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Description

Le verdet en Languedoc à l’Époque Moderne

Ghislaine FABRE (avec le concours d’André SIGNOLES)

Cette communication rend compte de l’un des aspects de l’enquête topographique menée par le Secrétariat Régional d’Inventaire dans le canton de Gignac, en 1976. Le lien entre Patrimoine artistique et vert-de-gris peut paraître ténu, cependant, nous trouvant confrontés à une découverte fortuite, de terrain, un complément de recherche nous sembla indispensable. En effet, dans la commune de Montpeyroux, le sous-sol de certaines demeures sélectionnées pour étude, parce que représentatives de l’architecture locale, conservait des installations de type artisanal servant autrefois à la fabrication du verdet. Il fut alors procédé à un relevé graphique et photographique de ces caves ; parallèlement, Monsieur André Signoles, chercheur à l’Inventaire Général, mena une enquête orale auprès des habitants les plus âgés de ce village où, bien que tardivement implantée, la fabrication du vert de gris ne cessa qu’à la veille de la première guerre mondiale.

L’abondance des documents d’archives concernant cette industrie nous a, par ailleurs, incités à réaliser une succincte étude historique sur le verdet en Languedoc à l’époque moderne. Les sources dépouillées nous renseignent essentiellement sur la fabrique montpelliéraine. La production de verdet apparaît au Moyen-âge dans cette ville qui en conserve jalousement le monopole jusqu’au milieu du XVIIe siècle, époque où on la voit essaimer dans plusieurs localités voisines. Nous examinerons successivement la technique utilisée, la réglementation progressivement imposée et l’importance socio-économique du verdet à Montpellier et dans ses environs.

Recette du bon verdet

Trois traits caractérisent l’industrie du verdet elle se développe en milieu urbain, c’est une activité domestique et sa main-d’œuvre est presque exclusivement féminine. Cette fabrication n’exigeait en effet ni d’énormes investissements, ni des équipements importants. Elle se faisait dans la cave de la maison, à partir de cuivre, de vin – ou plutôt de vinasse – et de rafles de raisin. Le cuivre était importé de Suède, d’Allemagne et de Suisse. Vers 1734, la fabrique utilisait également du cuivre de Salé, meilleur marché que celui de Hambourg mais de moindre qualité. Au milieu du XVIIIe siècle, Trudaine envoya à l’inspecteur de la fabrique du verdet à Montpellier, des instructions l’enjoignant à encourager l’emploi du cuivre des mines de Saint-Bel, près de Lyon. En 1765, l’inspecteur Gabelier dresse un bilan positif de son intervention en ce sens auprès des fabricants : « il a été vendu aux particuliers de la fabrique pendant les mois de janvier et février derniers, 674 quintaux montant à 87.620 livres scavoir 337 quintaux par le Sr. Jard de celuy des mines de St Bel et 337 quintaux d’Hambourg ou de Suisse par les autres négociants de cette ville. » L’autre ingrédient indispensable de la recette du verdet était les rafles de raisin que l’on devait laisser plusieurs jours macérer dans du vin. « Le plus fumeux est le meilleur », note le Chevalier de Laurès plus méchant, Félix Flatter écrit qu’à Montpellier le vin « passe difficilement l’année sans aigrir. Lorsqu’il est tourné on l’emploie à faire des spongies. » L’oxydation du cuivre se faisait dans des vases en terre cuite, non vernissés, spécialité des potiers de Saint-Jean de Fos, et qu’on appelait des oules. On les entreposait dans les caves des demeures. Le cuivre, importé sous forme de plaques de quatre à six livres était traité dans les moulins, les martinets, de Saint-Guilhem-le-Désert, afin d’en tirer des lames de deux à quatre onces « auscquelles les chauderonniers donnent en les coupant différentes figures… très utiles pour l’arrangement des lames dans les vases. » Sur un support de bois placé dans l’oule, l’on superposait des […]

Informations complémentaires

Année de publication

1981

Nombre de pages

10

Auteur(s)

André SIGNOLES, Ghislaine FABRE

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf