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2.00

Description

Le Bulletin du Commissariat de la République :
L’Information officielle à Montpellier

* *Docteur en Sciences de la Communication (Section Histoire) de l’Université Paris II Panthéon
Assas : Presse et pouvoir de 1944 à 1958. Contribution à l’histoire de la presse sous la IVe République, 1993, 1390 p.

Otto Abetz, ambassadeur d’Allemagne en France durant la Seconde Guerre mondiale, ne manquait pas de perspicacité lorsqu’il écrit dans ses Mémoires à propos de la situation politique dans le pays à la fin des hostilités : « À côté du problème militaire existait un problème politique. Qui prendrait le pouvoir après l’Occupation du pays par les alliés ? Le Comité d’Alger sous la direction du général de Gaulle ? Le mouvement de la Résistance intérieure où l’influence communiste se faisait de plus en plus sentir ? Un gouvernement légal, agréé par les Anglo-Américains et qui eût succédé en droit au Gouvernement de Vichy ? » Les questions posées par le représentant d’Hitler commencèrent aussi à germer dans les esprits en France à partir de l’automne 1942. Déjà en décembre 1941, l’offensive japonaise contre Pearl Harbour avait modifié la donne dans les opérations militaires en provoquant l’entrée en guerre des États-Unis. Durant l’automne 1942, plusieurs événements sur le champ de bataille montrèrent que les troupes allemandes commençaient à marquer le pas un peu partout. En Afrique du Nord, la victoire britannique à El-Alamein en novembre 1942 repoussa l’Afrika Korps vers l’Ouest et l’empêcha de progresser vers Alexandrie et le Canal de Suez. Le débarquement des troupes alliées en Afrique du Nord le 8 novembre 1942 (Opération Torch) prit les Allemands en tenaille entre les Franco-Américains à l’Ouest et les Britanniques à l’Est. La prise de Tunis en mai 1943 et la reddition des forces allemandes et italiennes permirent aux Alliés de débarquer en Sicile en juillet 1943 et de prendre pied dans la péninsule italienne en septembre. Pendant ce temps, le rude hiver de 1942 stoppait l’offensive allemande devant Stalingrad, avant la capitulation des troupes de Von Paulus au début de l’année 1943.

Ces différents revers laissaient raisonnablement présager la fin de la domination allemande en France où l’invasion de la zone Sud, le 11 novembre 1942, avait fini de discréditer le pouvoir de Vichy, désormais dépossédé de son Empire et privé de ce qui lui restait d’armée et de marine. Sa légitimité était ainsi ébranlée dans l’opinion publique et la question de savoir qui allait le remplacer, une fois acquise la victoire sur l’occupant, commença à se poser un peu partout.

Bien évidemment, au fur et à mesure que la possibilité d’une victoire alliée se dessinait à l’horizon, un certain nombre de Français, occupant les positions sociales les plus variées et attachés jusque-là au régime de Vichy, ont commencé à manifester leur intérêt pour ceux qui luttaient pour libérer le pays. Certains prirent même contact avec la Résistance, lui apportèrent leurs concours et vinrent grossir rapidement les rangs de ceux que l’on a appelés par la suite, avec un certain mépris, « les résistants de la dernière heure ». Les recherches effectuées par certains historiens sur la fin de l’Occupation ont également montré que des personnalités de l’État français ont aussi tenté d’ultimes manœuvres afin de tirer parti de la situation dans laquelle se trouvait le pays. « Vichy, sur sa fin, révèlent les historiens Michèle et Jean-Paul Cointet, a bel et bien tenté une ultime opération de continuité et de transmission du pouvoir. Il importe de ne pas faire ici de confusion. Nous n’assistons pas à une banale et élémentaire opération de survie […] C’est bel et bien un principe, une philosophie de pouvoir que Vichy entendait transmettre et c’est ce qui rendait d’autant plus redoutable ces ultimes manœuvres ». Pour avoir quelques chances de succès, Pétain et Laval devaient avoir pour interlocuteurs les Américains qui pouvaient leur prêter une oreille complaisante en attendant les premières consultations électorales après la Libération. Or, contrairement à ce qu’ils espéraient, ce ne sont pas les Américains qui ont libéré Paris, mais les troupes françaises.

Les représentants de Vichy éliminés, restaient deux prétendants potentiels : la Résistance extérieure, c’est-àdire le gouvernement d’Alger, et la Résistance intérieure. À travers le processus d’unification des différents mouvements au cours de l’Occupation, celle-ci avait fait un pas un important pour prétendre peser sur l’avenir du pays au moment de la Libération. La création du Conseil National de la Résistance (CNR) en mai 1943, à l’instigation de Jean Moulin, lui apporta la dimension politique qui lui manquait. Dès sa première réunion, il put se targuer de regrouper à la fois des représentants des mouvements de résistance (huit membres), mais aussi des partis politiques (six membres) et des organisations syndicales (deux membres). À travers cette composition, il était à même de faire valoir clairement aux alliés, et en particulier aux Américains, qu’il représentait le peuple français et il pouvait dès lors s’attacher à préparer le jour de la Libération pour qu’il n’y ait pas de vacance du pouvoir au moment où il faudrait prendre la suite du régime de Vichy. Pour cela, le CNR pouvait s’appuyer sur les Comités départementaux et locaux de Libération. Mais c’était compter sans les plans de la Résistance extérieure. Philippe Viannay en eut la brutale révélation lorsque, reçu le 24 juillet 1944 à Rambouillet par le chef de la France libre, il s’attira cette réplique après avoir évoqué devant lui la force politique de la Résistance : « Il y a trois forces en France : le capital, le parti communiste et de Gaulle. Du côté où se portera de Gaulle, la France basculera ».

Pendant que le CNR s’activait à préparer l’après-Libération, des organismes mis en place par Jean Moulin, au titre de représentant du général de Gaulle et de délégué du Comité national en zone libre ou avec son aval, travaillaient aussi pour préparer le pays à reprendre sa vie normale une fois la paix recouvrée. Ce fut notamment le cas du Comité Général d’Études (CGE) qui deviendra à partir de 1943 « un véritable Conseil d’État clandestin », selon Diane de Bellescize5, et surtout la Délégation générale qui choisira durant la période clandestine les cadres (commissaires de la République, préfets) qui auront à prendre en mains le rétablissement de la légalité et de l’ordre républicains dans les régions et les départements où ils avaient été nommés. L’exposé des motifs de l’ordonnance du 10 janvier 1944 portant division du territoire de la métropole en commissariats régionaux de la République prévoyait pour leurs titulaires des pouvoirs accrus afin de faire face à toutes les nécessités du moment. Il stipulait notamment que, « par suite des difficultés de communications, ces autorités seront souvent les seuls représentants du pouvoir auxquels il sera possible de recourir pour des questions d’ordre gouvernemental, ou même législatif, dont il faudra trouver la solution immédiate pour maintenir les conditions indispensables à la sécurité des armées et à la vie des populations. Le gouvernement doit donc assurer à ces autorités les pouvoirs extraordinaires qui seraient nécessaires au moment de la Libération tout en limitant leur usage dans le temps, de manière à rétablir la légalité républicaine dès que les circonstances exceptionnelles qui les ont motivé auront disparu ». […]

Informations complémentaires

Année de publication

2018

Nombre de pages

13

Auteur(s)

Yves GUILLAUMA

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf