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2.00

Description

Les apports du notariat en généalogie sociale

Les Vayssière, paysans de Saint-Jean-de-Fos, au beau XVIème siècle

* Docteur en histoire

Extrait

Tout historien a son sujet de prédilection. Tout au long de mes recherches, je n’ai cessé de m’intéresser à la généalogie sociale, autrement dit à l’inscription de l’histoire des familles dans l’évolution de la conjoncture économique et sociale. Je me suis particulièrement penché sur l’intéressant parcours de la famille Vayssière, devenue Bessier du fait d’une progressive déformation du patronyme : paysans puis gens de métiers sous l’Ancien Régime (potiers de terre et fontainiers à Saint-Jean-de-Fos au siècle de la Renaissance ; chirurgiens et apothicaires dans les vallées de l’Hérault et de la Buège sous Louis XIV et encore au siècle des Lumières ; facturiers en coton à Montpellier de 1760 à 1842, à la grande époque de l’indiennage), ils connaissent au XIXème siècle, celui des bourgeois conquérants, une nette et rapide ascension. Elle a pour cadre la petite ville de Mèze sur les rives de l’étang de Thau, et passe par deux voies : le tissu (plusieurs générations de marchands de nouveautés), et la vigne, en cet âge d’or du vignoble languedocien. Ils en subissent au siècle suivant les vicissitudes et s’orientent vers les activités liées à l’exploitation du littoral.

Je me suis passionné pour cette famille (à laquelle j’appartiens), je l’ai abordée à bien des reprises et de bien des manières, je lui ai consacré une thèse, deux livres et plusieurs articles.

Malgré ce, la première étape connue de la trajectoire de cette famille, ses racines paysannes à Saint-Jean-de-Fos au cœur de la moyenne vallée de l’Hérault, au beau XVIème siècle (selon la célèbre expression d’Emmanuel Le Roy Ladurie) était restée dans l’ombre, ou du moins dans l’imprécision (parfois dans l’erreur), faute de sources facilement accessibles, du moins pour celui qui – et tel est mon cas – ne maîtrise guère les arcanes et les secrets de la paléographie. Et c’est bien dommage, car elles ont en réalité abondantes : les compoix (ceux de 1512 et 1610), et bien davantage encore les archives notariales, les registres des notaires qui à Saint-Jean-de-Fos constituent une série continue depuis 1430. Fort heureusement, des généalogistes de Saint-Jean-de-Fos : Jean-Jacques Massol et Jean-Paul André en ont entrepris depuis quelques années le dépouillement systématique. Ce travail colossal a été mis en ligne (nouvelles technologies obligent) avec la création d’un site très riche : la généalogie des Massol où se trouvent rassemblés la quasi totalité des actes notariés concernant les familles de Saint-Jean-de-Fos (et même de certaines localités voisines, et ce depuis le XVème ou la première moitié du XVIème siècle). Ce dépouillement se poursuit. Le site ne cesse de s’enrichir.

Ce sont par conséquent essentiellement les sources notariales que nous allons utiliser pour suivre le parcours des Vayssière, paysans de Saint-Jean-de-Fos de 1450 à 1580 environ.

« L’histoire de notre pays, son histoire économique et sociale, celle de la vie quotidienne, de la province comme de la capitale est essentiellement contenue dans les faits et actes retracés par les notaires qui ont écrit l’histoire ou du moins qui ont consigné les faits qui sont le tissu de l’histoire » ont écrit Jean Roufol et François Rico dans leur ouvrage consacré au notariat. Cette affirmation est précisée par Jean-Louis Laffont : « Pour qui s’attache à l’étude de la famille sous l’Ancien Régime, les archives notariales représentent un passage obligé de l’investigation » qui constate par ailleurs que leur exploitation n’en est qu’à ses débuts : « En effet lorsque l’on considère d’une part la multiplicité et la diversité des types d’actes qui au travers des trois catégories que sont les actes en rapport avec le mariage et la vie conjugale, les actes à titre gratuit et à finalité de dernières volontés, les actes de règlement successoraux, lesquelles catégories constituent un ensemble que l’on appelle les actes relatifs au droit de la famille, et d’autre part les actes qui ont effectivement retenu l’attention des historiens de la famille soit essentiellement les contrats de mariage et les testaments (comme on va le voir avec les Vayssière), et plus récemment les inventaires après décès, on mesure aisément l’ampleur des territoires qui restent à explorer ».

A l’aube des Temps Modernes, au XVIème siècle, sous le règne de François Ier, et par conséquent à l’époque qui nous occupe, l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), revêt une particulière importance dans l’évolution du notariat et renforce encore son importance. Elle impose aux notaires de tenir registre des testaments et contrats. Elle leur demande d’en conserver les minutes et d’en faire le répertoire. Ils doivent abandonner le latin et rédiger leurs actes en français, et non autrement. L’accès à la profession est contrôlé par des juges. Mais le recrutement continue à se faire en fait, et ce depuis le XIVème siècle, par le biais de la vénalité des charges.

J’ai publié moi-même un article sur le sujet, paru dans Études Héraultaises, en 2004-2005, je m’y suis efforcé à partir de trajectoires familiales (se rattachant déjà aux Vayssière-Bessier), de démontrer l’importance des apports du notariat en généalogie sociale. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2019

Nombre de pages

17

Auteur(s)

Didier PORCER

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf