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2.00

Description

Les structures du ministère de l’Information
en Languedoc-Roussillon à la Libération
La direction régionale de Montpellier (1944–1947)

* Docteur en Sciences de la Communication (Section Histoire) de l’Université Paris II Panthéon-Assas :
Presse et pouvoir de 1944 à 1958. Contribution à l’histoire de la presse sous la IVe République, 1993, 1390 p.

Les derniers mois de l’Occupation, alors que les perspectives d’une victoire militaire sur les Allemands commençaient à se dessiner, le Gouvernement d’Alger commença à se préoccuper de ce qui allait se passer dans le pays, une fois la libération acquise. Il lui fallait notamment mettre en place une nouvelle administration, sous peine de se faire voler la victoire. Car, dans ce contexte de fin des hostilités, il n’était nullement assuré que le Général de Gaulle puisse, avec son gouvernement, faire partie de la tête de pont lancée au moment du débarquement et commencer à diriger le pays, comme si l’on était en temps de paix. Il était facile d’imaginer que les Allemands combattraient jusqu’au bout pour empêcher la renaissance des institutions démocratiques dans le pays. Il fallait aussi faire obstacle aux projets des Alliés sur ce point. A partir de 1943, les Etats-Unis avaient commencé à réfléchir à un gouvernement militaire des territoires occupés, l’Allied Military Government of Occupied Territories (AMGOT), qu’ils souhaitaient mettre en place au fur et à mesure de la libération des départements et qui devait occuper le terrain jusqu’à la tenue d’élections libres. Dans leur communication au colloque de Caen, Michèle et Jean-Paul Cointet ont également montré que « Vichy, sur sa fin, a bel et bien tenté une ultime opération de continuité et de transmission du pouvoir ». Restait enfin l’inconnue de la Résistance intérieure, noyautée par le Parti communiste et le Front National.

C’était là une perspective dont ne voulait à aucun prix le général de Gaulle. Il entendait prendre en main l’administration de la France dès la Libération. Un point de vue qui était d’autant plus partagé par la Résistance intérieure qu’elle avait réfléchi, de son côté, aux modalités de sa mise en œuvre bien avant le débarquement. Dans un rapport daté du 10 octobre 1943 qu’il avait adressé à Alger, Claude Bouchinet-Serreulles, alors délégué civil pour la Zone Nord, avait déjà fait savoir à Alger que « d’accord avec le Comité Général d’Etudes (CGE), nous pensons que dès à présent des administrateurs provisoires doivent se préparer à la prise en main des ministères de l’Intérieur, de la Justice, de l’Économie (y compris Ravitaillement et Transports), du Travail et de l’Information. Si là encore, les événements nous surprennent avant que soient parvenues les décisions d’Alger, ces “administrateurs provisoires” doivent être en mesure d’assurer, sur-le-champ, la direction de ces départements ».

Leur désignation ne fut cependant pas facile à opérer. La Résistance avait été décapitée par l’arrestation à Caluire, le 21 juin 1943, de Jean Moulin, représentant du chef de la France libre à la tête de la Délégation générale qu’il avait créée en août 1942 pour servir d’intermédiaire entre la Résistance intérieure et la France combattante. Le poste connut ensuite plusieurs titulaires successifs : Claude Bouchinet-Serreulles, Jacques Bingen, alors délégué du Comité Français de Libération Nationale (CFLN) pour la Zone Sud, et le préfet Emile Bollaert le 1er septembre 1943. Arrêté le 3 février 1944, celui-ci fut de nouveau remplacé par Jacques Bingen auquel succéda Alexandre Parodi, nommé par le général de Gaulle le 10 mars 1944.

Ces « administrateurs provisoires », connus ensuite sous le nom de « secrétaires généraux provisoires » étaient, pour la plupart, des « techniciens » issus de la Résistance intérieure et ils s’étaient déjà fait connaître comme auteurs d’études et de rapports destinés à préparer les lendemains de la fin de la guerre. Selon l’un d’entre eux, les trois objectifs suivants leur avaient été assignés : « Préparer les mesures immédiates à prendre dès la libération du territoire ; prévoir les changements de personnels administratifs qui s’imposeront ; dégager l’orientation générale du nouveau régime ».

Leur travail ne fut jamais facile, non seulement en raison de la situation clandestine dans laquelle ils devaient travailler, mais encore à cause du refus des chefs des Mouvements de Résistance « d’abdiquer leurs pouvoirs entre les mains de fonctionnaires irresponsables vis-à-vis d’eux et de leurs groupes ». Il y avait aussi les arrière-pensées que ces Mouvements nourrissaient pour l’après-Libération. « Chacun d’eux et plus spécialement chacun de leurs chefs gardait en tête son rêve d’avenir, sa vision personnelle de ce que devrait être la France nouvelle, renaissant de sa défaite de 1940 et de ses humiliations. Et comme les rêves différaient, quelques-uns voulaient dès à présent mener et orienter le combat de telle sorte qu’il finisse, le jour venu, par imposer – et à De Gaulle lui-même – les lendemains qu’ils souhaitaient ». Au-delà de cette explication de la tension entre la Résistance intérieure et le CGE, apparaît aussi une différence de nature et de perspective entre les deux, comme l’a souligné Michel Debré. « D’un côté, c’est la Résistance politique qui se veut révolutionnaire ; de l’autre, la Résistance gouvernementale qui se veut d’Etat. D’un côté, les grands et vastes projets de réorganisation politique et sociale ; de l’autre, des textes précis et des nominations ». […]

Informations complémentaires

Année de publication

2017

Nombre de pages

13

Auteur(s)

Yves GUILLAUMA

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf