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Description

Les naissances de l’athlétisme : 1880-1939

Courir, sauter, lancer : ces gestes fondamentaux de l’activité physique sont à la base des programmes de l’athlétisme moderne, tels que le mouvement olympique les imposa dès la fin du XIXe siècle. Cependant, la diffusion des disciplines athlétiques, dans l’Hérault comme probablement partout en France, obéit à des mécanismes plus complexes, qui font cohabiter pendant quelques décennies des pratiques corporelles, des formes de compétitions, des types d’athlètes issus d’origines très diversifiées. En cela, la période qui court des années 1890 aux années 1930 est passionnante car elle se caractérise par une situation d’une grande hétérogénéité, contrairement à ce que nous connaissons aujourd’hui, sous la houlette d’une Fédération monolithique et très organisée. On peut distin-guer, surtout autour des épreuves de courses à pied, qui sont alors les plus développées, trois grands types de spor-tifs et de compétitions, d’origines distinctes, mais qui ne manquent pas d’interférer pendant les premières décennies de pratique, entre la fin du XIXe siècle et les années 20.

Une ancienne tradition de défis sportifs

En mars 1899, la presse locale annonce le passage à Montpellier du « célèbre marcheur Gallot », qui lance un défi aux cyclistes et cavaliers, sur la piste du vélodrome de Chaptal. Gallot marchera alourdi d’un sac à dos et d’un fusil.

Le compte-rendu paru dans La Vie Montpelliéraine et Régionale (VMR) du 26 mars explicite les termes du défi : il s’agit d’une course de 24 heures, durant laquelle les cyclistes ou cavaliers ayant relevé le défi doivent, pour l’emporter, parcourir une distance triple de celle du marcheur. En définitive, Gallot, qui marche 141 km (soit une moyenne de près de 6 km/h) est battu de 22 km par le cycliste Caizergues qui couvre 445 km.

Quatre ans plus tard, Gallot revient à Montpellier, et toujours au vélodrome Chaptal, se lance dans un tourniquet de 200 km, qu’il couvre en 34 heures. Il ne porte plus de sac, mais il « est équipé à la Boer, cartouches en bandoulière ». C’est l’époque où toute la France est prise d’une frénésie en faveur des Sud-Africains en lutte contre les Anglais pour leur indépendance, et Gallot participe de la mode Boer qui s’exprime dans tous les domaines.

Yves Gallot, « le roi des marcheurs » s’est rendu fameux en 1894 par son match de 50 heures contre l’Américain Cody, un parent de Buffalo Bill, avec un enjeu de 6 000 francs. L’année suivante, il effectue soixante-deux fois le tour de Paris, soit 2 421 kilomètres, en trente et un jours et en ne s’arrêtant que toutes les six heures pour se reposer et se ravitailler. Puis Gallot prendra sa revanche sur Cody, en 1897 à Nice, dans les mêmes conditions qu’au cours de leur première rencontre, en le devançant cette fois de 1 000 mètres après avoir couvert 278,2 km dans les 50 heures.

Ce genre de palmarès, qui relève à la fois des exploits du cirque, et de la démesure athlétique, est parfaitement représentatif de la première forme moderne d’athlétisme apparue au XVIIIe siècle, principalement en Angleterre, elle est le fait de professionnels qui vivent des enjeux et des paris suscités par l’annonce de leurs exploits, et qui se lancent, par une surenchère permanente, dans des entreprises plus folles les unes que les autres.

Mais la chronique sportive locale fait état régulièrement de défis de ce genre qui, pour ne pas atteindre l’exploit physique spectaculaire, n’en obéissent pas moins à la même logique des face à face  » pour l’honneur « . Un exemple datant de 1904, rapporté par le Petit Méridional :

« Monsieur Antoine Roussel, champion du Midi de courses pédestres, se propose de donner des courses au vélodrome du Jeu de Ballons avec le concours de M. Léon Cayrel, de son jeune frère, et de M. Félix Appolis. Plusieurs défis seront portés. Un défi est surtout porté entre M. Roussel et son élève Léon Cayrel ».

Dès le lendemain, A. Roussel communique qu’il accepte le défi de Cayrel « à condition qu’une quête soit faite au profit des grévistes de Montpellier ou du Sou des Écoles Laïques ». […]

Informations complémentaires

Année de publication

2010

Nombre de pages

6

Auteur(s)

Guy LAURANS

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf