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Description

Le château de Lunel-Viel, domaine viticole.
Histoire, cadre de vie et gestion : 1843-1987

Près du château, le jacquemart égrène toujours les heures (cliché Cl. Raynaud).

Près du château, le jacquemart égrène toujours les heures (cliché Cl. Raynaud).

D’où qu’il vienne, le voyageur l’aperçoit de loin, bien avant de voir les maisons qui l’entourent : massive, couronnée de mâchicoulis, la tour surplombe le village de Lunel-Viel . Sur un cliché du début du XXe siècle, un autre monument domine les villageois qui posent devant la chambre photographique : l’orangerie du château. Bordant la route nationale, l’édifice capte le regard par sa masse autant que par l’opulence de son décor (fig. 2). Ainsi le château marque-t-il son emprise sur le paysage : où que l’on soit, à quelque hauteur que porte le regard, ce contraste s’impose. Contraste topographique ?, point, nous sommes dans la plaine. Héritage médiéval ?, moins encore, le château fut construit au XVIIe siècle et resta longtemps une demeure villageoise, spacieuse certes mais sans ostentation. C’est à la conjonction d’une ambition, celle de Paul Manse (1838-1896), et du déploiement de la viticulture de masse, que l’on doit cet héritage architectural, marquant le succès d’un modèle socio-économique de la seconde moitié du XIXe siècle : le domaine viticole.

Phénomène majeur de l’économie méridionale sous le Second Empire et le début de la IIIe République, la monoculture de la vigne produisit, on le sait, une prospérité subite dans les campagnes, source d’enrichissement pour les grands propriétaires. Ainsi les paysages languedociens reçurent-ils une nouvelle parure, des châteaux dans la construction desquels furent investis les confortables profits du vignoble. Le phénomène marqua particulièrement et marque encore les campagnes Biterroises et Narbonnaises, régions aux cent châteaux dont C. Ferras a dressé la typologie (Ferras 1989).

Sans être dépourvu de ces monuments, le Languedoc oriental (Gard et arrondissement de Montpellier) ne supporte pas la comparaison avec la région voisine. Les châteaux viticoles y sont moins nombreux et généralement plus discrets. À cela il y a une raison principale, toute simple et radicale à la fois : la prospérité du vignoble s’est trouvée stoppée par la propagation du phylloxéra entre les années 1865 et 1870. Apparu dans la bordure rhodanienne du Gard, l’insecte se déploya lentement d’est en ouest : du Nîmois au Montpelliérais les régions atteintes virent tarir leurs récoltes, tandis que les régions plus occidentales bénéficiaient d’un sursis de cinq à dix ans qu’elles mirent à profit en occupant les parts de marché ainsi libérées ! De là des effets cumulés : des bénéfices encore accrus et un rétablissement plus prompt pour la viticulture biterroise car lorsque le phylloxéra atteignit le Languedoc occidental, le fléau était en passe d’être jugulé à force de recherches. À ce facteur conjoncturel ajoutons un trait structurel, la répartition foncière jouant en faveur des grands propriétaires à l’ouest, tandis que la propriété restait plus morcelée à l’est. De ce fait, les moyens furent sensiblement moindres et moins concentrés en Languedoc oriental, d’où une marge d’initiative plus limitée ; plutôt que de construire denouveaux châteaux, les propriétaires de domaines prirent généralement option d’embellir de vieilles demeures. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2011

Nombre de pages

17

Auteur(s)

Claude RAYNAUD, Isabelle CELLIER

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf