L’orgue de Notre-Dame des Tables à Montpellier
L’orgue de Notre-Dame des Tables à Montpellier :
Jean-Pierre Cavaillé et l’orgue Dom Bedos de Saint-Thibéry (Hérault)
Roland GALTIER * et Jean-Claude RICHARD **
* Roland Galtier, musicologue, titulaire de l’orgue historique de Sainte-Perpétue à Nîmes, 25, boulevard Talabot, 30000 Nîmes ;
** Jean-Claude Richard, directeur de recherche au C.N.R.S. (UMR 9968, Aix-en-Provence), 34150 Saint-Guilhem-le-Désert.
p. 73 à 86
A la mémoire de Joseph-Marie DURAND († 1994),
organiste de N.-D. des Tables notre professeur et confrère.
Au cours de nos recherches sur les orgues 1 et sur l’histoire des abbayes bénédictines réformées par les Mauristes au XVIIe siècle dans l’Hérault 2, nous avons déjà eu l’occasion de nous intéresser à Villemagne-l’Argentière dont le souvenir des orgues monastiques n’existait plus 3, puis à celles de Saint-Chinian 4. C’est à celles de Saint-Thibéry, transférées en 1806 à la tribune de l’ancienne chapelle du collège des Jésuites devenue l’église Notre-Dame-des-Tables de Montpellier 5, que nous avons consacré cette étude en attendant une monographie de celles d’Aniane, originaires d’Aix-en-Provence, et de celles de Saint-Guilhem-le-Désert, construites par Jean-Pierre Cavaillé et Jacques Laffon en 1782 et restées inachevées bien que le Positif ait été commandé et en partie payé par les derniers Bénédictins 6.
Il est ainsi possible de voir comment, depuis les orgues de Saint- Thibéry (1752) jusqu’à celles de Saint-Guilhem-le-Désert (1782), les Mauristes ont réalisé un beau programme : pouvait-on en attendre moins de monastères qui furent si proches, géographiquement, du berceau familial du plus grand facteur d’orgues issu des Bénédictins, Dom François Bédos de Celles ? 7
L’orgue de Dom Bédos
L’orgue de Saint-Thibéry nous est connu par le Traité 8 et par un courrier de Dom Bédos 9 : dans une lettre au chapitre de Béziers, en date du 9 décembre 1776 10, il date son instrument de 1752 11 et on sait qu’il résida à Saint-Thibéry jusqu’en 1759 12. La figure 1, planche 67 13 du Traité donne le plan de la façade, avec cependant quelques erreurs ou imprécisions : le graveur a représenté des plates-faces convexes alors qu’elles sont concaves, les sommiers sont à 50 notes alors que la façade comporte des Contre-La, ce qui implique des claviers de 51 notes ; bien qu’il ne soit nommé nulle part, ce plan ne peut-être que celui de Saint-Thibéry, trop original dans la production de cette époque pour avoir eu une réplique : au demeurant les proportions sont celles du buffet actuel de Notre-Dame-des-Tables de Montpellier, même si l’échelle n’est pas rigoureuse 14. Dom Bédos précise : « Ce buffet d’orgue, qui a été exécuté, contient le grand-orgue et le positif sur le même grand sommier, dont on n’a représenté qu’une partie. Comme cet orgue est placé de côté 15, dans une église assez petite 16, on n’a pas jugé convenable de mettre le positif dans un buffet séparé sur le devant. » 17
L’instrument était vraisemblablement disposé sur une tribune en encorbellement, devant, et légèrement en contrebas de l’actuelle tribune d’orgue 18, on accédait à l’orgue en traversant cette dernière, sur laquelle prenaient place les soufflets. Le buffet devait masquer l’ouverture de cette tribune.
Le plan nous permet d’affirmer que l’orgue en question avait deux claviers principaux de 51 notes, avec Contre-La sur le Do 19, au Grand-Orgue une Montre 8, un Prestant, un Nasard, au Positif un Huit pieds ouvert (Montre), un Prestant, une Pédale commençant sur le Contre-Fa, y compris pour les fonds, avec Flûtes 8′ et 4′.
Les sommiers des deux claviers principaux étaient disposés diatoniquement en « V », avec renvoi des 6 premières basses au centre, et inversion des côtés Do et Do# entre Grand-Orgue et Positif, pour éviter la proximité des unissons. Les sommiers de Pédale, non représentés, étaient placés au même niveau, dans les tourelles latérales, tandis qu’un sommier de Récit devait être situé dans la tourelle centrale, légèrement surélevé.
On peut également se demander, à la lecture du Traité de Dom Bédos, si le sommier décrit page 238 n’est pas inspiré de Saint-Thibéry : même si manque le renvoi de 6 basses au centre, la composition et les dimensions peuvent s’accorder tant au plan de la Planche 67 qu’au buffet actuel de Notre-Dame-des-Tables. La composition des deux claviers principaux aurait ainsi pu être celle-ci :
Cette composition est très proche du 6e devis proposé page 493 (et que Dom Bédos reprend 8e devis page 495, pour un orgue avec Positif dans le Grand-Buffet), il n’y manque que la Grosse Tierce au Grand-Orgue, la Quarte et la Trompette au Positif. Le Récit de ce devis comporte 34 notes (F2-D5) et deux jeux : Cornet et Trompette, la Pédale 36 notes (F0-E3) avec Flûtes 8′ et 4′, Trompette et Clairon, les Fonds ne commençant qu’en C1, alors que la figure 1 planche 67 fait débuter la Flûte 4′ de Pédale en F0. Ce devis indique également un clavier d’écho (Cornet) dont la présence à Saint-Thibéry n’est pas attestée.
En grisé oblique serré (le chœur, les deux travées, les deux chapelles et la petite chapelle) : XIVe siècle.
Les voûtes de l'abside et de la nef ont été refaites au début du XVIe siècle.
En pointillé (la grande travée avec les deux chapelles latérales) XVe-XVIe siècles.
En grisé droit serré (la chapelle à l'angle de l'ancienne église et de la grande travée) post-XVIe siècle.
Nous savons par le document de Jean-Pierre Cavaillé 22 que la mécanique du Récit passait derrière celle des claviers principaux, et nous avons confirmation de l’absence de Positif, de la présence ou de l’absence de certains jeux. Ceci nous permet d’avancer l’hypothèse suivante pour la disposition de l’orgue de 1752 (Dom Bédos) : les jeux en gras sont mentionnés par Jean-Pierre Cavaillé, ceux soulignés figurent sur la planche de Dom Bédos.
L'intervention de Cavaillé
Grâce à Cécile et Emmanuel Cavaillé-Coll 25 nous savions que cet instrument de Dom Bédos avait fait l’objet de travaux de Jean-Pierre Cavaillé : « Dominique relate ainsi la circonstance qui avait amené son père dans la petite ville languedocienne :
« Mon père réparait l’orgue de l’Abbaye des Bénédictins de Saint-Maur où Dom Bédos avait fait son noviciat. Dom Chabran, qui était prieur de l’Abbaye de Saint-Thibéry, se fit un devoir de consulter Dom Bédos pour savoir à quel facteur on devait confier la réparation de son orgue. C’était, en effet, Dom Bédos qui l’avait construit. Celui-ci répondit que l’on cherchât Monsieur Cavaillé, celui qui avait fait l’orgue de Castelnaudary ; qu’assuré de ses talents et probité, on lui livrât l’orgue à sa libre volonté. Dom Chabran fit part de cette lettre à mon père qui se rendit à Saint-Thibéry, et, sans marché préalable, mit à bas cet orgue qui est aujourd’hui dans l’église de Notre-Dame-des-Tables, à Montpellier, le remonta, augmenta et répara, à la satisfaction de la Congrégation qui, assemblée, décida de donner à mon père dix mille francs, prix excessif pour l’époque. »
Ce texte extrait des mémoires inédits de Dominique Cavaillé-Coll doit être nuancé : sans doute écrit par Dominique après son retrait des affaires (1850), soit 70 ans après les événements relatés, il n’a rien de rigoureux : ainsi ce ne purent être des francs, mais des livres que versa la congrégation.
Mais surtout, la découverte récente d’un texte autographe de Jean-Pierre Cavaillé donnant le détail des travaux à effectuer à l’orgue de Saint-Thibéry vient préciser très utilement les indications de Dominique Cavaillé-Coll. Ce document n’est pas un marché, mais un texte de propositions établi après une visite faite sur la demande du chapitre 26.
Datation du document
Dom Chabran fut prieur de l’abbaye de 1778 à 1783 27. Dom Bédos était mort à Saint-Denis, le 25 novembre 1779 28, et l’orgue de Castelnaudary avait été achevé en 1778 29. Comment Dom Bédos connut-il Jean-Pierre Cavaillé ?, avait-il vu l’orgue de Castelnaudary ?, à quelle occasion ?, ou est-ce son ami Jean-François Lépine qui lui en aurait parlé ?, 30 car il ne semble pas que Dom Bédos ait encore voyagé dans le Midi après 1775. La recommandation qu’il envoya datait donc de l’extrême fin de sa vie, 1778 ou 1779.
Ainsi, nous pouvons tenter d’esquisser une hypothèse de date pour le document autographe de Jean-Pierre Cavaillé Dom Bédos mourut en Novembre 1779, et Jean-Pierre rencontra sa seconde épouse, Marguerite Fabry, fille du notaire de Saint-Thibéry, pendant ses travaux à l’orgue de l’abbaye bénédictine, et l’épousa le 20 juin 1780 31. La date souvent avancée de 1782 32 pour les travaux de Jean-Pierre Cavaillé à l’orgue de Saint-Thibéry doit donc être considérée comme trop tardive, et c’est 1780 qu’il faut retenir.
La chronologie des travaux de Jean-Pierre s’établirait donc ainsi : 1775 : Carcassonne, 76-78 : Castelnaudary, (79-80 maladie et mort de Françoise Coll), 1780(-81) : Saint-Thibéry, 1782(-83) : Gellone (Saint-Guilhem-le-Désert), 1784-85 Montréal 33.
Le jugement de Cavaillé sur l'orgue de Dom Bédos
Il est extrêmement sévère : l’instrument lui paraît tassé il manque de « place suffisante pour placer commodément les jeux de la grande pédales et jeux de recit ». La mécanique lui paraît trop compliquée, inaccessible et irréparable en cas d’incident : « il est si compliqué que pour un seul fil de leton qui manque à une vergette du sommier de Récit lon est obligé de démonter touts les pillottes tournants.., entretien tres dispendieux. » De plus, la soufflerie est établie à même le sol dans un local dont la pierre, friable, génère de la poussière qui s’introduit dans l’orgue.
Ceci pour la conception de l’instrument, quant à l’état dans lequel il le trouve, c’est encore plus dramatique les sommiers « sont remplis demprunt et perdent le vent de toute part », les soufflets ont besoin d’être regarnis, beaucoup de tuyaux de plein-jeu et différents tuyaux des autres jeux « se trouvent gattés ».
Enfin, Jean-Pierre Cavaillé éprouve la nécessité de remplacer toutes les languettes des jeux d’anches, de même que les noyaux des basses pour quelle raison ?, étaient-ils oxydés ou d’une conception différente de celle de Jean-Pierre ?
Ceci étant, il semble que Cavaillé n’ait jamais vraiment apprécié les orgues avec Positif et Grand-Orgue à gravures intercalées, pour lui, c’est le Récit qui doit prendre son vent sur le Grand-Sommier : à Saint-Nazaire de Carcassonne, en 1773-75, il sortit également le Positif du Grand-Buffet 34.
Enfin, la Montre était-elle vraiment sale, ou n’aimait-il pas les tuyaux dorés, puisqu’il propose de reblanchir la Montre ?, ou plus vraisemblablement est-ce pour la mettre en harmonie avec la Montre neuve du Positif ?
Les travaux de Jean-Pierre Cavaillé
C’est une véritable reconstruction de l’orgue qu’effectua Jean-Pierre Cavaillé : tous les sommiers furent refaits à neufs, selon un plan différent : Grand-Orgue et Récit à gravures intercalées, Positif indépendant, seule la Pédale semble avoir conservé la même implantation. La mécanique fut reconstruite à neuf, avec un plan forcément différent, le clavier du Positif dut être modifié en conséquence (pour recevoir une mécanique foulante et non suspendue). Les soufflets furent regarnis, et placés sur un plancher neuf…
Travail considérable, qui impliquait la construction d’un buffet de Positif neuf, sur lequel le document reste muet l’examen des buffets actuellement placés sur la tribune de Notre-Dame-des-Tables à Montpellier montre bien deux factures différentes : si le menuisier a tenté de reproduire l’entablement supérieur (mais le galbe de la frise est beaucoup moins prononcé), les claires-voies ne présentent pas du tout la même qualité que celles du Grand-Orgue, au fin décor rocaille sculpté à jour, l’entablement inférieur n’emprunte pas son dessin à celui du Grand-Corps, il repose sur des culots pleins au lieu de consolettes sculptées, les panneaux à plates-bandes des côtés n’ont pas les mêmes moulures, les couronnements des tourelles appartiennent nettement à la grammaire du style Louis XVI, au lieu des gracieux angelots de la partie supérieure. Nous avons donc bien à faire à deux mains, à deux époques différentes 35, mais en l’absence de documents plus précis, nous ne savons si ce buffet est l’œuvre de Jean-Pierre Cavaillé ou d’un menuisier (au XVIIIe siècle, il était assez rare que le facteur construise également les buffets, cette remarque vaut également pour l’orgue de Dom Bédos 36).
En ce qui concerne la partie sonore, les modifications sont moindres remplacement des languettes des jeux d’anches, et des noyaux des basses de Trompettes, réparations et compléments à la tuyauterie, ajout d’une Quarte de Nasard (à quel clavier ?), et d’un jeu à la mode, le Hautbois, vraisemblablement au Récit. Mais notre document n’est pas un marché, ni même un devis, il est très loin d’en avoir la précision : il y manque beaucoup de détails, et non des moindres : puisque le Positif fut placé en saillie, il fallait nécessairement lui construire une Montre neuve, la hauteur du buffet interdit à celle-ci d’être un huit pieds : est-ce le Prestant qui fut placé en Montre, ou les basses d’un huit pieds furent-elles bouchées à l’intérieur du petit buffet ? Que sont devenus, dans l’un et l’autre cas (Montre en 8′ ou en 4′) les 17 tuyaux du Huit pieds et le Contre-La du Prestant du Positif de Dom Bédos, en façade du Grand-Buffet ?, sont-ils devenus chanoines, c’est-à-dire muets, ou ont-ils servi de base à un second Huit pieds au Grand-Orgue ?
L’idée serait ainsi venue à Jean-Pierre Cavaillé de pratiquer le 2e Huit pieds, puisque dès Saint-Guilhem-le-Désert (1782), il place une Flûte 8′ au Grand-Orgue. Autre interrogation Jean-Pierre pratique régulièrement le dessus de Flûte 8′ au Positif (Carcassonne, Castelnaudary, Montréal…) : on imagine assez bien qu’il pût en faire de même à Saint-Thibéry, en utilisant les dessus du Huit pieds de Positif, lequel aurait alors eu une Montre 4′ (Prestant). Tout ceci, bien entendu, n’est qu’hypothèses, un examen détaillé de la tuyauterie ancienne subsistant à Notre-Dame-des-Tables permettrait éventuellement de confirmer ou d’infirmer celles-ci 37.
La composition de l’orgue de Saint-Thibéry après les travaux de Jean-Pierre Cavaillé pourrait, sous toutes réserves, être imaginée ainsi :38
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L'Orgue de Saint-Thibéry après 1781
L’instrument entièrement reconstruit par Jean-Pierre Cavaillé plut sans doute à la congrégation 39, si l’on en croit l’opinion de Dominique Cavaillé-Coll 40, mais nous ignorons pour l’instant quelle somme perçut Jean-Pierre Cavaillé : 8 ou 10 000 livres ? Toujours est-il qu’il entretint l’instrument de 1785 à 1790 41. A cette époque, il habitait Saint-Thibéry, où naquit l’une de ses filles 42. L’orgue était joué par Joseph Olivier 43. L’Abbaye étant désaffectée après 1792 44, l’orgue était moins nécessaire pour une petite église paroissiale, comme en d’autres endroits 45 c’est après le Concordat que l’administration impériale décida le transfert de l’instrument dans l’ancienne église des Jésuites de Montpellier, devenue paroisse Notre-Dame-des-Tables après la destruction en 1794 de l’ancienne église du même nom 46.
1805 : Le Transfert
Après la mise à la disposition de la Nation des biens du Clergé (2 novembre 1789), un vaste inventaire national fut engagé, les commissaires de la commune de Saint-Thibéry s’acquittent de cette tâche le 26 septembre 1790, et mentionnent, en tête des objets mobiliers qu’ils trouvent dans l’église abbatiale : « une orgue » 47. Mais les choses se compliquent avec la décision de la Convention du 16 Ventôse an III (6 mars 1795) de vendre les orgues : l’administration du département de l’Hérault ordonne un inventaire des orgues, et l’agent national du district de Béziers nomme, le 17 germinal (6 avril), « le citoyen Lépine facteur d’orgues à Pézenas pour l’estimation », 30 cantons répondent, mais pas celui de Pézenas, dont dépend Saint-Thibéry; trois de ces cantons, qui sont dépourvus d’orgues en demandent (Sète, Lunel, La Salvetat) 48, mais dès le 13 messidor (1er juillet), la mesure était rapportée.
Le danger venait d’ailleurs : les marguilliers de la paroisse Notre-Dame-des-Tables à Montpellier, qui occupent, depuis le 10 juin 1801, l’ancienne chapelle des Jésuites sont à la recherche d’un orgue, ils adressent au Ministre de l’Intérieur (Champagny) 50, une demande pour obtenir soit l’orgue des ci-devant Bénédictins de Saint-Thibéry, soit celui de la même congrégation de Saint-Guilhem-le-Désert, prétendant qu’ils sont inutiles dans les églises où ils sont placés, et même qu’ils s’y dégradent. Le Ministre demande au Préfet de se renseigner, par lettre du 27 pluviose an 13 (16 février 1805) 51, les sous-préfets de Lodève et de Béziers sont donc saisis, celui de Béziers répond le 16 germinal (6 avril) que l’orgue de Saint-Thibéry « a été dégradée Pendant la Révolution, que le non-usage et Le défaut D’entretien en ont diminué La valeur d’une manière bien approximative, mais que (sauf erreur) dans L’état actuel elle peut valoir environ Douze mille francs, au surplus, Le maire dudit St-Thibéry m’annonce que les habitants de sa Commune Se proposent de se cottiser pour la faire réparer, afin Qu’elle puisse servir comme par Le passé a L’usage du Culte » 52. A Saint-Guilhem- le-Désert, on se mobilise les marguilliers adressent une réclamation au Préfet, demandant à conserver l’orgue, qui a été préservé, réparé et entretenu aux frais des habitants, c’est donc l’orgue de Saint-Thibéry que Champagny accorde à Notre-Dame-des-Tables, l’arrêté du Ministre de l’Intérieur est daté de Milan, le 12 Prairial an 13 (1er juin 1805) 53. Le Montpelliérain Cambacérès 54 est-il intervenu dans cette transaction ?, plusieurs éléments incitent à le croire : une inscription au sommet de l’orgue : « ex dono imperatoris et benevolentia archicancellarii imperii Gallici, hujus civitatis civis, anno domini 1805 » 55, une délibération du conseil municipal de Montpellier de 1869 56 mentionnait : « conserver cet instrument historique. Il est dû au facteur Dom Bédos, et fut pris dans l’ancienne abbaye délaissée à Saint-Thibéry, par le grand chancelier Cambacérès, pour être accordé à la paroisse de Notre-dame-des-tables ».
Toutefois, nous n’avons pas pu trouver de document authentifiant cette assertion 57.
Le nom de Lépine a été parfois évoqué pour le transfert 58 outre qu’il n’en existe aucune trace dans les archives Lépine, cette attribution est d’autant plus suspecte que depuis 1784, Lépine ne s’occupait plus guère de facture d’orgues, si ce n’est quelques entretiens, vérifications et expertises, ayant repris le commerce de draps de son beau-père. Dès cette époque, il cédait ses travaux soit à Joseph Isnard, soit à Jean-Pierre Cavaillé 59. C’est d’ailleurs à Jean-Pierre Cavaillé qu’il demanda d’effectuer le relevage de l’orgue de la Cathédrale Saint-Pierre de Montpellier en 1807, travaux qui furent exécutés par ses fils Auguste et Dominique Cavaillé-Coll. Ce dernier travaillait beaucoup en Languedoc à cette époque (Beaucaire, Alès, sans doute Nîmes,…) et habitait Montpellier, rue Verrerie-basse 60 ; avec un certain Pierre Giraud auquel il semble lié 61, c’est le seul facteur dont nous connaissons l’existence à cette époque en Languedoc, Joseph Isnard étant à cette époque à Bordeaux. Par contre, il est certain que Dominique Cavaillé-Coll fut chargé de faire la vérification de l’orgue, par arrêté du Préfet de l’Hérault du 6 thermidor an 13 (26 juillet 1805) : « chargé de faire procéder a la vérification de l’orgue qui existe dans la commune de Saint-Thibéry, Nomme le Sr Cavalier facteur d’orgues a Montpellier pour constater l’état de l’orgue de Saint-Thibéry en présence du maire de cette commune et en dresser le procès-verbal… » 62.
L'Orgue à Notre-Dame-des-Tables
En 1846, le Montpelliérain Prosper Moitessier restaura l’orgue une première fois (il remplace notamment tous les tuyaux de façade) 63, puis en 1884 64, Théodore Puget, de Toulouse, transforma considérablement l’instrument 65, en vidant le buffet de Positif de Jean-Pierre Cavaillé, et en tassant dans le Grand-Buffet consolidé un gros instrument symphonique dont toute la structure (sommiers, mécanique, alimentation) était neuve. Il réutilisa la façade et quelques tuyaux de bois de Moitessier, et environ 18 jeux anciens, parmi ceux-ci, quatre noyaux d’anches peuvent être attribués à Jean-Pierre Cavaillé (dans la Bombarde de Pédale). Plus récemment, en 1934, puis en 1947, Maurice Puget augmenta encore l’instrument, pourtant déjà considérablement tassé. L’orgue de Notre-Dame-des-Tables a été classé parmi les Monuments Historiques, pour ses parties Dom Bédos et Moitessier, le 5 février 1975. Il a fait l’objet de travaux par les facteurs Trosseille et Soutoul entre 1974 et 1989, consistant essentiellement en la suppression des ajouts de 1934. La tuyauterie de Dom Bédos est en très mauvais état, atteinte par la « lèpre » (oxydation de l’étain).
L'action de Saint-Thibéry pour retrouver son orgue
Si les habitants de Saint-Guilhem-le-Désert avaient su sauver leur orgue en adressant une pétition au Préfet, ceux de Saint-Thibéry n’en étaient pas moins attachés à leur instrument ; lors de la démarche du sous-préfet de Béziers de Germinal an 13 (avril 1805), ils proposent de se cotiser pour le faire réparer, puis s’adressent au Ministre des Cultes (Portalis) 66, qui s’émeut auprès du Préfet le 29 fructidor an 13 (16 septembre 1805) 67 : « les marguilliers de la commune de Saint-Thibéry canton de Pézenas m’adressent une réclamation au sujet d’un orgue que possède leur église et qu’ils craignent de se voir enlever. Vous avés eu plusieurs pétitions à cet égard 68 et je désirerois avoir des renseignements plus étendus sur l’objet de cette Contestation. Veuillez monsieur me les faire parvenir avec votre avis pour que je puisse répondre avec connaissance parfaite de cause sur la réclamation au Sujet de la quelle j’ai reçu plusieurs lettres à plusieurs époques et qu’il importe de terminer ainsi que la justice et les circonstances me paroitront devoir l’Exiger… »
En réalité la Commune de Saint-Thibéry, depuis 1792, s’était préoccupée de cet instrument, évalué alors à 12 000 F, dont l’état nécessitait des réparations. Un ensemble de documents municipaux 69 permet de suivre les démarches communales de 1792 à 1836.
En 1792, la Commune revendique l’usage des orgues pour les offices car cet instrument a toujours été au service de la paroisse, qui a assuré les dépenses et reste décidée à continuer, y compris avec le salaire de l’organiste donné jusque-là, nous le savons, par les Bénédictins. Les Directoires du District et du Département confirment à la Commune qu’elle restera bien propriétaire de cet orgue « effet national » puisqu’elle prend à sa charge l’entretien et les honoraires.
En 1805, après les décisions ministérielle et préfectorale, la commune reste sûre de son bon droit, pétitionne, demande audience au ministre des Cultes qui transmet au Ministre de l’Intérieur : ce dernier, le 30 novembre 1805, refuse de revenir sur sa décision, de faire restituer les orgues et d’accorder une indemnité !
La commune reprend son action en 1827-1828, en engageant des consultations ou même des actions devant le tribunal contre la Fabrique de Notre-Dame-des-Tables… On arrive jusqu’en 1836 : les dernières consultations font savoir au Maire qu’il est maintenant trop tard : la prescription trentenaire est tombée ! 70
Malgré donc cette ténacité locale, il faudra attendre jusqu’en 1970 pour que les voûtes de l’ancienne abbatiale retentissent des Sons d’un nouvel orgue…
⁂
Notre étude de l’histoire de l’orgue Dom Bédos de Saint-Thibéry nous a donc permis non seulement d’identifier la création originale et les transformations réalisées par Jean-Pierre Cavaillé, mais aussi d’assister aux démarches d’une paroisse urbaine particulièrement importante dans la vie religieuse et sociale de Montpellier pour laquelle toutes les autorités locales et nationales ont accepté de méconnaître les droits légitimes d’une commune rurale. Saint-Guilhem-le- Désert avait résisté et triomphé non seulement contre Notre-Dame-des-Tables, mais aussi, plus tard, contre Lunel ! Saint-Thibéry malgré toute sa volonté ne réussit pas à garder l’instrument que le Maître incontesté de la facture d’orgues française avait spécialement construit pour elle… et qui doit continuer à être désigné comme celui de l’abbaye Bénédictine Mauriste de Saint-Thibéry.
Pièces justificatives
Pièces justificatives ° 1
Bibliothèque Nationale, (B.N. Rés. Vm. doc 53)
Fo 1, ro :
Je sousigne et declare moy jean pierre cavaille facteur d’orgues habitant de la ville de castelnaudary que ayant etté apéllé par messieurs du chapitre de l’abbaye de St tibery pour faire la verification des réportations et augmentations indispensables a faire a lorgue de laditte eglize pour la rendre bonne et solide et dun facile entretien il faut y faire les repartions et augmantion cÿ après premièrement il faut faire le pozitif saillant pour pouvoir avoir de la place sufisante pour placér comodement les jeux de la grande et pedalles et jeux de Recit
2° il faut refaire touts les sommiers veû que les vieux sont Remplis demprunt et perdent le vent de toute part
il faut refaire tout le mecanisme de ladite orgue atandeu quil est si compliqué que pour un seul fil de leton qui manque a une vergette du sommier de Recit lon est obligé de demonter touts les pillottes tournants grand abregé veu que labrégé de Recit se trouve deriere le grand abregé, et il est indispensable de faire jouer le Recit prenent son vent par de graveures particuliéres du grand sommier.
Fo 1, vo :
Pour le jeux de Recit et par ce moyen lon evite un entretien tres dispendieux
3° il faut faire un jeu de haut bois naturel
4° il faut faire un jeu de quarte de nazard
5° il faut reblanchir la montre
6° il faut reganir les soufflets atouts les endroits ou il sera de bezoin
7° il faut faire un planchér a la souflerie pour evitier que le soufieur ne fasse elevér de poussiere quil entre dans les soupapes à soufflets qui sintroduizent dans l’orgue
8° il faut refaire les noyaux de basses de la pedalle de trompette et languettes de meme que a la trompette a la main
9° toutes les Languettes de la trompette de Recit
10° faire plusieurs tuyaux du plain qui se trouvent gattés et diferents tuyaux des autres jeux finalement faire parllér touts les jeux dans leur bonne harmonie
Fo 2, ro :
Et accorder sur une bonne partition tant separés que dans le melange et acordés sur une bonne partition tant séparés le tout fait et fini moy susdit cavaillé je moblige de fair tout le devis remplir tout le contenû du devis mantionné si desseus pour de pris et somme de huit mille livres.
⁂
Pièce justificative n°2
(Arch. dép. Hérault 7 H 36 fol. 104. Cayer des domestiques
Commencé le 1er janvier 1785)
Police passée le 1er février 1785 pour neuf années
entre nous et mr cavaillé facteur d’orgue pour l’entretien
de nôtre orgue, moyenant 100 lt par an cy …100 lt.
1786.
Le 10 février 1786 payé à mr cavailié pour l’entretien
de nôtre orgue cent livres cy 100 lt pour acquit de mon
honnoraire cy desseus de la prezente année ce 10 fevrier 1786
Cavaillé facteur dorgues …100 lt.
1787.
Le 10 fevrier 1787 avoir Receu pour lentretien de
l’orgue cent livres 100 lt pour aquit de mon honnoraire
cy desseus de la prezente année ce 10 fevrier 1787
Cavaillé facteur dorgues …100 lt.
1788.
Le 10 fevrier 1788 paye a mr cavaillé pour l’entretien
de notre orgue 100 lt pour aquit de mon honnoraire
cy desseus de la prezente année a St tibery
ce 10 fevrier 1788 Cavaillé facteur dorgues …100 lt.
1789.
Le 27 avril 1789, payé à mr Cavaillé pour lentretien
de notre orgue 100 lt pour aquit de mon honnoraire
de la prezente année a St tibery ce 28 avril 1789
Cavaillé facteur dorgues …100 lt.
1790.
Le 10 janvier 1790, payé à mr Cavailié pour lentretien
de lorgue 100 lt pour aquit de mon honnoraire de la
prezente année à St tibery ce 10 janvier 1790
Cavaillé facteur dorgues …100 lt.
Pièce justificative n°3
(Arch. dép. Hérault, 4 V 25)
3° division. Bureau des Beaux-Arts et des Sciences
Paris le 27 pluviose an 13
Le Ministre de l’Intérieur A Monsieur Préfet du Département de l’Hérault
Monsieur le Préfet, les Marguilliers de la Paroisse de Notre-Dame-des-Tables de Montpellier me demandent, pour le service de leur Eglise, l’orgue des cidevant Bénédictins de St Ibéry, ou celui des cidevant Moines de St Guillon le Désert.
Ils prétendent que ces deux orgues sont inutiles dans les Églises où ils sont placés, et même qu’il s’y dégradent.
Cette demande auroit dû me parvenir que par votre intermédiaire. Je vous la renvoie donc, en vous invitant, Monsieur, à me faire connoître si l’on peut accéder, ou si vous n’avez point le projet de donner une autre destination à ces orgues, que l’on m’assure être disponibles.
Recevez l’assurance de ma parfaite considération
Champagny.
Pièce justificative n°4
(Arch. Dép. Hérault, 4 V 25).
3e division. Bureau des Sciences et Bx-arts
Milan, le 12 prairial an 13
Le Ministre de l’Intérieur,
A Monsieur
Préfet du département de l’Hérault
Monsieur, j’ai reçu la lettre par laquelle vous m’annoncez qu’on peut mettre sans inconvéniens, à la disposition des Marguilliers de la paroisse de Notre-Dame des tables de montpellier, une des deux orgues qui appartenaient aux ci-devant Bénédictins de St Ibéry et de Guilhen dont me faites passer en même tems une réclamation des marguilliers de la succursale de St Guilen qui demandent à conserver l’orgue placé dans leur Église. Les motifs dont les marguilliers de St Guilhen appuyent leur réclamation, me paraissent fondés, puisque les habitans de cette commune après avoir préservé l’orgue d’une entière destruction, l’ont fait réparer, et l’ont entretenu jusqu’à ce jour à leurs frais.
Ce ne serait donc que celui de St Ibery qu’il paraîtrait convenable d’accorder à la paroisse de Notre-Dame de montpellier, et je vous autorise en conséquence à mettre l’instrument à la disposition des marguilliers de cette paroisse.
Recevez l’assurance de ma parfaite considération
Champagny
* : arretté 1 du 1er fructidor au registre 1 de transcription. Transmis le meme jour au souspréfet et aux marguilliers.
En marge : Enregistrement à l’arrivée n° 1502 Gal, au départ n° 151. Il est autorisé à mettre à la disposition des marguilliers de la paroisse de N.-D. des tables de montpellier l’orgue de St Tibéry.
NOTES
1. R. Galtier, L’orgue et les organistes dans le Gard pendant la Révolution, Nîmes, Lacour, 1989, 56 p ; La famille Cavaillé-Coll, une dynastie d’artistes, Grandes orgues de Lunel, Lunel, 1994; Les projets d’orgues pour le théâtre de Nîmes, Orgues méridionales, 42, 2e semestre 1993, p. 1-21.
2. J.-C. Richard et P. Ucla, Saint-Guilhem-le-Désert : des guerres de Religion à l’érudition mauriste (XVIe-XVIIIe siècle), Études sur l’Hérault, 5-6, 1989-1990, p. 75-92. Pour tout ce qui concerne les Mauristes, on se reportera aux ouvrages fondamentaux de Dom Y. Chaussy qui permettent de réaliser aussi les notices individuelles : Y. Chaussy, Matricula monachorum professorum congregationis S. Mauri in Gallia ordinis Sancti Patris Benedicti ab initio eiusdem Congregationis, usque ad annum 1789, Paris, 1959 ; Les bénédictins de Saint-Maur, I, aperçu historique sur la congrégation, Paris, 1989 II, Répertoire biographique, supplément à la Matricule, Paris, 1991.
3. R. Galtier et J.C. Richard, Les orgues de l’abbaye bénédictine de Villemagne-l’Argentière (Hérault), I, Guillaume Monturus, 1779, Bulletin de la société archéologique et historique des Hauts-Cantons de l’Hérault, 14, 1991, p. 103-111 ; II, transfert à Bédarieux ; III, Théodore Puget, 1861, Gérald Guillemin, 1983, ibidem, 16, 1993, p. 107-120. Nous avons pu établir depuis la publication de cette étude, que les boiseries de l’église abbatiale et de la sacristie avaient été vendues le 18 septembre 1791 à Cairol, menuisier à Bédarieux, pour 200 livres, l’orgue était-il compris ? (Arch. dép. Hérault, Q 468). D’autre part, nous savons maintenant par quelles ventes et donations l’abbatiale est devenue église paroissiale, propriété de la commune; ces différents actes, aux archives de l’Hérault (2 E 7/365 et 370, 2 E 7 2/260), feront l’objet d’une prochaine publication.
4. P. Rochas, L’orgue de Saint-Chinian, Orgues historiques, 20, mai 1968 ; Abbé J. Rouanet, Les orgues de Saint-Chinian, Paray-le-Monial, Atelier Sainte-Claire, 1992.
5. N. Dufourcq, Le Livre de l’Orgue Français, 1589-1789, Paris, Picard, 1969-1982, (La vie musicale en France sous les rois Bourbons), t. II, Le buffet, p. 17, 237, t. III **, La facture, p. 213-226, en particulier la p. 217 ; C. et E. Cavaillé-Coll, Aristide Cavaillé-Coll, ses origines, sa vie, ses œuvres, Paris, Fischbacher, 1929, p. 4 ; F. Raugel, Recherches sur les maîtres de l’ancienne facture française d’orgues, Paris, Rouart, 1919, et du même, Recherches sur quelques maîtres de l’ancienne facture d’orgues française – les L’épine, Jean-Pierre Cavaillé, Dom François Bédos de Celles, Paris, Herelle, Fortemps et Cie, 1925 ; J.P. Decavèle, Traces subsistant des travaux de Dom Bédos dans le Midi, Connaissance de l’Orgue, 1, Printemps 1971, p. 8-10 ; Anonyme, L’orgue de Notre-Dame, Le carillon de N.-D.-des-Tables, Montpellier, 1re année, n° 2, mars-avril 1935 ; Abbé Chazottes, L’orgue de tribune de Notre-Dame-des-Tables, Le courrier de Notre-Dame-des-Tables, n° Spécial, Pâques 1975 ; Orgues en Languedoc-Roussillon, t. III Hérault, Aix-en-Provence, ARAM-LR/Edisud, 1988, p. 140-143.
6. J. C. Richard, Communication, le 17 juin 1989, à l’occasion du « Bicentenaire » de l’orgue historique J.P. Cavaillé a célébré à Saint-Guilhem-le-Désert. On trouvera le texte repris dans l’étude complète. C’est par l’analyse des documents comptables, présentés aux chapitres généraux des Mauristes, que nous avons pu définitivement établir la présence d’un organiste, en général accompagné d’un souffleur, dont les honoraires figuraient aux budgets il était donc facile d’en déduire, à partir de la date du budget, qu’un orgue était en fonctionnement dans l’abbaye concernée.
7. Celles est, aujourd’hui, une très modeste commune de l’Hérault. Qu’il nous soit permis de remercier ici tous ceux qui nous ont aidés, parfois sans compter leur temps, pour les recherches qui sont publiées ici : MM. G. Alzieu, X. Azéma, R. Bernard-Ollier, J.M. Cambacérès, Dominique Chailley, l’Abbé Chazottes, F. Dubourg, Bernard Jamme, D. Kuentz, J. Laurent, maire de Saint-Thibéry, Ph. L’Epine, A. Messina, ancien curé de Saint-Thibéry, Pierre-Français Pinaud, Jean Le Pottier directeur et l’ensemble du personnel des Archives de l’Hérault, P. Riet, Bertyl Soutoul, Dom A. Surchamp, Léopold Trosseille, Jean Tubert, † Pierre Ucla, Mme Viala et Véronique Bessière, ancienne et actuelle organiste de Saint-Thibéry, Henri Vidal.
8. Dom F. Bédos de Celles, L’art du facteur d’orgues, Paris, Delatour, 1766-1778. (Description des arts et métiers, faites et approuvées par MM. de l’Académie des Sciences). Cet ouvrage célèbre a fait l’objet de plusieurs rééditions : celles complétées par Hamel (1849) et Guédon (1903), le reprint au 2/3 du format par Bàrenreiter (Mahrenholz) en 1934, 1963 et 1977, celui au format original de L. Laget (Paris), 1/1977, 2/1982. L’éditeur genevois Slatkine reprints a publié en 1984 une édition dont certains exemplaires sont précédés d’un « aperçu biographique » signé de Jean-Bernard Condat, lequel a reparu en 1987 dans L’orgue francophone, bulletin de la Fédération Francophone des Amis de l’Orgue, 2, sous le titre : « Le pape de l’orgue français au XVIIIe siècle : Dom Bédos de Celles, O.S.B. (1709-1779) », p. 23-32. La rédaction de cette revue releva (en partie) la forfaiture dès le numéro suivant, en remarquant qu’une partie de cet article est intégralement recopiée sur Le livre de l’orgue français de N. Dufourcq, nous devons faire remarquer ici que c’est tout le texte (à une remarque près : l’existence à Clermont-Ferrand d’un exemplaire du Traité daté de 1765) qui n’est que recopiage, d’un article de Jean-Pierre Decavèle (Connaissance de l’orgue, I, 1971), d’une part, et surtout de l’excellent et minutieux travail réalisé par notre ami Dominique Chailley, publié dans Renaissance de l’orgue, 3, Automne 1969, p. 21-25.
9. Inscrit sous le n° 5907 dans la Matricula mauriste, Dom Jean Bédos est né à Caux, a fait sa profession à la Daurade (Toulouse) âgé de 20 ans, en 1726, et est décédé à Saint-Denis le 25 novembre 1779. Nous savons par ailleurs qu’il a signé les « appels » les 18 septembre et 29 novembre 1733 alors qu’il était à Saint-Thibéry.
10. A; Beges, quelques aspects de la Facture du Midi avant la Révolution : Le Grand Orgue de Saint-Nazaire de Béziers, Recherches sur la musique classique française, XII, 1972, Paris, Picard, 1972, (La vie musicale en France sous les rois Bourbons), p. 235-303 ; p. 291 : lettre de Dom Bédos au Chapitre de Béziers, Arch. dép. Hérault G 817. Saint-Denis le 9 décembre 1776 : « … Je suis persuadé que si l’on doroit au vernis de deus tuyaux l’un, en tous ceux qu’on fera a neuf, ce seroit s’approcher ou se conformer au gout des anciens tuyaux. Je l’ai executé ainsi dans l’orgue que j’ai fait a st thiberi en 1752. cette espece de dorure s’est maintenue depuis. malheureusement, je n’en ais point le procédé par écrit. C’etoit le resultat d’une infinité d’expériences et des recherches que j’avois faites. »
11. Les comptes de l’abbaye n’indiquent pas de traitements d’organiste, ni de souffleur en 1753, ni en 1758 (les années 54 à 57 manquent), mais ceux-ci figurent à partir de 1759, année du départ de Dom Bédos. Il faut donc en conclure que Dom Bédos, moine en l’abbaye jouait lui-même son orgue, sans percevoir de traitement supplémentaire, mais nous ignorons qui soufflait.
12. Le 3 avril de cette année, il est nommé membre correspondant de l’Académie de Bordeaux ; en 1760, à Paris, à Saint-Germain-des-Prés, il écrit et publie sa Gnomonique pratique ou l’Art de tracer les cadrans solaires avec la plus grande précision, cf. N. DUFOTJRCQ, op. cit., t. III, p. 213 et seq. ; à la fin de cette même année, il réside à l’abbaye de Saint-Vincent du Mans, et le plan de son Traité est déjà établi, comme en témoigne une lettre autographe inédite à Duhamel du Monceau, en date du 7 décembre 1760. (Archives de l’Institut de France, Académie des Sciences). Ce séjour (1751-1759) n’était pas le premier de Dom Bédos à Saint-Thibéry, il y résidait dans les années 1730, et l’un de nous (J.-C. R.) a retrouvé (Archives d’Utrecht, 4392, Agde, 1733, 2 actes) deux documents autographes, des 18 septembre et 29 novembre 1733, signés de « fr. François Bédos, diacre, secrétaire du chapitre de l’abbaye St. Thibery ». Dominique Cavaillé-Coll n’est ainsi pas très loin de la vérité, lorsqu’il écrit (voir plus loin) : « l’Abbaye des Bénédictins de Saint-Maur [de Saint-Thibéry] où Dom Bédos avait fait son noviciat ». Il existe à la sacristie de l’église de Saint-Thibéry le portrait d’un bénédictin (largeur totale 0,54 m [visible : 0,525], hauteur totale 0,70 m [visible 0,705] et cadre doré de 0,05 m de largeur) dont nous donnons une reproduction Figure 2. Nous publions ce tableau, qui passe pour représenter Dom Bédos, avec les réserves d’usage. Il peut correspondre à un autre bénédictin et n’est accompagné d’aucune inscription. Sur les tableaux de bénédictins, voir, en dernier lieu : A. Lombard-Jourdan, Portrait inédit de Dom Pierre-François Boucher, supérieur général de la congrégation de Saint-Maur (1704-1787), Bulletin Monumental, 149, 1991, p. 106-107.
13. Voir la Figure 1.
14. C’est l’avis de F. Raugel, cit., p. 19, mais l’Abbé Chazottes, art. rit., émet une opinion contraire, tandis que N. Dufourcq, op. cit., t. II, p. 237, insiste sur l’originalité de ce buffet. Dominique Chailley nous a d’ailleurs fait remarquer le caractère exceptionnel de la tourelle centrale trilobée (« en forme de trèfle ») : hormis la tourelle centrale du Positif de l’orgue que Dom Bédos avait construit à Sainte-Croix de Bordeaux de 1744 à 1748, le seul autre exemple connu est la tourelle centrale du Positif de l’orgue de Saint-Germain-des-Prés à Paris (Pierre Thierry, 1663). Dom Bédos aurait-il fréquenté l’abbaye parisienne avant l’achèvement de l’orgue bordelais ? (Nous remercions vivement Monsieur Chailley de cette indication). Il est plus que probable que le buffet soit l’œuvre de Dominique Ferrère, sculpteur bigourdan d’Asté au diocèse de Tarbes, qui réside à Saint-Thibéry en 1752. Il signe en effet le 1er février 1752 à Saint-Thibéry un marché pour la construction du buffet de l’orgue Lépine de Lodève, le bailleur de ce marché n’étant autre que Dom Bédos lui-même, par procuration du père Lépine, cf. H. Vidal, Jean-François Lépine, facteur d’orgues (1732-1817), Pézenas, ville et campagne, XIIIe-XXe siècles, Fédération historique Languedoc-Méditerranée Roussillon, Actes du 40e congrès, 1975, Montpellier, imp. Déhan, 1976, 408 p., pp. 283-330, p. 291-292.
15. C’est nous qui soulignons, cette précision est d’importance et permet de comprendre la présence de tourelles latérales orientées à 90°.
16. L’abbatiale de Saint-Thibéry était une grande église gothique, mais la nef a été détruite lors des guerres de Religion, de sorte qu’il ne subsiste plus, tant aujourd’hui qu’au temps de Dom Bédos, que le chœur et le « transept ». A l’époque des Mauristes, l’édifice était à double usage, monastique et paroissial, les offices des moines se tenant dans le chœur (40 stalles disponibles), tandis que les messes de la paroisse étaient dites depuis un autel placé dans le bras gauche du transept ; l’orgue, placé en encorbellement devant une chapelle haute à l’intersection des deux lieux de culte, pouvait ainsi répondre aux deux usages. Voir la Figure 3. On ne dispose pas d’une monographie de l’ancienne abbaye bénédictine de Saint-Thibéry (ni d’une histoire de la commune). Les archives présentes à Montpellier (Arch. dép. Hérault, 7 H) ne sont malheureusement que des épaves du chartrier et de la bibliothèque monastique de cet important établissement qui a sa place dans les archives de la Bibliothèque Nationale et des Archives Nationales. Depuis la notice de Dom Cottineau, Répertoire topo-bibliographique des abbayes et prieurés, Mâcon, 1936-1938, col. 2901, la bibliographie est constituée par l’article de E. Massal, L’abbaye bénédictine de Saint-Thibéry dans la seconde moitié du XVIIe siècle d’après le registre des délibérations du chapitre (1633, 1717), Études sur Pézenas et sa région, 7, n° 1, 1976, p. 17-28, et n° 2, p. 23-37, et la plaquette du chanoine J. Segondy, Abbaye de Saint-Thibéry, Ve centenaire de l’église abbatiale, Montpellier, 1952. Sur le plan du monument depuis les rapides lignes de M. de Dainville (Monuments Historiques de l’Hérault, Montpellier, 1933, p. 81-82 et Monspeliensia, 2, 1935-1940, p. 19-20 avec la figure 9 qui marque la chapelle primitive, qui existe sous la travée du XVe, reprise du XIVe et revoûtée au XIXe siècle) il n’y a pas eu d’étude d’ensemble. Nous publierons prochainement l’ensemble des plans Mauristes conservés aux Archives Nationales (N III, Hérault, 7 1-5 et 8 1-7) dont la planche 44 du Monasticum Gallicanum (Paris, 1871) ne donne qu’un dessin partiel, simplifié et « idéal ». A la fin du XVIIe siècle, les Mauristes prévoient dans leurs travaux la construction de la partie de l’édifice qui recevra les orgues. Voir les Figures 4 à 6.
17. L’art du facteur d’orgues, cit., p. 238.
18. De Saint-Thibéry, bien entendu. Conclusions formulées après examen de l’église de Saint-Thibéry en 1991.
19. Cette étendue était celle de l’orgue de Sainte-Croix de Bordeaux, construit par Dom Bédos de 1744 à 1748, cf. D. Bordage, L’orgue Dom Bédos de l’abbatiale Sainte-Croix de Bordeaux, Mémoire de maîtrise présenté sous la direction de Mme Gachet, Université Toulouse- Le Mirail, 1988.
20. C.f. A. Bèges, art. cit.
21. F. Raugel, op. cit., note 5, p. 19, n. 4, lui attribue des couleurs vert et argenté; dans une coupure de presse de février 1935 que nous avons retrouvée dans le dossier du facteur Léopold Trosseille, que nous remercions très vivement ici pour l’aide qu’il nous a apportée dans nos recherches, on peut lire que : « les boiseries alors peintes en vert clair, tandis que les sculptures et moulures étaient argentées ». Le buffet de Sainte-Croix de Bordeaux était quant à lui peint en vert, avec toutes ses moulures et ornements dorés (Bordage, op. cit.).
22. Voir plus loin.
23. Il existe dans l’orgue de Notre-Dame-des-Tables quelques tuyaux qu’il est possible d’attribuer à Dom Bédos (qui ne peuvent en aucun cas être attribués à Jean-Pierre Cavaillé), marqués « q » d’une écriture XVIIIe siècle (R.G.).
24. A Sainte-Croix de Bordeaux, le Récit ne commençait qu’au G3, soit 32 notes, cf. Bordage, cit.
25. C. et E. Cavaillé-Coll, op. cit., note 5, p. 4.
26. Bibliothèque Nationale (Rés. Vm. dos 53), l’ensemble du dossier sera publié par l’un d’entre nous (J.-C. R.). Voir la pièce justificative n° 1 et le fac-similé (Figure 7).
27. Inscrit sous le n 6202 dans la Matricula Mauriste, Dom Chabran est né en Arles, a fait sa profession, âgé de 17 ans, à la Daurade le 19 décembre 1731. Il fut prieur de Saint-Thibéry de 1778 à 1783 et mourut en mars 1793 à Saint-Denis.
28. P. M. Hamel, Nouveau manuel du facteur d’orgues.., Paris, Encyclopédie Roret, 1849, p. 420; F. Raugel, op. cit. note 5, P. 21.
29. J.-P. Decavèle, Dossier des orgues de l’église St-Michel de Castelnaudary, Orgues Méridionales 4 et 5, Toulouse, 1978-79; P. Barthas, Orgues Historiques, 13, St-Michel-de-Provence, Harmonia-Mundi, 1979 (avec un disque 33 t, HMU 1.213, œuvres de C. Franck par René Saorgin).
30. Car il semble que les liens fussent assez serrés entre Lépine et Cavaillé.
31. Date aimablement communiquée par l’association « S.O.S. Matthieu de Montpellier » (siège : chez Mlle Belgodère, 3, rue Germain, 34 000 Montpellier), et son secrétaire Dominique Chailley. La première épouse de Jean-Pierre, Françoise Coll, était décédée à Castelnaudary le 11 mars 1780. Il fallut donc beaucoup moins d’un an à Jean-Pierre pour se remarier, comme l’indiquent C. et E. Cavaillé-Coll dans leur biographie, cit. note 5, p. 4 : « Marguerite Fabry, fille de M. Fabry, notaire et de dame Coulondres ou Courondres. » Le contrat de mariage, retrouvé par l’un d’entre nous (J.-C. R.), date même du 20 Avril 1780. Ces actes ont été publiés dans S.O.S. Matthieu, dossiers et documents, 4/6, mai 1993, p. 58-61.
32. Notamment par F. Raugel, cit., note 5, p. 19, repris par l’Abbé Chazottes, art. cit. note 5, et dans Orgues en Languedoc-Roussillon, op. cit. note 5, p. 141.
33. Selon P.M. Hamel, cit. note 28, p. 425, l’orgue de Saint-Guilhem-le-Désert succède à celui de Saint-Thibéry ; la date de 1782 est incontournable en ce qui concerne Saint-Guilhem-le-Désert (les dépenses d’entretien figurent dans les comptes de l’abbaye à partir de février 1783), de plus il est certain qu’au moment de son arrivée à Saint-Guilhem-le-Désert, Jean-Pierre Cavaillé venait de Saint-Thibéry, accompagné de l’organiste Laffon, originaire de Saint-Thibéry, qui s’établit définitivement à Saint-Guilhem.
34. J.-L. Bergnes, Le grand orgue de la basilique St. Nazaire et St. Celse de Carcassonne, Béziers, Société de Musicologie du Languedoc, 1985.
35. C’est l’opinion de F. Raugel, cit., p. 19, repris par l’Abbé Chazottes, art. cit., mais non celle de N. Dufourcq, op. cit. : « Nous retrouvons les mêmes qualités de sculpture qui animent le positif à trois tourelles en forme de V, assis sur un élégant piedouche ».
36. Voir la note 14. L’abbé X. Azéma, Un facteur piscénois peu connu Pierre de Montbrun (1692-1748), Hommage à J. Fabre de Morlhon, Albi, 1978, p. 81-87, a bien montré, textes à l’appui, que l’orgue de Sorèze était de ce facteur, mais que le buffet avait été sous-traité à deux associés François Austruy et Louis Besse (1733-1735). Nous retrouverons ce François Austruy à Saint-Guilhem-le-Désert en 1753 : venait-il proposer la construction d’un orgue ou bien se fournir en tuyaux au martinet local, connu depuis le siècle précédent pour cette spécialité ?
37. Quant à la Quarte, il existe dans l’orgue actuel quelques tuyaux en étain de Dom Bédos, marqués « q » d’une écriture XVIIIe siècle, or Dom Bédos fabriquait ce jeu en étoffe (plomb), mais Jean-Pierre Cavaillé le réalisait en étain : aurait-il récupéré des tuyaux d’un autre jeu (par exemple Prestant Positif dont toute la basse est à reconstruire à neuf en façade) pour le transformer en Quarte ?
38. Cavaillé conserva-t-il le Contre-La ? ou réduisit-il le clavier à 50 notes (ses instruments précédents comportaient 50 notes (Castelnaudary ?) le fait qu’à Saint-Guilhem-le-Désert, c’est-à-dire le chantier qu’il ouvrit immédiatement après Saint-Thibéry, il place des claviers de 51 notes, nous incite à penser qu’il conserva les 51 notes, mais peut-être en recoupant les Contre-La en Do #.
39. F. Raugel, op. cit., p. 19, cite un rapport de visite (Arch. dép. Hérault 7 H 12) effectué le 26 février 1783 par Jean Guibal, ingénieur architecte de Béziers et Jean d’Auteribbes, bourgeois de Cabrières : « La montre de l’orgue nous a paru réparée à neuf. »
40. Voir plus haut.
41. Police passée le 1er février 1785 avec Jean-Pierre Cavaillé, de 100 livres par an pour l’entretien pour 9 ans, et paiements réguliers tous les 10 février de 1785 à 1790 compris, évoqués par F. Raugel, cit., p. 19, n. 3, (Arch. dép. Hérault, 7 H 36 fol. 104, Cayer des domestiques commencé le 1er janvier 1785, le même cahier donne pour la même période les honoraires de l’organiste Olivié et du souffleur François Garrigues), voir la pièce justificative n° 2, et le fac-similé (Figure 8). Dans le compte général – prévisionnel – du R.P. cellerier pour l’année qui a commencé le 1er may 1790 et fini le dernier avril 1791, approuvé par les prieur, sous-prieur et syndic de l’abbaye, mais aussi par les commissaires de la commune le 26 septembre 1790, figurent : « à Mr Olivié notre organiste pour son honoraire de l’année cinq cent livres au Sr. Garrigues souffleur d’orgue pour ses gages de l’année soixante livres à Mr Cavalier facteur d’orgues pour l’entretien de l’orgue pendant l’année cent livres. » (Arch. dép. Hérault, Q 468). Nous ignorons si ces dépenses prévues furent réalisées.
42. Sur les liens de Jean-Pierre Cavaillé avec Saint-Thibéry, voir l’importante documentation réunie et publiée par Dominique Chailley dans O.S. Matthieu, dossiers et documents, 4/6, p. 53-75, 83.
43. Joseph Olivié né à Céret le 2 juin 1736, meurt à Saint-Thibéry le 9 novembre 1808. Il était organiste de l’abbaye au moins depuis 1781 (fin de la restauration Cavaillé). En 1794, il est signalé comme officier de l’état civil, membre du conseil général de la commune de Saint-Thibéry. Il faut ajouter qu’en 1781, un autre personnage, Jacques Régis, signe en qualité d’organiste : sans doute le premier était-il organiste du monastère, le second de la paroisse… Cf. O.S. Matthieu, dossiers et documents, 4/6, p. 62, 64, 68, 72 et 74-75.
44. Suite à une pétition des habitants de Saint-Thibéry (au rang desquels l’organiste Olivié, le souffleur Garrigues, plusieurs membres de la belle-famille de Jean-Pierre Cavaillé, mais pas notre facteur, sans doute déjà expatrié en Espagne…), les 9 bénédictins purent continuer la vie religieuse au moins jusqu’en 1792, rejoints le 10 mai 1791 par 13 religieux de l’abbaye d’Aniane. (Arch. dép. Hérault, Q 468, recherche effectuée par l’un d’entre nous [R.G.]).
45. Par exemple : Saint-Antoine en Viennois, transféré à Grenoble en 1805, La Réole, transféré à la cathédrale de Bordeaux la même année…
46. A. Maissonnier, La paroisse Notre-Dame-des-Tables de Montpellier au XIXe siècle, Mémoire de maîtrise d’histoire contemporaine sous la direction de Gérard Cholvy, Université Paul Valéry Montpellier III, octobre 1792. C’est grâce à Chaptal que cette mise à disposition fut effectuée. Jean-Antoine Chaptal (1756-1832), médecin et professeur de chimie à Montpellier a été Ministre de l’Intérieur de 1801 à 1804. Il joue un rôle important dans la politique napoléonienne et dans le développement de la chimie en ses applications industrielles.
47. Arch. dép. Hérault, Q 468.
48. Arch. dép. Hérault, Q 524 (recherche effectuée par l’un d’entre nous [R.G.]).
49. [APPEL MANQUANT] 21 Prairial an IX, cf. A. Maissonnier, op. cit., ainsi que J.F. Vinas, Notre-Dame-des-Tables, histoire détaillée de ce sanctuaire au double point de vue du culte et de l’édifice, Montpellier, 1859, P. 419.
50. Jean-Baptiste de Nompère de Champany, duc de Cadore (1756-1834), succède à Chaptal comme Ministre de l’Intérieur de 1804 à 1807. Il négocie le Traité de Vienne de 1809 et le mariage de Napoléon avec Marie-Louise.
51. Arch. dép. Hérault, 4 V 25. Voir la pièce justificative n° 3 et la Figure 10.
52. Idem.
53. Arch. dép. Hérault, 4 V 25, cité par F. Raugel, op. cit. note 5, p. 18, et l’abbé Chazottes, art. cit. ibidem, voir la pièce justificative n° 4 et le fac-similé (Figure 11).
54. Jean-Jacques-Régis de Cambacérès (1753-1824) après une carrière administrative à Montpellier, devint député (1792), régicide, fut Ministre de la Justice (1799), deuxième Consul, Président du Sénat et du Conseil d’État. Il contribue au Code civil, et fut archichancelier de l’Empire en 1804. En attendant l’ouvrage de J.F. Pinaud sur Cambacérès, Paris, 1995, on peut se reporter à la récente bibliographie donnée par J. Sagnes, Les députés de l’Hérault aux assemblées révolutionnaires (1789-1799), Études sur l’Hérault, 7-8, 1991-1992, p. 156, n. 4 (bibliographie de Cambacérès) et p. 158-159 (œuvres de Cambacérès), en y ajoutant les recherches de Chr. Charlet, Une rare médaille de bronze à l’effigie de Cambacérès, archichancelier de l’Empire et grand-maître de la Mère loge écossaise de France, Cahiers Numismatiques, 25, 1988, p. 391-407 et, Le contrat d’édition de la médaille de Cambacérès, Ibidem, 28, 1991, p. 55-60.
55. Texte cité par P.M. Hamel, cit. note 28, p. 452, repris par l’abbé Chazottes, art, cité. ; Le Carillon de N.-D.-des Tables, Montpellier, 1re année, n° 2, mars-avril 1935, indique que cette inscription était placée au sommet de l’orgue, elle avait donc déjà disparu. Hamel indique que cette légende couronnait l’orgue, et qu’un autre écrit, trouvé dans les sommiers (lors de la restauration Moitessier ?) faisait mention de l’origine bédienne et du transfert à Montpellier en 1806. Dans un courrier adressé à l’un d’entre nous [J.-C. R.] le 24 septembre 1991, le facteur d’orgues Bertyl Soutoul, dit avoir découvert une « inscription latine » à l’intérieur d’une laye d’un des sommiers de Grand-Orgue, sommiers reconstruits en 1884-85 par Puget, cette inscription, que n’avons pas pu voir, est donc soit récupérée et recollée, soit recopiée.
56. Arch. com. Montpellier, M 1.
57. Ni dans la correspondance de Cambacérès, ni dans les archives des Pénitents Blancs, ni dans celles de la loge franc-maçonne de Montpellier auxquels Cambacérès appartenait. Nos remerciements à Jean Tubert, P.F. Pinaud et Bernard Jamme pour avoir bien voulu faire des recherches à ce sujet.
58. Dans un article de presse anonyme de février 1935, que nous avons retrouvé dans le dossier du facteur Léopold Trosseille, que nous remercions vivement, dans l’article anonyme paru dans Le carillon de N.-D.-des Tables de mars-avril 1935, dans l’article du père Chazottes…
59. H. Vidal, op. cit. note 14 et J.-L. Bergnes, Jean-François L’Epine, facteur d’orgues languedocien, Béziers, Société de Musicologie du Languedoc, 1983. Fils de François Lépine, facteur d’orgues, Jean-François est né à Toulouse en 1732, il bénéficie de l’amitié de Dom Bédos, qui le soutient dans un conflit qu’il a avec son père sur le chantier de Lodève en 1752 : Jean-François n’a pourtant que 20 ans. Cet appui de Dom Bédos sera constant. Lépine a construit ou restauré les orgues de Sarlat, Clermont, Lodève, Nonenque, L’Eclache, Pézenas, Narbonne, Limoux, Montpellier, Aniane, Agde, Alès, etc. Le chantier d’Alès (1782) marque la fin de sa carrière de facteur, il a dès lors repris le commerce de draps de son beau-père, devient prévôt des marchands de Pézenas, membre puis président de l’administration municipale de Pézenas de 1795 à 1797. Il est mort en 1817.
60. S.O.S. Matthieu, Dossiers et Documents (Montpellier), 1, décembre 1990.
61. C. et E. Cavaille-Coll, op. cit. note 5, p. 15, n. 1 ; S.O.S. Matthieu, dossiers et documents, 1, p. 12-13, 15-17 et 4/6, p. 78. Pierre Giraud, qui était peut-être cousin avec Jeanne Autard, l’épouse de Dominique Cavaillé-Coll, fut témoin à leur mariage et parrain d’Aristide Cavaillé-Coll. Sans doute collaborateur de Dominique Cavaillé-Coll durant le séjour de celui-ci à Montpellier, il mène par la suite une carrière modeste : entretiens aux orgues de Lunel et de Beaucaire (où il est né en 1788), construction d’un orgue pour la paroisse de Sète.
62. Arch. dép. Hérault, 4 V 25, fac-similé paru dans S.O.S. Matthieu, dossiers et documents, 4/6, p. 69.
63. Hamel, op. cit., p. 452, col. 2; Chazottes, art. cit. ; Orgues en Languedoc-Roussillon, op. cit., p. 141.
64. En 1869, la fabrique avait dû renoncer, faute d’une subvention municipale, à une restauration par Merklin et Schtitze, qui avaient présenté un devis : Arch. communales de Montpellier, M 1.
65. Le devis de Puget est conservé à la paroisse. Cette restauration, comme celle de l’orgue de la cathédrale Saint-Pierre quelques années auparavant, était due aux largesses du Comte d’Espous (50 000 francs comme pour la cathédrale, selon G. Cholvy, Religion et société au XIXe siècle, le diocèse de Montpellier, Lille, 1973, p. 1103, n. 4), et aux conseils d’Étienne Gervais. Le tuyau central de la façade porte l’inscription suivante : « La restauration complète du présent instrument, due aux libéralités de M. le comte Auguste d’Espous a été faite en 1884-1885 par Théodore Puget, père et fils, de Toulouse. Étant : Monseigneur de Rovérié de Cabrières évêque de Montpellier, MM. Antoine Bec, curé-doyen ; François Grimaud et Jules Benoit, vicaires; Comte de Cadolle, H. Bésiné, Aristide Gervais, de Brignac, Ernest Castan, vicomte de Ginestous, comte de Kergozlay, R. Faulquier, membres de la Fabrique, Étienne Gervais, amateur ». Le biseau de ce tuyau porte : « T. Puget et fils 1885, Jean Cassant soudeur », tandis que le tuyau central de la tourelle de gauche porte : « Le 24 novembre 1884 ont eu lieu dans cette église les funérailles de François Puget, fils aîné, mort en construisant l’orgue des Pères Carmes ». François Puget (1825-1884) est effectivement mort – du choléra – à Montpellier, en construisant l’orgue des Carmes (actuellement Dominicains, rue Fabre), cf. H. de Rohan, Puget, une famille de facteurs d’orgues à Toulouse, 1834-1960, Toulouse, Bibliothèque municipale, 1987, p. 36.
66. Jean-Etienne-Marie Portalis (1764-1807) s’engage après le 18 brumaire au service de Bonaparte : directeur des Cultes (1801), il sera Ministre des Cultes (1804-1807) après avoir été l’instigateur du Concordat de 1801.
67. Arch. dép. Hérault, 4 V 25.
68. Le Préfet aurait-il choisi de n’envoyer à Champagny, Ministre de l’Intérieur, que les pétitions de Saint-Guilhem et d’omettre celles de Saint-Thibéry ?
69. Dossier de 20 pièces, 1792-1836, Arch. com. de Saint-Thibéry.
70. Nous aurons l’occasion de reprendre l’ensemble des documents et de les publier dans le cadre d’une étude plus large sur ces transferts d’orgues.
