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Description
La sculpture erratique médiévale de l’ancienne abbaye d’Aniane
* Directeur de recherche au CNRS, directeur d’Études à l’EHESS, UMR 5648, CIHAM, Lyon-Avignon
p. 7 à 26
La récente acquisition d’un tailloir roman, aujourd’hui inscrit au titre des Monuments Historiques, redécouvert à Aniane, offre l’occasion d’établir un bilan sur la sculpture erratique de cette ancienne abbaye qui a été un instrument, un temps central, de la réforme bénédictine carolingienne.
Les découvertes associées aux nouvelles fouilles des années 2011-2015 permettent désormais d’identifier une production artistique locale, de la seconde moitié du XIIe s et des premières décennies du XIIIe s., jusqu’alors mal identifiée sinon insoupçonnée.
Celle-ci invite à revisiter l’ensemble des œuvres romanes erratiques, encore conservées localement, mais à identifier aussi une sculpture plus tardive remployée dans des agréments de cours et de jardins depuis le XVIIe s.
Mots-clés : art roman, cloître, sculpture, Languedoc, Aniane, monastère, colonne, chapiteau, tailloir.
Following the recent acquisition of a Romanesque coping rediscovered in Aniane and now registered as an Historical Monument, this has given us the opportunity to review the incoherent sculptures of this ancient abbey, that played a central part in the Carolingian Benedictine reformation.
The discoveries from recent excavations in 2011-2015 have identified the work of local artists dating from the second half of the XII C into the early decades of the XIII C, that until now had previously been unidentified or poorly detected.
We can reopen studies of the whole of the inconsistent Romanesque works still kept locally, but that have been identified as a later work and redeployed in courtyards and gardens since the XVII C.
Key words: Romanesque art, cloister, sculpture, Languedoc, Aniane, monastery, column, capital, coping
L’aquisicion recenta d’un talhador romanic uèi inscrich al títol dels Monuments Istorics, redescobèrt a Aniana, porgís l’escasença d’establir un balanç sus l’esculptura erratica d’aquesta anciana abadiá que foguèt une instrumnt, un temps central, de la refòrma benedictina carolingiana.
Las descobèrtas associadas a las novèlas excavacions de las annadas 2011-2015 permeton d’ara en davant d’identificar una produccion artistica locala, de la segonda mitat del sègle XII e dels primièrs decennis del sègle XIII, fins ara mal identificada, senon insospechada.
Aquesta convida a revesitar l’ensem de las òbras romanicas erraticas, encara conservadas localament, mas a identificar tanben una esculptura mai tardièra remplegadas dins de decoracions de corts e de jardins despuèi lo sègle XVII.
Noms-claus : art romanica, clastra, esculptura, Lengadòc, Aniana, monastèri, colomnas, capitèl, talhador (o abac)
En juillet 2022, l’EPCI 1 Vallée de l’Hérault a fait l’acquisition, grâce au soutien du Ministère de la Culture et du département de l’Hérault, d’un tailloir roman mis à la vente dans une galerie parisienne des quais de Seine mentionnant simplement la ville de Ganges dans l’Hérault, comme origine de provenance.
Or il se trouve que cette pièce avait été heureusement recensée, en 2014, chez un particulier d’Aniane par l’équipe de fouille du CNRS qui développait alors un programme de recherche archéologique au sein de l’ancienne abbaye (Fig. 1).
On est donc assuré d’une origine plus précise de l’œuvre, même si celle-ci est décontextualisée. L’évocation gangeoise erronée n’était liée finalement qu’aux intermédiaires marchands auprès de qui la pierre ouvragée a circulé pour aboutir à son trajet parisien et à une demande de certification de vente à l’international.
L’enquête réalisée en 2014 et les contacts conservés depuis ont permis de déterminer par ailleurs que cette pierre avait été remployée comme telle, c’est-à-dire comme dalle de sol ou margelle de cuve dans la cave d’une maison particulière de la Place de la Mairie à Aniane. L’œuvre est donc décontextualisée, c’est un fait, mais elle provient d’Aniane cela est assuré. Et il ne s’agit pas du seul fragment roman remployé dans ce village.
