Points de vue sur l’expansion Phocéenne en Occident

A propos de « L’Expansion Phocéenne en Occident : Dix années de recherches (1966-1975) » par J.-P. MOREL dans le Bull. de Correspondance Hellénique, XCIX 1975, II, p. 853-896.

J .-P. Morel nous offre une quarantaine de pages imprimées en petits caractères sur un sujet passionnant entre tous – l’hellénisation due aux Phocéens dans le bassin occidental de la Méditerranée avec, en guise d’introduction ou d’excursus, des lignes sur Phocée, sur la Méditerranée Centrale – « Italie et ses abords » -, puis sur le commerce étrusque et punique. Il nous donne une vue panoramique avec, en note, une abondance de références bibliographiques et de remarques sur l’ensemble des recherches archéologiques tant sur le terrain que dans les écrits entre 1966 et 1975. Dix années, c’est-à-dire depuis la parution, en 1965, des « Recherches sur l’Hellénisation du Midi de la Gaule » par F. Benoit – c’est en effet plus que suffisant pour dresser un bilan concernant découvertes et points de vue nouveaux.

Italie et ses abords (p. 857 sq.)

L’Italie avec les fouilles faites à Vélia (en partie par l’auteur) et celles – plus récentes – dans le port de Gravisca et dans son sanctuaire ionien à proximité même de la cité étrusque de Tarquinia puis les campagnes régulières de fouilles de L. et J. Jehasse en Corse à Aléria sont une excellente entrée en matière pour faire prendre conscience au lecteur de l’incomparable renouvellement des connaissances que des fouilles nouvelles bien conduites peuvent contribuer à provoquer dans le monde de l’archéologie préromaine en Méditerranée du Ponant.

La Sardaigne, Rome et Gênes ne sont que des sujets effleurés, les témoignages de contacts vraiment convaincants avec les navigateurs Phocéens n’étant pas – pour l’instant -, connus.

Péninsule Ibérique et Sémites (Chypro-phéniciens, Carthaginois)

Il en va tout autrement pour l’Espagne méridionale et orientale et aussi, bien sûr, pour la Catalogne. En effet, s’il n’y a guère lieu de parler vraiment d’hellénisation plus au sud que l’Ampurdan, ce n’est pas une raison pour passer sous silence l’acquis nouveau, extraordinaire en plus d’un point, des recherches poursuivies en Andalousie dans ce qui était, peut-être, le royaume de Tartessos (p. 889 sq.) et dans le Levante (p. 886 sq.). Toutefois ce n’est qu’après avoir traité de nos régions entre le delta rhodanien et les Pyrénées et aussi de la Catalogne qui, à bien des égards, ne fait qu’un avec ces régions, que l’auteur aborde en détail la question du monde pré-ibérique et ibérique. Il est important en effet non seulement d’être bien au fait des dernières fouilles menées conjointement par nos collègues espagnols et par les archéologues de l’institut Allemand de Madrid mais aussi de savoir que c’est grâce aux contacts de plus en plus réguliers avec des Sémites – Chypro-phéniciens puis Puniques – que la civilisation ibérique proprement dite prit naissance (p. 886, note 122).

Étrusques et « précolonisation » (p. 868 sq.)

J.-P. Morel groupe « commerce punique » et « commerce étrusque ». Il semble en effet qu’à la période archaïque – disons le dernier quart du VIIe s. et les premières décennies du VIe s. – ces deux commerces aient été contemporains et, peut-être, parfois, un seul et même « marché commun ». Cependant sur la côte Est du Golfe du Lion, les Étrusques ont eu une certaine avance par rapport aux Puniques, par exemple sur les rives de l’étang de Mauguio, à Lattes et dans la basse vallée de l’Hérault, à la Monédière/Bessan.

Les grandes amphores vinaires, le canthare en bucchero nero sont en effet bien représentés dans ces gisements et sans qu’il y ait association avec l’amphore en sac, punique.

Les trois ports. phocéens de l’Ouest : Marseille, Ampurias, Agde

Il est impossible d’étudier les problèmes de l’archéologie préromaine dans la basse vallée de l’Hérault sans tenir compte d’une part de l’existence et de l’activité des deux grands emporia de Marseille et d’Ampu rias, d’autre part du port grec d’Agde « au débouché de l’Hérault, en liaison avec Heraclea et Rhodanousia, commandant la route du commerce vers l’Occident, vers le col du Perthus et l’Espagne, vers la Garonne, – et en même temps l’accès des mines de cuivre des vallées de l’Orb et de la Bogne » (R. Busquet, Histoire du commerce de Marseille, I, 1949, p. 49).

C’est pourquoi avant d’en venir aux deux grands gisements de la basse vallée de l’Hérault – la place d’échanges de La Monédière/Bessan et la nécropole de St-Julien à Pézenas -, nous rappelons, selon un ordre qui nous est propre et avec quelques remarques personnelles, les mentions faites par J.-P. Morel à propos des trois cités phocéennes de l’Ouest.

Marseille

Les remarques ou bien les références bibliographiques se rapportant à Marseille sont assez nombreuses. Il est fait allusion aux points suivants : date de fondation (p. 866 et n. 47), superficie (p. 877, n. 88), chôra (extensions successives) (p. 876), « domaine » (p. 866, n. 46), aspect social, constitutionnel (oligarchie) (p. 873 et n. 73), religion (p. 875), architecture (chapiteaux) (p. 876, n. 83), onomastique (p. 873, n. 77). L’activité du port phocéen, son influence proche et lointaine ne sont pas omises ; premières céramiques importées : pas avant 600 (absence de la coupe « ionienne » A 1) (p. 869 n. 66) ; premières céramiques massaliotes exportées vers 575 (p. 882), notamment, jusque dans l’arrière-pays languedocien, des amphores vinaires (p. 882 n. 109). Il est rappelé que Marseille était avant tout une place d’échanges avec un commerce florissant au VIe s. et au IVe s. (p. 879, n.96). Une preuve importante en est fournie par le commerce de l’étain (p. 879 n. 90). Une manifestation remarquable de son esprit d’entreprise est donnée par l’expédition de Pythéas (ibid.) et le moyen matériel de provoquer des échanges profitables était l’usage de la monnaie (p. 874, n. 80). Toutefois, malgré un commerce actif et même une sorte d’impérialisme (p. 873, n. 77) Marseille n’exerçait aucun monopole là même où son commerce était régulier (p. 872). Marseille était parée de tous les charmes de la côte grecque anatolienne, elle était « l’Ionie du Nord au bord du Golfe du Lion » (L. Robert) (p. 895). Marseille avait un rayonnement inégalé, à la même époque, c’est-à-dire au VIe s. ; son influence se faisait sentir jusque sur les bords du Rhin moyen, sur une société indigène de type aristocratique (p. 881).

Ampurias

Cité phocéenne « complémentaire » de Marseille et, très tôt – dès le Ve s. – sa concurrente dans le bassin méditerranéen occidental, Ampurias – l’antique Emporion – fait également l’objet d’un examen détaillé de tous les principaux sujets qui lui sont propres.

Ce port franc (p. 864, n. 44 ; p. 894) qui, à plus d’un point de vue, « a suscité (…) autant de recherches que Massalia » (p. 875), est présenté sous tous ses aspects essentiels ; fondation(s) : Palaiapolis (simple factorerie), ensuite « polis » (« Néapolis ») (p. 867, n. 50, p. 876, n. 86, p. 866) localisation dans une « zone de contact », c’est-à-dire entre le monde grec de l’ouest et le monde punique (p. 873, n. 74) fondation ayant interrompu l’expansion punique (p. 886, n. 122) topographie (p. 876, n. 86) « forteresse-refuge » et centre d’échanges (p. 876, n. 86) « cité sans territoire » (G. Vallet) (p. 876). Le problème de la date de la fondation de ce qu’il est convenu d’appeler la « Néapolis » – date habituellement placée vers 575 – est repris par J.-P. Morel (p. 866 et n. 49) mais l’auteur semble en trouver la solution à l’aide d’un argument inexact. En effet les vases attiques les plus anciens de la nécropole Bonjoan ne datent pas de « 575 environ » mais du 3e quart du VIe s. et ils ne sont pas nombreux, la plupart des lécythes attiques de cette nécropole étant datables du 2e quart du Ve s. Ce centre de commerce – « area di mercato » – (p. 876, n. 86) avait une circulation monétaire propre (p. 874, n. 80) et un certain rayonnement notamment dans son voisinage immédiat, dans la cité fortifiée « à la grecque » d’Ullastret (p. 876, n. 86). Enfin il est signalé que des fouilles récentes par le Dr. E. Sanmarti Grego dans la Palaiapolis peuvent apporter des précisions chronologiques importantes.

Golfe du Lion

Agde – AGATHE TYCHE (le premier établissement grec est antérieur au IVe siècle).

La troisième cité phocéenne de l’ouest commence à nouveau à faire parler d’elle. Une hypothèse, qui n’est pas nouvelle, est reprise avec de nouveaux arguments : deux étapes d’existence – un peu comme Ampurias – sont proposées : en premier lieu un établissement phocéen dès le VIe s. puis, plus tard, au IVe s. une « fondation massaliète » (A. Nickels) (p. 867, n. 50). Une autre hypothèse, qui date de 1965 (F. Benoit), concernant cette fois la toponymie (Agde – Agathe) est mentionnée : Agathe aurait été le « rhabillage » grec d’un nom indigène (p. 878, n. 92). Il est peu fait allusion à l’activité commerciale d’Agde ; seules, « l’épave » de Rochelongue est rappelée (p. 874, n. 79) et la grande statue en bronze de « l’éphèbe d’Agde » (p. 873, n. 77) mentionnée. Il faut regretter que J.-P. Morel, qui signale la communication faite en 1971 à Toulouse par D. Fonquerle (96e Congrès des Soc. Savantes), n’ait pas pu prendre connaissance à temps du texte rédigé, publié seulement en mars 1976 : « Agathe Tyche carrefour et escale des routes commerciales maritimes dans l’antiquité, I, p. 49-61 » : référence à la p. 874, n. 79 dans le B C H. En effet l’abondante documentation présentée par D. Fonquerle aurait pu mettre mieux en lumière l’activité ininterrompue des navigateurs aux embouchures de l’Hérault entre le début du VIe s. et les premiers siècles de notre ère. A propos d’Agde nous aurions également aimé trouver le rappel de l’existence à la fois de son plan « hippodamique » et de sa chôra même si l’étude sur ces identifications date de 1964 (cf. M. Guy, L’apport de la photographie aérienne à l’étude de la colonisation antique de la province de Narbonnaise, dans Archéologie aérienne, 1963 (1964), p. 117 sq., notamment p. 122 sq. avec p. 123 n. 2, l’indication que R. Aris avait, grâce à un patient travail de cartographie urbaine à partir des murs grecs repérés dans ses fouilles, plus de dix ans auparavant, reconnu le plan quadrillé de la cité grecque). L’existence d’un « édifice ionique » est rappelée (p. 876, n. 84). Deux remarques sont encore à faire à propos d’Agde J.-P. Morel fait preuve – il nous semble – d’une incrédulité non justifiée quand il affirme (p. 867, n. 50) que « les fragments de cette époque » – c’est-à-dire du VIe s. – « vus par Fr. Villard au Musée d’Agde provenaient en fait de La Monédière » avec, comme sous-entendu, « et non pas d’Agde ». En effet R. Aris nous confirme avoir recueilli ces fragments dans ses propres fouilles (exemplaires peints et exemplaires en terre monochrome grise) bien plus, il les a dessinés dans son cahier de fouilles. il s’agit de fouilles faites en 1939 près de la Cathédrale d’Agde. La seconde remarque concerne justement un article de R. Aris paru en 1970 sur les fouilles terrestres et subaquatiques d’Agde (cf. Études sur Pézenas et sa région, 1970/3, p. 3-10). Cet article ne figure pas dans la bibliographie de la Chronique de J.-P. Morel.

Deux gisements d’époque archaïque (VIe s.) dans la basse vallée de l’Hérault la place d’échanges de La Monédière à Bessan et la nécropole de St-Julien à Pézenas.

La Monédiere – Bessan (VIe s. et Ve s.).

Avec le comptoir de La Monédière et avec la nécropole de St-Julien nous entrons en contact avec une documentation qui n’est pas plus riche que celle d’Agde mais qui est plus variée et qui apporte, de ce fait, plus d’enseignements. Par ailleurs la fouille terrestre permet d’atteindre à des précisions chronologiques probablement plus satisfaisantes pour l’esprit.

La Monédière a été considéré comme un comptoir « celto-ligure » par nous. Un changement de point de vue tend actuellement à considérer ce site comme étant une simple conséquence de l’établissement des Grecs à Agde même, dès le VIe s. Quoi qu’il en soit, l’habitat de La Monédière, pris en lui-même, a déjà un « passé » et une documentation archéologique remarquables. Ce n’était pas vraiment un habitat « de plaine » (p. 883-884) ou pas seulement cela. C’était une place d’échanges d’estuaire, de « golfe » car l’Hérault avait une embouchure deltaïque. Comme Ampurias, c’était un port franc (p. 894). Bien plus, ce site est à mettre tout à fait à part parmi les habitats languedociens et provençaux d’époque archaïque et « classique » car il a connu trois phases d’occupation différentes (p. 885) – une phase indigène suivie d’une phase caractérisée par des maisons grecques à abside (à partir de 550 environ et jusque vers 500), (p. 877 et n. 87) puis, au Ve s., une phase à nouveau indigène (A. Nickels), Il n’est donc pas étonnant qu’au VIe s., par suite probablement de la proximité d’Agde ou même de la présence d’intermédiaires grecs sur le site, des graffites grecs aient figuré sur les vases attiques utilisés sur place (p. 874 n. 78, p. 878, n. 92). Mais ce oui reste encore à mieux connaître ce sont les céramiques tournées importées dès le début de la première phase « indigène », les plus anciennes peuvent-elles être datées de la transition VIIe/VIe s. » (?) (p. 869, n. 57) comme nous serions inclinés à le penser ou bien seulement des premières décennies du VIe s. (p. 870, n. 62) ? On connaît la tendance actuelle à n’accepter des produits grecs « très anciens » que dans le delta du Rhône (p. 870, n. 60) par suite surtout des découvertes de la Couronne à L’Arquet (Bouches-du-Rhône) et de Saint-BLaise à St-Mitre-les-Remparts (Bouches-du-Rhône également). Or s’il n’est pas question, à ce jour et d’après le matériel accessible, de remonter la chronologie de la céramique étrusque (amphores, vases en bucchero nero) trouvée à La Monédière, avant 600, bien que cette céramique soit à la fois abondante et précoce sur le site (p. 870, n. 62, p. 872 et n. 69), certaines céramiques gréco-orientales de l’ancienne collection Coulouma ou bien des « récoltes » hors fouilles nous paraissent pouvoir prendre rang parmi les exemplaires de la Grèce de l’Est qui sont datables tout à fait au début du VIe s. sinon à la fin du VIIe s.

L’abondance de la céramique tournée de type grec au VIe s. sur le site vient d’être une nouvelle fois constatée grâce à la découverte d’une,« fosse à offrandes » par A. Nickels et P. Genty ( p. 882, n. 109), fosse datée entre 540 et 520. En effet cette fosse contenait un lot important de coupes – six imitations de la coupe « ionienne » forme B 2 et une coupe B 2 « importée ». Il faut noter que la dation de cette « cache » est comparable à celle de la présence de la coupe « ionienne » B 2 à Vélia (p. 861 : encore après 535).

Sur un site qui a déjà, au cours de prospections plus que de fouilles régulières, livré tant de documents et aussi tant de renseignements on pourrait penser qu’il ne reste plus rien à découvrir. Or telle n’est pas notre façon de voir : nous engageons vivement à nouveau la Direction des Antiquités historiques et nos collègues et amis qui y travaillent à poursuivre, dans la parcelle 119 – non bouleversée encore – (lot. M. Miquel), la fouille stratigraphique entreprise ailleurs mais presqu’en catastrophe, à la limite d’un charruage arrêté avant qu’il ne soit tout à fait trop tard.

St-Julien – Pézenas

Des études autres que la présentation du journal de fouilles de M. l’Abbé J. Giry n’ayant pas encore été publiées avec tous les rapprochements voulus (une exception, l’étude sur les vases gris carénés p. 882, n. 109), il se conçoit que J.-P. Morel ne puisse pas mettre à sa vraie place cette nécropole très importante. Dans sa Chronique, il n’y est fait allusion qu’accessoirement pourrait-on dire et à propos de la datation haute – ou non – des premières céramiques importées dans la basse vallée de ‘Hérault (p. 868, n. 54). L’idée d’une « précolonisation » doit, à juste titre, être repoussée mais le scepticisme de l’auteur à propos des pièces qui semblent pouvoir être datables de la transition VIIe s./VIe s. nous parait être moins Justifié. Pour dater cette nécropole convenablement il ne faut pas mettre en avant un petit nombre de fragments attiques qui y ont été trouvés. Il ne faut pas non plus juger de l’ensemble des sépultures fouillées par les seules sépultures mises au jour en 1969 et 1970, celles là même qui, parfois, ont livré de la céramique attique. En d’autres termes, il ne suffit pas de dire que la nécropole de St-Julien est du « Vie s. », il faut préciser que l’essentiel de cette nécropole est de la première moitié du VIe s. Nous ajouterions même que tels ou tels vases importés, par exemple les deux vases stamnoïdes avec ligne ondée régulière sur un col cylindroïde, sont datables du premier quart du VIe s. De plus, si remarquer que la céramique grise de St-Julien est différente de celle du delta de l’Aude (p. 891, n. 140) est faire une remarque juste, il faut être très prudent quant à l’identification de l’atelier d’origine ainsi qu’une étude complète d’un type de vase gris – le plat à marli – dans toute sa répartition languedocienne, le prouvera prochainement (article de A. Nickels).

St-Julien évidemment ne s’explique que par l’existence proche d’un habitat. Cet habitat est celui de Saint-Siméon sur la colline voisine (cf. J. Giry, Études sur Pézenas et sa région, 1970, 2, p. 3-6 : fouilles). Or il semble que J.-P. Morel n’ait pas eu connaissance de ces fouilles.

Remarques générales

Ce ne serait pas rendre justice à J.-P. Morel que d’omettre de mentionner certains des points capitaux de ses conclusions. Nous sommes d’ailleurs en plein accord avec lui, sauf, peut-être, sur un seul point. Mais il ne s’agit là que d’une nuance de vocabulaire probablement. En effet J.-P. Morel fait montre d’un scepticisme persistant au sujet de ce qu’il appelle « l’expansion rhodienne » (p. 869). Nous ne croyons pas non plus à une « expansion rhodienne » mais nous croyons qu’il est arrivé en Languedoc méditerranéen un certain nombre de vases – en petit nombre pour l’instant – qui sont semblables à ceux que nos collègues anglo-saxons qualifient actuellement – et sans guillemets – de rhodiens.

Ceci mis à part nous avons la même façon de voir sur tous les points suivants :

  1. à l’époque « précoloniale » il n’est pas vraisemblable que les Phocéens aient pris en charge le commerce entre l’Étrurie et nos côtes (p. 871),
  2. il est certain que pendant quelques décennies, divers courants commerciaux ont coexisté : pendant une bonne partie de la première moitié du VIe la mer était libre dans le bassin occidental de la Méditerranée pour toute entreprise (p. 872),
  3. il est exact qu’il ne faudrait pas négliger la diffusion des produits vers l’hinterland grâce au portage des indigènes (p. 880),
  4. il faut se rendre à l’évidence : la céramique monochrome grise recueillie sur les sites du Languedoc méditerranéen et du Roussillon est, dans sa quasi totalité, une céramique « locale » (p. 882, n. 109). Toutefois il faut remarquer qu’il serait inexact d’étendre cette généralisation à la céramique peinte sur une terre qui n’est pas grise (cuisson en atmosphère oxydante). Il faut donc être moins affirmatif que J.-P. Morel quand il écrit : « une très faible proportion de vases découverts en Gaule méridionale provient à coup sûr de l’Ionie » (p. 882),
  5. nous concédons volontiers qu’une certaine prudence est de mise dans l’estimation – assez facile subjectivement – des rapprochements et des influences (p. 885, n. 117, p. 893),
  6. il est évident que tout ne doit pas être mis à l’actif des Phocéens ; navigateurs et produits de la Méditerranée orientale n’avaient pas qu’une seule origine (p. 888, p. 895) ; il suffit de penser aux céramiques de l’Ionie du Nord, notamment à la coupe dite « ionienne » des concurrences ont existé (p. 894),
  7. enfin nous sommes convaincus, comme l’est J.-P. Morel, de l’extrême importance du littoral nord-occidental de la Méditerranée en ce qui concerne le « commerce et l’acculturation » (p. 893).

J.-J. JULLY