Le Verdet à Montpellier dans les derniers siècles du Moyen âge
Le Verdet à Montpellier dans les derniers siècles du Moyen âge
p. 23 à 30
Si c’est seulement à partir du XVIe siècle qu’on a des renseignements abondants et précis sur l’industrie montpelliéraine du verdet – l’étude exhaustive de Mlle Fabre montre bien ce qu’on peut en tirer -, il est permis cependant d’affirmer que cette industrie existait déjà quelque deux cents ans auparavant dans notre région méridionale. La présence du verdet dans plusieurs tarifs de leude et de péage remontant au XIIIe ou au XIVe siècles l’atteste 1. Le 25 mars 1248 était enregistrée chez un notaire marseillais une commande à destination de Pise il s’agissait de monnaie mêlée valant 50 L. de raimondins qui étaient investies en draperie et en verdet. Certes le texte est marseillais, mais les rapports étroits qui s’étaient établis à ce moment-là notamment entre Marseille et Montpellier autorisent à supposer que ce verdet était de provenance montpelliéraine 2. Environ soixante-et-dix ans plus tard on retrouve le verdet dans les comptes de la Chambre apostolique. Il figure parmi les matières colorantes achetées à Montpellier pour les travaux de peinture et de décoration du palais d’Avignon et du château de Pont-de-Sorgues 3 : voici dans le compte de Simon de Peirotes un quintal et six livres de vert valant 9 L. 6 d.t. (15 février 1319) et dans celui de Philippe de Cruzols deux quintaux de verdet qui avaient coûté 19 L. 15 s. (19 octobre 1321) 4. Dans un extrait des registres de la leude de Majorque il est fait état en mai 1330 de quatorze poids de verdet apportés par deux Montpelliérains 5. Nous revenons à Marseille avec une commande chargée dans ce port pour Alger au commencement de 1334 sur la galée Sainte-Aventure : il s’y trouvait un poids de verdet 6. A la date du 24 avril 1342, nous rencontrons une commande remise cette fois à Montpellier à l’un des plus gros merciers de cette ville, Jacques de Londres, qui part pour Naples avec 38 L. 14 s. de verdet 7.
Bientôt apparaît un texte essentiel, c’est le tarif des impôts extraordinaires levés à Montpellier en 1356 à la suite du désastre de Poitiers. On y mentionne le verdet : Item cascun quintal de verdet, quant se pezara al pes, 2 s. 6 d. 8. Les indications du registre d’entrée et de sortie du port d’Aigues-Mortes de 1357-1358 ne sont pas moins suggestives : il s’agit d’expéditions en Provence et en Italie. On envoyait trois poids de verdet à Marseille (20 janvier 1358) et un à Arles (8 juin) 9, deux balles et six poids gagnaient Gênes et l’Italie péninsulaire (23 janvier, 24 mars, 25 août et 10 novembre) 10. Parmi les exportateurs, on rencontrait, avec des marchands italiens, l’un des principaux dignitaires de l’administration montpelliéraine, le notaire Maître Philippe de Lantilla, qui fut plusieurs années durant recteur de Montpelliéret il était en rapport avec la Provence et l’Italie, faisant venir des épices, de la soie et de la mercerie, expédiant laines, tissus et safran 11.
A la fin du XIVe siècle et au début du XVe, grâce à l’accroissement d’ailleurs momentané des échanges avec le Levant, le verdet figure assez fréquemment dans les actes commerciaux. Le 10 juin 1380, il en partait pour Rhodes et Beyrouth sur deux galées de Marseille avec des commandes montpelliéraines et narbonnaises 12. En décembre 1382, il est question d’une balle de ce produit que le pebrier sobeyran de Montpellier Jean Porole essaie de recouvrer sur le patron de deux linhs à qui elle avait été confiée avec d’autres marchandises 13. Le 8 février 1412 un marchand de Montpellier, Pierre Vidal, procureur de Bernat Valliter, marchand de Perpignan, reconnaît avoir reçu en commande de l’important chargeur, de Montpellier également, Jean de Sérières, 749 L. 10 s.t. partiellement investis en deux poids de verdet chargés sur la nef d’Andreu Borrell qui avait quitté Collioure en décembre 1411 pour l’Orient, nommément pour Rhodes, la Sicile et Alexandrie. Une notule du 24 janvier 1413 écrite sur une feuille volante fait état de l’approbation de Sérières à l’échange d’un poids de verdet contre du gingembre belescuel : le gingembre n’avait pas été mentionné dans le contrat de commande 14. Une commande du pebrier sobeyran Bernard Salamon au marseillais Jean Maximin comprend notamment dix quintaux et douze livres de verdet, le tout estimé 151 francs (26 novembre 1418) 15. Dans un acte inachevé et demeuré sans effet du 14 juin 1420 apparaissent quatre quintaux et cinquante livres de verdet sans doute destinés à Pise 16.
A la même époque du verdet partait aussi pour Paris. Entre 1388 et 1419, deux registres notariaux consacrés presque exclusivement à l’activité de Bernard Salamon mentionnent jusqu’à vingt-sept expéditions assurées par des muletiers, ce qui représente dans les quatre-vingt-huit balles ; les envois sont surtout fréquents certaines années, en 1403, 1404 et 1413 17. Paris servait de relais vers les pays du Nord qui étaient de gros acheteurs de verdet 18.
A ce moment-là nous disposons d’un autre genre d’informations qui nous éclairent sur le trafic auquel donnait lieu la fabrication même du verdet.
