Entre plaine littorale et palus lagunaires, le territoire de Saint-Nazaire-de-Pézan occupe un espace deltaïque aux sols hydromorphes, entre 1 et 3 mètres au-dessus du niveau de la mer. C’est dire si l’eau et la terre s’y trouvent intimement liées, dans un paysage parcouru de cours d’eau et de fossés de drainage (fig. 1). Deux tiers en plaine, un tiers en marais, cela donne une palette agrologique assez contrastée entre terrains agricoles et parcours de troupeaux. C’est l’élevage qui l’emporta longtemps, sur des pâturages partagés entre la baronnie de Lunel et le chapitre de Maguelone. Cette activité maintint une faible densité de peuplement, faiblesse entretenue et aggravée par le contexte lagunaire dont les fièvres décimaient régulièrement la population, jusqu’aux dernières décennies du XIXe siècle (fig. 2). Autant dire que cette petite communauté, attestée dans les textes et par l’archéologie depuis le IXe siècle, est longtemps restée sous la menace de la désertion. Le village comptait trois feux en 1560, soit une quinzaine de personnes, après que les conflits religieux se soient ajoutés à la mortalité fébrile. Saint-Nazaire se maintint néanmoins, gardant sa population groupée autour de son église : l’habitat dispersé reste rare et se développe seulement au XIXe siècle avec le mas du Grès et le mas Neuf. Saint-Nazaire est restée à ce jour l’une des plus petites communautés de la plaine montpelliéraine.

Saint-Nazaire-de-Pézan entre plaine et palus
Fig. 1 Saint-Nazaire-de-Pézan entre plaine et palus. Le village ancien occupe le premier plan autour de son clocher ; à gauche, à l'écart dans son parc arboré, le « château » bâti en 1868. Entre village et château se distinguent les bâtiments allongés des caves privées de la fin du XIXe siècle. Au second plan les lotissements. Viennent ensuite les cultures, quelques hectares de vigne mais surtout céréales et maraîchages. À l'arrière-plan commencent les palus de l'étang de l'Or (cliché : CC Pays de Lunel).
La surmortalité des fièvres littorales à la fin du XIXe siècle
Fig. 2 La surmortalité des fièvres littorales à la fin du XIXe siècle d'après la Nouvelle Géographie Universelle d'E. Reclus (Paris 1883, p. 265).

Vivrière et pastorale, l’économie locale laissait peu de place à la vigne, jusqu’à ce que la révolution viticole n’impose un basculement au milieu du XIXe siècle. C’est ce basculement, puis les transformations induites sur la société villageoise, que nous allons suivre à travers les préoccupations des édiles locaux. Protection des récoltes, calamités naturelles, aménagement des chemins, problèmes d’hygiène, organisation du travail et solidarité sociale, d’autres thèmes encore affleurent au fil des pages des registres des délibérations municipales. Décisions, emprunts, vœux, protestations, c’est presque au jour le jour, au plus près de la vie locale, que nous proposons de suivre cette histoire viticole, dans le miroir tendu par les villageois. Événements locaux ou écho de lointaines décisions, la vie municipale est peut-être moins étroitement corsetée qu’on ne le pense souvent.

Entre chronique et histoire, nos commentaires volontairement sobres et concis, proposent de remettre ces éclats de vie dans leur contexte régional ou national. Mais auparavant, prenons quelques repères sur ces deux situations qui s’opposent, l’économie vivrière avant la Révolution d’une part, le démarrage de la viticulture de masse vers 1850 d’autre part.

1. Le pastoralisme dominant avant la révolution

Sept feux en 1660, vingt en 1798 : entre 50 et 100 habitants, voilà la marge longtemps incertaine dans laquelle se tint le village jusqu’aux années 1830 (fig. 3). Cas banal, que connurent bien d’autres communautés rurales de la France préindustrielle, de ces agrégats humains qu’une fièvre ou une épidémie pouvait emporter, ou plus simplement la décision de rejoindre un village voisin plus solide, mieux inséré dans le réseau. Ainsi choisirent de quitter leur hameau les habitants de Montels, pour s’établir à Lunel-Viel, en 1791.

La population de Saint-Nazaire depuis 1690
Fig. 3 La population de Saint-Nazaire depuis 1690 (doc. Cl. Raynaud).

La mise en valeur agricole nécessitait une main-d’œuvre dont on ne disposait pas toujours à Saint-Nazaire et qu’il fallait embaucher dans les communautés voisines, à un coût supérieur à celui des ouvriers locaux. Céréales, foins et luzernes occupaient l’essentiel du finage, laissant 13,5 ha à la vigne selon le compoix dressé en 1761 et conservé aux archives municipales. Après les guerres révolutionnaires et plus encore le blocus continental de l’Empire, qui avaient gravement perturbé les routes commerciales, la Restauration a vu se rouvrir de nombreux débouchés au négoce. Frémissement à Saint-Nazaire, la surface du vignoble a doublé en 1819 : 26 ha, mais cela reste bien bas

L’élan pourtant est donné, il intéresse particulièrement les négociants et distillateurs de Lunel qui ne sont jamais très loin de la terre, placement le plus sûr à l’époque. De nouveaux alambics, mis au point notamment par le distillateur Rouët, améliorent les performances de leurs entreprises. Fait emblématique de cette prospérité retrouvée, dans les années 1830 on instaure à Lunel une foire annuelle le 28 novembre et plusieurs marchés hebdomadaires des vins et eau-de-vie. La commune de Saint-Nazaire, longtemps laissée pour compte en raison des problèmes évoqués, est la proie des Lunellois Boulet-Just, Ménard, Bastide, du notaire Raffin, qui se constituent des domaines fonciers. Les plus notables sont ceux des frères Jacques et Auguste Héraud, sur lequel sera construit le « château » en 1868, et de Martin-Bouchet, propriétaire du mas du Grès.

Le vignoble s’étend rapidement jusqu’à ravir le premier rang aux céréales qui en 1850 n’occupent plus que 132 ha contre 198 pour la vigne! Dès la fin des années 1840 et surtout sous le second Empire, un investissement considérable est réalisé dans la plantation de la vigne, la construction de cuves de fermentation, l’acquisition de futailles et de matériel de charroi.

Conséquence de l’essor viticole, on observe alors un soin particulier à l’amélioration des voies de communication, chemins d’abord puis chemin de fer dans les années 1840. De cet effort national de désenclavement des campagnes, mis en lumière par E. Weber (1983), les préoccupations municipales, nous le verrons, se font largement l’écho.

Au total, les grandes exploitations emploient jusqu’à 90 ouvriers, hommes et femmes venus principalement de Saint-Just et de Lunel car la population du village n’y suffit pas ! L’essor du vignoble entraîne celui de la population locale, qui demeure pourtant modeste : l’effectif passe de 100 à 200 habitants en quarante ans, de 1830 à 1870. C’est que les fièvres persistent et entretiennent une forte mortalité infantile, dans des conditions d’insalubrité que l’on ne saura combattre que durant les dernières années du siècle, avec le développement de la médecine pastorienne.

2. La viticulture en 1852 d'après l'enquête pour la statistique agricole

Le questionnaire pour la statistique quinquennale de 1852, brochure imprimée de 40 pages, à l’usage des maires, constitue un précieux jalon pour suivre l’évolution de l’agriculture en ce milieu de siècle. Ressources, équipements, main-d’œuvre…, tout y est minutieusement compté et pesé.

On y apprend que la vigne couvre 198 ha, soit près de 60 % de la surface agricole disponible (344 ha). Ce vignoble est intégralement voué à la production de vin rouge, à partir des seuls cépages Aramon et Terret, gros producteurs qui donnent en moyenne 98 hl à l’hectare 1. Cette production record obéit aux plus stricts critères de rapport. Une fois cueilli, le raisin est transporté au village où ‘attendent quelques cuves semi-enterrées. Il est répandu sur un plancher à claire-voie où il est foulé aux pieds puis jeté dans la cuve où il fermente. Sitôt soutirée, la récolte est intégralement distillée sur place par les propriétaires et l’alcool stocké dans des barriques. C’est bien de viticulture que l’on parle, dans la droite tradition du XVIIIe siècle : le vin n’est pas fait pour être bu, ou si peu C’est seulement dans les années 1860 que le vin trouvera ses débouchés, sans pour autant gagner en qualité. La distillation deviendra alors un expédient utilisé en période de surproduction et de mévente.

Une main-d’œuvre abondante est nécessaire car six propriétaires seulement cultivent eux-mêmes leur exploitation, douze autres employant des ouvriers. Hommes, femmes et enfants, toute la population est au travail pour des salaires journaliers de 1,75 F les hommes, 0,75 F les femmes et 0,60 F les enfants. La population villageoise restant modeste, la majorité des ouvriers viennent comme par le passé des villages voisins. Ces salaires sont augmentés d’un tiers durant les récoltes, moissons et surtout vendanges qui provoquent un afflux de personnel, une centaine d’hommes et plus encore de femmes, la plupart de Lunel et Saint-Just. Très détaillée, la notice statistique donne le coût journalier des différents travaux, depuis la fumure jusqu’au transport de la récolte ou la location des cuves et les impositions. Cela permet de calculer, en année moyenne, le coût d’exploitation d’un hectare de vigne qui s’élève à 342 F, laissant un bénéfice net de 48 F.

Si profondément engagée dans la monoculture de la vigne, la commune de Saint-Nazaire est durement touchée par la destruction du vignoble par le phylloxéra au début des années 1870. Avant que l’on ne procède à la reconstitution du vignoble avec des plants américains, au début de la décennie suivante, les villageois les plus modestes survivent dans des conditions misérables, puisant quelques ressources dans la nature, grâce à la pêche, la chasse et le jardinage. La reconstitution, bien engagée dès la fin des années 1870, procure du travail aux nécessiteux car on replante des dizaines d’hectares, énorme investissement qui s’élève jusqu’à 1 300 F l’hectare. Les propriétaires disposaient toutefois des capitaux nécessaires puisque le vignoble atteint 250 ha en 1889. Après une décennie creuse, les prix sont à nouveau au plus haut et ceux qui disposent des capitaux de départ encaissent chaque année de substantiels dividendes. À preuve, la modernisation des exploitations qui se dotent de grands chais dans les années 1880. On observe aussi une nette évolution dans la force de travail : de lourds et puissants chevaux de trait remplacent avantageusement les bœufs et les mules.

3. Les délibérations municipales et l'activité viticole

Les archives municipales conservent douze registres de délibérations du conseil de 1800 à nos jours. Un seul registre du XVIIIe siècle nous est parvenu ; il couvre les années 1745 à 1764. Les autres ont été démembrés mais de nombreuses épaves subsistent qui permettent de suivre l’essentiel des préoccupations locales. Nous avons dépouillé les registres et retenu les décisions ou délibérations portant sur l’activité viticole ou sur une activité voisine, susceptibles d’éclairer l’évolution des préoccupations de la municipalité.

Certes, cette institution locale fut longtemps tenue par des notables, grands propriétaires pour la plupart, dont l’opinion ne saurait être tenue pour l’opinion commune. C’est surtout vrai pour les XVIIIe et XIXe siècles, alors que le mode d’élection, par cooptation ou censitaire, reposait principalement sur la fortune. Les conseils municipaux se démocratisent plus nettement après les débuts de la IIIe République et particulièrement après la Grande Guerre. Cette « démocratisation » du pouvoir au village se fait jour à travers les sujets de discussion, de plus en plus sociaux lorsque l’on avance dans le temps.

Les citations des registres sont données en italique. Vient ensuite, autant que nécessaire, un bref commentaire en caractères courants destiné à éclairer le contexte de la décision municipale.

Timides débuts de La viticulture

1749

18 juillet :.., il vient dans tout le terroir une quantité de braconniers des villages circonvoisins au dit lieu avec des fusils et que sous ce prétexte amènent plusieurs chiens, entrent et ravagent toutes les vignes, et lorsqu’ils ne trouvent aucun gibier, ils s’en prennent aux pigeons, dindons et volailles, et comme il convient de remédier à une pareille entreprise requiert de délibérer.

1756

27 décembre : Nous Raymond Amyer, conseiller auditeur en la chambre des Comptes de Montpellier y habitant déclarons avoir fait arracher au mois de janvier dernier une terre vieille vigne située dans le terroir et taillable de la communauté de Saint-Nazaire. Contenance d’une céterée et demy ou environ (40 ares)… laquelle dite vieille vigne et terre nous faisons replanter actuellement et avons transcrit la présente déclaration dans le registre (des délibérations) pour nous servir en cas de besoin…

Cette décision s’éclaire si l’on rappelle qu’en 1731 un édit royal avait interdit toute plantation nouvelle de vigne pour préserver les cultures de céréales, dans un contexte de pénurie alimentaire. Les contrevenants étaient soumis à de lourdes amendes. C’est pour cette raison que le sieur Amyer précise que la plantation de 1756 fait suite à l’arrachage d’une vieille vigne, le terrain conservant son droit de plantation.

Les vignerons obtinrent cependant une dérogation en 1737 lorsque l’intendant de Languedoc autorisa les plantations sous certaines conditions, dans les sols pauvres où les grains ne donnaient rien. Débordé par la progression du vignoble, l’Intendant de Languedoc abrogea en 1759 l’arrêt de 1731 : « chacun pouvait, désormais, user de son fonds de la manière qu’il jugerait la plus convenable à ses intérêts ». Le libéralisme économique ouvrait la voie au développement du vignoble.

1761

1er février : approbation par le conseil de l’estimette du compoix, document préalable à la rédaction du registre. Celui-ci nous est parvenu et permet de mesurer la place de la vigne sur le terroir où elle couvre environ 13 hectares.

1767

20 septembre :… ledit consul a dit à l’assemblée que la gelée blanche qu’il tomba la nuit de la seconde fête de Pâques dernière a tué presque tous les raisins et même partie des souches, qu’il convient de nommer deux habitants pour vérifier les dits dommages

20 octobre : arrêt du Conseil du roi portant qu’il sera payé vingt sols de chaque muid (tonneau de 700 litres) de vin qui se recueillera dans chaque communauté de la province

Cette imposition n’était pas trop lourde, la vigne couvrant seulement 13 ha sur le territoire de Saint- Nazaire.

1777

20 mai : le conseil déplore la gelée blanche détruisant la récolte et même des ceps.

1791

17 janvier : le maire déplore que des mal intentionnés ont arraché dans la nuit une vigne de lui plantée depuis environ un mois.

Vers 1810

Sans date : total par nature de cultures : 306 ha de terres labourables, 207 ha de pâtures et marais, 26 ha de vignes.

Une obsession : se connecter aux réseaux

1840

9 février : Monsieur le maire propose au conseil d’émettre un vœu favorable à l’établissement de la ligne de chemin de fer (de Nîmes à Montpellier) demandée par la chambre de commerce de Montpellier.

10 juin : …l’air qu’on y respire est mal sain et insalubre à cause de la mal propreté des rues et par le séjour des vinasses qui croupissent et forment en été plusieurs foyers d’infection… En conséquence de quoi le conseil décide de prendre un arrêté pour obliger les propriétaires des fabriques à conduire leurs vinasses jusqu’au dehors du village sous des aqueducs couverts pour les faire arriver au Dardailhon.

Plus loin le maire propose de : doubler la prestation en nature pour les charrois ; d’établir un cantonnier annuel pour travailler sans relâche aux susdits chemins… Avec la question du chemin de fer traitée le 9 février, l’aménagement et l’entretien des chemins reste tout au long du XIXe siècle l’une des préoccupations majeures des élus locaux et départementaux, et l’un des plus lourds postes budgétaires. Enclavées, peu reliées, les campagnes françaises sortent de siècles d’économie d’autoconsommation. Les spécialisations monoculturales (et pas seulement celle de la vigne qui n’est qu’un aspect de la révolution agricole) imposent l’accès au marché et entraînent d’incessants transports et déplacements. Le phénomène est analysé par Eugen Weber sous le titre évocateur « Des routes, encore des routes et toujours des routes » (1983, 285-321).

1843

16 juillet : le conseil refuse de contribuer à la création d’un chemin de fer à grande communication de Saint-Mathieu-de-Tréviers à Sommières et à Lunel-Viel… /… au motif qu’il ne se produit qu’une seule récolte qui est celle du vin, mais ce vin est d’une qualité si inférieure que les propriétaires ne le livrent que pour être converti en 3/6. Lisons entre les lignes : la construction de cette ligne ne s’impose pas aux habitants de Saint-Nazaire dont la production, convertie en alcool, ne représente qu’un faible volume à forte valeur, aisément transportable en barque jusqu’au port de Lunel ou de Saint-Just. Le transport fluvio-lagunaire restait compétitif jusqu’aux années 1880 et drainait une large part de la production régionale jusqu’au port maritime de Sète.

1845

28 juillet : le conseil municipal de Marsillargues… demande l’établissement de deux foires, l’une en mai l’autre début septembre. Le conseil de Saint-Nazaire y est d’autant plus favorable que les propriétaires notables de Saint-Nazaire vivent à Lunel où ils exercent pour la plupart une activité de négoce et/ou de distillation.

1852

L’enquête de la préfecture pour la statistique agricole dresse un tableau très complet de la répartition des cultures (voir notre introduction).

Date non mentionnée : brouillon d’une lettre au Ministre de l’Agriculture déplorant les ravages de l’oïdium, qui a détruit la quasi-totalité des récoltes de vin qui s’élevaient en 1839 et 1840 autour de 5000 hl d’alcool 3/6, et la moyenne des récoltes de dix années a été de 4500 hl tandis que la récolte dernière et celle de cette année (1851 et 1852) n’atteindront pas le misérable chiffre de 54 hl, c’est-à-dire 1/92 d’une récolte ordinaire. Le maire demande au ministre de faire accorder à leur commune un secours quelconque ou dégrèvement de l’impôt foncier. Si ravageur lors de son apparition, l’oïdium sera rapidement et efficacement combattu par le soufrage des vignes au printemps.

1854

7 mai : le conseil décide de mettre en afferme tous les marais communaux de Saint-Nazaire, pour 9 ans en 7 lots. Ces marais communaux offraient 34 ha de roselière que l’on fauchait pour la nourriture des chevaux, l’extension du vignoble ayant supplanté les prés de fauche et les fourrages. Les roseaux, de médiocre valeur alimentaire, étaient associés à des fourrages achetés en Crau.

1856

26 août : lettre du préfet demandant l’avis du conseil au sujet du changement du lundi au mardi du marché des vins et eau-de-vie, à Lunel.

1858

15 septembre : lettre du préfet au sujet de l’organisation du grappillage. L’entrée des troupeaux dans les terres et vignes ne sera permise qu’après l’opération du glanage et du grappillage

22 décembre : autorisation de préfet pour Henri Héraud de faire fonctionner la distillerie de 316 qu’il exploite dans la commune de Saint-Nazaire-de-Pézan.

1859

9 mars : nouvelle autorisation de distiller pour Henri Héraud ; autorisation d’établir une distillerie de 3/6 accordée à Louis Boulet.

27 juillet : autorisation à continuer de distiller accordée à Émile Raffin, avocat (puis notaire) à Lunel. Ces autorisations à distiller pointent la persistance de l’ancienne économie viticole qui, faute de débouchés rapides pour les petits vins, reposait principalement sur la vente des eaux-de-vie. La première décennie du Second Empire est une phase de transition entre la viticulture traditionnelle et la viticulture industrielle.

1861

10 février : le maire expose le projet d’une ligne de chemin de fer intermédiaire partant d’Aigues-Mortes à Aigues-Vives. Le conseil émet le vœu que cette ligne de chemin de fer vienne aboutir à Lunel.

Sage précaution, et qui ne relève pas d’un chauvinisme simpliste. Lors du développement du réseau ferré, la connexion était vitale pour l’économie rurale. On ne saurait voir béatement le réseau ferré comme un facteur de développement universel car le contraire s’est parfois produit en réalité. Enrichissant les villes et villages qui possédaient une station, la construction des chemins de fer drainait des capitaux considérables dont une part était prise sur les budgets jusqu’alors consacrés aux routes. La voie ferrée créait de ce fait un développement à deux vitesses, essor vigoureux pour les territoires traversés, stagnation ou déclin pour les territoires éloignés de plus de 15 km et dépourvus de gare (Weber : 1983, 287-288 et 300).

1862

7 février : avis du conseil sur un chemin de fer traversant le département de l’Hérault de Millau à Lodève, Montpellier puis Cette… vu qu’un encombrement très préjudiciable de nos produits s’est manifesté sur le chemin de la Méditerranée à cause de l’insuffisance des moyens de communication avec les contrées centrales… encombrement qu’explique le développement rapide du commerce de Marseille qui ne possède qu’un chemin de fer pour exporter nos immenses productions.

19 septembre : enquête du préfet sur l’avant-projet de création par la Compagnie du Midi d’une ligne de chemin de fer Sète-Marseille par Lunel, Saint-Gilles et Arles.

1864

23 octobre : protestation du conseil contre le non-respect des engagements de la Compagnie de la Méditerranée au sujet du projet de voie d’Aigues-Mortes à raccorder à Nîmes, alors que ce devait être à Lunel. Le conseil en appelle à l’arbitrage de l’Empereur. Encore le souci de la connexion au réseau. De par sa situation géographique littorale, peut-être aussi du fait de la vigilance des élus locaux, le Lunellois disposait dès les années 1870 d’une excellente connexion ferrée avec deux lignes dans le sens est-ouest et six gares ou stations pour treize communes (fig. 4).

Saint-Nazaire et les voies de communication
Fig. 4 Saint-Nazaire et les voies de communication. Le canal de Lunel offrait une voie à travers les lagunes jusqu'au canal du Rhône à Sète ; les habitants de Saint-Nazaire y accédaient par le port de Saint-Just, deux kilomètres au nord du village. L'accès au réseau ferré se faisait par les gares de Lunel et Lunel-Viel.

1865

12 juillet : approbation du conseil au projet de la ville de Castries d’organiser deux foires. Deux foires de plus : tout est bon pour vendre le vin !

27 septembre : lettre du maire de Lunel sur la nécessité d’informer le préfet que : vous avez installé une ambulance pour les étrangers qui, arrivés pour faire les vendanges, tombent frappés par le mal… Ici la population commence à s’alarmer de voir arriver et mourir à l’hôpital, de (les) cholériques. Les vendanges attiraient une abondante main-d’œuvre saisonnière, cette année-là porteuse du choléra. Près du tiers de la population villageoise fut emportée par l’épidémie.

1867

9 juin : vote d’une imposition extraordinaire de 1 000 F en deux ans pour achever le chemin vicinal n° 4, chemin du Mas du Grès. Monsieur Servière, propriétaire de ce mas, offre 500 F pour achever ce chemin. Toujours la préoccupation des chemins pour transporter la vendange jusqu’à la cave puis pour la commercialiser. L’intérêt privé rejoint ici l’intérêt collectif.

1868

19 janvier : sur invitation du préfet, le conseil vote une somme de 200 F pour employer les nécessiteux aux travaux d’utilité communale sur les chemins ruraux.

1872

29 septembre : soutien du conseil au projet d’une ligne de chemin de fer Sète, Pérols, Mauguio, Lansargues, Candillargues, Saint-Just, Saint-Nazaire, considérant que l’établissement d’un chemin de fer passant dans notre commune et nous desservant par une gare assez rapprochée du village serait d’une grande utilité pour notre commune dans laquelle il se récolte annuellement 60 000 hl de vin qu’on est obligé de transporter sur des charrettes. La commune s’engage à subventionner le projet si la ligne passe directement près de Saint-Nazaire.

4 décembre : le conseil estime que l’installation d’une horloge dans le clocher est indispensable, vu l’important vignoble de la commune beaucoup d’ouvriers y travaillent. La viticulture de masse introduit une ample mutation psychosociologique, elle annonce le triomphe de la technique sur la nature… Désormais, comme tout ce que l’on peut mesurer, le temps est compté, les horloges sont partout : « le temps, c’est de l’argent »…

7 décembre : nouvelle délibération sur le projet de ligne Sète-Aigues-Mortes, le conseil regrette que le tracé passe à 4 km du village et rejette ce projet.

Le phylloxéra impose des mesures contre La pauvreté

1874

12 avril : sur arrêté du préfet, le conseil reconnaît en séance extraordinaire l’utilité du canal d’irrigation dérivé du Rhône. Considérant en particulier que la vigne qui forme l’exploitation la plus importante du Midi et qui est la seule source de notre richesse est menacée dans un avenir prochain d’une ruine complète par la maladie du phylloxéra qui l’envahit de tous côtés et qu’une submersion totale par l’eau du canal pourrait la préserver de cette destruction ce moyen curatif étant jusqu’à ce jour reconnu le seul efficace. Certains esprits songeaient aussi à la possibilité de cultures irriguées, fruits et maraîchages, afin de diversifier la production régionale. Cela resta longtemps un rêve de visionnaire jusqu’à la création du Canal du Bas Rhône Languedoc dans les années 1960.

1875

6 juin : diminution de la mise à prix pour l’affermage des lots de marais communaux, par carence d’offre à l’adjudication : quatre lots sur quinze seulement trouvent preneurs. Cette situation dénote un manque de moyens, au plus fort de la crise du phylloxéra.

7 juillet : nouvelle adjudication le 20 juin et toujours pas de preneur pour les lots restants.

1876

9 mai : le phylloxéra ayant complètement ravagé les vignes de la commune, la récolte en céréales qui les autres années était presque nulle sera cette année d’une grande importance. Que par ce fait la récolte en vin sera cette année sinon nulle d’une importance bien médiocre. En conséquence le conseil demande au préfet d’autoriser l’instituteur à donner vingt jours de vacances à ses élèves pendant le mois de juillet afin que les enfants puissent aider leurs parents aux travaux de la moisson, et dix jours dans le courant du mois de septembre pour les courts travaux des vendanges. Le vignoble étant anéanti, les céréales ont aussitôt repris leur ancienne importance sur ce terroir humide qui pouvait, contrairement aux coteaux, porter de belles récoltes de grains.

1878

10 février : le conseil émet le vœu que soit déclaré d’utilité publique le projet Dumont de creuser le canal du Rhône, pour l’irrigation et pour remédier aux ravages du phylloxéra par l’immersion des vignes.

3 mars : Monsieur le receveur municipal, faute de ressources suffisantes, se voit forcé de refuser le paiement des mandats délivrés jusqu’à ce jour, que pour remédier à cet état de choses il serait bon de mettre en adjudication dans un délai rapproché la ferme de tous les marais communaux… Les récoltes ayant été détruites par le phylloxéra, la commune se trouve privée de la recette des impôts locaux. La démographie du village répercute la crise viticole en marquant une chute brutale de 200 habitants à la fin des années 1860, la population chute à 135 dans les années 1880 et ne retrouve le niveau de 1860 qu’après 1910. Émigration, maladie, malthusianisme ?

1880

16 février : l’agent Voyer signale qu’il importe de procurer au plus tôt du travail aux ouvriers de la commune qui en manquent depuis si longtemps… Plus de vigne, plus de travail, car les céréales ne demandent pas beaucoup de main-d’œuvre.

1er août : le conseil considérant qu’il importe de secourir efficacement l’infortune des pauvres ouvriers de la campagne qui n’ont pas de travail pendant la mauvaise saison, considérant en outre que les chemins ruraux sont en certaines parties de leur parcours presque impraticables, vote un crédit de 600 F pour l’ouverture d’un atelier de charité pour les chômeurs.

1881

13 février : nouveau vœu pour la réalisation sans retard du canal du Rhône; le projet Dumont, plébiscité par tous les élus et les populations concernées, traîna durant deux décennies et ne fut jamais réalisé.

1885

19 avril : vote sur le nettoyage à vieux fonds et à vieux bords du ruisseau du Dardailhon et du fossé dit de la Laune… permettant aux habitants d’aller à Aigues-Mortes et au Grau-du-Roi où ils ont des vignes dans les Sables… Les ouvriers pourront aussi aller travailler dans lesdites vignes à l’époque des mortes saisons qui malheureusement sont assez fréquentes dans notre localité… Cette délibération insiste sur la plantation d’un nouveau vignoble dans les sables du cordon littoral, où le phylloxéra ne peut se développer.

1887

19 mai : vote de 100 F de crédits aux ateliers de charité, pour le creusement de fossés. Demande de creusement de fossés pour l’écoulement des eaux et de classement du chemin du Christoulet qui est en très mauvais état vu le grand nombre de vignes qui l’avoisinent. Aussi les ornières sont-elles profondes et les fondrières nombreuses. C’est ce qui a donné suite à un grand nombre d’accidents.

10 juillet : le maire expose qu’il serait urgent de procéder au curage du Dardailhon et du fossé de la Laune. Il propose au conseil de rectifier sur le budget primitif l’imposition extraordinaire de 800 F et de la réduire à 400 F. Les 400 F supprimés seront pris sur le montant des marais, lequel a dépassé de beaucoup les espérances du conseil. Il faut lire entre les lignes cette rectification budgétaire qui signale qu’après la reconstitution du vignoble, la prospérité revenant, la location des marais pour le fauchage des roseaux ne pose plus de problème: les exploitations tournent à plein régime et les chevaux ont faim !

1888

12 février : adhésion du conseil municipal aux vœux du Conseil Général de l’Hérault sur la protection des vins français et des soieries, nécessité que les droits sur les raisins secs, produits similaires, pouvant servir à la fabrication des vins, soient élevés à 50 F par 100 kg… ; que les vins de raisins secs soient exclus du tarif conventionnel…; que les vins fabriqués avec des raisins secs ou avec des produits similaires ne puissent circuler en France qu’accompagnés d’acquis spéciaux. Suite à un traité commercial avec l’Italie, les vins fabriqués envahissent le marché et font chuter les prix.

1889

20 mai : le conseil demande la création d’un bureau de tabac régie, considérant que :

  1. La surface vinicole est de 250 ha de la commune et tend à croître, et qu’il s’y ajoute 85 ha du Grès et autres campagnes des communes voisines mais dont la vendange s’enferme dans les caves de Saint-Nazaire, ce qui fait environ 330 ha producteurs de vin qui relèveraient de la régie de Saint-Nazaire.
  2. La dépense annuelle du tabac, grâce à une population flottante de 60 vignerons peut être évaluée approximativement à 3000 F par an, dépense qui va s’accroître en raison des progrès de la vigne et des bras que celle-ci réclame.

La régie fiscale réglait les formalités et prélevait les taxes sur la vente du vin et des alcools. S’y ajoutait la vente du tabac, elle aussi étroitement encadrée par les services fiscaux.

1890

11 mai : vœu du conseil pour accélérer le creusement du canal du Rhône pour lutter contre les vins falsifiés mais aussi développer par l’irrigation les productions du Midi.

22 juillet : le conseil approuve le rapport de l’agent Voyer sur le nouveau classement des chemins et souhaite y ajouter le chemin de Saint-Nazaire à Lunel par les Passes (nom d’un pont remplaçant un ancien passage à gué) qui dessert le port de Saint-Just et sert à acheminer par le canal de Lunel les blés, les vins (de 35 à 40 000 hl par an) vers Beaucaire, Aigues-Mortes et Sète (fig. 5).

1891

3 mai : le conseil émet le vœu.., qu’une gare de marchandises soit établie à la station de Lunel-Viel dans les plus brefs délais possibles. Ce qui fut fait avec un grand quai de débarquement et d’embarquement des productions et des engrais, notamment.

1892

29 septembre :… vu la reconstitution du vignoble et les récoltes toujours croissantes il serait juste dans l’intérêt de toute la population de faire l’achat d’une bascule pour peser les vins. Vote d’un crédit.

Le canal de Lunel au pont du Lièvre vers 1895
Fig. 5 Le canal de Lunel au pont du Lièvre vers 1895. Au premier plan, observer les ébats d'un baigneur près d'un négafol (à droite). Derrière le pont, tonneaux attendant le chargement (coll. Marre).

La crise devient structurelle : mobilisation générale !

1893

17 janvier : fixation du prix des pesées à 0,10 F par muid (7 hl) ; le garde champêtre tiendra registre.

11 décembre : vœu du conseil en faveur de l’unification des tarifs de transport ferroviaire, pour la suppression des octrois et pour la lutte contre le sucrage des vendanges et la fabrication de vin artificiel à partir de raisin sec. La municipalité relaye directement les revendications régionales exprimées la veille dans une manifestation à Montpellier, dont les thèmes portaient sur la lutte contre les fraudeurs et la suppression des octrois qui entravaient encore la circulation des denrées (Sagnes, Pech 1997, 10)

1895

3 novembre : le conseil, considérant que le projet de réforme des boissons voté par la chambre donne pleine et entière satisfaction aux revendications des viticulteurs en ce que notamment il assure le dégrèvement complet du vin, seule mesure capable d’en augmenter la consommation et de restreindre la production artificielle en faisant disparaître la prime à la fraude.

Jusqu’à ce que le gouvernement n’impose la déclaration des récoltes, suite aux événements de 1907, la production de vin n’était pas quantifiée. Cela favorisait les fraudes de la part de certains producteurs et plus encore de négociants peu scrupuleux, par ajout de sucre, d’alcool, quand ils ne fabriquaient pas du vin à partir d’eau et de raisins secs importés de Grèce ou de Turquie. Le problème du vin frelaté hanta les viticulteurs méridionaux durant de longues décennies.

1901

8 février : le conseil vote 20F comme subvention au Comité des Vins de France à titre d’encouragement.

1904

16 décembre : adhésion au Comité Viticole organisé par le syndicat professionnel agricole de Béziers en vue de provoquer un mouvement d’opinion susceptible par sa force d’émouvoir les pouvoirs publics et de les décider à porter remède à un mal dont souffre toute une région de la France. Vœu du conseil en faveur d’une loi sur la suppression des « vins de sucre » ; encore le problème de la fraude… Depuis les dernières années du XIXe siècle la viticulture traverse l’une de ses plus graves crises de mévente qui s’aggrave en 1904 ; prix, revenus et salaires sont au plus bas, les grèves d’ouvriers se multiplient. Celle du 1er décembre s’est soldée par un échec (Sagnes, Pech 1997, 32).

1905

13 janvier : M. Peyronnard, adjoint au maire, est chargé de représenter le conseil au Congrès Viticole organisé à Béziers le 20 janvier, à l’appel de la Société d’Encouragement Viticole. La crise s’aggrave, le mouvement revendicatif s’organise ; Béziers et Narbonne en sont les centres nerveux.

5juillet : le conseil déplore la crise que traverse la viticulture depuis 1904 et souligne la situation alarmante des propriétaires et le chômage massif des ouvriers. Il regrette que l’amendement Doumergue-Aldy-Sarraut n’ait pas été inscrit dans la loi. Il demande que soit aboli le droit de sucrage et d’apport d’alcool dans les vendanges. Les thèmes mis en avant dénotent la mainmise des grands propriétaires sur le mouvement ; en dénonçant le bouc émissaire du fraudeur du nord, ils détournent l’attention du vrai problème qui réside dans la surproduction et tentent de sortir du conflit social qui s’amplifie (Sagnes, Pech 1997, 36-40).

Le conseil municipal demande en outre une exonération d’impôts pour 1905 et un contrôle sévère de la régie des vins pour réduire les fraudes. La revendication concernant les impôts reprend un thème du meeting du 2 juillet ; 136 maires de l’Hérault se joindront au mouvement (Sagnes, Pech 1997, 40).

11 juillet : création d’un atelier public de distillation sur la place de l’église, qui sera ouvert pour trois périodes de distillation en août, novembre et mars.

3 décembre : vœu du conseil pour le rétablissement du privilège des bouilleurs de cru, supprimé en décembre 1900.

1906

23 mars : vote à l’unanimité des résolutions adoptées par la réunion viticole de Montpellier du 20 mars. Il demande à MM. les députés et sénateurs d’en faire une loi spéciale sur la taxe différentielle des alcools. Il s’agit de lutter contre le vinage pratiqué en relevant le degré d’alcool de la vendange.

1907

30 mars : doléances adressées à la Commission parlementaire d’enquête viticole au sujet de la mévente du vin et des fraudes.

15 avril : pour faire face au chômage des ouvriers dû à la mévente du vin, le conseil débloque 348 F qui étaient prévus pour l’ouverture de fossés destinés à assainir le chemin de la grande Draille, régulièrement inondé. Les travaux seront confiés aux ouvriers en chômage.

16 mai : manifeste des revendications du Midi au sujet de la crise viticole. Émile Nayrac, maire, estime qu’il convient de s’élever au-dessus des questions de personnalités et de divergences d’opinions pour former le Bloc intangible de la viticulture en adhérant en masse au splendide mouvement parti d’Argelliers, si vaillamment dirigé par Monsieur Marcellin Albert, qui à l’heure voulue, il en a la certitude, saura, avec l’aide des délégations diverses, faire enfin triompher nos justes revendications…

11 juillet : le conseil municipal démissionnaire, réuni en séance officieuse dans la salle de mairie, … /… envoie un salut fraternel ainsi que l’expression de son entière sympathie aux détenus de Montpellier. Le conseil maintient sa démission donnée le 12 juin et confirme son soutien au mouvement d’Argelliers qui, deux jours auparavant, avait appelé à la démission les conseils municipaux en signe de solidarité. Ces démissions se diffusèrent principalement dans l’Aude et l’Hérault, centre de la révolte. Sur la carte de ces démissions, le Lunellois forme la frontière orientale où le mouvement s’essouffle : les municipalités de Lunel et Marsillargues ne démissionnèrent pas, non plus que celles de la rive droite du Vidourle, dans le Gard où le mouvement fut peu suivi (Sagnes, Pech 1997, 52 et 62). Les causes de cette position sont essentiellement d’ordre politique, les Gardois, majoritairement socialistes, faisant une analyse très négative de ce mouvement piloté par les grands propriétaires qui détournaient à leur seul profit le mécontentement général.

Suite aux grandes manifestations de juin, de nombreux vignerons ont été interpellés et condamnés à des peines de prison pour trouble de l’ordre public.

21 octobre : installation du nouveau conseil municipal, réélection des démissionnaires de juin, le maire Émile Neyrac et l’adjoint Joseph Peyronnard.

La mutation du paysage viticole

22 février : vœu du conseil en faveur du creusement des canaux du Rhône ; vœu que la Société des Canaux du Rhône adhère à la CCDV au sein de laquelle elle pourra trouver un précieux appui pour l’étude et la réalisation de ses projets… La Confédération Générale des Vignerons est alors la principale organisation de défense de la viticulture.

25 avril : le conseil demande au Préfet une remise d’impôts proportionnelle aux dégâts des gelées des 21 et 22 avril ; les pertes dans certains quartiers peuvent être évaluées à la moitié de la récolte.

18 décembre : vote solennel pour que le parlement vote d’urgence une loi : il sera alloué une prime de 0,50 F par degré d’alcool hectolitre aux vins allant à la distillation. Vœu en faveur de la limitation des primes allouées aux vins algériens exportés en France.

1909

10 novembre : la pyrale et les inondations du Dardailhon en septembre ont emporté le cinquième de la récolte. Le conseil demande au préfet un dégrèvement d’impôts.

21 décembre : le conseil municipal se fait l’interprète des sentiments de la population en approuvant le projet des canaux d’irrigation du Rhône dont le dossier est déposé à la préfecture du Gard.

1910

12 novembre : considérant que les buissons qui bordent les vignes sont un refuge pour les insectes ennemis des cultures en facilitant leur reproduction le conseil, dans un but d’utilité publique, décide, sur la proposition de Monsieur le Maire, d’inviter Messieurs les propriétaires de la commune à détruire pendant l’hiver les buissons (surnommés rases) qui séparent leurs vignes, en évitant toutefois d’atteindre les arbres fruitiers voisins. Cette mention permet d’apprécier le paysage viticole où les vignes sont bordées de haies basses et de nombreux arbres fruitiers, pêchers, amandiers, grenadiers, jujubiers ; pas d’olivier dans ce terroir de plaine. Ces arbres ont fini par disparaître au cours des années 1960, victimes de la mécanisation des cultures. Leur disparition fut accentuée par la mode éphémère du sulfatage par hélicoptère, qui ne semble pas avoir sévi à Saint-Nazaire mais est bien attestée dans les coteaux, de Lunel-Viel à Saint-Christol.

1911

4 mars : le conseil, dans un but d’utilité publique, décide, sur la proposition de Monsieur le Maire, de faire détruire par le garde et le cantonnier toutes les rases de la commune. Et vote un crédit de 50 F à prendre sur les fonds libres de la commune, lequel crédit sera employé à l’achat de pétrole nécessaire à la destruction complète des buissons. Visiblement, les viticulteurs renâclent et ne brûlent pas les fourrés. La pratique s’imposera néanmoins et deviendra habituelle durant tout le XXe siècle. On mesure une nouvelle fois combien la diversité végétale et les pratiques agricoles restaient empreintes, en ce début du siècle, de l’héritage pré-industriel (fig. 6).

28 avril : demande de dégrèvement pour les propriétaires dont les vignobles ont été fortement éprouvés par la double gelée du 6 avril.

11 novembre : projet d’installation d’un pont bascule de 10 000 kg pour peser les fourrages, face à la ferme de M. Héraud.

Le village de Saint-Nazaire vers 1895
Fig. 6 Le village de Saint-Nazaire vers 1895. Au premier plan le Prat Serian (Pré des Cerisiers) où la vigne d'aramon a chassé les cerisiers. À l'arrière-plan à gauche, entrée charretière d'une exploitation viticole dominée par la masse du chai. Noter à droite du portail la fenêtre carrée destinée au déchargement de la vendange (coll. Marre).

1912

25 juillet : embauche d’un cantonnier au plus vite afin que les chemins soient en moins mauvais état à l’époque des vendanges.

10 novembre : par suite de la hausse des vins cette récolte représente à l’heure actuelle une valeur telle que l’obligation s’impose d’en faciliter l’enlèvement quel temps qu’il puisse faire. Qu’il serait infiniment regrettable après l’énorme effort accompli de voir comme en 1907 le bénéfice d’une année de travail compromis par suite du mauvais état des chemins. Depuis 1910 le marché est assaini par une série de mesures gouvernementales autant que par des récoltes déficitaires, les prix remontent.

1913

10 mai : demande de subvention au Conseiller Général du canton pour réparer le chemin du cimetière, impraticable (Chemin de l’Aubredon), avenue appelée à devenir plus fréquentée ; en effet, ce chemin conduit à la cave coopérative qui est en construction. Depuis le célèbre discours de Jean Jaurès sur la nécessaire solidarité des vignerons, les caves coopératives se multiplient (Sagnes, Pech 1997, 51).

8 juillet : par suite de la gelée d’abord, du mildiou ensuite, la récolte est des plus compromise. Malgré les dépenses énormes que les propriétaires se sont imposées pour lutter contre la maladie (à peu près tous ont fait jusqu’à douze sulfatages et même plus) on peut affirmer dès à présent qu’un tiers de récolte seulement est sauvé. Demande de dégrèvement d’impôts.

21 octobre : urgence d’élargir une rue fréquentée depuis la construction de la cave coopérative.., avant que l’on ait à déplorer un accident.

La guerre sauve La viticulture de masse

1914

2 août : Monsieur le Maire en raison des graves événements qui se préparent, propose au conseil de prendre les mesures nécessaires pour venir en aide aux familles de ceux qui partent pour accomplir leur devoir de français et de ce fait même, peuvent se trouver dans le besoin. Mobilisation générale. La fête locale étant annulée pour cause de guerre, le conseil décide d’utiliser les fonds prévus pour aider les familles.

1915

30 mai : la gelée du 24 avril a emporté la moitié et même les trois-quarts de la récolte.

15 juin : pétition pour la demande d’une remise d’impôt proportionnelle au désastre qui touche les deux tiers des contribuables de la commune.

1914-1918

La Grande Guerre occupe peu de place dans les délibérations du conseil municipal. Tout juste trouve-t-on mention du départ sous les drapeaux de l’instituteur-secrétaire de mairie puis sa captivité, alors que neuf jeunes hommes périrent durant le conflit. Contrairement à de nombreuses petites communes qui connurent alors un profond déclin démographique, à Saint-Nazaire la courbe ne fléchit pas et ne cesse au contraire de s’élever jusqu’au début des années 1930, frôlant les 300 habitants. La reprise viticole explique-t-elle seule cette évolution ?

1919

26 avril : la mairie reçoit de la préfecture un chèque de 3 034 F pour ristourne des sommes versées en plus lors du premier tiers de sulfate attribué à la commune. Utilisé pour la fabrication des obus, le cuivre était devenu rare, ce qui avait fait monter le prix du sulfate et l’on risquait la pénurie ; sa commercialisation était étroitement contrôlée par le Ministère de la Guerre. Chaque commune disposait d’un contingent proportionné à la surface de son vignoble.

9 septembre : nomination de deux gardes-fruits pour surveiller les vignes pendant les vendanges.

30 octobre : demande de 25 tonnes de charbon pour le fonctionnement des échaudeuses contre la pyrale et la cochylis. Comme le sulfate de cuivre, le charbon était contingenté à cause des restrictions de guerre.

9 octobre : le conseil décide qu’à l’avenir la distillerie publique n’aura plus sa place devant la mairie et l’école mais qu’elle s’installera à l’autre extrémité de la place, à côté des poids publics. Mesure hygiénique en faveur des écoliers (fig. 7).

1922

28 février : pas de preneur lors de l’adjudication des poids publics le 18 décembre, la récolte 1921 ayant été anéantie par la grêle.

28 avril : afin d’éviter dans la mesure du possible le renouvellement du désastre qui l’année dernière a enlevé la presque totalité de la récolte, le conseil décide l’installation de trois postes de tir contre la grêle dans le territoire de la commune, l’un au mas du Grès ou au mas Neuf, l’autre à la cave coopérative et le troisième au Clos Redon. Des « fusées paragrêle » étaient tirées pour éloigner les orages de grêle.

1925

26 mai : le nombre exagéré d’étrangers fixés dans la commune et l’attitude quelque peu tapageuse de certains d’entre eux et surtout de leurs enfants attire l’attention du conseil municipal qui décide de faire vérifier par la gendarmerie la situation de chacun d’eux. La pénurie de main-d’œuvre agricole pendant la guerre avait amplifié le mouvement migratoire d’ouvriers espagnols venus de la région de Murcia et Librilla. D’abord immigrés saisonniers, les ouvriers vinrent ensuite avec leurs familles pour s’établir durablement. L’intégration se fit progressivement mais certains d’entre eux, de retour au pays, fondèrent à Librilla un quartier baptisé Lunel en souvenir de leur terre d’accueil.

Le pressoir sur la place de la mairie, entre 1903 et 1910
Fig. 7 Le pressoir sur la place de la mairie, entre 1903 (installation de l'éclairage public, visible sur la photo) et 1910. Si les grands propriétaires disposent de pressoirs fixes dans leurs chais fonctionnels, les petits viticulteurs louent les services d'un pressoir mobile stationné sur la voirie car la place manque dans les celliers. Sur le cliché, un vigneron pompe le moût dans trois muids qui iront poursuivre leur fermentation dans son cellier (coll. M. Roux).

Après la crise, de nouvelles conditions de travail

1932

31 octobre : demande de dégrèvement d’impôts pour les propriétaires ayant perdu leur récolte à la suite d’une attaque de mildiou.

1933

20 mai : démission générale des conseils municipaux du Midi suite à la crise viticole. Une réunion est prévue à Lunel le 21 mai.

24 mai : suite à la réunion de Lunel, confirmation de la démission du conseil.

1934

20 février : le conseil est favorable à la création d’un marché hebdomadaire des vins et alcools à Lunel.

1935

16 mai : la crise économique s’étend, les ouvriers de la commune sont durement touchés par le chômage. Afin d’ouvrir un chantier, le conseil demande à Monsieur le Préfet d’allouer à la commune une aide de 5 000 F s’ajoutant aux 5 000 F votés pour employer les chômeurs à la réparation des chemins.

13 décembre : le préfet demande au conseil municipal de nommer une commission dite d’arrachage, chargée de contrôler l’arrachage des vignes (décret du 30 juillet 1935). Malgré l’instauration du « Statut viticole » en 1931, la crise s’aggrave suite au fléchissement de la consommation et aux arrivages massifs de vins d’Algérie. Les prix sont au plus bas en 1935 : 45 F l’hectolitre alors que le coût de production se situe entre 60 et 100 F ! Le vin se vend à perte.

1936

17 janvier : Monsieur le maire informe que le chantier des ouvriers chômeurs de la commune est en pleine activité et qu’il a dû y admettre des ouvriers nouveaux actuellement sans travail. Le conseil, considérant qu’il est inadmissible que des ouvriers français habitant la commune, cités comme bons travailleurs et en pleine force d’âge, se voient réduits au chômage, alors que des ouvriers étrangers bien moins intéressants, n’éprouvent aucune peine à se procurer du travail. Décide à l’unanimité d’adresser à Monsieur le préfet la présente délibération demandant que les cartes d’identité soient soumises à un contrôle sévère et impitoyablement refusées aux étrangers qui ne sont pas entièrement en règle avec les lois et règlements qui les régissent.

Le chômage marque durement l’ensemble du pays à partir de 1933, particulièrement dans le monde viticole avec l’effondrement des prix du vin. À la ville comme à la campagne la population ouvrière est gonflée par les étrangers appelés dans les années 20 pour combler le déficit de main-d’œuvre des classes creuses de l’après-guerre. La fin du plein-emploi provoque de fréquents réflexes de xénophobie en bas Languedoc où le nombre des ouvriers agricoles espagnols inquiète les villageois (voir déjà en 1925).

Même jour : il est donné lecture d’une lettre du maire de Saint-Just concernant la contamination des eaux du Dardailhon par le déversement dans ce ruisseau des vinasses de la distillerie Sauvaire de Lunel Viel. Il demande l’appui de la municipalité pour une action administrative auprès des pouvoirs publics et pour une action judiciaire auprès des tribunaux compétents… Depuis le XVIIIe siècle, la pollution des cours d’eau par les effluents de distillation constitue l’une des préoccupations principales des élus locaux.

7 septembre : Monsieur le Maire informe le conseil qu’il a reçu plusieurs demandes des habitants tendant à l’organisation d’une garderie d’enfants pendant la période des vendanges. Le conseil décide la création de ce service qui fonctionnera pendant vingt jours à partir du 8 septembre 1936, de 6 heures à 17 h 30. Le Front Populaire porte des avancées sociales pour l’amélioration des conditions de travail. Massivement impliquées dans les travaux viticoles bien avant la guerre de 14-18, les femmes ne bénéficiaient d’aucune aide pour le soin des nouveau-nés et la garde des enfants. Une image nous a été rapportée par plusieurs témoins : dans une banaste d’osier placée à l’ombre des ceps, protégés des guêpes par un voile léger, les bébés au sein suivaient leurs mères à la vigne… Quant aux enfants, ils suivaient les adultes dans les vignes, comme le montrent de nombreuses photographies.

1937

23 août : le conseil décide la création d’une garderie enfantine pendant la période des vendanges… La garderie des vendanges devient une institution régulière dans tous les villages.

1938

8 juin : le conseil décide de mettre en adjudication la ferme des poids publics pour un an. Il s’agit de la bascule servant à la pesée des vendanges.

4 septembre : Monsieur le maire demande au conseil si la garderie enfantine doit fonctionner pendant la période des vendanges 1938. Le conseil décide son fonctionnement et vote à cet effet la somme de 700 F qui sera prise sur les fonds libres et inscrite au budget additionnel. La préposée à ces fonctions sera payée à raison de 28 F par jour.

1939-1945

Même silence du conseil que pendant la guerre précédente à propos de l’agriculture.

1945

11 juin : le conseil accepte les mesures proposées par le Comité Régional de Salut Viticole.

Regroupant propriétaires et ouvriers agricoles, le CRSV s’est organisé à la Libération et réclame au gouvernement provisoire des mesures d’urgence pour le relèvement du revenu viticole. Massivement soutenues lors de meetings et relayées par de nombreuses municipalités qui menacent de démissionner, ces revendications sont partiellement satisfaites par l’ordonnance du 14 juin 1945 (Gavignaud-Fontaine 2000, 128-129).

1953

19 juin : Monsieur le Maire donne lecture d’une lettre du Comité de Salut Viticole demandant que le conseil accorde son patronage pour l’action à mener en faveur de la revalorisation du prix du vin. Motion de protestation qui circulait dans toutes les municipalités.

Destruction du vignoble : un pas vers La diversification agricole

1956

Étonnant silence après les gelées catastrophiques de l’hiver qui détruisirent une large part du vignoble. La réaction viendra l’année suivante.

1957

17 avril : le morcellement exagéré de la plupart des exploitations de la commune rend leur mise en valeur particulièrement difficile et onéreuse. Le regroupement de certaines terres en vue de créer des parcelles d’une superficie et de dimensions proportionnées aux moyens modernes de mise en culture, paraît évidemment souhaitable. À la suite des récentes gelées, de nombreux agriculteurs ont été contraints à arracher une partie de leur vignoble, détruit par le froid. Le moment paraît particulièrement choisi pour réaliser dans toute la mesure du possible, le remembrement des terres des exploitants de la commune. Le conseil décide de demander à Monsieur le Préfet la constitution de la commission communale de remembrement.

Les gelées de février 1956 avaient détruit près de 90% du vignoble. Les seuls cépages ayant résisté au gel étaient les terrets et les hybrides blancs et rouges. La décision de remembrement n’a pas eu d’impact notable dans la mesure où le terroir était déjà essentiellement divisé en grandes parcelles.

28 juin : le banquet fraternel de la fête locale en juillet est supprimé, par mesure d’économie, en raison des destructions de la gelée du mois de février 1956.

1962

5 décembre :… il y aurait lieu de faire procéder à l’étude du projet d’installation d’un pont-bascule

Ce projet venait remplacer le vétuste poids public de la coopérative; le nouveau pont-bascule resta en usage jusqu’aux années 1980 puis devint inutile après l’arrachage des vignes.

1964

20 juillet : organisation de la garderie enfantine à compter du 1er septembre.

1965

9 avril : le conseil, après discussion, décide, afin de faciliter la manœuvre de remplissage des appareils de pulvérisation, de modifier la hauteur de la dite colonne (de sulfatage) et de remplacer le col-de-cygne en tube rigide toujours endommagé, par un tube en plastique souple. Il est également décidé de procéder à la réfection de la chaussée sous cette colonne par la mise en place d’un revêtement en ciment en vue de récupérer et d’évacuer dans le fossé le trop-plein des appareils. Cette disposition évitera la stagnation des eaux polluées par les produits de traitement à base de poisons très dangereux.

Voilà une préoccupation écologique bien précoce !

1966

10 juillet : comme suite à la demande de plusieurs propriétaires victimes des dégâts provoqués par la gelée du 4 mai 1967, M. le Maire rappelle à l’assemblée que M. Louis Pélissier, expert judiciaire à Montpellier, a été sollicité en vue d’établir un rapport sur l’état des vignes et vergers sinistrés de la commune.

Au lendemain des gelées de 1956, des vergers de pommiers ont remplacé de nombreuses vignes ; celles-ci ne couvrent plus que 90 ha sur le territoire de Saint-Nazaire, à égalité avec les vergers. Avec la plaine de Nîmes, le Lunellois s’est tôt orienté vers la diversification agricole.

1972

15 décembre : après lecture d’une lettre de l’Association de Propagande pour le Vin demandant une participation d’un centime par hectolitre récolté, le conseil municipal laisse le libre choix aux viticulteurs et coopérateurs de la commune et refuse toute subvention.

1975

24 février :… la commune est classée en zone sinistrée à la suite des intempéries d’avril 1974 pour la vigne et août 1974 pour les pommes.

1976

8 octobre : sur proposition de Monsieur le Maire approuvé par le conseil, le grappillage sera donné dans la commune le dimanche 10 octobre et sera réservé aux seuls habitants du village. Une autorisation du maire sera délivrée et un avis dans la presse renouvellera l’interdiction de grappiller les pommes.

1977

20 septembre : Monsieur le Maire informe l’assemblée que les Caves Coopératives sont tenues d’avoir des bassins de décantation avant d’être autorisées à rejeter les eaux usées dans le réseau d’assainissement. L’incitation resta lettre morte, la coopérative était en perte d’activité et les travaux ne furent jamais réalisés.

1979

12 octobre :.., le fonctionnement et l’entretien du pont bascule communal étant une charge de plus en plus lourde pour la commune et son utilisation se limitant pratiquement à la période des vendanges. Il propose de supprimer la régie du poids public et demande au président de la cave coopérative des vignerons d’assurer le fonctionnement et l’entretien du pont-bascule de 50 tonnes. Lors de la même séance est évoqué l’achat de fusées paragrêle par la cave coopérative : la commune remboursera la dépense sous forme de subvention.

Les années 1980 : bouvine, écologie et viticulture

1984

16 février :… aucune décision n’a encore été prise en ce qui concerne l’évacuation des eaux usées de la Cave Coopérative et bien que le devis ait été modifié, aucune solution n’a encore été retenue du fait du montant de la dépense.

La gestion de la coopérative embarrasse par la pollution qu’elle engendre, on ne décide rien ; il est loin le temps où l’on élargissait la rue pour faciliter l’accès à la Cave (voir le 21 octobre 1913) !

22 juin : le bail des marais communaux est attribué pour une durée de neuf ans à M. Jean Lafon, manadier, qui s’engage en contrepartie à fournir à la commune, chaque année : deux abrivados, deux courses de taureaux et deux bandidos pour le bail des Ponchades, une abrivado, une course de taureaux et une bandido pour la location des herbages.

Les herbages ne sont plus un enjeu agricole mais le lieu d’une pratique culturelle, la bouvine, élevage ritualisé de taureaux camarguais.

1985

26 juillet : subvention pour la campagne pour le vin : 200 francs.

26 novembre : lettre de l’Association des Exploitants Agricoles de Saint-Just Saint-Nazaire concernant une plainte déposée auprès de Monsieur le Procureur de la République pour divagation des taureaux de la manade Lafon-Besson, sur les terres jouxtant les marais communaux. Cette association demande qu’une intervention soit faite auprès de la brigade de Gendarmerie pour que cessent les actes de malveillance qui entraînent la divagation des taureaux.

Résurgence de l’animosité séculaire entre cultivateurs et éleveurs, ces derniers étant perçus par les premiers comme des marginaux fauteurs de trouble.

Fin de La civilisation viticole

1989

12 juin : M. le Maire demande au conseil municipal de se prononcer, dans le cas où la cave coopérative serait mise en vente, sur l’usage qu’il pourrait être fait du droit de préemption de la commune. Le Conseil Municipal, à l’unanimité, décide d’user de son droit de préemption pour l’acquisition de la cave coopérative en cas de vente de cette dernière.

La coopérative a fermé ses portes et a finalement été vendue en 1992 sans que la commune se porte acquéreur. Elle a été démolie et plusieurs habitations ont été bâties à son emplacement.