Pourtant ceux-ci sont encore assez systématiquement attribués, par une sorte de concession tenace aux habitudes, sinon par des positions hypercritiques, au démembrement du cloître de Gellone, autre prestigieuse abbaye voisine établie au seuil du IXe s. dans les gorges de l’Hérault, en rive droite. On sait en effet, que son cloître vendu à un entrepreneur après la Révolution, a été en grande partie démantelé durant la première partie du XIXe s. et que nombre de ses pierres ont été acquises par des artisans-maçons mais aussi par des collectionneurs, des sociétés savantes qui les ont médiatisées de fait. D’autres ont été tout simplement remployées dans des constructions diverses au sein des villages alentours, à Saint-Jean-de-Fos, Jonquières, Lagamas et Montpeyroux notamment. Peut-être faut-il déconstruire ce récit ou du moins le rediscuter ? On sait surtout que si des œuvres magnifiques de Gellone se sont effectivement retrouvées à Aniane, à partir du second quart du XIXe s. c’est moins parce qu’elle ont été remobilisées dans des constructions mais surtout parce qu’un antiquaire passionné, le juge de paix Pierre-Yon Vernière constitua dans sa propriété à Aniane, rue de Montpellier, un jardin « romantique » assez exceptionnel dans le territoire, avec des œuvres hétéroclites et qu’il s’est acharné des décennies durant à acquérir des pierres diverses 2. C’est néanmoins cette collection qui désormais constitue outre-Atlantique l’un des fonds principaux du Cloisters museum de New-York où le cloître de Gellone est d’ailleurs mis en valeur dans une anastylose qui bientôt atteindra les 100 ans d’existence 3.
Mais peut-on encore attribuer systématiquement toutes les pièces redécouvertes aujourd’hui à Aniane et inventoriées dans la ville à la seule abbaye voisine de Gellone ? La question est d’autant plus légitime que des fouilles récentes, réalisées entre 2011 et 2015 à Aniane, ont permis de retrouver une section de la galerie de l’ancien cloître des moines de Benoit et de découvrir des fragments de pierres ouvragées. Et celles-ci démontrent désormais l’existence concomitante d’une sculpture romane de qualité, diversifiée et très proche au demeurant de celle de Gellone4.
Le tailloir aux vieillards de la rue de la mairie à Aniane
Description
Face A (Fig. 2a et 2b).
Face B (Fig. 3a et 3b).
Face C (Fig. 4a et 4b).
Face D (Fig. 5).
Éléments de comparaison et de composition
Perspectives d'une nouvelle narration : l'apport des fouilles de 2011-2015
Contexte : destruction, dispersion, remploi des œuvres anianaises depuis les guerres de Religion
La redécouverte récente de l'un des cloitres d'Aniane
Sculptures erratiques anianaises
En limite du bourg et de l'enclos abbatial
Rue de Montpellier (ancienne maison Crespi) : le chapiteau dit des enfers
14 Rue de Montpellier : des baies romanes en contexte
2 rue de Montpellier
35 rue du Mazel : bloc ouvragé aux enroulements de feuilles (Fig. 17b)
Dans le bourg et les faubourgs
6 rue de la Tour (Fig. 18).
Îlot de la rue de la Porte Saint-Jean et des places de la Mairie et des Pénitents (Fig. 19a et b).
1 avenue de Gignac (Fig. 20a et 20b)
Parc du 4 Avenue de Gignac
Au gré des rues et des cours privées
Un autre ensemble cohérent, plus tardif et méconnu
Avenue Louis Marres (ancienne vigne Ramon)
Avenue de Saint-Guilhem
Rue du Fesc
Mas de la route de La Boissière
Rue Étienne Sanier
Un inventaire à suivre et poursuivre...
Conclusion
Bibliographie
Notes
Informations complémentaires
| Année de publication | 2024 |
|---|---|
| Auteur(s) | Laurent SCHNEIDER |
| Nombre de pages | 20 |
| Disponibilité | Téléchargeable au format pdf |



