Les hommes de la passée : A propos des chasseurs d’étangs en Languedoc
Les hommes de la passée 1.
A propos des chasseurs d'étangs en Languedoc
* Ethnologue, président de l’Association pour la Recherche, l’Image et le Son.
p. 193 à 208
La chasse chez nous c’est la vie,
alors laissez-nous vivre !
(Extrait du livre d’or de l’exposition du Musée de Bouzigues 1994)
Gaston Bazille à son fils Frédéric :
« J’avais été, le matin profitant d’un beau soleil, essayer de tuer quelques alouettes, j’ai tiré la ficelle pendant deux heures avec la constance digne d’un meilleur sort. Trois alouettes seulement se sont laissées séduire et les malheureuses ont payé de leur vie cette imprudence. Je ne sais à quoi tient cette rareté d’alouette cette année. Sigaud m’annonce pour la semaine prochaine une nouvelle chasse aux macreuses, il prétend qu’il est arrivé des masses de macreuses et de canards et m’engage beaucoup à ne pas manquer la prochaine battue... » 2 (Méric, lundi 14 novembre 1864).
Chasseurs, siffleurs, sculpteurs, cabaniers…
Quel que soit le sujet, il est toujours délicat pour un observateur de rendre compte d’une pratique sociale dont il n’est pas familier, mais lorsque cette pratique suscite de surcroît un engouement extrême, « vital », l’observateur ne peut même plus compter réellement sur les usagers pour parler « raisonnablement » de leur passion et pour expliquer ce qui précisément ne s’explique pas. De l’aveu même d’un de ces possédés, la chasse, « c’est un grain qui nous tombe comme ça ; un grain qui vient de très loin, qui nous tombe dessus. C’est indescriptible ». Reste alors à l’observateur la possibilité de cerner le phénomène à partir de critères qui sont extérieurs à cette inaccessible expérience vécue, à ces sensations éprouvées mais incommunicables. Il peut par exemple évoquer les règlements de chasse et les transformations qu’ils ont subies à travers l’histoire. Car ces critères, bien qu’apparemment étrangers à la situation toujours concrète et spécifique que vit tel chasseur à l’affût dans son gabion, n’en contribuent pas moins à la rendre possible et à l’organiser. Mais ils ne disent rien en revanche de l’indescriptible attachement de ce chasseur languedocien à cet étang qu’il va (sur)veiller toute la nuit. Même des approches moins lointaines, comme la description des techniques et des savoir-faire liés à la chasse – elles aussi déterminantes – laissent dans l’ombre le sens vécu qu’ils revêtent et l’univers d’émotions sur lequel ils débouchent.
Il sera effectivement question ici de règlements administratifs et de techniques de chasse. Quant à la passion, comme nous venons de le suggérer, ce serait manifestement passer à côté de la pleine réalité qu’est la chasse de ne pas essayer d’une façon ou d’une autre d’en rendre compte. A défaut d’en expliquer les mécanismes, au moins tentera-t-on d’en apprécier l’intensité ; intensité révélée parfois par la réelle complication des procédés et des rythmes mobilisés par la chasse, parfois par les idéalisations et les exagérations des récits. Mais, preuve de cette passion, il se trouvera bien dans ce dernier cas quelque lecteur-chasseur pour contester tout excès et juger après tout fort possible qu’à force de tirer depuis si longtemps des berges, « il y ait aujourd’hui des milliers de tonnes de plomb dans l’étang ! »
« La chasse (qui) fait vivre »
La chasse en Languedoc fait effectivement vivre, et même de plusieurs manières. Économiquement d’abord, bien que ce soit de moins en moins vrai aujourd’hui, où la chasse ne nourrit plus guère son chasseur (même si, avec 1,5 million de chasseurs en France, elle constitue nationalement une activité économique loin d’être négligeable), mais à certaines périodes de l’histoire, l’activité de chasse constituait une réelle source de revenu, comme l’atteste ce courrier adressé au Préfet de l’Hérault en 1858 : « L’importance de la pêche des oiseaux aquatiques est telle, cette année, que j’ai été appelé à adopter des mesures réglementaires pour l’exploitation d’une industrie qui n’a pas rapporté moins de cinquante mille francs déjà, dans l’étang de Thau seulement » 3. Lors de la dernière guerre également, la chasse en étang a représenté un complément alimentaire pour les populations du littoral et a encouragé une certaine professionnalisation de l’activité. Un chasseur se souvient d’une des figures les plus connues d’alors, un certain Plumier : « il vivait uniquement de la chasse. Il avait une cabane vers l’étang de l’Or, aux cabanes du Roc. Tout l’hiver, il chassait là-bas, puis il revenait au printemps dans le coin de Balaruc-le-vieux. Il ne faisait que ça. Quand venait un canard ou une fouc, il me le laissait tirer, mais quand il en venait un paquet, une frappe, c’est toujours lui qui voulait tirer, parce qu’il en faisait tout un commerce ». Durant la guerre toujours, la pêche au canard (il s’agit en fait d’une chasse au filet accordée par un droit prud’homal aux seuls inscrits maritimes) donnait lieu à une large commercialisation, au même titre que le poisson « Pendant la guerre, se souvient un chasseur, mon père a toujours pêché des canards et les a toujours vendus. Il y avait un mareyeur de Sète qui passait les ramasser ; il prenait sans distinction les poissons et les canards. Les pêcheurs de l’époque se les faisaient décompter sur la pêche quand ils les portaient chez le poissonnier. 4 kg de poissons, ça équivalait à deux canards. Le mareyeur ramassait ainsi des milliers de canards, à Vic, sur l’étang de l’Or, de Thau… Le soir, c’était les revendeurs venant se ravitailler en poisson qui rachetaient les canards pour les revendre à leur tour dans les marchés de Montpellier et partout dans toute la région. Au milieu des étals de poissonniers, il y avait du gibier » (voir annexe 1).
« Quand j’allais avec mon père porter le poisson, je voyais des caisses de thons remplies de canards ! »
Mais la chasse est loin de se réduire à une activité nourricière et on comprendrait mal, aujourd’hui surtout, les raisons qui poussent les chasseurs à autant d’efforts et de « sacrifices » si on ne les rapportait qu’à une incidence purement financière. La richesse qu’elle procure est aussi symbolique, bien sûr, et à travers elle, s’exprime toute une vision sociale du monde. Prendre le parti de la chasse (y compris politiquement), ce n’est pas seulement défendre l’acte physique de tuer du gibier avec un fusil; c’est, à travers cet acte, prendre la défense de tout ce que cet acte suppose d’organisation sociale. On peut en effet avancer l’hypothèse que l’activité de chasse prolonge et fait revivre un ensemble de rythmes (et de rites) sociaux qu’on pourrait qualifier de traditionnels et que la société moderne a largement décimés. On retrouve d’ailleurs fréquemment dans les conversations de chasseurs la conscience aiguë de ce monde en voie d’extinction l’opposition très fréquente entre 1’« avant » et le « maintenant », fortement marquée de nostalgie et de fatalisme, témoigne de cette conscience d’un patrimoine culturel jugé en péril que l’univers de la chasse tente de préserver. « Naturellement, la voiture ne nous a pas aidés dans notre passion », constate ce chasseur. On ne pouvait le dire plus clairement : le monde moderne, symbolisé par la voiture, tue le monde traditionnel, symbolisé par la chasse.
Brièvement, on peut alors tenter d’apercevoir, en arrière- plan des scènes de chasse, le décor social qui les supporte et dont on a dit qu’il était caractéristique du mode de vie traditionnel.
Le décor, d’un trait, nous semble être celui-ci : un territoire d’hommes qui repose sur une forte imbrication des activités et qui mobilise donc un vaste réseau collectif (familial et relationnel).
« L'ordre sauvage »
Tous les ans au début de l’automne, après les vendanges, les hommes vont au bord de l’étang. Après leur journée de travail, les hommes se regroupent vers 16 heures sur le lieu de rendez-vous des « équipes », aux abords de certaines cabanes ou « mas ». Ils se préparent tous, prennent leurs appelants vifs (canards Col vert vivants) et morts, « les mannequins en liège et partent vers leur poste. Chacun dispose son affût et ses appelants selon les règles de la passée, le vent, et la lune. « Mistral et Grec sont les vents propices » et plusieurs fois par nuit, selon l’évolution du temps, les chasseurs changent la disposition des leurres. Ils passent ainsi la nuit jusqu’au petit matin, guettant les mouvements d’oiseaux. On chasse tout particulièrement deux jours avant et deux jours après la pleine lune : « le gibier trafique beaucoup avec la lune ».
Le territoire masculin de la chasse est incontestable et lorsque des femmes, « expérimentalement », y sont admises, immédiatement la preuve semble faite d’une impossible mixité. « Les femmes au mas, c’est proscrit. Une paire de fois il est venu des femmes ; ça a fait des discussions. Alors, on a dit « pas de femmes à la cabane ! ». Les enfants – mâles – y sont en revanche acceptés vers l’âge de la puberté et y font leur apprentissage. « Mon père était chasseur, il m’a initié. Il me prenait le mercredi soir et j’allais passer des nuits avec lui. Il arrivait bien souvent que vers 9 heures du soir, je m’endorme. A l’aube, il me réveillait et je prenais plaisir à voir tirer des canards, des sarcelles, ce qui venait et de là est parti le virus que je n’ai jamais regretté ». Comme dans tout rituel d’initiation, on ne devient digne d’accéder au rang supérieur (ici, rupture avec le monde de l’enfance et accès au statut d’homme) qu’au terme d’une série d’épreuves. Au mas, les épreuves consistaient bien souvent à servir les aînés à table et à laver la vaisselle. « J’avais 15 ans, et pour se faire accepter des gens de 40 ans, c’était dur ».
Devenir homme en devenant chasseur ? On mesure immédiatement à quel point c’est toute l’identité masculine qui est engagée dans l’activité de chasse. C’est pourquoi, à l’heure où, dans le travail comme en famille, la division sexuelle tend à se réduire au profit de rôles de plus en plus indifférenciés ou confus, la chasse reste peut-être un des rares lieux où se transmettent aussi clairement les droits et les devoirs liés au statut sexuel.
L’imbrication des activités est elle aussi spécifique d’un mode de vie traditionnel. Les conceptions très rigides qui structurent largement aujourd’hui le secteur professionnel (symbolisées par les catégories très « monodéfinitionnelles » de l’administration qui ne postulent par exemple qu’une seule profession possible par individu) nous feraient facilement oublier qu’il y a peu de temps un individu pouvait être simultanément paysan, chasseur et pêcheur, sans être capable toujours de distinguer très exactement ce qui relevait de la catégorie travail-loisir ou de la catégorie emploi principal-emploi secondaire. « Quand la matinée était favorable, je me levais à 4 h du matin et j’allais à l’affût, je revenais vers 8 h, je déjeunais, puis j’allais à la vigne avec le cheval. J’y mangeais vers midi, il fallait une heure et demie de repos pour le cheval, j’allais faire un tour à temps perdu ». Voilà de quoi laisser perplexe un recenseur de l’INSEE ! De la même manière, l’exercice de la chasse supposait une large polyvalence : « On partait à la chasse avec 20 ou 30 kg d’huîtres, une bonbonne de vin blanc. On restait au campement 15 jours comme ça !… Un vrai chasseur chasse, pêche, prépare et mange ». Et pour les sensibles, au mas il y avait sur la porte : « Aicit se mangea lou que se porta, lou que pas counte que prenda la porta… ! » Mais si de telles campagnes de chasse nécessitaient de multiples compétences, elles supposaient aussi d’importantes ressources « dans les lignes arrières ».
Une pratique collective
Une activité aussi riche et complexe que la chasse mobilise nécessairement de vastes réseaux. Les uns sont lointains comme les entreprises, obligées de prendre en considération les impératifs de chasse dans la gestion de leurs personnels 4 parce que « le vrai chasseur pose ses congés pour la lune » ou les journaux de la région : « Dans les années 40, le samedi, vous aviez sur le Midi Libre ou la Voix de la Patrie : il y a 70 000 macreuses sur l’Étang de l’Or, il y avait alors peut-être 2 000 négafols, tout autour de l’étang. Les chasseurs étaient à 10 mètres les uns des autres, sur 3 ou 4 lignes et ça pétait… un roulement ! Pan,..! Pan, Pan…! Sans arrêt, sans arrêt… Un dimanche normal, il y avait pas loin d’un million de coups de fusils, à mon avis, vous tiriez facilement 40 à 60 cartouches et encore ceux qui les économisaient ! C’était un spectacle inoubliable ! Il y a des gars qui les tiraient posées, il y avait beaucoup de blessées, elles se levaient, faisaient 200 mètres, plongeaient et pan…! De l’aube jusqu’à 9 h 30 – 10 h. Ensuite les gars sont rentrés… Les chasseurs qui étaient à terre récupéraient le gibier tombé à terre et ceux qui étaient en barque, le récupéraient sur l’eau, mais ce n’était pas forcément celui qui l’avait eu ! C’était la foire d’empoigne ! »
D’autres réseaux plus proches sont également mobilisés la famille, le voisinage, le village tout entier parfois. L’intendance de la chasse repose donc sur un tissu de relations extrêmement dense et rythme des activités aussi variées que la préparation et la conservation du gibier, l’organisation collective de repas de chasse ou de jeux de loto, l’élevage de chiens ou d’appelants…
Techniques et savoir-faire. Deux techniques disparues :
la chasse au rébalaïre et la pêche au canard
La chasse au « rébalaïre » ou « rebalade » est essentiellement une technique qui consiste à approcher le gibier d’eau au moyen d’une barque à fond plat, le rabalaïre. Cette embarcation d’environ trois mètres de long, à fond plat n’a qu’un tirant d’eau d’une dizaine de centimètres pour pouvoir naviguer dans des zones d’eau très peu profonde. Son instabilité exige qu’elle soit manoeuvrée avec grande précaution. Allongé sur le ventre, le bras enduit de graisse contre le froid et tenant une perche lestée de plomb qui lui permet de diriger l’embarcation, le « rouquet » (ou « rouquette »), le chasseur approche ainsi la colonie de canards, la « frappe » (ou « flotte » ou « escapoulon ») jusqu’à la mettre à portée de sa « canardière ». En Languedoc, seuls quelques spécialistes pratiquaient jusqu’aux lendemains de la dernière guerre cette chasse aujourd’hui interdite. « Mon père pratiquait cette chasse avec un calibre 8, un fusil à chiens, une canardière. Son plus gros coup, ça a été 72 canards d’un seul coup de fusil. Il y en avait 3 à 4 000. Il les a approchés à 20 mètres en pleine nuit, pendant la guerre, dans la crique de l’angle à Balaruc le vieux… ».
Outre le rabalaïre, on utilisait également d’autres barques à faible tirant d’eau : le « négafol » (= qui noie les fous) ou « négachin » (= qui noie les chiens). Ces noms indiquent assez là encore combien elles étaient délicates à manoeuvrer.
On retrouve dans les archives administratives une des causes vraisemblables de l’abandon progressif de cette technique, qui s’est prolongée dans le braconnage avant de totalement disparaître : « Quelques amateurs se livrent en canot à la chasse au canard sauvage, à l’aide de fusil à canon de très longue portée, installés sur le pont de leur embarcation. Avec ces engins très meurtriers et très détonants, ils tuent non seulement beaucoup de gibier mais ils effraient ceux qu’ils ne peuvent atteindre. Ils sont une cause d’émigration des canards et de dépeuplement de l’étang au détriment des pêcheurs » 5.
La pêche aux canards est une technique attestée dès le XIe siècle et consiste à capturer au moyen d’un filet les canards qui plongent au fond de l’étang pour s’y nourrir. Il s’agit donc bien d’une pêche, et à ce titre, elle a longtemps été protégée par un droit prud’homal qui la réservait aux seuls inscrits maritimes (aux pêcheurs) : « Considérant qu’il est urgent de maintenir aux dits pêcheurs le droit exclusif qui leur accorde les règlements tant pour la pêche du poisson que pour celle du gibier d’eau et qu’il est nécessaire de renouveler les usages établis depuis des temps immémoriaux, de manière à réprimer les abus et à prévenir des désordres nuisibles à leurs intérêts arrêtent :
La pêche des oiseaux d’eau, réservée exclusivement aux marins inscrits, est autorisée dans toute l’étendue de l’étang de Mauguio (et de Thau) du 1er octobre au dernier jour de février » 6.
Cette pêche semble extrêmement nuisible à l’équilibre de la faune des étangs et les autorités s’en émeuvent longtemps :
« L’importance de la pêche des oiseaux aquatiques est telle, cette année, que j’ai été appelé à adopter des mesures réglementaires pour l’exploitation d’une industrie qui n’a pas rapporté moins de cinquante mille francs déjà, dans l’étang de Thau seulement » 7.
Ainsi, quarante ans plus tard, dans une minute adressée au ministre de l’Agriculture et émanant de la Préfecture de l’Hérault, le 20 février 1905 il est encore décrit : « qu’il est procédé sur les étangs du littoral, à la chasse du canard sauvage, au moyen, de filets à mailles plongeant dans l’eau (…) il est détruit ainsi, chaque année, pendant les mois d’hiver, des quantités considérables de canards faisant partie des espèces qui plongent pour trouver leur nourriture dans la végétation sous-marine (les espèces qui se nourrissent sans plonger, c’est-à-dire sur leurs pattes, sont seules à l’abri des atteintes des dits filets). Il y a là de sérieux inconvénients de nature à amener une diminution, déjà constatée de cet intéressant gibier.
Cette pratique est ancienne et est, le plus généralement exercée dans mon département par un certain nombre d’inscrits maritimes, sans permis de chasse, alléguant qu’ils se servent de ces filets à titre d’engins de pêche et non de chasse et que par suite, l’usage ne peut leur en être interdit. Leur manière de voir est d’ailleurs partagée par M. l’Administrateur de l’Inscription Maritime de Cette (…) selon un arrêt de la cour d’Appel d’Aix du 12 mars 1866… » 8. La tolérance de chasser le canard sauvage au filet (« à maille de 0,08 m de noeud en noeud ») existe selon cet arrêté pour les seuls inscrits maritimes. Vraisemblablement, le Préfet de l’Hérault saisit le Ministère de l’Agriculture du problème et suggère de mettre fin à cette pratique.
Les filets utilisés sont les « cabussières » (« cabussat » = plonger) ou les « thys ». La veille de la pêche, les chasseurs repèrent sur l’étang les secteurs nourriciers fréquentés par les canards : l’« herbil » (posidonies) ou pousse l’algue qu’ils consomment, « la gratte » (= le charat). L’arrachage de ces algues par les canards et foulques provoque en effet une eau trouble, blanchâtre, appelée la « trémou ». C’est sur ce secteur que sont tendus ensuite les filets, installés de façon à flotter horizontalement entre deux eaux. Les oiseaux se prennent alors dans les mailles et meurent noyés.
Les « cabussières » sont des filets trémails (à trois nappes) qui mesurent 80 centimètres environ de large par 50 mètres de long ; quant aux « thys », ils mesurent 3-4 mètres de large et 25 mètres de long. Pour multiplier leurs chances de capture, les pêcheurs peuvent poser plusieurs centaines de mètres de ces filets.
Comme on s’en doute, cette technique rendait un peu jaloux – et un peu braconniers parfois ! – Les chasseurs qui eux, n’étaient pas autorisés à aller au milieu de l’étang. Jalousie – et braconnage – d’autant plus justifiés qu’en une nuit toute une frappe de canards pouvait être anéantie (2 à 300 oiseaux).
Une chasse à la passée dans le bassin de Thau
« Un matin mon père avait été faire l’aube, il avait calé, il piutait, il a vu dériver un gros paquet, il croyait que c’était de la mousse ! En réalité c’était une flotte qui venait vers ses simbels. On chassait au Browning – je parle de plus 50 ans en arrière – il a lâché les 5 coups de fusil et a ramassé 75 foulques ! Il s’était fait porter des sacs à pommes de terre pour redescendre le gibier ».
Cette chasse a lieu de nuit et à poste fixe, conformément à une longue tradition garantie par l’Association intercommunale de Chasse Maritime (A.C.M., voir annexe 2). La technique de la passée consiste à « faire venir, puis faire descendre et capturer le gibier qui passe ». Les chasseurs « ils opèrent en général par équipe de deux » – construisent d’abord leur poste d’affût en bordure d’étang, puis ils disposent des leurres, mannequins ou canards vivants. Au moment de la passée, les chasseurs « piutent » (= sifflent) alors au moyen d’appeaux pour attirer la colonie d’oiseaux.
Le poste d’affût (ou « nid » ou « espèro ») est une « caisse » (ou « gabion ») que le chasseur construit sur les rives de l’étang. Un simple poteau marque l’emplacement du poste, autorisé par l’administration des Affaires Maritimes (voir annexes 2 et 3).
Ce sont aujourd’hui des affûts bricolés à base de bois plastifié ou de fibres de verre. D’environ 1,50 m par 2 m sur 0,60 m de haut, ils sont peints de multiples façons et recouverts en dernier lieu de roseaux.
Autrefois quand n’existaient pas de caisses transportables, on construisait les nids avec des matériaux prélevés sur place, de l’algue, la « sounsouïre », et quelques roseaux plantées verticalement pour tenir le tout. « Ce nid nous protégeait bien de la « barbaste », la gelée du matin ».
Les leurres sont ensuite « calés » sur l’eau, face à l’affût. C’est l’opération la plus stratégique : combien en placer ? selon quelle figure ? quels leurres utiliser ? dans quelles proportions ?… Les possibilités sont nombreuses et les paramètres fort sensibles. C’est sûrement pourquoi ils font si souvent l’objet de conversations enflammées lors des veillées dans les cabanes : « Quand on cale, on cale à la demande de la météo, elle nous dit – il va faire ça et puis dans la nuit on s’aperçoit que le temps a changé, on tourne tout !… Par exemple – vent Nord-nord-ouest, si je suis tout seul dans le cul de l’étang, je cale à ma façon, lignée de foulques, sarcelles, siffleurs, un panaché. En fonction du vent, je mets deux colverts, puis une cane de pointe face aux sarcelles et foulques, et d’autres canes ensuite… Autrement dit, quand les colverts vont crier, dans le vent, ils vont faire chanter toutes les canes… » 9.
Il existe deux variétés de leurre : des leurres vivants constitués de canards dont le chasseur fait l’élevage et qui, entravés sur l’eau par une cordelette et un plomb, ont pour mission d’attirer l’attention les oiseaux sauvages de leurs cris. Ce sont des « appelants ». Pour améliorer l’ambiance sonore, le chasseur dispose aussi un mâle au milieu d’une colonie d’appelants femelles pour « faire chanter les canes » ! Les leurres morts constituent la seconde variété. Appelés en languedocien « simbels », ils reproduisent les différentes silhouettes des oiseaux d’étang dans des matériaux aussi divers que le liège, les douelles de tonneau, le zinc, la fibre le verre, le plastique ou le fil de fer. Certains chasseurs sont de véritables sculpteurs d’oiseaux auxquels on commande ses simbels. A Sète notamment, on parlait des oiseaux de Chopin, de Guibal ou Di Rosa. De cette tradition sont nées certaines vocations artistiques reconnues aujourd’hui au point d’avoir ouvert à ces sculpteurs les portes d’un marché d’art populaire.
Le concert des appelants est complété au moyen d’appeaux. La « piutade » est cet art du sifflet qui attire le gibier volant au milieu des leurres pour y être tiré « La famille Guibal, c’est un don qu’ils ont eu. Si vous étiez à côté de gens comme ça c’était pas la peine… Il valait mieux partir, même si vous aviez le meilleur affût ! Ils les faisaient danser, c’est incroyable ! »
Avant la production manufacturée d’appeaux, les chasseurs confectionnaient eux-mêmes des sifflets avec des roseaux, les « calamèles ». Aujourd’hui, il existe au moins deux types d’appeaux dont les chasseurs ne se séparent jamais le sifflet en zinc à deux (ou trois) trous, pour les canards et la trompette en buis pour les foulques. Cette dernière a, semble-t-il, été importée d’Espagne : « Mon père travaillait comme docker à Sète et lorsque les petits bateaux espagnols de vin de muscat, venaient, ils discutaient de chasse avec les marins, c’est comme ça qu’ils ont trouvé la fameuse trompette espagnole, avant la guerre. Ensuite on en a fabriqué à Sète ».
La chasse au musée ?
Telle était la question imprudente posée au visiteur de l’exposition les « Hommes de la passée » dont cet article est un peu le prolongement.
Exposer la chasse au musée n’est pas acte anodin et suscite même quand on offre au visiteur un livre d’or où consigner ses remarques des prises de position très contrastées.
Alors que toute entreprise de patrimonialisation consiste à transformer une activité sociale en objet de contemplation, la muséification de la chasse n’a pas ici neutralisé, ni même amorti, les divergences qui opposent défenseurs et détracteurs
« Vive la chasse à l’homme ! L’homme ce prédateur ! »
« Je comprends parfaitement que l’on tue pour se nourrir, mais je ne comprends pas que cela soit un plaisir. »
« Je préfère plusieurs centaines de milliers de chasseurs traditionnels à un seul Tchernobyl ! »
« La chasse pour manger, oui ! La chasse par tradition, non ! »
« C’est avec mon père chasseur que j’ai appris la nature et l’observation des animaux » 10.
Loin de les convertir en public de consommateurs découvrant soudain la richesse d’une collection ethnographique, elle a réactivé le débat politique lié à la chasse et conduit à une polarisation des jugements. L’exposition avait pour fonction de montrer la capacité de la chasse à rapprocher des hommes ; auraient-elle eu pour conséquence de diviser les visiteurs ?
S’il est bien délicat de répondre, on peut en revanche tirer une double leçon de cette réaction très forte. D’abord qu’il suffit peut-être d’offrir une tribune (un livre d’or) pour qu’immédiatement elle impose au visiteur la logique si bien rôdée du sondage médiatique du « pour » ou « contre ». Ce syndrome de la « sondomania » occulterait alors, en le rendant indicible, l’intérêt plus réel et plus nuancé qu’a pu trouver telle personne au cours de sa visite. Ensuite qu’il est plus facile d’offrir à la contemplation culturelle des objets morts ou exotiques que des objets vivants ou familiers. Au fond, que nous dit le livre d’or ? Tout simplement que la chasse est un lieu de très haute passion sociale et qu’à ce titre elle fait intensément vivre et le chasseur « la chasse, c’est la vie » et son opposant « vive la chasse à l’homme ! » Le moins qu’on puisse dire est que le débat n’est pas clos…!
La chasse et l'homme : une histoire passionnelle
Est-ce un délit de tradition ? Le goût du sauvage ? Une liberté perdue ? Une réalité sociale, économique, symbolique ?…
On imagine aisément la place de la chasse et de la cueillette dans les sociétés éloignées, exotiques… Mais qu’est-ce qui justifie cette activité dans la société moderne ? Cette absence apparente de « statut » cache sans doute une complexité au moins symbolique. A cette prédation se superpose l’inscription des groupes d’hommes dans un espace délimité.
Elle constitue une « reprogrammation » identitaire propre à réactiver périodiquement le sentiment d’appartenance d’une communauté à un territoire précis 11.
Mais on voit aussi que l’expérience de la chasse entraîne avec elle presque toutes les facettes de notre société. En parler, c’est courir le risque dans le débat médiatique actuel d’oublier trop vite que la chasse peut rapprocher aussi les hommes entre eux. Dans les campagnes, elle fait partie de la vie villageoise, elle donne lieu à des activités multiples, des échanges réguliers : repas, lotos, dons de gibier, constructions collectives de cabanes, etc. Autant d’instants propices aux récits, aux souvenirs, aux solidarités entre les membres de ces groupes. On aime avant tout parler, raconter les histoires, évoquer les techniques des uns et des autres, les stratégies pour déjouer la complexité des passages de gibier, grâce aux observations des éléments naturels, la chasse est une passion. C’est aussi à travers des parcours réguliers, un jeu toujours aléatoire avec l’animal et pas n’importe lequel 12 :
- à terre : « On connaît tous les « colinadous » sentiers habituels des lapins. C’est en fonction de cela que l’on se place… » ;
- à l’eau : la foulque (« la fouc») est l’oiseau le plus prisé. Il y a une véritable compétition des chasseurs pour imiter son cri et la faire venir vers la « calée » : – « la foulque c’est notre « passion », culinairement parlant certains ne l’aiment pas, moi je trouve que ça vaut bien une sarcelle. La foulque nous fait nous amuser, nous empêche de dormir…, elles « cabussent » (plongent), elles « pioutent » (chantent) à partir des premières « barbastes » (gelées blanches), il ne faut pas fermer l’œil, être toujours attentif, suivre le mouvement des « frappes » (des vols d’oiseaux) ».
Hommes, femmes et enfants vivent ainsi périodiquement soumis aux rythmes de cette passion virile.
Annexe 1 - Le gibier d'eau de l'étang de Thau 13 :
Les oiseaux de la chasse blanche :
les petits échassiers, les limicoles et canards avec leur nom local.
Annexe 2 - Le territoire de chasse
Dans la panoplie des pratiques de chasse et des territoires particuliers, l’espace du bassin de Thau est exemplaire car nous sommes là dans le Domaine Public Maritime (DPM).
Cinq associations de chasseurs se partagent l’ensemble du DPM, des étangs littoraux de l’Hérault.
C’est d’abord les Affaires maritimes qui gèrent ce territoire, ensuite, cette chasse à l’eau doit se conformer à la loi administrative de l’État, mais aussi aux lois prud’homales (reconnues par l’État), les lois « coutumières » des pêcheurs.
D’une façon générale, le système de syndicat de chasse date d’avant 1914. Il y avait avant cette époque, une organisation montée par les chasseurs dans les différents territoires, sans loi d’amodiation (contrat de location).
Cependant, pour la chasse à l’eau, il y avait une liberté totale d’utilisation du domaine maritime.
En 1968, une loi a réglementé la chasse à l’eau sur le DPM et son amodiation à partir de 1975. Les chasseurs ont été obligés de s’organiser pour conserver un droit de chasse sur l’étang. Ils ont créé l’Association intercommunale de chasse maritime du bassin de Thau (ACM) 14 qui regroupe les chasseurs à l’eau de Sète, Balaruc-le-Vieux, Balaruc-les- Bains, Poussan, Bouzigues, Loupian, Mèze, Marseillan, Lapeyrade.
Sur l’étang de Thau, le territoire de chasse s’étale sur 7 500 ha (70 km de berges).
Là, environ 400 chasseurs, sur les 600 adhérents, chassent régulièrement. L’ACM est obligé sur le domaine public d’accepter tout porteur de permis : on compte ainsi une centaine de citadins (de Montpellier, Béziers principalement) 15.
Respectant une longue pratique, on chasse ici uniquement de nuit au poste fixe, sans barque : « c’est pour cette tradition que nous sommes prêts à nous battre ». L’Association est extrêmement vigilante sur ce point en dépit des directives européennes.
Il n’y a pas de « chasse à la botte » (à pied), uniquement aux postes fixes. 123 postes ont ainsi été désignés par les Services des Affaires maritimes (voir carte) et pour l’usage desquels l’ACM a un bail payant.
Le chasseur possède un « carnet de prélèvement » et obligation est faite à l’Association de rendre compte des « prélèvements » de gibier chaque année à la Fédération départementale, qui en informe l’ANCGE (Association nationale de la chasse au gibier d’eau) pour réaliser des statistiques 16.
Plusieurs ouvertures sont autorisées par le ministère de l’Environnement 17 en fonction des espèces : « chaque année on demande le 14 juillet. En 1991 ça a été le 21, en 1992 le 25, en 1993 du 25 juillet au 28 février !.. »
Cette date est toujours vécue comme une vexation par les chasseurs de l’étang de Thau car elle est trop tardive pour eux (avril et mai sont des périodes de nidification). Ils estiment qu’ils n’ont pas les contraintes d’autres zones d’eau car il n’y a pas de nidification sur cet étang : « avant on chassait jusqu’au mois de mai. Maintenant il y a les directives européennes… »
Annexe 3 - L 'organisation de la chasse en France
Comprendre un peu ce monde aujourd’hui c’est aussi le resituer dans un contexte d’une complexité rare au niveau de son administration, de l’échelon national aux associations locales de chasseurs, de ses règlements, etc. L’enjeu est important, à la fois socialement par le nombre d’individus concernés, mais aussi politiquement et économiquement, car elle représente une importante activité 18.
A l’échelon national, les ministères de l’Environnement ainsi que celui de l’Agriculture et de la Forêt règlementent l’organisation de la chasse. Ensuite c’est la Direction de la nature et des paysages qui assure la tutelle de l’Office national de la chasse. L’Office est un établissement à caractère administratif et technique qui a été créé en 1972 pour veiller au respect des règlements et coordonner les activités des fédérations départementales. Le Conseil national de chasse et de la faune sauvage est un organisme consultatif de 34 membres qui peut donner des avis aux ministres concernés. L’Union des fédérations départementales des chasseurs est une association de type loi 1901. Elle défend les intérêts des chasseurs et gère les personnels des fédérations départementales. Il y a aussi une Fondation nationale reconnue d’utilité publique et encore diverses Associations nationales qui recrutent leurs adhérents en fonction du type de chasse pratiquée. L’Association nationale des chasseurs de gibier d’eau (ANCGE) est numériquement la plus importante de France.
Dans les départements, on retrouve aussi cette cascade d’organismes avec surtout les Fédérations départementales des chasseurs qui se situent juridiquement à mi-chemin entre l’établissement public et l’association de type loi 1901.
Viennent ensuite les Associations communales de chasse agréées (ACCA) fondées en 1966. Elles regroupent les territoires de chasse d’une commune ou de plusieurs dans le cas des Associations intercommunales de chasse agréées (AICA).
Cependant tout cet écheveau bureaucratique ne serait rien probablement, sans toutes les spécificités temporaires, exceptionnelles, relatives aux espèces, aux territoires particuliers, aux périodes, dispositifs complexes de dérogations en rapport avec des pratiques « traditionnelles »… ! 19
Cet enchevêtrement n’est pas qu’un argumentaire législatif car il cristallise aussi malgré lui une bonne partie des revendications de chasseurs qui voient leurs pratiques diverses de plus en plus souvent menacées 20.
Notes
1. Sur l’étang de Thau on chasse à la passée : en raison de la relative profondeur des eaux (4 à 5 mètres en moyenne), l’Étang n’est pas un lieu important de nidification et les oiseaux migrateurs n’y stationnent pas. On dit ici que « le gibier est bien volant » et on le chasse à la passée.
Cet article n’est que le prolongement d’une approche des chasses de l’étang de Thau. Ce travail a été réalisé en 1994-95 dans le cadre d’une exposition au Musée de Bouzigues, avec le soutien de la DRAC LR, du Conseil Général et des associations locales de chasse. Que soient ici remerciés tous ceux qui ont participé à cette opération et tout particulièrement : Franqui et Bérénice Goni pour la muséographie. Sophie Cohen-Boulakia pour ses recherches documentaires, Yves Nicolas et Christian Jacquelin pour leurs relectures.
2. Vatuone Didier, Frédéric Bazille, correspondance, Les Presses du Languedoc, 1992.
3. Lettre du Commissaire à l’inscription maritime de Cette au Préfet de l’Hérault datée du 28 décembre 1858 (Archives Départementales de l’Hérault (A.D.) série 65 M 4).
4. Par exemple, l’enquête a montré que certains horaires de travail aux sources de Vergèze (Perrier) sont basés sur les rythmes des chasseurs.
5. Lettre du maire de Marseillan au Préfet de l’Hérault datée du 7 juin 1904 (A.D. : série 6655 M 5).
6. Arrêté de la Prud’homie des patrons pêcheurs de la communauté de Cette en 1859 (Archives Départementales série 65 M 4).
7. Lettre du Commissaire à l’inscription maritime de Cette au Préfet de l’Hérault datée du 28 décembre 1858 (Archives Départementales : série 65 M 4).
8. Minute du Préfet de l’Hérault au Ministre de l’Agriculture du 20 février 1905 (A.D. : série 6655 M 5). Après une enquête du Préfet Maritime sur les 12 communes du Quartier maritime de Cette Balaruc, Palavas, Pérols, Vic, Villeneuve, Montpellier, Aigues Mortes, Mauguio, La Motte, Lunel, Bouzigues, Mèze, il ressort qu’environ 70 pêcheurs pratiquent la chasse au canard au moyen d’un filet.
9. Extrait du film : « Le Diable à la fourchette », sur une recherche de Michèle Taurines, réalisation Luc Bazin, 16 mm, 26 minutes, A.R.I.S., 1989.
10. Extraits du Livre d’Or de l’exposition « Les hommes de la passée ».
11. Voir le numéro spécial d’Études rurales: La Chasse et la cueillette aujourd’hui, juillet-décembre 1982, n° 87-88, Éd. EHESS, 421 p. ainsi que l’ouvrage d’Anne Vourc’h et Valentin Pelosse, Chasser en Cévennes, un jeu avec l’animal, Aix-en-Provence, 1988, Edisud/Ed. du CNRS, 301 p.
12. « L’individu ne va pas à la chasse, rappelait Marcel Mauss, il va à la chasse au lièvre… », op. cit., p. 20. Etude rurale 87-88.
13. Cette liste n’est qu’indicative, ces notes proviennent d’entretiens oraux et nécessiteraient les vérifications précises d’un linguiste.
14. « En 1964, est née la loi du 10 juillet 1964, relative aux associations communales de chasse agréées (ACCA). Cette loi opère un transfert du droit de chasse au profit d’une association créée à la suite d’une enquête publique, pour les périodes successives de six années renouvelables par tacite reconduction. L’objectif de cette loi, dite loi « Verdeille », est de regrouper les terrains chassables afin de constituer une entité cynégétique et de diminuer la pression de chasse, en délimitant les catégories de chasseurs susceptibles d’adhérer à l’association ». La chasse en France, op. cit., p. 9.
15. Ici la carte de l’ACM vaut 50 F pour les résidents, 150 F pour les citadins.
16. L’ACM : les prélèvements réglementaires actuels sont limités sur 100 postes et pour 200 chasseurs environ à :
2 273 canards (anatidés, oiseaux palmipèdes)
2 277 foulques (rallidés)
711 limicoles (oiseaux type échassiers qui vivent autour des étangs, et vers la mer) :
La Cabidourle, le Chevalier aboyeur, le Courlis, le Bec droit, la Barge Rousse, la Nette rousse…).
Cela représente environ une vingtaine de « pièces » par chasseur.
17. L’ouverture générale de la chasse est fixée par la Préfecture (en 1995 du 11 septembre au 28 février), mais un Arrêté ministériel fixe les dates anticipées pour l’ouverture du gibier d’eau sur le domaine maritime en fonction des espèces d’oiseaux migrateurs (pour 1995 le 22 juillet).
18. On parle de plusieurs milliards de francs pour 1,5 million de chasseurs en France, et sur le seul département de l’Hérault, on compte 30 000 inscrits.
19. « Le droit de la chasse en France est, par construction, un droit sédimentaire traversé de « failles géologiques ». Jusqu’à une date récente, il fallait consulter plusieurs lois anciennes et non harmonisées pour connaître le droit applicable aux.., dégâts de lapins ». P. Waguet, A. Charlez-Coursault, La chasse en France, Paris, 1991, PUF, collection Que sais-je ? p. 18.
20. Nous n’avons pas évalué l’action des institutions communautaires et Directives de la CEE sur le terrain en dehors de la constatation de manifestations importantes régulières.
