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Description

Montpellier au temps des troubles de Religion :
un modèle de confessionnalisation à la française

Introduction

Avec environ 15 000 à 20 000 âmes à la fin du XVIe siècle, Montpellier fait partie des quelque deux douzaines de villes du royaume de second rang, derrière les géantes provinciales comme Marseille, Toulouse ou Lyon. Abritant la cour des comptes, elle est la seconde capitale administrative du Languedoc et sans demeurer le grand noeud du trafic méditerranéen qu’elle était au XVe siècle, elle reste un centre économique majeur entre garrigue et Méditerranée. Surtout, dans le midi du royaume, la ville est à la veille des guerres de Religion un lieu de passage obligé du croissant huguenot qui court de Bordeaux à Genève.

« À Montpellier […] la Réforme ne représente pas, ainsi qu’en d’autres lieux, un point de vue de l’histoire ; elle est, pendant cent ans et plus, toute l’histoire il n’est rien qui n’en procède ou ne s’y rapporte ou n’y aboutisse. »

Et dans cette capitale du Bas-Languedoc, les troubles de Religion sont d’autant plus violents que la ville est un noeud névralgique de premier plan dans la répartition des forces protestantes et catholiques de la province.

Mais tandis que dans les rues de la cité languedocienne les guerres civiles font des ravages, la ville semble le creuset d’un phénomène de confessionnalisation qui, au seuil de la mort, rapproche parfois les habitants autant qu’il les oppose. Cette assertion est issue de certains des acquis d’une étude menée à partir d’un corpus de 1556 testaments passés devant les notaires de la ville de Montpellier entre 1554 et 1622. Le testament nuncupatit, très répandu en pays de droit écrit, est en effet considéré par les historiens comme une source majeure par sa représentativité sociale. Dans la ville de Montpellier, c’est près du tiers de la population adulte qui fait testament dans la seconde moitié du XVIe siècle et c’est plus de la moitié dans les premières décennies du siècle suivant. En outre, la capitale du Bas-Languedoc est partagée presque également, ce qui est rare, entre populations catholique et protestante mais aussi peuplée de chrétiens aux marges des confessions établies.

Ainsi, alors que la confessionnalisation sociale et religieuse a surtout fait l’objet de travaux macro-historiques démontrant son rôle dans la « croissance de l’État moderne », les testaments montpelliérains sont porteurs d’un phénomène micro-historique dont la cité languedocienne est le creuset. Ces actes notariés révèlent à quel point les représentations et les comportements des individus, dans l’intimité de leur face à face avec la mort, recouvrent à la fois des discordances et des concordances avec les orthodoxies, démontrant que les cheminements individuels sont eux aussi constitutifs de l’évolution du phénomène. Cette confessionnalisation est d’autant plus curieuse que dans les rues de Montpellier et dans la religion civique, tout oppose ces mêmes individus.

Parce que la période envisagée voit se succéder alternativement temps de paix et temps de guerres, parce que la cité de Montpellier est pluriconfessionnelle, l’objectif du présent article est d’exposer un paradoxe, celui d’une ville particulièrement touchée par les guerres de Religion qui voient deux communautés s’entretuer au nom de Dieu, alors que seules face à leurs fins dernières, au moment justement de l’adresse à Dieu, elles sont souvent proches.

Dans la tempête des guerres de Religion

L’implantation de la Réforme et les premières guerres civiles

Dans la cité de Montpellier, les troubles civils n’auraient sans doute pas été aussi violents sans un passé religieux tumultueux depuis déjà plusieurs décennies.

C’est en 1536 que l’évêque Guillaume Pellicier réussit le transfert de l’évêché de Maguelone à Montpellier. Mais la grande affaire du XVIe siècle montpelliérain reste l’implantation de la Réforme. Les idées de Luther puis de Calvin pénètrent tôt la cité languedocienne, sans doute un peu avant les années 1530. Et autour des années 1550, ce sont surtout celles du réformateur genevois qui se répandent dans la cité, encore réduites à l’état d’hérésie, condamnées par les pouvoirs politiques et religieux en place. Pourtant en 1560 et malgré la répression, les protestants se sentent suffisamment forts pour « planter » une Église réformée et rapidement un consistoire s’ébauche comptant un ministre, deux diacres et deux surveillants. Dès lors, les huguenots n’ont de cesse de rallier les habitants à leur cause et, surtout, d’atteindre et de dominer les organes dirigeants de la cité. Et tout va très vite en 1561, cinq des six consuls sont calvinistes, le Conseil des Vingt-Quatre majoritairement acquis aux idées réformées. La même année, la cathédrale Saint-Pierre est assiégée et prise d’assaut par les huguenots, tandis que d’autres bâtiments religieux sont pillés et dévastés. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2013

Nombre de pages

11

Auteur(s)

Valérie LAFAGE

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf