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Description

Jean-Baptiste Fabre à Castelnau (1756-1765) et Le Crès (1765-1769) :
l'ascension d'un écrivain

* Univ. Montpellier 3 CRISES EA 4244 / Académie de Nîmes

À Castelnau-le-Lez, l’abbé Fabre n’est pas un inconnu, avec son buste placé au chevet de l’église Saint-Jean-Baptiste. Parmi les écrivains majeurs du XVIIIe siècle français, il doit sa notoriété à sa place éminente dans la littérature de langue occitane. En 2023, une exposition à l’espace culturel Pierre-Fournel révélait les traces de son séjour et saluait son importance. Elle accompagnait l’édition bilingue de deux chefs-d’œuvre, le poème Le Siège de Caderousse et le roman l’Histoire de Jean l’an prés, chez l’éditeur A l’asard Bautezar ! Sur ce roman tant admiré, son traducteur Ph. Gardy a écrit : « Jean l’an prés, narration abyssale dont les tiroirs et les ‘secrets’ paraissent infinis 1 ». Castelnau lui a inspiré l’intéressante pièce de théâtre du Trésor de Substantion.

Cette étude s’appuie sur une analyse de travail scientifique due à A. Collinot : dans une biographie, il convient de s’intéresser aux conditions de travail de l’intellectuel qui construit son œuvre, dans l’espace de temps libéré par les autres aspects de la vie 2. De 1756 à 1769, J.-B. Fabre exerce à Castelnau puis au Crès. En dehors du ministère pastoral, il prêche, enseigne, s’occupe des membres de sa famille qui décèdent les uns après les autres, et surtout écrit une œuvre exceptionnelle. Mise en forme ici, la conférence donnée à Castelnau, en 2023, a apporté des compléments aux précédentes recherches sur Castelnau-Le Crès, après celles sur Sommières-Aubais 3.

Jean-Baptiste Castor Fabre est né le 26 mars 1727 à Sommières, de parents maître et maîtresse d’école, et il y réside quinze ans. Il utilisera dans son œuvre la langue de l’aire linguistique sommiéroise, pratiquée dans l’enfance : le « someiròl del montpelhierenc » selon P. Sauzet. Ce dernier décèle aussi des traces du parler de Montpellier où le curé a résidé, comme dans la graphie du -a final atone. Dès ses tout premiers poèmes imités d’Horace, J.-B. Fabre a été le premier, écrit Cl. Torreilles, à choisir d’écrire la finale féminine atone en -a, jusque-là traitée en -o. Ses admirateurs montpelliérains du début XIXe siècle l’imiteront, ayant perçu un choix pertinent pour le parler local 4. À la fin de sa vie, le prêtre signait Favre de Saint-Castor, nom de guerre de son neveu militaire. Ses œuvres se rencontrent donc sous les noms Favre et Fabre. Malgré la particule, ils n’étaient pas nobles. Fabre curé était dit abbé, d’un mot désignant l’ecclésiastique dès le premier ordre reçu qui avait fait de lui un clerc tonsuré. De plus, nous ne sommes pas apparentés, malgré le patronyme.

Les paroisses Saint-Jean-Baptiste de Castelnau et Saint-Martin du Crès desservaient la communauté d’habitants appelée Castelnau, Le Crès et Salaison. Le Crès est devenu une commune autonome en 1872, et jusque-là il s’agissait d’une communauté à deux paroisses. Les consuls géraient le terroir et il convient de veiller à la fois aux dates et aux lieux, s’agissant des relations entre la commune et les curés. L’abbé Fabre a desservi Castelnau, de sa nomination le 6 mars 1756 à sa démission le 19 octobre 1765, et Le Crès, nommé le 18 octobre 1765 et quittant le 22 avril 1769, selon les insinuations ecclésiastiques du diocèse 5.

Il a circulé autour de Montpellier. D’abord vicaire, l’adjoint du curé, à Aubais dans le Gard de 1753 à 1755, il obtient la cure de Vic (Vic-la-Gardiole) dans le diocèse de Montpellier. Il y exerce un an avant Castelnau, Le Crès et Montels, paroisse de la périphérie de Montpellier disparue depuis. Curé à Cournonterral (1773-1780), il devient prieur curé de Celleneuve, un hameau de Montpellier où il décède le 6 mars 1783. La rue Favre de Saint-Castor en conserve le souvenir (Fig. 1).

Les paroisses desservies par J.-B. Fabre autour de Montpellier
Fig. 1 Les paroisses desservies par J.-B. Fabre autour de Montpellier (carte DBF 2022).

J.-B. Fabre, l'illustre écrivain

Présence locale : un portrait, un buste et une plaque mémorielle

Présence locale : les manuscrits

Une œuvre abondante où l'occitan languedocien se remarque

Les années fécondes de Castelnau et Le Crès (1756-1769) : le cycle de Castelnau

J.-B. Fabre, curé à la portion congrue de Castelnau (1756-1765) puis prieur curé du Crès (1765-1769)

La communauté et ses deux paroisses

Une réglementation abondante à appliquer

La vie municipale en matière religieuse : deux paroisses à gérer

Le curé Fabre dans des activités paroissiales parfois délictueuses

Deux temps forts : une œuvre et un procès

Le Trésor de Substantion, remarquable pièce de théâtre avec ariettes

Une affaire de mœurs jugée au village : le curé Fabre pour témoin (1758)

Conclusion

Bibliographie

Notes

1.FABRE J.-B. 2023a et 2023b. GARDY, Avant-propos à Lou Siégé dé Cadarôussa, 2023b p. 25. Pour la circonstance, l’éditeur a conçu un livret-catalogue Jean-Baptiste Fabre (1727-1783) : écrivain de langue d’oc, 2023, 32 p.

2.COLLINOT 2012, p. 580, chercheuse au Centre A. Koyré.

3.BERTRAND-FABRE 2004 (Thèse 1999, sous la dir. Arlette Jouanna) et 2024 pour Sommières-Aubais.

4.SAUZET 1988, p. 94. Wikipédia Notice Prononciation de l’occitan. Je sais gré à Cl. Torreilles de m’avoir communiqué un article de colloque (2021) à paraître.

5.Arch. dép. Hérault, G 1205, 1207 et 1208.