Pour une sociologie des institutions scientifiques locales
Le cas de l’Institut de chimie de Montpellier (1889-1957)

* Département de sociologie, Université Paul Valéry, Montpellier.

Tenter de mettre en perspective le social et le scientifique n’est pas original. Il existe une tradition de sociologie des sciences reconnue dans notre discipline. Mettre en relation société et chimie ne l’est pas davantage malgré l’apparente précision de l’objet. Que ce soit dans la littérature romanesque ou bien autobiographique où respectivement Balzac 1 et Lévi 2 nous offrent des exemples intéressants ou bien encore, et tout naturellement, dans la sociologie ou l’« histoire sociale » 3 des sciences. Ces dernières disciplines ont montré d’abord par l’étude des polémiques, notamment celle qui opposait Pouchet à Pasteur 4, mais aussi par la réalisation de biographies critiques, notamment celle de Berthelot 5, tout l’intérêt qu’il y avait à considérer cet angle de vue.

Pour ce qui est du premier cas, il s’agit d’une controverse autour des théories de la génération spontanée au XIXe siècle qui oppose un médecin et un chimiste. Selon Farley et Geison, « Les comptes rendus traditionnels de ce débat ont porté presque exclusivement sur les problèmes expérimentaux qui opposèrent les combattants. Cette approche laisse, à notre avis, dans l’ombre l’importance considérable des aspects extra-scientifiques et politiques du débat » 6. « D’une façon plus générale, nous croyons qu’en réexaminant le débat Pasteur-Pouchet, nous révélerons l’influence directe de facteurs extrinsèques sur le contenu conceptuel des sciences reconnues » 7.

L’étude de la polémique montre qu’effectivement le contexte politique et religieux d’abord, la bonne estime et la protection de la part des élites scientifiques ensuite et la composition des deux commissions chargées par l’Académie des sciences de trancher la question ne sont pas neutres et pèsent plus que l’examen rigoureux des procédures expérimentales. En effet, le débat se déroule alors qu’en réaction à l’expérience révolutionnaire de 1848 l’Etat et l’Eglise s’allient contre le républicanisme et l’athéisme. Or il se trouve que Pasteur « avait l’avantage d’être au service des préjugés du parti de l’ordre et des intérêts de la théologie » 8 puis « en complet accord avec l’orthodoxie régnante du Second empire » 9. Sur le plan scientifique, il bénéficie d’abord du prestige posthume de Cuvier (le vainqueur de la première polémique autour de la génération spontanée sous le Premier empire) au moment où « l’élite scientifique française déployait une énergie considérable pour réfuter les thèses darwinistes, en se basant précisément sur le rejet de la génération spontanée » 10 et ensuite de l’aide de chimistes influents tels que Balard et Dumas qui, en haut lieux, soutiennent « depuis longtemps les intérêts de Pasteur » 11, Enfin, les commissions de l’Académie des sciences sont unanimement acquises à Pasteur. On y compte des disciples de Cuvier mais aussi Dumas et plus surprenant Balard qui « avait joué un rôle important dans les travaux de Pasteur contre la génération spontanée puisque c’est lui qui avait suggéré è ce dernier les fameuses expériences des ballons à col de cygne » 12.

Quant aux protocoles expérimentaux « durant toute la controverse sur la génération spontanée, Pasteur qualifia de  » ratées  » presque toutes les expériences – y compris les siennes – au cours desquelles la vie apparaissait mystérieusement, et de  » réussies  » toutes celles qui aboutissaient au résultat inverse » 13. Enfin Pasteur néglige « l’un des principes considérés comme fondamentaux de la  » méthode expérimentale  » – à savoir l’obligation de  » démontrer la fausseté  » des expériences de son adversaire » 14 sans « qu’aucun membre de la commission n’ait relevé cette violation » 15 !

Pour ce qui est du deuxième cas, Jacques déconstruit méthodiquement le mythe institué à la gloire de Berthelot à la lumière de ses carrières scientifique, institutionnelle puis politique. Celles-ci sont d’ailleurs le reflet d’une époque : la Troisième république et du positivisme ou « scientisme » 16 ambiant. « Si le mythe de Berthelot n’est ni le premier ni le seul de ce genre dans l’histoire des sciences et dans l’histoire de la sociologie des sciences, il n’en reste pas moins un des plus persistants et des mieux construits. Ne renouvelle-t-il pas en effet, cette créature qui répond sans doute à un besoin de société et qui, multiplié, banalisé, se trouve aujourd’hui sous les traits de la vedette de notre environnement quotidien ? Mais du même coup, ce processus original devient passionnant, dès lors qu’on cherche à comprendre les conditions de son aboutissement, la pratique médiatique qu’elle inaugure, le savoir-faire et le faire-connaître dont il jette les fondements. Analysé sous le bon angle, il nous révèle le mécanisme de l’accumulation de prestige qui est à l’origine de ce qu’on a appelé l’effet Saint-Matthieu. « On donnera à celui qui à, et il sera dans l’abondance ; quant à celui qui n’a pas, on lui ôtera même ce qu’il a » (Mt. XXV 29). En termes moins évangéliques, dans le domaine des sciences, ce prêt qu’on ne fait qu’aux riches veut dire qu’on grossira les mérites des savants déjà connus et qu’on oubliera encore plus ceux qui n’ont pas encore mérité la notoriété. Le sociologue Robert K. Merton qui a donné un nom à cet intéressant phénomène l’a surtout illustré par des exemples modernes. Celui de Berthelot, jusqu’ici moins étudié, mériterait pourtant d’être considéré comme un classique » 17. Jacques montre notamment comment ce scientifique se sert de tout son poids institutionnel et politique 18 pour d’une part imposer dans l’enseignement officiel secondaire et supérieur la notation en équivalents développée par son élève Jungfleisch et d’autre part maintenir les théories de l’atome au rang de simple hypothèse 19. Jacques analyse enfin en ces termes les erreurs scientifiques de Berthelot ainsi que son orientation vers la thermochimie : « j’ai cependant du mal à imaginer que cet homme encore jeune, malgré sa vanité et ses entêtements, ne se rende pas compte que les doctrines qu’il défend ne mènent nulle part, ne suggèrent aucune de ces hypothèses qui, vérifiées ou non, sont le moteur et le plaisir d’une recherche vivante » 20 ; « par une très astucieuse manœuvre, Berthelot choisit un nouveau domaine de recherches où ses idées fausses sont sans conséquences […] où il a peu de concurrents et peu de précurseurs » 21. Quant à Duhem, qui ose s’opposer au « tout puissant » 22 Berthelot sur la question du principe du travail maximum, il connaît ni plus ni moins que l’exil en province, à Bordeaux…

Chimie et société s’entrecroisent, institutions et connaissances scientifiques s’entremêlent à l’évidence. Nous voudrions, par cet article, avancer dans cette voie en déplaçant cependant notre regard des polémiques et biographies vers l’étude des institutions scientifiques et plus particulièrement d’un Institut de chimie. Nous nous retrouverons alors dans le champ plus étroit de la sociologie des institutions scientifiques inauguré par Ben David qui, dans les années 60, engage des recherches sur « le développement scientifique et ses conditions sociales » 23. Ses analyses utilisent les concepts « de science, de rôle et d’institutions » 24 et donnent « sans conteste un nouvel essor à l’étude historique des institutions ou organisations d’enseignement et de recherche scientifiques » 25. En attirant l’attention sur les formes institutionnelles qui accompagnent le progrès scientifique, Ben David aborde des questions importantes telles que les conséquences de l’institutionnalisation de la recherche, les effets de l’immersion de la recherche scientifique au sein des institutions d’enseignement universitaire, les liens qu’entretient la science avec les techniques et les industries puis les changements constants de la localisation géographique de l’activité scientifique mondiale. Comme chez Merton, les orientations et les contenus scientifiques sont pour Ben David indépendants. Il admet toutefois qu’une intervention de la société est possible sur le rythme du développement dans le sens où toute « interférence sociale d’origine extérieure ne peut que porter préjudice à la science » 26. Cette action du social sur le scientifique passe exclusivement par l’intermédiaire du « rôle social du scientifique officiellement admis, reconnu, consacré par la société » 27. La reconnaissance sociale du rôle du scientifique autorise ensuite l’institutionnalisation et l’organisation de l’activité scientifique. Or l’institutionnalisation et l’organisation centralisée de la science sont, constate Ben David, sources de déclin. C’est ainsi qu’il explique le transfert de l’hégémonie scientifique de l’Italie à la Grande-Bretagne, de la Grande-Bretagne à la France, puis de la France à l’Allemagne et enfin de l’Allemagne aux États-Unis : « Le centre mondial de la vie scientifique s’établit alors à Paris, parce que (et non pas bien que) le « rôle scientifique » étant moins institutionnalisé quoique fortement organisé sous la tutelle royale, son exercice s’est confiné beaucoup plus strictement dans la recherche pure sans perdre pour autant la faveur de l’opinion » 28. Plus tard, l’institutionnalisation de la recherche scientifique française et son organisation centralisée conduisent vers 1830 à son déclin au profit de l’Allemagne.

Mais, comme le remarque Lécuyer, Ben David ajoute alors à son modèle un nouveau facteur : « l’organisation appropriée des études et de la recherche dans les universités et les instituts spécialisés » 29 c’est-à-dire « l’impact des formes d’organisation universitaires d’enseignement et de recherche »30 sur le développement et l’innovation scientifique. Au XXe siècle, « les États-Unis réalisent pleinement les conditions de concurrence et de décentralisation que le système allemand n’avait qu’ébauchées, et transforment le modèle en donnant à la recherche (qui dispose d’instituts ou centres distincts) la priorité sur l’enseignement »31. L’hégémonie allemande puis américaine serait due à l’insertion des centres de recherche dans l’université tandis que le modèle français des grandes écoles sépare l’enseignement et la recherche. Enfin, Ben David s’interroge sur les liens entre technique, science et industrie qu’il estime « sporadiques, imprévisibles et réciproques »32, tout en relevant l’augmentation « du nombre de personnes remplissant ce  » rôle scientifique «  »33. Bien que contestables sur de nombreux points, Kuhn34 notamment remarque que beaucoup d’exemples se prêtent à des interprétations opposées, les réflexions de Ben David marquent selon Lécuyer « un tournant décisif dans la sociologie de la science »35. Nous retiendrons donc la problématique ouverte par Ben David non moins par les réponses apportées que par les questions posées et les concepts utilisés. Pour ce qui est de l’arrière fond théorique de notre étude, notre but n’est pas d’arbitrer entre la thèse externaliste et la thèse internaliste des sciences. Notre projet n’est pas davantage « d’affirmer a priori qu’il existe un lien quelconque entre les sciences et la société puisque l’existence ou non de ce lien dépend de ce que les acteurs ont fait pour l’établir ou non »36. Comme le préconisent Latour et Polanco, notre réflexion « ne fait que se donner les moyens de suivre ce lien lorsqu’il existe. Au lieu de trancher le nœud gordien – d’un côté la science pure, de l’autre la pure politique -, elle s’efforce de le démêler. On ne cherche plus la société cachée « dans », « derrière », ou « dessous » les sciences, mais on propose seulement un simple principe de démêlement : « Combien de temps peut-on suivre une politique sans aborder le contenu détaillé d’une science ? Combien de temps peut-on suivre le raisonnement d’un scientifique sans devoir y mêler les détails d’une politique ?  »37.

Il est cependant légitime d’évoquer l’antériorité des études de Ben David et le point de vue adopté dans la mesure où notre propos porte sur une institution de science appliquée : l’Institut de chimie de Montpellier (1889-1957), dont il s’agit d’expliquer et comprendre le développement. Celui-ci ne peut se faire sans évoquer son processus d’institutionnalisation et son organisation, sa double mission d’enseignement et de recherche et enfin les liens qu’il était censé entretenir avec l’industrie régionale c’est-à-dire ce qui fait le cœur de la thématique ouverte par Ben David.

Bien que la période étudiée s’inscrive pour l’essentiel entre 1870 et 1940 et bien que notre volonté soit de rompre avec « le grand partage » 38 évoqué plus haut, notre point de vue, reste, en raison de notre formation initiale, avant tout sociologique. Au-delà le souci de retrouver un parcours, reconstruire une histoire institutionnelle 39, notre objectif reste celui de mettre en évidence les facteurs et logiques sociales en jeu au sein de l’institution scientifique et ce malgré la présence d’une pluralité d’influences. Pour paraphraser Latour et Polanco, nous nous rangeons dans la catégorie des chercheurs « venue du côté politique et allant vers les sciences » 40. Par ailleurs, si la dimension sociale est hypertrophiée, nous souhaitons réserver une place privilégiée aux regards historique et géographique. En effet, l’étude de l’Institut de chimie de Montpellier, ancêtre de l’Ecole d’ingénieur actuelle 41, que nous proposons pour illustrer le propos se veut diachronique afin de mettre en évidence les processus historiques. Elle se veut également monographique afin de rendre compte des effets du territoire. L’espace et le temps croisent la perspective sociologique, cela n’est plus à développer. Hier les travaux de Durkheim aujourd’hui par exemple ceux de Petitat 42 montrent l’intérêt heuristique et la richesse du point de vue historique dans l’analyse et la compréhension des faits sociaux. Les monographies d’ethnologues hier et les études sur l’innovation technologique 43 (autrement dit sur les « technopôles ») par exemple aujourd’hui attestent de l’intérêt qu’il y a à reconsidérer la réalité sociale dans le contexte local qui est le sien. Cette orientation monographique et historique est d’ailleurs présente au sein des deux champs de recherche au sein desquels notre enquête oscille à savoir la sociologie des sciences bien sûr mais aussi la sociologie de l’éducation l’Institut de chimie de Montpellier est à la fois un lieu de recherche et un lieu de formation qui délivre des diplômes d’ingénieurs. Dans ces deux champs de recherche des analogies apparaissent : on passe effectivement, pour ce qui concerne les travaux contemporains du macro au micro, du structurel à l’actantiel, du national au local. Après les orientations globalisantes d’un Bourdieu en sociologie de l’éducation ou d’un Merton en sociologie des sciences (le structuro-fonctionnalisme a-historique du premier, privilégiant l’institution scolaire et son rôle structurant sur l’agent, fait en quelque sorte écho à celui du second) notre discipline redécouvre successivement l’acteur dans les années 80 puis le local dans les années 90. Les travaux emblématiques de Boudon 44 en sociologie de l’éducation et de Kuhn 45 en sociologie des sciences puis l’essor des thèses constructivistes en général, brisent les certitudes acquises et suscitent l’envie d’ouvrir les « boîtes noires » 46 institutionnelles et locales. Les sociologues contemporains ne s’en sont pas privés. Des travaux d’Henriot-Van Zanten 47 ou de Filâtre 48 d’une part ou bien des travaux de Latour 49 ou de Grossetti 50 d’autre part nous retiendrons cette même volonté : redonner toute leur place aux acteurs locaux (enseignants ou chercheurs), aux institutions locales (établissement scolaire ou laboratoire de recherche), aux dynamiques territoriales, aux situations historiques et aux monographies empiriques. On passe des structures à la classe ou à l’établissement puis des normes au laboratoire ou au technopôle. C’est à ce double mouvement que s’alimente notre questionnement sur les institutions scientifiques.

Aussi, notre problématique de recherche inscrit ce travail dans la lignée de celui entrepris par Grossetti 51 c’est-à-dire « dans le cadre d’une sociologie des institutions scientifiques, qui se différencie d’une sociologie de la science centrée sur les découvertes ou les controverses et prend pour objet principal les organisations qui les produisent. Dans la mesure où les organisations résultent de processus relativement longs, il est intéressant de les aborder non plus seulement en tant que lieux d’activités et d’interactions, mais aussi du point de vue de leur genèse et de leur évolution en intégrant la dimension de leurs orientations scientifiques. Une telle approche retrouve d’un certain point de vue des préoccupations anciennes de la sociologie de la science, mais en les inscrivant dans un tout autre contexte théorique et épistémologique. Si le choix d’un objet comme les institutions implique évidemment une posture relativement « externaliste » et l’usage de catégories générales de la sociologie, il ne s’associe ici nullement à un postulat néo-positiviste sur l’activité scientifique, dont il tente d’intégrer certains éléments internes pour améliorer les interprétations. Quant à la préoccupation de type historique, elle ne cherche pas dans le passé des situations pouvant illustrer un modèle théorique général ; elle répond plutôt à une préoccupation de type généalogique : dans quelle mesure la situation actuelle des institutions scientifiques peut-elle s’expliquer, au moins en partie, par les conditions de leur genèse ?  » 52. Quant à la préoccupation de type géographique, elle tient au fait que « L’accumulation dans les villes des établissements scientifiques créés ou installés au fil du temps finit par constituer de véritables systèmes scientifiques locaux, tous différents, tant par leur taille que par leurs composants, leurs articulations internes ou leurs relations avec l’environnement local. Au même titre que d’autres institutions (hôpitaux, théâtres, grandes entreprises, etc.), universités, écoles ou laboratoires contribuent à différents niveaux à la construction et la reproduction des villes et de leurs identités. Eléments du temps long et de la mémoire, les institutions scientifiques doivent être appréhendées d’un point de vue historique, à la fois dans leur genèse et leur développement dans et avec la ville. En effet, si les politiques d’aménagement du territoire peuvent modifier sensiblement les systèmes scientifiques locaux, ceux-ci se construisent pour l’essentiel selon des logiques articulant le local et le général, le scientifique et le politique et gardent de leurs moments de fondation des spécificités durables » 53.

Le développement de l’Institut de chimie est traversé par de nombreuses logiques qui débordent largement sa mission scientifique. Celle-ci est loin d’être perméable aux influences de l’économie, aux orientations politiques, aux soucis de carrières, aux choix organisationnels et aux stratégies universitaires. Il est par ailleurs tributaire du passé universitaire propre à Montpellier c’est-à-dire de la présence médicale et pharmaceutique qui donne une tonalité à la culture scientifique locale. Aussi, aux phénomènes nationaux se superposent ensuite la spécificité des enjeux locaux : « Tout système national a besoin de s’ancrer dans du local car sinon, à la limite, il ne représente plus qu’une entité abstraite extrêmement fragile » 54. Jeter un peu de lumière sur « ce qui se passe localement » 55 rend compte que « la centralisation administrative ne supprime pas tour pouvoir local » 56. Cela est tout aussi valable pour les institutions d’enseignement que pour les institutions de recherche.

C’est en tous les cas évident pour l’enseignement supérieur. « Pendant le XIXe siècle, il évoluera sans coordination, les hommes politiques créant de nouvelles institutions pour répondre à des besoins sociaux ou des pressions locales » 57, écrit Weisz. Même durant la période où il est question d’Education nationale (fin XVIIIe – début XIXe siècle) et d’école de la République (fin XIXe siècle), c’est-à-dire les périodes historiques où l’Etat pèse lourd sur l’institution scolaire et universitaire 58, l’enseignement supérieur reste territorialisé. Et il est sans doute excessif de dire à cet égard que « la territorialisation des politiques éducatives n’est pas une conquête du local, mais l’effet d’une politique nationale [..], voulue, définie, organisée et mise en place par l’Etat » 59. En effet, l’Etat est parfois débordé par les dynamiques locales. Autrement dit la relation Etat-local est une relation dialectique. C’est notamment le cas lorsque, sous la Troisième république, l’Etat éducateur cohabite avec l’Etat développeur et souhaite instituer tout au plus six centres universitaires afin de concentrer et d’optimiser les ressources et les investissements selon le modèle universitaire allemand 60. Or, sous la pression du Sénat « digne représentant des intérêts locaux » 61 auquel il concède « toutes les exigences » 62, l’Etat républicain en reconnaît finalement une quinzaine tant les villes entrent en compétition afin d’être choisies comme centre universitaire. A Toulouse, par exemple, l’adjoint au maire et professeur de lettres, Jaurès, s’inquiète des chances toulousaines et écrit à son recteur qu’« Il est temps que nous commencions de notre côté l’agitation universitaire comme à Lyon et Montpellier » 63. A Montpellier, le professeur de médecine et conseiller municipal, Bertin, « demande à entretenir le conseil d’une question qui intéresse à un haut degré l’avenir de la Ville de Montpellier » 64 :

« Il s’agit de la situation que lui crée, au point de vue universitaire, un projet ministériel sur la réorganisation de l’enseignement supérieur. Après avoir voté la liberté de cet enseignement, l’assemblée nationale décide que le Ministre de l’Instruction publique aurait à lui soumettre avant un an un projet de réorganisation complète de l’enseignement supérieur universitaire pour mettre ce dernier en mesure de soutenir la prochaine concurrence. C’est de ce projet dont il s’agit, et ce que nous savons des intentions du Ministre et des dispositions du Conseil supérieur de l’instruction publique est plein de danger pour l’avenir scientifique de notre ville. Ce projet instituerait six centres universitaires formés par la juxtaposition des quatre facultés et dominant toutes les villes de leur rayon qui n’auraient que des facultés ou des écoles isolées. Or, Montpellier ne serait pas compris parmi les six centres. Monsieur Bertin expose les conséquences de cet abandon au point de vue des intérêts scientifiques et par contre coup des intérêts matériels eux mêmes de la Ville de Montpellier. Il sait combien le conseil mérite peu et a le droit de mépriser les insinuations malveillantes qui font peser la responsabilité de cette situation sur son indifférence ou son hostilité envers tout ce qui touche aux questions élevées de l’enseignement. Le conseil a fait ses preuves à cet égard depuis l’instruction primaire jusqu’à ce qui concerne l’instruction supérieure, aussi, Monsieur Bertin juge-t-il qu’il suffit ici de signaler le danger et de montrer le remède, bien assuré tout au contraire, que la défense ne saurait heureusement tomber en de meilleures mains. Le remède, c’est d’après Monsieur Bertin, que la Ville de Montpellier demande aussitôt la création d’une école-de-droit dont elle s’engagera à supporter la dépense, qu’elle offre de faire de sérieux sacrifices pour améliorer ses autres facultés, et qu’elle réclame en échange le titre de centre universitaire. Pour examiner du reste au point de vue pratique les conditions et l’opportunité de cette proposition, Monsieur Bertin demande la nomination immédiate d’une commission qui devra étudier dans ses détails et présenter sans délai son rapport à la délibération du conseil. La proposition de Monsieur Bertin est approuvée par la totalité du conseil qui nomme une commission […] ; Monsieur Beaume insiste auprès de la commission pour lui recommander la plus grande activité, et prie Monsieur le Maire de la convoquer sans aucun retard. La proposition de Monsieur Beaume est adoptée par le conseil » 65.

Bertin obtient de la Ville « de grands, de très grands sacrifices » 66 et fait plus tard savoir au Conseil municipal que « des villes voisines faisant tous leurs efforts pour déposséder à leur profit celle de Montpellier, il importe de mettre nous-même tout en œuvre pour conjurer un semblable danger » 67, La réaction municipale est toute aussi vive lorsque Marseille entre dans la compétition universitaire en demandant une Faculté de médecine. Le Conseil démissionne : « Nous voulons, par cette dernière et décisive démonstration, qu’aucun doute ne reste dans l’esprit des Ministres sur l’intérêt vital attaché è la question soulevée. Par la démission de ses élus, la Ville de Montpellier ne fait qu’affirmer qu’elle lutte pour l’existence » 68.

« Considérant qu’à la suite d’engagements pris d’un commun accord avec l’État, pour la création d’un centre universitaire complet, la Ville de Montpellier a dépensé depuis dix années plus de trois millions ; Attendu que, la création d’une nouvelle Faculté de Médecine à Marseille porterait un préjudice irréparable aux intérêts universitaires de la Ville ; Attendu que, si le Gouvernement ne s’est pas encore prononcé définitivement en faveur de Marseille, il a cependant accueilli les propositions de cette Ville avec assez de bienveillance pour que la ville de Montpellier se sente, dès maintenant, atteinte dans la sécurité que paraissaient devoir lui garantir les dépenses considérables consenties par elle depuis quelques années, avec l’assentiment et le concours de l’Etat, pour la prospérité et l’accroissement de ses Facultés ; Attendu que, laissant de côté l’intérêt particulier de la Ville de Montpellier, la création d’une faculté de Médecine à Marseille ne répond à aucune nécessité d’ordre général ; qu’au point de vue, notamment, de l’enseignement supérieur il suffit de s’en référer à l’avis unanimement défavorable de la section du Conseil supérieur de l’instruction publique ; Attendu que, dans ces conditions, le Conseil municipal se trouve dans l’impossibilité de continuer à représenter une population, qui pouvait attendre de son dévouement constant à la République une plus juste appréciation de ses droits et des sacrifices qu’elle s’est imposés ; Pour ces motifs, Le Conseil municipal è l’honneur et le regret d’adresser à M. le Préfet de l’Hérault sa démission collective » 696.

Liard écrit plus tard à ce sujet : « Se figure-t-on encore les Facultés de Toulouse acceptant docilement la suzeraineté de Montpellier ? En admettant que le groupement eût pu se faire, c’eût été, à peine fait, tendance intestine à la dislocation » 70. Hier comme aujourd’hui, l’enjeu universitaire traverse les politiques urbaines lorsqu’il n’en est pas le moteur.

Pour ce qui est de la recherche, l’influence du local est tout aussi présente et essentielle. A la fin du XIXe siècle dont on connaît le rôle fondateur, cette empreinte du local se manifeste, en France, à travers la multiplication d’instituts techniques et de chaires de sciences appliquées dans les Facultés des sciences : « L’effort massif en faveur de l’éducation, les réformes de l’enseignement supérieur et surtout la relative autonomie accordée aux facultés et aux milieux locaux sont à l’origine d’une profonde différenciation des pôles scientifiques » 71. Les milieux locaux s’engagent à cette époque dans une « compétition pour la science » 72 par le biais de subventions municipales et quelquefois de soutiens en provenance de l’industrie locale. Ces différentes aides interviennent pour générer des instituts de chronométrie à Besançon, d’œnologie à Dijon, d’agriculture à Alger, de brasserie à Nancy, de tannerie à Lyon, d’électrotechnique à Grenoble, d’aérotechnique à Paris, d’électricité industrielle à Toulouse, pour ne retenir que quelques exemples indicatifs 73. Mais l’investissement reste inégal entre les sites : Nancy n’ouvre pas moins de cinq instituts, suivie par Toulouse qui se dote de trois alors que la norme est d’un voire deux. Aussi, en 1913, trois sites (Toulouse, Nancy et Grenoble) forment 80 % des diplômés de sciences appliquées en France tandis que 60 % de leurs étudiants de sciences fréquentent ces disciplines nouvelles 74. Ces logiques scientifiques locales divergentes inaugurent une diversification scientifique du territoire et aident à expliquer la carte des pôles scientifiques français actuels : « Grenoble : le plus grand pôle de recherche de province grâce à la physique et aux sciences de l’ingénieur […]. Toulouse : […] la plus importante concentration d’étudiants en province est aussi un grand pôle de recherche et de formation des ingénieurs […]. Nancy : les sciences pour l’ingénieur […]. Aix-Marseille : une faiblesse des formations d’ingénieurs dans un grand pôle des sciences de l’ingénieur […]. Lille : un grand centre d’enseignement supérieur mais un potentiel de recherche moyen […]. Lyon entre la chimie et les grandes écoles […]. Strasbourg : entre médecine et chimie […]. Bordeaux : l’importance de la chimie et la faiblesse des formations d’ingénieurs […]. Rennes : un grand centre académique mais un pôle de recherche modeste » 75. Quant aux spécificités du système scientifique local de Montpellier « entre médecine, chimie et agronomie » 76, il s’explique par sa tradition médicale hérité du XIIe siècle 77, la localisation d’une école d’agronomie en 1872 78 puis l’existence de son Institut de chimie.

Aussi, « L’hypothèse que nous chercherons è argumenter au cours de cette analyse est que la structure institutionnelle et les rapports entre acteurs internes au système, tels qu’ils existent è un moment donné, peuvent expliquer les orientations prises par les institutions scientifiques locales » 79 et « la construction de traditions scientifiques locales 80. Dans le passé, « Pas plus que les philosophes, les sociologues n’ont pris en compte les pratiques concrètes et les cultures locales (c’est-à-dire l’ensemble des ressources mobilisées dans l’action) » 81 : c’est désormais souhaitable. Outre les travaux sur la multiplication des Instituts des Facultés des sciences que l’on vient d’évoquer, « Maurice montre qu’il existe une variabilité sociale de l’innovation d’un pays à l’autre. Les innovations sont des construits sociaux que l’on ne peut abstraire des contextes sociétaux dans lesquels elles ont été conçues » 82. On ne peut dissocier l’étude du développement scientifique de la notion d’espace qu’il soit mondial, continental, national ou bien encore local, d’un espace changeant, centré et hiérarchisé pour reprendre les trois « règles tendancielles » 83 évoquées par Polanco 84.

Qu’en est-il de l’Institut de chimie de Montpellier ? En quoi son développement mais aussi ses orientations de recherche se prêtent à l’analyse sociologique ? Pourquoi un Institut de chimie à Montpellier ? Pourquoi se distingue-t-il des nombreux Instituts de chimie qui se développent à la même période ? Qu’est-ce que la prise en compte de la dimension locale apporte à l’interprétation ? 85. Combien de temps peut-on suivre la piste institutionnelle sans toucher aux contenus scientifiques ?, etc.

La chimie appliquée connaît un essor au tournant du XIXe et XXe siècle. En quelques années, plusieurs instituts de chimie sont localement décidés aux quatre coins du territoire national dans le cadre de la politique scientifique du gouvernement de la Troisième république qui encourage, faute de moyens financiers, ce type d’initiative locale : Lyon 1883 – Nancy 1887 – Bordeaux 1891 – Lille 1894 – Paris 1896 – Toulouse 1906 – Clermont-Ferrand 1913 – Caen 1914 – Besançon 1920 86. D’où la création d’un Institut de chimie à Montpellier en 1889 et la délivrance d’un diplôme d’ingénieur à partir de 1908. Or, à y regarder de plus près, ce dernier ne ressemble en rien à ses homologues. La spécificité de l’Institut de chimie de Montpellier tient essentiellement à deux particularités : institutionnelle et organisationnelle. La première est que le diplôme d’ingénieur chimiste de Montpellier s’obtient en une année de formation à la suite d’une licence ès science. Partout ailleurs, les instituts recrutent des bacheliers qu’ils forment en trois années. La deuxième est qu’il est jusqu’au début des années 1920, un Institut d’université et non comme la plupart un Institut de faculté. Autrement dit, il regroupe les chimistes de la Faculté de sciences et ceux de l’Ecole de pharmacie. A partir de ce constat nous nous proposons d’interroger les causes et conséquences et cette forme institutionnelle locale singulière ?

L’Institut de chimie nait sous la forme d’un Institut d’université en 1889 parce que Montpellier court après le statut de centre universitaire. Il n’est jamais question à cette époque pour la Faculté des sciences de répondre aux besoins d’une industrie locale. Elle n’existe d’ailleurs plus. En effet, l’industrie chimique héritée de Chaptal ou même Balard a disparu au moment où les capitaux se tournent vers la viticulture d’un meilleur rendement. La création de l’Institut de chimie s’insère dans la stratégie locale qu’il faut qualifier d’universitaire et municipale et qui privilégie les sciences professionnelles nobles et traditionnelles telles que la médecine et le droit au détriment des sciences appliquées et nouvelles comme la chimie où encore l’électricité. Mais Montpellier veut devenir le centre universitaire du sud de la France. Elle s’en juge digne compte tenu du passé illustre de sa Faculté de médecine 87. D’où l’intervention de Bertin et l’action municipale qui s’endette afin de créer sur des fonds propres l’Ecole de droit qui lui manque pour être un centre universitaire complet. Il avait été dit que les centres universitaires complets deviendraient de fait des universités : « Avant d’attacher l’étiquette sur des établissements encore dénués de l’esprit universitaire, on résolut de provoquer en eux cet esprit et de faire en sorte que peu à peu la constitution des universités finît par apparaître comme la conséquence des progrès réalisés et que le moment venu, la loi eût moins à les créer qu’à les consacrer » écrit Liard 88. Mais les effets d’une telle stratégie se font attendre. Le gouvernement n’arrive pas à trancher et joue même la surenchère entre les villes. Tant et si bien que la Municipalité de Montpellier, acquise à la cause des universitaires 89, éprouve de plus en plus de difficultés à libérer l’argent nécessaire pour cette politique. En Conseil municipal l’unanimité n’est plus de mise. Montpellier organise alors en 1890 de grandes festivités afin de commémorer le sixième centenaire de l’Université. L’objectif est d’acheter la décision gouvernementale en invitant les décideurs parisiens : le Président de la République, des ministres, mais aussi Liard le Directeur de l’enseignement supérieur. C’est dans ce processus que s’incrit la genèse de l’Institut de chimie. En effet, Montpellier prête une oreille toute particulière aux vœux de Liard. Et ce dernier tourne depuis plusieurs années toute son attention sur un projet qui consiste à réorganiser les institutions universitaire en fédérant au sein d’un même institut toutes les chaires locales d’une même discipline. Il n’existe pas moins de quatre chaires de chimie à Montpellier deux à 1’Ecole de pharmacie, une à la Faculté de médecine et une à la Faculté des sciences. Cette réorganisation permet des économies en matériel de laboratoire et favorise les échanges scientifiques. Montpellier qui ne souhaite pas décevoir ce personnage influent ne crée pas moins de six instituts de sciences dont l’Institut de chimie. Les fonds nécessaires sont apportés à parité par l’Etat et la Ville qui se serait bien passé de cet investissement. Elle sera d’ailleurs la seule ville de française à faire ce choix, donc la seule ville à instituer un Institut d’université de chimie. Il n’est pas question de développer la chimie appliquée mais bien d’obtenir avant tout un centre universitaire.

Les conséquences sont immédiates. L’Institut est situé dans l’Ecole de pharmacie sans qu’aucune relation ne s’instaure entre les scientifiques et les pharmaciens. Loin s’en faut même, il est source de conflits. Chaque équipe dispose d’une aile du bâtiment et développe ses propres orientations. Aussi l’Institut de chimie tel que l’entendait Liard n’existe jamais. Le professeur de chimie de la Faculté des sciences écrit dès 1892 : « Que les instituts ne sont actuellement régis par aucun règlement ; Que cette absence de toute réglementation est souvent la cause inévitable de difficultés ; Que, partant, elle est de nature è retarder le développement de cette institution et à empêcher de porter les fruits que l’on est en droit d’en attendre ; Emet le vœu que l’Administration supérieure veuille bien se préoccuper de l’organisation définitive de l’œuvre si éminemment utile et féconde en promesses des Instituts » 90. Il faudra cependant attendre le début des années vingt pour que lui soit substitué un Institut de la Faculté des sciences. Les discours faits lors des rentrées sollanelles, des éloges ou bien des conseils de facultés donnent une idée de la situation. Il est question « de nombreuses difficultés » 91, de « malentendus » 92, de gestion « délicate » 93. Aussi, « L’assemblée de la Faculté des Sciences de l’Université de Montpellier, après avoir pris connaissance du Décret du 29 Juillet 1920 et de la circulaire ministérielle en date du 10 Août 1920, Considérant qu’il n a pas lieu de retenir l’idée de la création d ‘un Institut Chimique de l’Université (formé par la réunion de plusieurs chaires de Chimie appartenant è des Facultés différentes de la même Université), ce genre de Groupement n’ayant jamais produit, pour la Chimie, aucun résultat utile, étant d’ailleurs déconseillé par les personnes les plus compétentes et n’ayant jamais été adopté par aucune autre Université ; Considérant qu’au contraire il peut y avoir utilité à créer un Institut Chimique de la Faculté des Sciences de Montpellier sur le type de ceux qui existent aujourd’hui dans presque toutes les Facultés des Sciences, le nombre des maîtres et des élèves justifiant suffisamment cette création et d’en réglementer l’organisation et le fonctionnement, propose le règlement qui suit : Article I. Il est crée un institut Chimique de la Faculté des Sciences de l’Université de Montpellier, è partir du 1er janvier 1921 » 90.

Malgré « les avis de hautes personnes compétentes appartenant aux sphères dirigeantes de l’enseignement supérieur et plus particulièrement de l’enseignement de la Chimie » 95 évoqués par le professeur de chimie à la Faculté des sciences, De Forcrand, le Ministère demande au Recteur de bien vouloir lui fournir les raisons qui ont commandé localement à la suppression des instituts de Montpellier. Il est proposé la réponse suivante :

« Les deux premiers Instituts furent formés par la réunion des chaires de Chimie, dans un cas, de Physique dans l’autre cas, de la Faculté des Sciences et de la Faculté de Pharmacie. Les ressources de ces chaires dans chaque Institut devaient être mises en commun, en prévision d’une vie commune entre Professeurs de la même discipline. Telle est l’origine et telle devait être la nature de ces Instituts. Pour quelles raisons ces Instituts ne rendirent pas dans la suite les services qu’on espérait lors de leur création ? C’est que tout d’abord, à l’application il apparut bien vite que la situation était beaucoup moins séduisante. En fait, tout ou presque tout est resté séparé. Les chaires vécurent côte à côte, sans pénétration aucune, sans vie commune, comme des étrangères. Il est du reste assez facile de se rendre compte qu’il devait en être forcément ainsi et que cela ne tient nullement aux personnes, mais à la nature des choses. L’organisation générale de nos établissements d’enseignement supérieur est ainsi faite que deux chaires du même nom mais appartenant è deux Facultés différentes, sont aussi étrangères que possible l’une de l’autre. Les Facultés restent propriétaires de leurs biens et de leurs collections ; elles ont des besoins et des ressources qui ne sont pas les mêmes ; elles donnent des enseignements en vue de carrières différentes ; le régime des cours et des examens n’a rien d’analogue. Il est impossible de faire une même famille avec des éléments aussi disparates. Surtout, il ne suffit pas de dire ci un des Professeurs « Vous êtes Directeur de l’Institut » pour que cet Institut fonctionne. Le Directeur ne peut en effet n’avoir aucune autorité sur des Collègues et tout un personnel appartenant à une autre Faculté dont l’enseignement dépend de l’assemblée de cette Faculté. Pour toutes ces raisons, les Instituts de Montpellier finirent peu à peu par ne plus exister que théoriquement ; chaque chaire reprit progressivement une partie des apports primitifs ; les collections communes ne furent plus guère augmentées, car chaque chaire avait des besoins différents, étant donné la nature et des enseignements et des travaux qu’on y poursuivait. Le Conseil de l’Université de Montpellier se permet du reste de faire remarquer que la tentative esquissée, en 1890, à Montpellier est restée unique, car ces Instituts, créés à Nancy, Lille, Toulouse, Marseille, Grenoble, Strasbourg, etc., furent tous des Instituts de Faculté dont les services, le personnel, les collections dépendent de la Faculté des Sciences. Leur Directeurs sont simplement les délégués du Doyen, ils tiennent de lui leur autorité sur des services qui sont tous de la même Faculté; par suite, ils peuvent avoir responsabilité et direction effective. Ce sont ces conditions réunies qui expliquent la vitalité de tels organismes » 96.

Un compte rendu du Conseil d’Université de 1902 laisse entrevoir une des querelles qui anime les partenaires de cet Institut de chimie. Le président de séance y lit une lettre du professeur de chimie de la Faculté des sciences déclarant que les professeurs membres de l’Institut de chimie ont accepté et proposent le rattachement à l’Institut de tous les crédits affectés aux chaires de chimie. La réaction du professeur de chimie de l’Ecole de pharmacie est immédiate. Il dénonce ce coup de force : « M. Astre fait observer que l’un des professeurs intéressés était absent à la séance visée par M. de Forcrand ; que le rattachement n’a été voté qu’à titre d’essai et pour un an ; et qu’au lieu d’une lettre, où cette réserve capitale n’est pas formulée, c’est un procès-verbal de la séance de l’Institut qui aurait du être communiqué au Conseil » 97.

Cette nouvelle forme institutionnelle s’accompagne d’une nouvelle dynamique qui s’apparente alors à celle que l’on rencontre sur d’autres sites universitaires et scientifiques. L’Institut de chimie s’adjoint un Institut des carburants en 1923 et s’oriente vers la chimie appliquée. Ce dernier est le fruit d’un financement régional lié à la question du Carburant national qui est née dans le Midi viticole à l’initiative parlementaire des députés de l’Hérault. Ces derniers, impressionnés par le rôle prépondérant joué durant la guerre par les voitures et camions, s’interrogent sur les conséquences d’une éventuelle pénurie d’essence pour le pays 98. Il leur semble judicieux de réfléchir sur des produits de substitution tirés du sol national et notamment sur l’alcool. Un concours national est alors organisé en 1922 auquel collabore des professeurs de chimie montpelliérains. Tous les essais de laboratoires ont par exemple été effectués à l’Institut chimique de la Faculté des Sciences de Montpellier. Aussi, lors d’une séance du Conseil de la Faculté des Sciences de 1923, il est fait état de cette création :

« Le Comice Agricole de Béziers, heureusement impressionné par les services rendus à la région par la Faculté des Sciences de Montpellier à l’occasion de cette manifestation et pleinement convaincu des services que cette Faculté est encore susceptible de rendre à la solution du problème national des carburants, a décidé récemment, en plein accord avec le Comité scientifique du Carburant, présidé par M. Daniel Berthelot, Membre de l’Institut, d’attribuer au service de Chimie de la Faculté des Sciences de Montpellier la somme de quarante mille francs » 99 ; « Dans l’esprit du Comice Agricole de Béziers, cette somme est destinée non seulement ci permettre à notre service de Chimie de poursuivre ses recherches sur le carburants, mais aussi de former des jeunes gens familiarisés avec les méthodes d’investigation relatives à l’étude des carburants solides, liquides et gazeux, l’étude, plus spéciale, des Pétroles étant réservée au Laboratoire du Pétrole annexé à la Faculté des Sciences de Strasbourg. Le Comité Scientifique et le Comité d’organisation de Béziers furent, en effet, heureux de rencontrer parmi nos collaborateurs immédiats des jeunes gens diplômés de notre Université, tels que nos Ingénieurs-Chimistes, possédant des connaissances chimiques et physico-chimiques dont l’ensemble forme un bagage scientifique très complet et qui les rendent aptes à rendre de grands services pour le développement de l’emploi de nos carburants nationaux » 100.

Ce n’est donc qu’après trente cinq années d’existence que la chimie appliquée de Montpellier sort de l’impasse singulière dans laquelle elle s’était engagée en 1889 dans le but d’obtenir un Centre universitaire et trouve ses premiers partenaires régionaux ainsi que ses premières applications industrielles. Quoi qu’il en soit, ces deux épisodes de l’histoire institutionnelle de l’Institut de chimie de Montpellier montre le poids des enjeux locaux et régionaux sur le développement de celui-ci et la forme institutionnelle qu’il se donne.

Nous retrouverons cette même logique locale pour ce qui est de l’organisation du diplôme d’ingénieur. Le premier pas vers la formation universitaire d’ingénieurs chimistes passe, en 1897, par la création, en complément du certificat de chimie générale, d’un certificat de chimie appliquée à la Faculté des sciences. Or celle-ci est d’une part tardive et ensuite mal gérée. Le professeur de chimie de la Faculté des sciences n’est pas dupe sur le premier point lorsqu’il écrit que : « De toutes parts déjà des enseignements de chimie appliquée existaient. » 101 ou bien encore : « Je ne crois pas qu’il existe en France une Université dont l’enseignement chimique ait eu un passé aussi glorieux que celui de l’Université de Montpellier. […]. Cependant, tandis que, depuis vingt-cinq à trente ans déjà, la plupart des autres Facultés des sciences cherchaient à développer leur enseignement chimique, celle de Montpellier semblait oublier que noblesse oblige. A partir de 1878 des enseignements de chimie industrielle étaient créés à Lyon, à Nancy, à Bordeaux, à Toulouse, à Marseille, à Lille ; et Montpellier restait avec une seule chaire de chimie, avec un professeur unique. En 1886, il est vrai, on lui avait adjoint une maîtrise de conférences, sorte de dédoublement timide, mais cette réforme n’était venue que plusieurs années après des créations analogues faites ailleurs, et encore ce nouvel enseignement n’était-il point spécialisé […]. Ceux qui plus tard raconteront notre histoire diront que ce n’est que beaucoup plus tard, en 1898, que Montpellier s’engagea dans la voie ouverte déjà presque partout ailleurs. » 102. Montpellier suit le mouvement général autorisé par le décret du 22 janvier 1896 sur le régime de la licence ès sciences qui permet de créer des certificats d’études supérieures distincts (science théorique ou de science appliquée) et ensuite la loi du 10 juillet 1896 sur les Universités qui donne aux Facultés la libre disposition de développer, à leurs frais, certains enseignements suivant les conditions locales. Mais alors que l’avis du Comité consultatif de l’enseignement public est favorable à un certificat de physique appliquée, la création du certificat de chimie appliquée connait dès le départ quelques difficultés trois navettes avec le Ministère sont nécessaires. D’abord parce que le projet montpelliérain méconnait « les principes qui ont servi de guide lors de la réforme de la licence ès sciences » 103. Le certificat demandé n’est que « le « trop plein » de l’enseignement préparatoire au certificat de chimie générale » 104. Ensuite parce que la question ne semble pas avoir « été suffisamment étudiée » 105. Le Ministre fait savoir que le programme « très bon à son avis pour un cours de licence ou de P.C.N. ne saurait être adopté pour un cours de chimie appliquée » 106. Enfin le Ministère regrette « que le programme de Chimie appliquée de Montpellier ne fasse pas mention du « vin » alors que l’industrie du bitume y est inscrite » 107. Le certificat de chimie appliquée finalement autorisé après trois recentrages successifs sur les questions de chimie industrielle et comme le suggère la dernière remarque du Ministre sur la question des applications régionales fonctionne alors sur des fonds propres sans aucune ressources extérieures à l’Université : « l’Etat se désintéresse (chose triste à dire) de ces tentatives, et qu’à moins de pouvoir compter sur quelques Mécène, les ressources indispensables ne peuvent venir que des Universités et de la rétribution des étudiants » 108. Ce processus laborieux débouche en 1906 sur la création d’un troisième certificat de chimie physique puis en 1909 sur la création d’un diplôme d’ingénieur-chimiste original puisqu’il reçoit des licenciés ès sciences désirant acquérir une formation pratique complémentaire en un an.

Cette singularité tient à trois facteurs locaux convergents l’orientation du professeur de chimie de la Faculté des sciences qui porte le projet, l’héritage d’une culture universitaire locale défavorable aux sciences appliquées et enfin l’absence d’environnement industriel régional. Le professeur de chimie, que nous avons vu maladroit mais persévérant, est un disciple fidèle de Berthelot. Ce dernier dont on connaît l’influence regrette dès 1886 que les universitaires aient « déjà été arrachés de force de la sphère de la théorie et de l’abstraction à laquelle par nature et par choix ils appartenaient réellement » 109. Aussi, tout en prônant le développement de la chimie appliquée De Forcrand ne semble pas prêt à suivre à la lettre les exemples toulousain ou nancéen qui forment des bacheliers en trois années. En effet, tout en étant favorable au développement de l’enseignement supérieur professionnel, pour des raisons sur lesquelles nous reviendrons, il n’en discerne pas moins les pièges. Il écrit dès 1899 : « On me dira peut-être, et c’est sans doute l’objection la plus grave à redouter : vous transformez nos Universités en Ecoles professionnelles ; or ce n’est pas là leur caractère. Ce sont des Ecoles de haute science ; il n’est pas dans notre nature de préparer directement aux carrières » 110. Aussi lorsqu’il est question d’instituer un diplôme d’ingénieur-chimiste, il justifie l’organisation adoptée et plus exactement la philosophie de celle-ci en ces termes :

« Quant à la direction applications, nous avons cherché à nous instruire par les tentatives faites ailleurs avant nous. Venus un peu tard, nous devions évidemment profiter de l’expérience des autres Universités, sans nous croire obligés de copier simplement ce qui existait à côté. Et même, pour les raisons que je vais dire, nous avons cru devoir adopter une organisation tout à fait différente. » 111

« C’est l’industrie d’une part, ce sont ensuite les nouveaux laboratoires d’analyse ou de répression des fraudes, qui réclament des chimistes. Il nous a semblé qu’ils en réclamaient de deux catégories. D’abord tout un bataillon de chimistes-manœuvres. […]. Nous estimons […] qu’en vue de ce rôle les Universités n’ont rien à faire. Ce n’est pas là leur œuvre. Aussi nous avons écarté le système, adopté ailleurs, qui consiste à acceullir tous les jeunes gens qui viennent à nous pour devenir chimiste, en leur faisant subir à l’entrée quelques concours ou examens portant sur l’orthographe ou sur l’arithmétique, à leur donner ensuite pendant deux ou trois ans un enseignement approprié à leur niveau et à sanctionner finalement ces études par un diplôme de chimiste. Mais l’industrie et les laboratoires d’analyse ont aujourd’hui, et plus que jamais, besoin d’un genre de chimiste tout autre ; ce sont les ingénieurs-chimistes. Ils diffèrent des précédents comme l’architecte diffère de l’entrepreneur ou du maître ouvrier. Ceux-là, placés à la tête d’une fabrication industrielle, devront la diriger au point de vue chimique ; ou bien ils deviendront directeurs de laboratoires d’analyses, d’œnologie, de répression des fraudes. Ils ne feront pas eux mêmes les analyses quotidiennes, mais formeront et dirigeront les chimistes chargés de les faire; dans une usine ; ils chercheront à améliorer le rendement, la qualité, la fabrication ; dans un laboratoire ils étudieront et perfectionneront les méthodes. Pour ces véritables ingénieurs-chimistes, on ne saurait demander trop de garanties. » 112

« Pour faire tout à fait bien, un ingénieur-chimiste devrait non seulement avoir des connaissances chimiques très approfondies et très générales, mais des notions de minéralogie, de géologie, de physique, de mécanique. La réalisation de cet idéal n’est certainement pas possible ; elle exigerait plus de dix années d’études. Mais du moins avons-nous pensé que nous devions chercher à ne pas trop nous en éloigner. Et pour ce faire nous avons pris pour base notre petit édifice des trois certificats d’études supérieures de chimie dont j’ai parlé plus haut : chimie générale, chimie appliquée et chimie physique. La condition fondamentale que nous avons admise est donc que seuls pourront se faire inscrire pour préparer le diplôme d’ingénieur-chimiste les candidats licenciés ès sciences pourvus d’abord des trois certificats de chimie. » 113

« Notre intention n’est pas d’ailleurs d’en faire un grand nombre. Si l’industrie et les laboratoires d’analyse réclament beaucoup de chimistes-manœuvres, c’est par quelques unités seulement qu’il faut chiffrer le nombre des véritables ingénieurs-chimistes nécessaires à une région. Nous avons commencé par deux l’année dernière : nous en préparons cinq cette année. Notre intention n’est pas de dépasser beaucoup ce dernier chiffre. » 114.

Enfin un article du projet de diplôme, supprimé par le Ministère, vante l’utilité de la formation en vue de la poursuite des études en thèse de doctorat. Il rappelle à lui seul le souci de conserver une formation avant tout universitaire. Aussi, cette conception du diplôme n’est pas fortuite. On peut ensuite émettre l’hypothèse qu’elle est encouragée par l’image que l’Université de Montpellier a d’elle-même et veut donner d’elle-même. La renommée de sa Faculté de médecine et sa tradition universitaire ancienne la conforte dans un rôle précis : la formation aux sciences nobles et théoriques puis à la recherche fondamentales et pure. L’accès aux sciences appliquées si elle a lieu n’y est tolérée et ne peut s’y faire que par le haut au nom du « prestige de nos universités » 115. Les propos du Recteur de l’époque sont à cet égard exemplaires lorsqu’il fait état d’une rencontre avec un professeur de Grenoble en ces termes :

« Le professeur dont je vous parle, M. Léger, est venu me voir, et dans l’entretien que j’ai eu le plaisir d’avoir avec lui il m’a dit une chose qui m’a beaucoup frappé. Comme je lui parlais de l’Université de Grenoble, où les sciences appliquées ont pris depuis quelques années un si brillant essor, il m’a répondu qu’en raison de sa situation géographique, et aussi pour augmenter les ressources de son budget, Grenoble s’était orientée dans ce sens et qu’elle avait sans doute bien fait ; mais qu’a son avis Montpellier aurait tord de chercher à suivre son exemple. Il y a maintenant, me disait-il, des Facultés des Sciences, comme Grenoble et Nancy, qui sont devenues de véritables usines. Elles y trouvent leur profit ; elles rendent de grands services à l’industrie ; elles placent avantageusement leurs élèves, soit en France, soit à l’étranger. C’est fort bien ; mais quoique le courant nous porte de ce côté, et qu’on encourage officiellement les Facultés des Sciences à entrer dans la voie, je crois, me disait M. Léger, qu’il ne faudrait pas dépasser la mesure, et j’estime que certaines Universités (et Montpellier me paraît être de ce nombre), sans dédaigner les applications, devraient tenir à l’honneur de rester des asiles de la science pure, qui y a depuis longtemps été cultivée avec éclat. Un jour viendra peut être où cette fidélité aux recherches désintéressées constituera à ces Universités une originalité profitable, car si l’on a besoin d’ingénieurs, de chimistes, d’électriciens, on aura toujours besoin aussi de vrais savants, et c’est auprès d’elles qu’ils seront obligés d’aller se former. Tel fut, en substance, le langage que me tint M. Léger, et ces réflexions, venant d’un homme aussi compétent et aussi distingué que lui, me semblent mériter la plus sérieuse attention. Il ne faut pas que pour vouloir être dans le mouvement, poursuivre la mode, Montpellier s’écarte de la voie que lui tracent ses conditions d’existence et ses traditions, et je me réjouis de constater, par exemple, que la préparation aux difficiles concours de l’agrégation y est aussi florissante que jamais. » 116.

Montpellier n’est donc pas dupe des dérives susceptibles de toucher les formations de sciences appliquées lorsqu’il est question au début du siècle de créer un diplôme d’ingénieur. Aussi, l’attitude du professeur de chimie est l’expression du débat qui traverse la communauté scientifique française sur les relations entre la science appliquée et la science pure. De Forcrand est pour le moins partagé entre l’opportunité qui se présente de développer les sciences appliquées et les risques inhérents à cette option. Il n’est d’ailleurs pas rare vers 1907 de rencontrer cette perplexité. Haller dont on connaît l’action militante en faveur du développement des sciences appliquées à Nancy 117 accepte à cette époque l’idée qu’ : « Il ne faut pas délaisser la science pure ; c’est aux ressources que l’industrie chimique allemande a trouvées dans les Universités qu’elle doit sa prospérité ; ce ne sont pas les techniciens qui en sont les artisans. Nous devons même dans nos Instituts, faire de la chimie pour elle-même, développer par tous nos moyens l’esprit de recherche et conduire à la thèse le plus grand nombre possible d’élèves. Evitons d’acheminer vers une fin commune les Universités et les Ecoles techniques » 118.

Les conséquences d’une telle orientation sont évidentes. Elles touchent d’abord l’évolution des effectifs. Il suffit pour s’en convaincre d’examiner leur évolution comparée à ceux des instituts de Toulouse et Nancy par exemple. En effet si les effectifs de diplômés de Montpellier s’alignent de manière définitive dans les années soixante sur ceux des écoles nationales supérieures d’ingénieurs, ce n’est qu’après de nombreuses décennies marquées par la singularité. Outre la faiblesse des effectifs que l’on remarque en premier, il faut ensuite noter une moindre sensibilité à la conjoncture économique : la croissance du début des années vingt et la crise des années trente notamment comme si la logique de l’Institut n’est pas seulement de pourvoir des ingénieurs-chimistes nécessaires à l’économie. En outre, l’Institut de chimie de Montpellier ne recrute jamais autant d’étrangers que ne le font Toulouse 119 et Nancy.

La deuxième conséquence de cette spécificité montpelliéraine concerne le sort réservé aux anciens élèves de l’Institut de chimie. Tous les chefs de travaux de la Faculté des sciences sont des diplômés de l’Institut de chimie à l’exception d’un. C’est le cas de la moitié des préparateurs ainsi que de nombreux maîtres de conférences. Certains deviendront professeurs à la Faculté des sciences, un sera doyen de la Faculté des sciences. Autrement dit, l’Institut de chimie pourvoie la Faculté des Sciences en chimistes. A l’évidence l’Institut de chimie est plus utile à la Faculté des sciences qu’à l’industrie chimique locale. Nous allons voir, par ailleurs, qu’il répond davantage à des logiques institutionnelles qu’à une logique scientifique.

C’est ainsi que le système scientifique local montpelliérain, « asile de la science pure » 120, pour reprendre les termes du Recteur, siège d’une Université depuis 1896, s’engage sur les voie de la science appliquée, non sans peser sur les formes institutionnelles. Mais l’identité universitaire locale pèse aussi sur le recrutement des chimistes. Aussi faut-il se pencher un instant sur la biographie d’un acteur central dans l’histoire de l’Institut de chimie de Montpellier à savoir le professeur de chimie de la Faculté des sciences : De Forcrand. C’est alors qu’interviennent les contenus scientifiques dans l’analyse.

De Forcrand qui fait sa carrière de professeur à Montpellier de 1888 à 1926 est un disciple de Berthelot. Il est son préparateur au Collège de France et développe, sa vie durant, des recherches toutes tournées vers des questions de thermochimie comme en atteste ses nombreuses publications dans les Comptes rendus de l’Académie des sciences 121. C’est d’ailleurs De Forcrand qui, à l’occasion du centenaire de Berthelot, est chargé de présenter l’œuvre thermochimique du maître. La fidélité de l’élève au maître du point de vue scientifique se lit sur plusieurs points. De Forcrand reste d’abord très attaché au principe du travail maximum développé par Berthelot : « Si plusieurs d’entre eux se dégagèrent ultérieurement des vues trop étroites de leur Maître, d’autres, comme De Forcrand, conservèrent fidèlement ce principe comme un guide éclairant leurs recherches. » 122, écrivent Médard et Tachoire. Et ce, malgré les contreverses auxquelles celui-ci donne lieu notamment de la part de Duhem et dans une moindre mesure de Sabatier qui fera lui aussi une carrière provinciale mais à Toulouse. En 1904, De Forcrand ne fait pas de la question de la thermochimie et de la thermodynamique une analyse aussi fine que celle de Sabatier pour qui le principe du travail maximum n’est plus une loi nécessaire mais un cas particulier très important. De Forcrand « conclut que, si l’on veut appliquer la règle thermodynamique, « on se heurte à des difficultés insurmontables » et que la règle thermochimique, c’est-à-dire le principe du travail maximum, reste le seul critérium de possibilité des réactions chimiques. Discutant de la prévision des réactions, il écrit semblablement : « Le principe du travail maximum […] doit être considéré comme le seul fil conducteur que nous possédions actuellement » 123. Son Cours de chimie de 1905 124 est formel sur ce point. De Forcrand fait du principe du travail maximum le troisième principe fondamental de la chimie. Ce n’est cependant plus le cas dans l’édition de 1918 125 où il n’est qu’une extension du principe de la dégradation de l’énergie qui devient le troisième principe de la chimie. De Forcrand, ensuite, adopte longtemps la notation en équivalents. C’est le cas en 1883 dans un texte où l’acide glycolique C2H4O3 est noté C4H4O6. C’est également le cas en 1887 où, dans des mémoires pour l’Académie des sciences, il opte pour la notation équivalentiste chère à Berthelot. De Forcrand adopte la notation atomique probablement entre 1890 et 1895 c’est-à-dire au moment ou Berthelot lui-même l’accepte c’est-à-dire près de trente ans après le Congrès de Karlsruhe qui avait permis de faire le point sur les nouvelles connaissances en la matière. Dans ses mémoires de l’Académie des sciences de 1895 il note l’ammonium AzH4, l’amidure alcalin AzH2M et l’acétylure de calcium C2Ca. Ce scepticisme à l’égard des théories nouvelles se retrouve dans les cours publiés en 1905 dans lesquels il évoque les molécules et les atomes en termes d’« hypothèse » 126 « invérifiable » 127 sans plus de précisions. Le positivisme sous-jacent à cette position 128 n’est plus aussi fort dans la deuxième édition de 1918 où il est question d’une « hypothèse fameuse » 129. En effet, De Forcrand écrit que depuis quelques années – en fait 1898 – l’hypothèse moléculaire « considérée pendant de longs siècles comme une pure conception de l’esprit […] s’est affirmée et imposée avec une telle force qu’on peut la considérer aujourd’hui comme la base de toutes nos sciences de la matière » 130. Pour ce qui est de l’influence de Berthelot sur De Forcrand on notera, enfin, le recrutement de Godechot, son successeur à la direction de l’Institut de chimie de Montpellier, un organicien certes, mais un élève de Jungfleisch. Mais surtout le fait que De Forcrand, ancien préparateur de Berthelot, est nommé sur le poste vacant de Montpellier l’année où le maître est Ministre de l’Instruction publique. On lit dans l’autobiographie de De Forcrand ces quelques lignes explicites : « Berthelot me garda auprès de lui deux années encore. Puis en octobre-décembre 1884, il me fit obtenir la double situation de maître de conférences de chimie à la Faculté des sciences de Caen et de suppléant des chaires de physique, chimie et toxicologie à l’Ecole de médecine de la même ville. Enfin au mois de mai 1887 Berthelot, alors Ministre de l’Instruction publique, me nomma chargé de cours de la chaire de chimie vacante à la Faculté des sciences de Montpellier et le 1er février 1888, je devins professeur titulaire de la chaire » 131. Lorsque le Conseil de la Faculté des sciences de Montpellier choisit De Forcrand, il remarque « dans les travaux de M. De Forcrand la tendance à introduire en Chimie les méthodes et les appareils de la Physique moderne. Cette voie féconde, ouverte par des chimistes éminents, contribue à donner à la chimie un caractère de précision rigoureuse, et conduit à des analogies importantes entre les corps appartenant à des séries naturelles ; les déterminations thermochimiques et l’évaluation de l’énergie de combinaison sont entrées aujourd’hui dans le domaine de la chimie qui est professée dans nos Facultés, et réalisent dans cette science une transformation du même ordre et de la même importance que celle que lui a fait subir Lavoisier en appliquant à toutes les réactions la méthode des pesées » 132. Le poids scientifique et institutionnel de Berthelot est donc manifeste dans le rapport de candidature établi par le professeur de physique. Aussi, tout se passe comme si Montpellier fait plaisir à Liard en acceptant un Institut d’Université puis au Ministre de l’Instruction publique en poste, Berthelot, en recrutant un de ses protégés. De Forcrand est donc clairement positionné dans le champ de la chimie universitaire française. Il participe même aux travaux de la très politique Société de l’enseignement supérieur (dont Berthelot est un des 24 membres fondateurs) 133 d’abord en 1899 en éditant une réflexion sur l’enseignement supérieur professionnel 134 et un rapport en 1909 sur l’enseignement chimique à la Faculté des sciences de Montpellier 135.

De Forcrand adhère certes au mouvement de réforme universitaire en faveur de l’enseignement des sciences appliquées aux économies régionales comme c’est plus souvent le cas en province qu’à Paris 136. Mais s’agit-il d’impulser un véritable développement de la science appliquée dans une région sans industrie ou bien d’assurer une stratégie de développement de la chimie universitaire locale doublée d’une stratégie de carrière personnelle ? La question mérite d’être posée lorsque l’on sait qu’« Un professeur de lettres ou de sciences pouvait gagner moins que les 8 ou 9 000 francs du professeur de lycée parisien. Les juristes et les médecins recouraient à la pratique privée, mais les professeurs de lettres et de sciences ne disposaient pas d’une telle possibilité » 137 mais aussi que l’on se rappelle les navettes nécessaires à l’élaboration du projet chimique montpelliérain ou bien encore l’absence de tout lien avec l’économie régionale. On sait, en effet, que face à Paris, les universités de province n’avaient pour seule voix que de s’engouffrer dans la brèche des sciences appliquées même sans support industriel. L’exemple le plus éloquent est sans doute celui de Sabatier, qui à Toulouse, autre ville peu industrieuse, suscite pas moins de trois instituts de sciences appliquées et « se taille un véritable empire scientifique » 138. De Forcrand adhère donc à une mouvance qui sous couvert de réformer l’université développe des « revendications traditionnelles sectorielles » 139 à savoir, entre autres, « être chargé de la formation d’élite faite jusque-là par les grandes écoles » 140, « l’égalité institutionnelle » 141 vis à vis des collègues parisiens et « d’avoir la charge de compléter l’enseignement général des étudiants poursuivant des études de médecine » 142 ce qui n’était pas négligeable à Montpellier compte tenu du nombre d’étudiants.

Car De Forcrand veille à son territoire scientifique ce que laisse transparaître l’épisode du recrutement d’un deuxième professeur de chimie à la Faculté des sciences de Montpellier. En effet, en 1893, la Faculté décide de nommer Oechsner de Coninck, alors maître de conférences en chimie à la Faculté des sciences de Montpellier, professeur adjoint contre l’avis de De Forcrand membre de droit du Conseil. En 1897, c’est également en l’absence de ce dernier que le Conseil unanime sollicite une chaire de chimie pour Oechsner de Coninck. A cette occasion, « M. le Doyen exprime le regret que M. de Forcrand qui, précédemment et à deux reprises différentes, a demandé la création d’une nouvelle chaire magistrale de chimie, n’ait pu être présent à la séance pour renouveler ce vœu et l’appuyer au besoin. » 143. Cette absence est pour le moins intéressante. D’abord parce qu’elle se répète mais ensuite parce qu’elle émane de celui qui a pourtant demandé en 1893 et 1894 la création de cette seconde chaire de chimie. L’opposition porte donc sur la personne et non le poste. Quoi qu’il en soit, ce vœu de la Faculté des sciences n’aboutit pas puisque en 1901, le Conseil, toujours en l’absence de De Forcrand renouvelle à l’unanimité « voulant reconnaître les mérites et les services de Oechsner de C’oninck et lui donner un témoignage d’estime et de sympathie » 144 son vœu de transformer le cours complémentaire en chaire. Cette demande ne sera pas plus heureuse que la précédente malgré « l’importance prise par l’enseignement de la chimie depuis l’institution du certificat d’études physiques, chimiques et naturelles » 145. Aussi la question de la création d’une seconde chaire de chimie à la Faculté des Sciences de Montpellier revient à l’ordre en 1906. Cette fois-ci, le candidat joint à son dossier la lettre suivante :

« Montpellier, le 15 novembre 1906,

« M. le Doyen, Je prends la liberté de vous rappeler qu’en 1897, puis en 1901, le Conseil de la Faculté des Sciences m’a proposé pour une chaire de chimie. En 1901, également, le Conseil de l’Université a pris cette proposition en considération et a admis en principe la création de cette chaire. Cinq années se sont écoulées depuis, et je viens vous prier de vouloir bien saisir à nouveau le Conseil de la Faculté de cette question. Pour ce qui est des services de chimie de la Faculté des Sciences, je verrai un inconvénient réel à ce que deux professeurs titulaires en prissent la direction effective. Je proposerai donc, si j’étais promu titulaire, de maintenir le statu quo, et je m’engagerai à ne pas réclamer d’autres droits que ceux que je possède actuellement et qui me satisfont pleinement. Si je suis titularisé dans une chaire d’Etat, j’ai l’intention, ainsi que je vous l’ai déclaré à plusieurs reprises, d’abandonner l’enseignement du P. C N, désirant contribuer par là, soit à améliorer la situation matérielle de jeunes collègues, soit à augmenter l’importance de certains enseignements donnés à l’Institut de Chimie. » 146.

Le Conseil renouvelle son vœu à l’unanimité en faveur d’Oechsner de Coninck en présence cette fois-ci De Forcrand qui prend la parole pour appuyer vivement la demande. Le rapport de séance mentionne : « La sympathie et l’estime scientifique qu’il a pour son collègue lui demandent d’essayer d’obtenir cette création de chaire qui serait en outre très avantageuse pour l’Institut de Chimie tout entier. » 147, mais aussi qu’il « eut pu faire quelques objections à la demande, si la direction actuelle des services eut dû en être modifiée. Mais par sa lettre, M. Oechsner enlève toute force aux arguments de cette nature. » 148. L’aval de De Forcrand lève la dernière difficulté puisque en 1907, le Conseil prend acte du décret présidentiel qui nomme Oechsner de Coninck. Tout ce passe donc comme si De Forcrand bloque à Paris la nomination de son collègue contre l’avis des Conseils de l’université et de la Faculté des sciences tant que son collègue ne s’efface pas devant son autorité. C’est peut-être pour cette raison que De Forcrand n’est jamais élu Doyen alors que son prédécesseur Chancel et son successeur Godechot le sont. L’histoire se répète lorsque décède fin 1916 Oechsner de Coninck. En effet, De Forcrand n’assiste pas à la séance du Conseil de la Faculté qui vote le maintien de la deuxième chaire de chimie. Celle-ci n’est d’ailleurs voté que de justesse : quatre voix pour, zéro contre mais trois abstentions. Aussi, en 1918, lors du Conseil d’Université il est dit que « M. le recteur regrette que M. de Forcrand ait cru pouvoir s’abstenir de prendre part au vote sous le prétexte qu’il faisait un cours à l’heure même de la délibération de la Faculté ; cette excuse ne saurait être considérée comme valable. » 149, tandis que le doyen de la Faculté des Sciences, Dautheville, qui n’est pas chimiste mais professeur de mécanique rationelle, « fait observer qu’étant donné son importance la chaire de chimie doit être maintenue » 150. Cette attention particulière à l’hégémonie scientifique explique sans doute les difficultés qui furent celles de l’Institut d’université où devaient cohabiter deux professeurs de chimie : celui de la Faculté de sciences et celui de l’Ecole de pharmacie. Pour ce qui est du recrutement difficile d’Oechsner de Coninck, l’attitude de De Forcrand se comprend lorsque l’on sait que le candidat est l’élève et le gendre de Wurtz. Ce recrutement oppose donc deux traditions chimiques différentes De Forcrand élève de Berthelot, lui-même préparateur de Balard à Oechsner de Coninck élève de Wurtz, lui même élève de Liebig et Dumas. Nous retrouvons en arrière fond la querelle entre équivalentistes et atomistes qui divise la chimie de la fin du XIXe siècle mais aussi des conflits de personnes plus anciens : Wurtz est préféré à Berthelot à l’Académie des Sciences sur le siège de Pelouze le maître de Berthelot.

De Forcrand pèse donc de tout son poids sur la situation locale et utilise le mouvement national en faveur de la chimie appliquée ainsi que ses relations pour le plus grand profit de sa carrière. Ce faisant, Montpellier bloque le développement de la chimie organique au sein de l’Institut de chimie de Montpellier qui est partout ailleurs la base de leur développement et l’origine du lien entretenu avec l’industrie chimique régionale. En effet, les élèves de Berthelot « qui, sous son influence, refusaient l’extraordinaire outil que représente la théorie atomique se condamnaient à l’impuissance. Ils condamnaient à la stagnation, du même coup, les industries chimiques, celle des matières colorantes, des parfums artificiels, des médicaments, pour lesquelles cette théorie constituait un véritable instrument de production potentiel. On a assez répété, ces derniers temps, que le développement de la recherche constitue un des moteurs de la production et de l’économie : les propos que tenait Albin Haller (1849-1925), un des très bons chimistes de cette période, à l’occasion de l’exposition de 1900, sont d’une sévérité qui ne peut donc pas nous choquer. » Il semblera peut-être excessif d’attribuer à une question de pure doctrine une influence aussi prépondérante sur l’évolution de l’industrie. La partie de la science chimique qui, en France, s’est trouvée entravée dans son développement, alors qu’en Allemagne elle marchait à pas de géants, c’est la chimie organique. La chimie minérale, peu influencée par les questions de doctrines, fut, au contraire, toujours en faveur dans notre pays et progressa sous la direction des H. Sainte-Claire Deville, Pelouze, Frémy, Debray, etc. Aussi la grande industrie chimique, celle qui n’est guère tributaire de théories, n’a, pour ainsi dire, pas périclité en France. Seule, l’industrie des produits organiques, celle qui est directement inspirée par les théories, est languissante dans notre pays, alors qu’elle est arrivée à son complet épanouissement en Allemagne 151. Cette situation est d’autant plus surprenante que la chimie montpelliéraine est de par l’influence de la Faculté de médecine puis de pharmacie orientée depuis longtemps sur les questions de chimie organique. L’épisode de Forcrand apparaît donc comme une parenthèse à cet égard coincé entre la courte venue de Gerhardt puis de la carrière de son élève Chancel, et plus tard la chimie contemporaine de Godechot puis de son élève Mousseron. Mais cette parenthèse prend tous son sens lorsque l’on considère la convergence des intérêts de personnels de De Forcrand, de la communauté scientifique locale et de la municipalité de Montpellier.

Il ressort de cette étude, mais telle était son intention initiale, l’importance de l’entité locale dans le développement d’une forme institutionnelle donnée. L’Institut de chimie de Montpellier lui doit ses singularités institutionnelles que se soient son statut d’Institut universitaire en 1889 ou bien encore le niveau de recrutement des élèves-ingénieurs. Tout se passe comme si l’Institut de chimie n’est pas institué à des fins scientifiques. Il n’est qu’un élément dans une stratégie plus globale d’obtention du statut universitaire pour la ville de Montpellier. Celle-ci a d’ailleurs, clairement et à de nombreuses reprises, identifié l’enjeu universitaire comme étant à la base de son développement économique : « un intérêt supérieur » 152. Aussi, à l’heure où, à la suite de la loi de décentralisation de 1982, il est question de développement local grâce notamment aux délocalisations universitaires 153, il n’est pas inintéressant de revenir sur la période 1870-1914. Mais elle ne reste pas unique. En effet, on ne peut que remarquer, pour ce qui est des politiques universitaires et scientifiques, un mouvement d’influence alternée entre le local et le national, « entre des périodes de centralisme fort et des périodes de relative autonomie locale » 154. Pour ce qui est de Montpellier qui veille à ses infrastructures universitaires, le désinvestissement de 1’Etat est immédiatement contrecarré par l’engagement local. C’est déjà le cas sous la Révolution lorsque l’Université d’Ancien régime est supprimée : la Ville assure le fonctionnement de son Collège national de médecine 155. « En janvier 1793, ayant acquis la certitude que Paris fermerait les yeux, la municipalité s’engage à prendre à sa charge le traitement des professeurs, un rappel sur les gages non versés et les dépenses de fonctionnement » 156. C’est aussi le cas sous la Troisième république : la Ville finance la création et l’entretien pour une période de douze ans 157 d’une Ecole de droit puis l’installation d’un Institut de chimie parmi cinq autres. C’est bien sûr le cas aujourd’hui avec la décentralisation de l’enseignement supérieur vers l’instance politique régionale.

Il ressort ensuite de ce travail l’absence du soutien industriel. Aussi, le développement d’une formation professionnelle supérieure en chimie à Montpellier est le fruit d’une logique strictement universitaire. En aucun moment elle ne répond à une demande industrielle locale comme le suggère le projet républicain. L’épisode de l’Institut des carburants au début des années 1920 n’engage en rien le milieu industriel régional. A regarder de plus près, les sites qui développent plus que les autres des instituts de sciences appliquées, c’est-à-dire Nancy et Toulouse, sont dans une situation quelque peu similaire. On ne peut parler de Toulouse comme d’une ville industrielle au tournant du siècle dernier. Quant à Nancy, qui est considéré comme le modèle en matière de liens avec l’industrie, « la politique de développement des sciences appliquées […] a reposé sur une volonté universitaire relayée par des élites industrielles » 158. Ces quelques remarques corroborent les analysent de Bensaude et Stengers qui écrivent pour ce qui concerne la chimie :

« Au XIXe siècle, la chimie n’est plus considérée comme une science auxiliaire de la médecine, de la pharmacie ou de la géologie, mais comme une fin en soi […]. Bien qu’une majorité des chaires de chimie se trouve dans les facultés de médecine, de pharmacie, les écoles d’agriculture, des mines, etc., on y enseigne un cours de chimie générale, théorique : la chimie appliquée présuppose la chimie pure. C’est pourquoi la promotion de la chimie comme science utile, au service de l’industrie, de l’agriculture ou de la santé profite autant sinon plus à la communauté académique des chimistes qu’aux entrepreneurs. Bien plus, pour obtenir l’ouverture de nouveaux enseignements, les professeurs invoquent des arguments d’utilité qui précèdent la demande industrielle de chimistes qualifiés. On ne connaît pas vraiment de cas d’industriels qui ont fait pression pour orienter l’enseignement universitaire vers la formation industrielle. De plus, l’application n’est souvent qu’un prétexte car une fois ouvert les cours de chimie appliquée, la finalité pratique initiale est souvent oubliée au profit de la chimie théorique » 159.

Bref, si les universitaires aujourd’hui n’hésitent pas à délocaliser les premiers cycles ou bien encore à développer des diplômes professionnalisés de deuxième ou troisième cycle afin d’obtenir des créations de postes, les universitaires d’hier n’hésitent pas à argumenter sur la thématiques des sciences appliquées : « L’orientation d’une partie des facultés de province vers la science appliquée a en effet nettement contribué à leur croissance en terme d’effectifs et de prospérité matérielle » 160. Aussi, la démarche sincère mais maladroite de De Forcrand pour l’obtention de certificat de chimie appliquée semble relever de cette stratégie. Ainsi s’explique peut-être la volonté puis la possibilité d’instituer une formation d’ingénieur n’ayant que de très faibles effectifs dans une région sans industrie chimique réelle. Si le soutien industriel est second dans la logique de développement des instituts de science appliquée, l’influence des universitaires sur les instances décisionnelles locales est de fait fondamentale. La « République des universitaires » 161 est tout aussi efficace localement que nationalement. Car si l’obtention d’un engagement municipal sur les enjeux de l’université répond aux services rendus par l’Université à sa Ville, il n’en reste pas moins que la présence de l’universitaire au cœur du dispositif décisionnel local est nécessaire et tout d’abord au Conseil municipal. Pour ce qui est de Montpellier, qui nous intéresse ici, il n’existe pas un conseil sans au moins un universitaire de 1815 à aujourd’hui 162 ! Ce sont généralement des professeurs de la Faculté de médecine ce qui n’est pas sans expliquer l’orientation des stratégies municipales en termes de développement universitaire.

Le poids du passé est ensuite un facteur important tant dans la rhétorique des discours que dans les pratiques et décisions concrètes. Sans cesse, les promoteurs du développement universitaire local rappellent la grandeur de l’histoire universitaire locale. Bertin d’abord lorsqu’il s’agit de défendre la candidature de Montpellier au titre de centre universitaire : « Nous ne pouvons croire, Messieurs, à une pareille exclusion, qui serait plus qu’une ingratitude, un véritable déni de justice. Montpellier, après Paris, est la Ville qui a le plus contribué à la gloire scientifique de la France » 163. Bouisson ensuite lorsqu’il s’agit de contrer les prérogatives des facultés de médecine de Toulouse et Marseille : « En présence d’une pareille agression faite è l’antique métropole médicale du Midi, à la ville universitaire par excellence, le silence serait une faiblesse et la confiance un anachronisme. La guerre des intérêts est allumée contre nous. L’action politique, nécessairement importante, des députations des villes rivales, est transformée en machine d’opposition contre Montpellier » 164. Et De Forcrand enfin lorsqu’il s’agit d’instituer un certificat de chimie appliquée : « Je ne crois pas qu’il existe en France une Université dont l’enseignement chimique ait eu un passé aussi glorieux que celui de l’Université de Montpellier » 165. Outre le contexte politique de la Troisième république, l’histoire universitaire montpelliéraine pèse sur la culture locale, celle des professeurs bien sûr, celle des élus mais encore celle du peuple qui se mobilise en masse aux cérémonies du VIe centenaire organisées en 1890 166. Le montpelliérain ne conçoit pas sa ville sans son université, l’Université fait véritablement partie de l’identité locale montpelliéraine. En témoigne par exemple l’importance accordée aux universitaires dans les noms de rues de la cité 167. Pour ne retenir que les professeurs de chimie: Barthez, Chaptal, Anglada, Balard, Gerhardt, Béchamp, de Forcrand, Godechot, Mousseron… ont une rue, place ou avenue.

L’histoire universitaire se retrouve encore aujourd’hui inscrite dans la structure institutionnelle contemporaine des universités. En effet, l’association des facultés qui forment les universités révèle cette ancienne opposition entre les facultés dites supérieures : théologie, droit et médecine, capables de procurer au gouvernement « L’influence la plus forte et la plus durable sur le peuple » 168 et les facultés dites inférieures : lettres et sciences, abandonnées « à la raison propre au peuple des savants » 169. Alors qu’à Toulouse, la Faculté des sciences cohabite avec la Faculté de médecine comme c’est généralement le cas, à Montpellier la Faculté de médecine cohabite avec la Faculté de droit. Tout au long de l’histoire cette alliance du droit et de la médecine est de nature à expliquer les faiblesses de la science appliquée et cet engagement pour la science « noble ». Si la forme institutionnelle adoptée par l’institut de chimie est dictée par les objectifs universitaires de la cité, l’organisation du diplôme l’est par la culture universitaire locale. Le recrutement de licencié et non de bachelier comme cela s’est pratiqué ailleurs est d’ailleurs resté longtemps en pratique au sein de l’Institut puisqu’en 1924 encore on peut lire dans le livret de présentation de l’Institut ces quelques remarques sur l’organisation du diplôme :

« Nous devions également tenir compte d’une tradition è laquelle nous ne saurions renoncer. De tout temps, notre but avait été la préparation d’hommes de sciences, et pendant bien des années ce fut même notre seule préoccupation. Par des thèses de doctorat ès sciences remarquées, par de brillants succès au difficile concours de l’agrégation, par notre collaboration à la formation de savants dignes d’occuper, soit dans nos Facultés, soit dans les Ecoles voisines des chaires d’enseignement supérieur, notre rôle semblait être plutôt celui d’un temple de la science pure et théorique que celui de l’Institut pratique, d’une « usine de chimistes » comme disent quelques-uns. Et ce caractère a été pendant longtemps si exclusivement le nôtre que quelques critiques, peu renseignés sans doute ou trop respectueux des traditions, ont pu soutenir et même écrire que ce rôle excluait toute incursion dans la direction des applications scientifiques » 170.

ÉNous retiendrons également, afin de retrouver les réflexions inaugurées par Ben David mais aussi quelques-unes de ses conclusions, les relations entre les formes institutionnelles et le développement scientifique. Rappelons que pour Ben David :

« L’explication du retard de l’Europe sur les États-Unis en matière de recherche […] réside dans l’incapacité de l’Europe à créer des organisations efficaces pour la recherche ainsi qu’à développer une véritable « fonction d’entrepreneur » afin d’exploiter la science à des fins pratiques et d’obtenir les fonds nécessaires à la recherche. Partout en Europe occidentale […] des considérations de statut et de privilèges ont interdit la transformation de la fonction professorale en une position définie par la division et l’organisation des tâches de formation à la recherche, ce qui a créé un obstacle au libre passage entre la recherche universitaire et les autres types de recherche, ainsi qu ‘une différence de prestige qui s’est avérée nuisible è la coopération scientifique » 171.

Cette analyse donne une ligne d’intelligibilité au cas montpelliérain. En effet, il est manifeste que l’organisation en Institut d’université de la chimie montpelliéraine n’a pas permis le développement des travaux de recherche et qu’il a même un temps détourné les énergies. Tandis qu’il fallait former des chercheurs sur des domaines de plus en plus restreints, tout se passe comme si on a craint « que la recherche spécialisée n’amenât les savants à oublier les grands problèmes fondamentaux » 172 des disciplines académiques et universitaires classiques. Aussi, « Le système était donc trop peu spécialisé et trop superficiel pour la formation des chercheurs » 173. « Au lieu de réformer l’ensemble de cette architecture désuète, on a improvisé […] des constructions annexes » 174 : les « instituts de recherche spécialisés » 175. Or, « la tendance à maintenir les distances entre les individus et à préserver leur indépendance est si profondément ancrée dans la plupart des organisations françaises qu’il est particulièrement difficile d’obtenir le type de coopération nécessaire à la recherche orientée » 176. Ce fut bien le cas à Montpellier ou ce regroupement des potentiels proposé par Liard qui « s’est rapidement aperçu […] que les investissement en bâtiment et en matériel étaient devenus une partie importante de la recherche et qu’il devenait de plus en plus difficile à un chercheur isolé travaillant dans son laboratoire personnel de suivre le rythme des travaux faits dans des grands laboratoires » 177, mais auquel les chimistes de la Faculté de médecine ne se sont jamais joints, n’a pas fonctionné. A Montpellier, la chimie « était représentée par un professeur unique qui était censé la posséder entièrement […] et cette conception est demeurée immuable, alors même que les progrès de la recherche l’avaient rendue tout-à-fait anachronique. » Autrement dit et toujours selon Ben David « on a refusé d’adopter cette conception qui fait de la recherche et de l’enseignement supérieur une entreprise productrice » 178 et « On les considérait comme un luxe à ne dispenser qu’avec parcimonie » 179. Aussi la ville universitaire qui su au tournant du XIXe et du XXe siècles produire des « universitaires-entrepreneurs » pour paraphraser Ben David par l’intermédiaire de professeurs de chimie tel que Chaptal 180 mais aussi Balard 181, n’a pas pu le faire au tournant du XIXe et du XXe siècle. Mais il est vrai que la politique des États de Languedoc 182 était plus préoccupée par les débouchés locaux et industriels des savoirs scientifiques que les municipalités du siècle suivant que l’on a vu figées sur l’enjeu universitaire.

Enfin, cette approche d’une institution locale de science appliquée nous mène à l’étude des contenus que Ben David aborde comme Merton de manière « minimale » 183. Il existe dans notre étude de cas un parallèle entre les enjeux institutionnels et les querelles scientifiques qui ont jalonnées le XIXe siècle. Le positivisme cher au montpelliérain Comte est une toile de fond sur laquelle se joue la scène scientifique locale lorsqu’il s’agit de recruter un professeur de chimie pour la Faculté des sciences. Le recrutement de De Forcrand dont la candidature est appuyée de Paris par Berthelot est justifiée par « la nature même de ses travaux qui se rapproche davantage de ceux de chimie générale, nous paraissent lui créer un titre plus spécial » 184. Nous avons déjà noté la propension du système scientifique local à privilégier la science traditionnelle et académique que De Forcrand incarne ici. Plus tard, lorsque De Forcrand l’élève de Berthelot s’oppose farouchement à Oechsner de Coninck l’élève de Wurtz pour la sauvegarde de son pouvoir institutionnel, c’est la querelle qui anime depuis plusieurs générations les équivalentistes et les atomistes que nous retrouvons en filigrane. On conviendra que si l’évolution de la chimie en tant que discipline scientifique n’en a pas été pour autant contrariée sur le long terme, l’épisode montpelliérain De Forcrand est assez significatif pour illustrer l’interférence du scientifique sur l’intitutionel mais aussi de l’institutionnel sur le scientifique. En effet, la forme organisationnelle adoptée par l’Institut de chimie de Montpellier ainsi que les enjeux institutionnels universitaires dans lesquels il s’inscrit freine pour ne pas dire bloque le développement des connaissances scientifiques et les recherches en chimie organique à l’époque où celle-ci fait valoir toutes ses qualités auprès de l’industrie des colorants, ce qu’elle ne peut faire à Montpellier malgré un passé riche en la matière tant scientifique qu’industriel. Nous avons déjà noté que « La question n’est peut-être pas de savoir si les croyances scientifiques sont d’origine conventionnelle, comme le veut la tradition kuhnienne, ou objective, comme le veut la tradition rationaliste, mais comment, par quels aspects, jusqu’à quel point et dans quelle mesure elles méritent l’un et l’autre de ces qualificatifs » 185. Tout se passe cependant comme si, à l’Institut de chimie de Montpellier, « Toute analyse qui essayerait d’isoler une dimension purement « politique » dans les conflits pour la domination du champ scientifique serait aussi radicalement fausse que le parti-pris inverse, plus fréquent, de ne retenir que les déterminations « pures » et purement intellectuelles des conflits scientifiques » 186. Ici les formes institutionnelles s’accordent aux contenus scientifiques.

Notes

1.Balzac Honoré (de), La Recherche de l’absolu, Paris, GF-Flammarion, 1993, 310 pages.

2.Levi Primo, Le Système périodique, Paris, A. Miche!, 1987, 280 pages.

3.Latour Bruno et Polanco Xavier, « Quelques remarques à propos de l’histoire sociale des sciences. Le modèle de la rosace » in Polanco Xavier (Sous la direction de), Naissance et développement de la science-monde. Production et reproduction des communautés scientifiques en Europe et en Amérique latine, Paris, Eds. la découverte, Conseil de l’Europe, Unesco, 1989, page 54.

4.Farley John et Geison Gerald L., « Débat entre Pasteur et Pouchet science, politique et génération spontanée au XIXe siècle en France », in Callon Michel et Latour Bruno (Sous la direction de), La Science telle qu’elle se fait. Anthologie de la sociologie des sciences de langue anglaise, Paris, Eds. du CNRS, 1991, pages 87-145.

5.Jacques Jean, Berthelot 1827-1907. Autopsie d’un mythe, Paris, Belin, 1987, page 285.

6.Farley et Geison, page 87.

7.Farley et Geison, pages 88-89.

8.Farley et Geison, page 96.

9.Farley et Geison, page 126.

10.  Farley et Geison, page 120.

11.  Farley et Geison, page 119.

12.  Farley et Geison, page 119.

13.  Farlev et Geison, pages 133-134.

14.  Farley et Geison, page 135.

15.  Farley et Geison, page 135.

16.  Charle Christophe, La république des universiaires 1870-1940, Paris, Seuil. 1994, page 180.

17.  Jacques, page 32.

18.  Berthelot est nommé Inspecteur général de l’Enseignement supérieur en 1876, membre du Conseil supérieur de l’instruction publique en 1880 dont il devient vice-président, Ministre de l’Instruction publique du 11 décembre 1886 à la chute du Cabinet Goblet le 30 mai 1887, secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences en 1889 puis Ministre des Affaires étrangères en 1896…

19.  Jacques, pages 207-208.

20.  Jacques, page 134.

21.  Jacques, page 135.

22.  Brouzeng Paul, Duhem 1861-1916. Science et providence, Paris, Belin, 1987, page 41.

23.  Lécuyer Bernard-Pierre, « Bilan et perspectives de la sociologie de la science dans les pays occidentaux », Archives européennes de sociologie, 1978, page 292.

24.  Lécuyer, page 292.

25.  Lécuyer, page 292.

26.  Lécuyer, page 301.

27.  Lécuyer, page 294.

28.  Lécuyer, page 295.

29.  Lécuyer, page 295.

30.  Lécuyer, page 296.

31.  Lécuyer, page 296.

32.  Lécuyer, page 305.

33.  Lécuyer, page 305.

34.  Lécuyer, pages 296-306.

35.  Lécuyer, page 307.

36.  Latour et Polanco, page 54.

37.  Latour et Polanco, page 54.

38.  Latour et Polanco, page 53.

39.  Il n’existe aucune archive sur l’Institut de chimie de Montpellier. Ces dernières n’ont sans doute pas survécu aux nombreux déménagements de celui-ci. Notre travail repose essentiellement sur l’analyse de la Correspondance du Doyen de la Faculté des Sciences de Montpellier, du Registre des délibérations du Conseil municipal de Montpellier ainsi que ceux de l’Université et des Facultés de Montpellier, les Archives privées de la descendance de Robert de Forcrand et enfin sur les nombreux discours et éloges qui furent édités à l’occasion d’une commémoration ou festivité.

40.  Latour et Polanco, page 55.

41.  L’Institut de chimie devient l’Ecole nationale supérieure de chimie de Montpellier en 1957 et intègre le groupe des Ecoles Nationales Supérieures d’Ingénieur.

42.  Petital André, « Entre histoire et sociologie, une perspective constructiviste appliquée à l’émergence des collèges et de la bourgeoisie », Revue française de pédagogie, n° 78, 1987, pages 21-29 ; Production de l’école, production de la société, Genève, Droz, 1982.

43.  Avdalot P. (sous la dir.), Milieux innovateurs en Europe, Gremi, 1986 ; Autrement, n° 74, Technopolis, 1985.

44.  Bondon Raymond, L’Inégalité des chances. La mobilité sociale dans les sociétés industrielles, Paris, Colin, 1973.

45.  Kuhn Thomas, La Structure des révolutions scientifiques, Paris, Flammarion, 1983.

46.  « Pour les sociologues mertoniens, les connaissances scientifiques et les théories étaient des boîtes noires. Les sociologues n’y touchaient pas» Vinck Dominique, Sociologie des sciences, Paris, Colin, 1995, page 107 et « Certains sociologues constructivistes ont vu, dans la réouverture des boîtes noires, un service qu’ils se devaient de rendre à l’humanité », Vinck, page 176 ; « « Ouvrir la boîte noire » qu’est l’école ou la classe, tel semble avoir été un des leitmotive des chercheurs depuis le début des années quatre-vingt ». Van Haecht Anne, L’école à l’épreuve de la sociologie, Bruxelles, De Boeck-Wesmael, 1990, page 167.

47.  Henriot-Van Zanten Agnès, L’Ecole et l’espace local, Lyon, Presses universitaires de Lyon, 1990, 270 pages.

48.  Filàtre Daniel, « Développement des universités et aménagement des territoires universitaires », in Dubet François, Filâtre Daniel, Merrien François-Xavier, Sauvage André et Vince Agnès, Universités et villes, Paris, L’harmattan, 1994, pages 15-81.

49.  Latour Bruno et Woolgar Steve, La Vie de laboratoire. La production des faits scientifiques, Paris, La Découverte, 1988 ; Latour Bruno, La Science en action, Paris, La Découverte, 1989 ; Callon Michel et Latour Bruno (Sous la direction de), La Science telle qu’elle se fait. Anthologie de la sociologie des sciences de langue anglaise, Paris, Eds. du CNRS, 1991.

50.  Grossetti Michel, Science, industrie et territoire, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 1995, 310 pages.

51.  Grossetti Michel, « Villes et intitutions scientifiques. Genèse des pôles scientifiques français », Les annales de la recherche urbaine, n° 62-63, Universités et territoires, 1994(a), pages 7-15 ; Grossetti Michel (Ed.), Université et territoire. Un système local d’enseignement : Toulouse – Midi-Pyrénées, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 1994(b), 237 pages ; Grossetti Michel, Science, industrie et territoire, Toulouse, Presses Universitaires du Mirail, 1995, 310 pages; Grossetti Michel et Mounier-Kuhn Pierre-Eric, « Les débuts de l’informatique dans les universités. Un moment de la différenciation géographique des pôles scientifiques français», Revue française de sociologie, Vol. XXXVI, 1995, pages 295-324 ; Grossetti Michel, Nevers Jean-Yves, Azam Martine et Vannier Patricia, « Un exemple de rapport ville/université. Toulouse devient scientifique (1870-1914) », Sciences de la société, n° 31, 1994.

52.  Grossetti et Mounier-Kuhn, pages 297-298.

53.  Grossetti, 1994(a), page 7.

54.  Sfez Lucien, L’Objet local, Paris, Uge, 10/18, 1977 cité par Saisi Louis, « L’Etat, le « local » et l’école repères historiques», in Charlot Bernard (coordonné par), L’Ecole et le territoire : nouveaux espaces, nouveaux enjeux, Paris, Colin, 1994, page 11.

55.  Grémion Pierre, Le Pouvoir périphérique. Bureaucrates et notables dans le système politique français, Paris, Seuil, 1976, page 15.

56.  Grémion, page 12. On peut consulter à ce sujet Gérome Noëlle, « Les disparités dans l’administration de l’enseignement primaire. Réflexions sur la centralisation», Revue française de sociologie, XIV, 1973, pages 62-85.

57.  Weisz Georges, « Le corps professoral de l’enseignement supérieur et l’idéologie de la réforme universitaire en France, 1860-1885 », Revue française de sociologie, n° 18, 1977, page 202.

58.  On peut lire à ce sujet Saisi, pages 16-19.

59.  Charlot Bernard, « La territorialisation des politiques éducatives : une politique nationale», in Charlot, page 27.

60.  « Après 1870, les réformateurs Universitaires soutenaient que l’enseignement supérieur de l’Allemagne était directement responsable de sa victoire sur la France». Weisz, page 230.

61.  Verger Jacques (sous la dir.), Histoire des universités en France, Toulouse, Eds. Privat, 1986, page 333.

62.  Verger, page 333.

63.  Rebérioux Madeleine, « Jaurès et Toulouse (1890-1892) », Annales du Midi, 1963, p. 306.

64.  Registre des délibérations du Conseil municipal de Montpellier, Archives municipales de Montpellier, série Dl (liasses 57-87), 9 novembre 1875.

65.  Registre des délibérations du Conseil municipal de Montpellier, 9 novembre 1875.

66.  Registre des délibérations du Conseil Municipal de Montpellier, 19 novembre 1875.

67.  Registre des délibérations du Conseil municipal de Montpellier, 14 juin 1876.

68.  Registre des délibérations du Conseil municipal de Montpellier, 18 juillet 1890.

69.  Registre des délibérations du Conseil municipal de Montpellier, 22 juillet 1890.

70.  Liard Louis, L’Enseignement supérieur en France 1789-1893, Paris, A. Colin, 1894, page 361.

71.  Grossetti, 1994(a), page 8.

72.  Grossetti, 1994(a), page 8 ; Grossetti, 1995, page 45.

73.  Grelon André, « Les universités et la formation des ingénieurs en France 1870-1914 », Formation-emploi, n° 27-28, 1989, page 79.

74.  Burney John M., Toulouse et son université. Facultés et étudiants dans la France provinciale du 19e siècle, Toulouse, Presses universitaires du Mirail – Editions du CNRS, 1988, page 70.

75.  Grossetti, 1995, pages 107-110.

76.  Grossetti, 1995, page 110.

77.  Dulieu Louis (Dir), La Médecine à Montpellier du XIIe au XXe siècle, Paris, Eds Hervas, 1990, 525 pages ; Dulieu Louis, La Médecine à Montpellier, 5 tomes, Avignon, Les Presses universelles, 1975-1995 ; Bonnet Hubert, La Faculté de Médecine de Montpellier, Huit siècles d’histoire et d’éclat, Montpellier, Eds. Sauramps médical, 1992, 375 pages ; Collectif, Septième centenaire des universités de l’Académie de Montpellier 1289-1989, Montpellier, 1989.

78.  Legros Jean-Paul et Argeles Jean (avec la participation de Gabriel Buchet), La Gaillarde à Montpellier, Montpellier, Ensam, 1986, 365 pages.

79.  Grossetti et Mounier-Kuhn, pages 298.

80.  Polanco Xavier, « Une science-monde : la mondialisation de la science européenne et la création de traditions scientifiques locales », in Polanco, page 10.

81.  Vinck, page 141.

82.  Vinck, page 239.

83.  Polanco, page 10.

84.  Polanco, pages 12-15.

85.  Les données sur l’Intitut de chimie de Montpellier ont été recueillies dans le cadre d’un contrat de recherche qui a donné lieu à rapport : Grossetti Michel, Grelon André et Al., Villes et institutions scientifiques, Rapport de recherche pour le Programme Interdisciplinaire de Recherche sur les Villes (Pir-Villes), juin 1996, 360 pages.

86.  Grossetti, Grelon et Al., page 60.

87.  Montpellier est en cela fidèle à une vieille tradition : « les villes et les régions désiraient des institutions d’enseignement pour des raisons pratiques et des considérations de prestige, et bombardaient régulièrement l’administration de lettres et de pétitions célébrant les vertus locales et les droits historiques aux facultés ». Weisz, page 217.

88.  Liard Louis, Universités et facultés, Paris, Colin, 1890, page 53.

89.  Laurens Jean-Paul, « Présence et influence des universitaires en politique », in Grossetti, Grelon et Al., pages 301-323.

90.  Registre des délibérations de l’Assemblée de la Faculté de sciences de Montpellier, Archives de la Faculté de sciences, 23 juin 1892.

91.  Université de Montpellier, Rentrée sollennelle des Facultés, Montpellier, Ch. Déhan, 1924, pages 152-153.

92.  Astruc Albert, « Discours de M. Astruc en hommage à M. Le doyen Massol de la Faculté de Pharmacie prononcé le 13 juin 1928 » Le Languedoc médical, n° 7, 1928, page 208.

93.  Tarbouriech Joseph, « M. le Professeur Astre », Bulletin de pharmacie du sud-est, 1929, pages 219-220.

94.  Registre des délibérations de l’Assemblée de la Faculté de sciences de Montpellier, 19 novembre 1920.

95.  Registre des délibérations de l’Assemblée de la Faculté de sciences de Montpellier, 19 novembre 1920.

96.  Registre des délibérations du Conseil de l’Université de Montpellier, Archives départementales de l’Hérault, série lT (liasses 220, 224, 225, 227 bis), 9 février 1922.

97.  Registre des délibérations du Conseil de l’Université de Montpellier, 8 décembre 1902.

98.  Miquel J. « Le carburant national et les lignites éocènes des départements de l’Aude et de l’Hérault », Bulletin de la Société languedocienne de géographie, 1922, page 78.

99.  Registre des délibérations du Conseil de la Faculté de sciences de Montpellier, Archives de la Faculté de science, 26 janvier 1923.

100.  Registre des délibérations du Conseil de la Faculté de sciences de Montpellier, 26 janvier 1923.

101.  De Forcrand Robert, « L’enseignement chimique à la Faculté des sciences de Montpellier », Revue internationale de l’enseignement, t. 57, 1909, page 426.

102.  De Forcrand, 1909, page 425.

103.  Correspondance du Doyen de la Faculté des Sciences de Montpellier, 27 janvier 1899, Archives départementales de l’Hérault, série 1T (liasses 22, 44, 46, 51, 58, 59, 61).

104.  Correspondance du Doyen de la Faculté des Sciences de Montpellier, 27 janvier 1899.

105.  Correspondance du Doyen de la Faculté des Sciences de Montpellier, 15 février 1899.

106.  Correspondance du Doyen de la Faculté des Sciences de Montpellier, 15 février 1899.

107.  Correspondance du Doyen de la Faculté des Sciences de Montpellier, 15 février 1899.

108.  De Forcrand, 1909, page 432.

109.  Fox Robert, « L’attitude des professeurs des facultés des sciences face à l’industrialisation en France entre 1850 et 1914 » in Charle Christophe et Ferré Régine (Eds), Le personnel de l’enseignement supérieur en France au XIXe et XXe siècles, Paris, Ed. du CNRS, 1985, page 135.

110.  De Forcrand Robert, « L’enseignement supérieur professionnel », Revue internationale de l’enseignement, t. 38, 1899, page 38.

111.  De Forcrand, 1909, pages 427-428.

112.  De Forcrand, 1909, page 428.

113.  De Forcrand, 1909, pages 428-429.

114.  De Forcrand, 1909, page 431.

115.  De Forcrand, 1899, page 39.

116.  Benoist Antoine, Rapport général sur l’Université de Montpellier en 1910-1911 reproduit dans « L’Université de Montpellier pendant l’année scolaire 1910-1911 », Revue internationale de l’enseignement, 1912, page 306.

117.  Birck.

118.  Citation rapportée par Charle, page 173.

119.  Burney, page 70.

120.  Benoist, page 306.

121.  Anonyme, « Le professeur De Forcrand De Coiselet (1857-1933) », Montpellier médical, n° 5, 1933, pages 536-538 ; Delépine Marcel, « Notice nécrologique sur M. De Forcrand De Coiselet », Compte rendu de l’Académie des sciences, Tome 196, n° 17, 1933, pages 1177-1179 ; Godechot Marcel, « Robert De Forcrand 1856-1933 », Bulletin de la Société chimique de France, 5e série, Tome 1, 1934. pages 1-30, Médard Louis et Tachoire Henri, Histoire de la thermochimie. Prélude à la thermodynamique chimique, Marseille, Publications de l’Université de Provence, 1994, pages 271-273.

122.  Médard et Tachoire, Histoire de la thermochimie. Prélude à la thermodynamique chimique, Marseille, Publications de l’Université de Provence, 1994, page 266.

123.  Médard et Tachoire Henri, page 318.

124.  De Forcrand Robert, Cours de chimie à l’usage des étudiants du P.C.N., 2 tomes, Paris, Gauthier-Villars, 1905, 640 pages.

125.  De Forcrand Robert, Cours de chimie à l’usage des étudiants du P.C.N. et S.P.C.N, 2 tomes, Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1918, 935 pages.

126.  De Forcrand, 1905, page 5.

127.  De Forcrand, 1905, page 5.

128.  Jacques rapporte une anecdote antiatomiste au sujet de Berthelot. Lorsque Naquet demande au chimiste les raisons de sa position, il répond : « C’est que, je ne veux pas voir la chimie dégénérer en religion. Je ne veux pas que l’en croie à l’existence réelle des atomes comme les chrétiens croient à la présence réelle de Jésus-Christ dans l’hostie consacrée» et d’ironiser en ajoutant : « Wurtz les a vus » Propos rapportés par Jacques, page 205.

129.  De Forcrand Robert, Cours de chimie à l’usage des étudiants du P.C.N et S.P.C.N, 2 tomes, Paris, Gauthier-Villars et Cie, 1918, page 5.

130.  De Forcrand, 1918, page 5.

131.  Document consulté dans les archives privées de la famille De Forcrand.

132.  Registre des délibérations du Conseil de la Faculté des sciences de Montpellier, 11 février 1888.

133.  Weisz, pages 206.

134.  De Forcrand, 1899, pages 25-42.

135.  De Forcrand, 1909, pages 425-432.

136.  Weisz, page 208.

137.  Weisz, page 219.

138.  Charle, page 164.

139.  Weisz, page 223.

140.  Weisz, page 223.

141.  Weisz, page 223.

142.  Weisz, page 223.

143.  Registre des délibérations du Conseil de la Faculté des sciences de Montpellier. 19 juin 1897.

144.  Registre des délibérations du Conseil de la Faculté des sciences de Montpellier, 15 novembre 1901.

145.  Registre des délibérations du Conseil de la Faculté des sciences de Montpellier, 15 novembre 1901.

146.  Registre des délibérations du Conseil de la Faculté des sciences de Montpellier, 16 novembre 1906.

147.  Registre des délibérations du Conseil de la Faculté des sciences de Montpellier, 16 novembre 1906.

148.  Registre des délibérations du Conseil de la Faculté des sciences de Montpellier, 16 novembre 1906.

149.  Registre des délibérations du Conseil de l’Université de Montpellier, 6 mai 1918.

150.  Registre des délibérations du Conseil de l’Université de Montpellier, 6 mai 1918.

151.  Jacques, pages 202-203.

152.  Registre des délibérations du Conseil municipal de Montpellier, 19 novembre 1875.

153.  Dubet François, Filâtre Daniel, Merrien François-Xavier, Sauvage André et Vince Agnès, Universités et villes, Paris, L’harmattan, 1994, 320 pages.

154.  Grossetti, Grelon et Al., page 282.

155.  Lavabre-Bertrand Thierry, « L’école de médecine de Montpellier sous la Révolution », Nunc Monspeliensis Hippocrates, n° 2, 1994, pages 21-22.

156.  Lavabre-Bertrand, page 22.

157.  Registre des délibérations du Conseil municipal de Montpellier, 19 novembre 1875.

158.  Birck Françoise, « Le développement de l’enseignement supérieur à Nancy après 1870 : une volonté politique » in Grossetti, Grelon et Al., page 78.

159.  Bensaude Bernadette et Stengers Isabelle, Histoire de la chimie, Paris, La découverte, 1993, pages 134-135.

160.  Charle, page 169.

161.  Charle, 510 pages.

162.  Laurens, pages 314.

163.  Registre des délibérations du Conseil municipal de Montpellier, 19 novembre 1875.

164.  Bouisson Étienne-Frédéric, Rapport au Conseil académique de Montpellier sur la nécessité de comprendre la ville de Montpellier parmi les grands centres universitaires, Montpellier, Boehm et fils, 1876, page 7.

165.  De Forcrand, 1909, page 425.

166.  Rouzaud Henri, Les fêtes du VIe centenaire de l’Université de Montpellier, Montpellier, Ed. Coulet, 1891, 257 pages.

167.  Léouffre Patrice, Quel imaginaire véhiculent les noms de rues de Montpellier ?, et Quelle place prend l’université en son sein ? Odonymie et onomastique comparative effectuée avec les villes de Nîmes et de Toulouse, Mémoire de maîtrise de sociologie, Montpellier, 1994, 110 pages.

168.  Bourdieu Pierre, Homo Academicus, Paris, Eds de Minuit, 1984, page 88.

169.  Bourdieu, 1984, page 88.

170.  Institut de chimie, Institut chimique de la Faculté des sciences de l’Université de Montpellier, Montpellier, Roumégous et Dehan, 1924, page 35.

171.  Ben David Joseph, La Recherche fondamentale et les universités. Réflexions sur les disparités internationales, Paris, Ocde, 1968, page 47.

172.  Ben David, page 30.

173.  Ben David, page 33.

174.  Ben David, pages 31-32.

175.  Ben David, page 32.

176.  Ben David, page 32.

177.  Ben David, page 30.

178.  Ben David, page 36.

179.  Ben David, page 36.

180.  Pour plus de précision consulter : Grossetti, Grelon et Al., pages 21-23 ; Péronnet Michel (Dir.), Chaptal, Toulouse, Privat, 1988, 336 pages ; Tinthoin Robert, « Chaptal, créateur de l’industrie chimique française », in XXXe et XXXIe congrès. Sète-Beaucaire (1956-1957), Montpellier, Fédération historique du languedoc Méditerranéen et du Roussillon, pages 195-206 ; Franck Liliane, « Chaptal ou la chimie appliquée à l’économie », Bulletin de liaison de l’Association des amis du Musée de la pharmacie de Montpellier, n° 11, 1986, pages 27-41.

181.  Pour plus de précision consulter : Grossetti, Grelon et Al., page 28 ; Boudet Gérard, « Des découvertes de Balard aux premiers procédés industriels », Bulletin de l’association des amis du musée de la pharmacie de Montpellier, n° 15, 1990, pages 65-71 ; Guenoun Françoise, « Un grand chimiste : Antoine-Jérôme Balard », in Dulieu Louis (Dir), La Médecine à Montpellier du XIIe au XXe siècle. Paris, Eds Hervas, 1990, pages 329-331 ; Dolique Roger, « Balard. Sa vie et son œuvre à Montpellier de 1802 à 1840 », Revue d’histoire de la pharmacie, n° 232, 1977, pages 13-27.

182.  En 1788, les États demande pour Jean-Antoine Chaptal des Lettres de noblesse en ces termes : « Livré de bonne heure à l’étude des sciences est parvenu par un travail assidu et pénible à acquérir des connaissances et des lumières qui lui ont tellement mérité la confiance des Ètats de la Province de Languedoc qu’ils l’ont nommé à une chaire de chimie qu’ils ont établie à Montpellier, sous notre autorisation, l’objet de cette chaire a été de procurer à cette province le moyen d’étendre son commerce et le Sr Chaptal a eu l’avantage de seconder des vues aussi utiles. En effet, nous sommes informés que déjà les fabricants sont parvenus d’après ses instructions particulières à diminuer les frais de leurs teintures, et à connaître et perfectionner celle du Rouge Brun qui est un objet essentiel de leur commerce et qu’ils étaient auparavant obligés de tirer de chez l’étranger. Le Sr Chaptal a aussi formé l’établissement de deux verreries. L’une de Gobeletterie et l’autre de verre à vitre, articles d’autant plus précieux qu’il fallait le tirer à grand frais de provinces éloignées, il a également établi à ses frais une fabrique d’Huile de vitriol supérieure en qualité et étant le prix est inférieur à celle que les commerçants faisaient venir d’Angleterre. C’est encore lui le premier qui a fabriqué des bouteilles avec les matières volcaniques, enfin par ses recherches sur les Pozolanes dont il se fait en Languedoc une consommation considérable pour les travaux publics, il a trouvé l’année dernière le moyen de former une Polozane artificielle qui ne le cède point en bonté, à celles d’Italie et sera bien moins dispendieuse des services aussi multipliés nous ont paru mériter des preuves particulières de notre protection et nous nous portons d’autant plus volontier à élever le Sr Chaptal aux honneurs de la noblesse que ce sera un motif d’encouragement pour ceux qui comme lui consacreront leurs travaux à l’intérêt public et au progrès du commerce. A ces causes… » Michel Henri. « Les chemins de la réussite », in Péronnet Michel (Dir.), Chaptal, Toulouse, Privat, 1988, page 34.

183.  Boudon (Raymond),  Les deux sociologies de la connaissance scientifique », in Boudon (Ravmond) et Clavelin (Maurice), Le Relativisme est-il résistible ? Regards sur la sociologie des sciences, Actes du colloque international « La sociologie de la connaissance scientifique : bilan et perspectives » – Paris 21-22 janvier 1993, Paris, Puf, 1994, page 18.

184.  Registre des délibérations du Conseil de la Faculté des sciences de Montpellier, 11 février 1888.

185.  Boudon et Clavelin, page 10.

186.  Bourdieu Pierre, « Le champ scientifique », in Actes de la recherche en sciences sociales, n° 2-3, 1976, page 90.