Étude chronologique du canal de Lunel (canal de la Radelle)

* Président de l’Association pour la Maintenance du Patrimoine du Lunéllois.

Au Moyen Age, les radeaux ou les barques, venant de l’ouest, traversent l’étang de Mauguio, remontent le cours inférieur du Vidourle (qui se jette alors dans l’étang) jusqu’aux marais de Psalmody et, de là, gagnent, par deux canaux, le Petit Rhône et les ports de Saint-Gilles.

Par sentence arbitrale de 1228 et lettres patentes du roi Philippe le Bel en 1229, les Lunellois sont autorisés à creuser leur « capouillière 1 » où ils voudront. Ce qui fut fait de la pointe orientale de l’étang de Mauguio en direction de Notre-Dame-des-Ports. Ce canal s’avérait indispensable pour faciliter le transport du sel (des salines de Leucate jusqu’à celles du Peccaix) aux greniers à sel de Lunel et Sommières mais aussi pour détourner le trafic à travers les étangs de Montpellier à Saint-Gilles.

Depuis l’édification du port d’Aigues-Mortes au début du XIIIe siècle, les navigateurs, venant de l’ouest, devaient se rendre de Lattes à ce port par la mer en suivant la côte, pour payer les droits aux agents du roi de France avant de prendre le large ou accomplir le trajet inverse.

A cette époque, pour éviter ce détour dangereux par la mer, où sévissaient de terribles tempêtes ou les pirates barbaresques, le roi Louis IX permit le creusement du canal dit « de la Radelle », qui, partant d’Aigues-Mortes, traversait l’étang de Mauguio jusqu’au port de Lattes.

Le seigneur de Lunel, Raymond Gaucelm V s’engagea, le 18 novembre 1251, à laisser librement circuler par ce canal, qui traversait ses terres, les navigateurs de Montpellier, sans jamais percevoir d’eux le moindre droit pour les denrées transportées. En échange du consentement du roi d’Aragon, seigneur de Montpellier, ses consuls conférèrent au seigneur de Lunel le titre de bourgeois de leur ville et la possession de certaines maisons qu’il convoitait.

En 1291, les salines du Peccaix 2 deviennent propriété royale et la baronnie de Lunel est acquise par le roi de France en 1295 ; son sel doit être transporté à Lunel.

Plan du Canal de Lunel et Site du Delta et du Vidourle
Plan du Canal de Lunel et Site du Delta et du Vidourle (Xe-XVe siècles)

Pour cela, il est nécessaire de créer une voie navigable, même en période de basses eaux : le transport par voie de terre est, lui, impraticable pendant l’automne et l’hiver, à cause des marais.

C’est de 1298 que date le plus ancien document dans lequel il est question de la roubine du canal de Lunel. Une délibération du 3 des ides de novembre 1298, prise par les Lunéllois réunis dans le cimetière de l’église Notre-Dame-du-Lac, décide de dépêcher certains d’entre eux au sénéchal de Nîmes et Beaucaire pour aller demander la permission de faire creuser une roubine neuve qui viendrait en droite ligne depuis les cabanes du sel jusqu’aux fossés de la ville.

Creusement du canal de Lunel et de ses prolongements aidé par les rois de France

Le sénéchal, par des lettres données à Nîmes, le 8 des calendes de juillet 1299, confirmées, peu de jours après, par le roi à Saint-Agile-sur-Loire, donna pouvoir aux syndics de Lunel de traiter pour les ouvrages à exécuter à la roubine.

Plan du Canal de Lunel 3e partie
Plan du Canal de Lunel 3e partie

Malgré l’opposition au projet de certains Lunéllois qui refusent de contribuer aux frais, après obligation royale faite, les syndics de Lunel, en vertu des lettres patentes du mois de mai 1300, confièrent à Sornac Calcinel, adjudicataire, l’exécution des ouvrages prévus, à ses frais et dépens, pour le creusement du canal depuis le port du sel jusqu’aux fossés de la Condamine 3 : canal de 9 mètres de large et de 1,20 mètre de profondeur, un chemin d’une canne de largeur sera établi de chaque côté (2,98 m). Les terrains nécessaires pour l’exécution des ouvrages devaient être payés des deniers de la communauté. L’entrepreneur devait, en outre, payer 100 livres tournois de rente au roi, moyennant quoi les syndics de Lunel lui cédèrent toutes les rentes et revenus du port pendant huit ans.

Deux ordonnances du sénéchal, des 12 octobre 1318 et 12 mai 1319, nous apprennent que l’entrepreneur, après avoir fait creuser le canal jusqu’à la Peyrille 4, ne tient pas ses engagements. Il fut condamné à des dommages et intérêts ; ses biens furent saisis et les travaux commencés restèrent longtemps suspendus.

Les barques pénétraient dans l’étang de Mauguio venant soit d’Aigues-Mortes par le canal de la Radelle, soit par le grau de Pérols, et arrivaient au port de La Peyrille à 1 200 toises de la ville (2 km 400), ce qui favorisa l’essor de notre ville.

En 1341 et 1344, de nouvelles tentatives de prolongement du canal sont effectuées. Vers 1360, le canal, bien qu’encore imparfaitement creusé, commençait d’amener, dans nos murs, une partie des marchandises qui s’embarquaient pour Aigues-Mortes ou autres graus.

Au mois d’août 1368, le roi Charles V, à la sollicitation du comte d’Étampes, seigneur de Lunel, donna des lettres confirmant aux habitants de Lunel le droit d’y transporter et d’y vendre exclusivement le sel, à charge de continuer, à leurs frais, le canal jusqu’à la ville, afin que, barques, bateaux et navires puissent y venir et rester en sûreté. Faute de moyen d’exécution, le port provisoire de La Peyrille continua encore de longues années à servir de lieu de débarquement.

Les lettres du roi entraînèrent un long procès entre les coseigneurs des Ports 5 et les habitants de Lunel, au sujet d’un droit de péage à prélever sur les barques chargées de sel passant sur le canal, prétendu par les uns, contesté par les autres.

L’enquête du 23 février 1369, exigée par le sénéchal, et la sentence ordinaire du juge de Nîmes du 17 avril 1372, déboutèrent les habitants de Lunel de leurs prétentions sur le droit de péage.

Celui-ci fut fixé, en faveur des coseigneurs de Ports, « à une émine de sel pour les barques à un mât, et à un septier pour celles à deux mâts, passant par le canal à travers leur territoire ».

Par deux actes des archives municipales, nous apprenons que les syndics de Lunel, en 1380, empruntèrent à un Juif, nommé Chritas Bomati-Nasse, de Montpellier, la somme de 1 270 francs d’or pour payer certaines dettes de la communauté et régler la dépense des réparations faites au canal.

En 1392, le canal fut à nouveau prolongé.

Vers 1481, un projet de canal est étudié partant des étangs d’Aigues-Mortes par lesquels les navires chargés seraient venus jusqu’aux portes de Lunel; il fut commencé, puis abandonné.

En 1489, la continuation de ce canal, qui aurait été d’une grande utilité pour le commerce du bas Languedoc, fut prise à cœur par le sénéchal Pierre d’Urfe. L’entreprise fut adjugée, à Lunel, en présence du seigneur de Rollet, trésorier de France, à Jean Marc, maître des Œuvres de la sénéchaussée, au prix de 3 000 livres tournois, mais il n’apparaît pas qu’elle ait jamais reçu un commencement d’exécution.

En 1509, deux gués traversaient le canal de Lunel

— l’un près de l’Église Notre-Dame-des-Ports,

— l’autre, plus au nord au lieu dit « la carrière de Mauguio »

Les habitants des villettes les utilisaient pour le passage de leur bétail. Cette coutume leur fut contestée en 1511 6 ; « ils pourraient à l’avenir abreuver leur bétail, et utiliser les gués à la condition de les entretenir en bon état de conservation et de ne point entraver la navigation, sous peine d’être responsable des dommages qui pourraient en résulter ».

Au mois de septembre 1595, le roi Henri IV, par lettres patentes, autorisa la prolongation du canal jusqu’aux fossés de la ville, ainsi que la perception d’un droit perpétuel sur le sel débité au grenier de Lunel pour couvrir les frais d’entretien du canal. Le bail des travaux à faire fut passé le 15 août 1596 en faveur de Barthélemy Rudaud. Il ne tarda pas à les abandonner à cause de l’abondance des sources.

Le 8 avril 1603, les consuls confièrent au sieur Jean Védrine de Montpellier le soin de continuer le canal ; les travaux furent adjugés au prix de 18 000 livres. Des difficultés ayant surgi en 1608 entre la communauté et l’entrepreneur, les consuls durent, en règle, continuer les travaux jusqu’au chemin du Pont Bringuier 7 et d’y creuser un port provisoire en attendant qu’il fût possible de pousser les travaux plus avant.

Pour faciliter la venue des bateaux à la foire de la Saint-Barthélemy, les consuls ordonnèrent en 1610 de nettoyer le canal depuis « l’Aste Drèche 8 » jusqu’au port, soit une longueur de 3 400 mètres depuis le Mas Desports.

Quelque temps après, les habitants de Saint-Just voulurent ouvrir sur le canal l’enfoncement (viradou 9) appelé port de Saint-Just, et durent, par acte public, en demander l’autorisation à ceux de Lunel (délibération du 2 mars 1620).

M. de Virolier, premier consul en 1650, fit venir Jacques Bertrand habitant Nîmes, « homme fort entendu au fait des robines ». Celui-ci, après vérification des lieux, déclara que la continuation du canal était chose possible ; sa réalisation apporterait des avantages considérables à Lunel, à toutes les provinces et au roi, grâce au transport du sel jusqu’aux greniers de Lunel, Nîmes et Sommières.

Ce n’est que six ans plus tard que le canal fut amené sous les murs de la ville. L’entreprise fut confiée à M. Jean Coste et la communauté dut emprunter 30 000 livres pour couvrir la dépense. Les travaux furent si mal exécutés que, quelques années après, il n’était plus possible aux barques d’avancer au-delà de l’ancien port de la Peyrille.

La création du port de Cette, le 29 juillet 1666, ouvre de nouvelles perspectives pour notre ville, mais il est impératif de recourir à un canal navigable toute l’année et à un port accessible par voie de terre durant la mauvaise saison, ce que ne permet pas l’avant-port.

Projet de canal de dérivation du Vidourle à la Roubine de Lunel (canal de Lunel) - datant de la fin du XVIIe siècle

Il n’a désormais qu’une valeur historique, mais il est fort curieux de le rappeler.

Les Vidourlades de 1684 et 1689 furent particulièrement violentes et causèrent d’énormes dégâts. Ce fut l’ingénieur Esprit Linsolas qui fut délégué par l’intendant pour remédier au problème dans son ensemble. Il ressortit de son étude que les moyens d’écoulement du Vidourle étaient très limités en cas de fortes crues, d’où la nécessité de construire un nouveau canal propre à vider, par la plus droite ligne, les eaux du Vidourle. Telle était la conclusion de son rapport déposé le 17 novembre 1692. En 1695, nouveau mémoire sur les inondations du Vidourle de l’ingénieur Niquet qui approuve la conclusion du rapport de M. Linsolas, et précise que le canal de dérivation partirait du pont de Lunel, et que le Vidourle ne devrait plus, à l’avenir, se jeter dans le canal de la Radelle 10. L’intendant Basville fit faire de nouvelles enquêtes sur place. « La construction du canal de dérivation projeté resta la seule solution susceptible de dériver les eaux du Vidourle en crue à toute époque et de les porter dans la ville de Lunel jusqu’à la Roubine de Lunel pour les conduire vers les étangs, en quoi la navigation et les habitants en recevraient grande commodité. »

Un arrêt du Conseil d’État du 26 février 1697 approuva ce projet. Les adjudications furent, en conséquence, annoncées et la dépense répartie entre les communautés d’Aimargues, Marsillargues, Saint-Laurent, le Cailar, Aigues-Mortes, et les propriétaires des salins du Peccais au prorata des bénéfices qu’ils retireraient des travaux.

Les devis très détaillés sont conservés aux archives départementales de l’Hérault.

Il résulte de ces documents que le canal devait partir de l’en-trée de la roubine (canal) de Lunel, près des Capucins 11. De là, il suivrait les fossés de la ville (les fondements des anciens murs constituant la digue d’un côté) et aboutirait au Vidourle immé-diatement au-dessus du pont de Lunel. Des ponts étaient prévus, notamment sur le chemin royal du pont de Lunel à la ville.

Les adjudications eurent lieu. Antoine Perrier de Marsillargues eut pour 18 000 livres les travaux à faire du pont de Lunel à la roubine. Cette dépense était supportée à raison de 4 000 livres par Marsillargues, Aimargues, Saint-Laurent, et à raison de 2 000 livres par le Cailar et Aigues-Mortes.

Le 24 avril 1697, il semblait bien que l’exécution de ce canal fut chose faite, cependant les protestations contre l’exécution de ce projet ne tardèrent pas à s’élever de toutes parts.

Lunel. Le canal, vue des Rives.

Dès le 29 avril 1697, Lunel décida de former opposition à l’exécution de l’arrêt du 26 février 1697 en invoquant le grave danger d’inondation pour la ville et sa commune, le barrage fait à l’écoulement des eaux pluviales, enfin le dépôt de limon du Vidourle qui contribuerait à envaser la Roubine de Lunel – remarques judicieuses, suivies d’autres solutions pour permettre l’écoulement du Vidourle ailleurs qu’à Lunel.

L’ingénieur Niquet riposte que « l’inondation de Lunel et son terroir pourrait facilement être évitée ».

Lunel trouva des alliés inattendus contre ce projet ; tous les villages, mis à contribution pour réaliser ce projet, cités ci-dessus. Ce qui fut cocasse, car ces communes se lamentant antérieurement des dégâts fréquents dus aux inondations du Vidourle, mises à contribution pour y pallier, ne trouvaient plus que des aspects bénéfiques à l’inondation du Vidourle sur le territoire respectif de chacune d’elles. Les communes de Saint-Just et Saint-Nazaire-de-Pézan apportèrent leur soutien pour juger désastreuse la déviation du Vidourle par Lunel.

L’évêque d’Alais intervint dans un long mémoire, auprès de l’intendant, dénonçant comme responsable de ce néfaste projet le marquis de Calvisson. Celui-ci contre-attaqua avec véhémence et opposa des arguments circonstanciés.

Les ingénieurs MM. Linsolas et Niquet durent présenter de nouvelles études. Le dossier complet fut envoyé, avec avis favorable, par l’intendant Basville à M. de Pontchartrain qui répondit en janvier 1698 : « Sa Majesté, après avoir bien examiné le tout, a jugé à propos de laisser, quant à présent, les choses en lestat qu’elles sont. »

L’évêque d’Alais l’emportait ainsi sur le marquis de Calvisson. Le canal de dérivation du Vidourle ne fut jamais réalisé. Cependant, comme des travaux préliminaires avaient été exécutés, les communes de Marsillargues, Aimargues, Saint-Laurent eurent à payer chacune, ainsi que les salins du Peccais, 1 495 livres 8 sous et celles du Cailar et d’Aigues-Mortes 373 livres 17 sous. Lunel, dans cette affaire, doit une fière chandelle à l’Évêque d’Alais qui, heureusement pour nous, détestait le marquis de Calvisson.

Curage du canal de Lunel et création du dernier port

La navigation étant devenue impossible au-delà de la Peyrille, ce qui était très préjudiciable au commerce local, la communauté sollicita et obtint, en 1715, par l’intermédiaire de M. de Basville, intendant du Languedoc, des lettres patentes du roi Louis XIV portant autorisation de continuer le canal et de le rendre navigable sur tout son parcours. A cet effet, l’intendant de Basville chargea M. Senes, ingénieur, de dresser le devis des travaux à effectuer.

Le 17 novembre 1717, M. Henri Coulomb de Montpellier propose d’exécuter les travaux à ses risques et périls, à la condition, pour la ville de Lunel, de lui compter 90 000 livres, ou de lui abandonner, à perpétuité, la propriété entière du canal avec tous les droits de navigation qui y seraient perçus. La communauté de Lunel, grevée de plus de 100 000 livres de dettes, ne peut financer les travaux nécessaires et accepte donc la deuxième proposition.

Le traité fut homologué par lettres patentes du roi Louis XIV datées du 7 juin 1718 à Paris.

Plan du Port du Canal de Lunel
Plan du Port du Canal de Lunel

L’entrepreneur trouva des associés   ainsi naquit la Compagnie du Canal qui en deviendra propriétaire pour plus de deux siècles.

Avec le creusement du canal jusqu’à la ville, le devis comprenait :

— le creusement d’un bassin pour le port devant l’Église Saint-Antoine (situé à peu près en face de la rue Benoît-Malon 12 ;

— le nivellement de la place des Capucins (place de la République) ;

— la construction du lavoir dit « des Tripes » (à droite de la grille du parc Jean-Hugo) ;

— la construction d’un mur de soutènement de la rue du Canal (quai Voltaire). Pour cela, la Compagnie est autorisée à utiliser les matériaux provenant d’une partie de la muraille des Camisards 13.

La ville permet la plantation de deux rangées d’arbres le long de l’enclos des Capucins (le chemin des Tripes englobé aujourd’hui dans le Parc) et deux autres rangées d’arbres devant l’Église Saint-Antoine pour servir de promenade (à peu près la promenade basse d’aujourd’hui).

La Compagnie aurait voulu construire une écluse pour élever le niveau des eaux du bassin, mais les habitants de Lunel refusèrent car elle aurait limité leur liberté de navigation sur le canal (délibération du 9 décembre 1719).

Il devint nécessaire de creuser le bassin plus profond, ce qui occasionna le dessèchement de tous les puits de la ville, à l’exception de ceux dits « des Lombards » et « d’Aigues-Bonnes ».

Le canal fut enfin achevé en 1728 (159 000 livres de travaux). Il permet de communiquer par les étangs avec Cette, avec le Rhône par le canal de la Radelle (d’où une fréquentation du port de Lunel toujours plus importante par un nombre croissant de barques d’année en année), mais aussi de déverser les eaux des fossés de Lunel lorsqu’ils débordent lors des crues du Vidourle.

En 1728, les ouvrages furent reçus par le Conseil de ville comme ayant été bien et solidement construits, pourtant dès 1737, plusieurs bateliers se plaignent aux consuls que leurs barques ne peuvent entrer dans le canal à cause de son mauvais entretien par les propriétaires de la Compagnie.

Vue du Port du Canal de Lunel

Caractéristiques du canal de Lunel et modifications apportées au dernier port de Lunel et à ses abords

Le canal a une longueur totale de 10,610 km, du port de Lunel à la pointe de la Pyramide, dans l’étang de Mauguio. Il comporte un chemin de halage de 7,80 m de large et des francs-bords de largeur variable, sur lesquels sont interdits toute construction, clôture ou plantation, à gauche vers l’étang.

A droite, existe un marchepied de 3,25 m avec ses francs-bords de largeur variable.

Les péniches ou bateaux sont tirés par des mulets ou des chevaux.

Deux maisons sont implantées, à l’est à l’extérieur du chemin de halage, pour les gardes du canal : l’une en aval du Mas des Ports en face l’Ournède, l’autre plus au sud en face des cabanes de l’Empire 14.

Le canal de Lunel recevait alors les cours d’eau suivants :

— le ruisseau Bouzanquet (ou des Tripes) qui reçoit une partie des égouts de la ville ;

— à droite du Mas de Borie, rive gauche, le ruisseau du Gazon 15 formé de la réunion des cours d’eau le Rieu et la Laune ;

— rive droite, le Dardaillon qui collecte les eaux pluviales des communes de Saint-Christol, Vérargues, St-Géniès-des- Mourgues, Restinclières, Lunel-viel, St-Just et St-Nazaire-de-Pézan ;

— rive gauche, le fossé de la Capouillère y déversant les eaux de ruissellement de Marsillargues.

A partir de 1812, le maire, M. Valentin, assisté d’une commission de négociants, sera souvent en contact avec les propriétaires du canal, car celui-ci ne sera bientôt plus adapté à la grandeur des barques l’utilisant. Plans et devis sont établis. Un état estimatif chiffre à 70 000 livres le montant des réparations et aménagements nouveaux à effectuer au canal.

Le projet d’agrandissement du canal de 1817 n’a jamais été réalisé, certainement faute d’argent ou parce que la Compagnie du canal ne voulut pas contribuer à la dépense.

En 1821, le maire de Lunel se plaint car « le commerce et l’industrie de la ville sont menacés d’une ruine totale si la navigation n’est pas totalement libre et facile » (municipalité Auguste Malinas).

Les plans dressés par l’ingénieur Provis (ingénieur- architecte de la ville de Montpellier) comprenant le creusement du canal jusqu’à 1,50 m en dessous du niveau zéro des mares et plus basses eaux, donnent au canal et au port sa forme définitive (Conseil municipal et sa délibération du 15 septembre 1823).

Le Canal de Lunel (Carte postale)
Le Canal de Lunel (Carte postale)

La municipalité Auguste Malinas décide, pour dédommager les propriétaires du canal de cette dépense (132 000 F), une nouvelle fixation des droits déjà relevés en 1821.

Les plans et devis comprennent l’élargissement du port et la construction d’une écluse pour augmenter la hauteur des eaux. Certains travaux ne seront pas exécutés; en échange la Compagnie devra relier, par un chemin creux en ligne droite, le chemin des Pauvres (rue Tivoli) 16 et le quai du Canal. La ville sera autorisée à construire, à ses frais, sur un terrain de la Compagnie du canal, à la croisée du chemin des Pauvres et de celui de St-Just (quai ouest à l’extrémité de la rue Tivoli), un lavoir public qui se dégorgera dans le canal.

La Compagnie cède, en outre, à la ville, un jardin potager, le sol à dépiquer et un petit champ contigu (180 ares) pour devenir le « Plateau » actuel, y compris la promenade basse.

La Compagnie se réserve une parcelle de 60 m de long sur 15 m de large du côté de la ville en bordure du port (quai Voltaire) pour y construire des magasins.

L’agrandissement du port et l’aménagement de la promenade furent effectués par M. Bonguet, entrepreneur.

Le canal et les terrains qui en dépendent, étant une propriété particulière, nul ne pourra s’arroger le droit d’y faucher les herbes, faire paître les bestiaux, pêcher et chasser, sans y être autorisé par les propriétaires.

Un corps de règlement pour la navigation et pour la police du port et du canal sera rédigé de manière à ne vexer ni le commerce, ni la navigation. Les préposés devront exercer une police prompte pour éviter toute fraude. Cette transaction fut signée le 5 mars 1821 par les propriétaires du canal et la ville de Lunel, puis approuvée par Ordonnance Royale le 15 août 1821.

Mise en service du canal d'embranchement de l'état reliant le canal de Lunel au canal du Rhône à Cette. Envasement du canal de Lunel

Suite à la jonction du canal des étangs depuis Sète et du canal du Rhône depuis Aigues-Mortes, un canal d’embranchement va être réalisé en 1825 (par ordonnance royale du 30 juin 1822) : il aura une longueur de 2,460 km, du lieudit « Cabane d’Azemard » 17 au poste dit du « Pavillon » et rejoindra le canal du Rhône à Sète. Ce canal était la propriété de deux Compagnies qui en avaient creusé chacune une partie. Elles furent autorisées à percevoir les droits de navigation, ce qui donna lieu à deux péages. Devant le mécontentement des usagers et du commerce local, la municipalité demanda l’arbitrage du préfet de l’Hérault pour réduire ces redevances excessives, et ordonner un seul péage pour ce canal.

Dès 1822, la Compagnie Usquin en fut un des propriétaires. Le canal d’embranchement, reliant le Canal de Lunel à celui du Midi au lieudit « Le Pavillon », (à 4 km des Écluses du Vidourle) entra en service en 1826.

Le Canal de Lunel

L’Écluse, que la communauté n’avait pas voulue sur le Canal de Lunel en 1719, puis réclamée à corps et à cris et incluse dans les plans de M. Provis en 1821, restera sur la liste des « Travaux prévus et non exécutés ».

Le Canal de Lunel s’envasa rapidement; son assainissement devint urgent car les rejets des fabriques et distilleries l’obstruent, et en stagnant, dégagent une odeur pestilentielle.

En 1850, le préfet de l’Hérault désigne M. Raynal; ingénieur en chef des Travaux Maritimes de la Navigation, pour établir les causes de l’insalubrité du Canal de Lunel.

Les détails et conclusions de son étude sont remis au conseil municipal le 30 janvier 1851 : « Les égouts de la ville se jettent dans un fossé qui borde la ville au sud, un autre fossé « Le Gazon » conduit les eaux au canal à 1 800 m du port. Toutes les ordures, résidus des fabriques et distilleries de vin et les dépôts qu’elles entraînent, s’accumulent sans cesse à l’extrémité et forment dans le canal un limon vaseux qui, de proche en proche, s’étale. La couche de vase putride diminue la profondeur des eaux et chaque passage de barque amène en surface des « évaporations pestilentielles ».

Le port, fermé au Nord, 6 m au-dessous du niveau de la ville, est donc privé de l’air qui pourrait l’assainir. Il est au contraire, au sud, vers le salin dont la température élevée est cause de décomposition. M. Raynal propose :

1. une prise d’eau au Vidourle pour chasser les eaux saumâtres ;

2. un barrage sur le canal pour empêcher les eaux salées de remonter jusqu’au port ;

3. une déviation des eaux sales et des vinasses, soit dans des puits absorbants, soit dans le canal après l’écluse.

Le chenal s’envasa. L’état et l’insalubrité du canal amèneront en 1851 le maire à s’adresser au gouvernement : « Assainir le canal, tel est le cri des survivants. Si le canal avait des eaux meilleures, la ville n’aurait pas connu le choléra, et le trafic reprendrait ».

Délibération du 30 janvier 1851 du conseil municipal de Lunel : Il faut trouver 100 000 francs pour le canal, somme colossale ; les recettes de la commune s’élèvent à seulement 56 422 francs pour l’année 1851 et elle finit à peine de rembourser l’emprunt de 33 000 francs de 1840. Un emprunt de 50 000 francs seulement est envisagé car la charge du canal devient insupportable.

Rachat et déclassement du canal, comblements successifs

Les propriétaires du canal ne feront absolument rien pour améliorer la circulation. Les municipalités successives, à partir de 1863, entreprendront de multiples démarches en vue du rachat du canal par l’État. Devant son refus, la municipalité Martel, en 1904, proposera aux concessionnaires, inutilement 50 000 frs (25 000 frs pour la ville, 25 000 frs pour le département) pour son rachat.

En 1912, peu de bateaux circulaient sur le canal. Le canal nécessita à nouveau un dragage pour le rendre à la navigation, ce qui occasionna de nouvelles dépenses pour Lunel.

La municipalité Routou, session ordinaire, séance du conseil municipal du 8 avril 1926, approuva le rachat du canal à la Cie de Navigation pour 125 000 frs payables sans intérêt dans les deux ans qui suivront l’acte passé devant Maître Tondut, notaire à Lunel, le 17 novembre 1926.

La Compagnie cède à notre ville son canal, sa navigation du port du Lunel à la pointe de la Pyramide dans l’étang de Mauguio, d’une superficie d’environ 20 hectares, dont les parcelles existent sur les communes de St-Just, St-Nazaire-de-Pézan, Lansargues à l’ouest, et Marsillargues à l’est, comprenant en plus du lit dudit canal, les quais, berges, francs-bords, immeubles et terrains en dépendant.

Dès l’acquisition, la municipalité voulait remettre le canal en état de navigation. Le 14 janvier 1927, elle fit établir un projet par Messieurs les ingénieurs du Service hydraulique. Le devis pour les travaux s’éleva à 480 000 frs.

Le conseil municipal sollicita du ministre des Travaux publics une subvention, le 25 mars 1927. La somme de 240 000 frs fut accordée.

Aux travaux prévus, s’ajouta la construction de deux bassins de décantation munis de grilles pour empêcher le déversement dans le port de résidus plus légers que l’eau.

Le ruisseau du Gazon fut couvert depuis la sortie de la ville jusqu’aux bassins dits de décantation.

Pour le faucardage des bords du canal, la municipalité de 1928 fit l’acquisition d’une faucheuse aquatique, et un second dragage du canal fut effectué en 1930.

Malgré ces nouveaux travaux, l’insalubrité et l’envasement persistent.

La navigation sur le canal se limitait, fin 1936, à quelques rares transports de pierres des carrières de Lunel, ou de sagne (roseaux des marais).

Le conseil municipal de Lunel se résigne à demander le déclassement du canal en tant que voie navigable, par ses délibérations en date des 18 janvier et 21 mai 1937.

La décision ministérielle du 23 octobre 1937 déclasse le canal comme voie navigable et le 31 décembre 1937 le conseil municipal de Lunel s’engage à l’avenir à entretenir son lit pour assurer l’écoulement des eaux naturelles de ruissellement de toutes les communes traversées par notre canal.

L’insalubrité du canal, néfaste à la santé des habitants de Lunel, atteint un tel degré que la ville demanda, en 1937, au médecin-inspecteur, Tarral, un rapport. Sa conclusion en sera donnée au conseil municipal du 15 janvier 1938, apportant en somme officiellement la condamnation du canal de Lunel.

La seule solution envisageable consisterait, en définitive :

1. à reporter son extrémité à un kilomètre de Lunel,

2. à épurer les eaux des égouts à leur sortie de la canalisation.

M. Hippolyte Valentin, maire de Lunel reconnaît que le canal, racheté en 1926, a toujours été une lourde charge pour la ville et que la situation de cet ouvrage s’est sérieusement aggravée ; il est désormais impraticable aux barques, même à vide.

Deux ans plus tard, en juillet 1940, pour permettre l’emploi de la main-d’œuvre inoccupée sur le plan national, un programme de grands travaux collectifs est voté.

Le Conseil municipal demande l’inscription du comblement du Canal de Lunel dans le cadre des travaux propres au département de l’Hérault.

L’autorisation est accordée par le Conseil d’État.

Escande, ingénieur-conseil, étudie le sujet avec le génie rural.

Creusement du Canal de Lunel

Le projet, dont le montant s’élève à 2 200 000 frs est accepté par le conseil municipal qui sollicite une subvention qui laisse à notre ville une part trop élevée.

Une nouvelle étude, en avril 1941, est demandée à M. Falgairolle, avec toujours la participation du génie rural. Les résultats de cette révision qui comprennent le comblement de 600 m au lieu de 1 km prévu, donne pour la ville une charge de 600 000 frs. Les crédits sont alors votés.

Le comblement de cette partie du canal, au niveau des quais, se terminera en novembre 1941.

Dans sa séance du 17 novembre 1941, la municipalité décide d’utiliser, après aménagements, cette partie pour la pratique des sports par les enfants des écoles.

En 1945, pour fêter la Libération, plusieurs courses de taureaux eurent lieu dans un « plan » de charrettes sur cet emplacement.

Périodiquement, de nombreux cirques importants (Pinder, Bouglione, Amar) s’installèrent « en bas du Canal » lors de leur passage.

Citons un épisode tragi-comique et cependant authentique, qui se déroula « en bas du canal ».

Un fauve du cirque Amar s’échappa de sa cage. Des badauds, se trouvant en bas du canal, le virent se diriger vers eux. Ils réagirent promptement et astucieusement en se précipitant dans les W.C. à proximité, pour se barricader. Un facteur d’un village voisin, petit et rondouillard, surpris par l’arrivée du fauve, retrouva instantanément sa vélocité d’antan, escalada quatre à quatre l’escalier, et grâce à un sprint digne des Jeux Olympiques, se réfugia au Bar des Sports, où, enfin, il put souffler un peu et se remettre de sa frayeur au comptoir.

Le dompteur alerté, récupéra son pensionnaire rapidement, évitant ainsi pas mal d’émotions fortes à d’autres Lunéllois.

En 1961, le remblaiement au niveau actuel fut effectué avec les déblais provenant du creusement du canal du bas Rhône-Languedoc.

Sous la municipalité de M. Paul Valentin, le service des ponts et chaussées proposa le dragage du canal restant à l’aide d’une suceuse. La mairie d’alors refusa.

Le comblement du canal fut prolongé jusqu’à la Bréchette et terminé en 1972, soit la distance initialement prévue en 1940.

Sous la municipalité de M. Elie Rauzier, le dragage du canal restant a été effectué en 1974.

Sur les terrains comblés furent édifiés : la Roseraie, le parking Louis Feuillade et la première piscine municipale.

Aujourd’hui, la poste a remplacé la piscine, l’A.N.P.E. est en voie d’achèvement, le Centre des impôts est au stade des fondations.

Lunel, le 15 décembre 1994

Bibliographie

Émile Rouet – Essai sur la topographie physique et médicale de Lunel. Thèse de médecine, 1822.

Max Galaud – Un aspect de l’activité économique de Lunel au Moyen Age : Le canal de Lunel. Thèse, 1960.

Xavier Grand – La vie économique à Lunel pendant la première moitié du XIXe siècle. Thèse, 1967.

Ouvrages sur Lunel

Thomas Millerot – Notice sur la ville de Lunel depuis l’origine jusqu’en 1789. 1880, Imprimerie de la Société archéologique de Béziers.

R. Imbert et J. Baille – Lunel et son passé. 1975, Imprimerie Planchon à Lunel.

Archives départementales de l'Hérault

Série G : G 2358.

Série O : 3O2-3O4- 3O5.

Série S : 3 S 10 – 3S 23 – 3S 26 – 3S 28 – 3S 30 – 3S 31 – 3S 31 – 3S 55 – 3S 56 – 3S 57 – 3S 58 – 3S 68 – 3S 74 – 3S 96 – 3S 196 – 7S 16 – 7S 242 – 7S 249 – 7S 291 – 7S 366 – 7S 479.

Notes

1.Large fossé sur lequel circulent des barques à fond plat (Capouls).

2.Salines à l’est d’Aigues-Mortes.

3.Porte sud de la ville fortifiée de Lunel.

4.Voir plan du canal, page 44.

5.Ville disparue sur l’emplacement du Mas des Ports.

6.Mais le juge Mage de Nîmes rendit une ordonnance en leur faveur le 4 juillet 1511.

7.Voir plan du canal, page 44.

8.Voir plan du canal, page 44.

9.Voir plan du canal, page 44.

10.  Voir plan du canal, page 45.

11.  Voir plan du dernier port de Lunel, Couvent des Capucins.

12.  Voir plan du dernier port de Lunel, ainsi que les indications suivantes.

13.  Rempart au sud de la ville fortifiée de Lunel.

14.  Voir plan du canal, page 45.

15.  Voir plan du canal, page 44.

16.  Voir plan du dernier port de Lunel.

17.  Voir plan du canal, page 45.