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Description

L’Hérault au chevet des cités-martyres du nord de la France (1919-1923)

* Directeur du service départemental de l’Office national des Anciens Combattants et Victimes de guerre de la Drôme

277 millions de mètres cubes de tranchées à combler, 310 millions de mètres carrés de réseaux de fil de fer à enlever, une zone dévastée gigantesque, des paysages ruiniformes s’étendant sur plus de 3,8 millions d’hectares et couvrant dix départements à réanimer, entre 100.000 et 200.000 hectares de forêts disparus à reboiser, des champs contaminés par les métaux lourds à assainir, 293.733 édifices totalement détruits à rebâtir, près de 10.000 kilomètres de routes endommagées à restaurer, voici quelques uns des défis étourdissants à relever qui s’imposaient à l’État au sortir de la première guerre mondiale. Une gageure, un fardeau, tant ce dernier était affaibli par une dette extérieure colossale, tant il était fragilisé par la privation du revenu annuel que lui procuraient les 200 milliards de créances sur la Russie. Et qui plus est, il ne pouvait tabler avec certitude sur les réparations allemandes. Le personnel politique de l’époque avait très tôt pris conscience du caractère titanesque de l’entreprise de relèvement et avait tenté de favoriser les coopératives de reconstruction formées par les sinistrés, avec pour but avoué de décharger le ministère des régions libérées de tout ce qui ne correspondait pas à ses compétences. Était-ce suffisant pour répondre au dénuement dans lequel se débattaient les populations du Nord de la France ? A l’évidence, non. Combien de familles croupissaient encore, dans cet immédiat après-guerre, dans des caves insalubres ? Combien s’abritaient dans des baraques de fortune, couvertes à la hâte de tôles et de carton bitumé ? Combien de communes étaient privées de tout équipement viable ? Il fallait envisager d’autres solutions pour dissiper le sentiment d’abandon, pour neutraliser d’éventuelles manifestations de courroux.

C’est alors que l’on vit fleurir d’autres initiatives locales, tout particulièrement, celle du marrainage interurbain. De quoi retournait-il ? Concrètement, il s’agissait pour une commune, une collectivité territoriale, d’adopter une ville ou village et de le « perfuser » en lui accordant aides financières et matérielles. L’idée n’était pas neuve et avait été façonnée, au plus fort de la guerre, en Provence. La presse provençale, désireuse de réagir après les fausses accusations ayant jeté l’opprobre sur le XVème Corps d’Armée, et inspirée par le succès des marraines de guerre, lança le concept. L’objectif était limpide : réaffirmer le patriotisme du Midi et en appeler à l’unité nationale. Le Petit Marseillais, l’Éclaireur de Nice, le Petit Var non seulement souscrivirent à cette formule, mais la cultivèrent d’abondance.

Un projet qui ne pouvait laisser insensible le département héraultais, ne serait-ce que parce qu’un certain nombre de ses fils avaient été mobilisés au sein des troupes du XVème Corps. Dans une de ses séances, en 1919, le Conseil général, appuyé par le préfet, avait d’ailleurs tenu à associer ce XVème Corps à l’hommage qu’il rendait au XVIème Corps, au recrutement plus languedocien, en rappelant, au passage, que lors de la première bataille de Verdun, il avait été le seul à prendre à l’ennemi drapeaux et canons.

Des villes et un département assiégés

Alors même que les combats faisaient encore rage, le département de l’Hérault s’était enquis du sort des régions envahies. Dès 1915, son Conseil général avait émis le vœu que ces dernières soient exonérées d’impôts et que ceux-ci soient couverts par les départements n’ayant pas eu à souffrir de l’invasion. Le 17 avril 1917, une somme de 500 francs était accordée à l’association « L’Aisne dévastée ». Cette sollicitude ne passa pas inaperçue car en 1917 encore, le député du Pas de Calais, Narcisse Boulanger, demanda à ce qu’une délégation héraultaise participe aux tournées organisées sur les zones de front de façon à rendre compte de l’état des territoires reconquis. Cet intérêt précoce fit-il que l’Hérault fut ciblé comme potentiel pourvoyeur d’aides privilégié ? Pas impossible. Toujours est-il que l’urgence était telle en 1919, en termes de reconstruction, que les sollicitations furent légion. Tout particulièrement en direction de Montpellier. On se rua à l’assaut de la préfecture héraultaise comme si l’on avait découvert un gisement aurifère. Le 5 février 1919, le maire d’Hénin-Liétard envoyait une supplique à son confrère en le mettant à l’aise : il ne devait pas avoir peur de fournir une aide mesquine ; ce serait un « patronage affectueux », un premier secours. Le 15 juin 1919, le village de Nomeny en Meurthe-et-Moselle, incendié par des bataillons bavarois, signalait à son tour sa situation désespérée, avec la mise en avant de ses 75 morts, pour tenter de forcer une décision en sa faveur. En vérité, les demandes n’allaient que se multiplier par les truchements les plus variés. Le Cercle sportif d’Obernai fit ainsi savoir que toute obole serait la bienvenue. Le 20 mars 1920, la commune du Hamel, « une hernie du front à supprimer » selon Foch, réduite à néant par les Australiens en 1918, en appelait à la générosité des Montpelliérains. Sur ces entrefaites, le 1er avril 1920, Louis Escavy, premier magistrat de Senlis, soulignait, dans une missive, que les Allemands eux-mêmes avaient surnommé sa ville « le nouveau Louvain » et que ce seul rapprochement devait suffire, selon lui, à faire pencher la balance à l’avantage de ses concitoyens. Nombreuses encore furent les communes à clamer leur détresse et à mendier un appui : Mercy-le-Haut (Meurthe-et-Moselle) qui espérait un geste charitable ; Gournay sur Aronde dans l’arrondissement de Compiègne qui déplorait 43 morts parmi ses fils ; ou encore Dormans dans la Meuse.  […] (extrait d’article : 2 pages sur 9 (6 illustrations))

Informations complémentaires

Année de publication

2018

Nombre de pages

9

Auteur(s)

Franck TISON

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf