Astruc et Jean Gouzin ; lacune entre le 24 juin 1624 et mai 1636.

37.  A.D.H., 2E 25/304, f° 122 r°, 16 janvier 1638.

38.  Idem, F 330 r°, 8 septembre 1638.

39.  8.-J. Honnorat, Dictionnaire provençal-français ou dictionnaire de langue d’oc, ancienne et moderne, suivi d’un vocabulaire français-provençal, Digne, Repos, 1847, t. II, p. 581, « rastouble, restoble, tiges de blé restant sur le champ (…) ». La définition peut être étendue aux feuilles restant sur les vignes vendangées.

40.  G. Larguier, Le drap et le grain…, op. cit., t. II, p. 665.

41.  A.D.H., 2 E 25/272, P 85 v°, 18 septembre 1577.

42.  A.D.H., 2 E 25/304, f° 104 v°-105 v°, 12 février 1640.

43.  Ibid.

44.  M. Ravaz, « L’agriculture » in Ouvrage collectif, Le Languedoc méditerranéen, Montpellier, Firmin et Montane, 1922, p. 235.

45.  A.C. Tressan, GG I à GG 8, registres paroissiaux, 1607-1792, in B. Jaudon, Tressan jusqu’en 1914 – la naissance d’un village viticole en Languedoc, Tressan, Au fil de l’histoire, 2004, 214 p.

46.  A.D.H., C 5044, 6 juin 1750.

47.  J.-Cl. Hélas, « Les anciennes mesures de l’Hérault » in P. Charbonnier (dir.), Les anciennes mesures du Midi de la France d’après les tables de conversion, Clermont-Ferrand, Institut d’études du Massif Central, 1996, p. 206.

48.  Idem, p. 221.

49.  Idem, p. 206.

50.  Idem, p. 221.

51.  A.D.H., 2 E 25/318, f°447r°, 8 janvier 1742.

52.  Des prospections sur place ont démontré la présence de rares marronniers dans le terroir d’Usclas-d’Hérault, surtout à proximité du village.

53.  J. Pitte, Histoire du paysage français, t. II : « Le Profane du XVIe siècle à nos jours », Paris, Tallandier, 1983, p. 59-61 et, plus précisément, fig. 31, insérée entre les p. 61 et 62.

54.  J.-Cl. Hélas, « Les anciennes mesures de l’Hérault » in op. cit., p. 206.

55.  A.D.H., 10 B Usclas-d’Hérault, liasse n°1, Information pour Antoinette Cresse, 6 juin 1753.

56.  Idem, pièce n° 6, Information pour Antoinette Cresse, 6 juin 1753 témoignages de Jeanne Foulquier, Aime Jourdan, Marie Fulcrand et Eustache Foulquier.

57.  Idem, liasse n° 7, pièce n° 9, Information, conclusion, & ordre de decret pour Jean Pons de Casouls… 28 mai 1772.

58.  Ibid.

59.  M.-F. Rey de Lacroix, Montagnac et ses environs, rééd. Paris, Res Universis, 1990, p. 301.

60.  Cf. supra.

61.  A.D.H., 2E 25/318, f° 344v° « terre au tenement de Dourbies» ; f° 372v°: « champ (…) tenement de la Fregeire» ; f° 385 v°: « champ (…) tenement del Negadis » ; f° 392 v° : « moitie dune terre (…) tenement du Negadis » ; f° 413 v°: « champ complante d’olliviers partie en vigne » ; f° 439 v° : « portion d’un champ tire d’un plus grand corps (…) tenement de la Serre », du 19 février 1741 au 3 janvier 1742.

62.  A.D.H., 10 B Usclas-d’Hérault, liasse n° 6, pièce n° 5, Information pour le Sr. Antoine Clergue…, 15 juillet-6 août 1770.

63.  Ibid.

64.  Ibid.

65.  A.D.H., 10 Usclas-d’Hérault, liasse n° 12, Inventaire des meubles & effets delaissés par Eustache Foulquier…, 3 novembre 1773.

66.  A.D.H., 10 B Usclas-d’Hérault, liasse n°1, pièce n°4, Rapport d’experts, 6 juin 1753, doc. cit. supra.

67.  Idem, liasse n°12, doc. cit., 3 novembre 1773.

68.  A.D.H., 10 B Tressan, liasse n° 3, pièce n° 1, Verbal de plainte…, 13 mars 1781.

69.  M.-P. Ruas, Productions agricoles, stockage et finage en Montagne Noire médiévale. Le grenier castral de Durfort (Tarn), Paris, Maison des Sciences de l’Homme, 2002, p. 57 sq.

70.  J.-J. Expilly, Tableau de la population de la France, 1780, rééd. EDHIS, 1979, p. 11.

71.  G. Duby, A. Wallon (dir.), Histoire de la France rurale, op. cit., t. II, p. 103 à l’instar de ce qui se pratique aussi en Provence.

72.  A.D.H., 10 B Usclas-d’Hérault, liasse n° 7, pièce n° 8, Requette en plainte pour Jean Pons…, 27 mai 1772.

73.  Idem, liasse n°12, doc. cit.

74.  Idem, liasse n° 2, pièce n° 1, Verbal de plainte pour Claude Négret contre Pierre Bertrand, 5 novembre 1757.

75.  Idem, liasse n° 2, pièce n° 3, Information pour Claude Negret, 8 novembre 1757 témoignage d’Etienne Bedos.

76.  Idem, liasse n°2, pièce n°1, doc. cit.

77.  G. Larguier, Le drap et le grain…, op. cit., t. III, graphiques n° 31 a et b, p. 1082.

78.  L. de la Pijardière, « Mémoire sur Gignac vers 1675 », Les chroniques du Languedoc, t. IV, p. 76-77.

79.  A.D.H., 74 EDT Gignac HH 2 : un modeste cahier fort bien tenu sert de mercuriales à la ville de Gignac jusqu’en l’an XIII ; il a été dépouillé et utilisé par L. Dermigny, « Le prix du vin en Languedoc au XVIIIe siècle », Annales du Midi, 1968, p. 521-548.

80.  E. Appolis, Un pays languedocien…, op. cit., p. 419.

81.  Ibid.

82.  Ph. Huppé, Le gisant de la féodalité dans l’ombre des Lumières. La féodalité dans la baronnie du Pouget et la vicomté de Plaissan au XVIIIe siècle, Montagnac, Mergoil, 1998, p. 73.

83.  P. Marres, « L’évolution de la viticulture dans le Bas-Languedoc », Société languedocienne de géographie. Bulletin, t. 6, 1935, p. 31.

84.  A.C. Usclas-d’Hérault, non coté, États de sections, 1791, 25 feuilles volantes.

85.  B. Jaudon, De la polyculture traditionnelle…, op. cit., p. 54.

86.  A. Gazagnes, Saint-Pargoire. Deux mille ans d’histoire d’une commune languedocienne, Millau, Impr. Mamy, 1996, p. 125.

87.  Ibid. et B. Jaudon, « Tressan de 1770 à 1826 », art. cit., p. 94.

88.  B. Jaudon, « Tressan.. », art. cit., p. 94.

89.  P. Marres, « L’évolution de la viticulture… », art. cit., p. 32.

90.  A. Soboul, Les campagnes montpelliéraines…, op. cit., p. 7.

91.  A.D.H., C 2686, Mémoires sur le commerce des vins et des eaux-de-vie, 1782-1786, pièce n° 6, A Monseigneur le Ministre chargé du haut et bas Languedoc, 3 mai 1783, manuscrit, anonyme, non folioté.

92.  Ibid.

93.  L. Dermigny, « Le prix du vin en Languedoc au XVIIIe siècle », Annales du Midi, 1964, t. LXXV, p. 511.

94.  Idem, p. 513.

95.  Idem, p. 523.

96.  A.D.H., 3 P 109. Usclas, chemise n° 1, pièce n° 6, Lettre du directeur des contributions directes de l’Hérault au préfet, 25 prairial an XIII.

97.  Ibid.

98.  A.D.H., 6 M 1693, liasse n° 1, État de la quantité de vin déclarée en l’an 13 dans chacune des communes du département de l’Hérault, an XIII, arrondissement de Béziers, canton de Fontès.

99.  Ibid.

100.  Cf. supra.

101.  A. Soboul, « La communauté rurale (XVIIIe-XIXe siècle). Problèmes de base », Revue de synthèse, t. 78, juillet-sept. 1957, p. 283-315, passim.

102.  Cf. supra.

103.  G. Gavignaud-Fontaine, Le Languedoc viticole, la Méditerranée et l’Europe au siècle dernier (XXe), Montpellier, université Paul Valéry, 2000, P. C946.

104.  A.D.H., 3 P 109 Usclas, chemise n° 3, pièce n° 2, Rapport sur l’expertise cadastrale de la commune d’Usclas, 20 décembre 1833.

105.  J.-M. Amelin, Guide du voyageur dans le département de l’Hérault, ou esquisse d’un tableau historique, statistique et commercial de ce département, rééd. Paris, Res Universis, 1992, t. II, 1). 4 8

106.  A.D.H., 6 M 1698, Statistiques agricoles par commune de l’arrondissement de Béziers, 1836, feuilles volantes imprimées classées par ordre alphabétique.

107.  A.D.H., 3 P 109 Usclas, chemise n° 2, État des rectifications à opérer dans les États des sections de la Commune d’Usclas, 13 décembre 1833.

108.  A.D.H., 3 P 109 Usclas, chemise n° 3, pièce n° 2, Rapport…, doc. cit., 20 décembre 1833.

109.  A. Gazagnes, Saint-Pargoire…, op. cit., p. 128 sauf pour Tressan et Usclas-d’Hérault.

110.  A.D.H., 3 P 2939, doc. cit.

111.  A.D.H., 3 p 2954, doc. cit.

112.  J. Vidal, Monographie de la ville d’Aimargues, Nîmes, Lacour, rééd. de l’ouvrage de 1906, p. 107.

113.  L. Secondy (dir.), Entre Goulazou et Mosson. Dix villages, dix visages, Montpellier, chez l’auteur, 1985, p. 261 : Cournonsec, Cournonterral, Fabrègues, Juvignac, Lavérune, Murviel, Pignan, Saint-Georges-d’Orques, Saint-Jean-de-Védas et Saussan.

114.  A. Gazagnes, Saint-Pargoire…, op. cit., p. 128.

115.  Ibid.

116.  F. Bocage, Le souffle de la Révolution sur les étangs. Pérols (1789-1823), mém. maîtrise, A. Blanchard dir., Montpellier, université Paul Valéry, 1989, p. 99.

117.  Ibid.

118.  A.D.H., 6M 1706, liasse n° 4 et liasse n° 8, 1856.

119.  Ibid.

120.  Ibid.

121.  Idem, liasse n°4, 1856.

122.  A.D.H., 6 M 1698, doc. cit., 20 septembre 1836.

123.  A.D.H., 6 M 1706, liasse n° 8, pièce n° 1, Tableau synoptique des réponses par commune au questionnaire du gouvernement, 1856.

124.  A.D.H., 6 M 1710, chemise n° 2, pièce n° 1, Tableau cantonal de l’arrondissement de Béziers, 1860.

125.  E. Le Roy, Ladurie, Histoire du Languedoc, Paris, P.U.F., 1962, P. 111.

126.  Ibid.

127.  M.-F. Reg de Lacroix, Montagnac et ses environs, rééd. Paris, Res Universis, 1990, p. 302.

128.  A.D.H., 6 M 1706, liasse n° 8, pièce n° 1, doc. cit., 1856.

129.  Ibid.

130.  A.D.H., 6 M 1714, chemise n° 2, pièce n° 3, Statistique de l’arrondissement de Béziers, 1873.

131.  Idem, chemise n° 2, pièce n° 2, Statistique de l’arrondissement de Montpellier…, 1873.

132.  B. Jaudon, « Le vignoble de Tressan et ses mécanismes de conquête de 1770 à 1870 » in G. Gavignau- Fontaine et H. Michel dir., Vignobles du Sud, XVIe-XXe siècle, Montpellier, PM3, 2003, p. 197-231.

133.  Ibid.