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Description

L’abbaye de Saint-Thibéry : aperçu du décor de l’église,
de la fin du XVIIe siècle à la Révolution

« L’abbaye de Saint-Thibéry abrite des trésors artistiques méconnus qu’il suffirait de peu pour mettre en valeur » (1958).

Comme de nombreuses maisons religieuses, il est difficile d’apprécier, à travers le décor et les objets conservés, le degré de richesse de l’abbaye bénédictine de Saint-Thibéry avant la Révolution. Beaucoup d’œuvres ont disparu à la suite des ventes décrétées par les autorités révolutionnaires, et les sources permettant d’en retracer leur histoire sont lacunaires. Les inventaires anciens sont approximatifs et les archives de l’ancienne abbaye, propriété de la paroisse, ont progressivement disparu à partir des années 1960. L’analyse du décor et du mobilier conservés, et quelques contrats de prix-faits, passés avec des artistes régionaux, éclairent cependant les transformations décoratives de l’église à partir des années 1690, décor enrichi de nouvelles images et d’un nouveau mobilier tout au long du XVIIIe siècle.

Caractéristique des églises de la basse vallée de l’Hérault des XIVe et XVe siècles, l’église abbatiale se métamorphose peu à peu à l’arrivée des mauristes à partir de 1639. A l’exception des stalles commandées dès 1634 sur le modèle des sièges de la cathédrale d’Agde et de la collégiale de Pézenas, le mobilier de cette période n’est pas connu. Il a disparu lors de la grande rénovation esthétique de la fin du XVIIe siècle, dont la première phase concerne le chœur de l’église, doté en 1692 d’un monumental retable « à la romaine ». L’ouvrage, réalisé par Luc Duval, maître sculpteur de Béziers, sera exécuté « en pierre et bois [et] aura trois hauteur suivant le dessaint fait par led Duval ». A cette occasion, Duval réalise également les stalles du chœur, ou plus précisément semble renouveler une partie des sièges de 1634. L’ensemble retable-sièges a disparu à la fin de l’Ancien Régime, mais quelques morceaux sont conservés en place comme le maître-autel et les anges adorateurs en marbre, ainsi que le tabernacle à baldaquin en bois doré (Figs. 1 et 2). Quant aux sièges, seuls subsistent quelques abattants, que l’on rapproche volontiers des stalles de la cathédrale d’Agde, et que l’on identifie donc comme les vestiges des sièges de 1634, et non de 1692 (Fig. 3).

Pour se représenter une partie de l’éclat et la richesse du décor dans la nudité actuelle de l’église (Fig. 4), il convient de se déplacer dans la chapelle de la Vierge et dans la sacristie, l’une et l’autre résultant de la division, en 1690, d’une ancienne chapelle latérale, la « chapelle rouge. » Placée sous le vocable de la Vierge, la nouvelle petite chapelle est alors habillée d’un retable secondaire, réalisé en 1695 par François Laucel « architecte et esculpteur de Narbonne » (Fig.5). Adossé au mur mitoyen à la sacristie, le retable présente un travail élégant de sculpture de « frizes » et d’« ornemens » (Fig.6) qui démontre une bonne connaissance des modèles gravés de la fin du XVIIe siècle, de Jean Bérain (1640-1711) ou de Jean Le Pautre (1618-1682) (Fig. 7). Composé d’enroulements d’acanthes, de guirlandes de fleurs et de figures humaines, ce décor est hélas écrasé par les dommageables repeints du XIXe siècle qui masquent une polychromie sous-jacente. L’autel en marbre semble avoir été mis en place plus tardivement : en effet, son cartouche (Fig. 8) est caractéristique des modèles décoratifs des années 1730-1750, diffusés par les recueils de gravures d’un Lajoue (1686-1761) ou d’un Babel (vers 1700-1775) (Fig. 9). Dans l’ensemble, et malgré quelques transformations structurelles au XIXe siècle à l’arrière de l’autel rocaille, il est facile d’imaginer le retable, avec ses couleurs relevées d’or, et ses colonnes et tableaux jaspés, en « marbre turquin de Caunes ».

La richesse chromatique s’exprime également sur les surfaces murales. En témoignent les résidus de peinture rouge dans les arcatures de la chapelle ainsi que les motifs noirs étoilés ou les ondulations blanches et rouges couvrant les arcs et voussures de la sacristie (Fig. 10). Chronologiquement, ces peintures semblent correspondre au décor de la « chapelle rouge ». Selon toute vraisemblance, elles ont été conservées lors de la division de la grande chapelle, contrairement au décor peint qui ornait le mur est de l’ancienne « chapelle rouge ». Découverte en 1958 sous un enduit ancien, cette peinture murale, détériorée et piquetée, semble antérieure à la période qui nous occupe, mais sa qualité picturale autant que les questions de chronologie qu’elle soulève nous invitent à l’évoquer brièvement. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2011

Nombre de pages

15

Auteur(s)

Laurent FELIX

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf