Catégorie : Étiquette :

2.00

Description

Le verd-de-gris ou Verdet à Montpellier :
une traçabilité globale au XVIIIe siècle

* Ingénieur agronome – Économiste

Au XVIIIe siècle, le Languedoc viticole produit des vins et des eaux-de-vie destinés à l’exportation mais aussi une substance chimique dérivée et très recherchée en Europe, le verd-de-gris ou verdet. Cette spécialité de Montpellier depuis le Moyen Age est en relation avec le développement de son Université de médecine. Sa technique d’élaboration a été largement décrite, bénéficie d’une réelle innovation commerciale sur un marché entièrement internationalisé au niveau de l’Europe. Cet article se propose d’analyser un système de traçabilité administrative particulièrement élaboré dont l’intérêt historique repose sur sa modernité et sa rigoureuse cohérence. En effet, les acheteurs étrangers et les utilisateurs, teinturiers et peintres, mais aussi les chirurgiens et médecins, exigent un niveau de qualité et de pureté inhabituel à cette époque. Car il s’agit de valoriser pleinement les propriétés tinctoriales et médicinales, justifiant par ailleurs son prix relativement élevé. L’intervention politique, tant au niveau local que royal, est très volontariste pour assurer la pérennité de cette production et la défense de sa réputation, base de la confiance commerciale.

Toutefois, les instances officielles de la Province sont confrontées aux limites inhérentes aux possibilités réelles des contrôles. Malgré la surveillance des Brigades au service des Fermiers de la Province, les moyens sur le terrain de l’Inspecteur des Manufactures sont insuffisants pour éviter les abus et les falsifications; d’où une multitude de litiges, d’abus qui seront ensuite décrits, montrant par là même la ferme volonté de disposer d’un système technico-économique performant au plan international. Les flux d’exportation traduisent bien l’efficacité de ce système de traçabilité globale tout au long du XVIIIe siècle.

Le verd-le-gris ou verdet : définition et usages

Le verd-de-gris est une mince pellicule recouvrant les toits en cuivre de certains monuments ou entourant des tubes de cuivre corrodés. Ingéré, il est jugé dangereux pour la santé. Sa couleur d’un vert typique et sa toxicité le rendent intéressant depuis l’Antiquité, en particulier à des fins chirurgicales et médicinales. Comme produit, il est appelé verdet. Sa fabrication repose sur le raclage d’une plaque de cuivre attaquée par le vin acidifié (vinaigre). Le verd-de-gris est identifié par sa couleur, son odeur, et par sa nocivité pour l’homme. Au XVIIe siècle, le chimiste allemand Ettmuller (1644-1683), puis Macquer (1718-1784) au XVIIIe siècle, donnent une définition scientifique de cette action corrosive : c’est un acétate de cuivre résultant de l’action d’un acide, ici l’acide acétique du vin obtenu dans les pots fermés, sur le cuivre. Au XVIIIe siècle, cette poudre n’est pas toujours très pure et contient des déchets de diverses origines y compris des morceaux de cuivre, appelé vulgairement pessilhoux.

Etttmuller signale son emploi en chirurgie, pour un usage externe : « il fait ordinairement la base de l’onguent Egyptiac, de l’onguent lildanus, &c. qui ont lieu dans les ulcères caroétiques et dangereux. Il entre dans les eaux vertes qu’on compose pour les ulcères scorbutiques, éroliques &c. »

M. Montet (1722-1782), maître apothicaire et membre de la Société Royale des Sciences de Montpellier, précise ses usages dans l’Encyclopédie de Diderot – d’Alembert (1751-1772). Les médecins et pharmaciens de Montpellier, ville ayant disposé d’une des premières universités de médecine et de pharmacie d’Europe, tirent un large profit du pouvoir bactéricide de cette poudre pour cautériser des plaies : « L’emploi du verd-de-gris qu’on prépare à Montpellier se borne pour l’usage de la Médecine à l’extérieur ; les Chirurgiens s’en servent quelquefois comme d’un escarotique pour manger les chairs qui débordent & qui sont calleuses, en en saupoudrant la partie malade. Dans ce cas il faut que le verdet soit bien sec & réduit en poudre pour qu’il agisse, ayant perdu alors toute son eau surabondante : on l’emploie encore avec succès dans des collyres officinaux pour les yeux. » Il entre dans la composition d’autres traitements, « dans le collyre de Lanfranc, dans le baume verd de Metz, dans l’onguent égyptiac & des apôtres, & dans les emplâtres divins & manus Dei. » […]

Informations complémentaires

Année de publication

2017

Nombre de pages

15

Auteur(s)

Jean-Claude MARTIN

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf