Aux origines des Guilhems de Montpellier (Xe-XIe siècle).
Aux origines des Guilhems de Montpellier (Xe-XIe siècle).
Questions généalogiques et retour à l'historiographie
A la mémoire de l’abbé C. Guichard
Petite villa autour de 980, en moins de deux siècles Montpellier passa au rang de grande ville sous la ferme direction des Guilhems 1, entreprise exceptionnelle si l’on considère les autres agglomérations qui l’entouraient vers 1170, cités nées du processus urbain antique et abritant en tant que telles les incarnations de l’ancienne puissance publique l’évêque et le comte ou le vicomte. L’exemple s’écarte tant du modèle environnant qu’il serait particulièrement intéressant de remonter aux sources du pouvoir pour en comprendre les ressorts. Le problème serait sans doute déja résolu si une piste généalogique ouverte au début de notre siècle par l’abbé Guichard, n’avait été brouillée, ce « découvreur » fertile n’ayant pas été pris au sérieux par ses contemporains et la plupart de ses successeurs 2. Pourquoi un discrédit quasi général ? Sans doute parce que la démarche déconcertait… trop labyrinthique, s’appuyant sur des sources très diversifiées, reprenant à son compte des assertions anciennes, hasardeuses ou insoutenables, et innovant tout à la fois… Ainsi pour la plupart d’entre nous, à de rares exceptions près 3, l’édifice fut-il taxé d’incurie.
Les premiers titres concernant explicitement la bourgade et ses maîtres, actes qui ouvrent une belle série documentaire dont le Liber Instrumentorum Memorialium – dit Cartulaire des Guillems – est la pièce maîtresse, sont datés du troisième tiers du XIe siècle seulement 4. Si l’on veut comprendre la genèse et la logique de développement du lignage avant les années 1070, une double démarche paraît donc nécessaire. La première pousse à rechercher les traces des premiers Guilhems, comme l’a fait l’abbé Guichard lui-même, ailleurs que dans ces textes tardifs. La seconde, que je proposerai pour ma part, est de s’arracher à l’illusion que procurent ces documents rédigés alors que l’agglomération prenait consistance, ils donnent l’impression que son embryon se trouvait déja au coeur du patrimoine au seuil du siècle. Or vers 1000, la villa de Montpellier était à la périphérie des possessions des Guilhems, dont le premier centre de gravité semble avoir occupé la vallée moyenne de l’Hérault, hypothèse que les deux auteurs d’une étude sur Montpellier, conduite dans la longue durée 5, m’ont offert d’exposer dans le chapitre qu’ils ont consacré au processus de formation urbaine avant 1103 6.
La place m’étant ici moins comptée pour étayer, par l’enquête de parenté, la thèse des déplacements successifs de l’axe patrimonial jusqu’à la future ville, je reviendrai plus longuement sur la question des origines du lignage fondateur, partant de Guilhem « fils d’Ermengarde », sorti de l’ombre vers 1076, et qui offre à la reconstitution un point d’ancrage puisque les textes qui s’y rapportent livrent les noms des géniteurs et de l’aïeul paternel en les associant à la seigneurie urbaine ; d’autres sources témoignent de l’existence de leurs prédécesseurs au cours de la période séparant la « donation » de 985, acte qui, comme chacun le sait, livre pour la première fois le nom de Montpellier, et le troisième tiers du XIe siècle 7. Je poserai donc une fois de plus la question épineuse et si controversée de l’identification des individus constituant la tête de lignage en me frayant un chemin dans le maquis des affirmations contradictoires et parfois mal fondées, d’où ce détour par l’historiographie annoncée en ouverture, renouvelée pour notre plus grand profit par la solide étude qu’Henri Vidal vient de consacrer à la donation de 985.
A l’issue de ma propre enquête généalogique, en me situant à contre-courant de l’historiographie majoritaire, selon laquelle les Guilhems de Montpellier seraient des nouveaux-venus sur la scène aristocratique 8, archétypes de la montée d’une chevalerie entreprenante aux premiers temps féodaux, j’affirmerai pour finir leur nobilitas, c’est-à-dire leur rattachement à la haute aristocratie régionale. De mon point de vue en effet, ce furent les solides assises (ensemble de moyens symboliques, intellectuels, matériels) dont disposaient les rejetons des lignées comtales et vicomtales en place au Xe siècle, qui permirent aux ancêtres de Guilhem, fils d’Ermengarde, de fonder un noyau de seigneuries castrales, leurs capacités propres leur permettant ensuite de l’agrandir plus rapidement que d’autres et de mieux le structurer parce qu’ils usèrent précocement de toutes les possibilités offertes après 1050 par le nouveau système social (la seigneurie) et institutionnel (le dispositif féodo-vassalique).
1. Retour à l'historiographie
Pour la période séparant la « donation » du manse de Montpellier et le milieu du XIe siècle, je retiendrai deux auteurs :
- Henri Vidal d’abord, parce que son étude (1985) offre du problème de la « fondation » un état complet sur lequel nous pouvons solidement nous appuyer. Après l’historique du récit d’origine – la scriptura antiqua -, l’auteur propose une relecture, terme à terme, du document daté de novembre 985 passée au crible par un examen minutieux de la terminologie, la donation est restituée dans son contexte institutionnel et politique, et l’attention portée aux noms des donateurs, du donataire et des souscripteurs, témoigne du crédit accordé aux méthodes anthroponymiques les plus récentes permettant d’entrevoir ce que pouvait être l’environnement social à cette haute période 9. Soixante ans plus tôt, l’abbé Guichard avait identifié le donataire avec un certain Guillelmus, époux de Chimberga, fils de Wido et d’Ingilrada ; considérant l’hypothèse avec une visible méfiance 10 et refusant (pour le moment peut-être ?) 11 de se prononcer sur les quelques huit décennies énigmatiques vaillamment arpentées par son prédécesseur, Henri Vidal nous dit du donataire des manses situés dans la (vil)la 12 de Montpellier et dans celle de Candillargues : « Guilhem est inconnu. Il est assurément l’ancêtre des Guilhems, seigneurs des Montpellier… Mais de ses origines, de son activité, de son mariage nous ignorons tout. » 13
- Vers 1920 14, l’abbé C. Guichard exposait les résultats d’une quête des interconnexions dans la documentation régionale, entreprise très audacieuse dans le contexte de son temps. Pourquoi lui consacrer tant de place dans un retour à l’historiographie alors que nous disposons d’études menées avec plus de « rigueur » à la même époque 15 ? Le sentiment est que dominait plus dans cette personnalité l’intuition que l’érudition; ce découvreur d’indices ouvrit presque tous les cartulaires régionaux dont il disposait, mit en relations, combina, afin de réunir les preuves qu’il recherchait pour authentifier la Scriptura antiqua, dans laquelle il refusait de voir un faux. Faisant fi des contraintes ou des préjugés de son temps, il s’appuya sur des coïncidences anthroponymiques pour relever des corrélations à une assez grande échelle, décelant l’existence du vaste réseau de relations qui reliait aux membres des familles dirigeantes des individus d’un niveau social moindre, que nous aurions même tendance à situer dans la paysannerie alleutière 16. Défendant implicitement, presque malgré lui pourrait-on dire, la thèse de l’étendue (géographique) et de la profondeur (sociale) de la trame des solidarités dans laquelle étaient engagés Guilhem (985) et ses successeurs, il anticipa sur des travaux renouvelant depuis peu l’histoire des pouvoirs régionaux aux IXe et Xe siècles 17. Malgré les excès de la démarche et les erreurs qui parsèment le parcours, nombre de ses propositions résistent tout à fait à l’examen.
Les intuitions et les excès de l'abbé Guichard
L’une des clés lui fut donnée par un homme appelé Guy (Wido/Guido), dont il est fait état dans la Scriptura antiqua, faux inséré par Arnaud de Verdale (évêque de Maguelone depuis 1339) dans la compilation dite Catalogus episcoporum Magalonensium, dont il fut l’artisan. Henri Vidal, dans l’exposé imparable des mobiles, de la « structure » et de l’origine de la « légende », date la falsification de la fin du XIIe siècle 18 et non des années entourant 1500 comme le proposait du temps de Guichard, l’abbé Rouquette. Destiné à soutenir l’antériorité des droits de l’évêque sur ce qu’avait acquis Guillelmus du comte et de la comtesse de Melgueil en 985, le texte forgé allait établir pour de longs siècles la « tradition » de la donation de Montpellier et de Montpelliéret à Ricuin, évêque de Maguelone, par les « deux sœurs » de saint Fulcran, et introduisait en outre le personnage dénommé Guy, « chevalier du comte de Melgueil » auquel Ricuin aurait inféodé ce qui venait d’être offert à son église. L’inféodation à Guy ne laissa aucune trace, pourtant certains historiens contemporains la retiennent encore, la datant de 975 19. Jonglerie chronologique, interpolations d’événements réels, inventions de personnages (notamment des deux dévotes)… la fiction est totale concluait déjà au début du siècle le perspicace abbé Rouquette : « La légende des soeurs de Saint Fulcran, née au XVe, peut-être même au début du XVIe, ne se relèvera pas du coup que nous lui portons » 20. A court d’arguments décisifs, ce fut l’abbé Guichard qui se trouva momentanément frappé : « j’espère convaincre, un jour, le loyal adversaire de cette tradition » (Extrait ib. p.14) 21.
Ainsi, se promettant d’établir une meilleure défense de sa chère Scriptura Antiqua, il rechercha dans la documentation régionale des preuves de l’existence de Wido/Guido/Guy, et des liens de saint Fulcran avec Montpellier. Ce faisant, et malgré les très nombreuses erreurs ou incertitudes qui émaillent la démonstration (localisation fautive des alleux ou rapprochements entre faux homonymes, chronologie fantaisiste…), dont Henri Vidal a fait l’inventaire, l’abbé Guichard repéra dans le Cartulaire de Gellone et dans celui d’Aniane, un individu, defunctus nommé Wido, mentionné dans deux donations de la fin du Xe siècle que firent Engelrada, sa veuve, et les enfants nés du couple, nommés dans cet ordre : Guillelmus, Berengarius et Petrus. Puis, remontant la chaîne depuis Guilhem (V) fils d’Ermengarde, selon la bonne méthode régressive partant du plus assuré pour parvenir au plus incertain, il fit la jonction avec ce Guy/Wido, père présumé de Guilhem (I), les choses se gâtant lorsqu’il attribua au Wido historique les faits rapportés au Guy légendaire.
Poursuivant sa quête afin de relier saint Fulcran et Montpellier, comme le voulait la Scriptura antiqua, notre auteur (Extrait, p. 17-20) releva un certain nombre d’indices témoignant d’une parenté de l’évêque avec les ancêtres des maîtres laïcs de Lunas et de Soubès. Il repéra dans le Cartulaire des Guillems, vers 1090, des mentions d’hommes des deux maisons, lesquels avaient en effet joué un rôle important à Montpellier et à Montpelliéret depuis le milieu du XIe siècle au moins (voir schéma des concordances, fig. 2). Lunas étant situé au nord-ouest du Biterrois et Soubès à près de deux kilomètres au nord de Lodève, les deux seigneuries étaient suffisamment éloignées du lieu d’intervention pour que l’on s’interrogeât légitimement à leur propos (carte, fig. 1). Il fit aussi remarquer la localisation « aux portes de Lunas », d’alleux offerts à son église par saint Fulcran ; puis il signala l’homonymie (« Aranfredus») entre un Soubès, attesté au XIe siècle à propos de Montpelliéret, et l’un des deux frères de l’évêque nommés dans la donatio pro anima dite abusivement « testament de saint Fulcran » (988) 22. Il rappela enfin à juste titre, qu’à Soubès, des droits sur l’église, la tour et les fortifications étaient en possession du saint qui en fit aussi aumône. La lecture du « testament » et des actes du L.I.M. sur lesquels il s’appuie, confirme toutes ces « coïncidences », trop nombreuses pour être fortuites. Il y ajoute la mention d’un « Guido», défunt associé par Fulcran lui-même à son autre frère, celui-là dit « germain » et nommé Pons, dans le service de prières recommandé par le saint donateur aux moines de Saint-Amans de Lodève 23.
Jusqu’ici dédaignés parce que trop obstinément liés à la validation d’une Scriptura Antiqua au moment du siècle où s’engageait une nécessaire critique des sources, ces indices se révèlent ajourd’hui précieux. Ils éveillent plus l’attention sur les relations fondées sur la consanguinité ou l’alliance, reliant sans doute l’évêque au donataire du manse de Montpellier et à ses parents, que sur l’existence de liens éventuels entre saint Fulcran et la villa de Montpellier que rien ne confirme dans l’état des recherches à ce jour 24. Voilà qui expliquerait les relations anciennes et durables nouées entre la famille des Guilhems de Montpellier et celles des seigneurs de Lunas, de Faugères, et de Soubès, et qui permettrait de mieux comprendre les enjeux de pouvoir entre les laïcs et l’église de Maguelone à Montpellier et Montpelliéret vers 1090. La légende emprunte souvent à l’Histoire : l’élaboration de la fiction, replacée par Henri Vidal dans le contexte politique de l’évêché de Maguelone à la fin du XIIe siècle (réf. infra note 18), pourrait avoir puisé au fond des menus faits de l’histoire locale encore connus ou vaguement mémorisés avant 1200, mêlés aux inventions, tout cela brassé dans un souci du mentir-vrai, virtuosité dont ont su faire preuve au même moment d’autres artisans des « faux » méridionaux.
2. Retour à la généalogie
De Guilhem (985) à Guilhem fils d'Ermengarde (vers 1076)
Les données textuelles à partir desquelles a été tracé le schéma généalogique des premiers Guilhems (fig. 3), depuis le donataire de 985 jusqu’à Guilhem (V), fils de Bernard Guilhem et d’Ermengarde, ont été réunies en un tableau (Annexe), afin qu’apparaissent plus immédiatement les liens de consanguinité ou d’alliance attestés, les connexions permettant d’étayer des hypothèses en l’absence de mentions formelles. Mais avant de le commenter, il ne serait peut-être pas inutile de formuler les principes de la démarche. Qu’on me le pardonne, je me citerai moi-même 25 :
« Au Xe siècle, comme il en était auparavant, les fils et les filles de l’aristocratie recevaient des noms qui existaient déja dans la famille ; le nom y était « un programme » comme l’a souligné avec force K. F. Werner. Mais repérer les chaînes d’homonymes ne suffit pas à établir la parenté, même en ces temps où le corpus anthroponymique était riche, le répertoire très ouvert, et par là même peu favorable à la formation d’un petit groupe de noms-leader comme il en sera après 1070, où, autour de Béziers, près d’un homme de l’aristocratie sur trois se nommait Guillem, Bernard, Pierre, Raimond ou Pons. Il faut disposer d’un faisceau de preuves en installant la recherche au niveau du patrimoine lui-même, par un repérage poussé des villae et des lieux-dits, sortir du cadre étroit du pagus, embrasser toute une région, parfois poursuivre au-delà, pour saisir le plus possible d’un seul patrimoine nobiliaire, que la dispersion et que l’étendue définissent alors. C’est ainsi que l’on relève les précieuses connexions d’un bout à l’autre d’un territoire, coude à coude d’individus ici et là-bas, que la parenté peut seule expliquer. S’appuyant sur les coïncidences d’ordre patrimonial et anthroponymique, l’enquête peut avancer pour cette haute période, la possession d’un même bien foncier, voire la présence au confront ou dans le petit groupe de souscripteurs, figure parmi les indices (laissant présumer) la consanguinité (Ou l’alliance) au même titre que l’homonymie. Mais isolé, chacun d’entre eux perd de son mérite. Le critère anthroponymique ne devient valide qu’en se combinant à d’autres, et la dimension de l’alleu ne faisant pas le paysan ou le noble (distinction assurée par l’étendue et par la dispersion), il faut reconstituer les réseaux aristocratiques en usant des effets de proximité. Ce peut être :
- l’homonymie et la proximité patrimoniale, confront ou souscription réitérée dans le temps et dans l’espace,
- la réunion autour d’un individu x de « noms rares », coalescence repérée ailleurs (dans un autre terroir par exemple), ou plus tard autour d’un autre individu y, avec de surcroît une proximité textuelle : 2a) l’individu x étant exécuteur testamentaire de y, ou figurant dans la souscription à ses côtés, ou bien encore souscrivant un acte dont y est l’auteur ; 2b) x et y intervenant plusieurs fois à propos d’un troisième individu z. »
Méthode
Quelques solides indices donnent à penser qu’il faudrait explorer la documentation subsistante couvrant le Languedoc oriental et septentrional mais aussi l’Auvergne, entre 900 et les années 1030-1050, pour enrichir et mieux structurer le tableau des corrélations entre la lignée des premiers Guilhems « de Montpellier » (affectés du surnom toponymique à partir de 1059) et d’autres lignées nobiliaires méridionales. Nous aurions de la sorte une image plus fidèle du réseau de parenté et de solidarités, vaste trame sans laquelle il leur eût été impossible d’amorcer le processus de développement patrimonial et lignager dont ils offrent l’un des meilleurs exemples méridionaux de réussite. Les données que j’ai pu réunir (sources mentionnées en note 7), constituent en elles-mêmes un dossier déjà impressionnant dont la présentation excède les limites d’un article. J’en ai donc extrait la partie présentée en Annexe : les actes choisis provenant de quatre sources principales et classés dans l’ordre chronologique, ont été numérotés de 1 à 43 pour les besoins du repérage et des renvois. Tout choix étant trahison, celui-ci masque l’étendue réelle du réseau des relations 26, mais soutient l’enquête généalogique pour les générations qui s’intercalent entre le donataire de 985 et le Guilhem connu à la mort de son père survenue vers 1076; dans ce but, j’y ai privilégié les actes dans lesquels les indications anthroponymiques et patrimoniales prévalent.
Repères textuels
Première catégorie de textes retenus, celle où figurent les Guilhems : a) parmi tous ceux qui furent rédigés du vivant de Guilhem de Montpellier « fils d’Ermengarde », un petit nombre contient des éléments biographiques (naissance, majorité, âge au mariage) qui nous renseignent indirectement sur ses parents et ses grands-parents (Annexe, actes 34, 35, 37, 38, 39, 40, 41, 43) ; b) moins d’une poignée fait directement référence à ses prédécesseurs (9, 30, 31, 32) ; c) et il est possible de leur en rapporter d’autres (8, 16, 18, 19, 20, 21, 22, 23, 25, 26, 27, 28, 29), à condition bien sûr de justifier le rattachement.
Pour l’étayer plus solidement qu’il n’a été fait, il faudrait interroger les actes livrant sur les alleux et les alleutiers de la viguerie de Popian, avant 1030, des indications de première importance. Vivier documentaire comme l’est la zone suburbaine de Béziers au même moment, la situation privilégiée pour l’observateur peut s’expliquer autrement que par le hasard textuel, bien que celui-ci ait joué voici deux paysages accessibles, irrigués et fertiles, de vieille occupation, dont la propriété très convoitée fut balisée de longue date par les puissances laïques et ecclésiastiques, les conflits potentiels étant inscrits dans la longue durée des transactions et soigneusement notés sur les parchemins. Au sud de Popian, on recense une part de l’honneur des Guilhems, avant que Montpellier ne sorte vraiment de l’ombre, au sud de Béziers se trouvent les terroirs d’individus qui appartiennent à l’environnement social familier des Guilhems les Sauvian, les vicomtes de Lodève, l’évêque Fulcran 27. C’est sans doute cette partie de l’enquête « sur le terrain » qui sera l’apport le plus neuf à l’histoire des origines des seigneurs de Montpellier.
La seconde catégorie de textes retenus dans l’Annexe, recoupant forcément la première, réunit donc des actes où sont mentionnés les alleux des Guilhems et des alleux voisins ou adjacents appartenant à des proches. Parmi ces derniers une attention particulière sera acordée aux membres des lignées fondatrices des châtellenies du Pouget et de Saint-Pons-de-Mauchiens.
2.1. Enquête sur les alleux (Fig. 1)
1) Au coeur de la viguerie de Popian
Sur la rive gauche du cours moyen de l’Hérault, un premier noyau est constitué par des terroirs fertiles, cultivés depuis le haut Moyen-Age sinon depuis l’Antiquité. Près du site (dit Rovetum vers 890, voir Annexe, acte 2) où s’élèvera le castrum dit Le Pouget au XIe siècle (actes 25, 27, 28, 30, 34), se trouvaient deux finages, aussi anciens et productifs que celui de Rovetum mais qui seront absorbés après Mille dans le domaine monastique de Saint-Sauveur d’Aniane au lieu de devenir des seigneuries laïques, comme aurait pu le laisser présager leur situation jusqu’au troisième tiers du Xe siècle.
Saint-Amans de Teulet
Avant qu’il ne soit question de la villa fortifiée elle-même, l’église et son terroir ont été manifestement le premier centre de peuplement (IXe). C’est à son propos qu’il est fait mention en 1022 d’hommes et de femmes en vie et appartenant à trois générations de Guilhems : Guilhem époux de Chimberge…, celui qui était sans doute son neveu et qui lui succéda dans la direction de la lignée, à savoir Guillhem Bernard époux de Béliarde…, et enfin les quatre fils du second couple (21, 22).
De nos jours, le lieu-dit « Saint-Amans de Teulet » marque une petite hauteur de 145 mètres occupée par des ruines et située au nord-est du Pouget, à sept cent mètres environ du centre du village actuel. L’ancienneté de l’occupation et le dynamisme de la croissance rurale depuis le IXe siècle dans cette partie du comté de Béziers, expliquent les transformations des modes de dénomination de la toponymie microlocale dont nous avons ici un exemple le terminium ecclesiae de Saint-Amans est d’abord cité comme l’un des confronts du lieu de Rovetum (vers 890, 2) ; peu avant 978, la villa qui est desservie par « l’église Saint-Amans », est dite Romolanicus (5) ; mais en novembre 978 elle sera dénommée Teulet (in terminium de villa Teuleddo) dans un acte où la tour qui y avait été précédemment bâtie et qui existait toujours, est alors mentionnée pour la première fois (7). La dénomination Teulet alternera avec celle de Romolanicus jusqu’en 1022, sans que le terminium ecclesiae et que le terminium villae ne coïncident encore : « in villa Teuledo » en novembre 990 (15), « in villa que vocatur Romolanicus » en août 1022, lors du déguerpissement des Guilhems (22). Au XIIe siècle, lorsqu’il sera fait état de la paroisse, elle sera dite « parrochia sancti Amancii de Teulet » (1094-1120, Aniane n° 281), forme toponymique se fixant jusqu’à nos jours.
