L’église paroissiale d’Aniane d’après les visites pastorales des évêques de Montpellier au XVIIe siècle

La paroisse d’Aniane participe au mouvement de réforme catholique animé par les évêques du diocèse de Montpellier au XVIIe siècle.

L’intérêt réel, approfondi, dont ils témoignent pour la vie religieuse de leurs fidèles, les incite à visiter fréquemment les paroisses : quatre fois à Aniane pendant les épiscopats de Pierre de Fenouillet en 1633, de François Bosquet en 1658 et 1664 et de Charles de Pradel en 1677.

A chaque visite l’évêque dresse un inventaire détaillé des lieux de culte et de leur état, prêche auprès des fidèles qu’il confesse, confirme ceux d’entre eux qui ne l’ont pas encore été, leur donne la communion et s’efforce d’améliorer l’entente religieuse entre le prêtre et les fidèles en interrogeant celui-ci ou en écoutant les doléances de ceux-là. Il conclut sa tournée par une ordonnance pastorale qui arrête ses décisions vis-à-vis de la communauté des fidèles visités.

Notre travail, axé essentiellement sur la visite pastorale de 1658, vise à reconstituer l’état religieux de la paroisse d’Aniane à cette date.

Elle est conduite par un évêque très engagé dans la réforme, François Bosquet ; après un début de carrière civile comme intendant de Guyenne, il est nommé évêque par le roi en 1655, du diocèse de Lodève d’abord, du diocèse de Montpellier ensuite où il prend ses fonctions en 1657.

Il multiplie les conférences religieuses destinées à former les prêtres, avant de fonder à Montpellier le premier séminaire du diocèse ; il incite les ordres religieux nouveaux, nés de la réforme catholique à venir s’y établir et à y prêcher lors des fêtes où les habitants font appel à un prédicateur.

Il anime lui-même des missions et il séjourne longuement dans des paroisses il reste quinze jours à Aniane lors de sa mission de 1664.

Extrait du plan cadastral de la commune d'Aniane, 1981
Fig. 1 Extrait du plan cadastral de la commune d'Aniane, 1981

Statut et comptes de la paroisse

La paroisse d’Aniane est placée sous le patronage de l’Abbaye Saint-Sauveur dont le prieur perçoit annuellement la dîme et nomme les desservants, les vicaires auxquels il verse la portion congrue. Au titre de patron correspond également une partie de l’entretien de l’église paroissiale.

Trois prêtres la desservent, dont un, Marc-Antoine Reginald est vicaire perpétuel ; on y compte entre 1 200 et 1 600 fidèles communiant – le vicaire donne le chiffre faible, les conseils le chiffre fort – l’évêque confirme 450 personnes entre le 3 et le 5 octobre 1658.

Selon le procès-verbal de visite, la paroisse possède des registres de baptêmes, mariages et sépultures depuis 1655. En fait, et contrairement à cette affirmation, la collection communale déposée aux archives départementales de l’Hérault débute en 1625. (A.D.H.E. dépôt Aniane, GG 1 à GG 15). On ne peut cependant mettre en doute l’affirmation de Marc-Antoine Reginald, qui, entré en charge en 1655, déclare n’en avoir pas trouvé de plus ancien à son arrivée. Les registres antérieurs devaient dormir dans quelques recoins oubliés.

Le plan de l'église a été réalisé par agrandissement du dessin du cadastre communal de 1828
Fig. 2 Le plan de l'église a été réalisé par agrandissement du dessin du cadastre communal de 1828 qui comporte des rajouts apportés à l'édifice en 1780 : le porche et le portail monumental donnant sur la place du marché
Aniane, église Saint-Jean-Baptiste
Fig. 3 Aniane, église Saint-Jean-Baptiste, les trois chapelles du côté de l'Évangile (cliché D. Kuentz, 1989)
Aniane, église Saint-Jean-Baptiste
Fig. 4 Aniane, église Saint-Jean-Baptiste, chapelle des Rois (cliché D. Kuentz, 1989)
Aniane, église Saint-Jean-Baptiste
Fig. 5 Aniane, église Saint-Jean-Baptiste, vue intérieure avec le côté de l'Épître (cliché D. Kuentz, 1989)

Les bâtiments cultuels – Leur état

Le centre de la vie cultuelle de la communauté est l’église paroissiale Saint-Jean-Baptiste. En sus, les anianais ont fondé quatre chapelles urbaines ou rurales :

  • la chapelle des Pénitents.
  • « Notre-Dame d’Humilité à la porte Saint-Jean près l’aire ».
  • la chapelle ou église champêtre Saint-Sébastien sur le chemin d’Aniane à Gignac, à une demi-lieue d’Aniane.
  • la chapelle Saint-Lazare sur le chemin d’Aniane à Montpellier 1.

En confrontant l’église actuelle (fig. 1) et les informations données par les textes, nous avons tenté de retrouver sa configuration au XVIIe siècle (fig. 2).

C’est une église à une nef séparée du chœur par une balustrade de bois ; le chœur abrite sur deux de ses côtés, deux bancs pour les notables de la paroisse :

  • le banc du clergé,
  • le banc du viguier et des consuls.

L’autel et la sacristie se trouvent au fond du chœur dans une partie dont le nom a aujourd’hui changé de sens : le presbytère. Au cours du siècle, on déplace la sacristie pour la mettre au rez-de-chaussée du clocher, tout près du chœur.

A l’extrémité opposée de ce chœur, les fidèles ont placé l’autel de Saint-Roch ; les fonts baptismaux prennent place près d’une porte nord donnant sur le cimetière. Toute la partie ouest de l’église fait partie de l’enceinte fortifiée et participe à la défense de la ville. Aux deux-tiers du bas-côté nord on a érigé la chaire du prédicateur dont il reste aujourd’hui les piliers de soutènement. Des familles ou des confréries 2 ont édifié des chapelles sur les bas-côtés (voir plan).

  • Côté évangile: (fig. 3) la chapelle Saint-Antoine, la chapelle des Rois (fig. 4) tenue par la famille du viguier François-David Dumas, la chapelle Saint-Blaise.
  • Côté épître: la chapelle Notre-Dame du Rosaire (fig. 5).

L’église paroissiale Saint-Jean-Baptiste est vétuste et se restaure lentement : le couvert, le pavement, les murs sont endommagés et méritent des réparations.

En octobre 1658, le scribe de l’évêque le note à deux reprises « la visite de l’église a été faite, laquelle étant toute voûtée a grand besoin d’être blanchie, les vitres réparées, le pavé fait en sorte que l’églize soit unie…

… les vitres ont besoin de réparations, comme aussi le couvert du porche qui est à la principale porte, la muraille de l’églize qui est au-dessus de la porte d’en bas et le couvert du clocher ».

A sa seconde visite, en 1664, Francois Bosquet insiste sur « la muraille de l’églize qui est au-dessus de la porte qui est au bas de l’églize, laquelle menace ruine » « et il y a un grand trou à travers la muraille par lequel un homme pourrait facilement passer 3. »

Il nous fait également part « d’un grand trou à la muraille dudit clocher qui a besoin de réparations 4 ».

Les délibérations municipales des XVIe et XVIIe siècles ne mentionnent pas l’origine de ces dégradations. Sont-elles à mettre en rapport avec le passage des protestants qui saccagent l’abbaye en 1562 ?, ou au fait que l’église encastrée dans la muraille fortifiée de la ville, sert de citadelle et de lieu de réunion aux habitants au début du XVIIe siècle ?

Elles mentionnent simplement une longue série de travaux qui jalonnent tout le XVIIe siècle à partir de 1602 où deux couvreurs d’Argelliers prennent le couvert du clocher à prix-fait 5. Entre 1602 et 1618 un peintre, un maître-sculpteur, un artisan paveur s’entendent avec les consuls sur des travaux à exécuter dans l’église. Une clé de voûte de la nef portant gravée la date de 1600, nous incite à penser qu’une reconstruction, au moins partielle, de l’église a eu lieu à cette date.

La mésentente entre l’abbaye et la communauté, pour la prise en charge financière, retarde les travaux d’autant. L’évêque Pierre de Fenouillet partage les charges et les tâches dans sa visite pastorale de 1633, la communauté ne se fait pas faute de le rappeler en 1658

  • l’abbaye fera réparer le clocher et les vitres,
  • le pavement revient à ceux qui se font enterrer dans l’église et qui causent les inégalités du sol par son remuement continuel 6.

L’abbaye s’illustre par sa passivité ; les habitants d’Aniane portent plainte devant le Parlement de Toulouse qui leur rend raison en 1648 ; en 1658 l’ordonnance n’a toujours pas été appliquée. Alors, les habitants d’Aniane s’adressent à l’évêque, ce qui montre qu’à cette date l’église est dans le même état qu’en 1633 7.

Une religiosité extérieure, typique de l’époque, marque la mentalité des habitants d’Aniane ; besoin exprimé fortement de la présence de plusieurs prêtres desservant la paroisse, assistance régulière aux offices de la semaine et dominicaux, confessions, communions, participation à des confréries, etc.

Aucun mécréant notoire n’est signalé. Existent pourtant toujours quelques familles « hérétiques » (protestants) résiduelles 8 cependant la jeunesse, frondeuse, joue aux cartes dans les tribunes pendant les offices, au su du vicaire 9 ; ces mêmes jeunes tirent au papegeai placé en haut du clocher à partir du cimetière contigu, dans un lieu consacré 10, on les prie en vain d’aller exercer leur talent ailleurs.

Les rapports de l’abbaye de Saint-Sauveur avec la paroisse restent conflictuels.

Bibliographie

Sources manuscrites. A.D.H. G. 1147, G 1148, G 1149.
Sources imprimées :

  • Inventaire des archives communales de la ville d’Aniane, par l’abbé Léon Cassan.
  • N.R.S. Greco n° 2 – Répertoire des visites pastorales de la France. Première série anciens diocèses (jusqu’en 1790). Tome 3 Macon Riez, Paris, 1983.
  • Le diocèse de Montpellier, sous la direction de Gérard Cholvy, Montpellier, 1976.
  • Chanoine J. Segondy les visites pastorales de François de Bosquet, évêque de Montpellier XXXe et XXXIe congrès de la Fédération Historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon, 1956-1957.

ANNEXE I

Visite pastorale de Francois Bosquet, évêque de Montpellier (1655-1676)

A.D.H. G 1147. Aniane les 3, 4, 5, 6, Octobre 1658

p. 458. Le troisième jour d’octobre audit an, Monseigneur s’estant acheminé vers Aniane pour y faire sa visitte, est arrivé sur les cinq heures du soir à la porte de Sainct-Guillen, où il a esté receu par le Père Dom Nicolas Pegourier Prieur de l’Abbaye d’Aniane de l’ordre de Sainct Benoist, qui lui a faict une belle harangue, laquelle finie s’est retiré avec tous les religieux, et M. Marc Antoine Reginal Vicaire perpétuel de l’unique Paroisse dudit lieu d’Aniane pour donner lieu au Sr David Dumas viguier dudit lieu de le haranguer aussi au nom de tous les habitans, et aux sieurs Pierre Bonnal, Pierre Gasche et Jean Causse, consuls dudit lieu de lui faire la révérence, aprez quoy les dits Sieurs Dumas Viguier et Pierre Bonnal.

p. 459. premier consul ont pris un petit poille (1) de soye verte raiée fort léger, sous lequel Mondisseigneur a esté conduit jusques a la dite Paroisse, où il a este receu derechef par Dom Pegourier selon les Règles du Pontifical, et estant entré s’est mis à genoux devant le grand autel pendant qu’on chantoit l’Antienne (2) du Patron, dont il a dit l’Oraison a la fin et donné la Bénédiction, et est monté en chaire pour exhorter le peuple à faire une bonne confession.
— Le quatrième dudit mois Monseigneur s’est mis au Confessional à la sortie duquel il a fait l’absoute des morts (3) dans la dite église paroissielle et dans le cimetière qui est contigu à ladite Eglize d’un coste, dans lequel il y a une Croix de pierre, qui n’est pas des meilleures. Au retour de ce lieu il a visitté le Sainct Sacrement qui repose dans un ciboire d’argent couvert d’un voile de taphetas blanc à fleurs avec des franges rouges et blanches à l’entour qui est dans un tabernacle de bois non doublé et assez dépeint, a celebre la Saincte Messe et a procédé à la visitte des Ornements de ladite Eglize qui se sont trouvés comme s’ensuit.
Le Grand Autel est de pierre sur lequel il y a une bonne pierre sacrée faicte d’ardoise, deux napes, une grosse en double et une autre fine au dessus, trois devans d’autel l’un sur l’autre. Le premier est de Camelot violet usé (4), le second de camelot rouge usé, et le troisième de ligature à fleurs vertes et rouges assez bon avec un passement de laine et soye jaune dessus, un marchepied de bois assez bon, des secrettea (sic(5) a demy usées, deux petits caissions de raisul (6) une croix de letton au dessus du tabernacle, un pavillon de ligature conforme au devant d’autel cy dessus escrit, une espece de Retable servant de cadre au tableau de Sainct Jean Baptiste baptisant

p. 460. nostre seigneur, lequel Sainct Jean est patron de ladite Eglize, de laquelle la Dedicace(7) se faict le cinquieme octobre, un soutien de pilliers tout salle a chaque coste de l’autel, au dessus duquel il n’y a point de ciel.
— Plus dans le Presbitere qui est voute et separé de la Nef par une haute ballustrade de bois avec ses portes au dessus desquelles est un grand Crucifix de bois sur lequel il y a une grande Tavoyolle (8) de taphetas blanc avec des franges rouges et blanches, s’est trouvé un grand Chandellier de bois pour mettre le cierge de l’Elevation, deux pulpitres l’un desquels est pour l’Évangile et l’autre pour les Choristes avec un armoire au dessous pour serrer les livres du Chant qui sont un graduel Romain (9) de l’Impression de Thoulouse assez bon, un antiphonaire (10) non entier et tout usé quand à la partie d’Esté. Celuy de la partie d’hyver estant passablement bon, sauf la relieure dont il a besoin, un vesperal (11) tout relié, un viel Missel usé et un autre de l’Impression de Lion a demi rompu, le Rituel (12) est assez bon. Auprez d’iceluy Pulpitre est un banc double pour les Prestres et un autre de l’autre costé pour les Sieurs Viguier, Consuls et Procureur. Il y a aussi dans iceluy chœur un viel Lampier (13) de fer couvert de papier, un autre Lampier de meme facon à quatre lampes qui sont de la fabrique, avec un armoire dans la muraille fermant à clef ou est gardé l’huile pour l’entretien d’icelles.
La sacristie qui est dans le Presbitere a costé de l’Évangile est grande et voutée, dans laquelle s’est trouvé une fenestre sans vitres une grande Croix a lames d’argent appliquées sur le bois avec son baston pour les Processions, un encensoir de Letton avec sa navette et cuiller de cuivre fort salle, une

p. 461. grande armoire servant d’autel pour s’habiller, dans laquelle il n’y a rien, et au dessus une espece de gradin pour poser les Calices, où il s’en est trouvé un petit d’argent, dont la coupe est dorée au dedans, avec sa patene aussi d’argent et un petit Eaubenistier (14) portatif de cuivre estamé. Dans icelle sacristie est un coffre fermant à Clef, où sont sept voiles, à scavoir deux de velours rouge assez bon, un autre de soye meslée et rayé de blanc un autre rouge, vert et blanc doublé de taphetas rouge, un vert à fond d’argent avec une frange de soye verte et blanche un autre servant aux Messes des morts, et pour le violet qui est de toile blanche à fleurs violettes, est assez salle, un autre de taphetas à fleurs, quatre bourses a Corporaux (15), une de taphetas blanc d’un coste et de velours rouge avec un passement d’argent de l’autre, une verte comme le voile cy dessus escrit une autre blanche avec un passement de soye rouge et une vieille noire toute usée, deux corporaux assez bon et deux Purificatoires (16).
— Le dit Vicaire a dit que les Religieux de la dite abbaye fournissent le surplus lorsqu’il y en manque, et prennent le soin de blanchir le linge de la dite Paroisse.
— Plus s’est trouvé une serviette à mains, trois aubes amicts et cordons tous neufs, six chasubles, la Chapelle de velours noir (17) est entière, mais a grand besoin de reparation, une chasuble de ligature rouge à fleurs blanches avec un passement vert assez bonne, une de camelot violet avec un faux passement d’or assez bonne, une Chapelle de Ligature entiere hormis un pluvial (18). Il y en a un bon de velours rouge, sur lequel il y a un petit passement d’argent, un autre de damasquin (19) vert à fleur avec un passement de soye, un viel pluvial de damasquin blanc (20) à fleurs jaunes avec un passement, un devant d’autel de Camelot vert tout usé, un de cuir doré tout neuf, et un autre de damasquin blanc et jaune usé.

p. 462. Le dit Vicaire a exhibé trois livres bien reliez où sont escrits les Baptemes, les Mariages et les Sepultures depuis 1655 lequel a declaré n’en avoir trouvé aucun à son entrée à la dite cure et qu’il avoit besoin d’un fer à faire hosties d’une boete pour les mettre de deux fanaux pour assister le Sainet Sacrement, quand on le porte aux malades, et d’un petit Bassin pour le lavabo.
Le dit Vicaire interroge qui estoit Prieur dudit Benefice et combien il valloit a respondu que les dits Religieux du monastère de Sainct Benoit d’Aniane sont Prieurs dudit Benefice et qu’il vaut de rente annuelle au moins quatre mil Livres.
— Il y a dans la Sacristie un triangle pour l’Office de la Sepmaine Saincte, une armoire de la Confrerie du Sainct Sacrement dans laquelle est un pluvial vert, rouge et toile d’argent fort beau avec un passement de soye verte une escharpe de taphetas blanc pour porter le Sainct Sacrement quatre chandelliers de fer blanc, les cierges de la Confrerie et les statuts d’icelle, tenus par Jean Moyse de Vese et Jean Argilliers confrère de la dite Confrerie.
— Dans la meme Sacristie est un coffre de la Confrerie de Sainet Sebastien, ou sont les Cierges de la dite confrerie.
— Plus un autre coffre de la confrerie de Sainct Blaise où sont les Cierges des confreres.
— Le meme jour 4 Monditseigneur est monté en chaire sur les 5 heures du soir et a preché sur les Sacremens de Penitence et Confirmation, qu’il devoit donner le lendemain 5eme jour dudit mois jour de la Dedicace de la dite Église Paroissielle de Sainet Jean. Et pour ces effect s’est rendu le dit jour de grand matin à la dite Eglize, a celebré la Saincte Messe, a

p. 463. monté en Chaire la Mitre en teste et le Pluvial, et pour une dernière disposition a recevoir la confirmation a exhorté un chacun à se mettre en estat de grace par une bonne Confession, et ensuitte a donné la confirmation à trois cens personnes ou environ.
— Aprez icelle la visite de l’Eglize a esté faicte, laquelle estant toute voutée a grand besoin d’estre blanchie, les vitres reparées le pavé fait en sorte que l’Eglize soit unie et les Chapelles cy dessous escrites d’estre ornées de tous leurs ornemens necessaire.
La Chapelle de Nostre Dame du Rozaire est a coste gauche de l’autel dans la Nef, qui en est separée par une haute ballustrade tout autour avec ses portes, de laquelle on monte à la Chaire du Predicateur attachée à un Pillier.
— L’autel d’icelle est de pierre orné d’une pierre sacrée d’ardoise, trois nappes, deux bonnes et une usée, un tapis vert doublé, un devant d’autel de taphetas rouge avec un passement d’argent, un marchepié de bois, deux gradins de bois non peints, deux petits chassis au devant de chacun couvert de taphetas rouge conforme au devant d’autel, quatre petits caissins de raisul, un tableau de nostre dame du Rozaire avec un cadre de bois noirci sans ciel au dessus, une lampe de letton, la fenestre d’icelle Chapelle est bouchée avec un chassis de toile qui ne donne aucun jour dans icelle, dont elle a grand besoin et le reste de la nef. Du meme costé a la porte de l’Eglize est un eaubenistier de pierre fixe.
— A l’opposite de la susdite chapelle est celle de Sainct-Antoine, dont l’autel est de pierre tout nud, sur lequel il y a un tableau de sainct Antoine avec son cadre de bois noirci donné par M. du fesc depuis deux ans, un mechant marchepied de bois.
— Elle est voutée et separée de la nef par une petite muraille sans porte dans laquelle il y a un banc doublé appartenant audit sieur Dufesc, soi disant Patron d’icelle.
— M. Estienne Teule Prestre d’Aniane et Vicaire de Poupian a monstré

p. 464. à Mondiseigneur sa nomination faicte de sa personne par ledit Sieur Julien de Loseran du Fesc comme Patron de ladite chapelle et le titre qui lui a este faict par Monseigneur de Beziers comme Abbé d’Aniane.
— Au dessus d’icelle est la Chapelle de M. francois David Dumas Viguier dudit Aniane, laquelle est toute en désordre et sans ornemens. L’autel est de pierre tout nud, deux gradins de bois tous salle dessus avec un tableau de l’Adoration des Roys et son cadre de bois rompu d’un costé sans peinture et autour d’iceluy une espece de Retable.
— Il y a un banc double audit Sr Viguier, une haute ballustrade qui la sépare de la Nef avec une porte de meme qui ne se ferme point faute d’une serrure ou loquet.
— Au dessous d’icelle est une troisième chapelle en aussi mauvais estat que les autres.
— Il y a un autel de pierre tout nud au dessus duquel est un viel Tableau de Sainct Blaise sans cadre, un marchepied de bois, et dans icelle les Confrères de Sainct Blaise ont faict les fonctions de leur confrérie sans titre.
— Mons. Audifret l’a demandée et offert de l’orner des Ornements necessaires.
— Il y a de plus deux autres chapelles fondées dans icelle Eglize de Sainct Jean, a scavoir la chapelle de Sainct Lazare, dont M. Guillaume Frezon ancien vicaire de La Boissière est pourveu, la seconde est la chapelle de Sainct Benoist tenue par M. Bach Collegial de Sainct Sauveur de Montpellier.
— Les fonts baptismaux sont au bas de l’Eglize, couverts de bois fermans à clef faits en forme de Pyramide, une croix au dessus dans lesquels il y a un grand bassin de cuivre estamé, où est l’eau baptismale, des cremieres (20) d’estain assez bonnes, un vase de verre pour verser l’eau sur le baptisé, du cotton et une Piscine. L’Eglize est voutée et un peu descouverte au milieu, les vitres ont besoin de reparation comme aussi le couvert du porche qui est à la

p. 465. principale porte. La muraille de l’eglize qui est au dessus de la porte d’en bas et le couvert du clocher dans lequel il y a quatre cloches pour la sonnerie et une autre pour l’horloge qui est de 12 quintaux. La plus grande de la sonnerie pèse 18 quintaux. Sainct Antoine en pèse 16. La suivante 12 et la dernière 7 ou environ.
— Le sieur Jean Pavée Religieux ancien du Monastere d’Aniane a représenté a Monditseigneur que le feu Sr de Roulet l’avoit constitué son procureur pour lever les sommes qui lui estoint deües par certains siens débiteurs et autres aquerans de biens immeubles qu’il avoit dans le lieu d’Aniane pour prendre la somme de mil livres sur les dites sommes, et de la rente d’icelle somme de mil livres fonder deux obits (21) en l’eglize Paroissielle de Sainct Jean, et faire dire des Messes hautes avec Diacre et sous diacre chaque mois et jours du Decés de ses pere et mere, scavoir le 23 jour du decés d’Antoine Leblanc son Pere et le 26 jour du decés de Jeanne de Crose sa mère ; que par la mente procuration il estoit porté qu’il remettroit la dite somme de 1 000 livres entre les mains des Consuls, habitans et l’Œuvre ou Thresor de la dite Paroisse pour en paier la dite rente. Veut aussi qu’une plaque d’airain soit mise dans ladite Eglize, et sur icelle soint gravées les dites deux fondations, de laquelle Procuration retenue à Louviers Dioceze de Rouàn le 24 juillet 1624 a remis une copie entre les mains de Monditseigneur, et lui s representé une lettre à luy escrite par ledit Sr de Roulet du 10 octobre 1626 contenant les Ordres particuliers pour les dites deux fondations. En consequence de ladite Procuration ledit Sr Pavée somma l’an 1626 les Consuls et habitans dudit Aniane de recevoir ladite somme pour estre mise en fond, ce que les dits Consuls reffuserent et depuis faute d’avoir trouvé a mettre la dite somme en fonds, a faict dire les dits obits annuellement et chaque mois, et offre de remettre la dite somme en telle main que Monditseigneur ordonnera pour estre faict rente des dites fondations.
— Se sont aussi présentés devant Monditseigneur M. Francois David Dumas Viguier, Pierre Bonnal consul et ses Collègues, qui lui ont representé que par l’Ordonnance de M. de Fenouillct son predecesseur du 5 may 1633 il feut ordonné que plusieurs

p. 466. ornemens seroient baillez et plusieurs Reparations seroient faictes a la dite Paroisse par les susdits Religieux d’Aniane, de laquelle ordonnance ils lui ont remis coppie entre les mains. Ladite ordonnance n’aiant point este exécuté, ont esté constraint d’ouvrir recours au Parlement de Thoulouze, et par Arrest contradictoire de 1641 a este ordonné que la susdite ordonnance de Visitte de M. de Fenouillet sera exécuté et neanmoins il reste encore quelque reparations à faire et quelques ornemens à bailler a la dite Paroisse. A raison de quoy ont requis Monditseigneur, que lesdits religieux et sindics dudit Monastere qui jouit des fruicts décimaux dudit Aniane feront faire les Reparations necessaires suivant la veriffication qui luy plaira de faire et bailler les ornemens necessaires pour le service de ladite Eglize.
— Dom Pierre Berault caverier (22) sindic dudit Monastère d’Aniane, qui a dit vouloir executer tout ce qui reste de ladite Ordonnance a requis neantmoins que le pavé de l’Eglize soit faict par ceux qu’il appartiendra, et monstrent le droict qu’ils y ont à faute de ce en seront forclos.
— De plus a requis que les dicts habitans facent refaire le dit clocher suivant la transaction de l’an 1648 et que les dits habitans facent faire des tombes de pierres et que l’argent qui proviendra du droict des sepultures en ladite Eglize sera mis entre les mains de l’Ouvrier pour estre employé aux choses nécessaires à la dite paroisse.
— Les dits Consuls ont demandé un quatrième prestre, attendu le grand nombre de Communians qu’ils soustiennent estre de 15 à 16 cens, le Vicaire disant qu’il n’y en a que 12 cens.
— Le sindic a respondu qu’anciennement il n’y a eu qu’un Prestre et un diacre, et depuis certain temps auroit consenti à un troisième Prestre aprez plusieurs contestations et grands fraix de part et d’autre, quoyque deux prestres suffisent à une paroisse plus nombreuse
— * Caverier : lire camérier ?

p. 467. que celle d’Aniane, comme il est dans le voisinage et dans le Dioceze. veu meme la presence du Prieur qui faict le service aux quatre festes de l’an et festes du Patron et le soulagement que les habitans retirent du Monastere tant pour les Messes que pour le sacrement de pénitence qui est le plus pénible et supplée abondamment.
— Plus lesdits Consuls ont requis que les Prestres facent journelement le service divin, comme ils sont obligez, savoir de celebrer une messe à l’aube du jour, que l’ancienne coustume de ne paier que trois sols aux prestres pour les Messes que les habitans leur font dire tant pour les honneurs funèbres qu’autrement, deux sols aux Prestres qui y assistent et un sol au clerc, soit observée, qu’il pleut à Monseigneur régler les sépultures touchant les Chandelles et Luminaire, que les ornemens des chapelles particulieres ne puissent etre emploiez a autre service qu’a celuy des dites chapelles, que le vicaire ne puisse introduire aucun bassin que ceux qui sont à present, qu’il ne puisse exiger aucun argent de la publication des Annonces et Mariages ; que le Prieur soit obligé de fournir audit Vicaire et Prestre une maison claustralle (23) propre pour leur logement et que ledit Vicaire soit tenu de faire faire le service avec chapes et bourdons.
La Chapelle des Penitents que Mondisseigneur a visitté le meme jour aprez leur avoir faict une exhortation sur l’Institution de leur Confrerie, est moiennement grande et toute voutée. Il y a au dessus de la porte une tribune de bois avec une ballustrade de bois toute rompue au dessus de laquelle est un Crucifix de bois vert, un lampier de fer, un autel de pierre avec une pierre sacrée, une nape fine et une autre grosse doublée assez bonnes, un chassis de bois autour d’iceluy, un devant d’autel de raisul, deux gradins de bois non peints couverts de raisul, quatre chandelliers de terre peinte avec deux autres de bois non peints ; quatre petits tableaux avec leurs cadres de bois dorés, un grand tableau de Sainct Pierre et Sainct Paul sans cadre tout usé et depeint, au dessus d’iceluy est un crucifix de bois sans ciel sur l’autel et marchepied de bois. Il y a aussi une petite chaire à precher a coste droit de l’autel est une Chapelle servant de Chœur

p. 468. aux dits penitents, qui est separée du reste de ladite Chapelle par une jalousie soute neufve, dans laquelle est un coffre où sont les ornemens suivants, savoir un devant d’autel de cuir argenté, une chasuble de damasquin vert et blanc assez bonne, une autre de satin blanc à fleurs toute neufve avec leurs bourses à corporaux garnies, un corporal. De plus deux missels, un bon et un usé, deux aubes amicts et cordons assez bons, trois nappes, une grande fine et deux autres simples, deux grosses serviettes, un calice de Milan dont la coupe est d’argent doré et la patène de letton toute desdorée, un estuit dudit Calice, un pulpitre de bois aux deux ornemens de raisul pour le couvrir, un grand chandelier de bois rougie auprez du Pulpitre, deux fanaux quand on porte le Sainct Sacrement aux Confreres malades, trois bourdons de bois peint, une grande croix de bois avec une escharpe de taphetas blanc au dessus pour les Processions, un grand banc double autour d’icelle avec un ratelier pour poser les habits desdits penitents, un autre petit banc pour les Choristes, un tableau en taille douce avec son cadre, un sale encensoir de letton sans navette, un livre tout neuf des pénitens de Montpellier, et un voile de Calice de raisul.
— Les dits habitants ont requis Mondisseigneur de leur vouloir permettre la sepulture en leur chappelle ce qui leur a esté reffusé.
— Aprez la visitte d’icelle chappelle Mondisseigneur a visité celle de Nostre Dame d’Humilité située à la porte de Sainct Jean proche l’aire laquelle est toute voutée et bastie en forme ronde, fermée à clef, sans ornement et sans vitres, n’y aiant en tout qu’un autel de pierre et un petit Tableau au dessus.
— Le 6e jour d’Octobre Mondisseigneur s’est mis au Confessionnal de grand matin, a la sortie duquel a donné la Confirmation à cent cinquante personnes ou environ, a dit la saincte Messe aprez laquelle il a communie 7 à 800 personnes, a faict la benediction des Croix et des Chapelles qu’il a reiterée sur le soir aprez avoir faict la visitte

p. 469. de l’hospital et entendu la Predication du Pere Medaille Jesuite, et a consacré un calice d’argent doré pour les susdits Religieux de Sainct Benoist. L’aprez disnée la visite de ladite Eglize a esté continuée par Mondisseigneur. Il a trouvé que les vitres du Chœur avoient besoin d’estre reparees et les deux autres bouchées de massonnerie, ensemble celle de la chapelle du Rozaire fermée d’un chassis de toile fort obscur, d’estre debouchées pour la commodité de l’Eglize, qui seroient fermees de vitre comme les autres, que pour aller à la Tribune, qui est au bas de ladite Eglize et fort en desordre et à celle du costé gauche de la nef, il falloit passer par dessus la voute de ladite Nef, qui est une chose fort incommode, celle qui est du coste droit est en mauvais ordre et remplie de fumier.
— Dans la sacristie de la dite Eglize est un coffre de bois appartenant à la confrerie du Rozaire, dans lequel sont un Pluvial de damas blanc à fleurs demi usé avec un passement d’or et d’argent, une chasuble de camelot rouge couvert de raisul, un voile de Calice de raisul doublé de taphetas rouge, une bourse à corporaux semblable au Pluvial garnie d’un corporal et d’une palle sans purificatoires (24), un calice et patene d’argent pour lors empeché dans le tabernacle de la dite paroisse, un livre des statuts de la Confrerie, quatre chandelliers de letton assez bons, six devans d’autel de raisul a demi usez pour lors entre les mains de Madll d’Audiffret qui les a exhibéz.
— Plus dans icelle sacristie est un autre coffre de bois de la chappelle de nostre Dame d’Humilité où sont deux grosses nappes à demi usées, trois devans l’autel de raisul, trois pièces de taphetas bleu à demi usées, lesquelles ont etées données pour faire une robe à Nostre Dame, deux autres pièces de taphetas rouge doublées de boucassin rouge (25), un devant d’autel de damasquin vert, blanc et faux argent, autre devant d’autel de cuir doré à demi usé et quatre petits cuissins de raisul (26) L’hospital de la dite ville est dans la ville proche de l’abbaye

p. 470. qui consiste en une chambre basse voutée, une petite cour, trois petites chambres hautes, et un pailler duquel se sert le nommé Causse Recteur dudit hospital le tout en desordre et meme sans paille pour le Coucher des pauvres. Il y a quatre vingt livres de rente, qui en dependent que le dit Causse percoit et distribues aux pauvres passant de laquelle somme il rend compte tous les ans aux Consuls de ladite ville.
— A esté visittée la Chapelle ou Eglize Champestre de Sainct Sebastien, laquelle a esté trouvée voutée, la porte fermant à clef, un autel de pierre sans ornemens ni tableau.
— La voute est découverte à moitié, le reste est couvert de tuiles. Il y a la confrerie de Sainct Sébastien qui a soin d’icelle.
— En outre la Chapelle de Sainct Lazare, dont M. Guillaume Freson est Chappellain, a este visittée, laquelle est toute voutée hormis en un endroit vers le milieu.
— Sur la requisition de M. T. Jean Lasalvy, substitut du procureur fiscal, Monseigneur a ordonné comme s’ensuit.
— Francois. etc. Nous procédant à la visite de l’Eglize Paroissielle de Sainct Jean d’Aniane le 5 octobre 1658
— Aprez avoir ouy Dom Nicolas Pegourier Prieur de l’abbaye de Sainct Benoist d’Aniane, Dom Pierre Berault caverier Religieux profez sindic dudit monastere, M. Marc Antoine Reginal, vicaire perpetuel de ladite paroisse,
— David Dumas, viguier, Pierre Bonnal, Pierre Gasche et Jean Causse, consuls et autres habitans dudit lieu et M. Jean Lasaivy substitut de nostre Procureur fiscal,
— Nous avons ordonné que sans préjudice de l’ordonnance de Mr de Fenouillet du 5 mai 1633 et de l’arrest du Parlement de Toulouse l’an 1641 en ce qui reste à faire, le sindic de la dite abbaye fournira à la dite paroisse les choses necessaires comme s’ensuit
— C’est à scavoir un calice et patene d’argent dorez au dedans, un soleil d’argent garni de son pied de meme, quatre grandes nappes d’autel de toile fine, 6 petites serviettes pour iceluy, une aube, un amict et un cordon, quatre corporaux, douze Purificatoires, quatre palles

p. 471. trois voiles de calice de taphetas, scavoir un blanc, un noir, et un violet, deux bourses à corporaux de camelot, scavoir une noire et une violette, 2 chasubles de camelot scavoir une blanche et une noire avec leurs estoles et manipules, deux pluviaux scavoir un de ligature conforme au devant d’autel et l’autre de camelot noir, deux chandeliers et un lampier de letton, un autre grand chandellier de bois pour les cierges de l’élévation du Sainct Sacrement, un surciel de toile peinte pour l’autel, un Te igitur, un antiphonaire entier et complet, un vesperal, un matutinal, deux missels et un rituel de Thoulouse, un fer à faire hosties, une boete pour les conserver, deux fanaux, un petit bassin d’estain pour les beurettes, une fontaine d’estain dans la sacristie avec un bassin au dessous et six grands essuymains.
— D’avantage Nous ordonnons que le dit Sindic fera doubler le tabernacle de quelque estoffe de soye, enduire, blanchir et couvrir la dite eglize, racomoder et mettre des vitres, tant à la sacristie qu’aux autres fenestres bouchées de massonnerie, faire un confessionnal entier, un degré au bas de l’Eglize pour aller à la Tribune, laquelle il fera paver et nettoier, et donnera logement commode pour trois Prestres et un clerc.
— En outre Nous ordonnons que suivant la transaction de l’an 1317 tous les ornemens de ladite Paroisse seront mis sous la garde des Ouvriers qui seront cinq en nombre, scavoir l’ouvrier mage, qui aura soin du Bassin de l’Œuvre, celuy du Purgatoire, celuy des pauvres de la Paroisse, celuy de nostre Dame d’Humilité, et celuy du Sainct Sacrement, tous lesquels le 2 Novembre de chaque année seront éleus et choisis par les dits Consuls, les habitans, le Vicaire et ledit Prieur, s’il y veut assister, en presence desquels ils rendront compte le premier dimanche d’après la nouvelle election entre les mains de leurs successeurs, pour le reliqua desquels Comptes estre emploié aux menues reparations et embellissement de la dicte Eglize, et seront obligés de faire la queste par l’Eglize toutes les festes et dimanches de l’année ; que l’argent aumosné par ceux qui seront enterrez dans ladite Eglize sera mis entre les mains desdits Ouvriers, lesquels ne pourront emploier aucune somme excédant vingt sols que de l’avis desdits Vicaire, Prieur et Consuls, que suivant la transaction de l’an 1648 les dits consuls et habitans feront les Reparations du clocher, des cloches et de l’horologe et en outre couvriront le porche qui est à l’entrée de la dite Eglize et ferrent clorre le cimetière et fermer de portes les advenues d’iceluy

p. 472. que ceux qui par Titres ou legitime possession ont droit de sépulture dans ladite Eglize tiendront le pavé d’icelle en tel estat, quelle soit unie, a faute de quoy decheront dudit Privilège ; que ledit Vicaire aura actuelement deux Prestres et un clerc, qui sache le chant et servir à l’Eglize pendant l’Office de laquelle il portera une soutane et un roquet ou surplis de Clerc, et en cas que ledit Vicaire demeure un mois sans ledit nombre de Prestres, il sera retranché de sa pension à proportion de l’absence, qui sera emploïée ou en ornemens, ou assistance des pauvres de l’avis desdits Prieur, Consuls et Ouvriers ; qu’il y aura tous les Lundis une messe pour les morts de la Paroisse, à laquelle ledit Ouvrier du Purgatoire assistera et baillera audit Vicaire ce qu’il aura questé pendant la semaine precedente. Et au cas que le dit jour de Lundi soit feste ou empeché par d’autre Office, la dite Messe de morts sera transferé en un autre jour, dont le dit Vicaire avertira le peuple au Prosne du Dimanche precedent, qu’il se dira tous les jours une messe avant le jour en hiver et à six heures du matin en esté, qu’il y aura tous les jours Matines, Grande Messe sans diacre ni soudiacre, et Vespres auxquelles seront ajoutées Complies tous les Samedys et veilles de festes chommables. Que la Grande Messe se dira avec diacre et sous diacres les jours du Patron, de la Dedicace de ladit Eglize, de toutes les festes de Nostre Dame et autres grandes festes de l’année; que ceux qui feront dire des messes votives donneront Retribution raisonnable au Prestre qui les aura dictes ; que les Chandelles ou Luminaire provenant des sepultures demeureront à l’Eglize après l’enterrement et serviront à la neufvaine seulement, pour laquelle on paiera la somme de 5 livres audit Vicaire, auquel on paiera aussi la somme de 5 sols pour chaque annonce, laissant à la discretion d’un chacun pour la Benediction des Mariages, que ledit Vicaire ne tiendra plus de Bassin à la porte de ladite Eglize pour le Luminaire du Sainct Sacrement, mais que les Confreres de la Confrerie du Sainct Sacrement l’en fourniront, meme pendant l’Octave de la dite feste, laquelle Confrerie sera réglée par les statuts generaux par nous dressez.
— De plus nous ordonnons que le frère Jean Pavée ancien Religieux profez dudit Monastere d’Aniane, fera mettre une plaque d’airain dans la dite Paroisse, sur laquelle seront escrites les fondations portees par nostre Ordonnance dudit jour 5 octobre 1658. Que le Sr du fesc soy disant Patron de la Chapelle

p. 473. de Sainct Antoine, les chappelains des Chapelles Sainct Lazare et Sainct Benoist remettront dans quinze jours entre nos mains les titres de fondation d’icelles, et que les titres des fondations des autres Chapelles et obits de la dite Paroisse seront aussi remis dans le dit delay pour aprez estre veus en ordonner ce que de raison ; que le Sr Audiffret et les confreres de la Confrerie de Sainct Blaise remettront pareillement dans quinze jours entre nos mains les documens de la Chappelle dudit Sainct Blaise pour en ordonner ce qu’il appartiendra; que M. David Dumas Viguier fera orner sa Chapelle des ornemens necessaires ; que toutes les Confreries auront un coffre dans la Sacristie fermant à deux clefs, dans lesquels seront gardez les ornemens d’icelles lesquels ne pourront estre employés à autres service, qu’a celuy des dites Confreries, qu’on ne pourra faire aucun service divin dans les Chappelles champestre de nostre Dame d’Humilité, de Sainct Sebastien et de Sainct Lazare tandis qu’elles ne seront point garnies des Ornemens necessaires et qu’elles demeureront sans closture et couverture. Et procédant le meme jour a la Visitte de la Chapelle des penitens blancs dudit lieu avons ordonner que les Confreres pénitens feront faire une patene de calice d’argent doré au dedans, un grand tableau de nostre seigneur en croix orné d’une corniche de bois peint, un lampier de letton avec deux chandelliers de meme, un surciel de toile peinte sur l’autel, un marchepied de bois et peindre les gradins d’iceluy, qu’ils ne pourront estre enterrez dans la dite Chappelle, ni dire leur office pendant le service divin de la dite Paroisse, auquel ils assisteront comme Parroissiens, nonobstant le dit service de leur Chapelle.
— De plus nous ordonnons que le Prieur de la dite Paroisse rendra compte devant nostre Official de l’employ des sommes par luy receuès, des legs, et des Droits des sépultures accordées aux particuliers habitans dudit Lieu dans l’Eglize Paroissielle pour le Reliqua estre emploié de l’avis des Consuls et Marguilliers aux Reparations, Ornemens et embellissement de la dite Eglize.

p. 474. Francois, etc. Nous procedans à la visite de l’Eglize Paroissielle de Saint Jean d’Aniane, le cinquieme octobre 1658 aprez avoir veu la procuration de fondation faite par Mr Pierre Le Blanc Sr de Roulet à Mr Jean Pavée ancien Religieux profez de l’ordre de Sainct Benoit au Monastere dud. lieu d’Aniane le 24 juillet 1624 et ouy led. Mr Jean Pavée, le Viguier et Consuls dud. Aniane et Mr, Jean Lassalvy substitut de notre procureur fiscal. Nous ordonnons que led. Me Jean Pavée mettra en execution lad. Procuration du sieur de Roulet concernant deux fondations faites dans ladite Paroisse d’Aniane, pour prier Dieu chaque mois pour les ames d’Antoine Le Blanc Sr de Roulet et de Damlle Jeanne de Crose ses Pere et Mere, portant obligation de dire une messe haute avec Diacre et sous-diacre tous les jours des mois que lesd. feus Sr de Roulet et Damlle de Crose ses pere et mere sont decedez scavoir la première messe le 23 jour du decez dud. Antoine Le blanc et la seconde le 26 jour du decez de ladite Jeanne de Crose auquel effect ledit Mr Pavée remetra la somme de mil livres entre les mains de Dom Nicolas Pegourier Prieur et Religieux Reformez dudit Monastere d’Aniane, dont led. Monastere paiera la rante annuelle pour faire le service porté par lad. procuration en ladite paroisse, ou en refus dudit Prieur et Monastère entre les mains d’une Commte solvable, laquelle tante sera distribuée manuellement aux Prestres qui feront led. service par les Marguilliers de la paroisse, duquel ils advertiront les parans desd. de Roulet et de Crose le jour d’auparavant, afin qu’ils y assistent. Et en outre Nous ordonnons que ledit Mre Pavée fera faire et attacher une plaque d’airain en ladite Paroisse suivant l’intantion dud. 5r de Roulet des deniers qu’il a receus au dessus de lad. somme de mil livres. Et moyennant ce ledit Sr Pavée et ses cautions seront valablement dechargez.
— Donné à Aniane pendant le cours de notre visitte les dits an jour que dessus.

ANNEXE II

Glossaire de la visite pastorale

(1) Poille : voile tenu au-dessus de la tête des mariés dans la liturgie catholique.

(2) Antienne : verset qu’on chante en tout ou en partie avant un psaume ou un cantique et qu’on répète après en entier.

(3) Absoute des morts : absolution publique des morts. On fait l’absoute des morts le Jeudi Saint.

(4) Camelot : mot du XIIIe siècle, chamelot, dérivé de chameau. Grosse étoffe qui était réputée faite en poil de chameau, en laine parfois mêlée de poil de chèvre ou de soie formant la chaîne.

(5) Passement : tissu de fils mêlés (or, argent, soie) servant d’ornement, de garniture – Secrettes : lire serviettes (?).

(6) Raisul : diminutif de rase : tissu croisé analogue à la serge.

(7) Dédicace : consécration d’une église, d’une chapelle au culte divin. En même temps, on place l’église sous l’invocation d’un saint. La fête de la dédicace est la fête liturgique annuelle par laquelle on célèbre l’anniversaire de la dédicace de l’église.

(8) Tavoyolle : linge de parade dans lequel on enveloppait l’enfant qu’on portait au baptême. Linge ou tissu décoratif surmontant le crucifix.

(9) Graduel : partie de la messe entre l’épître et l’évangile qui se faisait sur les degrés du jubé ou de l’ambon. Par extension, livre de chant pour la messe. Le graduel romain comprend tous les chants du rituel romain.

(10) Antiphonaire : livre d’église où les antiennes et autres chants de l’office sont portés en caractère de plain-chant.

(11) Vespéral : livre contenant les prières et offices du soir ; c’est une partie du bréviaire.

(12) Rituel : livre liturgique contenant les rites et formules pour l’administration des sacrements.

(13) Lampier : support de lampe, lampadaire ou lustre.

(14) Eaubenistier : mot de vieux francais pour désigner le bénitier.

(15) Corporal : linge consacré de forme rectangulaire que le prêtre étend sur la pierre d’autel au commencement de la messe pour y déposer le calice et la patène. L’ostensoir est posé sur le corporal au moment du Saint-Sacrement.
Le prêtre replie le corporal après la communion ; il le met dans la bourse à corporal formée de deux pièces rigides (en carton) reliées par des soufflets de tissu.

(16) Purifficaroire : linge sacré destiné à purifier le calice, à essuyer les lèvres et les doigts du prêtre après les ablutions.

(17) Chapelle : ensemble en tissu qui coiffe et habille le tabernacle dans lequel est conservé le Saint-Sacrement ; il est de diverses couleurs suivant les ornements et la fête célébrée.

(18) Pluvial : chappe, grand manteau sans manche porté par le prêtre pour les processions et l’administration de tous les sacrements, sauf pendant la messe.

(19) Damasquin : ornement d’église en damas ; tissu tissé à la manière de Damas.

(20) Crémière : tige de fer munie de crans qui permettent de la suspendre à différentes hauteurs.

(21) Obit : service religieux au bénéfice de l’âme d’un défunt au jour anniversaire de sa mort.

(22) Camérier : moine, chargé du trésor et des aumônes de l’abbaye.

(23) Maison claustralle : maison où habite le prêtre desservant la paroisse.

(24) Palle : carré d’étoffe rendu rigide par un carton intérieur qui sert à couvrir le calice pendant la messe après la consécration, pour éviter la chute d’insectes et de particules.

(25) Boucassin : sorte de toile de coton ou futaine employée pour doubler les vêtements.

(26) Cuissins : boîte, cassette.

Je remercie M.M. Henri Barthès, Pierre Ucla, P.-E. Vivier, pour l’aide qu’ils ont bien voulu m’apporter dans la rédaction du glossaire.

Notes

1. A.D.H. – G. 1148, registre des visites pastorales de Mgr. de Bosquet de 1662 à 1672 (p. 165).

2. A.D.H. – G. 1148, ibid, (p. 144).

3. A.D.H. – G. 1149, registre des visites pastorales de Mgr de Pradel de 1677.

4. A.D.H. – G. 1148, ibid. (p. 165).

5. Inventaires des archives communales d’Aniane par l’abbé L. Cassan. B.B.7. folio 10.

6. A.D.H. – G. 1147, registre des visites pastorales de Mgr. de Bosquet de 1657 à 1658.

7. A.D.H. – G. 1147, ibid. (p. 466).

8. A.D.H. – G. 1148, ibid. (p. 151).

9. A.D.H. – G. 1148, ibid. (p. 155).

10. A.D.H. – G. 1148, ibid. (p. 157).