Le développement d’une grande entreprise viticole en Languedoc,
la Compagnie des Salins du Midi (1890-1940)
Le développement d’une grande entreprise viticole en Languedoc,
la Compagnie des Salins du Midi (1890-1940)
p. 21 à 35
Dès le milieu du XIXe siècle, avec l’ouverture du marché national, s’est développée en Languedoc une viticulture de type capitaliste. Les grands domaines caractéristiques de la structure foncière languedocienne, abandonnent rapidement la polyculture pour la production intensive du vin de consommation courante 1. La plupart de ces « campagnes » conservent toutefois l’empreinte du passé, dans l’organisation du travail (présence effective du propriétaire dans son domaine, maintien d’une main-d’œuvre domestique importante), et aussi dans les méthodes de gestion et de commercialisation des produits (vente fractionnée par l’intermédiaire de courtiers et négociants).
Avec les domaines de la Compagnie des Salins du Midi (CSM) la volonté des hommes et l’investissement massif des capitaux ont, sur des terres réputées stériles, donné naissance à une viticulture industrielle. Un patronat anonyme construit et développe un potentiel viticole considérable avec des méthodes de travail et de gestion nouvelles. On passe du domaine à l’entreprise, de la « campagne » à l’usine viticole.
En un demi-siècle, les grands domaines échelonnés en plusieurs points du Golfe du Lion, mais pour moitié situés entre Sète et Agde, affrontent successivement crise de surproduction et problèmes nés de la guerre de 1914-1918. A travers leurs difficultés économiques, c’est tout le destin d’une viticulture en état de crise chronique qui peut être évoqué.
L’étude a été rendue possible grâce à l’amabilité de Monsieur Pierre Julian, actuel Directeur des Services Viticoles de la CSM et de ses collaborateurs, qui ont mis à notre disposition sans aucune restriction les documents comptables conservés au siège de la CSM, Cours Gambetta à Montpellier 2. Elle a donné lieu à plusieurs développements dans notre thèse de troisième cycle 3.
I - Les origines de l'entreprise
Le sable, l’argent, et la sueur des hommes ont créé sur le littoral languedocien une viticulture nouvelle.
La plus grande entreprise viticole de France est née au moment de la crise la plus grave traversée par le vignoble, celle du phylloxera, dans les deux dernières décennies du XIXe siècle
Dans la lutte longue et difficile menée contre le parasite, le remède le plus efficace est mis en évidence d’une manière empirique : les vignerons constatent rapidement que les terrains inondables ou sablonneux sont immunisés 4. Les possibilités ne manquent pas pour développer les plantations dans les basses plaines, anciens marécages mal asséchés, vallées de certains fleuves (Hérault), terres littorales amphibies.
Mais la préparation des terrains (drainage pour éliminer le sel, submersion, voies de communication) exige des capitaux considérables, hors de proportion avec les possibilités de petits vignerons souvent endettés et ruinés, hors même des possibilités de grands exploitants qui parviennent à grand peine à reconstituer le potentiel viticole de leurs domaines 5.
La CSM au contraire est admirablement placée pour créer de toutes pièces un nouveau vignoble immunisé.
L’étude des archives viticoles de la Compagnie ne permet pas de déterminer l’origine exacte des capitaux engagés.
Les domaines ont été créés dans la décennie 1880-1890, c’est-à-dire au moment où la production méridionale, et héraultaise en particulier, se trouve au plus bas. Les cours du vin, subissant la pression du marché, garantissent les meilleures perspectives de profit 6. Enfin, le sous-emploi provoqué par la crise phylloxérique a dû permettre de mobiliser rapidement, et à bon compte, une abondante main-d’œuvre indispensable à de tels travaux. Les ouvriers sauniers, dont le chômage saisonnier est fréquent ont bien sûr constitué le contingent le plus immédiatement disponible.
La CSM, fondée en 1856 à l’aide de capitaux languedociens collectés par des banques parisiennes, mais nés probablement du premier essor viticole, dispose d’importantes réserves foncières sur le littoral méditerranéen, notamment dans les régions de Sète-Marseillan (Hérault) et Aigues-Mortes (Gard).
Ces terrains stériles peuvent devenir « miraculeux » 7 moyennant des investissements massifs, et des frais d’exploitation largement supérieurs à la moyenne.
L’entreprise comprend six domaines dont trois sont situés entre Sète et Agde, dont celui de CLAVELET, célèbre pour ses vins blancs de terret et de picpoul, et celui de VILLEROY surtout, qui a toujours fait figure jusqu’à nos jours d’entreprise viticole modèle 8.
L’ensemble représente une superficie de 855 hectares, dont 407 pour CLAVELET et VILLEROY. On peut estimer à 5,5 millions de francs-or les sommes investies de 1880 à 1890 dans la création des domaines plantations, construction des bâtiments, voies de communication internes, équipement, soit une dépense moyenne de l’ordre de 6 500 Frs à l’hectare. Ce chiffre se situe dans la moyenne des frais d’établissement cités par les différents auteurs contemporains 9. Mais leurs estimations incluent le prix d’achat de la terre évalué à Mais leurs estimations incluent le prix d’achat de la terre évalué à 4 000 Frs l’hectare, alors que les terrains de la CSM, précédemment inutilisés et situés déjà dans son patrimoine foncier sont considérés comme « gratuits » au départ.
Les 6 500 Frs/ha de frais de premier établissement comprennent 10 :
- 2 600 Frs de frais de plantation, soit nettement plus que pour les domaines de Camargue 11 demandant 1 200 Frs, et supérieurs même aux frais moyens évalués par MARES pour l’Hérault (2 150 Frs) 12; défoncement du sol, préparation et plantation des ceps posent en effet des problèmes particuliers sur des terrains instables et mal drainés.
- A SETE, dans l’impossibilité d’établir partout des chaussées carrossables pour la desserte des parcelles, la CSM a dû installer un chemin de fer à voie étroite. Au total ces frais supplémentaires se montent à 170 Frs/ha, tandis que le matériel d’exploitation représente également 170 Frs/ha.
- Enfin, matériel vinaire et constructions (celliers notamment) représentent 2 750 Frs/ha. Ces frais sont supérieurs à la moyenne des estimations contemporaines, ce qui s’explique par les difficultés dues à la situation des domaines, et surtout par le haut niveau technique des installations 13. Avec une moyenne de 16 Frs par hectolitre logé, les celliers de la CSM reviennent toutefois proportionnellement trois fois moins cher que celui d’un petit vigneron du Biterrois dont nous avons pu étudier la comptabilité 14.
Avec ses 855 ha (886 ha en 1914) de parcelles géométriques bien desservies par des voies de communication internes, elles mêmes bien reliées à l’extérieur (voie ferrée Sète-Béziers par exemple) les domaines de la CSM constituent dès leur construction un potentiel viticole considérable.
II - L'exploitation : une entreprise capitaliste
Les données des archives comptables de l’entreprise permettent une étude globale des frais d’exploitation de 1892 à 1922, et une étude plus détaillée de 1922 à 1940.
La complémentarité existant entre exploitation viticole et exploitation salinière est évidente. Les gros travaux sauniers se déroulent en juillet et août, c’est-à-dire au moment précis où la vigne exige le moins de soins, entre les sulfatages de printemps et les vendanges. Ainsi sont possibles les transferts d’une main-d’œuvre constituée dans sa majorité de journaliers et tâcherons habitant les villages voisins, et pouvant passer sans transition de l’usine à sel à l’usine à vin voisine.
En dépit de cet avantage, les frais de production des domaines de la CSM sont très élevés. Pour la période 1892-1914 à l’exclusion de tout amortissement et « intérêts du capital investi », la moyenne annuelle des frais s’établit à 1 211 Frs/ha soit presque le double des frais engagés par les exploitations de Camargue à la même époque 15. De 1919 à 1939, le montant de ces frais ne descendra qu’une seule fois au-dessous de 1 000 Frs 1914, et se situe de toute façon au-dessus des chiffres comparables dont nous avons pu avoir connaissance 16.
Le montant élevé de ces frais s’explique par la nécessité absolue de régénérer tous les ans par l’adjonction d’engrais et de fumier des sols sablonneux très pauvres en eux mêmes 17. Pour la CSM, les frais de fumure représentent souvent plus de 20 % des frais d’exploitation, égalant presque les frais occasionnés par la culture elle-même.
La part des frais de main-d’œuvre dans les frais d’exploitation se situe autour de 50 %, ce qui correspond tout à fait aux chiffres moyens exprimés par tous les experts d’AUGE-LARIBE à GALTIER 18. En effet, le haut niveau technique permis par les investissements massifs effectués ne permet pas de se dispenser d’un recours massif à la main-d’œuvre. Taille, sulfatages, préparation de la fumure par « échausselage » et vendanges sont des travaux faiblement mécanisables et pèsent d’autant plus lourd que la culture est plus intense. (cf. tableau I et fig. I).
– Organisation du travail
Sur ses 855 ha, la CSM emploie en 1913 : 344 journaliers et 63 « gagistes » 19 auxquels s’ajoutent les travailleurs occasionnels (« volants », « tâcherons » ou « préfaitiés ») rémunérés à la tâche et que l’on peut évaluer à une centaine. Après 1919, leur utilisation de plus en plus large marquera l’accentuation du caractère capitaliste de l’entreprise 20.
La direction générale des domaines est assurée par un ingénieur agronome, directeur des Services Viticoles 21 résidant à Montpellier. Chacun des six domaines est administré par un régisseur, ceux de VILLEROY (Sète) et de JARRAS (Aigues-Mortes) ayant le titre de Régisseur Général et autorité sur leurs collègues des domaines voisins. Chaque régisseur est doublé d’un maître de chais ayant un rang analogue et d’un comptable attachés au domaine. La comptabilité générale est centralisée à MONTPELLIER et donne lieu à des calculs précis de prix de revient à l’hectare et à l’hectolitre, servant de base à la mise en œuvre d’une véritable politique des investissements et des dépenses d’exploitation.
Le personnel d’encadrement atteint donc une quinzaine de personnes, chiffre relativement faible pour une entreprise aussi importante.
La main-d’œuvre est répartie en équipes dirigées soit par un ramonet (chef d’équipe permanent résidant au domaine) dans le cas des domestiques, soit par un « mosegne » ou « chef de colle » pour les journaliers ou les travailleurs à la tâche.
Les domestiques ou « gagistes » sont avant tout chargés des labours et des travaux d’entretien ; les journaliers sont spécialisés dans la taille et les travaux de fumure (« échausselage »). Enfin les travailleurs à la tâche interviennent surtout lors des périodes d’intense activité (sulfatage, vendanges). (cf. tableaux II et III).
La part des domestiques dans la main-d’œuvre est limitée dans les domaines de la CSM 22 ce qui souligne le caractère capitaliste de l’entreprise : le domaine offre l’image d’une usine dans laquelle se rendent quotidiennement les ouvriers spécialisés et qualifiés, avant de retourner chaque soir dans leurs villages respectifs. On est loin de l’ancienne « campagne » peuplée de domestiques, dans laquelle vie quotidienne et rapports humains conservent un caractère patriarcal. Une étude de la productivité du travail effectuée pour plusieurs entreprises languedociennes de taille très diverse a montré que la CSM ne manifestait aucune supériorité sur les autres entreprises à cet égard, et ne parvenait pas à améliorer cette productivité de 1913 à 1930 23. Malgré l’importance de son capital de roulement la grande entreprise est tributaire des conditions très rigides de la production viticole, tandis que les traditions combatives du prolétariat viticole limitent les possibilités d’un renforcement de son exploitation 24.
Tableau II – Les domestiques et la main d'œuvre journalière
Tableau III – Salaires des domestiques et salaires des journaliers
– Évolution de l’exploitation de 1890 à 1940
Les frais d’exploitation des domaines de la CSM, qui additionnent des dépenses en matériel et produits difficilement compressibles et frais de main-d’œuvre importants, offrent, on l’a vu, une grande stabilité.
Deux périodes marquent toutefois une régression temporaire : celle de la crise de mévente du début du siècle (la moyenne des frais à l’ha 1900-1909 marque un recul de 25 % sur la période 1893-99) celle de la crise de mévente des « années trente » (recul de 33 % pour 1933-39 par rapport à 1930-32) où l’arrachage du chiendent, véritable plaie du vignoble littoral est momentanément interrompu.
Toutefois le prix de revient du vin, réduit dans la même proportion que les frais d’exploitation dans le premier cas, n’est pas notablement comprimé dans le second. Aux vignes en pleine productivité du début du siècle s’oppose en 1933-39 un encépagement vieilli en majorité, les quelques efforts de renouvellement des années 1926-28 s’étant soldés par une extension de la production de vin ordinaire (aramon) difficile à commercialiser en période de mévente.
Incapable de maintenir en pleine production un vignoble privé de soins, gênée par les contraintes du Statut Viticole mis en place en 1933-35 (échelonnement des ventes, taxes au rendement) la CSM se réfugie dans le malthusianisme. Une grande partie des vignobles est détruite en trois ans. De 1933 à 1936 le vignoble littoral passe de 1 000 ha à 550 seulement, avant d’être durement frappé par l’occupation.
– Les résultats
En dépit des frais élevés d’exploitation, et grâce à l’abondant capital de roulement dont elle dispose, l’entreprise présente une remarquable efficacité. (cf. figure II).
Les rendements des domaines de la CSM sont largement supérieurs à la moyenne, Pour la période 1893-1913, ils se situent légèrement au-dessus de 100 hl/ha contre 60 pour l’Hérault, et sont marqués par une grande uniformité explicable par le microclimat littoral et la régularité de la culture.
A la tête d’une production qui atteint en moyenne annuelle 80 000 hl de 1892 à 1914 25 la CSM peut occuper sur le marché une place importante, renforcée par l’excellente situation de ses domaines, et la qualité de ses produits.
III - La commercialisation
Entreprise viticole parmi d’autres même si elle est une entreprise-pilote, la CSM est soumise aux aléas d’un marché particulièrement déprimé au cours des périodes 1900-1909 et 1930-1935.
Toutefois, les données comptables ont pu permettre de constater la position avantageuse de la grande entreprise sur le marché. Le prix de vente de l’hectolitre est en effet supérieur de 20 % au prix moyen du vin héraultais pour la période 1893-1913, et subit des fluctuations plus atténuées 26.
La taille de l’entreprise est un avantage déterminant : les celliers de la CSM, qui proposent de fortes quantités rapidement mobilisables et présentant une qualité constante sont particulièrement intéressants pour le négoce. En 1905 – on est en pleine crise de mévente – un négociant biterrois achète d’un coup 14 000 hl de vin blanc à VILLEROY, et consent un prix avantageux 27.
Dès sa création, la CSM poursuit une politique de production répondant au marché aux plantations d’aramon gros producteur ; s’ajoutent bientôt les cépages blancs qui trouvent un débouché immédiat chez les vermouthiers sétois 28. De plus, la vente des sous-produits est toujours l’objet d’un soin particulier, alors qu’elle est négligée par beaucoup d’entreprises.
La solidité financière de l’entreprise, ses capacités de stockage lui permettent d’attendre le moment le plus favorable pour la vente.
Au cours de la guerre de 1914-1918, la CSM est un des premiers domaines à expédier son vin à un commerçant détaillant, l’épicier Félix Potin 29.
Après la guerre de 1914-1918, le marché, où l’influence des grands négociants extra-languedociens et notamment parisiens se fait sentir, offre des conditions de plus en plus uniformes aux producteurs dans une conjoncture de mévente chronique à peine estompée de 1926 à 1928.
La CSM achève de perdre son avantage au cours de la décennie suivante, où les caves coopératives, multipliées à partir de 1932 viennent concurrencer efficacement les grands domaines, au niveau des quantités disponibles.
La supériorité des prix de vente de la CSM sur ceux du département de l’Hérault, de 17 % encore pour 1918-21, de 27 % pour 1922-25, tombe à 22 % seulement pour 1926-28 et devient une infériorité de 5 % de 1929 à 1938. (Fig. III).
La valorisation maximale de ses produits, jointe à la régularité des rendements, permet d’assurer une rentabilité supérieure à la moyenne.
Pour 1893-1913 le revenu à l’ha est le double de celui de l’Hérault 30, cet avantage étant maintenu et même renforcé aux pires moments de la mévente.
Les bénéfices sont, bien sûr, eux aussi supérieurs, ainsi que le démontrent les graphiques joints. Alors que l’Hérault subit un long marasme, la CSM parvient à maintenir d’appréciables profits pour 1893-1913, on a pu calculer un taux moyen de profit supérieur à 7 % du capital investi compte tenu de l’amortissement (10,6 % compte non tenu de cet amortissement) ? Si l’on tient compte de la concurrence avivée par la crise, ce résultat apparait comme particulièrement brillant 31.
IV - La gestion
L’affectation des profits substantiels réalisés par la grande entreprise est difficile à étudier pour la période 1893-1913, à défaut de bilans.
Toutefois, la corrélation positive nette entre les recettes d’une année donnée et les dépenses effectuées l’année suivante (pour 1893-1913 le coefficient de corrélation est de -0,68) semble indiquer une pratique systématique de l’autofinancement. On note dans les années 1900-1905 la création d’un nouveau domaine dans la région d’AIGUES-MORTES, celui de LISTEL qui donnera son nom à un vin rouge d’appellation, et après la guerre de 1914-1918, la fondation d’un nouveau domaine aux portes de la Camargue, celui de MOURGUES, qui porte la superficie viticole à plus de 1 000 ha.
Pour la période 1922-1939, les documents comptables permettent d’apprécier l’importance des investissements. (Voir fig. I : investissements 1922-1939).
On constate les poussées d’investissement des années 1924, 1928-30 et 1937-40. La deuxième poussée s’inscrit dans la brève phase de prospérité déjà observée, tandis que la troisième correspond à une première mécanisation (suppression des mules qui assuraient intégralement la culture de ce vignoble sablonneux et achat de tracteurs). En dépit de la réduction draconienne de l’encépagement intervenue en 1933-1936, la CSM semble donc avoir conservé son caractère d’entreprise pilote. Brisée par l’occupation et la réquisition des domaines, la CSM reconstituera son vignoble avec un encépagement de qualité et pourra aborder dans de bonnes conditions la nouvelle période de marasme des années 1950 32.
Conclusion
Représentant un potentiel de production très appréciable en lui-même, mais oscillant autour de 0,5 % seulement de la production des quatre départements du Languedoc-Roussillon, l’entreprise viticole de la CSM reste jusqu’à nos jours un cas particulier, tant par ses structures originales que par les méthodes de gestion mises en œuvre. Au travers des vicissitudes éprouvées par le vignoble languedocien dans son ensemble, nous avons pu percevoir les réactions de la grande entreprise, ses triomphes et ses échecs.
Tributaire à partir de 1920 d’un marché national qu’elle ne peut parvenir à maîtriser aussi bien que le marché local, la CSM subit de plein fouet la crise des « années trente » sans toutefois disparaître.
Rémy PECH
Université de Toulouse – Le Mirail
Annexe
- Superficie en production (hectares)
- Production (milliers d’hectolitres)
- Rendements (hectolitres/ha)
- Revenus globaux (milliers de francs courants)
- Dépenses globales (milliers de francs courants) investissements inclus jusqu’en 1,022 – étalés sur 10 années ensuite.
- Bénéfices globaux (milliers de francs courants).
* À partir de 1932 les chiffres des revenus, dépenses et bénéfices concernent seulement le vignoble de Sète (370 ha environ, puis 300 à partir de 1936).
– Données extraites de la comptabilité de la Compagnie des Salins du Midi (5 domaines) – 1892-1939
Notes
1 cf. MARES (H), le domaine de Launac. Extrait du journal d’Agriculture Pratique 1861, 12 p.
2 Comptabilité d’exploitation 1892-1940 (état du vignoble, recettes, dépenses, bénéfices, prix de revient à l’hectare et à l’hectolitre.
→ Détail des dépenses par domaine 1921-1939,
→ Détail des ventes de vins 1904-1905 ; 1915-1916-1917-1918,
→ Enquêtes et rapports sur la gestion 1922-1933,
→ Diagrammes et graphiques. Dossiers 27/4/5/6/7/8/9.
3 Bibliographie :
FERROUILLAT : Les domaines de la Compagnie des Salins du Midi, Le Journal Viticole, (avril-mai, 1894),
JULIAN (P) : Revue Entreprise, n° 588, (15 déc. 1966),
Revue Vignes et Vins, n° 155, (déc. 1966),
AUGE-LARIBE (M) : Le Problème agraire du socialisme, la viticulture industrielle du Midi de la France, (1907), P. 156 ss.
DUGRAND (R) : Villes et campagnes en Bas-Languedoc (1963), p. 34-35, 117, 138.
PECH (R) : Entreprise viticole et capitalisme en Languedoc Méditerranéen de la crise phylloxérique à la deuxième guerre mondiale, 1973, 480 p. dactyl. ; Voir surtout p. 138 – 166 – 217 – 248 ; et l’ensemble du Livre II.
4 La plantation dans les terrains sablonneux évite d’avoir recours aux traitements chimiques (sulfure de carbone) qui, très coûteux, stoppent la progression du puceron sans le détruire. Elle rend inutile le greffage sur plant américian, d’où une économie et une mise en production plus rapide. Toutefois, préparation du terrain et enrichissement du sol imposent des dépenses qui compensent largement les économies ainsi réalisées.
5 Le cas des petits vignerons du Narbonnais, qui ont participé à la création d’un vignoble, est assez exceptionnel. Mais ils avaient bénéficié d’un sursis très lucratif dans l’attaque du phylloxera et l’entreprise de mise en valeur s été tout de même conduite par de grands exploitants Cf. PECH (R), Aspects de l’économie narbonnaise, « Narbonne, archéologie et histoire » (Oct. 1973).
6 Pour 1883-1891, la production moyenne du Languedoc-Roussillon est de 8,8 Millions d’hl, contre 13,2 Millions d’hl pour 1871-1882 (chiffres correspondants pour la France entière 31,4 Millions et 50 Millions d’hl).
Les prix de vente moyens des vins méridionaux sont pour 1871-82 : 25 F/l’hl et 1883-91 : 27 F. (Source SGF Annuaire Statistique de la France).
7 DUGRAND (R) : op.cit. p. 34-35.
8 cf. JULIAN (P) : art. in Entreprise 15 déc. 1966.
9 cf. MARES (op. cit.) ; COSTE-FLORET : Les travaux de vignoble, 1898-1908 ; AUGE-LARIBE (op. cit.) ; VIGOUROUX : Essai sur les grandes exploitations de Camargue (1906).
10 Comptabilité des domaines et AUGE-LARIBE (op.cit.), p. 138-157.
11 VIGOUROUX (op.cit.), p. 69-71.
12 Cité par AUGE-LARIBE (op.-cit.), p. 142.
13 Pressoirs à maie, égrappoirs, wagonnet pour le transport de la vendange etc… cf. art. cité FERROUILLAT. Celliers et matériel vinaire représentent à eux seuls 2 200 F/ha.
14 Registre de M. Marc GELLY de Montady. 21 607 frs dépensés pour 420 hl logés (en 1893) contre 1 620 000 frs environ pour la CSM (100 000 hl logés).
15 VIGOUROUX (op.cit.) p. 80 estime ces frais à 650 F/ha.
16 cf. PECH (op.cit.) p. 232.
17 La récolte 1915, fruit d’une campagne viticole où la main-d’œuvre, les engrais et les produits anticryptogamiques font défaut atteint 22 000 hl à peine contre 119 000 hl l’année précédente.
18 GALTIER : Le vignoble du Languedoc… (1958), t. II, p. 13.
19 Domestiques résidant au domaine et payés mensuellement.
20 Ci-joint tableau pour la période 1922-1939.
21 Le premier d’entre eux, M. Robert demeurera en poste durant près de 40 ans, jusqu’en 1922. En 1922, les régisseurs sont incités à réduire au minimum les frais d’exploitation tout en augmentant la récolte des domaines dont ils ont la responsabilité, à la faveur d’un système complexe de gratifications et de pénalisations.
22 cf. tableau joint et PECH (op.cit.), p. 373.
23 Le nombre de journées de travail moyennes (journée de journalier) par hectare cultivé (à l’exclusion des vendanges) varie de 138,9 en 1913 à 150,2 pour la moyenne des 3 années 1926-1929. Les chiffres correspondants pour les autres grands domaines de l’Hérault que nous avons pu étudier sont légèrement supérieurs à 100, tandis que les petits vignerons réalisent de meilleures performances (40 journées effectives pour un petit vigneron de Montady en 1930 par exemple). cf. PECH op. cit.
24 Le rapport bénéfices réalisés qui n’est pas aussi significatif de l’exploitation de la main-d’œuvre que pour une forme industrielle étant donnés les aléas des rendements et du marché, évolue de la manière suivante :
ensemble des salaires versés… (Moyenne 1892/1913, les salaires sont estimés sur la base de 1913) :
→ 1913 : 1,28 → 1925 : 0,32 → 1926 : 0,14 → 1927 : 1,48 → 1928 : 0,88 → 1929 : 0,48.
25 Le rendement à l’hectare tombe à 75 hl de 1920 à 1930 (vieillissement du vignoble) et à 50 hl de 1930 à 1940 (crise généralisée).
26 Cette supériorité approche les 30 % si on compare le CSM à une petite exploitation du Biterrois.
27 Archives de la CSM. Dossier « Ventes ».
28 Ibid.
29 La récolte de 1916 est absorbée à plus de 80 % par l’épicier (soit plus de 40 000 hl).
30 1937 Frs à l’hectare Contre 892 Frs (archives de la CSM et SGF annuaire statistique).
31 On relève même un taux de profit record de 21 % pour la période 1910-1914 (compte tenu de l’amortissement).
32 cf. P. JULIAN : art., in Entreprise, déc. 1966.
