2.00

Description

Montpellier-sur-Moine. Entreprises et négociants languedociens
à Cholet (v. 1780-v. 1820)

* Professeur retraité d’histoire-géographie, Amis du Musée du Textile et de la Mode de Cholet

À la fin de l’Ancien Régime, à l’écart des grandes routes royales et sans rivières navigables qui les relieraient à la Loire, les Mauges sont perçues par leurs habitants comme une région isolée et marginalisée aux confins de la Bretagne et du Poitou. Leur enclavement est toutefois relatif et n’est pas un obstacle à l’écoulement des toiles et des mouchoirs de la manufacture de Cholet sur les marchés ibérique et américain via les ports de Nantes et Bordeaux. C’est au cœur de cet espace entrouvert que des négociants cotonniers languedociens établissent à la fin du XVIIIe siècle des comptoirs d’échanges et de fabrication. Leur rôle dans l’histoire de la manufacture et de la cité est ignoré et faire part aujourd’hui de cette ancienne relation Cholet-Montpellier ne manque pas d’étonner au regard, notamment, de l’éloignement spatial des deux villes. Je me propose au moyen de données issues de sources et travaux dispersés et au travers d’une approche chrono-thématique de les identifier, d’éclairer leurs motivations et de mesurer leur implication dans la vie de la cité : de 1780 à 1789, leur engagement est économique : ils font du Choletais une de leurs aires de tissage ; à la Révolution, leur intégration prend une dimension politique : plusieurs participent au mouvement patriotique et aux nouvelles institutions locales allant jusqu’à prendre part à la répression des insurgés. Entre 1793 et 1796, l’insurrection vendéenne et la violence de sa répression affectent très durement leurs dépôts et leurs réseaux locaux : la plupart abandonnent Cholet.

In fine, je m’interrogerai sur leur oubli dans la mémoire locale et sur le possible impact de leur séjour d’une quarantaine d’années sur la Fabrique de Cholet.

Négoce, tissage et blanchiment à Cholet

Dans la dynamique cotonnière

En Bas-Languedoc, c’est au cours des années 1730-1750, que le travail du coton connaît un premier réel essor dopé par l’engouement des consommateurs pour les cotonnades et, plus spécialement, les toiles imprimées imitées de celles des Indes ou indiennes. Durant les décennies qui précèdent la Révolution, Montpellier compte simultanément deux à six fabriques de toiles peintes. Celles-ci forment le segment terminal de la filière cotonnière régionale et présentent une répartition spatiale caractéristique de la proto-industrie : la filature et le tissage non mécanisés sont dispersés dans l’arrière-pays ; le blanchiment, la teinture et l’impression sont implantés dans les faubourgs de la ville-centre. En 1786, Montpellier fait battre 2 400 métiers non réunis, et emploie dans la filière cotonnière 12 à 15 000 ouvrières et ouvriers 1.

En Anjou, au milieu du XVIIIe siècle, des négociants de la manufacture de Cholet commencent à faire filer du coton et à l’utiliser dans le tissage des mouchoirs, rapprochant ainsi l’offre choletaise de la demande du marché. Le travail cotonnier se répand alors, conforté dans les années 1780 par les débuts de la mécanisation de la filature 2.

Dans les deux manufactures, l’avancée cotonnière pousse à des adaptations structurelles. Un double tropisme va les rapprocher. À Montpellier, faute de pouvoir faire tisser et blanchir sur place en quantité et en qualité suffisantes 3, des négociants-entrepreneurs, faisant fi des distances, se tournent vers d’autres centres toiliers reconnus parmi lesquels Cholet, gros consommateur de leurs filés 4 de coton. À Cholet justement, où l’on ne maîtrise pas la teinture en rouge, les marchands-fabricants regardent vers le Midi languedocien pour s’approvisionner en cotons teints.

Une petite dizaine d'entreprises

Les frères Cambon à Cholet : manufacture et négoce

Au cœur du milieu patriote et républicain

Un très fort engagement dans les nouvelles institutions

Cholet aux mains des Vendéens (14 mars-17 octobre 1793)

Après la reprise de Cholet par les Bleus

Vers la fin de l'aventure choletaise

L'abandon de Cholet

La chute de Cambon frères

Le retour de Farel et fils et Parlier

À l'ombre de Claude Verdier, la résilience de Pierre Raujoux

Bibliographie

Notes

1.Toutes ces premières lignes empruntent à Serge Chassagne, « Les débuts de l’industrie cotonnière en Bas-Languedoc », et à Alain Chante, « Les manufactures d’indiennes à Montpellier au XVIIIe siècle », in De la fibre à la fripe. Le textile dans la France méridionale et l’Europe méditerranéenne (XVIIIe-XXe siècle), Actes du colloque de 1997, Université Paul-Valéry, Presses universitaires de la Méditerranée, Montpellier, 1998, respectivement p. 129-141 et p. 143-166.

2.DOLLÉ 2000, pp. 71-85 ; voir aussi : « Les débuts du mouchoir dans la production de la manufacture de Cholet au XVIIIe siècle », Actes du Colloque de Cholet “Le mouchoir dans tous ses états”, 12-14 novembre 1997, Association des Amis du musée du Textile choletais, Cholet, 2000, pp. 39-47 ; « Les débuts de la mécanisation de la filature de coton dans le Choletais (fin XVIII  siècle) », De fil en aiguille, n° 41, 2017, pp. 8-11.

3.CHASSAGNE 1998, pp. 129-141 ; CHANTE 1998, pp. 143-166.

4.Participe substantivé pour désigner les fils de différentes longueurs et qualités produits à partir de fibres discontinues (ici de coton) au moyen d’une série d’opérations regroupées sous le nom de filature. Le coton non encore filé était dit « en poils ».