Guillaume Mirabel, général de la Révolution (1752-1794)
Guillaume Mirabel, général de la Révolution (1752-1794)
Mirabel c’est un beau nom de chez nous… mais qui était ce Mirabel dont le nom a été donné à la caserne d’Agde ?
Certains érudits connaissaient la carrière fulgurante de ce général de la Révolution, ses exploits guerriers rapportés dans des ouvrages concernant les campagnes de l’Armée des Pyrénées-Orientales 1 et 2, l’état succinct de ses services, établi sous sa dictée peu de temps avant sa mort au combat 3.
Mais on n’avait aucune certitude sur le lieu et la date de sa naissance et on ne savait rien de sa famille.
L’état de ses services portait qu’il était né à Fitou en 1744 et qu’il avait servi dans l’Armée royale, au Régiment de Languedoc-Dragons de 1762 à 1777. Il avait été ensuite employé aux Fermes du roi jusqu’en 1790 puis « volontaire » jusqu’en 1793.
On savait aussi qu’il était marié avec une certaine Marianne Besson que l’on connaissait surtout par ses démêlés avec l’administration lorsqu’il s’était agi de liquider la pension lui revenant après la mort de son mari.
Il y avait là un ensemble de documents qui auraient pu permettre d’établir une biographie plus complète de Mirabel et en particulier de connaître ses origines sociales mais, voilà :
- à Fitou, il n’y avait aucune trace de Mirabel en 1744,
- on croyait que Marianne Besson était agathoise (et on pouvait le croire parce qu’il existait une famille Besson dans notre ville et une Marie Besson, née vers 1734, aurait pu être l’épouse de Mirabel) mais on n’avait pas retrouvé le mariage Mirabel x Besson !
Enfin, encore un élément troublant : ce général qui en 1794 signait « Mirabel », s’était jusque-là appelé Mirabet !
Avec les documents en notre possession, il fallait d’abord établir que le général Mirabel était bien le même individu que le Mirabet qui avait servi aux Fermes du roi à Agde. C’était chose facile en suivant la succession chronologique de ces pièces assez nombreuses et qui permettaient de constater que cet homme était devenu « Mirabel » lorsqu’il avait été promu général. Pourquoi ? Nous en donnerons plus tard l’explication. Mais on n’avait toujours rien sur sa famille ! Et c’est par hasard que l’on a trouvé l’acte notarié qui allait permettre enfin de connaître cette famille.
En 1798, une certaine Marie Thérèse Francoise, épouse Labadie, venait demander au notaire de constater qu’en sa qualité de fille naturelle de Marianne Beson, décédée intestat, elle devait être considérée comme sa seule héritière ; le texte précisait que Marianne Besson était la veuve du général Mirabel et que Marie Thérèse Francoise, épouse Labadie, était née à Capestang 4.
Le registre de la paroisse de Saint-Sever-d’Agde portait bien à la date du 1er juin 1780 le mariage d’un Francois Labadie avec une Marie Thérèse Francoise, née de parents inconnus et parmi les personnes présentes à la cérémonie se trouvaient Guillaume Mirabet, employé aux Fermes du roi et son épouse Marianne Besson 5.
Fort heureusement, ce mariage avait fait l’objet d’un contrat conclu chez un notaire d’Agde et ce document était beaucoup plus explicite Marie Thérèse Francoise était la fille naturelle de Marianne Besson et de Georges Combescure et si les parents étaient cités, c’est parce que, sur plainte de la mère, Georges Combescure, bourgeois de Nissan et ancien officier des garde-côtes, avait été condamné en 1767 par le tribunal de l’archevêque de Narbonne à verser une dot de 300 livres à sa fille naturelle lorsqu’elle se marierait 6.
A Capestang, le répertoire existant permettait de découvrir, outre l’acte de naissance de Marie Thérèse Francoise, une quantité d’autres actes intéressant cette famille Besson et en particulier en 1773, l’acte de mariage de Jacques Guillaume Hyacinthe Mirabet, bourgeois de Narbonne avec Marianne Besson.
Ces actes de Capestang et ceux qui figurent dans les archives des notaires du village, déposées à Montpellier, montrent que cette famille Besson est une famille bourgeoise, aisée, avec des éléments anoblis par les charges occupées et les grades détenus dans les armées du roi. Le grand-père et l’arrière-grand-père de Marianne Besson ont été lieutenants de l’Amirauté à Sérignan et Vendres ; son oncle paternel, capitaine des Grenadiers de France et chevalier de l’Ordre de Saint-Louis. Sa sœur aîné avait épousé André d’Autrivay de la famille des Seigneurs du Fesc et ancien officier du Régiment Royal- Roussillon. Par sa mère, elle descend des Belugou et des Rieux de Toulouse.
A Narbonne, la trace de la famille Mirabet était rapidement retrouvée dans les registres de la paroisse Saint-Just où figurent les baptêmes de trois sœurs du futur général et d’autres actes concernant la branche aînée de la famille et c’est là qu’apparaît le nom de Mirabel. Car dans cette branche aînée, on est qualifié de noble parce qu’officier dans le Régiment de Rouergue et, lorsque l’acte fait état du grade, le nom devient Mirabel. On peut donc considérer qu’il est le nom de guerre des officiers de cette famille.
Mais nous n’avions toujours pas trace de la naissance de Jacques Guillaume Hyacinthe Mirabet, porteur d’une série de prénoms que l’on avait rencontrée à chaque génération de cette famille. Pas de trace non plus du mariage de ses parents dont l’identité nous avait été confirmée par l’acte de mariage Mirabet x Besson de 1773 à Capestang.
Aux Archives départementales de l’Aude, l’examen du Contrôle des actes des notaires – c’est l’administration qui a précédé l’actuel enregistrement – nous a livré les références de nombreux actes concernant les différentes branches de la famille Mirabet. Malheureusement, il n’a pas été possible de connaître le contenu de tous ces actes. Certains ont été passés chez des notaires dont les archives n’ont pas été reversées ; d’autres ont probablement été classés dans des liasses non encore inventoriées.
On a pu cependant retrouver le contrat de mariage des parents du futur général, et surtout deux testaments rédigés par son père Guillaume, l’un daté de 1751, l’autre de 1755 : dans le premier sont citées les trois filles dont les actes de baptême sont inscrits dans les registres paroissiaux de Narbonne ; dans le second, rédigé dans les mêmes termes que le précédent, apparaissent, après les trois filles déjà connues, deux garcons, Jacques Guillaume Hyacinthe et Louis Joseph Gaspard qui sont donc nés entre 1751 et 1755 7.
Comme d’après tous les actes déjà vus, le père du futur général occupait les fonctions de contrôleur des Fermes du roi au bureau de Fitou depuis 1749, au moins, c’était dans cette paroisse, qu’il fallait chercher les actes de baptême de ses deux garcons. Ils y sont inscrits, sur le registre déposé aux Archives départementales de Carcassonne, à la date du 30 juillet 1752 pour Jacques Guillaume Hyacinthe, celle du 6 janvier 1755 pour Louis Joseph Gaspard.
Et comme il ne faut jamais hésiter à étendre la recherche, dans ce même registre, on a découvert l’acte de décès de Guillaume Mirabet, contrôleur des Fermes du roi, le 29 décembre 1756.
Retour aux Archives municipales de Narbonne pour quelques précisions complémentaires Jeanne Antoinette Claret, veuve de Guillaume Mirabet, décède dans cette ville le 3 octobre 1765. Quelques autres actes apportent des précisions sur cette famille Claret dont le futur général descend par sa mère.
Au passage, on a pu apprendre que Marguerite Claire Mirabet, aînée des filles du couple Mirabet x Claret, s’est mariée à Narbonne le 31 mars 1761 avec Jean Baptiste Lautié, géomètre à Fleury et c’est dans ce village que nous retrouverons les orphelins Mirabet, Jacques Guillaume Hyacinthe et Louis Joseph Gaspard sous le tutorat de leur beau-frère. Ils apparaissent comme parrains de deux de leurs neuf neveux.
L’ensemble des renseignements recueillis à Narbonne, Carcassonne, Capestang, Agde, Béziers, Montpellier, Fleury, Sérignan, permet alors d’établir le tableau des ascendances et alliances familiales ci-après et d’écrire, en effectuant quelques recherches supplémentaires ne présentant pas de difficultés majeures, la biographie de Mirabet.
L’examen du tableau généalogique permet de constater que :
- l’arrière-grand-père de notre héros, Jacques Mirabet, était capitaine et major de Villefranche. Il est décédé avant 1693 ;
- le grand-père, Jacques Hyacinthe, né vers 1651 et décédé à Narbonne le 20 janvier 1730, n’apparaît nulle part comme militaire ou ancien militaire mais il est le père d’un Guillaume Hyacinthe, officier du Régiment de Rouergue et époux d’Henriette Huot de Lavoncourt, d’une vieille famille noble de Franche-Comté. Ce mariage antérieur à 1734 n’a pas été retrouvé dans notre région. Il a probablement été célébré dans la famille de l’épouse, peut-être dans une ville où le Régiment de Rouergue tenait alors garnison. Henriette Huot de Lavoncourt a certainement vécu longtemps à Narbonne avant son décès car elle est propriétaire de terres assez nombreuses dans les villages voisins et de maisons dans la ville même.
De ce couple est probablement issu un autre Guillaume Hyacinthe, lui-même officier du Régiment du Rouergue et époux de Thérèse Marie Josèphe de Sayol qui appartient à une famille de la noblesse espagnole 8.
Guillaume Mirabet, père du général, ne paraît pas avoir eu de situation stable avant 1749. En 1744, il épouse Jeanne Antoinette Claret de Narbonne, d’une famille d’avocats et dont le frère sert comme officier dans les Armées du roi d’Espagne. Ce mariage semble lui avoir apporté une certaine amélioration de sa situation financière et peut-être facilité son entrée aux Fermes du roi en qualité de contrôleur à Fitou vers 1748. On peut remarquer que dans les deux testaments qu’il rédige en 1751 et 1755 ne figure qu’un seul leg précis, celui de 50 livres à l’hôpital de la Charité. Aucune dot n’est fixée pour ses trois filles : comme les deux garcons qui apparaissent dans le testament de 1755, elles auront droit « à la légitime ». Ces testaments donnent l’impression que le testateur ne disposait pas de liquidités importantes ni de biens fonciers propres.
Sur l’arbre généalogique des Mirabet, du côté des femmes, on trouve une Jeanne de Cazes (Decazis ?), épouse de l’arrière- grand-père, décédée à Narbonne le 13 novembre 1707. Rose de Revel, fille de Guillaume, conseiller du roi et notaire et sœur d’un autre Guillaume, lieutenant criminel de Narbonne, est la grand-mère du général.
Jacques Guillaume Hyacinthe n’a que quatre ans au décès de son père à Fitou en 1756. La famille rejoint alors Narbonne où Jeanne Antoinette Claret, la mère, décède en 1765. L’aînée des filles Mirabet, Marguerite Claire, s’était mariée à Narbonne le 31 mars 1761 avec Jean Baptiste Lautié, géomètre à Fleury. C’est lui qui assurera le tutorat des autres enfants Mirabet à Fleury où les deux garcons Jacques Guillaume Hyacinthe en 1765 et Louis Gaspard en 1772 sont les parrains de deux de leurs neuf neveux et nièces connus sur les registres de cette paroisse 9.
On ne sait rien d’autre de l’enfance du général. On peut constater qu’il recoit une certaine instruction puisqu’il signe l’acte de baptême de son filleul en 1765.
Comment s’entendait-il avec son beau-frère et tuteur ? Aucun élément sur ce point mais nous savons qu’en 1773, il a pour curateur André d’Autrivay qui n’est pas son parent et dont on ignore dans quelles conditions, il a été appelé à assumer cette mission. Nous savons aussi qu’en 1787, Mirabet, contestant la gestion par son premier tuteur des biens qui lui venaient de sa mère et d’une tante Claret, obtiendra gain de cause et une somme assez importante qui lui sera payée en 1790. Enfin, ni Jean Baptiste Lautié ni son épouse n’apparaissent à son mariage en 1773.
Jacques Guillaume Hyacinthe s’engage en avril 1768 10 et est inscrit au contrôle de la Compagnie de Saint-Germain du Régiment de Languedoc-Dragons. En 1769, il est à l’école d’Équitation de Cambrai sous les ordres du lieutenant général Lapoterrie. Les archives de cette école ont été détruites dans un incendie en 1944. On aurait peut-être découvert quelques appréciations intéressantes sur le dragon Mirabet.
On le retrouve, dans le même régiment sur le contrôle de la Compagnie de Jobal et ce document porte la date de son congé absolu, c’est-à-dire, de la fin de son service dans l’armée 31 décembre 1772.
Engagé pour huit ans en avril 1768, il n’avait donc effectué que quatre ans et huit mois de service et n’avait fait l’objet d’aucune promotion.
Pour obtenir ce congé, alors qu’il n’a pas servi pendant le temps prévu lors de son engagement, il doit rembourser une partie de ce qui était alors, probablement, une prime calculée sur la durée du contrat. Il doit aussi rembourser une dette contractée auprès du capitaine de Fosières de Boutenac, de son Régiment et audois d’origine. Dans ce but, il emprunte à son ami Marc Vieu, macon à Coursan, la somme de 459 livres 14 sols et en contrepartie, il cède au prêteur pour le temps nécessaire à l’extinction de la dette les revenus de salins à Narbonne et Sigean qui lui viennent de l’héritage de sa mère 11.
Comment vit-il jusqu’à son mariage ? On ne dispose d’aucun renseignement sur cette période probablement passée à Narbonne.
En octobre 1773, il se marie avec Marianne Besson ; il a 21 ans, elle en a 37.
Marianne Besson, d’une bonne famille bourgeoise de Capestang a eu un enfant naturel en 1760 dont le père présumé, Georges Combescure, bourgeois de Nissan n’a pas voulu l’épouser. Il se marie en 1766 avec la fille du notaire de Fleury, Marianne Baquié et c’est alors seulement que Marianne Besson dépose sa plainte au tribunal des officiers temporels de l’archevêque de Narbonne. Son dossier comporte des éléments solides puisque Combescure est condamné en 1767 à payer 300 livres à sa fille naturelle lorsqu’elle se mariera.
Marianne Besson vit à Capestang avec sa mère Thérèse Belugou 12 ; elle possède des biens venant de son père, en indivision avec André d’Autrivay ancien officier du Régiment Royal Roussillon et veuf depuis 1757 de la sœur aînée de Marianne.
Ces personnes ne vivent peut-être pas toujours en grande harmonie mais probablement très près les unes des autres et sans vouloir faire de roman, on ne peut s’empêcher de constater la succession en un temps relativement court d’une série d’événements qui paraissent liés :
- Marianne Besson qui n’a pu empêcher en 1766 le mariage de Georges Combescure, signera en 1770 un contrat de mariage avec un homme plus jeune qu’elle et sur lequel elle pouvait avoir quelque influence puisqu’il était le fils d’une veuve qui tenait en fermage ses terres et celles d’André d’Autrivay. Mais ce contrat est résilié trois semaines après sa signature par cet Antoine Aussères – c’est le nom du jeune homme – qui commence à faire publier les bans de son mariage avec une autre fille et obtient de l’archiprêtre de Capestang la levée de l’opposition à son mariage formulée par Marianne Besson ;
- en avril 1771, André d’Autrivay, âgé de 49 ans et après quatorze ans de veuvage, se marie avec Marianne Audric, 29 ans; elle est la cousine germaine d’Antoine Aussères qui n’a pas voulu épouser Marianne Besson, l’année précédente ;
- par acte en date du 30 juillet 1772, André d’Autrivay assure une rente à Marie Thérèse Francoise, fille naturelle de Marianne Besson. A quel titre ? On n’en sait rien, l’acte recu par Maître Lagarde n’ayant pas été retrouvé et on peut se demander si la mention portée au contrôle n’est pas erronée car lorsque Marie Thérèse Francoise se mariera en 1780 à Agde, sa mère naturelle lui constituera une dot où il apparaît, en particulier, une somme de six cents livres qui est due à la donataire par contrat de constitution de rente passé devant M Lagarde le 30 juillet 1772 par André d’Autrivay et pour lequel capital les héritiers d’Autrivay payent annuellement à Marianne Besson une rente de 30 livres. Le bénéficiaire de cette rente constituée par André d’Autrivay en 1772 est certainement Marianne Besson (comme celle-ci le déclare en 1780). Mais alors on ne comprend pas pourquoi, au contrôle des actes rédigé peu de temps après l’acte, le bénéficiaire est la fille naturelle, Marie Thérèse Francoise. Et on ne sait pas davantage pourquoi André d’Autrivay était tenu à cette obligation envers la mère ou la fille ;
- en décembre 1772, Mirabet quitte l’armée et doit emprunter en janvier 1773 une assez forte somme pour acheter son congé définitif et rembourser sa dette envers le capitaine de Fosières. Il avait déjà vendu en avril 1772 une terre qu’il possédait à Coursan, au même Marc Vieu, son ami. On ne sait pas s’il a ultérieurement récupéré les salins dont les revenus devaient servir à éteindre sa dette. Celui de Sigean est encore inscrit à son compoix en 1778. Mais en cette année 1773 où il vit en bourgeois à Narbonne, Mirabet qui ne semble pas avoir des relations avec son beau-frère Lautié de Fleury, se trouve sous la curatelle d’André d’Autrivay avec lequel il n’a aucun lien de parenté.
De ces éléments on peut penser qu’en 1773, Mirabet, bourgeois de Narbonne – on ne fait pas état de sa qualité ou ancienne qualité de militaire dans son contrat de mariage avec Mariane Besson -, ne roule pas sur l’or et que peut-être ce mariage est une bonne affaire pour lui. Mais il vient aussi à l’esprit que ce mariage a pu être arrangé par André d’Autrivay.
De 1773 à 1777, le couple Mirabet x Besson vit probablement à Capestang où l’on relève dans les répertoires des notaires quelques ventes effectuées par Marianne Besson. Les archives de ces notaires ne sont pas disponibles et nous ne pouvons pas savoir si ces ventes ont permis au couple de vivre de leur produit.
En avril 1777, Marianne Audric, veuve de Jean d’Autrivay, décédé en janvier 1776, confie à Guillaume Mirabet, « bourgeois de Capestang », la ferme de ses terres. Mais pour une raison inconnue, cet acte n’est pas suivi d’effet puisque le 20 mai de la même année, Marianne Audric accorde cette ferme à Jean Combes, sacristain de Capestang.
En novembre 1777, Marianne Besson, malade, rédige son testament par lequel elle laisse tous ses biens à son mari, Guillaume Hyacinthe Mirabet ; elle ne fait aucune allusion à sa fille naturelle, ni à la rente que devaient lui servir les d’Autrivay en exécution de l’acte de juillet 1772, passé chez M Lagarde.
Quelques jours après, en décembre 1777, le comte de Gléon de Durban – c’est le capitaine de Fossières de Boutenac, ancien du régiment Languedoc-Dragons – rédige l’attestation selon laquelle Mirabet aurait servi pendant huit ans dans son régiment. Ce document dont la forme est celle d’une recommandation pour un emploi est à notre avis un certificat de complaisance car de Gléon sait bien que Mirabet en janvier 1773 a emprunté une somme assez importante afin d’acheter son congé définitif et de lui rembourser une dette contractée pendant son service 13.
Il devenait probablement nécessaire pour le couple Mirabet de se créer une source de revenus et il l’obtint puisqu’en 1778, le mari occupe un emploi subalterne aux Fermes du roi, à Agde.
Employé, puis peseur, Mirabet habite avec son épouse près de la Foraine (ce sont les bureaux des Fermes) dans l’actuelle rue Chassefière. Il fréquente ses collègues de l’administration et quelques modestes artisans, on note sa présence à une trentaine de mariages et baptêmes avant 1793. On peut alors remarquer que chaque fois qu’il est appelé à donner son âge, cet âge correspond à la date de naissance de 1752. Autre remarque : son épouse signe « Besson de Mirabet » ou « de Besson de Mirabet »; c’est une pratique rare en Agde à cette époque et utilisée seulement par les femmes d’un rang social élevé.
⁂
Malgré cet emploi aux Fermes, les Mirabet ont toujours des ennuis d’argent en 1782 et 1783, par trois fois, Guillaume Mirabet ou son épouse comparaissent devant le tribunal de l’Évêque et toujours pour le même motif : achats non réglés à des marchands d’Agde, Bessan et Béziers 14. Si bien qu’en 1785, Marianne Besson doit vendre à un avocat de Béziers une terre qu’elle possède à Capestang pour le prix de 1100 livres : mais 399 livres sont retenues pour le règlement d’une des dettes signalées plus haut et de deux autres dettes n’ayant pas fait l’objet de procès connus. L’avocat acquéreur se charge de ces paiements pour le solde du prix de la terre, il remet 201 livres à la vendeuse qui devra attendre deux ans les 500 dernières livres augmentées de l’intérêt « au taux de l’ordonnance » 15.
En 1787, comme il est signalé plus haut, Mirabet fait assigner l’avocat Taubin de Capestang devant le tribunal de Narbonne dans le but de récupérer sa part de l’héritage de sa tante, Marie Anne Claret, d’un montant de 150 livres. Jean Baptiste Lautié, époux de l’aînée des sœurs Mirabet, en sa qualité de tuteur de ses jeunes beaux-frères, avait donné quittance au chanoine Taubin des sommes dues par ce dernier aux deux garcons Mirabet 16. Mais cette opération avait probablement été entachée d’irrégularité puisque le tribunal condamne l’avocat Taubin, héritier du chanoine, à payer à Guillaume Mirabet, 150 livres augmentées de 147 livres d’intérêt, somme qui monte en 1790 à 331 livres car l’avocat Taubin avait retardé son paiement 17.
Et puis ce fut la Révolution ! Mirabet appartient à une administration, les Fermes du roi qui vont devenir les Douanes nationales, dont manifestement les représentants en Agde, étrangers à la ville et nommés par l’Ancien Régime sont tenus en suspicion par les éléments avancés de la population locale.
Peut-être jaloux d’une certaine autonomie, les membres de cette administration n’hésitent pas, le 19 août 1792, à faire savoir au conseil général de la commune (c’est l’actuel Conseil municipal) qu’ils ne se sentent pas concernés par l’appel aux armes pour « voler aux frontières » et « défendre la patrie contre les tyrans » 18.
A deux reprises en 1791 et 1792, ils signent des pétitions pour signaler que l’échange des assignats leur cause un préjudice matériel grave. Mirabet a signé la pétition de 1791. Celle de 1792 n’est connue que par la mention qui en est faite au cours d’une séance du conseil général et elle est à l’origine d’une punition infligée à un certain Albernhe considéré comme son instigateur. Le receveur des Douanes, Monsieur Solier dont le fils était parti à l’étranger, est inquiété à plusieurs reprises et accusé de sentiments antirévolutionnaires. Mirabet en novembre 1792 viendra témoigner devant le conseil général en faveur du fils Solier dont le départ à l’étranger n’était que « l’effet du libertinage et de la fougue d’une très grande jeunesse » comme le déclarait son père. Et cette explication était admissible puisque cette fuite avait eu lieu en 1787 alors que Victor Solier, âgé de 17 ans et sous-lieutenant au régiment de Hainaut, avait accumulé des dettes que son père refusait de régler et était poursuivi par ses créanciers.
Ces prises de position et engagements de Mirabet montrent que l’homme ne manquait pas de caractère et ne craignait pas d’affronter le conseil général de la commune.
Dans le même temps, membre de la Garde nationale, il y déploie une activité remarquable ; en particulier en août 1792, il est chargé de conduire à Montpellier un détachement de 27 volontaires destinés au 3e Bataillon de l’Hérault. Quand, par la lecture des rapports adressés au conseil général, on connaît les incidents que peuvent créer ces volontaires en déplacement, on peut conclure que pour conduire une telle troupe dont la discipline n’est pas la qualité première, il faut un chef de détachement énergique.
En février 1793, Mirabet – l’un des premiers – demande l’attribution du certificat de civisme que différentes catégories de fonctionnaires doivent obtenir en application de récents décrets. Il n’est alors « scrutiné » – c’est l’expression du moment – c’est-à-dire qu’il ne l’obtient que par 9 voix contre 8 et une abstention 19. Mirabet s’en souviendra et quelques mois plus tard, alors qu’il aura déjà brillamment participé au combat contre les Espagnols, dans une lettre adressée aux officiers municipaux, il leur annonce qu’il « se fera une gloire de leur porter le laurier et celle d’être bien réhabilité dans l’esprit de ceux qui soupconnaient son patriotisme » 20.
Au début de 1793, une certaine effervescence règne dans Agde. Les attributions et refus de certificats de civisme sont contestés et en mai la tendance extrémiste l’emporte puisque toutes les décisions antérieures d’attribution sont cassées et on commence à établir la liste des suspects.
Mirabet venait de quitter Agde ; le 13 mai 1793, les Représentants du Peuple réunis à Perpignan nomment « Guillaume Mirabet, ancien maréchal des logis du 6e Régiment de Chasseurs à cheval.., officier-instructeur de la Cavalerie avec le grade de lieutenant ».
Nous avons déjà vu que Mirabet n’avait fait l’objet d’aucune promotion lors de son temps de service au Régiment de Languedoc-Dragons. A notre connaissance, il n’avait jamais servi au 6e Régiment de Chasseurs à cheval et si l’on fait état de son appartenance à ce régiment, c’est probablement parce que ce corps était l’héritier du Languedoc-Dragons dont il détenait les archives administratives.
Mais l’armée des Pyrénées-Orientales manque de cavaliers et les unités de cette arme levées dans le Gard et l’Hérault ont besoin d’être formées aux évolutions et manœuvres.
Mirabet qui avait servi près de 5 ans dans un régiment du roi dont un an dans une école d’équitation était certainement qualifié pour devenir un instructeur. Instruction que l’on mène tout en combattant : le 19 mai, Mirabet est blessé à la jambe d’un coup de feu ; en juin, il est promu capitaine avec le titre d’instructeur de la Cavalerie nationale et de l’Artillerie volante et les Représentants du Peuple estiment « qu’il a parfaitement instruit ses cavaliers ». En septembre, le voici lieutenant-colonel commandant les Flanqueurs à cheval de l’armée des Pyrénées-Orientales.
D’une extraordinaire bravoure, il se fait remarquer au cours de ces opérations de 1793 au nord puis au sud de Perpignan : on le voit un jour seul contre sept cavaliers espagnols ; il en tue deux, démonte le troisième et met en fuite les quatre derniers.
Blessé une première fois en mai, il l’est encore en juillet à Thuir en chargeant la cavalerie espagnole et son épaule droite est traversée d’un coup de sabre ; en août, il a la « tête fendue » encore par un coup de sabre et en septembre il est touché à la main droite toujours d’un coup de sabre ce qui montre bien qu’il n’hésitait pas à s’engager dans le combat corps à corps.
Évidemment il fait l’objet des appréciations les plus élogieuses de la part des Représentants du Peuple. On écrit de lui que « nul, même Augereau ne l’égalait en ardeur belliqueuse et en flamme martiale » et que aux jours de la bataille, il se multipliait : on le rencontrait partout et les Espagnols ne voyaient que lui dans la mêlée et le prenaient pour le général en chef. »
Les opérations sur ce théâtre étant suspendues, Mirabet décide au mois d’octobre de se rendre dans les armées du Nord avec l’autorisation du général Giacomoni, chef d’état-major, approuvée par les Représentants du Peuple. Le document porte des appréciations élogieuses sur le bénéficiaire de l’autorisation qui entreprend ce voyage vers les armées du Nord « pour y exercer son état au bien de la Cavalerie et de la République ».
En compagnie de Gilly, lieutenant-colonel, Mourry et Petit, maréchaux des logis, Mirabet arrive à Paris en novembre ou début décembre 1793. Il rencontre le ministre mais ne recevant aucune affectation, au bout de quinze jours lui et ses compagnons, par une lettre du 19 décembre, viennent lui rappeler leurs talents militaires et lui demandent « de ne pas laisser leur ardeur guerrière et leurs bras dans une léthargie honteuse ». La demande est pressante car un décret vient d’être pris ordonnant aux militaires de « vider Paris de suite » 21.
On ne sait pas ce que fut la réaction immédiate du Ministre mais on peut remarquer que le 23 décembre, on envoie son brevet de général à Mirabet qui revient à l’armée des Pyrénées-Orientales.
En fin avril et début mai, les Espagnols subissent vers Céret une grave défaite : 1 500 tués, autant de prisonniers de tous grades, 150 canons, 800 chevaux et mulets pris ainsi que les bagages et le train des équipages de l’état-major où se trouvait en particulier la belle vaisselle du général 22.
Le 6 mai, la division Augereau, composée des brigades Guieu et Mirabel franchit la frontière au sud de Saint-Laurent de Cerdans et après une marche dont la carte donne une idée des difficultés, arrive à Saint-Laurent de la Muga. Le village est bien défendu mais la brigade Guieu s’en empare tandis que Mirabel prend une importante fonderie voisine où il récupère 60 000 boulets, de l’outillage et un stock de lingots de fer. Ces prises sont particulièrement appréciées par la Convention.
Le 19 mai, le général espagnol La Union contre-attaque avec des moyens importants : 15 000 hommes en 7 colonnes. La brigade Guieu doit évacuer le village et est en grand danger d’être bousculée. Mirabel accourt et, utilisant habilement son artillerie légère, réussit à arrêter puis à refouler l’Espagnol qui tente en vain une contre-attaque. Comme toujours au cœur de la bataille, Mirabel rameute ses éléments à la voix et bouscule l’aile droite ennemie. Le reste des Espagnols en danger d’encerclement se replient rapidement et fuient en désordre vers Figueras.
Le 13 août, ils attaquent à nouveau ils sont, cette fois, 22 000 disposés en 6 colonnes. Augereau n’a que 7 000 hommes à leur opposer. Le combat s’engage vers deux heures du matin ; il va durer jusqu’à 18 heures. La lutte est longtemps indécise mais Mirabel va décider du sort de la bataille en foncant avec sa brigade sur le village de Terradas, bousculant l’Espagnol en une charge impétueuse. Il tombe, mortellement atteint, mais l’élan est donné et les Francais, sous les ordres du général Lemoine poursuivent l’ennemi : l’Espagnol laisse sur le terrain 3 000 morts parmi lesquels le baron de Kessel, maréchal de camp. Les Francais perdent le général Mirabel et 186 autres tués 23.
Mirabel fut enterré au pied de l’arbre de la liberté et un mausolée fut érigé que les Espagnols détruisirent lorsqu’ils revinrent dans la région. Le procès-verbal établi au moment de l’enterrement témoigne de la douleur des cadres et soldats après la mort d’un général aimé et respecté autant pour sa bravoure que pour ses qualités humaines.
Quelques jours après la bataille, la Convention décide que le nom de Mirabel sera inscrit sur la colonne du Panthéon. Mais si on le trouve sur l’Arc de Triomphe comme ceux d’autres généraux de la Révolution et de l’Empire, on n’a jamais découvert cette fameuse colonne du Panthéon.
L’admiration que l’on porte au héros ne facilite cependant pas les démarches que sa veuve doit accomplir pour obtenir une pension. Il est vrai que le dossier présenté par Marianne Besson comporte plusieurs éléments faux concernant en particulier la durée des services de son mari dans l’armée du roi et à l’appui desquels elle fournit la déclaration du comte de Gléon dont nous avons vu plus haut ce que l’on pouvait en penser et une déclaration d’anciens du régiment Languedoc-Dragons signée à Béziers en juillet 1796. Mais l’examen des contrôles du régiment (probablement détenus alors par le conseil d’administration du 6e régiment de chasseurs à cheval) montre que, parmi les signataires de cette déclaration :
- le maréchal des logis Martinet a déserté le 18 avril 1770 ;
- le dragon Domeyron, de Béziers, engagé en 1769, a déserté en 1770, est rentré au corps 13 jours après, a été amnistié en 1772 et n’apparaît plus sur les contrôles après avril 1772 ;
- le dragon Tudieu, de Béziers, engagé le 21 janvier 1769, a été congédié en juillet 1771 ;
- le brigadier Rieux et le dragon Pelissier n’apparaissent sur aucun des contrôles du régiment à la période considérée !
L’administration ne peut se fonder sur des témoignages aussi suspects et elle n’accepte que le certificat rédigé par le conseil d’administration du 6e régiment de chasseurs à cheval, signé à Sedan le 14 septembre 1796 ; la date d’enrôlement du dragon Mirabet est celle du 11 avril 1768 pour 8 ans la date de congédiement, celle du 31 décembre 1772 ; ce sont les dates qui figurent sur les contrôles des compagnies Saint-Germain et de Jobal.
Finalement après 3 ans de démarches et alors que Marianne Besson vit à Agde dans un état proche du dénuement, la pension est accordée le 24 avril 1797, calculée sur une durée des services dans l’Armée du roi en concordance avec les dates inscrites aux contrôles du Languedoc-Dragons.
A Agde où l’on connaissait les exploits de Mirabel à l’armée des Pyrénées-Orientales, on n’en retrouve aucune mention dans les procès-verbaux des séances du conseil général. Sa mort glorieuse au combat est annoncée par les autorités militaires à l’officier public de la ville par un document constituant un éloge exceptionnel qui est, transcrit sur le registre d’état-civil mais ne fait l’objet d’aucune communication officielle à la population.
La seule marque d’intérêt qu’on a pu retrouver consiste en un certificat délivré à Marianne Besson par le conseil général, sur proposition de la Société Populaire, pour lui permettre de demander une pension (11 fructidor an II).
En 1895, le chef du Génie demande au conseil municipal de décider du nom à donner aux nouvelles casernes et suggère que le choix pourrait être fait parmi les noms « des hommes recommandables » cités dans l’Histoire d’Agde de Balthazar Jordan. Le conseil qui, antérieurement avait proposé le nom du contre-amiral Lamothe-Tenet – proposition non retenue parce que le personnage était encore en vie – prend la décision… de ne rien proposer et de laisser le choix au commandant du Génie !
Personne n’avait rappelé aux membres du conseil que si le général Mirabel était né à Fitou, s’il appartenait à une vieille famille de l’Aude, c’est à Agde qu’il avait passé la majeure partie de sa vie et qu’était née sa foi en la République.
La caserne d’Agde désaffectée, a été rachetée par la ville pour y installer une nouvelle mairie. Nous tenons pour assuré que le nom de Mirabel restera attaché à cet ensemble administratif et nous sommes particulièrement heureux de savoir que les résultats de notre recherche ont contribué à cette décision.
ANNEXE I
Tableau des alliances des familles Mirabet et Besson
ANNEXE II
Compte rendu de la bataille de Saint-Laurent de la Muga (1er Prairial An II), par le Général Mirabel
Copie de la lettre écrite par le général de brigade Mirabel au général divisionnaire Augereau. 1er Prairial An II. 20 mai 1794.
Liberté Victoire Égalité
Mort aux tyrans
Paix aux peuples.
A la forge de St Laurent de la Mouga, le 1er Prairial 2. année de Rque une et indivisible ;
Je m’empresse de te rendre compte, mon camarade, de l’affaire d’hier, dans laquelle selon l’usage nous avons frotté l’espagnol.
Vers le point du jour nos avant postes furent assaillis sur tous les points par environ quinse mille hommes formés sur six colonnes. Ils se replièrent sur les postes plus forts et soutinrent le feu de l’ennemy asses long temps pour me donner le tems de faire mes dispositions. Je fais partir le bataillon des grenadiers des bouches du rhone, pour renforcer le 3e bataillon de la 39e demy brigade à Darnious, d’où je venois d’apprendre qu’il émit repoussé. Je donnai ordre à l’adjudant général chef de brigade Boissier de se porter avec un bataillon à la redoute de la Biste pour renforcer le 2e bataillon de la Hte Garone et prendre tous les moyens de résister à l’ennemy. Deux compagnies du 2e bataillon de la 39e demy brigade partirent également pour secourir le 1er bataillon de ce corps qui gardois le chemin de Figuérès où le feu étoit très violent. Une troisième fut joindre le poste de l’extrémité de ma gauche, plus foiblement attaquée ; les grenadiers de ce bataillon estoient partis avec l’adjudant général Boissier, il ne me restoit plus que quatre compagnies disponibles.
Cependant les espagnols poussoient leur attaque avec une vigueur qui n’est pas ordinaire ches eux. Je m’appercus sans peine qu’un renfort estoit nécessaire. Je te demandais un bataillon, tu vins toi même, suivi du 6e bataillon des chasseurs sous les ordres du brave commandant Bon, qui fit tellement diligence qu’il arriva à point nommé, au moment où ma droite étoit forcée de céder au grand nombre. Je vis que l’ennemy la poursuivoit avec asses de désordre dans la retraite qu’elle executoit ; je dirigeai donc le 6e bataillon des chasseurs vers son centre pour le rompre. J’envoyai en même temps le chef de brigade Bellet avec trois compagnies renforcer et rallier la colonne en retraite, avec ordre de se conformer au mouvement des chasseurs et de prendre l’ennemy en flanc, en même temps qu’ils l’attaqueroient de front. Les chasseurs gravissent à pié une montagne extrêmement rapide, intrépides comme leur chef, ils tombent sur la colonne espagnolle avec leur valeur ordinaire ; poussée avec une égale vigueur, par la droite, elle plie et fuit en désordre sur les hauteurs de la chapelle, elle est poursuivie sans relache. Une colonne destinée à la soutenir se débande à l’aspect du général Guieu qui paroit à la tête de sa brigade et dont la célérité n’a pas peu contribué à la victoire.
La déroute se communique de proche en proche et le feu, qui jusqu’à ce moment avoir été d’une vivacité extraordinaire sur tous les points, cesse tout à coup, après avoir duré plus de six heures. L’ennemy, poursuivi jusqu’auprès de Figuérès, fuit en désordre, laissant le chemin rempli d’armes, de cadavres et de munitions de toute espèce.
Nos braves me ramenèrent deux cents cinquante prisonniers parmy lesquels il y a un général, douse lieutenants colonels, ou colonels, et dix officiers de moindre grade, une grande quantité de fusils, gibernes & ca.
Le chef de bataillon Sourailly, commandant à Darnious, m’a mandé qu’il avoit esté aussi heureux que nous et qu’après avoir chassé l’ennemy, il a fait quatre vingt prisoniers.
Témoin oculaire et agissant dans l’affaire, tu as vu que la conduite des officiers et des soldats est également au dessus de tout éloge. Je dois à la vérité de te dire que l’adjudant général Boissier m’a secondé avec autant d’intelligence que de courage. Enfin, tu l’a vu toy même, par ce soldat qui a mérité une couronne civique.
Nous avons, en quelques mots, plus encore de blessés, le nombre n’en est pas encore constaté. Mais les espagnols ont du trouver plusieurs lacunes à l’appel ; je ne puis préciser leurs pertes en morts et en blessés, mais elle est infiniment plus grande que la notre. Au nombre de leurs tués est le neveu de l’électeur de Cologne.
Ainsy la République peut mettre cette journée au nombre de celles qui font sa gloire. Ainsy, pour la seconde fois que donquichotte d’union attaque ta division, il a le bec jeaune. Qu’il y revienne encore, il sera toujours châtié.
Je ne puis te rendre compte de tout ce qui s’est fait de beau et de sublime, pas un blessé qui n’aye supporté son malheur en républicain, pas un de ceux qui ont péri qui ne soit mort en héros.
Vive la République, Vive la montagne, périssent les tyrans.
Signé le général de brigade
MIRABEL
Pour copie conforme
C. MILHAUD
(Service Historique de l’Armée)
Notes
1. J. N. Fervel : Campagne de la Révolution francaise dans les Pyrénées-Orientales et description topographique de cette moitié de la chaîne pyrénéenne, 1793, 1794, 1795, Paris, 1851-1853.
2. AD – Aude – Fonds Girard 13 J 50. AM – Agde – Lettre de Mirabel H81.
3. Service historique de l’Armée, dossier Mirabel GB, 425, 2e série.
4. AD. Hérault – IIE 2/344.
5. AM. Agde GG15.
6. AD. Hérault IIE 2/203.
7. AD. Aude 3 E 8719 du 25/04/1744 Contrat mariage. AD. Aude Minutes M. Martin, 21/01/1751 1er testament. AD. Aude Minutes M. Lasserre : 26/11/1755 2e testament.
8. Elle descend du commandeur Don Feliciano de Sayol y Barbera, baron de Querol et de Maria Quarteroni y Ponce de Leon. Voir acte de baptême AM. Narbonne GG 20 du 16/10/1755.
9. AM. Fleury. Apparaît aussi comme marraine d’un de ses neveux en 1770, Marie Jeanne, la plus jeune des trois sœurs de Guillaume Mirabet. Elle est alors l’épouse de Guillaume Labatut, chirurgien à Colombiers, diocèse de Béziers.
10. Son état des services dicté et signé par lui en 1794 porte la date de 1762. Mais le « 2 » final ne ressemble pas aux autres « 2 » figurant sur ce document et n’est certainement qu’un « 8 » mal tracé.
11. AD. Aude, 3 E 9063 du 27/01/1773.
12. Thérèse Belugou est la fille de Marianne de Rieux. Cette dernière avait accueilli dans sa maison de Capestang son fils André et son épouse Marguerite Leulie, originaire de Narbonne. Mais ce couple fait montre à son égard de tant de méchanceté que Marianne de Rieux va se réfugier chez sa fille Thérèse Belugou et en fait son unique héritière (testament chez M. Bonefous, Capestang, 17/10/1743). La mauvaise bru meurt peu de temps après avoir rédigé son testament daté du 19 janvier 1747 chez Bonefous. Ce testament ne devait intéresser personne car on ne l’ouvre qu’en 1776 André Belugou se remarie avec Marianne Claret (contrat du 21/10/1747 chez M. Martin à Narbonne). Ainsi s’unissaient la tante maternelle du futur général et l’oncle maternel de la future épouse du général.
13. De Fossières (ou Fosières) de Boutenac a été autorisé par lettre patente de 1775 à porter le nom de Gléon de Durban qui est celui de la famille de sa mère. L’attestation de 1777 (copie) est aux AM Agde.
14. AD. Hérault. Actes du Tribunal de l’Évêque d’Agde.
15. AD. Hérault, IIE 10/91 du 06/08/1785.
16. AD. Hérault, IIE 65/106. Bonefous, notaire à Capestang.
17. AD. Hérault, IIE 65 – 25/05/1790.
18. AM. Agde.
19. AM. Agde – Délibérations.
20. AM. Agde Lettre Mirabel aux officiers municipaux.
21. Service historique de l’Armée : dossier Mirabel.
22. On doit requérir des charretiers dans l’Hérault et le Gard pour enlever tout ce butin.
23. AD. Hérault, L 5584, Lettre du Capitaine Iche.
