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Description
Auguste Boyé, un édile et son village dans la deuxième moitié
du XIXe siècle (Saint-André-de-Sangonis – Hérault)
* Conservateur en chef du patrimoine (er)
p. 99 à 122
Auguste Boyé est adjoint puis maire du village de Saint-André-de-Sangonis au centre du département de l’Hérault. Il est également vigneron, inventeur, négociant et a exercé une forte influence locale durant toute la deuxième moitié du XIXe siècle et particulièrement entre 1849 et les années 80. Suivre ses combats et ses difficultés, c’est se plonger dans la vie d’un village sous des régimes politiques différents de la révolution de 1848 à la IIIe République. Il s’agit de s’intéresser aux enjeux locaux, de confronter vie politique nationale et vie locale, d’examiner quelles réponses y sont apportées et de quelle manière.
Mots-clés :
notable, Saint-André-de-Sangonis, République, Empire, XIXe siècle, ruralité, maire, vigneron, Auguste Boyé, édile, conseil municipal.
Auguste Boyé was a deputy and then mayor of the village of St-André-de-Sangonis in the centre of the Hérault department. He was also a winemaker, inventor and wine merchant, and exerted a strong local influence throughout the second half of the 19th century, particularly between 1849 and the 1980s. To follow his struggles and difficulties is to immerse ourselves in the life of a village under different political regimes, from the 1848 revolution to the Third Republic. The aim is to take an interest in local issues, to compare national and local politics, and to examine what responses were made and how.
Keywords:
Dignitary, St-André-de-Sangonis, Republic, Empire, 19th century, rurality, mayor, winegrower, Auguste Boyé, town councillor.
August Boièr (Auguste Boyé) es adjonch puèi cònsol del vilatge de Sant Andriu de Sangònis al centre del departament d’Erau. Es tanben vinhairon, inventor, negociant e a exercit una fòrta influéncia locala pendent tota la segonda mitat del sègle XIX, particularament entre 1849 e las annadas 80. Seguir sos combats e sas dificultats, aquò’s s’emplonsar dins la vida d’un vilatge jos de regims politics diferents de la revolucion de 1848 a la IIIna republica. S’agís de s’interessar als enjòcs locals, de confrontar vida politica nacionala e vida locala, d’examinar quinas responsas i son portadas e de quina faiçon.
Noms claus :
Notable, Sant Andriu de Sangònis, Republica, Empèri, sègle XIX, ruralitat, cònsol, vinhairon, Auguste Boyé, edil, conselh municipal.
J’ai rencontré Auguste Boyé (1821-1907) au hasard de travaux de recherches dans les archives de la commune de Saint-André-de-Sangonis (Hérault). D’abord, je n’ai pas pris garde véritablement à l’individu, jusqu’à ce que je rencontre l’« affaire du cimetière ». Il est alors maire et décide de créer un nouveau cimetière. Nous sommes en 1871, c’est l’effervescence dans le village. Cette affaire signe sa mort politique. J’ai alors cherché à connaître cette personnalité construite peu à peu, respectée et aimée puis contestée. Comment « faire parler » un élu rural qui n’a laissé que peu d’écrits 1 et rien sur sa vie personnelle ? Il faut aller le rencontrer en utilisant les maigres sources dont dispose l’historien. Rassemblant des fragments épars ici et là, se dessine une image de sa vie publique. Mais on ne connaît rien – ou si peu –, de sa vie personnelle. Pourtant l’homme a été un personnage important de « sa petite patrie » 2. Il faut donc s’attacher aux actions et manifestations dans lesquelles il est directement impliqué soulignant que l’homme public n’est qu’une facette d’un personnage qui a passé toute sa vie à Saint-André-de-Sangonis.
Le village (Fig. 1) est situé à 4 kilomètres de Gignac et 7 environ de Clermont-l’Hérault. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, c’est un village de plaine riche d’environ 2 000 à 2 500 habitants au confluent de la rivière de la Lergue issue du pied du Larzac, et du fleuve Hérault qui descend des Cévennes, et dont il occupe largement la terrasse alluvionnaire. Un bourg ancien entouré d’un mur d’enceinte – dont la première mention se rencontre dès le Xe siècle « parochia sancti sanguivomensis » dans le cartulaire de l’abbaye de Gellone et « villa sangonis » dans celui de l’abbaye d’Aniane –, est rapidement débordé par une extension des habitations surtout vers l’est. Le village trouve son origine dans sa fonction de poste avancé de l’évêque de Lodève, seigneur des lieux, au point de passage du fleuve vers la commune voisine de Gignac et le long d’une voie essentielle vers Lodève et l’actuel département de l’Aveyron. C’est la vigne qui marque le paysage et, malgré les crises du mildiou et, à partir des années 70, du phylloxera. Elle reste jusqu’à nos jours la culture dominante.
En découlent les industries annexes liées à l’entretien des animaux de trait et la fabrication du matériel (fustiers, forgerons, etc.). Mais en ce milieu du XIXe une autre industrie, particulière au village celle-là, a son importance. Par le dynamisme de quelques entrepreneurs aux relations cévenoles, des filatures de soie 3 se sont développées et emploient une main d’œuvre de quelques 250 personnes, essentiellement féminine, qui accroît son rayonnement micro-régional. La vigne est souvent bordée ou complantée de ces mûriers indispensables à la nourriture des vers à soie. On en trouve un peu partout où c’est possible. Cet élevage constitue alors une importante ressource complémentaire, surtout pour les petits vignerons dont aucun ne manquera d’installer à domicile la pièce d’élevage, magnanerie particulière. Ces filatures vont marquer fortement de leur empreinte la vie villageoise des années 1840 à 1880 et s’éteindront définitivement au début du XXe siècle. D’autres activités, en lien avec la viticulture, comme la production du verdet, celle de tartre 4 ou la distillation, assureront les revenus qui n’ont pas été trouvés ailleurs. Il n’y a pas, ou très peu, de maraîchage et uniquement destiné à la consommation domestique. Des plantations d’oliviers font fonctionner les quelques moulins à huile présents et la récolte des amandes issue des amandiers qui souvent bordent les chemins, complètent les revenus de ces ruraux. (Fig. 2) […]



