Conseil de Ville et pouvoirs en Languedoc à Narbonne
(milieu XVIe-milieu XVIIe siècle) II *

* Cet article fait suite à « Conseil de Ville et Pouvoirs en Languedoc. Narbonne milieu XVe s. – milieu XVIIe s. » paru in Pouvoirs en Languedoc à l’époque moderne, Études sur l’Hérault, XIII, 1982, nos 4-5, p. 23-38.

La période qui s’ouvre en 1660 a été souvent et abondamment décrite. Entre 1660 et 1680-90, la mise en place définitive de l’intendance et les arrêts du conseil concernant les communautés introduisent des bouleversements considérables dans la manière dont sont vécues les institutions et les rapports de pouvoirs. Narbonne constitue un bon exemple qu’illustrent bien en première approche les députations du conseil de ville auprès des pouvoirs. L’intendant et le pouvoir royal éclipsent tout. L’intendant et l’archevêque sont au XVIIIe siècle les deux seules réalités pour Narbonne. Le reste est relégué à une place secondaire. Mais les transformations vont bien au-delà. Le fonctionnement du conseil de ville en est profondément affecté, la conception des rapports entre la ville et l’État, l’attitude à l’égard des pouvoirs en sortent métamorphosées.

Au milieu du XVIIe siècle, les relations du conseil de ville étaient déjà très différentes qu’un demi-siècle plus tôt. D’une position très forte, relativement autonome, Narbonne était revenue dans un cadre beaucoup plus provincial.

Mais dans la seconde moitié du XVIIe siècle la situation de Narbonne se trouve profondément transformée. Place forte importante jusqu’au milieu du XVIIe siècle, à quelques lieues de la frontière espagnole, Narbonne perd alors ce rôle définitivement. La frontière est reportée aux Pyrénées, les risques de coups de main sur la ville ne sont plus à craindre. Port non négligeable jusqu’à l’ouverture du canal royal, Narbonne voit ensuite une partie de ses activités se détourner. L’espoir de les rétablir traverse tout le XVIIIe siècle sans grand succès. Certes l’archevêque de Narbonne est président des États de Languedoc, mais ce rôle ne s’exerce pas à partir de Narbonne.

La ville et donc le conseil de ville n’ont pas le même poids en Languedoc au XVIe siècle qu’au XVIIIe siècle. Il est possible que les évolutions qui s’y dessinent y soient pour cela plus accusées qu’ailleurs.

1660-1680/90 : la mutation des rapports de pouvoirs

La période 1660-80/90 et plus particulièrement les années 1666-68 sont bien le moment où en Languedoc les relations avec le pouvoir sont définitivement modifiées. C’est sensible d’abord à travers l’exemple du gouverneur de Languedoc.

On a vu comment son rôle avait été singulièrement réduit après 1632, Mais il restait, bien que choisi hors des grands du Languedoc, le principal représentant du roi, puisqu’il présidait les États de Languedoc. Le gouverneur existe, pour une ville comme Narbonne, jusqu’en 1675. Après il ne compte plus. Jusqu’en 1672, après chaque élection consulaire, lorsque le gouverneur arrive en province ou qu’il vient présider les États, les consuls envoient une députation pour lui « présenter les devoirs de la ville ». Mais, à cette occasion, il ne lui est jamais rien demandé, et le gouverneur ne demande expressément ni ne transmet rien à la ville. En 1675, le duc de Verneuil demande au premier consul de venir s’expliquer sur les démêlés de la ville avec le lieutenant du gouverneur de la place. C’est la dernière intervention d’un gouverneur de Languedoc auprès du conseil (et pour cette affaire il n’était pas le seul à s’occuper du différend entre la ville et M. de Maurensanne) 1. L’entrée du duc de Verneuil en 1666 à Narbonne constitue une date remarquable et un terme 2 : aucun gouverneur ni représentant du roi en Languedoc ne sera plus honoré de la sorte. A cet égard, 1666 marque bien la fin d’une époque, la fin d’un type de relations avec les pouvoirs. Les intendants veilleront d’ailleurs à ce qu’il n’y en ait plus. Le 17 septembre 1682, les consuls reçoivent une lettre du duc de Noailles qui leur annonce son arrivée. Ils envoient aussitôt une députation à l’intendant pour lui montrer la lettre et lui demander d’autoriser les dépenses de la réception. Il refuse l’emprunt des sommes que comptait faire la ville pour la réception. Les seules entrées admises seront celles de l’archevêque, sur qui les Narbonnais reporteront toute leur sollicitude et les fastes des entrées d’antan 3.

Les intendants ne se rendront d’ailleurs pratiquement jamais à Narbonne, excepté lorsque les sessions des États de Languedoc s’y dérouleront. Quand ils se déplaceront entre Montpellier et Toulouse, ils ne feront jamais étape à Narbonne. Les intendants coucheront à Pouzols, où les consuls iront leur rendre visite. L’exercice du pouvoir par l’intendant est différent, les relations avec les communautés ne sont plus de la même nature qu’avec les autres représentants du pouvoir monarchique avant 1640.

En une quinzaine d’années, les arrêts du Conseil du roi et la manière dont l’intendant exerce le pouvoir en province transforment totalement la vie municipale. L’arrêt du 15 octobre 1664 ordonne la vérification des dettes de la ville et la recherche des abus qui avaient pu se glisser dans son administration, celui du 18 juin 1668 interdit toute sorte de députation sans l’aval des commissaires du roi, le règlement du 4 avril 1680 défend aux communautés d’accorder aucune gratification ou d’imposer aucune somme qui soit comprise dans les règlements.

Ces différents arrêts enferment les consuls des villes et des communautés dans leurs murs, établissent le contrôle préalable de leurs dépenses, d’autant plus efficacement que les budgets étaient vérifiés par la chambre des comptes, leur retirent toute initiative puisque les dépenses qui réclamaient une délibération étaient soumises à l’autorisation de l’intendant, enlèvent toute influence ou patronage aux grands. Ces arrêts inaugurent certes une période nouvelle. Mais si on prend le cas de Narbonne, on peut constater combien ils achèvent de mettre fin à des pratiques et à des habitudes plus qu’ils n’empêchent de nouvelles façons d’agir. Depuis des années, le conseil ne donnait plus de gratifications, le nombre des députations allait décroissant. La vraie nouveauté est le contrôle préalable des dépenses municipales par l’intendant.

Narbonne au XVIIe s. Gravure par Tassin (1634)
Fig. 1 Narbonne au XVIIe s. Gravure par Tassin (1634). (Repr. J. Vallon - © 1978 Inventaire Général - S.P.A.D.E.M.)
Narbonne, plan de l'enceinte fortifiée, par Tassin (1634)
Fig. 2 Narbonne, plan de l'enceinte fortifiée, par Tassin (1634). (Repr. J. Vallon - © 1978 Inventaire Général - S.P.A.D.E.M.)
Gouvernement de Narbonne. Carte, par Tassin (1634)
Fig. 3 Gouvernement de Narbonne. Carte, par Tassin (1634). (Repr. J. Vallon - © 1978 Inventaire Général - S.P.A.D.E.M.)

Ces arrêts eurent-ils une efficacité ? Les délibérations ne font aucune allusion à l’octroi de gratifications. Cela n’implique pas que quelques-unes aient été accordées. Quant aux députations, elles se poursuivent pendant quelques années, auprès du gouverneur par exemple, ou auprès de l’intendant lui-même. Mais au XVIIIe siècle, les consuls ne sortent plus de Narbonne pour exercer leur charge. Le conseil s’adaptera à cette nouvelle situation c’est le greffier qui sera chargé de poursuivre les affaires de la ville à Montpellier, et au XVIIIe siècle le conseil créera la fonction de syndic 4. Les arrêts du conseil et le soin que l’intendant met à les faire exécuter produisent néanmoins leur plein effet.

La manière dont l’intendant exerce son pouvoir limite considérablement dans la pratique la liberté d’action du conseil de ville. Elle se fait sentir vraiment après 1670. L’intendant et les commissaires nommés par le roi pour la vérification des dettes des communautés achèvent le long effort de la monarchie mené par le canal de la chambre des comptes. Il se fait remettre par les consuls l’emploi du produit des impôts affectés à l’extinction des dettes de la ville et plus généralement de tous ceux qui avaient été concédés par la monarchie. Il s’empare ainsi d’une partie des pouvoirs de la chambre des comptes, ce qui explique, avec le contrôle préalable qu’il exerçait sur l’engagement des nouvelles dépenses, que la ville n’ait après 1670 ni conflit ni plus guère de rapport avec la chambre des comptes.

L’intendant surveille désormais tout ce qui se passe au conseil. Dès qu’une difficulté surgit il convoque les consuls 5. Ainsi, le 11 juin 1681, trois consuls étaient convoqués dans les trois jours à Montpellier devant l’intendant pour « répondre sur certains faits sur lesquels.., ils avaient commis des insultes sur la personne de M. Pescaire, second consul, et son valet.., ils demeuraient interdits de leurs charges, avec inhibitions et défenses d’en faire les fonctions sous peine de 1 000 livres d’amende ». Le conseil écrit bien qu’il est satisfait de leur conduite et de leur zèle, mais décide que les trois consuls obéiront incessamment aux ordres de l’intendant.

Le pouvoir de l’intendant se fait sentir de plus en plus dans la composition du conseil. En 1671, M. d’Homps fait valoir une ordonnance de l’intendant de 1667 pour être nommé à la première place de la première échelle de la matricule 6. Avant 1690, il fait connaître son choix, les personnes qui lui sont agréables. Le conseil suit ses avis. Mais l’intendant ne nomme directement ni les consuls ni les conseillers matriculés.

Aussi lourde de signification et de conséquence est la nouvelle politique de la monarchie à l’égard des privilèges des communautés. Les pouvoirs des consuls sont grignotés à l’intérieur même de la ville. L’intendant met en demeure à plusieurs reprises les consuls de Narbonne de produire les titres des privilèges ou des droits dont ils revendiquent l’exercice ou la possession pour la ville. L’offensive contre les privilèges se développe après 1680 7, Il n’est plus question d’obtenir quelque privilège que ce soit. Il est bien difficile de maintenir ceux précédemment obtenus. Narbonne fait bien renouveler encore devant le conseil d’État le droit de prélever certains impôts mais la référence à ses privilèges se fait beaucoup moins fréquente et la vigueur des consuls pour la défendre s’émousse. Les délibérations consulaires sont éloquentes à ce sujet. Les privilèges de la ville sont encore évoqués en 1674-75 : les consuls demandent au gouverneur de garder le privilège de commander les armes de la ville en l’absence du gouverneur de la place ou de son lieutenant 8, surtout ils essaient de conserver l’exemption du logement des soldats et de la fourniture d’hommes pour l’armée. En 1674 les consuls députent auprès du marquis de Castrie pour que la ville soit maintenue dans son exemption de toutes contributions de milices 9. La réponse est négative, elle est obligée de s’exécuter et de contribuer aux milices pour 90 hommes. En 1675 c’est un contingent de 30 hommes armés et équipés, sur les 1 500 que la province devait fournir à l’armée du Roussillon, qui est réclamé à Narbonne. Une députation est aussitôt envoyée pour demander décharge de ce contingent « sur le fondement du privilège de la ville » 10 ; en vain. Trouvant que les choses vont trop lentement l’intendant écrit même au grand vicaire de l’archevêque pour presser les consuls à faire les dix milices qui manquent 11. La ville obtient cependant qu’Ouveillan soit substitué à Narbonne comme lieu d’étape. Pour Narbonne 1675 marque la fin de toutes les exemptions obtenues au XVIe siècle et à peu près respectées dans la première moitié du XVIIe siècle. Depuis il est vrai la frontière du royaume avait été reportée aux Pyrénées et Narbonne avait perdu son rôle de place forte « clef du royaume ».

Ainsi l’intendant réduit à rien les droits et privilèges des villes. Celles-ci sont soumises au régime de la loi commune. Les dernières références aux privilèges de la ville seront faites à l’occasion de la création des offices municipaux en 1694. Pendant tout le XVIIIe siècle il n’en sera plus question. Le terme disparaît même des délibérations, sauf pour des choses mineures qui ne concernent que le cadre strictement municipal, alors qu’il les emplissait au XVIe siècle.

Le pouvoir de l’intendant s’impose tellement que les consuls demandent son arbitrage avant même que les conflits surgissent ou se développent. C’était pour eux une précaution pour ne pas se voir convoquer à Montpellier et éviter toute procédure où l’intendant interviendrait inévitablement 12.

Le conseil tenta-t-il, outre sa médiocre défense des privilèges de la ville, une réaction contre le pouvoir sans partage de l’intendant ? Il ne fit que peu de choses au total. De temps en temps le conseil de ville décidait de faire appel contre des ordonnances. Les pourvois engagés auprès de l’intendant sont relativement peu nombreux avant 1680 13, ils le seront beaucoup plus quelques années après.

Ce qui heurte le plus le conseil dans les méthodes de l’intendant c’est que beaucoup de ses décisions sont prises et ses ordonnances rendues sans « contradictoire défense ». L’expression est fréquemment employée. Elle est la conséquence de l’interdiction faite aux consuls de se déplacer. Cela heurte une sensibilité, les habitudes de toute une société qui avait recours à l’arbitrage, où l’instruction des conflits se faisait à l’initiative des parties et contradictoirement. De manière analogue toutes les procédures en justice étaient accompagnées de longs mémoires explicatifs, de consultations d’avocats. Les arrêts qui les concluaient se rendaient en présence des parties. Pour la ville un consul était présent lors du verdict. La possibilité de faire valoir ses droits, y compris dans des procès interminables, était une marque de liberté de mouvement et d’action. Les consuls sans cesse en déplacement étaient la personnification, dans toute sa plénitude, de la ville, de ses droits et des ses pouvoirs. Or l’intendant décide le plus souvent désormais sans avoir écouté personnellement les intéressés et leur envoie des ordonnances exécutoires immédiatement. L’intendant est bien le représentant d’un pouvoir ressenti comme absolu, en ce sens que ceux qui doivent exécuter ne peuvent en aucune manière peser sur les décisions ni se prévaloir de privilèges qui constituaient autant de bornes au pouvoir monarchique.

La ville supporte assez mal également la présence d’un subdélégué de l’intendance à Narbonne. La première mention du subdélégué dans les délibérations consulaires date de 1679 14. Une ordonnance de l’intendant autorisait celui-ci à passer le bail du courtage de l’huile dont 1/3 appartenait au roi et 2/3 à la ville. Les consuls dépossédés d’une de leurs prérogatives font opposition à cette ordonnance. Le subdélégué ne semble jouer alors qu’un rôle extrêmement discret. Jusqu’en 1700 on ne perçoit guère son action ni son influence à travers les délibérations. Les seules allusions sont pour manifester une opposition à ses initiatives, car elles apparaissent comme autant d’empiètement sur les pouvoirs des consuls 15.

Là où est l’intendant est tout le pouvoir. Les délibérations municipales le traduisent à travers leur relative imprécision. A plusieurs reprises le greffier consulaire est envoyé à Montpellier, sans que l’on précise auprès de qui il doit intervenir. C’est bien sûr auprès de l’intendant principalement. Montpellier devient le centre du pouvoir en Languedoc. Autour de l’intendant s’organisent des services, mais surtout prolifèrent avocats et procureurs, intermédiaires désormais obligés pour les communautés. Là encore il s’agit de la mise en place définitive d’une organisation dont l’élaboration avait débuté près d’un demi-siècle auparavant.

Au XVIIIe : le rôle grandissant du subdélégué

Après 1690 le pouvoir de l’intendant s’appesantit encore sur le conseil de ville. Le droit qu’il s’arroge d’exempter d’impôts prélevés par la ville fut ressenti comme une accentuation exorbitante de son pouvoir dans les affaires urbaines. L’intendant déchargeait de cotisation du droit de subvention prélevé sur les habitants forains le capitaine des portes, des officiers de l’état-major de la place, le maire perpétuel ou des particuliers 16. Les consuls bataillèrent ferme contre ces ordonnances, mais elles ne furent pas toujours rapportées. Les délibérations n’en font plus mention après 1720. L’intendant ne se permet-il plus ces interventions ou, l’habitude aidant, ces pratiques étaient devenues tellement courantes qu’elles ne soulevaient plus de protestations ? On ne sait.

Les réactions sont d’autant plus vives et amères qu’en même temps l’intendance s’impose dans des domaines où elle n’était jusqu’alors intervenue que par intermittence. Ainsi tous les bails qui concernent les subsistances et les travaux publics lui sont soumis, sont passés devant ses représentants, voire en sa présence même. A l’occasion il manifeste nettement sa préférence pour tel ou tel enchérisseur 17. Il commande au conseil le paiement de salaires ou d’indemnités que celui-ci contestait. En chaque occasion la ville est obligée de s’exécuter.

C’est devant lui que toutes les affaires doivent se régler. De guerre lasse la ville s’en remet de plus en plus souvent à la décision de l’intendant 18 ou à son arbitrage. Bien sûr c’est avec la modification du régime municipal par la création des offices municipaux, la suppression du conseil général et sa substitution par un conseil politique et des règles nouvelles 19 de nomination pour les consuls et les conseillers politiques en 1700, que l’intendant a les moyens de réduire à peu de chose l’autonomie du conseil de ville. Il use fréquemment de son droit d’intervention. A plusieurs reprises il nomme directement les consuls 20, retarde les élections consulaires, qui selon la coutume se déroulaient le 2 février 21, proroge dans leurs fonctions consuls et conseillers deux ou trois années de suite 22.

Les témoignages de soumission des délibérations municipales ne doivent pas toujours faire illusion. La mise en tutelle du consulat fut durement ressentie. A la formule « la ville suivra toujours suivant l’étendue de ses forces tout ce qu’il (l’intendant) lui plaira de lui inspirer pour le service de S.M. » 23 répond en effet le discours de M. Baliste premier consul sortant au moment du rétablissement du régime municipal dans ses coutumes antérieures : « Depuis l’établissement de ces nouvelles charges… plusieurs se refusaient au service du public et préféraient une molle oisiveté domestique au soin laborieux du consulat dont le feu roi avait retranché l’utile. Nous voyons revenir avec joie ce temps heureux où une émulation empressée fera rechercher et briguer ce qui avait été pendant longtemps le sujet d’une froide indifférence » 24. On mesure d’ailleurs combien le conseil avait perdu alors pratiquement toute indépendance et liberté d’action aux médiocres querelles internes qui étaient portées devant l’intendant. Un valet consulaire lui adressait même requête, à « certaine instigation » il est vrai, pour se faire confirmer dans son emploi 25.

A mesure que le siècle s’avance cependant la présence de l’intendant se fait moins obsédante dans les délibérations. Après 1760, il en est beaucoup moins question. Les consuls ne sont plus convoqués devant lui pour s’expliquer ou régler séance tenante quelque affaire. On ne les voit plus guère également s’insurger contre certaines de ses décisions. La fin du siècle tranche à cet égard beaucoup sur les années 1690-1720. Ce changement ne tient pas seulement à la personnalité de l’intendant. Il correspond d’abord au mouvement remarqué pour d’autres pouvoirs, comme celui de la chambre des comptes. C’est lorsqu’un pouvoir s’installe et empiète sur les libertés de la ville que les conflits occupent les consuls. Ultérieurement, lorsqu’il a banalisé de nouvelles pratiques, il ne soulève plus les mêmes tempêtes. D’autres raisons rendent compte de cet infléchissement, en particulier la mise en place d’un relais sur place de l’intendant : le subdélégué.

Le subdélégué de l’intendant paraît jouer, à travers les délibérations municipales, un rôle notable à partir de 1715-1720. Lors du rétablissement de la liberté des élections consulaires en 1717, c’est lui qui préside la séance. Alors que M. de Robert, le premier subdélégué que nous connaissions, n’avait qu’un rôle effacé et semble-t-il peu goûté des consuls, le subdélégué se voit chargé après 1720 de quelques pouvoirs par l’intendant et tient une place de premier ordre auprès du conseil. Devant lui sont passées des adjudications 26, ou se jugent des contestations entre la ville et les fournisseurs de la boucherie 27. Il représente l’intendant au conseil et le préside lorsque celui-ci veut imposer sa volonté.

Mais c’est d’une autre manière que se mesure son influence. Cela tient peut-être à la personnalité des subdélégués, Jean-Baptiste Rome et Jean-Baptiste Angles 28. Leur carrière se fait à l’ombre du conseil. Ils sont conseiller politique et au moins une fois premier consul 29. Ils sont associés au travail du conseil, chargés de députation ou de faire partie de commissions : en 1721 M. Rome est désigné par les consuls pour aller avec eux faire la visite à Bize de marchandises suspectes de peste 30, en 1724 il est membre de la commission constituée pour faire le tarif des marchandises vendues et des salaires 31.

La carrière de J.-B. Angles est caractéristique : il exerce successivement les charges d’orateur de la ville 32, de procureur du roi 33, de syndic de la ville 34 avant d’être élu premier consul en 1768 et devenir enfin subdélégué. Ce cursus honorum que J.-B. Angles sera le seul à parcourir, faisait de lui un homme connaissant tous les ressorts, les membres et les affaires du conseil, les moindres problèmes de la vie narbonnaise. Avec lui l’intendance était au cœur du conseil. J.-B. Angles jouit manifestement de la confiance du conseil. Il représenta souvent la ville. En 1764, procureur du roi alors, il fit partie de la députation chargée d’aller complimenter l’archevêque pour son accession au siège archiépiscopal et primatial de Narbonne 35, en 1769, il participe à Narbonne à l’évaluation de l’allivrement des députés du compoix cabaliste 6, représente la ville à l’assemblée chargée de réexaminer l’assiette de la capitation 37

Jamais on ne perçoit de conflit entre la ville et le subdélégué : on peut parler même de véritable symbiose entre le subdélégué et le conseil car rien ne se fait sans son accord ou avoir pris son avis.

Un fonctionnement nouveau du conseil de ville

La tutelle exercée sur le conseil, l’impossibilité où se trouvaient les consuls de se déplacer, l’achat des offices de maire ou de consul par des gens qui ne résidaient pas forcément à Narbonne et n’étaient donc pas disponibles pour s’occuper au jour le jour des affaires de la ville amène le conseil à s’organiser et à fonctionner différemment.

En 1722, le premier consul propose la création d’un syndic de la ville auquel on donnerait « pouvoir de gérer toutes les affaires de la communauté ». M. Malaterre, bourgeois, est nommé à cette charge, ses honoraires sont fixés à 400 £. par an 38. La fonction de syndic fut importante tout au long du XVIIIe siècle. Le conseil y pourvoyait rapidement après le décès d’un de ses titulaires. En 1757, le conseil confiait provisoirement la charge, car les fonctions dévolues au syndic ne pouvaient « plus longtemps rester vacantes sans nuire aux intérêts de la ville » 39.

Les consuls abandonnent eux-mêmes peu à peu leurs prérogatives. Dans les années 1730, on confie à un « orateur de la ville » le soin de faire des harangues officielles 40. A l’extérieur, ils n’agissent plus guère que par l’intermédiaire du greffier consulaire, du syndic, des procureurs à Montpellier, à Toulouse ou auprès des différentes cours de justice 41. A Narbonne des hommes qui exercent successivement plusieurs charges en arrivent pratiquement à gérer, en son nom, les affaires du conseil. Autant significatif que l’itinéraire de J.-B. Angles est celui de Pierre Antoine Maupel, avocat lui aussi. Orateur de la ville en 1737, il est nommé greffier titulaire de la ville en remplacement de Antoine Maupel, son père le 15 avril 1738, et devient syndic en 1742.

Le consuls avaient perdu leur liberté d’action. Par contrecoup le conseil s’est trouvé profondément transformé dans son fonctionnement et dans ses relations avec les pouvoirs. En un mouvement lent mais continu ils se dessaisissent partiellement de la gestion et la représentation de la ville est dévolue à de véritables professionnels.

L'archevêque et les États

Narbonne dans la seconde moitié du XVIIe siècle et tout au long du XVIIIe siècle, trouva en son archevêque le protecteur et le médiateur dont elle avait besoin. Entre la ville et le président des États s’installent des relations empreintes de confiance qui pour la ville vont du respect à la prévenance et même avec Monseigneur Dillon jusqu’au dithyrambe. L’archevêque était en effet la seule autorité disposant d’influence et de pouvoir à laquelle elle pouvait s’adresser. La position de l’archevêque comme président des États, les démarches qu’il était amené à faire à la cour dans l’exercice de ses fonctions étaient autant d’atouts pour la ville que celle-ci se mit à cultiver à partir de 1660-80 ; ce qu’elle n’avait jamais fait à ce point et en ce sens jusqu’alors.

Le conseil de ville vit d’abord en l’archevêque celui qui pouvait patronner les démarches de la ville au conseil du roi et à la cour 42. Les dernières députations de la ville coïncident avec la présence de l’archevêque à la cour. Le 31 mars 1674, le cardinal de Bonzi accepte de « se charger des actes et des mémoires qui peuvent être nécessaires » pour faire réussir les affaires que la ville a devant le conseil du roi. Le 25 août de la même année, un député était envoyé à Paris « pour profiter du séjour de Mgr le cardinal de Bonzy… afin de s’aider de sa protection et de son crédit pour le règlement des affaires que la villes a pendantes devant le roi et le conseil d’État » 43.

L’archevêque est sollicité alors pour contenir l’offensive de la monarchie, en particulier d’intervenir contre la création des offices municipaux 44. Mais tout au long du XVIIIe siècle, c’est pour la jonction de sa robine que la ville sollicita surtout l’archevêque. La jonction de la robine (l’ancien cours de l’Aude) avec le canal royal était en effet vitale pour Narbonne. La construction du canal de communication des deux-mers, achevée en 1681, portait un rude coup à la ville. Le canal passait au nord de Narbonne. Aucune liaison n’était prévue avec le port. L’essentiel du trafic de Narbonne se détourna donc vers Agde et Sète. Dès 1685 le cardinal de Bonzi conférait avec l’intendant 45. Depuis la mise en eau du canal, le trafic avait presque cessé à Narbonne. L’intendant promit d’écrire au roi pour obtenir la jonction entre la robine et le canal. Commence alors une lutte de plus d’un siècle pour relier Narbonne au canal des deux-mers. Pour la ville, l’affaire était assez mal engagée. Le creusement du canal de jonction reposait sur ses seules capacités financières qui étaient insuffisantes, et d’autant plus que le trafic de son port avait chuté. Il était nécessaire de se ménager de nouvelles ressources. Elle en obtint quelques unes grâce à l’appui de l’archevêque 46. Ensuite, il fallut engager la longue bataille pour que le canal puisse être construit. Cela dépendait en grande partie de l’attitude de l’assemblée provinciale dont la participation financière avait été déterminante pour la réussite du projet de Riquet et donc du président des États, l’archevêque de Narbonne.

François de Beauvau y fut très attentif. En 1724, il se souciait déjà du projet et envoyait à cet effet faire une expertise 47. En 1739, le conseil décidait d’organiser des démonstrations publiques de joie en reconnaissance du zèle dont il faisait preuve pour la jonction de la robine 48. Monseigneur de Crillon fut beaucoup plus réservé. Ce ne fut pourtant pas faute de tout faire pour gagner sa protection, puisque la ville céda tous ses droits pour la jonction à son neveu 49. Aussi dès que Charles Antoine de la Roche Aimon fut pourvu du siège de Narbonne, le premier soin du conseil fut de lui envoyer deux députés pour le supplier de « protéger la ville en donnant un avis favorable pour la jonction dudit canal et d’y employer son crédit » 50. Mais l’opposition des principales villes de la province et des propriétaires du canal était tenace. Narbonne seule contre la coalition languedocienne était bien obligée de constater que malgré sa confiance en la justice de sa cause « la protection de son illustre archevêque doit être sa seule et unique ressource » 51. Le soutien de Mgr Dillon ne lui fera pas défaut. Le 21 décembre 1767 les États acceptaient la, jonction. Narbonne en attribuait le mérite au président des États : « il a su lever tous les obstacles et entraîner, par son éloquence, tous les suffrages… la jonction de notre robine est son ouvrage. C’est donc à juste titre que Mgr l’archevêque est le père de notre patrie ». D’enthousiasme, le conseil décide par acclamation d’élever à l’archevêque un monument destiné à éterniser la reconnaissance de la ville 52. Les témoignages de reconnaissance et d’empressement ne se comptent plus jusqu’en 1789 53.

On comprend pourquoi les souhaits de l’archevêque étaient considérés par les consuls de Narbonne comme des ordres. Ceci se manifeste constamment dans les élections consulaires et la nomination des conseillers. A cet égard, l’influence de l’archevêque fut, tout au long du XVIIIe siècle tout aussi importante, sinon davantage, que celle de l’intendant. Si le conseil obtempérait aux ordres de celui-ci et les exécutait en protestant de sa soumission, il déférait généralement avec bonne grâce aux suggestions de l’archevêque. Les délibérations consulaires ne portent probablement la trace que d’une partie des interventions de l’archevêque dans la composition du conseil 54. Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, on peut même affirmer qu’aucune nomination ne se faisait sans l’accord tacite du président des États. Les consuls souhaitaient même connaître ses intentions et s’y conformer 55.

En dehors des élections consulaires les archevêques de Narbonne, trop peu souvent dans la ville, n’eurent guère d’action dans la seconde moitié du XVIIe siècle et pendant tout le XVIIIe siècle. Une seule question les préoccupa : la santé et l’eau potable. Le cardinal de Bonzi fit sans cesse des recommandations sur la propreté et la santé de la ville 56. Monseigneur de la Roche Aimon travailla beaucoup à l’amélioration de l’alimentation en eau de la ville et à la construction de fontaines. Il tint lui-même à visiter les réalisations faites à son instigation 57.

Narbonne qui pendant toute la période n’eut jamais de profond différend avec ses archevêques 58 reporta sur eux toutes les démonstrations publiques et réjouissances qu’il était impossible d’organiser en l’honneur d’autres personnages depuis que la monarchie et la vigilance de l’intendant y avaient mis un terme. L’entrée des archevêques dans la ville, toute distinction qui leur était attribuée ou tout avantage qu’ils obtenaient pour la ville étaient l’occasion de célébrer l’unique médiateur et protecteur de Narbonne qui seul pouvait intervenir auprès du roi, tempérer le pouvoir de l’intendant et forcer la décision des États. En un sens l’archevêque servit d’exutoire, dont le rôle fut majoré par les espoirs que la ville plaçait en lui pour la jonction de la robine. Les manifestations ne se comptent pas ; à mesure que le siècle s’avance elles deviennent plus fastueuses 59.

Le programme des réjouissances comportait habituellement un feu de joie au plan des barques, des salves d’artillerie tirées des remparts, un feu d’artifice sur la place de Cité, des illuminations 60.

A l’occasion des principaux témoignages de réjouissance, les consuls commandaient un tableau qui les représentaient avec l’archevêque 61. Ces commandes traduisent bien les mutations intervenues, si on les compare aux tableaux du début du XVIIe siècle où les consuls figurent seuls, symbolisant le conseil de ville, graves et fiers représentants de la « république » de Narbonne 62. Elles sont l’expression autant du prestige et du rôle grandissant du président des États que de la perte d’autonomie du conseil et de la ville.

L’attitude à l’égard des États avait changé, on l’a vu au cours de la première moitié du XVIIe siècle. Cette évolution s’accentue à partir de la fin du siècle. La ville sollicite même de l’archevêque que la session de l’assemblée provinciale se tienne à Narbonne 63. Au XVIIIe siècle, Narbonne est amenée à s’adresser de plus en plus aux États et aux syndics généraux de la province. Pour une ville de ce type, où les questions de travaux publics (routes, canaux), de troupes (cantonnement pour l’étape) comptaient beaucoup, l’assemblée provinciale se trouvait jouer un rôle important. Au cours du siècle, la préparation des dossiers destinés à lui être présentés, l’arrivée en délibération des questions intéressant la ville et les décisions prises, font une bonne partie de l’activité et des préoccupations du conseil. Il en attendait surtout des autorisations pour engagements de travaux, des aides et des subventions. A la fin du XVIIIe siècle, si on ne prenait en considération que les délibérations (mais elles ne rendent pas compte de tout), on pourrait avoir l’impression que les États avaient au moins autant d’importance que l’intendant dans la gestion de la province. Bien évidemment, la position de l’archevêque de Narbonne n’était pas étrangère à cela. Il est remarquable néanmoins qu’à la fin du siècle il soit seulement question dans les délibérations consulaires de l’assemblée provinciale et des commissaires du roi aux États ; que l’on ne fasse par contre plus guère d’allusion à l’intendant, excepté pour des demandes d’autorisation de dépenses 64.

Les confirmations de la correspondance consulaire

La correspondance consulaire de la seconde moitié du XVIIIe siècle que l’on possède en partie confirme-t-elle ou nuance-t-elle les précédentes observations ? 88 lettres ont été conservées de 1714 à 1737, 1 631 de 1772 à 1788 65.

Quelques traits se dégagent nettement (cf. tableau). Au milieu du XVIIIe siècle c’est avec l’intendant, et de loin, que la ville a le plus de relations. Deux lettres sur cinq environ lui sont adressées, près d’une sur deux si on retranche de l’ensemble celles envoyées par la ville à son député à Paris. Viennent ensuite l’archevêque, le commandant de la province et les syndics généraux de la province. Par contre pendant les vingt dernières années de l’Ancien Régime la ville ne correspond qu’occasionnellement avec l’intendant. Le conseil lui adresse ses vœux de nouvel an et quelques demandes pour des dossiers qu’elle transmet en même temps à l’archevêque ou aux syndics des États. La correspondance consulaire confirme totalement sur ce point les délibérations. Elle corrobore également l’influence grandissante des États de Languedoc. A la fin du siècle la ville écrit plus souvent aux syndics généraux de la province qu’à l’intendant. Si on ajoute les lettres aux députés de la ville aux sessions des États on voit combien, dans les préoccupations du conseil, les États l’emportent sur l’intendance.

Deux autres constatations donnent leur pleine valeur à ces premières observations. La plus évidente : la place essentielle que tiennent les procureurs de la ville, à Montpellier principalement et à Toulouse. Deux tiers des lettres envoyées par le conseil leur sont destinées. Le conseil de ville n’a donc plus guère de contacts directs avec les pouvoirs. Non seulement les membres du conseil ne vont plus à Montpellier, mais ce sont les procureurs qui se rendent à Narbonne, chargés de dossiers pour étudier avec les consuls les affaires de la ville 66. S’achève ainsi à la fin du XVIIIe siècle l’évolution poursuivie depuis un siècle et demi. Narbonne, également, a davantage de procédures en cours, au sénéchal de Carcassonne, de Béziers, à Toulouse. Retrouvait-elle ses habitudes procédurières ? Plus exactement le poids de l’intendance est moins fort et la ville recouvre une certaine liberté de manœuvre.

Le conseil reprend des initiatives. Un des aspects les plus originaux que révèle la correspondance consulaire à la fin du XVIIIe s. sont les relations avec d’autres villes (Montpellier, Béziers, Toulouse, Carcassonne principalement). Narbonne correspond avec elles pour deux raisons principales les conseils se tiennent régulièrement au courant des tarifs de denrées, grains, viande ou produits plus spécialisés ; ils échangent des renseignements pour le maintien de l’ordre.

De même apparaît nettement à la fin du XVIIIe siècle une diversification croissante des échanges épistolaires. Tout ne passe plus par l’intendance. La ville s’adresse directement au commandant de la province, aux prévôts de la maréchaussée…

Cela s’explique en partie par le développement des services administratifs et techniques à l’échelon provincial. Mais Narbonne qui n’a de contact avec Versailles qu’en de rares occasions et pour des problèmes mineurs, a établi à l’intérieur du Languedoc un réseau étendu de relations. Beaucoup de celles-ci peuvent être qualifiées d’horizontales car ne s’y manifestent pas de situations de dépendance ou de subordination.

Conclusion : des exemptions et des privilèges aux subventions 67

Du milieu du XVIe à la fin du XVIIIe siècle les rapports du conseil avec les pouvoirs sont donc passés par un itinéraire relativement linéaire où les phases se chevauchent les unes les autres. Trois périodes sont nettement marquées.

Les relations directes, étroites et quasi exclusives avec le roi, le gouverneur et le lieutenant général de la province, typiques de la seconde moitié du XVIe siècle, qui vont de pair avec la volonté de s’affranchir de toute participation aux États Languedoc, se distendent dans la première moitié du XVIIe siècle. La monarchie concède moins, accroit ses exigences et son contrôle par le canal de la cour des comptes. La disparition de Montmorency accélère l’évolution car elle rompt les liens privilégiés de Narbonne avec le représentant du roi en Languedoc. Les députations du conseil ne sortent plus guère du cadre provincial. La mise en place de l’intendance après 1660 l’y enferme définitivement réduisant même ses relations, à l’intérieur de la province, à la personne de l’intendant dont le pouvoir sans partage ramène à peu de chose l’autonomie de la ville. Narbonne eut la chance de trouver en son archevêque un médiateur attentif et influent. Le président des États ne joue certes jamais la fonction de contre-pouvoir. Il est remarquable pourtant qu’il apparaisse vraiment dans les délibérations consulaires après seulement que soit passée la période des relations directes avec la monarchie. Dans la pratique il atténue l’agression de l’intendance. Insensiblement à travers lui le conseil reporte sur l’assemblée provinciale sa stratégie d’influence sur le pouvoir. La ville n’a aucune prise sur l’intendant. Elle participe par contre aux sessions des États, même si souvent discussions et possibilités de peser sur ses décisions sont formelles. Elle en obtient décisions favorables, avantages et subventions.

Narbonne constitue-t-elle un exemple représentatif pour le Languedoc ?

Elle a une position originale : Les contacts avec la monarchie et le gouverneur y furent plus étroits qu’ailleurs de par sa position stratégique jusqu’au milieu du XVIIe siècle, l’intérêt pour les États fut peut-être plus précoce à cause de son archevêque. Mais sur bien des points elle est tout à fait représentative.

D’un type de relations personnelles où les consuls sans cesse en mouvement hors de la ville payaient eux-mêmes de leur personne on passe à un système où ceux-ci ne peuvent plus guère agir en dehors des communautés et sont obligés de recourir à des procureurs. Plus profondément on passe d’un régime d’exemptions et de privilèges sans cesse sollicités, obtenus et renouvelés, où les gratifications rétribuaient les interventions multiples, à leur mise à mal systématique par l’intendant et à la soumission de fait à la loi commune. C’est cet aspect là qui, en dernier ressort, transforme le plus durablement les rapports du conseil avec les pouvoirs.

Narbonne est en Languedoc. Or c’est par le canal des États et de leur relais, les assiettes diocésaines, que sont répartis les impôts prélevés sur les communautés. Au XVIe siècle exemptions et privilèges concernent principalement la fiscalité. La ville s’applique à éviter toute contribution et toute charge. Au XVIIe siècle le pouvoir monarchique impose le prélèvement fiscal avant de supprimer de fait les exemptions. Obligée de contribuer, impuissante à obtenir des privilèges, la ville n’a d’autre solution que de solliciter aides et subventions, qui sont redistribution partielle de ce qui a été prélevé. C’est donc par la fiscalité que nait une relation nouvelle avec le pouvoir, facilitée par l’existence de l’assemblée provinciale. L’exemple de Narbonne est particulièrement éclairant sur ce point. C’est à partir du moment où la ville ne peut plus échapper aux contributions communes qu’elle change d’attitude à l’égard des États. Deux exemples suffisent à illustrer cette mutation.

Narbonne on l’a vu, avait obtenu contre la défense de la ville par ses propres moyens de ne pas recevoir de troupes ou d’être affranchie de toute fourniture de ravitaillement ou de soldats. Vers 1675 ces exemptions sont révolues. Le conseil soumis aux charges modifie totalement sa position : il propose la construction de casernes pour l’étape des troupes à Narbonne. Le projet sera poursuivi avec une insistance croissante jusqu’à la fin du XVIIIe siècle 68. Le conseil ne raisonne plus selon une mentalité de privilèges, le soldat dévastateur que l’on travaillait à éviter s’est converti en agent de vivification 69 et de prospérité. On attend de l’État et des fonctions qu’il assume des ressources puisqu’il ne consent plus d’exemptions.

A la fin du XVIIIe siècle la ville demande et obtient des États de Languedoc des subventions afin de soutenir la manufacture de soie et pour l’établissement d’une teinturerie de soie 70. Elle espère de l’Assemblée provinciale un soutien pour qu’elle favorise l’implantation d’activités économiques nouvelles ou contribue au développement de celles qui existent.

On comprend que le conseil, de ville ait privilégié les rapports avec l’archevêque et les États de Languedoc. Agents de prélèvement ils dispensent des subsides qui ne sont pas libéralités mais attribués selon une politique discutée et après étude des dossiers. De solliciteurs de privilèges et d’exemptions le conseil est devenu quémandeur de subventions.

On voit poindre ainsi, avant 1789, bien des attitudes contemporaines à l’égard de l’État.

Notes

1. Avant dernière en fait 4 mars 1721 : invitation à porter devant le duc de Roquelaure, gouverneur de la province, la solution des différends journaliers surgissant entre les consuls et les officiers de l’état-major sur le commandement de la garde bourgeoise. Cette intervention est trop isolée. Elle n’a pas la même signification.

2. 8-9 novembre 1666.

3. Cf. infra.

4. Cf. infra.

5. 8 mars 1674 : l’intendant demande l’envoi d’une députation pour « sortir des affaires que la ville a avec M. de la Maurensanne et les capitaines de la morte-paye ».

6. 3 septembre 1671. AA 114 cart. B f° 132. Cette ordonnance avait été rendue par Bazin de Bezons sur le renvoi qui lui avait été fait par le conseil d’État de la réclamation qu’avait suscitée de la part de plusieurs habitants réunis en syndicat, l’élection de conseillers matriculés faite le 17 avril 1667. Les conflits concernant la matricule disparaissent pratiquement à Narbonne après 1660. C’est un des signes de l’intervention croissante de l’intendant et de la pression qu’il exerce sur le conseil. Il intervenait d’ailleurs avant que ne surgissent les conflits ou très tôt. Bientôt la modification des conseils et la création des offices municipaux règleront ce problème et accroîtront la docilité.

7. 25 octobre 1682 : mise en demeure faite aux consuls par l’intendance de produire les titres qui attribuent aux consuls le commandement des armes en l’absence du gouverneur de la ville ou de son lieutenant. 13 février 1684 ordonnance de l’intendant qui prescrit la présentation des titres sur lesquels la ville fonde sa jouissance « des terres et héritages relevant de la directe du roi, en fiefs censives, et pour payer les.., droits et devoirs seigneuriaux, féodaux et casuels dus à S.M. ».

8. 13 décembre 1674. Députation à Paris « pour la conservation des privilèges de la ville contre M. de la Maurensanne » : 3 janvier 1675.

9. 1er juin 1674. Les consuls s’appuient sur une ordonnance de 1689 qui lui garantissait l’exemption des milices.

10.   29 avril 1675. 12 compagnies du régiment de Normandie avaient pris leurs quartiers d’hiver à Narbonne : 18 décembre 1674.

11.   8 et 10 mai 1675.

12.   ex 7 mai 1671 : remise à l’arbitrage de l’intendant d’un conflit de préséance entre les consuls et le viguier-juge du roi en la viguerie.

13.   ex : 7 mai 1671.

14.   5 juillet 1679.

15.   ex. 22 mai 1691 : appel au conseil d’État contre une ordonnance du subdélégué qui accordait des indemnités à M. de Malvezy pour les dommages causés sur ses terres par un passage d’eau consécutif à des travaux faits à la robine.

16.   6 janvier 1696, 15 janvier 1699, 18 janvier 1699…

17.   L’intendance est très attentive à tout ce qui touche aux subsistances. Exemples d’intervention : 12 décembre 1730 exécution d’une lettre du 12 novembre par laquelle l’intendant exprimait le désir de voir la régie de la boucherie confiée à ses deux candidats ; 23 juin 1744 l’intendant refuse que le bail de la boucherie soit passé à table de liberté…

18.   ex. 12 juillet 1730 le syndic de la ville doit aller devant l’intendant pour le bail de la boucherie. Le conseil décide qu’il s’en remettra à la décision de l’intendant.

19.   ex. : 19 avril 1718.

20.   15 mai 1704 : le procureur es cour de Narbonne est pourvu par commission de l’intendant à la place de 3e consul. 23 septembre 1753 l’intendant trouve nécessaire de pourvoir au remplacement de plusieurs membres du conseil politique, il les nomme lui-même, 31 mars 1754 réception du second consul pourvu à cette place par concession de l’intendant…

21.   1722, 1723, les élections sont repoussées en avril.

22.   1760, 1762, 1763.

23.   8 août 1700.

24.   17 octobre 1717.

25.   9 septembre 1698.

26.   12 mai 1724…

27.   11 mai 1721.

28.   M. Rome est subdélégué déjà en 1717. J.B. Angles est subdélégué jusqu’en 1785. Les deux derniers subdélégués, Barthez de Marmorières et Viennet, ont peu duré et n’eurent guère le temps de marquer.

29.   18 mars 1787 M. Viennet, conseiller politique du 1er rang est nommé subdélégué.

30.   Il y avait à Bize une petite manufacture de draps. Cette députation entre dans le cadre des mesures prises pour lutter contre la propagation de la peste de Marseille et correspond au souci constant de l’intendance des contagions et de la prévention des épidémies.

31.   21 avril 1724.

32.   23 février 1755.

33.   Élection des consuls de 1760, 1762, 1763…

34.   2 février 1768 nomination de M. Tapié, avocat, en qualité de syndic de la ville en remplacement de M. Angles.

35.   8 janvier 1734.

36.   3 avril 1769.

37.   23 avril 1769.

38.   M. Malaterre a été successivement receveur des tailles du diocèse de Narbonne, changeur des monnaies, receveur du canal au Somail, secrétaire de la compagnie des Salins de Peyriac, Narbonne et Sigean, administrateur et trésorier des hôpitaux de Narbonne. H. Faure : Hospices de Narbonne, classement des archives antérieures à l’année 1790, Narbonne 1855, p. 66.

39.   18 mars 1757.

40.   28 septembre 1737 présent à M. Maupel, avocat, pour les harangues dont il a été chargé durant l’année dernière « d’une perruque et d’un castor ». 23 février 1755 nomination de M. Angles aux fonctions d’orateur de la ville. A ce titre il lui sera fait chaque année un présent de trois louis d’or…

41.   cf. infra.

42.   Celles du XVIIIe siècle ont une autre signification et sont à mettre à part.

43.   L’archevêque sera informé de toutes les députations à Paris. 3 novembre 1724 : le député de la ville écrit au conseil que sa présence n’est plus indispensable à Paris. Avant de lui répondre le conseil « prendra les ordres de l’archevêque ».

44.   17 octobre 1691 : on sollicite sa protection contre la création d’un office de maire perpétuel « qui peut porter préjudice au consulat et à la ville ». On lui demande par la même occasion d’intervenir dans le conflit de préséance entre les consuls et le subdélégué. 23 juin 1700 : demande d’intervention contre l’édit de 1699 qui créait des offices de lieutenant de police afin que cet office soit réuni au consulat moyennant une finance médiocre.

45.   3 avril 1685.

46.   31 octobre 1691.

47.   6 mai 1724.

48.   4 février 1739.

49.   25 février 1751 : la ville accepte l’offre du marquis de Crillon pour la construction et l’entretien du canal de jonction à ses frais personnels, sous la condition pour la ville de lui céder tous ses droits sur le canal de la robine.

50.   12 novembre 1752.

51.   1er avril 1764.

52.   26 décembre 1767. Ce monument qui devait d’abord prendre la forme d’un obélisque ne fut jamais construit.

  53.   19 janvier 1777 : « notre illustre archevêque ayant surmonté tous les obstacles qu’on opposait à l’exécution de ce grand projet est devenu… le père et le restaurateur de notre patrie ». La ville projetait de reconstruire la porte des Carmes devenue « la porte la plus essentielle, se trouvant au centre des différentes routes que viennent de faire construire la province ». Tout un programme d’alignement de cette porte à la place de Cité était décidé. Cette porte devait porter le nom de Dillon. Sur le pont des Carmes ou à côté de la porte serait placée l’obélisque dont « l’existence annoncera aux races futures que notre illustre prélat à rendu à cette ville son ancienne splendeur en la mettant à portée de profiter de la richesse des deux-mers ». Dernier exemple : 28 octobre 1787 : le canal de jonction vient d’être mis en eau. Dans un long discours le Ier consul, après avoir rappelé les puissants obstacles que la ville avait regardés comme insurmontables « contre lesquels il était réservé au génie de notre illustre prélat de les combattre et d’en triompher », proposait qu’il « soit incessamment élevé à la gloire du grand Dillon… un monument pérenne qui apprenne aux générations futures que c’est un tribut que le peuple narbonnais rend, dans toute l’effusion de son cœur, au grand homme auquel il devra sa prospérité, la restauration de son commerce et son bonheur ».

54.   31 janvier 1712 : ajournement de l’élection consulaire. L’archevêque avait exprimé le désir de cet ajournement. Le procureur du roi proteste contre cette « infraction aux règlements de la maison consulaire ». En vain. 4 février 1721 : le procureur du roi requiert qu’il soit sursis à l’élection consulaire jusqu’à ce qu’il soit bien établi que la liste des conseillers proposés est bien « de la volonté de l’archevêque »…

55.   Correspondance consulaire BB 227 : lettre à l’archevêque 20 janvier 1756 : désir de connaître ses intentions afin de s’y conformer « puisque en général et en particulier nous n’avons rien de plus à cœur que de mériter votre puissante protection ». Le 2 février les consuls reviennent à la charge. Ibidem BB 228: … Janvier 1756 : présentation de candidats pour les places de second, cinquième et sixième consuls, dont l’élection devait être faite le 2 février suivant. 4 février : avis de l’élection consulaire : « les suffrages ont été unanimes en faveur des sujets que vous nous avez fait l’honneur de nous proposer. Nous avons été flattés de vous donner dans cette circonstance et dans toutes celles qui pourront se présenter des preuves du désir ardent que nous avons de vous plaire et de nous rendre dignes de la continuation de votre puissante protection ». 27 décembre 1782 : prière à l’archevêque de désigner deux candidats qu’il désire voir élire aux charges consulaires.

56.   24 décembre 1674 : le cardinal fait diverses recommandations concernant le nettoyage et le pavage des rues, le curage du Canal, l’établissement d’un conseil de santé, l’avis à demander « aux médecins de la ville sur les maladies qui y sont… ».

57.   12 mai 1724 : l’archevêque s’intéresse à l’alimentation en eau de la ville. Il envoie à Narbonne M. Clapiès ingénieur général de la province pour faire les vérifications nécessaires. 9 janvier, 12 mai 1724 : « adjudication des fontaines de la ville de l’avis et approbation de Mgr l’archevêque ». 24 mars 1724 : l’archevêque fait la visite des fontaines lui-même.

58.   Le seul différend fut à propos de l’étang salin avec le cardinal de Bonzi. Le roi lui avait concédé l’étang salin dont la ville revendiquait la possession. Le conseil dut défendre les droits de la ville, non sans manifester à plusieurs reprises ses regrets à l’archevêque : 7 mai 1677 : Malgré « tout le respect dû à Monseigneur » la ville est contrainte de s’engager contre l’archevêque. 31 mai 1681 : « c’est avec toute la douleur du monde qu’on est obligé de défendre l’intérêt de la ville pour se conserver dans un bien qu’elle jouit depuis si longtemps ». Le conseil annonce qu’il cherchera tous les moyens pour qu’une solution soit trouvée à l’amiable. La ville dut néanmoins défendre ses droits devant le conseil d’État. Malgré cette procédure les relations entre Narbonne et le cardinal restèrent constamment bonnes.

59.   ex. : 21 novembre 1721. 9 février 1724 : l’archevêque venait d’être nommé par le roi à l’abbaye de Bonneval et commandeur de l’ordre du Saint-Esprit. 4 février 1739, 16 janvier 1742 : nomination de l’archevêque au grade de commandeur de l’ordre du Saint-Esprit. 15 mai 1763, 26 décembre 1767, 25 décembre 1767 : réjouissances publiques organisées à l’occasion du « cordon bleu » (le grade de commandeur de l’ordre du Saint-Esprit) accordé à l’archevêque. 19 janvier 1777.

60.   Illuminations aux fenêtres des membres du conseil (1724) ; puis illuminations aux fenêtres de tous les habitants (à partir de 1739). En 1739 il est même demandé aux artisans de fermer leurs boutiques en signe de réjouissance.

61.   21 décembre 1704 : tableau qui représentera l’archevêque à qui les maires et consuls présentent leurs respects. 4 mars 1722 : paiement à M. Ranc, peintre de Montpellier, d’une somme de 400 livres « pour la façon et fourniture du grand tableau représentant l’arrivée de Mgr l’archevêque et des six consuls ». 16 janvier 1742 : il sera fait « pour perpétuer la mémoire de cet heureux événement, auquel la ville et les habitants s’intéressent par amour et par reconnaissance, un grand tableau, suivant l’usage pratiqué, représentant Mgr l’archevêque revêtu du cordon de l’ordre du Saint-Esprit et MM. les six consuls en robe consulaire ». 15 mai 1763, à l’occasion de la première entrée de Mgr Dillon dans la ville « Mgr l’archevêque et les consuls seront représentés dans un même tableau, pour servir de monument à la postérité, de l’amour et de l’empressement que les habitants en général et en particulier témoignent pour recevoir leur prélat et leur père ». 19 janvier 1777 : un tableau avait été commandé dans la délibération du 25 juin 1775 (non transcrite dans les registres) pour célébrer la jonction de la robine.

62.   Plusieurs tableaux Sont conservés aux musées de Narbonne. Les six consuls, trois à droite et trois à gauche étaient représentés de la manière conventionnelle qu’on trouve ailleurs. Selon l’usage le tableau des consuls en exercice était placé dans le grand consistoire de l’hôtel de ville.

63.   9 mars 1693 : démarches à faire auprès de l’archevêque afin d’obtenir que la session des prochains États soit tenue à Narbonne « attendu qu’elle ferait quelque avantage au général et au particulier de la ville ».

64.   On peut trouver une manifestation de la situation de Narbonne dans ses rapports avec les pouvoirs à l’occasion de la dernière députation que la ville désigne pour aller à Paris afin d’obtenir l’arrêt destiné à ordonner l’exécution de celui du 2 juillet 1686 relatif à la jonction du canal de la robine au canal royal. Les deux députés désignés sont : MM. Rome secrétaire greffier des États et Booth vicaire général de l’archevêque. 26 décembre 1767.

65.   BB 227 : correspondance consulaire du … octobre 1754 au 2 août 1757 ; BB228 : du 31 mars 1772 au 14 décembre 1783 ; BB229 : du 14 décembre 1783 au 29 décembre 1789. La correspondance de l’année 1789 n’a pas été prise en considération. On ne possède probablement pas toutes les lettres envoyées par les consuls. Entre 1754 et 1757 aucune correspondance avec les procureurs n’a été conservée, ce qui majore les pourcentages d’échanges épistolaires avec certains pouvoirs par rapport à la fin du siècle.

66.   BB 229, 6 février 1787 : lettre à M. Baron procureur à Montpellier : prière de porter à Narbonne le dossier de l’affaire Cavaillès, l’agenda de l’inventaire de la comptabilité…

67.   Cette conclusion reprend des éléments exposés dans notre article précédent.

68.   26 mai 1731. On en avait discuté aux États de la province.

69.   BB 228 13 juin 1778 : lettres à M. d’Amelot et à l’archevêque : envoi d’un mémoire et d’une délibération concernant la cession à la ville du couvent des cordeliers pour y établir une caserne « ou une manufacture »; cette ville ayant le plus grand besoin d’être vivifiée. Délibération du 9 mai 1779 : « construire des casernes si la province le trouve à propos soit pour tout autre établissement utile à l’État ou à la ville ».

70.   BB 228. 3 août 1777 : lettre à l’archevêque : nécessité de faire subventionner la manufacture de soie par la province. BB 229. 26 mars 1786 : explications relatives à l’établissement d’une teinturerie de soie dans la ville au moyen d’un secours annuel accordé sur les deniers de la province. Plusieurs lettres sont adressées en août 1786 pour le même objet à l’archevêque, à l’abbé de Saint-Sauveur, à M. de Rome, à l’intendant, au procureur de la ville. 6 février 1787 : gratification de 600 livres votée par les États au profit de M. Azema teinturier en soie. 14 février 1788 : délibération qui alloue 300 livres par an pendant 12 ans à M. Azema.