Le séjour de dom Edmond Martène et de dom Ursin Durand entre Saint-Chinian et Albi en octobre 1711
Le séjour de dom Edmond Martène et de dom Ursin Durand
entre Saint-Chinian et Albi en octobre 1711
Le Voyage littéraire de deux religieux Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur… 1, édité en deux volumes en 1717 et 1724, est une source particulièrement intéressante pour la connaissance du monde de l’érudition ecclésiastique et pour celle de la vie religieuse et monastique à la fin du règne de Louis XIV et au début de la Régence. Les quelques pages présentées ici permettront de mettre en valeur les différents aspects érudits, spirituels et littéraires qui caractérisent cet ouvrage dont un des deux auteurs (dom Martène) est un des grands érudits mauristes, disciple de Mabillon et contemporain de Montfaucon.
Écrit en francais, de lecture aisée, cet ouvrage est le résultat de sept années de voyages réalisés à la demande du Chapitre général de la Congrégation de Saint-Maur et avec le soutien de l’Assemblée du clergé. Le premier volume contient les six premières années de voyage, de 1708 à 1713. Cette série de voyages répond à la volonté de reprendre la publication de la Gallia christiana, abandonnée au milieu du XVIIe siècle. Ce premier volume est divisé en deux tomes. L’extrait, présenté ici, est tiré de la deuxième partie, pages 62 à 67. Quant au second volume, il contient le récit du voyage de 1718 réalisé dans le cadre de l’élaboration d’un Recueil des historiens de France décidée par le chancelier d’Aguesseau et dont le plan avait été dressé par dom Martène. Finalement, le projet fut abandonné et repris dans les années trente par dom Bouquet mais le voyage eut lieu grâce à dom Charles de l’Hostellerie, supérieur général.
Le premier intérêt de ce récit concerne l’aspect géographique ces voyages couvrent une grande partie de la France, les Pays-Bas, la Rhénanie et la Westphalie. Plus précisément, en voici la cartographie année par année
- 1708 : le sud de l’archevêché de Tours, les diocèses de Poitiers, de Bourges, de Nevers, d’Auxerre et de Sens.
- 1709 : les diocèses d’Orléans, de Sens, de Meaux, de Soissons, de Troyes, de Langres, de Dijon et de Besancon.
- 1710 : les provinces ecclésiastiques de Lyon, de Vienne, de Moutiers, d’Embrun, d’Aix, d’Arles et une partie de celle de Narbonne ainsi qu’Avignon.
- 1711 : les provinces ecclésiastiques de Bordeaux, d’Auch, de Toulouse, de Narbonne et d’Albi.
- 1712 : l’est des provinces de Paris et de Reims, le sud de l’archevêché de Trèves, Metz, Toul et Verdun ainsi que l’Alsace.
- 1713 : l’ouest de la province de Reims, les diocèses d’Ypres, de Bruges, de Gand, d’Anvers, de Malines et de Tournai.
- 1718 : les archevêchés de Trèves et de Cologne, la principauté de Liège, les évêchés de Munster et de Paderborn, Aix-la-Chapelle ainsi que des principautés monastiques comme Stavelot-Malmédy, Kornelimunster, Werden et Corvey.
A la vue de cette cartographie, on peut faire plusieurs remarques. Tout d’abord, de grandes régions monastiques francaises n’ont pas été visitées par les deux Mauristes (la plus grande partie de l’ouest et le Massif central). Cette lacune s’explique tout à fait par l’organisation des études dans la congrégation : la collaboration entre plusieurs religieux voyageurs et sédentaires et l’utilisation des recherches déjà réalisées. Martène l’explique lui-même dans une lettre
« nous avons a la réalité travaillé mon compagnon et moy avec des moines que dieu seul con noie,… Mais nous ne sommes pas les seuls qui avons travaillé et fourny des memoires au R.P. (Dom Denis de Sainte-Marthe). Il a premierement puisé dans les tressas inépuisables du p. Mabillon comme il le dit luy mesme. Il a ete le maitre du travail de Dom Michel Germain qui avoir fait l’histoire abregée de tous les monastères de notre congregation. Dom Claude Estiennot… avaoit ramassé dans leurs provinces beaucoup de memoires… Dom Denys Briant religieux de S. Vincent du Mans, homme tre habile et exact a travaillé dans le Maint et la Bretagne. Dom Jacques Jouvelin et Dom Richard Houssaye ont travaillé sur la Normandie, Dom Jacques Boyer a parcouru pour le mesme dessein l’Auvergne la Saintonge et quelques abbayes du Limousin 2. »
Seconde remarque, Martène dans sa quête aux sources historiques de la Gaule chrétienne s’est trouvé dans l’obligation de séjourner dans des régions particulièrement marquées par le monachisme à diverses périodes : la carte monastique carolingienne (Fleury, Autun, Corbie, Chelles, Prùm, Corvey, Saint-Riquier…) à la suite du monachisme colombanien (Luxeuil), la Bourgogne clunisienne et cistercienne visitée à deux reprises, les grands monastères de chanoines réguliers (congrégation d’Arrouaise, de Saint-Ruf, de Vindesheim, des Génovéfains), les grandes abbayes de l’ordre de Prémontré, les Chartreuses les plus importantes et enfin les abbayes des principales réformes monastiques du XVIIe siècle (Saint-Vanne et Saint-Maur, l’Étroite observance de Cîteaux, Feuillant et l’Antique Rigueur). Cette géographie met en valeur l’attachement des deux Mauristes à leur mission dont les étapes sont autant de lieux d’investigations scientifiques que des lieux de pèlerinages marquant la continuité intellectuelle et spirituelle du monachisme et son enracinement dans l’histoire de France.
L’organisation matérielle du voyage n’apparaît que par allusions dans le récit. On peut cependant avoir une certaine idée du déroulement quotidien du voyage en rassemblant ces détails auxquels il faut ajouter divers éléments tirés de récits manuscrits du Voyage littéraire écrits par dom Ursin Durand 3. Les deux religieux partent chaque année après Pâques de Marmoutier de Tours ou de Saint-Denis pour revenir fin décembre ou courant janvier dans l’un de ces deux monastères. Ils voyagent revêtus de l’habit monastique, à cheval et assez souvent accompagnés d’un guide ou même d’un valet comme en Allemagne. Ces guides sont soit des religieux désignés par leurs supérieurs soit des laïcs. Les deux religieux logent le plus souvent dans des abbayes des ordres les plus divers, masculins et féminins. Cependant, il leur arrive assez régulièrement de s’arrêter dans des auberges, notamment en Allemagne en 1718.
Pour mieux saisir l’accueil que recurent les deux Mauristes dans les huit cent abbayes et les cent villes épiscopales visitées et la portée même de l’ouvrage, il convient de présenter en quelques mots les deux voyageurs et plus particulièrement dom Martène. Né en 1654, Martène a donc plus de cinquante ans lorsqu’on lui confie la réalisation de ces voyages. C’est un religieux d’expérience dont la formation et la spiritualité le rattachent au premier esprit de la réforme mauriste. Deux personnalités marquantes l’ont en effet formé, dom Claude Martin et dom Jean Mabillon. De cette formation découlent plusieurs éléments de la spiritualité de Martène une haute idée des devoirs de la vie monastique, un travail scientifique au service de l’épanouissement religieux et surtout la volonté de développer dans toute la société et plus particulièrement dans le monde monastique le désir de réforme. En 1708, lors du premier voyage, Martène est déjà connu dans le monde religieux et érudit par divers ouvrages un Commentaire de la règle de saint Benoît 4, le De antiqui monachorum ritibus… 5, le De antiquis Ecclesiae ritibus… 6, le Veterum Scriptorum et monumentorum morahum… 7, et le Tractatus de atiquis Ecclesiae disciplina… 8. En 1697, la publication de la Vie de Dom Claude Martin 9 lui vaut d’être exilé à Landevennec avant de séjourner à Évreux et à Rouen où il rencontre dom Denis de Sainte-Marthe, le futur organisateur de l’édition de la Gallia christiana.
Dom Ursin Durand est beaucoup plus jeune puisqu’il est né en 1682. A 27 ans, il devient le fidèle collaborateur de Martène jusqu’à la mort de ce dernier en 1739. Il est engagé dans les voyages à partir de 1709 et participe aux deux grandes collections qui les accompagnent : le Thesaurus novus anecdotorum… 10 et le Veterum scriptorum et monumentorum historicorum… 11. Dom Durand collabore aussi à l’édition des Lettres des papes 12 auprès de dom Coustant et à l’Art de vérifier les dates 13.
La correspondance de Martène avant 1708 confirme cette notoriété et le Mauriste apparaît comme un religieux a « exemplaire » dont la conversation édifie et instruit tout à la fois 14. Cette double volonté d’instruire et d’édifier le public est présente dans la préface même du récit dans laquelle Martène distingue trois types de lecteurs qui sont peut-être aussi les faces d’une même personne : l’érudit religieux.
« Les premiers (les savants) y trouveront plusieurs pièces, qui ne leur seront pas indifférentes… Les seconds (les curieux) y trouveront plusieurs avantures singulières, qui les divertiront… Enfin les derniers (les gens de piété) trouveront dans les fondations des monastères, & dans la vie de quelques personnes distinguées par leurs vertus, dequoy s’édifier, & nourrir leur piété 15. »
Ces huit cent pages représentent une sorte de « vulgarisation » de la méthode scientifique mauriste définie par dom Grégoire Tarisse et dom Luc d’Achery à partir des années 1635. Cet ouvrage est aussi un des derniers exemples de la première phase de l’érudition mauriste avant l’élargissement des domaines de recherches dès les années 1720 avec Dom Bernard de Montfaucon, par exemple 16. Pour chacun des huit cents monastères, Martène insiste tour à tour sur la fondation, les principaux faits marquant de leur histoire, la situation géographique, les saints qui y ont vécu, les auteurs médiévaux qui les ont rendus célèbres, les principaux bienfaiteurs et donateurs qui y sont enterrés avec leurs épitaphes, les richesses des bibliothèques… Toutes ces rubriques qui forment la trame de tout l’ouvrage appartiennent à cette formation intellectuelle. On trouve donc dans le récit plus de quatre cents épitaphes, cent vingt textes les plus divers, cent quarante inscriptions ainsi que plus de mille deux cents manuscrits cités. Tous ces documents sont cités à des fins érudites mais aussi religieuses notamment les textes concernant la question du Saint-Sacrement et la vie de divers réformateurs comme saint Francois de Sales ou Dom Didier de la Cour (le fondateur de la congrégation de Saint-Vanne).
Tous ces éléments apparaissent dans les quelques pages présentées ici sauf la publication de textes et d’épitaphes. On peut même dire qu’au-delà du point de vue anecdotique, l’aspect purement érudit est assez en retrait et, qu’au contraire, les aspects socio-économiques (si rares dans l’ensemble du récit) et surtout religieux dominent.
Mis à part une donnée d’ordre climatique (la pluie entre Vabres et Albi), la vie quotidienne est absente de cet extrait. Ce silence n’est pas surprenant car les aléas du quotidien sauf quelques incidents particuliers n’ont guère de place dans les récits de voyages d’érudits, les Mauristes en particulier. Pourtant l’accueil recu par les deux Mauristes dans cette région fait partie de la vie quotidienne dans la mesure où tous les jours, pour des raisons érudites et « mondaines », ils sont amenés à rencontrer l’élite religieuse et monastique locale. Martène et Durand furent, semble-t-il, bien accueillis notamment à Agde, à l’Arpajonie (Millau), à Nonenque et à Vabres.
Comme dans tout le récit, Martène signale l’existence de quelques monuments civils particulièrement intéressants (aqueduc du Castries) et caractérise très rapidement ces petites villes que sont Agde ou Saint-Chinian. Mais s’il s’étend plus longuement sur l’activité manufacturière de cette dernière ville, c’est sans doute parce qu’il est impressionné par les commentaires élogieux voire un peu « chauvins » de la personne qui leur a fait visiter les lieux.
L’érudition reste très présente dans ces pages, elle est à la base du discours de l’auteur. Martène a construit son texte à partir des résultats de ses recherches sur les lieux et de ses lectures. Il en est ainsi de sa réflexion sur l’étymologie de Saint-Chinian, de la référence au concile d’Agde, de la « description » de Saint-Guilhem et des différentes reliques (saint Sulpice, Guillaume de Gellone, saint Fulcran) et enfin des bulles trouvées à Nant. L’érudition est aussi présente à travers certaines données comme l’appartenance des abbayes à tel ou tel ordre, la date de la sécularisation de Saint-Sauveur de Vabres, celle de l’érection de l’évêché de cette même ville ou enfin le récit des méfaits des guerres de religion à Lodève.
Cette érudition conduit naturellement à une réflexion sur la vie religieuse. Tous ces faits rappelés par Martène qui ont marqué l’histoire de ces monastères expliquent en grande partie l’état spirituel et matériel de ces abbayes telles qu’elles se présentent en 1711. Martène se sert donc de ces faits historiques à des fins spirituelles. Il en est ainsi de Benoît d’Aniane qui « ayant méprisé les vanitez du siècle » fonde Saint-Sauveur, de Guillaume retiré à Gellone pour « faire pénitence », de l’exemplaire évêque de Lodève saint Fulcran et pour finir de Pons de La Raze, fondateur de Sylvanès… Ces saints sont cités en exemple pour les moines de ces abbayes qui doivent être fidèles aux vœux de leurs fondateurs et pour les gens du siècle afin qu’ils méditent sur l’esprit d’humilité de ces princes. C’est dans ce même état d’esprit que Martène évoque l’état de la vie religieuse dans les monastères de cette région en octobre 1711, en se servant précisément de ses découvertes érudites. Nous avons un témoignage particulier de cette vie religieuse, puisqu’il est l’œuvre d’un bénédictin d’une grande dimension spirituelle et érudite et appartenant à une congrégation encore à l’apogée de son rayonnement. Ce témoignage touche le clergé séculier et le clergé régulier. Pour ce qui est des séculiers, Martène ne s’attache, ici comme dans tout son ouvrage, qu’aux évêques, responsables de la réussite ou des échecs de la réforme catholique. Les chanoines rencontrés n’apparaissent que dans le contexte érudit ou mondain. Martène, bien que très discret, semble avoir apprécié Francois de Montgaillard (l’évêque de Saint-Pons) et Charles le Filleul de la Chapelle (le jeune évêque de Vabres) qui semble déjà jouir d’une bonne réputation.
C’est au sujet de la vie monastique que Martène s’étend le plus longuement en faisant de la vie quasi monastique de deux laïcs protégés par l’évêque de Saint-Pons un véritable exemple de vie régulière pour tous les moines. Cet éloge contraste avec la vie quelque peu relâchée des moniales de Gigean et de Saint-Genès et des moines de Nant. Par humilité, par discrétion et peut-être esprit de corps, Martène ne parle pas des abbayes mauristes visitées qui sont Saint-Chinian, Aniane et Saint- Guilhem-le-Désert. Enfin, comme dans l’ensemble de l’ouvrage, les ordres mendiants n’apparaissent presque jamais.
Martène insiste particulièrement sur le relâchement et la pauvreté spirituelle et matérielle de Saint-Genès, de Gigean, de Nant et au-delà de Saint-Victor de Marseille. C’est d’abord la dénonciation d’une des causes principales du relâchement de l’observance : le monastère féminin transformé en décharge pour la noblesse. Ces abbayes appauvries ne sont plus que des « prisons » et de « vilains trous » selon les propres termes de Martène car les abbesses forcées qui s’y trouvent sont incapables de donner l’exemple et cherchent plutôt des adoucissements à leur mode de vie.
Nant connaît un mode de vie aux antipodes de la vie monastique telle qu’elle semble vécue par les deux laïcs de Saint-Chinian. En citant une bulle rappelant la fidélité à la règle telle qu’elle était vécue à Nant encore dans les années 1555, Martène témoigne d’une situation tout à fait désastreuse et critique au-delà, la décadence de Saint-Victor de Marseille dont dépend Nant et qui refusa la réforme mauriste. Cette décadence se manifeste par l’introduction du pécule, par l’abandon de l’abstinence de la viande, des jeûnes et de la vie commune. A cette situation catastrophique, Martène oppose la réforme mauriste qui rendra à Aniane son premier lustre, en rétablissant l’église & tous les lieux réguliers.
En dehors de ces cas de relâchement, le silence de Martène à propos des autres abbayes semble être la preuve d’une vie monastique honnête qui ne suscite ni éloge particulier, ni critique sévère. C’est ici qu’il faut citer Valmagne, Vignogoul, l’Arpajonie à Millau et Sylvanès. Il reste le cas révélateur de Nonenque où l’abbaye semble en bon état matériel et spirituel avec une seule réserve pourtant fondamentale à cette époque, l’inobservance de la clôture. Celle-ci est en effet une préoccupation primordiale dans la vie religieuse féminine depuis le concile de Trente et tout particulièrement en France. Le respect de la clôture est avec le retour à l’habit monastique et aux observances régulières, le symbole même de la réforme monastique d’une abbaye de Bénédictines ou de Cisterciennes, elle est aussi la condition de la fondation de nouveaux instituts comme les Ursulines 17.
Toutes ces réflexions de Martène nous permettent de mieux cerner la personnalité spirituelle de ce Mauriste, défenseur de toutes les réformes monastiques (Saint-Maur, Saint-Vanne, l’Étroite observance de Cîteaux, Feuillant, l’Antique rigueux des Prémontrés…), profondément attaché à la règle de Saint-Benoît et ayant une très haute idée de la mission dont il est investi : travailler pour l’Église, édifier le public par des exemples tirés de l’histoire religieuse et du dynamisme monastique réformateur du XVIIe siècle.
Notes de l'introduction
1. … où l’on trouvera. I. Quantité de Pièces, d’Inscriptions et d’Épitaphes, servantes (sic) à éclaircir l’histoire et les généalogies des anciennes familles. II. Plusieurs usages des églises cathédrales et des monastères, touchant la discipline et l’histoire des églises des gaules. III. Les fondations des monastères et une infinité de recherches curieuses et intéressantes qu’ils ont faites dans près de cent évêchez et huit cent abbayes qu’ils ont parcouru (sic), ouvrage enrichi de figures, à Paris, chez Florentin Delaune, Hilaire Foucault, Michel Clouzier, Jean-Francois Nyon, Estienne Ganeau, Nicolas Gosselin, 1717, in-40 ; Paris, chez Montalant, 1724, in-4°.
2. Paris, B.N., ms. lat. 13109.
3. Paris, B.N., ms. fr. 15254; ma. fr. 20941, f° 52 et f° 219-225 v°.
4. Commentarius in Regulam S.P. Benedictini littera lis, mora lis, historicus ex varus antiquorum Scriptorum, coenmentationibus, Actis sanctoram…, Paris, Muguet, 1690, in-40.
5. Lyon, Anisson, Posuel et Rigaud, 1690, 2 vols., in-4°.
6. Rouen, Behourt, 1700-1702, 3 vols., in-4°.
7. Rouen, Béhourt, 1700, 1 vol., in-4°.
8. Lyon, Anisson et Posuel, 1706, 1 vol., in-4°.
9. La vie du vénérable P. Dom Claude Martin, Religieux Bénédictin de la Congrégation de Saint-Maur, décédé en odeur de sainteté au monastère de Marmoutier le 9 du mois d’août 1696…, Tours, Masson, 1697, in-8). Sur les relations entre dom Martin et dom Martène, cf. Bremond (H.), Histoire littéraire du sentiment religieux en France, tome VI, La Conquête mystique, eh. VI, p. 177-226, Paris, A. Colin, 1967 (rééd. 1923). Sur Dom Martène, voir en particulier, Daoust J., Dom Martène, Saint-Wandrille, Fontenelle, 1947.
10. Paris, Delaulne, Foucault…, 1717, 5 vols., in-f°.
11. Paris, Montalant, 1724 (vols. 1-3), in-f°.
12. Sur Dom Durand, voir en particulier Dictionnaire de biographie francaise, Paris, 1970, t. XII, p. 682-683.
13. Paris, G. Desprez, 1750, 2 parties en 1 vol., in-4°.
14. Paris, B.N., ms. fr. 25538, f° 39, lettre de Dom Innocent le Masson à un Mauriste, 6-XII-1702.
15. Voyage littéraire…, I, 1, préface, dernière page (pas de pagination).
16. Une bonne présentation des diverses époques des travaux mauristes se trouve dans : Barret-Kriegel (B.), Les historiens et la Monarchie. T. 3, Les Académies de l’Histoire, Paris, 1988, p. 19-103.
17. Chaussy (dom Y.), Les Bénédictines et la réforme catholique en France au XVIIe siècle, Paris, 1975. Lemoine (R.), Le monde des Religieux (Histoire du droit et des institutions de l’Église en Occident. T. XV, vol. 2. L’époque moderne), Paris, 1976.
Voyage littéraire, T. I, 2, p. 62-67
De Narbonne nous fûmes à saint Chignan 1, ancienne abbaye de nôtre congrégation, située dans un valon assez agréable sur le bord d’un petit ruisseau. Elle a pour patron S. Agnan évêque d’Orleans 2. On l’appelle cependant par corruption saint Chignan, ordinairement Saint Chignan de la Corne, à cause des cornes de bœufs attachées aux maisons, ausquelles les tanneurs mettent pendre leurs cuirs 3. L’abbaye a formé une petite ville de son nom, assez jolie, peuplée, & devenue fort riche par les manufactures que le sieur Rousset y a établies. Il a sous luy mille ouvriers, à qui il paye toutes les semaines au moins mille écus, sans parler de ceux qu’il employe hors du lieu. Son trafic est dans le Levant, et c’est principalement de ses étoffes que les Turcs s’habillent 4. Monseigneur l’évêque de S. Pons 5 fait ordinairement sa résidence à S. Chignan, où il trouve une demeure beaucoup plus agréable qu’en sa ville épiscopale. Son palais est dans une situation tout-à.-fait belle 6. Il y a environ 20 ans que le dernier évêque y retira un capitaine canonier qui, touché de l’esprit de Dieu, vint se jetter entre ses bras, pour faire penitence sous sa direction. Ce prélat lui donna une petite maison dans son enclos, & luy abandonna son jardin pour s’y exercer au travail. Ce capitaine avoit un valet, qui ne voulant point quitter son maître, le suivit dans sa penitence. Là ces deux serviteurs de Dieu dans leurs habits séculiers vivent dans une retraite très exacte, ne voyant personne ; dans un jeûne perpetuel, ne mangeant ny viande ny poisson; dans un silence tres-severe, ne parlant entre eux que trois fois la semaine, & jamais aux séculiers ; enfin dans tous les exercices d’une tres-austere penitence. Ils gardent la regle de saint Benoist, & passent tout leur temps à la priere, à la lecture des ouvrages de pieté, & au travail manuel. Les dimanches ils viennent le matin entendre la messe à l’abbaye, & le frere Bernard, c’est le nom du capitaine, y communie 7.
De S. Chignan nous fûmes à Quarante 8 abbaye de chanoines reguliers, & de-là à Béziers 9 ville épiscopale, où il y a trois abbayes, toutes trois de l’ordre de S. Augustin ; S. Afrodise 10, qui est sécularisée ; S. Jacques 11, qui est de la réforme de sainte Genevieve ; & le S. Esprit 12, qui est de religieuses, qui selon leur premier institut, doivent porter sur leur voile une croix rouge. L’abbaye de saint Tiberi 13 de nôtre congregation, n’est qu’à trois lieues de Beziers, & à deux d’Agde 14 autre ville épiscopale, où il y avoit autrefois deux abbayes de nôtre ordre. S. Severe 15 & S. André 16, où est aujourd’huy le seminaire possedé par les Peres de l’Oratoire. On tient que c’est dans cette église que se tint le fameux concile d’Agde en 506 17. Pour ce qui est de la ville elle est petite, mais dans une situation fort agréable, sur le bord de l’Heraud 18, assez prés de la mer, dans laquelle le canal royal qui passe à Agde, va se jetter. Monseigneur l’évêque 19 n’étoit point à Agde lorsque nous y arrivâmes, mais son absence n’empêcha pas que nous n’y fussions bien recus par ceux qui gouvernoient en sa place ils nous comblerent d’honnêtetez, & nous donnerent toute la satisfaction que nous pouvions désirer. Nous fûmes de-là à Vallemagne abbaye de l’ordre de Cisteaux 20, dont l’église est fort belle. Le cardinal de Bonzy 21, qui en a été abbé, y a fait des jardins admirables ; & comme il y faisoit assez souvent sa résidence, il fit conduire les chemins publics par la cour du monastere, & y fit passer la poste. L’abbaye de Gigeant 22 est à trois lieues de-là dans un petit bourg du diocèse de Montpellier, dont madame sa niece 23 est abbesse de quatre religieuses, qui y vivent dans une assez grande pauvreté. Dans le même diocèse nous vîmes l’abbaye de Saint Genes 24, beaucoup plus ancienne et plus fameuse que l’autre, mais qui est réduite à peu prés sur le même pied, puisque l’abbesse n’a que deux religieuses sous sa conduite. Elle est aussi niece du cardinal de Bonzy, & a succedée à une autre niece du cardinal 25. C’est une assez bonne dame, aussi bien que sa sœur l’abbesse de Gigeant. Nous ne pûmes les voir sans être touchez de leur sort, & sans être indignez contre les personnes de qualité, qui pour decharger leur maison, sacrifient ainsi de pauvres filles, dignes d’une meilleure fortune, en les enfermant pour toute leur vie dans de vilains trous. On ne manque pas de chercher des moyens pour soulager le joug pesant qu’on leur impose, & leur faire trouver moins penible la prison perpetuelle dans laquelle on les enferme : mais c’est encore un autre abus, parce qu’on les met par-là dans l’impuissance de s’acquitter des devoirs de l’état qu’on leur fait embrasser, en voulant qu’elles soient religieuses, & les dispensant des principales obligations de leur profession 26.
Le chateau de Castres est à une demie lieue de Saint Genes 27. Il y a un fort bel acqueduc, qui attire l’admiration des voyageurs. C’est pourtant un ouvrage récent, dans lequel monsieur de Bonzy, qui l’a fait faire, a voulu signaler sa magnificence, & rendre son nom recommendable à la posterité 28. La visite que nous fismes des abbayes de Gigeant & de Saint Geres, & aussi de celle de Vignegoul de l’ordre de Cisteaux 29, nous donna occasion de repasser à Montpellier nous étions même bien-aises d’y retourner pour y voir les archives de la ville, celles de la province, & celles du clergé mais lorsque nous fûmes informez sur les lieux de ce que c’étoit par ceux qui en avoient la garde, nous apprîmes qu’il n’y avoit rien pour nôtre dessein ; ainsi nous nous contentâmes de saluer monseigneur l’évêque 30, & de voir en passant l’ancienne église de Maguelone 31. Elle est située sur le bord de la mer, on y voit encore les tombeaux de plusieurs grands évêques, mais elle est aujourd’huy abandonnée, & il ne reste pas même aucun vestige de a ville. Nous prîmes ensuite le parti de nous rendre à Aniane 32 pour y célébrer la fête de la Toussaint avec nos confreres.
L’abbaye d’Aniane 33 doit son origine à l’illustre Benoist comte de Maguelone, qui ayant méprisé les vanitez du siecle, pour se consacrer au service de Dieu, fonda un monastere dans son propre fond, où il assembla trois cens religieux, qui reformerent ensuite toute la France, & même tout l’ordre de S. Benoist. Mais les Calvinistes ont causé un si grand desordre dans ce saint lieu, qu’il n’y reste aujourd’huy aucun vestige d’un si illustre monastere. On n’y voit que l’épitaphe de saint Ardon, disciple de saint Benoist, & qui est auteur de sa vie, laquelle est incorporée au grand autel 34. Mais nous esperons que la réforme luy rendra son premier lustre, en rétablissant l’église & tous les lieux réguliers : ce qu’elle a déja commencé de faire avec succès 35.
A une lieue & demie d’Aniane est l’abbaye de Saint Guilhem 36, située dans un affreux désert au milieu des montagnes. L’église est tres-anciennes, & peut bien être la même qui fut bâtie par saint Guillaume duc de Gellone, qui en est le fondateur, & qui s’y retira pour faire penitence 37. Elle est beaucoup plus belle en dehors, qu’en dedans 38. L’autel est tres remarquable ; car la table est une pierre de touche, qui a cinq pieds de long, & environ trois de large 39. La cellule de saint Guillaume joint à l’église 40. Ses reliques furent trouvées il y a peu d’années dans un cercueil de plomb sur l’autel, avec une inscription qui marquoit l’année qu’elles y avoient été mises 41. On voit aussi dans l’église le tombeau des deux sœurs du Saint 42. Les cloîtres sont jolis ; il n’y a pas un seul pilier qui se ressemble 43. Le réfectoire est assez beau, & même la côte assez agreable, quoique d’ailleurs le désert soit affreux 44.
Le lendemain de la Toussaints 45 nous partîmes d’Aniane pour aller à Clermont 46, & de-là à Lodeve 47, où nous arrivâmes le même jour. La ville est toute environnée de montagnes, & n’a rien de considerable. Son plus bel ornement est la relique de S. Fulcrand, le plus illustre de ses évêques 48.
Le corps de ce saint étoit demeuré incorruptible jusqu’en l’an 1573. que les Calvinistes s’étant rendus les maîtres de la ville, le prirent, le traînerent avec des cordes par la ville jusqu’à la boucherie & l’ayant mis en pieces, le brûlerent. Une partie de son ventre, & un de ses bras, échaperent à la rage de ces furieux. On voit encore dans cette partie de son ventre, qui est dans une belle châsse d’argent, les impressions de la corde avec laquelle il fut traîné par les rues 49. Le Saint avoit fondé une abbaye de nôtre ordre sous l’invocation de saint Sauveur, laquelle joint à la cathédrale ; en sorte que de sa maison épiscopale,il descendoit également dans l’église des moines & dans sa cathédrale 50.
De Lodeve nous fûmes à l’abbaye de Nante 51, ancien monastere de nôtre ordre, qui dans son origine n’étoit qu’un gros prieuré dépendant de l’abbaye de Vabres. Innocent II, l’érigea en abbaye, & Urbain V la soûmit à l’abbaye de S. Victor, dont elle dépend encore aujourd’hui 52. Nous y vîmes une Bulle de Jules III. qui nous apprend que jusqu’à son temps on avoit conservé dans ce monastere, aussi-bien qu’à S. Victor, l’abstinence de la viande, les jeûnes réguliers, les veilles de la nuit, les chemises de serge, le dortoir & le réfectoire communs, la pauvreté, & la desappropriation même dans les offices claustraux. Il s’en faut bien qu’aujourd’hui on garde tout cela. On n’en voit pas même une ombre : & cela fait voir que lorsqu’on vient à se relâcher, on fait bien du chemin en tres-peu de temps 53. L’église est fort ancienne 54. On y garde les reliques d’un S. Sulpice confesseur, qui fit pénitence dans une solitude à une lieue & demie de Nante, où les religieux vont en profession aux fêtes de Pâques, & l’invoquent avec succès dans les calamitez publiques. Je ne scai si ce ne seroit point S. Sulpice Severe disciple de S. Martin, qui (comme dit Gennade) s’étant laissé surprendre par les Pélagiens sur la fin de ses jours, en fit une severe pénitence, & s’imposa in silence de cinq ans : car cette solitude n’est pas extraordinairement éloignée du monastere qu’il avoit bâti dans l’Agennois 55.
De Nante nous fûmes à Millaud 56, petite ville de Rouergue assez jolie, où il y a une abbaye de nôtre ordre fondée pour des religieuses par Hugues d’Arpajon, dont l’aîné de la famille a conservé jusqu’à nos jours le droit de patronage 57. Nous eûmes de l’abbesse & des religieuses toute la satisfaction que nous pouvions souhaiter 58. Nous les quittâmes pour aller à une autre abbaye de filles beaucoup plus illustre et plus ancienne, qui est à quatre lieues de-là. C’est l’abbaye de Nonenque de l’ordre de Cîteaux, située dans une solitude affreuse, au milieu des montagnes, sur le bord de la petite riviere d’Ennon, qui a donné son nom à l’abbaye, appellée en latin Ennona, ou Ennonense, ou Elnonense monaterium 59. Elle fut fondée vers l’an 1145. par Guiraud abbé de Salvanese 60, à qui le fond d’Ennon avoit été donné quelques années auparavant. Madame de Toyras 61 qui en est abbesse, est une tres bonne dame, qui conduit ses religieuses avec beaucoup de sagesse, & nous retint chez elle le plus qu’il lui fut possible. Sa maison est tres magnifique mais les religieuses n’y gardent point de clôture 62. A deux lieues de-là est l’abbaye de Salvanese fondée par Ponce de Lairac, homme de qualité, qui touché d’une vive componction, s’appliqua à tous les exercices d’une tres austere pénitence & embrassant la vie religieuse, ne voulut point d’autre titre que la qualité de Frere convers dans le monastere dont il étoit le fondateur, il y finit saintement ses jours. Nous avons sa vie écrite par un auteur contemporain nommé Hugues, qui a été donnée au public par monsieur Baluze 63.
Nous fûmes de Salvanese à Vbres 64, ancienne & illustre abbaye de nôtre ordre, érigée en évêché par Jean XXII. Elle fut entierement ruinée par les hérétiques dans le temps que les moines songeoient à se séculariser. L’évêque est un jeune prélat 65, qui est fort aimé dans son diocése. Il nous fit un accueil fort favorable, & nous fit l’honneur de nous faire manger à sa table. Comme son église avoit été ruinée de fond en comble, nous eûmes bientôt expédié ce que nous y avions à faire ; & après dîné nous prîmes le chemin d’Albi 66, où nous n’arrivâmes que le lendemain, après avoir eu toute la journée la pluye sur le dos…
Notes du Voyage littéraire
1. Saint-chinian, hérault, arr. Saint-Pons, ch.l.cant. Abbaye de Bénédictins fondée en 817, de Mauristes en 1629.
2. Saint-Aignan, évêque d’Orléans de 451 à 453. Cf. GAMS, Séries epicoporum Ecclesicv Catholica…, Ratisbonne, Manz, 1873, p. 597.
3. La thèse retenue par Martène est anachronique dans la mesure où les tanneurs ne se sont installés qu’à la fin du Moyen Age à Saint-Chinian. Cf. Delouvrier (A.), Histoire de Saint-Chinian-de-la-Corne et de ses environs, Montpellier, 1896, p. 113.
4. Le séjour de Martène à Saint-Chinian se situe en pleine période de prospérité économique. En 1705, Roussel avait repris la manufacture dépendant de la Compagnie du Levant. Cela étant, cet essor semble quelque peu surestimé. Cf. Delouvrier, (A.), op. cit., p. 344-349.
5. Saint-Pons, Hérault, arr. Béziers, ch.l.cant.
6. Pierre-Jean-Francois de Persin de Montgaillard, née en 1633, évêque de Saint-Pons de 1664 à 1713. Ce prélat fixa sa résidence dans le château de Freynes, dont il avait fait l’acquisition dans la pensée d’y établir un hôpital général pour le diocèse, en 1680. Il ne put réaliser son projet et laissa à sa mort ce château à ses successeurs qui y firent leur résidence jusqu’à la Révolution. Cf. Delouvrier (A.), op. cit., p 76-77.
7. Il s’agit sans doute de monsieur de Champlain, gentilhomme de Beauce, retiré dans une petite maison au milieu du parc auquel l’évêque dans son testament (1713), laisse « la jouissance de cette petit maison, de toutes les terres du parc et autres que je possède à Saint-Chinian… » ; cité par Delouvrier (A.), op. cit., pièces justificatives, p. 39.
8. Quarante, Hérault, arr. Béziers, cant. Capestang. Abbaye de chanoines fondée avant 902, devenus augustins en 982.
9. Béziers, Hérault, ch.l.arr…
10. Saint-Aphrodise, abbaye sécularisée au XIIe siècle.
11. Saint-Jacques, abbaye d’Augustins fondée en 908, réformée par les Génovéfains en 1664.
12. Saint-Esprit, abbaye d’Augustines fondée à la fin du XIIIe siècle.
13. Saint-Thibéry, Hérault, arr. Béziers, cant. Pézenas. Abbaye de Bénédictins fondée vers 780, réformée par les Mauristes en 1646.
14. Agde, Hérault, arr. Béziers, ch.l.cant.
15. Saint-Sever, unie en 1158 à la mense capitulaire de Saint-Étienne d’Agde.
16. Saint-André. Francois Fouquet, évêque d’Agde, racheta en 1652 cette abbaye pour y installer le séminaire ; cf. D.H.G.E., I, 929.
17. Concile où furent abordées les questions importantes du célibat ecclésiastique, de l’évêque soumis au synode provincial et du rôle de l’Église dans l’ordre public ; cf. D.H.G.E., I, 929-930.
18. Hérault.
19. Philibert-Charles de Pas de Feuquières, né en 1657, évêque d’Agde de 1702 à 1726 ; Chapeau (A.)…, Episcopologe francais des temps modernes, Paris, 1977, n° 2393.
20. Valmagne, Hérault, arr. Montpellier, cant. Mèze, com. Villeveyrac. Abbaye de Cisterciens fondée en 1138, fille de Bonneval, ligne de Cîteaux.
21. Pierre de Bonzi, né en 1631, év. de Béziers (1659-1669), archev. de Toulouse (1669-1673), card. en 1672, abbé de Valmagne (1680-1697), archev. de Narbonne (1673-1703), abbé d’Aniane, de Saint-Sauveur de Lodève, de Mortemer-en-Lyons, mort en 1703. Episc. fr., n° 371.
22. Gigean ou Saint-Félix de Montseau, Hérault, arr. Montpellier, cant. Méze. Abbaye de Bénédictines fondée en 1128 devenues Cisterciennes vers 1167.
23. Renée-Angélique de La Croix de Castries ; fille de René Gaspard, marquis de Castres et d’Élisabeth de Bonzi, sœur du cardinal Pierre de Bonzi. Abbesse de 1692 à 1722. Gallia christiana, VI, 858.
24. Saint-Genies-de-Mourgues, Hérault, arr. Montpellier, cant. Castries. Abbaye de Bénédictines fondée en 1019, pillée par les Protestants en 1622.
25. Marie de La Croix de Castries succéda à sa sœur Louise-Thérèse de la Croix de Castries en 1705 ; sœur aussi de Renée-Angélique de La Croix de Castries, abbesse de Gigean. Gallia christiana, VI, 855-856.
26. L’utilisation des abbayes comme décharge familiale pour la noblesse est aux yeux de Martène une des causes de la décadence monastique.
27. Castries, Hérault, arr. Montpellier, ch.l.eant. Ce château fut embelli au XVIIe siècle par le Nôtre appelé par René Gaspard de Castries, beau-frère du cardinal de Bonzi. Cf. Duc de Castries, Castries notices historique et descriptive, Paris, s.d., p. 5.
28. C’est en 1670 que Paul Riquet établit les plans d’un aqueduc de 7 kms à partir de la source de Fontgrand appartenant à l’évêque de Montpellier. L’aqueduc fut achevé en 1676, surplombant une partie du village par ces arceaux de près de 20 m. de haut ; cf. Duc de Castries, op. cit., p. 7, 27.
29. Vignogoul, Hérault, arr. et cant. Montpellier, com. Pignan. Prieuré de Bénédictines avant 1130 devenues Cisterciennes en 1245.
30. Charles-Joachim Colbert de Croissy, né en 1667, évêque de Montpellier de 1696 à 1738. Episc. fr., 550 719.
31. Maguelonne, ancienne cathédrale de Montpellier reconstruite à la fin XIe et au début du XIIe siècle. Abandon progressif à partir du XVIe siècle.
32. Aniane, Hérault, arr. Montpellier, ch.l.eant.
33. Saint-Sauveur, abbaye de Bénédictins fondée en 782 ; Mauristes en 1633.
34. Il s’agit de Smaragde mort vers 830. Sa vie de saint Benoît se trouve dans le Cartulaire d’Aniane édité par Cassan et Meynial, Montpellier, 1900, p. 1, sq. et aussi dans Martène, Veterum scriptorum et monumentorum…, V, col. 883 sq.
35. Pierre, cardinal de Bonzy, abbé de 1660 à 1703, entreprit la reconstruction de l’abbaye. La nouvelle église fut consacrée le 10 février 1688 et la facade date de 1713.
36. Saint-Guilhem-le-Désert, Hérault, arr. Montpellier, cant. Aniane. Abbaye de Bénédictins fondée en 804; Mauristes en 1626.
37. Guillaume dit de Gellone, marquis de Septimanie et d’Espagne (750-812) prit l’habit monastique à Gellone le 29 juin 806.
38. L’église fut rebâtie au XIe siècle et consacrée en 1076. Martène semble particulièrement sensible au décor extérieur du chevet et de l’abside principale en particulier.
39. Autel du XIIe siècle en marbre blanc incrusté de verres colorés supportant une table moulurée de marbre noir. Un Christ en majesté et une Crucifixion sont sculptés sur les panneaux antérieurs de l’autel. Cf. Un diocèse languedocien : Lodève Saint-Fulcran 1 000 ans d’histoire et d’archéologie, Lodève, 1975, p. 128.
40. Il s’agit sans doute de la tour Saint-Martin, vestige de l’abbatiale du Xe siècle, petit édifice carré qui flanque la dernière travée de l’église romane dans l’angle sud-ouest. Cf. Un diocèse languedocien…, p. 119-120.
41. C’est le 5 septembre 1679 que les Mauristes, réaménageant le sanctuaire découvrirent les reliques du saint dans une caisse de bois doublée de plomb et dissimulée dans un petit caveau placé sous l’autel du saint.
42. Sarcophage en marbre d’Albane et de Bertane, datant du VIIe siècle, issu d’un atelier pyrénéen vraisemblablement.
43. Cloître à deux étages, baies géminées avec des colonnettes de marbre pour les galeries N. et O., galeries S. et E. gothiques et à présent détruites.
44. Réfectoire à l’ouest. Par « côte », il faut entendre le paysage environnant le monastère. Selon Furetière, il peut s’agir « d’une suite de montagnes ou de collines qui servent comme de bornes et de rivages à des plaines… » Dictionnaire, art. Coste. Le désert concerne les environs au sens plus large.
45. Lundi 2 novembre 1711.
46. Clermont-l’Hérault, Hérault, arr. Lodève, ch.l.cant…
47. Lodève, Hérault, ch.l.arr…
48. Saint-Fulcran, évêque de Lodève de 949 à 1006.
49. Pour cette description, Martène s peut-être utilisé l’ouvrage de Bosquet, Vie de saint Fulcran, 1651, qui rapporte ce récit à partir d’une enquête qui suivit la délivrance de la ville. Cf. Un diocèse languedocien…, p. 41. La châsse en argent fut réalisée en 1641 grâce en particulier à la générosité de Marie-Félicité des Ursins, veuve du duc Henri de Montmorency. Cf. Reynis (H.), Les reliques de Saint-Fulcran de Lodève, Lodève, 1861, p. 34.
50. Saint-Sauveur, abbaye de Bénédictins fondée vers 980 par Saint Fulcran.
51. Nant, Aveyron, arr. Millau, ch.l.cant…
52. Soumise à Saint-Victor de Marseille en 1366.
53. Un des thèmes chers à Martène (la dénonciation du relâchement monastique) mais aussi une critique de l’abbaye de Saint-Victor de Marseille qui s’opposa à la réforme des Mauristes, finissant par se séculariser en 1751. Dans son Histoire de la Congrégation de Saint-Maur (publiée par dom Charvin, Ligugé, 9 vols., 1928-1954) Martène a des mots très durs face au refus d’une partie des moines de Saint-Victor de se réformer, en revenant plusieurs fois sur la décadence de la vie monastique de cette abbaye. Martène (E.), Histoire de la Congr. de Saint-Maur, t. III, p. 128-139; IV, 133-135, 181-182,203-210; V, 13-17.
54. Fin XIe siècle.
55. Des reliques de Saint-Sulpice sont effectivement conservées dans un coffre en bois mais il s’agit d’un saint Sulpice ermite dont la tradition orale a gardé le souvenir. Saint-Guiral, Saint-Alban et Saint-Sulpice, trois frères, décidèrent de se faire ermites s’étant apercu qu’ils aimaient tous les trois la même héritière du château voisin de Cantobre. Sulpice se retira dans un ravin touffu. Tous les ans à Pâques, les trois frères allumaient un feu brillant. En souvenir, une procession annuelle fut organisée au hameau de Saint-Sulpice. Cf. Mazel (E.), Monographie sur Nant d’Aveyron et son ancienne abbaye, Rodez, 1913, p. 232-246.
56. Millau, Aveyron, ch.l.arr…
57. L’Arpajonie, abbaye de Bénédictines fondée en 1297 et restaurée par Aldonce d’Arpajon au XVIIe siècle qui mourut en 1673.
58. Marie-Anne de Morlhon de Laumière, abbesse de 1710 à 1755.
59. Nonenque, Aveyron, arr. Saint-Affrique, cant. Cornus, com. Marnhagues-et-Latour ; abbaye de Cisterciennes fondée en 1146.
60. Sylvanès, Aveyron, arr. Saint-Affrique, cant. Camarès.
61. Élisabeth de Bermond du Caylard de Saint-Bonet de Toiras d’Amboise, nommée le 29 mai 1694. Gallia christiana, I, 295.
62. La clôture est depuis le concile de Trente et plus particulièrement en France un élément fondamental de la vie religieuse féminine. Anne-Suzanne de Simiane de Gordes, abbesse de 1660 à 1694 entreprit la reconstruction de son monastère. Déjà en 1665, lors de sa visite, le vicaire général provincial, Dom Pierre Capolade avait fait allusion à l’absence de clôture, l’expliquant par la reconstruction inachevée et en cours du monastère. Texte cité par Couderc (C.) et Rigal (J.-L.), Cartulaire et documents de l’abbaye de Nonenque, Rodez, Com. Arch. Hist. du Rouergue, p. 251, art. 26.
63. Pons de la Raze fonda en 1136 l’abbaye de Sylvanès. Baluze publia dans Miscellanea…, III, 204 sq., le texte en question : Hugone monachus, tractatus de conversione Pontii de Larazio, et exordii Salvaniensis monasterii vera narra tio, auctore Hugone Francigena, monacho ejusdem monasterii.
64. Vabres-en-Rouergue, Aveyron, arr. Saint-Affrique, ch.l.cant. Évêché en 1317, sécularisation de l’abbaye Saint-Sauveur, fondée en 863, en 1561.
65. Charles-Alexandre Le Filleul de la Chapelle, né en 1676, évêque de bres de 1710 à sa mort, en 1764. Episc. fr…, n° 1902.
66. Albi, ch.l.dép. Tarn.