12 septembre : M. le Maire expose que les fusées paragrêles étaient jusqu’à la fermeture de la cave coopérative lancées par le gérant de cette dernière. La situation actuelle veut que la commune achète les fusées mais ne dispose plus du gérant pour les lancer

Même séance : lettre du Conseil Général précisant que ce type d’acquisition (la coopérative) est subventionnable.

1990

14 mai : M. le Maire donne lecture de la correspondance des services des Domaines sur l’estimation et la valeur de la cave coopérative et demande au Conseil Municipal de se prononcer sur le sujet. Le Conseil Municipal décide à l’unanimité de faire une visite des lieux avant de prendre une décision.

11 septembre : M. le Maire informe le Conseil qu’il est dans l’attente d’informations sur la cave coopérative. Le projet est donc en suspens pour l’instant.

1992

14 septembre : Cave coopérative : M. le Maire informe le conseil que l’ensemble a été vendu à M. Mialon pour servir d’entrepôt pour des piscines. Évolution logique : au moment où les anciens terrains agricoles reçoivent des lotissements, l’ancienne coopérative sert au stockage des piscines qui iront agrémenter les pavillons !

2003

15 septembre : Suite à la tempête qui s’est abattue sur notre région le 17 août 2003, des dégâts ont été occasionnés sur les cultures, provoquant d’importantes pertes de récoltes. Afin de permettre aux agriculteurs concernés d’être indemnisés des dommages subis, M. le Maire demande au Conseil Municipal l’autorisation de demander le classement en zone sinistrée au titre de calamités agricoles.

Quelques vignes ont survécu au début du XXIe siècle ; le raisin est transporté à la cave coopérative de Lunel-Viel où il est regroupé avant d’être transporté par camion jusqu’à la cave coopérative de Vendargues.

19 décembre : nouvelle mention d’une demande de classement en zone sinistrée, suite à une inondation.

2004

10 août : M. le Maire rappelle au Conseil que l’usage du droit de préemption pour l’achat de la cave coopérative a été reconnu de fait. Le montant de l’acquisition a été fixé à 474 000 euros par le juge d’expropriation. Après négociation avec le vendeur, M. Mialon… la commune accepte d’acquérir une parcelle de terrain nu de 1 700 m² pour 200 000 euros net.

La commune acquiert une partie du terrain après démolition de la coopérative. Le reste de la parcelle est destiné à la construction (fig. 8).

Souvenir viticole à Saint-Nazaire
Fig. 8 Souvenir viticole à Saint-Nazaire : le chemin de la cave qui n'existe plus ! (cliché Cl. Raynaud).

4. début de l'urbanisation au XXIe siècle

Depuis les années 1890, tous les vingt ans la crise viticole rebondit, le vin ne se vend plus et les prix chutent… Les vignerons manifestent et en appellent à l’aide du gouvernement : distillation subventionnée, échelonnement des ventes, sans que l’on voit apparaître de solution durable. La courbe démographique de notre village-témoin enregistre cette crise, retombant au seuil fatidique de 200 habitants entre les années 1950 et le début des années 1980. Un espoir naît pourtant après les dramatiques gelées de 1956, avec la plantation de vergers de pommiers puis de pêchers qui trouvent dans la basse plaine, de Marsillargues à Mauguio, de bons sols et la possibilité d’une irrigation par pompage, relayée au début des années 1960 par la réalisation d’un vieux rêve : le canal du Bas-Rhône Languedoc traverse enfin le bas Languedoc, jusqu’à Mauguio. La commune de Saint-Nazaire se partage désormais à part égale entre la vigne et les vergers, couvrant chacun près de 90 ha.

Malgré ces efforts, la reconversion polyculturale fait long feu dans les années 1980 : victime de la concurrence de pays à main-d’œuvre moins coûteuse, les fruits du bas Languedoc perdent des marchés et voient chuter les prix, qui précipitent le déclin agricole de la plaine. Le vignoble de masse, ici comme ailleurs, n’a pas survécu aux arrachages primés et à la restructuration qualitative de la fin du XXe siècle. Sept hectares de vigne subsistent aujourd’hui autour de Saint-Nazaire, du merlot majoritairement, pour partie traité à Lansargues en jus de raisin, pour l’autre partie vinifié à la cave coopérative de Saint-Geniès-des-Mourgues.

C’est pourtant à ce moment que la courbe démographique du village s’inverse et décolle dans les années 1980 pour ne plus fléchir jusqu’à ce jour : la population a doublé en vingt ans avant de se stabiliser autour de 600 habitants au début du XXIe siècle. Ainsi s’achève le cycle viticole alors que s’ouvre un nouveau cycle, celui de l’habitat périurbain : les néo ruraux s’établissent dans les lotissements au sud du village, sur les terrains abandonnés par les cultures. Déjà s’efface le souvenir d’un siècle et demi de viticulture ; subsiste seulement, à Saint-Nazaire, le nom d’une rue : la rue de la Cave. La mémoire faiblit, l’oubli s’installe; vient alors le temps de l’histoire que nous avons voulu ouvrir par cette éphéméride viticole.

Conclusion

L’échelon villageois offre ainsi une certaine cohérence pour observer les répercussions de phénomènes régionaux, nationaux ou globaux. C’est que la production viticole n’existe que par son rapport au marché, un marché de plus en plus intégré et internationalisé au cours du second XIXe siècle et du XXe siècle. Ce petit bout de la lorgnette braquée sur le plus petit village, ne s’écarte guère de ce que montrent les villages et bourgs voisins, de Mauguio à Lunel et de Lunel à Sommières, Vauvert ou Saint-Gilles.

Dira-t-on qu’en définitive, le miroir municipal reflète alternativement d’amples mouvements nationaux et des moments « narcissiques » dominés par l’étroitesse des préoccupations ? En effet, tandis que le milieu du XIXe siècle est dominé par l’attention extrême apportée au chemin de fer et à l’aménagement des routes et chemins, les délibérations de la fin du siècle et de la première moitié du XXe sont accaparées par les aménagements locaux, construction d’un poids public, gestion de la roselière, élargissement d’une rue menant à la coopérative… En réalité, l’opposition n’est pas aussi tranchée et l’on voit, la même année, le même mois ou le même jour, alterner les deux échelles de préoccupation. Ainsi le 17 janvier 1936 lorsque, après lecture d’une lettre au préfet sur le contrôle des étrangers, l’ordre du jour passe à un problème de pollution de la rivière par un distillateur du village voisin.

Au final, les temps de résonance semblent plus fréquents que les temps de repli : il suffit pour s’en convaincre d’ouvrir les registres des villages voisins où dominent les mêmes préoccupations et où s’accumulent les mêmes motions. Dans la petite commune de Saint-Nazaire-de-Pézan, faiblement polarisée au plan politique, longtemps dominée par des municipalités de centre-droit, il est d’autant plus notable de relever une indéfectible solidarité avec le mouvement social : soutien aux manifestations viticoles, démissions protestataires des élus, aide aux chantiers de chômeurs, aménagements du travail féminin avec l’instauration d’une garderie. Dira-t-on encore qu’avant de poser des problèmes sociaux, la viticulture de masse constitue d’abord une structure économique et qu’à ce titre elle transcende les clivages politiques ? L’union sacrée fut longtemps le vecteur des mouvements viticoles, au grand dam des militants socialistes ou communistes qui voyaient là une collusion délétère entre les intérêts des propriétaires – le patronat agricole – et la défense des salariés. Unanimisme de façade ou réel compromis entre intérêts divergents ? Là s’arrête la portée des registres de délibérations, se brise le miroir municipal.

Fait révélateur de l’oubli dans lequel a sombré la viticulture en quelques années : aujourd’hui nul ne se souvient à Saint-Nazaire de la date de démolition de la coopérative dont les archives restent, à ce jour, introuvables !

Bibliographie

Gavignaud-Fontaine 2000 : G. Gavignaud-Fontaine, Le Languedoc viticole, la Méditerranée et l’Europe au siècle dernier (XXe), Montpellier, 2000, 568 p.

Sagnes, Pech 1997 : J. Sagnes, M. et R. Pech, 1907 en Languedoc et en Roussillon, Montpellier, 1997, 283 p.

Weber 1983 : E. Weber, La fin des terroirs, Paris, 1983, 843 p.

Notes

   1.La récolte de 1851 atteint le chiffre record de 19 400 hl ; celle de 1852 tombe à 3 800 hl à cause de l’oïdium. Les prix à l’hectolitre évoluent en proportion inverse : 4 F en 1851, 10 F en 1852, 18 F en 1853, 25F en 1854, 43 F en 1856.