Pour préparer le verdet, il faut du cuivre et dans les premières années du XVe siècle, nous rencontrons précisément à Montpellier des contrats relatifs au commerce de ce métal. L’Europe occidentale n’était guère favorisée du point de vue minier. Signalons au XIVe siècle des expéditions de cuivre de Majorque à Montpellier 19, mais nous ignorons leur provenance originelle. Les mines du Lyonnais que Jacques Cœur exploita, étaient sans doute connues et on les avait apparemment utilisées, mais « elles étaient, à coup sûr, abandonnées depuis longtemps 20. De toute manière, rien n’indique qu’on se soit servi de leur cuivre pour la fabrication du verdet. L’Europe septentrionale et centrale au contraire se livrait à une importante exploitation des gisements de métaux usuels et précieux depuis la fin du XIIe siècle ; après quelque fléchissement au XIVe, elle allait connaître un nouvel essor vers le milieu du XVe. Le cuivre venait surtout de Suède, de Pologne, de Hongrie et d’Allemagne, de la région du Harz notamment 21. Depuis plusieurs décennies une bonne partie du cuivre livré à la Catalogue et aux autres États aragonais était fournie par des Allemands, appellation générique qui désignait plus spécialement des gens de l’Allemagne du Sud ou de la Suisse orientale actuelles 22. Ils apportaient en particulier des toiles, des futaines et des métaux usuels et ils ramenaient chez eux du safran. Beaucoup de ces marchandises arrivaient par Genève et la vallée du Rhône 23. C’est très vraisemblablement aux Allemands que s’adressaient les mercadiers montpelliérains qui s’intéressaient au verdet. Dans un registre notarial consacré à l’un de ces derniers, le pélissier – autrement dit le fourreur – Français Poujade 24, apparaissent des marchands des pays germaniques avec qui Poujade était en relation d’affaires : nous sommes tout naturellement à penser qu’il s’agissait essentiellement de cuivre 25.
Il était, cela va de soi, plus facile de se procurer le vin et les rafles. Les fabricants de verdet recherchaient le vin de qualité inférieure qui coûtait beaucoup moins cher. Un texte de 1434, relatif à l’adjudication de l’impôt qui frappait l’entrée du vin à Montpellier, distinguait le bon vin qui payait un mouton d’or par muid et le vin de verdet qui ne payait qu’un demi-mouton 26.
Les artisans qui préparaient le verdet étaient plus ou moins sous la coupe des gros négociants 27. Le pebrier sobeyran Bernard Salamon, que nous avons déjà rencontré, 28 vendait couramment du cuivre à faire le verdet 29, mais souvent aussi le cuivre qu’il livrait aux fabricants ne lui était pas payé en numéraire et lui était remboursé en verdet, l’opération ayant juridiquement tantôt la forme d’une vente, tantôt celle d’un prêt, tantôt celle d’un échange et il recevait en poids autant de verdet qu’il avait fourni de cuivre 30. Parfois il faisait affiner le cuivre pour son compte par un spécialiste rémunéré pour cela 31. Il arrivait enfin à Salamon d’acheter du verdet à des producteurs indépendants 32. Le pélissier Français Poujade livrait également du cuivre à verdet 33 et il se procurait directement du verdet chez les fabricants 34. Il fournissait en outre du cuivre à l’atelier monétaire de Montpellier 35. Un autre pebrier sobeyran, Pierre Moragues 36, vendait du cuivre à des préparateurs de verdet 37. Il s’intéressait aussi à l’étain il procurait du cuivre et de l’étain aux consuls majeurs, en vue sans doute de la fonte d’une cloche 38. Rappelons que les métaux usuels ou précieux étaient travaillés à Montpellier. Point n’est besoin d’insister sur le renom des argentiers de cette ville 39. Le fer et l’étain y occupaient nombre d’artisans et d’ouvriers tout comme le cuivre 40.
Les textes que nous avons cités, témoignent de l’ancienneté et de la persistance de l’industrie du verdet. Certes, tout le monde ne s’en mêlait pas. Jacques Cœur, qui négligeait les affaires de moindre importance, ne paraît pas s’y être intéressé, mais nous savons qu’à son époque et par la suite le verdet ne cessait pas de tenir sa place dans la vie de Montpellier 41. A côté d’exemples concrets, on peut évoquer des documents administratifs. Le verdet figurait très souvent parmi les marchandises dont le trafic était avec l’autorisation du roi, frappé d’un impôt au bénéfice de la ville. En 1411 on institua sur les ventes de verdet un droit de 16 s. par quintal pesé au poids du roi 42. Des lettres royales de 1439 et de 1444 concédèrent une taxe de 15 S. 43 Ce fut ce taux ou un taux légèrement majoré qui resta en vigueur les années suivantes 44. En outre la sortie du verdet – l’exita verdeti – donnait lieu à la perception d’un droit : certains textes laissent l’impression qu’au moins par moments ce droit s’est confondu avec l’impôt sur les ventes 45 nous avons rencontré l’exita verdeti à partir de 1432 46.
Quelques années plus tard, on trouve, concentrés sur une très courte période, en avril et mai 1457, une série de ventes de cuivre in plata (ou placa), c’est-à-dire en plaque : sept fois sur dix est précisée l’origine allemande du métal. Ces ventes qui portent généralement sur des quantités à peu près identiques, voisines d’un quintal, sont manifestement destinées à la préparation du verdet. Il semble qu’alors les canabassiers s’efforçaient d’accaparer le trafic du cuivre 47. Mentionnons parmi eux Pierre Perier 48. Ses clients étaient de Montpellier même 49 ou des environs, de Mauguio 50 ou de Colombiers, localité aujourd’hui rattachée à la commune de Baillargues 51. Parfois Périer se bornait à livrer le métal vendu par un marchand de Marseille, Julien Ricaud 52, une fois à un habitant d’Aimargues et à Jean Colombier, hôtelier des Deux-Lions à Montpellier 53, une autre à la veuve d’un monnayeur du Serment de l’Empire et à un laboureur 54. Un mercadier de Montpellier, André Jauffre, qui trafiquait notamment à Barcelone, où il achetait des épices pour le Languedoc méditerranéen 55, s’y procurait aussi du cuivre allemand pour les fabricants de verdet ***montpelliérains 56. Signalons encore, à la date un peu antérieure du 23 mai 1450, une opération importante où intervient l’un des hommes d’affaires les plus considérables de Montpellier, Bernard Revel 57 : pour 35 écus payables à la foire de septembre de Pézenas, il vend trois quintaux 1/2 de cuivre à noble Gibert de Montlaur, prévôt de Belmont-sur-Rance, au diocèse de Vabres en Rouergue. Il n’est pas certain que ce cuivre soit destiné à la confection du verdet 58. Au milieu du XVe siècle, l’échange du cuivre et du verdet continuait d’être pratiqué, des difficultés surgissant parfois lors du règlement. Maître Rotar Boys, escarcelier de Montpellier, ayant remis du cuivre en plaque pro faciendo verdetum à un mazelier – nous dirions boucher – de moutons, Guilhem Davic, lui réclamait 7 L. 2 s. 6 d.t après une livraison de verdet, soit 9 moutons d’or, et il le citait devant le vice-bayle. Finalement le 30 janvier 1459, on décidait que Davic verserait 3 L. 19 s. 2 d. aux deux prochaines fêtes de la Madeleine 59.
On trouve plus rarement mention du trafic du verdet lui-même. Voici cependant à la date du 24 décembre 1454 une créance de 25 écus d’or de Jean Périer – peut-être un parent de Pierre – sur un marchand d’Orléans, Pierre Lijard, à qui il en avait livré et qui n’avait versé qu’une partie du prix : le débiteur promettait de s’acquitter à la prochaine foire de la mi-carême de Montagnac 60. Le 24 septembre 1454, un changeur de Montpellier, Thibaud Prévost, confiait 42 écus d’or investis en quatre quintaux et quatre-vingt-onze livres de verdet in peyra insaquati à un autre changeur de Montpellier qui devait s’embarquer avec cette commande à Aigues-Mortes sur la galére de France Notre-Dame-Saint-Michel à destination du Levant 61.
Ces derniers textes, s’ajoutant à ceux que nous avons déjà évoqués, témoignent aussi du rôle secondaire peut-être, mais constant du verdet dans l’activité montpelliéraine. Une ultime indication nous est apportée par les registre d’habitanage. Pour inciter les gens du dehors à s’installer à Montpellier dépeuplé et ruiné, les consuls leur accordaient fréquemment des avantages fiscaux, en particulier des exemptions temporaires d’impôt sur les biens meubles : durant certaines périodes, deux taxes étaient exclues de ces faveurs, l’intrata vini et I’exita verdeti 62. Cela souligne l’importance au moins symbolique de ces deux impôts.
Notes
1. Nous mentionnerons la leude mage et menue de Béziers, texte extrait de la chronique consulaire de Mercier et Régis, Bull. de la Soc, archéologique de Béziers, 1re série, t. II, 1837, p. 56 ; le droit de Reva de Perpignan (1284). Revue des Langues romanes, t. IV, 1873, P. 374 ; la leude royale de Pézenas (13 avril 1322), Arch. munic. de Pézenas, inventaire Resseguier, ed. Berthelé, n° 1582. Pour Montpellier, on se référera aux leudes du roi de Majorque enregistrées en 1296, d’après un extrait notarié de 1584 (cf. Petit Thalamus, ed. Soc, archéologique de Montpellier, p. 234-237).
2. L. Blancard, Documents inédits sur le commerce de Marseille au Moyen Age, Marseille, 1884, II, n° 172) (p. 337 du t. I).
3. Le verdet apparaît dès lors comme largement utilisé comme colorant et comme enduit préservatif : il combat avec succès les effets de l’humidité et de la pourriture.
4. K.H. Schäfer, Vatikanischen Quellen zur Geschichte der päpstlichen Hof-und Finanz Verwaltung, 1316-1378, in Verbindung mit ihrem historischen Institut in Rom herausgegeben von der Görres-Gesellschaft, Paderborn, t. II, 1911, p. 396 et 418.
5. Arch. munic, de Montpellier, Fonds des grandes archives, Louvet, n° 324, f° 349 v°. A Marseille, à pareille époque, le pondus ou poids correspondait approximativement à deux quintaux, c’est-à-dire à environ soixante et quinze de nos kilos (cf. E. Baratier et F. Reynaud, Histoire du commerce de Marseille, t. II, 1951, p. 902, n. 5).
6. Arch. des Bouches-du-Rhône, Chanot, n° 5, fos 139 et 140 (cf. E. Baratier et F. Reynaud, op. cit. p. 111, n. 2).
7. Arch. de l’Hérault, II E 95, Holanie, n° 371, f° 22.
8. Arch. munic. de Montpellier, M. de Dainville, Inventaires et documents, t. IX, n° 844, p. 178.
9. Arch. munic. d’Aigues-Mortes, C C 86. f° 4 v°, 5 et 26 v°.
10. Ibid. fos 5, 16, v° 43 et 50 v°. On notera d’assez fortes différences de prix : le poids vaut de 15 à 50 florins; ailleurs une balle vaut 24 florins (f° 5).
11. Sur Philippe de Lantilla, cf. Histoire de Languedoc, t. X, 478-CXXIB, col. 1242. Sur son activité commerciale, voir le registre du port d’Aigues-Mortes, CC 86, passim.
12. Cf. l’état des départs à destination du Levant des bâtiments marseillais et languedociens (1379-1410), tableau dressé par E. Baratier et F. Reynaud, op. cit., in fine.
13. Le texte qui en parle est couché dans un registre notarial qu’un long séjour à l’humidité a rendu peu lisible (Arch. de l’Hérault, II E 95, Pierre Bourdon, n°388, f° 21).
14. Ibid., Guilhem Bourdon, n°393, f° 52 v° et feuille volante attachée.
15. Arch. des Bouches-du-Rhône, Verdillon, n° 70, fos 289-291 (cf. E. Baratier et F. Reynaud, op. cit. p. 241, n. 1).
16. Arch. de l’Hérault, II E 95, Pierre de Vaux, n°523, f° 19.
17. Ibid. Guilhem Bourdon, n° 392, fos 10 v°, 14, 18 v°, 40, 41 v°, 42 v°, 45 v°, 46, 48 v° ; 55, 60 63 v°, 71, 72 v°, 74 v°, 98, 116 v°, 120, 122, 122 v°, 123 v°, Pierre de Vaux et Jean Rigaud, n° 520, fos 38, 39 v°, 89 et 101 v°. Mentionnons aussi un envoi du changeur Jean de Sérières (Ibid. Guilhem Bourdon, n° 393 f° 20. La route couramment suivie fut longtemps la route directe par la montagne : le 17 janvier 1419 un florentin devenu pebrier sobeyran à Montpellier, Barthomieu Manni, chargeait deux marchands de Nevers et des environs de recouvrer notamment deux balles de verdet sur Hugonnet Miralhet, habitant de Nevers. Ce Miralhet – alias Oursel – appartenait à une famille de voituriers issue d’Alès qu’on retrouve souvent dans les contrats de transport entre le Midi languedocien et le Nord de la France (Ibid., Arnaud Vitalis, n° 456, f° 46). Pour des raisons de sécurité, on remonta quelques années la vallée du Rhône, mais en 1419 l’aggravation des événements militaires mit pratiquement fin à tout trafic organisé.
18. De nombreux textes de l’époque moderne, on le sait, en témoignent signalons la clientèle hollandaise. Il convient de ne pas négliger quelques expéditions de verdet vers l’Espagne : le 24 septembre 1411 un marchand de Barcelone, Durando Gracias, reconnaît avoir reçu à Perpignan deux poids de verdet de la maison de commerce que dirige Bernard Salamon (Arch. de l’Hérault, II E 95, Guilhem Seguin, n° 436, fos 39 et suiv.). A la fin du XVe siècle, la péninsule ibérique continue de faire des achats à Montpellier : le 9 décembre 1480 un facteur du duc de Medina, Diego Sanchez, achète à un marchand florentin de Marseille, Rainaldo d’Altovitis, du verdet livrable à Montpellier ; il cède en paiement une créance de 159 florins (E. Baratier et F. Reynaud, op. cit., p. 553, n. 4).
19. Cf. deux mentions de 1339 dans la procédure déjà citée (supra n. 5) sur la lande de Majorque (Arch. munic. de Montpellier, Louvet, n° 324, fos 294 et 361 v°).
20. P. Clément, Jacques Cœur et Charles VII : 1866, p. 118. A. Joly, Les établissements de Jacques Cœur dans le Lyonnais (1444-1455), dans Bibl. de l’École des chartes, t. LXXXIX, 1926, p. 70-80 et t. XCIII, 1932, p. 314-330. Nous ne savons pas d’où provenait le cuivre que Cœur envoyait en Afrique du Nord, en dehors d’un cas épisodique où le métal est apporté par un bateau génois (cf. R. Guillot, Le procès de Jacques Cœur (1451-1457), s.d., p. 88.
21. John U. Nef, Mining and Metallurgy in Medieval Civilisation, dans Cambridge Economic History of Europe, Cambridge, II, 1952, p. 430-494.
22. Ces marchands allemands se groupaient volontiers en Sociétés qui tenaient une place considérable dans tous les États aragonais, à Barcelone, à Valence et à Saragosse en particulier. Voir E. Ammann, Die Diesbach-Watt-Gesellschaft. Ein Beitrag zur Handelsgeschichte des 15 Jahrhunderts, dans Mitteilungen zur väterlandischen Geschichte, St-Gallen, 17, 1928 et A. Schulte, Geschichte der Grossen Ravensburger Handelgesellschaft, 1380-1530, Stuttgart-Berlin, 1923. Ces deux ouvrages ont été utilisés par J.-F. Bergier, Genève et l’économie européenne de la Renaissance, 1963, voir notamment p. 232, 341-344, 347, 348, 350-352.
23. Certaines empruntaient uniquement les routes de terre ; d’autres gagnaient la Catalogne en bateau depuis Marseille, Bouc ou Aigues-Mortes, d’autres enfin venaient essentiellement par la voie maritime depuis la Flandre ou depuis Venise (cf. A. Schulte, op. cit. t. III, passim J.-F. Bergier, loc. cit. C. Carrère, Barcelone, centre économique à l’époque des difficultés, 1380-1462, 1967, t. I, p. 353 et t. II, p. 565 et 566.
24. Il fut cinq fois consul majeur de Montpellier avec le troisième chaperon (cf. Arch. munic. de Montpellier, M. de Dainville, Inventaires et documents, t. VI, n° 5, Regestre des senhors consoulz et curialz de la villa de Montpelier, passim). Au commerce des peaux et des fourrures, il joignait notamment celui des tissus, draps et futaines (Arch. de l’Hérault, II E 95, Pierre de Vaux et Jean Rigaud, n° 522, passim). Les textes le nomment le plus souvent Porade, on trouve aussi les formes Porade, Poiade et Poiada, Pinade et Pogada : de nos jours on l’appellerait Poujade. On a des raisons de croire qu’il était d’origine catalane.
25. Voici les frères Angelino et Thomas Fisser (alias Fichart) (1422, 1431 et 1433) (Ibid., f° 15 et 34 avec feuille volante attachée au f° 31 v°) ; Georg Gueltinger et ses fils Wilhelm et Walter (1433) (Ibid., f° 33 v°) ; Kaspar von Wat que nos textes appellent Gaspar de Vat. Ce dernier charge une douzaine de procureurs de recouvrer toutes ses créances (1428) (Ibid. f° 27 v°). Il figure fréquemment dans les comptes du dret real dels Alamanys e dels Saboyenchs établi en 1420 par le roi d’Aragon Alphonse V, taxe unique de 4 deniers par livre assurant aux assujettis la protection royale (cf. J.-F. Bergier, op. cit. p. 350-353 ; A. Schulte op. cit. t. III, p. 513-517). En 1445 les Conseillers de Barcelone intervenaient en faveur des compagnies de Jous Hompis, Gaspar de Vat, Johan et Colunya et Mathieu Destany molestées par le gouverneur général de Catalogne (cf. C. Carrère, op. cit., t. I, p. 31 et 32). Les trois premiers de ces négociants, qui se qualifient de citoyens et habitants de Barcelone, apparaissent dans le procès-verbal de la marque de Catalogne : ils sont victimes d’actes de brigandage et d’arbitraire administratif sur les routes de la France méridionale (Bibliothèque municipale de Montpellier, ms. 207) on prend à Vat du safran et du corail (f° 52 v° et 103 v°).
26. Depuis les dernières années du XIIIe siècle, l’entrée de Montpellier et de ses faubourgs était réservée en principe aux raisins et au vin provenant des vignes du terroir appartenant aux Montpelliérains ; les vins étrangers étaient confisqués et distribués aux pauvres. Il est vrai que quelques privilégiés, hauts dignitaires et religieux, bénéficiaient d’une dérogation à cette règle. On échappait d’autre part à toute sanction en payant une taxe, l’intrata vini souvent citée dans les actes du XVe siècle. La ferme de cet émolument était mise aux enchères : le 26 novembre 1434 elle était adjugée à un marchand, Jean Mayete, pour 101 L.t. et le texte distinguait le bon vin et le vin de verdet (Arch. munic. de Montpellier, B B 49, f° 22). Nous retrouvons cette distinction dans un autre texte un peu postérieur de 1439 (ou de 1449) qui renouvelait l’interdiction générale : N’entrera negun vin per beure o vin de verdet (Ibid. B B 58, pièce extraite d’un registre d’Antoine Jassilles).
27. Ces artisans semblent s’être recrutés de préférence dans les petits métiers. Sur les douze noms de fabricants de verdet qui ont traité avec Bernard Salamon, nous rencontrons ceux de deux veuves, celle d’un mazelier de moutons et celle d’un laboureur, deux autres femmes figurant seulement au contrat avec leurs maris. On trouve aussi un pélissier, un fustier (ou charpentier), un monnayeur du Serment de l’Empire – c’est à ce Serment qu’appartenaient les monnayeurs de Montpellier – et ce monnayeur figure trois fois parmi les préparateurs de verdet, un revendeur ou mercier détaillant, deux poissonniers, un heur de balles, un peigneur de laine, deux pelhiers (alias chiffonniers ou fripiers), le père et le fils, et un laboureur (Arch. de l’Hérault, II E 95, Guilhem Seguin, n° 435 pour un acte ; Pierre de Vaux et Jean Rigaud, n° 520 pour les autres). C’étaient sans doute des gens de condition modeste à qui on faisait crédit. Les contrats stipulaient en règle une exécution immédiate (cf. la formule de die in diem), en fait, quand la quittance était enregistrée, elle était postérieure à l’engagement de plusieurs mois, sinon de plusieurs années. Signalons que des préparateurs de verdet s’efforçaient de constituer des stocks de métal : dans son testament, Guillemette, veuve de Jean Julien, léguait aux Dominicains toutes ses marmites pleines de cuivre à verdet (11 septembre 1411) (Arch. de l’Hérault, II E 95, Guilhem Seguin, n° 436, f° 36).
28. Bernard Salamon fut d’abord l’auxiliaire de son oncle, le changeur Jacques Jourda, à qui il succéda à la tête d’une importante maison de commerce. Il fut consul majeur en 1423, régent des marchands navigants en 1415, 1425 et 1428, syndic en 1433 (cf. Regestre, passim). Pendant une quarantaine d’années, il s’adonna au trafic terrestre et maritime, en relation avec Paris, la Catalogne, l’Italie et le Levant, s’occupant notamment de draps, de toiles et d’épices.
29. Sur les cinq contrats enregistrés en premier lieu, quatre précisent l’objet de l’opération, de la vente du cuivre ad faciendum verdetum : Salamon vendant du cuivre semble se désintéresser du produit fabriqué. Les quantités se tiennent entre un demi-quintal et un quintal de cuivre, qualifié deux fois de talhati, une fois d’operati, une fois d’in plata. Le prix oscille autour de onze livres le quintal (Arch. de l’Hérault, II E 95, Guilhem Seguin, n° 435, f° 29 v° ; Pierre de Vaux et Jean Rigaud, n° 520, fos 72 v°, 73 et v°, 84 v°).
30. Dans les huit contrats postérieurs aux précédents, Bernard Salamon se fait remettre le verdet ; il est souvent stipulé que le produit devra être de bonne qualité, bon et suffisant, marchand et recevable. Un acte du 6 mars 1422 a pour échéance la Saint-Jean-Baptiste, mais la quittance libératoire n’est que du 14 décembre suivant (Ibid., f° 110) ; les autres contrats se groupent en décembre 1422, en janvier, février et avril 1423 (Ibid., f° 112 v°, 113 et v°, 115 et 116). Les quantités se situent entre cinquante-trois livres et demie et deux quintaux.
31. Le 10 avril 1417 le payrolier – ou chaudronnier – Pierre Fabre promet de travailler bien et fidèlement environ vingt-cinq quintaux de cuivre en plaque, moyennant 3 L. 5 s.t. par quintal. Il a déjà reçu 4 L. d’acompte, il aura le solde quand il l’aura gagné, la livraison devant avoir lieu à Pentecôte. L’interprétation de l’acte est délicate, un autre contractant devant toucher 2 L. 11 s. et 8 d.t. par quintal et Fabre seulement le surplus (Ibid., f° 55).
32. Le 13 février 1423 Jean Estève et son fils Guilhem, pelhiers de Montpellier, vendent neuf quintaux de verdet bon et marchand pour 112 moutons d’or ou leur valeur en monnaie courante, soit 98 L. qu’ils ont déjà touchées. Ils s’exécuteront par livraisons mensuelles, du 1er avril à Noël : une quittance du 18 août 1424 témoigne de la bonne fin du contrat (Ibid., f° 115). Le même jour les mêmes pelhiers vendent à Salamon dix quintaux de verdet également bon et marchand pour 100 francs d’or avec le même rythme de livraisons à partir du 1er septembre. Le 13 février 1427 Jean Estève reconnaît devoir un reliquat de trois quintaux soixante-quatre livres 3/4 de verdet : il s’acquittera par trois livraisons égales, à Pentecôte, à Notre-Dame de septembre et à la Toussaint (Ibid., f° 124 v°).
33. Le 28 janvier 1426 le blanquier – ou mégissier – Guilhem de Troyes qui avait été consul majeur avec le cinquième chaperon en 1402 (cf. Regestre des senhors consoulz…, f° 218 v°) avoue lui devoir 48 moutons d’or et 10 s.t., prix de quatre quintaux et cinq livres de cuivre en plaque, livrés le 12 août 1423 ; il promet de verser 8 moutons et 10 s. à la foire de la mi-carême (sans doute celle de Montagnac) et 10 moutons à chacune des prochaines fêtes de Noël (Arch. de l’Hérault, II E 95, Pierre de Vaux et Jean Rigaud, n° 522, f° 25). Quelques années plus tôt, le 22 septembre 1423, c’est – chose à souligner – à trois habitants d’Aniane, Pons de Pratis, Pons Fraxini et Jean Johannis, que Poujade avait vendu dix quintaux et quinze livres de cuivre pelosi pour 100 moutons d’or exigibles à Noël : la quittance fut enregistrée le 9 octobre 1424 (Ibid., f° 17 v°).
34. Le 6 août 1422 Jean Moridon, de Montpellier, promet de lui livrer cinquante livres de verdet bon et suffisant à Notre-Dame de septembre : quittance est dressée le 23 mai 1423 (Ibid., f° 13 v°).
35. Le 29 octobre 1422, il chargeait un notaire de Saint-Junien en Limousin, Jean Nouvel, de réclamer à un marchand de Limoges, Gautier Pradel, ancien maître particulier de la monnaie de Montpellier, 218 moutons d’or moins 1 livre et 15 s.t., prix du cuivre livré à cet atelier. Le 25 août 1422 un facteur de Pradel, Pierre Ardy, avait Souscrit un billet reconnaissant la dette de son maître : on s’adresserait d’abord au facteur, s’il ne s’exécutait pas on requerrait Pradle lui-même (Ibid., f° 14 v°).
36. Ce Pierre Moragas – ou Moragues – était de provenance catalane, comme son beau-père Guilhem Pinhol (cf. Arch. de l’Hérault, II E 95, Arnaud Vitalis, n° 450, f° 124 v°). En 1399 il habitait San-Cugat-dels-Valles tout près de la capitale de la Catalogne (Arch. de Barcelone, Fondo notarial, Tomas de Belimunt, passim). Pinhol le fit admettre in civem et habitatorem et incolam de Montpellier avec une dispense d’impôt de trois ans sur ses biens meubles (31 mars 1403) (Arch. munic. de Montpellier B B 36, Dupin, f° 3 v°). Les pebriers sobeyrans Pinhol et Moragues acquirent une place considérable parmi les mercadiers montpelliérains : nombreux parents alliés également tournés vers le grand commerce, contacts fréquents avec la Catalogne, l’Italie, la Flandre et le Levant. Moragues fut consul de mer en 1425, régent des marchands navigants en 1416, 1430 et 1438, syndic en 1439, consul majeur – avec le deuxième chaperon parce qu’il représentait les bourgeois – en 1437 (cf. Regestre, passim).
37. Jean Sabran aîné, mazelier de bœufs, qui fait intervenir au contrat sa femme Isabelle, achète à Moragues un quintal et quatre-vingt-dix livres 3/4 de cuivre bon et recevable. Le vendeur recevra en paiement dans quatre mois le même poids de verdet, mais en versant une soulte de 2 moutons d’or par quintal (31 mai 1424) une quittance du 10 mai 1426 témoigne de l’exécution du contrat (Arch. de l’Hérault, II E 95, Bernard Forestier, n° 531, f° 28 v°).
38. Le 23 octobre 1433, les consuls majeurs de Montpellier avouent lui devoir 340 moutons d’or et 8 s.t. pour la livraison de quinze quintaux de cuivre à 14 moutons le quintal et de huit quintaux et quinze livres d’étain à 16 moutons. Le paiement était stipulé pour mars 1434, la quittance fut délivrée le 11 juillet (Ibid., Arnaud Vitalis, n° 464, f° 141). Des lettres patentes de Charles VII, datées du Puy le 29 avril 1439, mentionnent que les consuls avaient fait fondre pour Notre-Dame-des-Tables une grosse cloche d’environ quatre-vingt-dix quintaux (cf. J. Renouvier et A. Ricard, Des maîtres de pierre et des autres artistes gothiques de Montpellier, dans Mémoires de la Société archéologique de Montpellier, t. II, 1844, p. 128 ; J. Berthelé, Anciens textes campanaires de l’Hérault, dans Ibid., deuxième série, t. V, 1914, p. 25).
39. Cf. J. Renouvier et A. Ricard, art. Cit. p. 209-225 ; J. Thuile, L’orfèvrerie en Languedoc du XIIe au XVIIIe siècle, I, Généralité de Montpellier, Montpellier, 1966, passim.
40. L’affinage du cuivre se pratiquait à Montpellier. Le 20 septembre 1427 était enregistré un contrat de société qui réunissait un marchand de Florence, habitant Montpellier, Prior de Manot de Banchis, un Lorrain, Jean Léopard, de Metz, et un Allemand, Guichard Riche de Bâle, et super affinando metallum nuncupatum Io coyre. La société, qui était entrée en vigueur le 15 août précédent, durerait trois ans et ne pourrait être dissoute avant l’expiration de ce délai. Le Florentin avancerait les frais de l’affinage et prendrait à sa charge la nourriture et la boisson des deux autres et de leurs serviteurs. Finalement il assumerait la moitié de toutes les dépenses et aurait droit à la moitié du gain, ses associés s’en partageant l’autre moitié. Ces derniers ne pourraient travailler ni pour eux-mêmes ni pour d’autres. Ils s’installeraient à Montpellier ou ailleurs, là où ce serait le plus commode (Arch. de l’Hérault, II E 95, Arnaud Vitalis, n° 469, f° 96). Nous ignorons d’où venait le fer, mais nous savons qu’on tirait l’étain d’Angleterre (cf. C. Carrère, op. cit. t. I., p. 352 et 353, t. II p. 577). Les Allemands apportaient le laiton : pour une livraison de fil de laiton, 130 l.t. étaient dues à Johann Lietenguer, marchand de Bâle (5 janvier 1418) )Arch. de l’Hérault, II E 9E, Barthélémy Vitalis, n°455, f° 64).
41. On se référera notamment au travail d’Yves Jalabert, L’économie de Montpellier à la fin de la guerre de Cent ans, mémoire d’histoire du Moyen Age (dactylographié), Montpellier, 1968.
42. La décision du Conseil des vingt-quatre, réuni par les consuls, fut approuvée par le roi (Arch. munic. de Montpellier M. de Dainville, Inventaires et documents, t. VII, n°390, p. 59).
43. Des lettres royaux datées du Puy (29 avril 1439) accordaient cette taxe pour subvenir aux frais de la fonte de la grosse cloche de Notre-Dame des Tables (cf. supra et n° 38) et de l’érection d’une tour surmontée d’une horloge (Ibid., t. VI, n° 136, p. 71 et 72), elles furent renouvelées par des lettres de Montargis (24 juillet 1444) (A. Germain, Histoire du Commerce de Montpellier, Montpellier, 1861, t. II, pièce just. CCV, p. 365-367).
44. Pour un an à partir du 25 mars 1444 l’émolument de l’impôt sur les ventes de verdet fut affermé au prix de 130 l.t. au pellipier Jean Gautard : on levait 15 s. par quintal (Arch. munic. de Montpellier, B B 52, f° 26 v° et 27) L’année suivante Paul Dandrea eut l’émolument pour 134 l.t. (Ibid., f° 42). Le pellipier Guiraud Bessieyre à qui il échut pour l’exercice 1447-1448 le paya 168 l.t. (Ibid. B B 55). Cependant une pièce extraite d’un registre notarial – qui date vraisemblablement de 1444 – fixe le tarif à 15 s. 10 d. En 1446 un autre texte revient à 15 s. mais la même année il est aussi question d’un mouton d’or (Arch. munic. de Montpellier, M. de Dainvilie, Inventaires et documents, t. IX, n° 713, f° 30, p. 83).
45. Ce qui complique les choses, c’est que les tarifs étaient du même ordre de grandeur. En 1434, on levait un mouton d’or sur les sorties (Ibid., B B 49, f° 24 v°). D’autre part les comptes consulaires mentionnaient généralement sans précision les rémunérations de ceux qui tenaient les registres du verdet (Ibid., Inventaires et documents, t. VIII, nos 531, 534 et 535). Des lettres de Charles VII – qui sont sans doute de 1450 – concèdent pour dix ans un barrage : chaque quintal de verdet qui sortira de la ville ou de ses faubourgs paiera 15 s. et 2 d.t. (Ibid., B B, pièce extraite d’un notaire de 1460) (cf. L. Guiraud, Recherches et conclusions nouvelles sur le prétendu rôle de Jacques Cœur, 1900, p. 122-124).
46. C’est du 26 novembre 1432 que date la première lettre d’habitanage qui stipule qu’un nouvel habitant admis dans la communauté montpelliéraine ne sera pas dispensé de l’exita verdeti. Dans le registre qui la contient et qui couvre les années 1424-1442, cette mention est souvent reproduite. L’intrata vini pesait déjà sur ces nouveaux habitants quelque temps auparavant (Arch. munic. de Montpellier, B B 278).
47. A peu près comme les merciers, les canabassiers, originairement spécialisés dans le trafic du chanvre, du fil et des tissus de chanvre, se livraient à toutes sortes d’opérations commerciales. Certains d’entre eux comptaient parmi les négociants les plus actifs de la ville.
48. Il s’intéressait au fil, aux cordes et aux toiles, aux céréales, à l’huile d’olive (Arch. de l’Hérault, II E 95, Barthélémy Vitalis, nos 489, 490, 492 et 493). Il fut consul de mer en 1449 (cf. Regestre, f° 332).
49. Nous mentionnerons un laboureur qui se procure un quintal moins deux livres 3/4 de métal pour 9 écus (2 mai 1457) (Arch. de l’Hérault, Barthélémy Vitalis, n° 489, f° 20 v°) ; un fustier et sa jeune femme – mineure de vingt-cinq ans – s’obligent pour 9 écus, 5 s. et 5 d.t. représentant cent-deux livres de cuivre (9 mai) (Ibid., f° 27) la veuve d’un sabatier – ou cordonnier – et deux frères de son mari acquièrent la même quantité de métal pour 12 L. 5 s. (30 mai) (Ibid., f° 42 v°). Dans ces actes et les actes analogues des délais étaient accordés aux débiteurs qui pouvaient se libérer par des versements partiels.
50. Il achète un quintal pour 8 écus, 15 s. 10 d.t. (29 avril) (Ibid., f° 14 v°).
51. Il s’agit également d’un quintal, mais celui-ci vaut 12 l.t. (20 mai) (Ibid., f° 34 v°). On notera la Situation de Colombiers à peu près équidistant de Montpellier et de Lunel : une bégude marquait le relais (Arch. de Pézenas, inventaire Resseguier, ed. Berthelé, n° 309, f° 51 v°).
52. Il ne faut pas oublier que Marseille se trouvait, sur une des routes entre l’Allemagne et la Catalogne (cf. supra et n° 25).
53. Ils doivent 6 L. 6 s. 8 d.t. pour cinquante livres de cuivre (12 mai 1457) (Arch. de l’Hérault, II E 95, Barthélémy Vitalis, n° 489, f° 29).
54. Pour un quintal à eux livré par Pierre Périer ou par son serviteur Bernard Bacallier, les associés devront payer 9 écus (19 mai) (Ibid., f° 34).
55. Sur les achats considérables d’Andreu Joffre, cf. C. Carrère, op. cit. t. II, p. 562, n. 6 – Il fut consul de mer à Montpellier en 1456 (cf. Regestre, f° 343).
56. C’est ainsi qu’il traite avec un laboureur à qui il livre deux quintaux pour 16 écus (2 mai 1457) (Arch. de l’Hérault, II E 95, Barthélémy Vitalis, n° 489, f° 21), avec un chapelier qui reçoit cinq quintaux et deux livres pour 43 écus et 10 d.t. (5 mai) (Ibid., f° 24 v°) avec un mazelier de moutons qui lui doit 19 écus 3/4, prix de deux quintaux et quarante-sept livres de métal (12 mai) (Ibid., f° 29 v°).
57. Il se rencontre dans les actes notariés avec trois qualifications : on l’appelle parfois marchand, plus souvent canabassier, plus tard il est dit uniquement pélissier à ce titre, il est consul majeur en 1457 (cf. Regestre, f° 344). II vend des draps de Béziers et d’Angleterre, il fournit de la laine pour la fabrication de draps blancs, il acquiert la directe sur deux moulins bladiers et paroirs de Montferrier, il fait le commerce de l’huile d’olive, il perçoit les revenus de communautés ecclésiastiques. Il possédait à Montpellier deux maisons, l’une dans la rue droite de la Draperie rouge, l’autre dans la rue droite des Bains antiques – sans doute l’actuelle rue des Étuves (cf. les registres notariaux des Arch. de l’Hérault, II E 95, et des Arch. munic. de Montpellier, B B).
58. Arch. de l’Hérault, II E 95, Barthélémy Vitalis, n° 486, f° 61. A Montpellier même l’industrie drapière avait besoin de cuivre : un acte du 5 janvier 1454 faisait état de la fabrication de chaudrons « ad opus artis draparie et tincturarie » (Arch. munic. de Montpellier, B B, pièce extraite d’un notaire de 1454).
59. Chacun d’eux paierait les honoraires de son avocat, le débiteur ayant à sa charge toutes les écritures (Ibid., n° 492, fos 40 v° et 41).
60. La quittance fut dressée le 5avril 1455 (Ibid., n°488, f° 183).
61. Ibid., f° 162 v°.
62. C’est ainsi dans la décennie 1469-1478, sur une soixantaine de lettres d’admission dans la communauté montpelliéraine qui sont parvenues jusqu’à nous, trente-six comportent cette restriction à l’exemption temporaire d’impôts, qui était alors habituelle (Arch. munic. de Montpellier, BB, n° 269). Le 3 février 1500 des lettres patentes de Louis XII autorisaient les consuls de Montpellier à prélever pendant huit ans 20 s.t. par quintal de verdet sortant de la ville (Ibid., Inventaire et documents, t. VI, n°34, p. 48).
