Le rôle des clercs et des religieux dans l’enseignement à Agde de 1652 à 1905

Le souci d’avoir des régents et des religieuses pour l’éducation des enfants apparaît à Agde dans les textes que possèdent les archives municipales de la ville 1 avant l’époque qui nous concerne. Nous avons limité nos recherches aux XVIIe et XVIIIe siècles, nous fixant d’abord comme objectif de rechercher ce qu’était l’enseignement dans cette cité sous l’épiscopat de Mgr de Saint-Simon (1759-1794) et de ses prédécesseurs immédiats, avant de consacrer le deuxième volet de cette étude aux Frères des écoles chrétiennes, de leur arrivée à Agde en 1750 à leur départ en 1905.

En 1750, date où débute l’enseignement des Lassalliens, existent dans la ville trois établissements de garçons : le séminaire, le collège et l’école des Frères, dénommée alors « école chrétienne » ou « école publique pour la lecture, l’écriture et l’arithmétique ». Les filles ne sont pas délaissées.

Elles ont le choix entre deux maisons : l’établissement des religieuses de Sainte-Marie et celui des Sœurs Noires. Avant de nous attacher à l’étude de l’établissement des Frères, il nous a paru bon de le situer dans cet ensemble d’écoles, ce qui fera mieux ressortir son originalité et sa place.

L'enseignement à Agde de 1750 à 1792

Le plus ancien des établissements, qui existent dans la période étudiée, est le séminaire. Il a été fondé le 21 février 1652 par l’évêque d’Agde, François Fouquet (1643-1656). A la veille de la Révolution, l’instruction y était donnée gratuitement par trois professeurs. Le collège, fondé en 1674, lui sera jumelé, tout en restant distinct de lui. Depuis la réunion des deux maisons, un même supérieur dirigeait les deux établissements. Il percevait cent écus par an et était logé, nourri, blanchi, éclairé et chauffé. Les deux autres directeurs touchaient deux cents livres et avaient les mêmes avantages en nature. Dans les deux établissements, les fonctions de régents étaient souvent assurées par de jeunes ecclésiastiques boursiers, qui aspiraient aux ordres sacrés, ce qui faisait de belles économies.

Une partie des élèves étaient boursiers ou demi-boursiers – cette aide ne concerne que l’internat, puisque l’enseignement n’est pas payant. Mgr de Saint-Simon avait tenu à augmenter considérablement le nombre de bourses et, à cet effet, il avait placé 30 000 livres sur la province de Languedoc. Les 1 080 livres d’intérêts annuels étaient affectées à cet usage. Il s’y ajoutait les revenus de trois autres placements, dont deux sur la Province et un sur la sénéchaussée de Carcassonne. L’évêque avait précisé que ces bourses n’étaient destinées qu’à de jeunes ecclésiastiques. Les revenus propres du séminaire, provenant de biens-fonds et de rentes, se montaient au total à 5 858 livres. Si François Fouquet fut le fondateur de ce séminaire, son frère Louis (1657-1702) le combla de largesse et augmenta de beaucoup la dotation de cette maison, en mobilier en particulier 2.

Au collège, dont Xavier Azéma a raconté les origines 3, la scolarité des élèves est aussi entièrement gratuite. Dans l’Ancien Régime, en effet, les établissements de ce genre ont des revenus qui leur sont attachés. Ceux du collège d’Agde furent unis et confondus, dès son origine, en 1674, avec ceux du séminaire. Certains lui étaient cependant plus particulièrement affectés, entre autres, trois rentes annuelles, l’une sur la communauté d’Agde, de 450 livres, une autre prélevée sur les frais de l’assiette du diocèse, de 150 livres. La troisième, la plus importante, trouvait sa source dans une prébende canoniale de 2 000 livres. Le transfert du petit séminaire de Pézenas au séminaire-collège de la ville d’Agde, en 1745, lui assura 1 200 livres de plus. Au total, en année moyenne, ses revenus s’élevaient à 5 295 livres.

Sur cette somme, une partie notable était consacrée à acquitter les honoraires dus aux membres du personnel les trois régents qui faisaient deux classes chacun, le préfet et le principal ou supérieur. Ils étaient nommés par un bureau d’administration, composé de l’évêque, du chapitre et de la municipalité.

A partir de novembre 1791, le traitement du personnel sera fixé provisoirement par le Conseil général de la Commune du 18 octobre, à 600 francs pour les régents et 800 pour les deux autres. Les revenus perçus jusqu’ici par les écoles ayant été supprimés, la municipalité fut forcée de prendre des mesures pour pallier ce manque de ressources. On s’imposa donc de ces sommes. Le collège est alors encadré par trois laïcs : Fallet, le principal, Louis Carfargue, régent de 3e et 4e, et Roque, régent de 5e et 6e, et par deux ecclésiastiques : le préfet, Étienne Sicard, un oratorien, et le professeur de rhétorique, Félix Maffre, ex-bénéficier de l’église d’Agde. Le nombre de bourses, qui était de douze ou treize jusque-là, tomba à six. L’entretien des classes est aussi passé en 1790 à la charge de la municipalité.

Les bâtiments, communs au séminaire et au collège, consistaient, au moment de la Révolution, en un grand corps, réservé au séminaire, et deux ailes. Celle de gauche était constituée de trois classes, du logement du curé ou procuré de Saint-André et d’un pensionnat – au 1er étage, on va loger plus tard le professeur d’hydrographie dont la ville vient de se doter. Dans l’aile de droite, le vieil hôpital servait d’écurie en 1789. On trouve aussi divers espaces non bâtis : une grande cour, avec un puits, un vaste enclos, un jardin de « pur agrément », où l’on ne cultivait que quelques fleurs, au pied des arbres « qui ne sont pas fruitiers » et un deuxième jardin, complanté jadis en figuiers et en jujubiers, entre l’aile gauche et les remparts de la ville 4.

Nous réservons pour la deuxième partie l’étude de l’école des Frères. Passons donc aux deux établissements destinés aux filles. Ce qui les caractérise, c’est d’abord l’existence d’une double clientèle : selon un système, alors couramment pratiqué par les religieuses et qui se poursuivra une bonne partie du XIXe siècle, les sœurs recevaient certaines élèves gratuitement, dans leur externat, et des élèves payantes, les pensionnaires. Autre trait propre à ces deux maisons agathoises, le fait que ni l’une ni l’autre n’aient reçu d’aides de la communauté d’Agde pour leur travail éducatif, jusqu’à la Révolution.

Le Monastère ou Couvent des religieuses de Sainte-Marie, – tel est le titre que lui donne le texte de 1792 -, est tenu par des membres de la congrégation de Sainte-Marie ou de Notre-Dame, installée à Agde depuis 1631 5. Elles tiennent une école gratuite et un pensionnat. C’est pour elles une règle absolue, puisqu’elles font un quatrième vœu : se consacrer à l’instruction gratuite des enfants pauvres. A Agde, la municipalité n’imposait rien en leur faveur pour l’école gratuite.

Leur bâtiment était vaste. Il pouvait loger 30 à 40 religieuses. Elles ont été jusqu’à 17 religieuses de chœur, mais en 1789, elles ne sont plus que huit avec les converses – et un certain nombre de pensionnaires. Dans ce monastère, se trouvait un jardin potager, avec quelques arbres fruitiers, et un petit terrain servant de cimetière ; en outre, deux petits patus et une cour dans l’enceinte de cette maison. Le mobilier de chaque cellule était fourni par la religieuse qui l’occupait, lors de sa profession. La communauté en devenait propriétaire à la mort de l’occupante et possédait les autres biens collectifs.

La seconde maison d’éducation des filles était placée sous la direction des Sœurs du Saint-Enfant Jésus ou de Saint-Maur, connues dans le pays sous le nom de Sœurs-Noires 6. Leur arrivée à Agde, comme à Montagnac et à Florensac, datait de 1687. La date de leur installation dans la maison où elles étaient en 1789 est plus récente. Elle est l’œuvre de Mgr de Pas de Feuquières, en 1719. L’instruction y était gratuite « pour les filles de tous les habitants qui voulaient bien les y envoyer », précise le texte de 1792, insistant ainsi sur le fait qu’on les acceptait toutes sans discrimination aucune. A côté, il y avait des « écoles payantes » (il faut entendre par là des classes) et un pensionnat.

Là aussi, les revenus proviennent de rentes diverses, prélevées sur le diocèse, la communauté urbaine, le clergé d’Agde et la province du Languedoc, au total, 971 livres. S’y ajoutent les honoraires provenant des élèves des classes payantes et des pensionnaires. En 1791, la situation de ces « institutrices » ayant changé, le conseil de la ville convaincu des avantages précieux que cette congrégation procurait à la ville, surtout depuis que les religieuses n’avaient plus de pensionnat », s’imposa en leur faveur de 200 livres.

Le bâtiment de ces religieuses n’était pas très considérable. Pas de jardin ; seulement une cour sur laquelle s’ouvraient toutes les classes, la cuisine et le cellier. Le premier étage était distribué en chambres « à la manière des bourgeois », avec un réfectoire et une très petite chapelle ou oratoire. Le second étage était destiné au pensionnat.

Les garçons et les filles avaient donc de quoi s’instruire gratuitement, dans l’Ancien Régime, à Agde. La communauté eut maintes fois l’occasion de dire sa gratitude aux responsables de ces institutions. Mais, plus qu’à toute autre, elle s’intéressa à l’école des Frères. C’est pourquoi nous lui réservons une part de choix dans notre étude. Avant d’en venir là, précisons qu’en 1791 a été créée à Agde une chaire d’hydrographie, confiée à Guérin. La municipalité réclame en plus la création d’une chaire de mathématiques. Selon ses édiles, la cité la méritait plus que tout autre ville, par « sa population, sa position et le grand nombre des marins qu’elle a toujours fourni à la marine de l’État ».

L'établissement des Frères des écoles chrétiennes à Agde, de 1750 à 1792

Les archives de cet Institut, concernant notre région, conservées à Rome 7, nous apprennent qu’avant 1792, sur le territoire qui deviendra le district de Béziers au XIXe siècle, on ne trouvait alors que six centres d’enseignement créés par les Frères. Ils regroupaient à la veille de la Révolution, 40 religieux qui s’occupaient de 24 classes, réunissant 1 376 élèves 8.

A Carcassonne, existait un pensionnat ouvert en 1738, organisé sur le modèle de Saint-Yon, installé à trois kilomètres de la ville, dans un domaine dit « Campagne ». En 1789, on y trouvait 200 élèves, répartis en six classes ; ils avaient douze Frères à leur service. En ville, l’Institut avait ouvert cinq classes gratuites, fréquentées par 310 enfants. A Montpellier, les Frères s’étaient installés en 1743. En 1789, leur école, divisée en six classes, regroupait 468 élèves, et la communauté comptait douze Frères. Le quatrième établissement à avoir été implanté dans cette région est celui qui nous concerne directement : celui d’Agde, en 1750. Vinrent ensuite ceux de Montréal en 1762 et de Chalabre en 1777.

L’école d’Agde faisait donc partie d’un ensemble plus vaste, ce qui nous permet d’en mesurer l’importance relative tout en en racontant l’histoire. Elle ouvrit ses portes le 11 janvier 1750, selon les désirs de Mgr Cadenet de Charleval (1740-1759), qui avait appelé les Frères dans sa cité épiscopale, peu de temps auparavant. Le Frère Victor de Jésus, directeur de l’établissement de Montpellier, avait été chargé par le Supérieur général de l’Institut, le Très Cher Frère Thimothée, de négocier cette affaire. L’évêque d’Agde s’était proposé de fonder cette école à ses frais. Nous en avons la preuve à travers une délibération du 6 octobre 1748 par laquelle la communauté approuve le cannage (mesure en cannes) et l’alignement du terrain que l’évêque se propose d’acheter pour faire construire la maison destinée aux Frères ; il s’agit de la place dite du Plan de la Rivière. L’acte de cession est passé le 24 décembre 1748.

Il s’agit d’un terrain de 8 cannes et demi de large et de 17 cannes de long, soit 306 m2 environ, sis dans l’enclos de la ville d’Agde. L’évêque donne en emphytéose perpétuelle au Frère Victor de Jésus le sol et espace de terrain, jouxtant au couchant la muraille de la ville 9.

Dès cet instant, l’assemblée urbaine se montre bienveillante envers cette école en notant « le mérite et l’avantage d’un tel établissement ». La même année, la communauté décide de faire rétablir la galerie qui est au fond de la nef de l’église Saint-Sever, pour que les Frères puissent « y conduire et placer la jeunesse pendant les offices divins ».

L’évêque avait pris l’engagement de construire et de meubler la maison – il en fournit effectivement le mobilier. Par une transaction du 29 septembre 1748, Mgr de Charleval donnait 9 000 livres à cet effet et il assignait en outre à la communauté une rente de 750 livres, pour nourrir et entretenir trois ou quatre Frères. Ainsi fut fait. Cet acte du prélat justifie ce qu’en dit le poème intitulé Les merveilles de Mgr l’évêque comte d’Agde, à propos de la mission de 1755 :

« Que n’ai-je d’Arouet la plume,
pour peindre son activité,
sa vigilance, sa largesse,
sa docilité clémente. »

Le Frère Edmond 10, – Antoine Dupré dans le monde – nommé premier directeur, commença sa mission à Agde avec deux autres collègues, dans la maison qui avait été tracée en 1748 ; elle était située à l’extrémité méridionale de la Grand-Rue, à l’emplacement qui forme la place appelée Rivière du Port. Les chroniques retiennent pour les années suivantes : l’agrandissement de la maison en 1756-1757 l’obtention du roi de la dispense d’impôt, soit 13 livres, douze sols et un denier, pour 1753.

Les élèves des Frères ont bien sûr pris part à la mission de 1755 parmi la jeunesse de la ville, à qui le chroniqueur s’adresse en ces termes :

« Vous avez assisté aux processions comme des Anges descendus du ciel et vous nous avez donné des marques de votre modestie et de votre humilité… Fuyez les impies, Yvrognes et blasphémateurs, et du Seigneur vous serez les fidèles imitateurs. Obéissez à vos père et mère et vous vivrez longtemps sur terre. » Une phrase que l’on retrouve dans les Moralités puériles et civiles en usage à l’époque dans ce genre d’établissement.

La maison, réaménagée au cours des ans, car elle subit des dégradations dues aux inondations fréquentes surtout entre 1760 et 1766, présentait à la veille de la Révolution, la physionomie suivante : au rez-de-chaussée, trois grandes classes, un réfectoire et une petite chapelle ; au premier, une grande chambre, divisée en alcôves, et un dortoir, distribué en petites chambres. Le deuxième étage était disposé pour recevoir des pensionnaires. A côté du bâtiment primitif, on avait élevé, sur une partie du grand enclos, une deuxième bâtisse de mêmes dimensions que la première. A l’intérieur de ces bâtiments, on trouvait une cour et un jardin de pur agrément, avec quelques fleurs et quelques légumes, en très petite quantité, que l’on cultivait « par manière d’amusement » 11.

La communauté d’Agde a souvent montré sa bienveillance à l’égard des Frères. Les Archives communales en témoignent, jusqu’en 1792, à travers nombre de faits et de gestes significatifs. Ainsi en 1757, les Frères ayant tenté de faire entrer en ville une charrette de vin, elle a été arrêtée par les « vinariens ». Le Conseil délibère sur cette affaire et décide de la leur faire restituer, car si les Cordeliers et les Capucins ont le privilège de faire entrer du vin dans la ville, pour leur consommation seulement, sans payer de droits, il est juste d’accorder la même dispense aux Frères, « vu que leur établissement procure de grands avantages à la ville ».

Demandent-ils l’annexion d’une ruelle afin de pouvoir augmenter encore le grand nombre d’écoliers qui fréquentent leur maison ? La Communauté y consent « puisque la ville ne saurait assés favoriser un si bel établissement ». Veulent-ils faire clore un cul-de-sac qui, pendant la nuit, « sert de refuge aux malfaiteurs de toute espèce » ? Ils en reçoivent l’autorisation au nom des services rendus 12.

Les successeurs du Frère Edmond furent le frère Orens, qui ne resta directeur de l’école que trois ans (1763-1766), puis le Frère Symphorien, quatre (1766-1770). Où en est alors l’établissement ? En été 1766, on y trouve cinq Frères. Il semble que leur communauté ait connu une période difficile due à une dissension entre les membres de l’Institut : « il y avait des carillons », précise le manuscrit des Frères. Le Supérieur demanda même à être déchargé de sa responsabilité.

L’école a sans aucun doute comporté, vers cette époque, un pensionnat. Un des manuscrits met en doute son existence. Mais alors, pourquoi trouverait-on la maison équipée pour recevoir des pensionnaires dans l’inventaire de 1791 ? Nous allons revenir sur ce point. Il n’est pas moins certain que ces religieux gardent l’estime de la municipalité. Nous en trouvons un témoignage direct dans une délibération du 1er juillet 1770 à l’occasion des réparations à faire à l’école. On y trouve d’importants renseignements sur le rôle des Frères dans cette ville.

Le deuxième consul d’Agde, qui présente les arguments en faveur de la prise en charge des réparations, fait d’abord remarquer que les Frères ne sont tenus par leur contrat initial qu’à faire deux classes. « Néanmoins, le grand nombre d’écoliers les oblige à en faire trois, sans en retirer aucun émolument, pas même â titre de présent, ce qui est d’un grand soulagement pour les citoyens. » Et il poursuit avec cet éloge : « Les soins que ces bons Frères donnent a ces enfans font l’admiration de toute la ville et l’aplaudissement de Mrs les curés. » Le procureur fiscal reprend le même type de discours : « Nous devons une protection singulière aux personnes qui se consacrent gratuitement et d’une manière spéciale a l’éducation de la jeunesse. » Ils ne touchent que 800 livres pour cinq personnes : un supérieur, trois maîtres régents, et un Frère cuisinier. « Ils ne retirent pas un denier de l’enseignement public… Il faut leur donner les moyens de vivre avec décence. »

Les officiers municipaux décident d’aller visiter la maison pour se rendre compte de son état réel. Ils constatent que « l’ordre et la discipline règnent dans les écoles publiques… Nous avons admiré les progrets que les jeunes élèves y font dans la piété et dans l’art de l’écriture et nous avons justement aplaudyt a touts les exercices qui se pratiquent dans cette maison. » Mais ils constatent que le local est en piètre état : les classes ne sont pas saines, « pavées à demi seulement et encore en mauvaises briques ». Les élèves et les maîtres vivent dans la poussière, ce qui altère leur santé. La ville décide donc de prendre à sa charge les réparations, en reconnaissance des « soins pénibles et gratuits que les frères donnent pour élever nos enfants ». Ce savoir-faire et ce dévouement leur amènent des sujets de tout le diocèse (d’Agde, rappelons-le). L’école recrute donc sur une aire plus large que la cité elle-même, qui compte, vers 1790, près de 7 000 habitants. Quel a été le nombre moyen de leurs élèves ? Nous en connaissons les effectifs pour 1779 : ils sont alors 166.

Comment l’enseignement y est-il distribué ? En trois classes, selon l’âge et l’avancement des élèves. La première, nommée la petite classe, est consacrée à l’apprentissage des premiers éléments de la lecture. Dans la seconde, on aide ceux qui « sachant déjà lire sont susceptibles d’apprendre les premiers principes de l’écriture ». La troisième, appelée grande classe, est destinée à perfectionner les écoliers dans la lecture et l’écriture et à leur apprendre l’arithmétique.

Pour cette dernière, la communauté finira par accorder aux Frères « vu la multitude d’enfans qui viennent dans leur école », cent livres qui seront imposées tous les ans sur la ville, à condition qu’ils ne lui demandent plus rien. Rappelons ici que, durant ce temps-là, ils ont renforcé leurs revenus « modiques », en créant une quatrième classe, ainsi qu’un pensionnat également payant, « sans néanmoins que l’instruction gratuite en souffrît ». Durant cette période, il y eut cinq Frères au lieu de quatre. L’expérience dut être d’assez courte durée, – nous n’avons pas eu les moyens de préciser plus. Mais il semble que les Supérieurs majeurs leur interdirent de garder le pensionnat et la classe payante, afin de rester fidèle à la règle lassallienne. L’on en revint à la situation antérieure : trois classes et quatre Frères.

Après la longue période de direction assurée par le Frère Agricol (1770-1786), vinrent les Frères Télesphore (1786-1788), puis Modeste 13, qui va rester quatre ans à son poste. II se produit alors, avec la Révolution, de grands changements qui affectent la vie des Instituts religieux et, de ce fait, modifient la situation de la maison. En 1790, les Frères sont toujours bien vus des édiles municipaux. Le conseil municipal demande au directeur de rouvrir l’ancien pensionnat. Il s’offre à faire les arrangements et réparations nécessaires. Cette requête, présentée une première fois en février par le Frère Modeste au Supérieur général de l’Institut, fut rejetée par le Très Cher Frère Agathon dans une lettre du 6 mars, datée de Melun. Il faisait valoir que cette « demande ne pouvait venir dans une circonstance moins favorable ». Les Frères, en pleine incertitude, connaissant une chute de recrutement notable, « la crainte vraiment mal fondée de notre suppression ayant déjà réduit à presque rien nos noviciats ». Les membres de la municipalité tenaient tellement à avoir ce pensionnat qu’ils décidèrent d’en écrire eux-mêmes directement au Supérieur de l’institut, pour réitérer leur demande 14. Le 28 avril, ils lui envoyèrent une copie de la délibération relative à cette affaire. Le Supérieur, dans sa réponse, se déclara « mortifié de ne pouvoir répondre, comme il le désirait, à leur estime et à leur confiance ».

Manifestation encore de la faveur où l’on tenait les enseignants religieux de la commune, alors les Frères et les Sœurs de Saint-Maur, cette délibération du 9 janvier 1791 qui, accédant à leur requête, demanda au département de pouvoir recouvrer ou compenser la retenue des deux vingtièmes et quatre sols pour livre du premier – ce qui est accordé, après avis du Directoire du District de Béziers. En cette occasion, le conseil fait valoir une fois de plus « l’utilité des dits établissement et croit devoir en cet instant témoigner combien elle désire les conserver ». La situation précaire des Frères amène aussi les officiers municipaux à demander pour eux une augmentation de trois cents livres de revenus. La direction du Département donne, là aussi, un avis favorable.

L’obligation de la prestation du serment datée du 27 novembre 1790 va tout gâcher. Ne sachant quelle conduite tenir, les édiles municipaux ont eu la curieuse idée de consulter la municipalité de Paris pour savoir si là-bas, dans la Capitale, on l’exigeait des Frères. En donnant une réponse négative, le Conseil de Paris se dit flatté d’avoir été consulté par une ville de Province. Mais les événements se précipitent et la Communauté d’Agde se voit dans l’obligation de demander aux Frères de s’exécuter. Et les mesures suivent. Le 10 juillet 1791, le Corps municipal décide de nommer un nouveau directeur de la maison, le Frère Hilarion, qui a accepté de prêter le serment civique. La direction de l’école ne peut plus en effet être assurée par le Frère Modeste, « à cause de son refus obstiné de se conformer à la loi ». Ce n’est donc plus le Supérieur de la Province de l’Institut qui désigne le nouveau directeur, mais le corps administratif d’Agde. L’esprit de la Constitution civile du Clergé, votée le 12 juillet 1790, est passé par là.

L’inventaire des biens de la communauté des Frères découle de cette situation nouvelle. Il est exécuté les 12 et 13 juillet 1791 15. Il y avait encore ce jour-là quatre Frères – ils ont signé le registre. L’importance du « résidu de la recette », qui se monte à 1 261 livres 3 sols et 6 deniers, montre la bonne gestion de l’établissement. Le Frère Modeste, qui doit quitter Agde, se voit attribuer 500 livres pour son départ ; le Frère Hilarion, 150, pour commencer à fournir aux frais de ladite maison dont on l’a établi « provisoirement directeur ». Le reste demeure pour l’instant entre les mains du greffier.

Trois jours après, le 18, le ci-devant Frère des Écoles chrétiennes, le sieur Auras, vint offrir ses services à la municipalité. L’assemblée accepta, et il fut admis à occuper une place à l’école « parmi ceux qui doivent remplacer les frères des écoles chrétiennes » – la formule est claire. Il jure donc fidélité à la Nation, à la Loi et au Roi et de maintenir de tout son pouvoir la Constitution.

Le 21 janvier 1792, nous retrouvons le Frère Hilarion Le Gendre en poste. Le conseil général de la Commune avait demandé l’ouverture d’une quatrième classe. Il la déclare impossible dans les circonstances actuelles, par défaut de local et par la difficulté de trouver un sujet propre à cette fin – l’école a toujours quatre maîtres. Il réclame à nouveau une gratification de quatre cents francs, exempts d’imposition, étant donné le prix des denrées et « la triste nécessité où nous sommes maintenant de prévoir l’avenir ». Il renouvelle l’engagement solennel contracté en tant que citoyen « de ne point quitter la conduite des écoles chrétiennes de cette ville, jusqu’à l’époque de l’organisation de l’éducation nationale ».

Peu de jours avant le départ définitif des Frères, l’école ne comptait plus que deux membres de l’Institut, les Frères Hilarion et Ambroise, et un laïc nommé Lafon, ci-devant membre de la Congrégation, placé là par la municipalité ; le quatrième membre, qui faisait fonction d’économe, n’ayant pas été remplacé « parce que les sujets manquent ». D’ailleurs les revenus auraient été insuffisants pour nourrir et entretenir un autre maître. La situation est donc bien confuse sur tous les plans en 1792. Mais les classes continuent. Le manuscrit affirme que les Frères assurèrent leur service jusqu’au 12 juillet de cette année-là, le jour même où ils quittèrent Agde. Ne faut-il pas voir dans cette précision le signe que l’Institut a dû considérer qu’ils restaient frères et reliés à lui, malgré le départ du Frère Modeste et la prestation du serment du Frère Hilarion ?

Que devinrent les Frères après 1792 ? L’un d’eux, qui avait prêté serment, se maria et, selon Rigault, devint capitaine de la marine marchande 16. Un second, le Frère Digne, avait rejoint ses confrères de Carcassonne qui, sécularisés, avaient ouvert une institution privée. Pour les autres, nous ne savons pas. L’auteur du manuscrit se contente d’une note laudative globale, en déclarant que les Frères laissèrent des regrets chez « des personnes honnêtes et religieuses, en laissant dans la ville le germe de toutes les vertus pour l’éducation chrétienne qu’ils avaient donnée à la jeunesse ».

Il semble en effet que l’on ait gardé, longtemps après, un souvenir reconnaissant aux Frères. En 1840-1850, si l’on en croit le même manuscrit, « des vieillards déclaraient alors que c’était à eux qu’ils devaient leur position sociale et surtout leurs principes religieux ». Il est évident qu’ils y avaient opéré une œuvre importante. Les événements prouvent qu’ils avaient su conserver l’estime des Agathois. Les textes cités le confirment. Les statistiques en témoignent : 174 élèves, en trois classes, en 1789. Ce n’est pas maigre pour l’époque.

Le retour des Frères et leur rôle à Agde de 1839 à 1905

Treize ans après leur départ, on envisage sérieusement leur retour. On en trouve la ferme intention exprimée dans une délibération communale du 6 nivôse an 13, où l’on peut lire : « En attendant que cet établissement puisse être confié aux Frères des écoles chrétiennes ainsi que le gouvernement en a l’intention et le Conseil le projet », le sieur Mages aura un poste d’instituteur.

En mars 1806, la décision est prise, comme en témoigne M. Pradines, négociant, dans une lettre datée du 15 adressée au Frère Vicaire général de l’Institut : « Le Conseil municipal de cette ville.., vient de délibérer dans sa dernière session le rétablissement de la maison des écoles chrétiennes que nous avions le Bonheur de posséder longtemps avant la révolution, pénétré des avantages qui résulteraient pour toute la jeunesse appartenant aux différentes classes de la société du retour de cette intéressante institution. Il a voté les fonds nécessaire aux réparations de la maison que la faulx révolutionnaire n’avait point atteint… Quel service ne rendriès vous pas à cette commune, je dis plus à la religion elle même s’il vous était possible de nous procurer trois de vos collaborateurs » 17.

En fait, il faut attendre 1839 pour que ce vœu se réalise. Et encore que d’insistance fallut-il ! Une série de lettres des curés d’Agde, conservées à Rome, en témoigne. Depuis 1834, le curé d’Agde, M. Valade, en envoie plusieurs au Supérieur général de l’Institut pour obtenir trois frères pour la ville. Le 8 octobre, il déplore le renvoi de l’affaire à plus tard : cela « afflige sensiblement et contrarie vivement tous les membres du Conseil municipal et tous les habitants qui presqu’à l’unanimité demandent une école chrétienne » – les 23 membres du conseil étaient tous d’accord pour réclamer le retour des Frères. L’abbé Valade fait valoir, entre autres raisons, la fermeture du Collège : « Nous avons eu jusqu’ici un mauvais collège dont on désirait assez généralement la suppression. Le conseil municipal l’a supprimé et dans la même séance, il a voté l’établissement d’une école dirigée par des frères. Si les frères tardaient trop à arriver, la ville serait sans école publique. » L’intention des habitants d’Agde favorables à ce projet est d’acheter une maison, grâce à leurs dons et à l’aide de l’évêque, et de la remettre aux Frères, pour leur garantir l’existence de l’école en cas de mauvaises intentions d’une municipalité future. Mais, comme en 1806, le Supérieur de l’Institut ne peut répondre favorablement à ce projet ni même fixer une date où il deviendrait réalisable « à cause du défaut de novices assez avancés ». Le 9 décembre 1834, le même curé insiste encore en précisant que le beau local envisagé destiné aux religieux est lorgné par un aubergiste du pays et il rappelle que dans 15 jours le collège sera fermé.

Le curé de Saint-Étienne, Grasset, va relancer l’affaire le 6 avril 1836, en rappelant les bénéfices tirés par la ville du travail des Frères avant la Révolution. Il signale encore une fois le fait qu’eux seuls peuvent apporter aux jeunes gens « une instruction soignée, les principes solides qui doivent en faire des enfans dociles, des hommes sages et laborieux, en faisant de bons et de fervens chrétiens ». Il rappelle la nécessité d’une éducation forte pour la sauvegarde de la foi et des mœurs de ces futurs marins. Comment résisteront-ils s’ils n’ont reçu dans leur jeunesse une telle éducation ? « Il n’y a presque plus d’espoir de salut pour eux, et ils nous reviennent avec toutes les erreurs et tous les vices des pays qu’ils ont parcourus. »

Toujours pas de frères. L’impatience gagne les prêtres et la population. Le 23 août 1839, le vicaire général insiste en rappelant que la demande de frères a été faite depuis sept ans. Il écrit aussi au nom de l’évêque pour solliciter l’envoi de trois frères pour la rentrée. Trois prêtres d’Agde, les abbés Seyvon 18, Lenthéric et Fallet, respectivement curés de Saint-Étienne, de Saint-Sever et aumônier de l’hospice, avaient alors pris les choses en main. Ils s’étaient occupés de tout, y compris de l’aménagement des latrines.

La première demeure envisagée pour l’école appartenait à l’abbé Recluz, futur biographe de Saint Roch, né à Agde, mais elle ne fit pas du tout l’affaire, car elle ne présentait pas les convenances voulues. Ils achetèrent donc une autre maison, sise 4 faubourg des Chantiers, au sieur Arnaud fils, par acte du 2 septembre 1838, pour y loger les Frères et y installer les classes. Elle leur fut vendue « au-dessous de sa valeur », nous dit un texte de l’époque, « parce que M. le propriétaire voulut contribuer à cette œuvre importante ».

L’école semble avoir été considérée d’abord comme une entreprise privée. Le recteur Gergonne s’en désole dans une lettre au maire datée du 31 octobre 1839 : « J’apprends avec bien du plaisir que votre ville va enfin posséder une école de frères, dont le besoin se fait sentir depuis longtemps. Je regrette seulement qu’elle ne soit pas encore communale, cette école étant pour le présent une école seulement privée… » 19. La municipalisation n’allait pas tarder. La municipalité avait favorisé l’installation en précisant qu’il était de l’intérêt de la ville qu’il existe une école pour la classe indigente 20.

Mgr Thibault présida à l’installation des Frères, le 11, novembre 1839, en présence des autorités, du Corps municipal, du clergé d’Agde et des environs, et de nombreux pères et mères de famille. Il y eut d’abord la messe à neuf heures, puis on se rendit en procession à la maison des Frères, où l’on avait réuni 400 enfants qui entonnèrent des cantiques.

Comment se présentait la maison ? Accompagnant la délibération communale du 25 mars 1842, figure un rapport descriptif qui nous permet d’en avoir une idée : « Le local, isolé des maisons voisines, (est) placé sur un des points les plus fréquentés de la ville, muni d’une cour, d’un vaste jardin et de quatre classes spacieuses et aérées… Ce bâtiment est commode, bien éclairé et assez grand pour qu’on put établir encore soit dans les magasins inoccupés du bas soit au second étage entièrement libre autant de classes qu’il en existe déjà. La façade Nord ou Est parallèle au chenal de l’Hérault n’en est séparée que par le chantier de construction et le chemin vicinal d’Agde à Notre-Dame. »

Cinq ou six frères vont alors se charger des 400 élèves qui se présentent. Les effectifs restent élevés jusqu’à la fin du siècle : les Frères scolarisent 354 élèves, en 1854 ; 395, en 1859 ; 289, en 1868 ; 319, en 1882 ; encore 285, en 1891, et 295, en 1898, après la création de l’école laïque de garçons et la privatisation de la leur 21. Le nombre des maîtres membres de l’Institut grandit en fonction de la croissance des effectifs, pour atteindre huit, puis neuf.

Le nombre d’élèves par classes a varié, selon les circonstances. Vers 1880, on trouve la répartition suivante respectivement 47, 64, 82, et 191 élèves. Dans chacune, on constate que les âges sont très mêlés, avec une différence de trois ou quatre ans, voire plus de 11 à 14 ans dans la première; de 7 à 12 ans dans la quatrième. Dans la troisième, l’écart va même de 8 à 14 ans. Les niveaux ne sont donc pas très homogènes et l’on note des retards considérables chez certains élèves.

Le retour des Frères causa des ravages chez les instituteurs privés. L’un d’eux, M. Vidal, écrit au maire de la ville, le 4 avril 1840 : « L’arrivée des frères m’ayant enlevé presque tous les élèves.., je demande mon exeat ». Au même moment, le Frère Eunicien réclamait une quatrième classe en disant « son embarras de ne pouvoir admettre tous les enfants qui se présenteront, ce qui lui fait appréhender la rentrée des classes, après les vacances, et la sollicitation des pères et mères de familles » ; mais, rappelle-t-il, « on ne peut faire le bien avec ordre et progrès que lorsque les classes ne sont pas trop nombreuses ».

Quel jugement porte-t-on sur cette maison ? Le 20 décembre 1848, l’inspecteur des écoles de l’Hérault, M. de Bréaux, écrit au maire d’Agde : « Les classes des frères qui reçoivent près de 400 élèves, sont fort bien tenues. La première division surtout est très avancée. J’y ai rencontré bon nombre d’enfants possédant une jolie écriture, mettant fort correctement l’orthographe, et comprenant bien le système métrique qu’ils appliquent avec intelligence ». A l’école communale tenue par les Sœurs, c’est moins bien. Mais, l’inspecteur ayant trouvé 175 filles dans une même pièce dirigée par une seule maîtresse, admet que les religieuses ont « quelques circonstances atténuantes à ce moindre succès » 22. La maison avait connu des aménagements sous le frère Théophile-de-Jésus (1847-1854) qui fit construire aussi une « jolie chapelle » et établit une fanfare, à l’école.

Sous le second Empire, l’admission dans les classes primaires va devenir gratuite pour tous les enfants d’Agde. Au début, elles l’étaient exclusivement pour les garçons. Ainsi en 1865, il est prévu dans le budget scolaire une rétribution qui va de 1 franc à 2,5 francs, selon la classe, pour les filles, alors que pour les garçons, le dossier porte la mention « néant ». Mais en 1867, au sujet du même article, on peut lire la mention suivante : « l’enseignement primaire aura lieu dans les écoles communales de la ville d’Agde à titre gratuit à tous les enfants indistinctement qui les fréquentent ». Cette mesure s’étend donc désormais aux filles.

La gratuité scolaire pour les garçons n’a pas fait que des heureux. La réaction des instituteurs privés ne se fait pas attendre. F. Castelbon, maître de pension, Bergeon et J.-J. Granier tous trois enseignants, dénoncent ce qu’ils considèrent comme un abus dans une lettre au maire, non datée :

« D’après la loi, aucun enfant ne doit être admis dans les écoles communales avec le bénéfice de la gratuité, s’il n’est muni d’un certificat d’indigence. Or un nombre considérable d’enfants appartenant non pas seulement aux familles aisées, mais encore aux familles riches sont reçus gratuitement dans l’école communale de notre ville, à tel point que les enfans des pauvres sont exclus de cette école parce que leurs places sont envahies par les enfants des riches. Nous demandons que cet abus cesse… que vous intimiez à MMrs les frères de cette école, l’ordre de ne recevoir aucun élève, s’il n’est muni d’un certificat d’indigence… Ce n’est pas un service que nous vous demandons, c’est un acte de justice, car il n’est pas juste que les enfans des riches soient élevés gratuitement; il n’est pas juste que les enfans des riches dérobent aux enfans des pauvres une part d’instruction qui ne leur est pas due. Il n’est pas juste que les enfans des pauvres soient exclus d’une école qui n’a pas été créée pour eux » 23.

Les frères assurent donc l’enseignement des garçons en tant qu’instituteurs communaux. Les Sœurs de la Nativité remplissent le même rôle pour les filles, jusqu’au moment où va se poser le problème de la laïcisation des écoles communales, puis, plus tard, du personnel. Parmi les épisodes qui marquent cette lutte – Agde fait de la résistance – nous verserons au dossier le rapport de la commission municipale chargée d’étudier la demande faite par certains habitants d’avoir une école de garçons et une école de filles, laïques et gratuites. Il est daté du 4 octobre 1881 et signé par Barthélemy Jouve, conseiller municipal. Les membres de cette instance estiment qu’il faut créer une école laïque de garçons et une de filles. Ils avancent sept arguments en faveur de cette thèse. Voici en résumé quelques-uns des éléments de leur plaidoyer :

Dans presque toutes les communes de France, écrivent-ils en substance, la laïcité est appliquée. Les déclarations républicaines du Conseil ne lui permettent point de s’isoler sur cette question et de s’aliéner ainsi les bonnes dispositions du gouvernement envers la ville. La loi va bientôt être votée. « Il serait de mauvais effet que le Conseil ne s’exécutât alors que contraint et forcé ».

D’un point de vue plus élevé, ne serait-il pas juste que celui qui, par conviction ou convenance, ne veut pas mettre son enfant dans une école congréganiste puisse trouver une école laïque pour le recevoir ? « La ville d’Agde certainement est en grande partie pour les congréganistes », « aussi conserverons-nous ces écoles pour ceux qui les préfèrent ». Les deux parties y trouveront leur compte.

La Caisse des écoles nous donnera pour la construction de nos nouvelles écoles la moitié pour rien, l’autre moitié remboursable en trente annuités à 4 %. Les membres de la commission demandent aussi la cession à la ville par le gouvernement de la caserne qui ne doit plus être utilisée 24.

Aux considérations idéologiques, s’ajoutent des arguments matériels. L’importance des réparations à faire aux écoles est si grande que la commune ne peut couvrir seule la dépense. La solution passe par la création de nouvelles écoles qui ne peuvent être que laïques. La gratuité existant toujours, les intérêts matériels n’en souffriront pas. Certainement les sentiments intimes d’une grande partie de la population seront froissés… mais la concurrence qui s’établira « entre l’élément laïque et congréganiste tournera au plus grand bien des élèves ».

Cette proposition fut votée à l’unanimité des dix-neuf membres présents. Son caractère original ne doit pas nous échapper : il consistait à conserver le caractère communal aux deux écoles congréganistes et à mettre en place, en même temps, lentement et progressivement, deux écoles laïques, tenant ainsi compte de la double exigence des habitants. La commission notait qu’à son sentiment la concurrence aurait un caractère bénéfique.

La ville va donc continuer à soutenir ses écoles congréganistes, tout en prospectant pour trouver des terrains pour bâtir un groupe scolaire et des immeubles susceptibles de servir d’écoles laïques, moyennant quelques aménagements.

Dans les années 1880, l’école spéciale de garçons d’Agde est tenue par neuf frères, un instituteur titulaire, en fait le frère directeur, et ses huit adjoints. On leur alloue annuellement un supplément de traitement de 100 francs, outre le traitement de 700 francs, estimé insuffisant. En fait, on devrait leur en verser 900. Le budget supplémentaire de 1884 nous permet de comprendre cette situation complexe : cette mesure s’applique seulement aux huit frères adjoints Émile Rustand, Célestin Condomines, Urbain Clair, Michel Cambel, Auguste Estève, Charles Clavert, Justin Costecalde et Robert Étienne. On accorde aussi une indemnité aux maîtresses qui ont la charge des filles, à savoir à la directrice de l’école congréganiste, à la directrice de l’école laïque et à son adjointe, ainsi qu’à la directrice de l’école maternelle et à son assistante. On a donc bien deux écoles primaires communales, l’une laïque, l’autre tenue par les religieuses. Dans le domaine des garçons, la mise en place de l’école laïque trame et G. Cholvy, citant les Archives nationales, rappelle qu’à Agde, en 1889, il n’existait pas encore d’école publique de garçons 25.

C’est en fait en 1891 que tout va se jouer. Le 11 juillet, M. Bargeon qui déclare que lors de la fondation de l’école des Frères, ces derniers ont manqué de charité à son égard 26, s’insurge contre cette situation. Il lit un mémoire au conseil municipal dans lequel il fait l’éloge de l’école laïque et réclame que soit tenue la promesse faite en octobre 1881 par la municipalité de créer une école laïque de garçons. Le maire rétorque qu’on ne peut enlever aux Frères leur bâtiment, car ses fondateurs leur en ont donné la jouissance – la vente de la maison à la mairie mettait en effet comme condition qu’elle soit affectée à l’enseignement donné par les Frères et eux seuls. Va-t-on plaider ? La commune, risque d’y perdre au moins 12 000 francs. Le maire préfère la formule proposée par les héritiers des abbés Fallet, Seyvon et Lenthéric qui s’offrent à rembourser à la commune les 14 000 francs qu’elle a donnés pour l’achat de cet immeuble et ainsi à le posséder en pleine propriété 27. Cette somme servira à financer l’érection d’un groupe scolaire dans les bâtiments de l’ancienne caserne. En attendant, on va installer six classes en lieu et place de la crèche et de la salle d’asile, transférées à l’ancien café Maritime.

La séance du conseil municipal du 7 septembre 1891 où cette proposition est faite par le maire, M. Vidal, est très houleuse. Après l’intervention de M. Gayrard, hostile au rachat, « il se produit un grand tumulte dans le public, les uns crient (bravo), les autres (à bas) ». Le maire pour éviter un conflit fait évacuer la salle.

Mais la laïcisation n’en est pas moins faite. C’est ainsi qu’en octobre 1891, l’école laïque de garçons s’ouvrit. Les effectifs montent rapidement dans les mois qui suivent. Les Frères continuent leur enseignement, mais dans une école devenue « libre », jusqu’à la fin de l’année scolaire 1905.

Le 13 mai 1905, le conseil municipal avait en effet émis le vœu que la fermeture des établissements d’enseignement congréganiste soit effective dans le plus bref délai 28. Le maire, dans une lettre au sous-préfet de Béziers, précise : « Les élèves des frères pourront être reçus par notre collège et notre école laïque de garçons ». Par un arrêté du 8 juillet 1905, le ministre de l’Intérieur ordonne la fermeture des deux établissements libres d’Agde celui des Sœurs de la Nativité et celui des Frères des écoles chrétiennes et ce, à compter du 1er septembre. Le rapport de l’architecte communal estime qu’il va falloir reloger 200 garçons et 200 filles. On peut ainsi mesurer l’évolution des effectifs depuis l’ouverture de l’école laïque de garçons : on est passé de plus de 400 en 1885 à 200 environ en 1905.

C’est le 31 août 1905 que les frères furent amenés à quitter Agde, deux jours après les Sœurs de la Nativité. Ils s’éloignèrent de la ville, sans avertir le grand public, dans la plus grande discrétion. « Leur modestie, écrit le chroniqueur de la Semaine Religieuse de Montpellier 29 qui relate ce fait, avait caché jusqu’au dernier moment l’heure de leur départ ». Et il ajoutait : « Ils étaient à Agde depuis plus d’un siècle et demi », sans préciser que, à la suite de la Révolution, ils en furent absents de 1792 à 1839, soit 47 ans, ce qui porte leur séjour dans cette ville à 108 ans. De quoi marquer une jeunesse nombreuse, avec des effectifs de 150 à 400 élèves par an.

Mgr de Cabrières adressa au Frère directeur, avant son départ d’Agde, la lette suivante :

Cabrières le 18 août 1905.

« Nous étions de vieux amis, et quand je venais à Agde, un de mes premiers et plus sympathiques saluts était pour Vous. Comme votre maison m’était connue ! Comme elle m’était hospitalière ! Je connaissais vos cours, vos salles d’études, votre petit musée, votre jardin, et partout vous m’accompagniez avec vos frères, dans des sentiments de cordiale confiance et d’affection.

  Tout cela finit par le fait de quelques sectaires et de quelques intrigants. On déclare qu’on a la place de loger tous les enfants dans les écoles d’où Dieu est banni, et, dès lors, Agde n’a plus le droit d’élever chrétiennement ni ses fils ni ses filles. Ainsi en sera-t-il, si Dieu le permet, de toutes nos Écoles religieuses, nous verrons périr tout ce que nos devanciers avaient bâti avec tant de peines, de labeur et de générosité. Où s’arrêteront nos malheurs et nos tristesses ? Le monde est grand ! Vous trouverez à l’étranger plus de places que vous voudrez pour édifier d’autres pensionnats modèles, d’autres écoles florissantes, abondamment peuplées, et riches de vos succès, comme étaient la plupart de vos maisons françaises, mais nous, hélas, en France, dans notre pays, comment réparerons-nous tant de ruines, quel long temps faudra-t-il pour que la liberté religieuse reprenne chez nous racine et porte de nouveaux fruits bénis !

Agréez, mon très honoré et cher frère, la nouvelle expression de mon affectueux respect et de ma reconnaissance unie à mon paternel intérêt en N.S.

+ F. Marie Anatole de Cabrières, Évêque de Montpellier » 30.

Mgr Élisée Lazaire 31 raconte une anecdocte que nous retiendrons comme dernier souvenir des Frères à Agde : lors de leur départ, le cher Frère supérieur, Ildephonsius, s’écria : « Nous reviendrons ! ». Plusieurs années après, sur son lit de mort, à Béziers, se souvenant de ses adieux à Agde, il répétait encore : « Nous reviendrons » – il décéda le 28 novembre 1917, à 85 ans. A croire que si les Frères avaient marqué la ville, ils avaient été aussi marqués par elle.

Une longue page de l’histoire de l’enseignement à Agde s’achevait ainsi. Les Frères sous la protection de la communauté de 1750 à 1792, puis par le choix de la municipalité, de 1839 à 1891, avaient assuré, seuls, l’enseignement primaire public, gratuit des garçons durant un siècle, à tous ceux qui désiraient en profiter. Une page d’histoire locale peut bien parfois être plus révélatrice des idées et du vécu d’un temps que de grands discours ou de puissantes synthèses. C’est bien le cas ici, où les Frères et la communauté d’Agde ont longtemps vu leurs projets se rejoindre, au service des jeunes et de leur formation et de l’instruction nécessaire et appréciée dans cette ville maritime, aux dires de ceux qui l’ont gérée à cette époque.

Notes

1.Archives municipales d’Agde, trois types de sources consultées : les registres BB 24 à 28, les dossiers Écoles, non classés lors de la consultation -, y figurent nombre de pièces en vrac -, et les délibérations du Conseil municipal de 1835 à 1905. Nous tenons à remercier le personnel de ce dépôt pour son sens du service et sa gentillesse.

2.Xavier Azéma, Un prélat janséniste, Louis Foucquet évêque et comte d’Agde, Paris, Vrin, 1963, p. 206, 283…

3.Xavier Azéma, Les débuts du collège d’Agde (1671-1676), Études sur Pézenas et l’Hérault, X, 2, 1979, p. 3 à 9.

4.Les Archives municipales ont gardé le « Mémoire pour servir de réponse aux questions posées à la municipalité d’Agde par le Directoire du District de Béziers sur la demande faite par le comité d’instruction publique et par le ministre de l’intérieur concernant les maisons d’éducation (R 1792). Les renseignements sur chaque maison sont précieux.

5.F. Saurel, Histoire religieuse du département de l’Hérault pendant la Révolution et le Consulat, Montpellier, MDCCCLXXXXVIII, T. I, p. 134.

6.Ibidem.

7.L’essentiel de notre documentation provient des archives romaines des Frères des Écoles Chrétiennes, 476 via Aurelia, Rome. On trouve un récit concernant l’école d’Agde dans le Manuscrit des maisons de la province du Midi, Dossier NC 284, District de Béziers, 1841-1904. Autre histoire de cette école dans le dossier CJ 501, p. 317 à 331.

8.A titre de comparaison, en décembre 1903, le district comptait 57 maisons, 69 écoles, 3 231 classes, 445 frères et 7 517 élèves, dont 30 maisons et 38 écoles dans l’Hérault, 20 et 22 dans l’Aude, 7 et 10 dans les Pyrénées-Orientales.

9.Archives municipales, registre de 1750, f° 226-227.

10.  Un des manuscrits lui donne un an de présence à Agde seulement ; deux autres, treize.

11.  Manuscrit de 1792, p. 13.

12.  Archives des Frères CJ 501, p. 329-331 et les Archives municipales des années 1750-1792, passim.

13.  Il s’appelait Guillaume Télimonier. Né le 27 septembre 1749, au diocèse de Coutances. Il entra à Saint-Yon en septembre 1775 et fit profession en 1781.

14.  A.M. Agde, BB 27, f° 196.

15.  L’inventaire du 12 juillet 1791 signé par Embry Salady, maire, porte sur le salon, la chambre du directeur, la petite classe, la seconde classe, la grande classe et le jardin. Dans la modeste chambre du directeur, on trouve un lit, une armoire de bois blanc, une table avec son tapis, un demi-placard, un fauteuil, quatre chaises, un tabouret, une lampe à pompe et surtout la bibliothèque avec quelques livres fondamentaux pour un frère éducateur : deux volumes du Traité de l’éducation par un inconnu, deux volumes de La vie de Clément XI par l’Évêque de Sisteron, Mémoires de l’Europe par une compagnie, en 4 volumes, un volume de l’Histoire universelle, deux volumes du Dictionnaire historique par l’abbé Lavocat, un volume de la Géographie de Bussière, deux volumes du Graduel de Paris, un volume des principales merveilles de la nature, un volume de logique, un volume du Traité de la civilité, un volume de Pensée théologique par M. Jamin (Archives des Frères, Rome).

16.  Sur ces Frères voir Rigault, op. cit., t. III, p. 22, 167, 596.

17.  La lettre du 15 mars vaut la peine d’être citée plus largement comme témoignage de l’état d’esprit des notables après la Révolution et de leur insistance pour avoir de frères : La position (de la ville) sur la rivière d’Hérault qui communique avec la mer ou elle a un port la rend entièrement commerçante et la presque majorité de la popu-lation appartient à la marine. Avant la révolution toute la jeunesse résultant de cette marine parvenue à cet âge susceptible d’éducation arrivait dans les pieuses écoles, et par les soins assidus que prenaient vos messieurs, elle apprenait d’abord qu’il y avait un Dieu source de tout bien et auquel toutes les actions de notre vie doivent être rapportées, et cette connaissance qui est la base de tous les principes et de la conservation entière de la Société, rendaient ces jeunes gens bons chrétiens, dociles envers leurs pères et mères, appliqués au travail et la ville entière se ressentait des heureux effets de cette édu-cation et elle y applaudissait. Depuis la révolution, au contraire, nous, avons eu le malheur de voir les enfants perdus pour ainsi dire pour la religion et pour la Société, livrés à eux mêmes, ils n’ont suivi d’autres principes que ceux du malheureux temps où toutes les voies étaient corrompues. La pluspart sont devenus citoyens sans être chrétiens, et la religion aura longtemps à déplorer la perte d’une génération qui malheureusement pour elle, ne produira peut-être que des fruits de mort »… La ville s’est donné d’autres instituteurs, mais leur genre d’éducation est si éloigné de celui qui tient à vos instituts, leur esprit est si différent que la comparaison ne peut pas en être faite. Le seul remède à tous nos maux vous appartient entièrement. Vous seul, Respectable cher frère, pouvez y mettre fin en nous accordant les sujets dont nous avons le plus pressant besoin ». Et de vanter encore le pays avant de conclure pour emporter l’adhésion : « Le pays au surplus a un site très agréable, la campagne est belle et fertile, la vie animale y est à un prix modéré, le poisson y abonde surtout, et vos messieurs pourraient se flatter de manger le meilleur ».

18.  Sur ce prêtre voir Rouët, Vie de Martin d’Agde. Décédé en 1868, l’abbé Seyvon a été successivement missionnaire diocésain, curé de Saint-Étienne-d’Agde, puis vicaire général.

19.  AM, dossier Écoles, pièce isolée.

20.  Manuscrit, p. 16.

21.  « Au début.., l’affluence des élèves dans nos classes d’Agde fut considérable, puisqu’on en comptait 400 dès les premiers Jours. Par la suite, elles se maintinrent dans les chiffres de 320, 330 en été et de 350 à 385-390 en hiver ». Les effectifs précis sont donnés par le Manuscrit, p. 34, au 31 décembre de l’année citée en 1879, 373 ; en 1880, 382 ; en 1881, 323 ; en 1882, 381 ; en 1883, 389 ; en 1884, 387 ; en 1885, 360 ; en 1886, 335 ; en 1887, 311 ; en 1888, 310 ; en 1889, 328 ; en 1890, 321 ; en 1891, où le manuscrit porte le mot « laïcisation », 249 ; 1892, 273 ; 1893, 285 ; 1894, 285 ; 1895, 296 ; 1896, 314 ; 1889, 314 ; 1898, 295. On remarque l’évolution moyenne sur une période de 6 ans de 1879 à 1884, 382 ; de 1886 à 1891, 327. Ensuite, sur les sept années suivantes, le chiffre moyen s’élève encore à 287.

22.  « La faute ne doit pas être imputée à ces dames, dont la direction paraît sage, écrit cet inspecteur, leur maison est tenue avec ordre, il y règne une excessive propreté qui fait plaisir à voir ; mais il y a un encombrement dangereux dans les classes… Il faut dédoubler la classe ». Il regrette aussi dans sa lettre au maire qu’il n’y ait pas de salle d’asile à Agde ; « elle pourrait admettre jusqu’à deux cents enfants de la classe ouvrière », (A.M. Dossier Écoles, pièce isolée).

23.  A.M., Dossier Écoles, document détaché. Rappelons que les Frères des Écoles chrétiennes doivent donner à tous l’enseignement gratuitement.

24.  A.M., DCM, 1881.

25.  Gérard Cholvy et alii, Les Frères des Écoles chrétiennes, Montpellier, Editas, citant A.N F 17, 9180.

26.  DCM, f° 107.

27.  DCM du 12 mai 1842. Ce qui explique l’embarras de la mairie et la transaction, c’est la clause suivante : « La donation est faite à la condition expresse qu’elle n’aura force et valeur qu’autant que la maison sera toujours affectée à l’enseignement primaire par les Frères des écoles chrétiennes et que si jamais les frères étaient obligé de se retirer.., la commune s’oblige à payer… ».

28.  DCM, f° 84.

29.  Semaine religieuse de Montpellier, 9 septembre 1905, p. 567.

30.  Manuscrit, p. 40.

31.  Mgr Élisée Lazaire, Agde chrétienne, Lyon, Bissuel, 1960.