Les hommes et femmes qui composaient cette lignée, laquelle paraît s’éteindre à la fin du Xe siècle faute de descendance directe, étaient maîtres de l’église, de la villa qu’ils avaient faite munir, et du terroir d’Erignan : tout est offert à Saint-Sauveur d’Aniane entre les années précédant immédiatement 978 et 990 (5, 6, 7, 15) 28. Des liens de parenté devaient les rattacher aux Guilhems pour que ces derniers se soient comportés en alleutiers dans la part attribuée en usufruit à Ragon, avant que l’abbé ne les fasse lâcher prise en 1022 (21, 22), à titre gratuit notons-le. A ce moment, et pour la dernière fois, l’église Saint-Amans est localisée dans la villa dite Romolanicus. Fermement tenu par les moines, Saint-Amans de Teulet (les terminii ne font plus qu’un), devient un prieuré, centre de gestion pour les terres monastiques entourant le castrum, notamment celles de Lestang. Après 1070, il est question d’une « celle » et « du moine de Saint-Amans » (Aniane, n° 259), d’un obédiencier (n° 302), du prieur (acte non daté, n° 100) et d’un viguier laïc (acte non daté, n° 309). A partir de 1114 (L.I.M., n° 526, p. 705-706), la demeure monastique (curia sive domo) hébergea pendant l’hiver (« de la Saint André au carême »), douze cavaliers et un sergent envoyés par le seigneur de Montpellier devenu « gardien » de Saint-Amans : « albergum per bailiam », baillie instituée par l’abbé d’Aniane lui-même parce que ses moines se plaignaient des incursions de cavaliers commandées par « des hommes et des femmes » du Pouget, qui n’avaient que quelques centaines de mètres à parcourir pour venir piller leurs réserves et inquiéter leurs paysans (1114 : Aniane, n° 295).
Lestang Piperel et le Pouget
A petite distance de Saint-Amans, aujourd’hui lieu-dit Lestang à un kilomètre et demi environ au sud du Pouget, un grand terroir, jouissant de surcroît des ressources d’un étang, entrera dans le domaine d’Aniane mais au prix d’une plus grande résistance de la part des héritiers des premiers donateurs au lieu de s’éteindre la lignée originelle proliféra, et les successeurs en ligne indirecte eurent à défendre plus âprement que les Guilhems leurs revenus parce qu’ils étaient beaucoup plus médiocres 29.
Plutôt que de s’attarder sur l’histoire d’un finage aussi ancien que l’était celui de Saint-Amans de Teulet, dont témoigne, outre la chronologie (1, 2), une toponymie qui ne fut pas moins fluctuante, il serait intéressant de considérer ce qu’elle révèle sur le réseau de parents ayant pouvoir au Xe et au tournant du XIe siècle sur les paysans et les terres à Lestang même, à Saint-Amans et au Pouget :
a) Engelen, les tous premiers Guilhems (Gui « fondateur » d'Aumelas, son fils présumé Guilhem (985)), et saint Fulcran.
Celui qui donna son nom au castrum du Pouget (vers 1036 : ne castello quem vocant Poïto de Inglino (25) et peu après : lo castel de Podio que fo d’en Gelen (27), fit, semble-t-il à la demande de son père nommé Pons et d’un certain Aranfred, l’aumône initiale de Lestang aux moines, lesquels ne manquèrent pas de rappeler la mémoire d’Engelen, de son père Pons et d’Aranfred, lorsqu’ils négociaient la confirmation de l’offrande par les descendants de Pons. Nous avons, grâce à ces laudationes, des indications de parenté qui permettent de proposer le court schéma généalogique suivant :
L’hypothèse d’une parenté entre Ingelinus, ancêtre éponyme fondateur du Pouget et donateur de Lestang, et saint Fulcran, s’appuie sur les éléments suivants : on connaît à ce dernier deux frères, defuncti cités dans la donation à l’église de Lodève (dite testament de Saint Fulcran) datée de 988, dans laquelle, au service de prières demandé à Saint-Sauveur de Lodève en faveur de son frère « germain » Pons, est associé un autre defunctus nommé Gui 30. Or, comme nous le verrons Gui, époux d’Engelrade et père de Guilhem, de Bérenger et de Pierre, mourut peu après 986. Pons et Aranfred, frères de saint Fulcran étaient peut-être les mêmes que Pons et Aranfred, père et oncle d’Ingelinus ?
Sources concernant cet Engelen et la génération qui le précède :
- 954 (Cartulaire des Evêques d’Agde, n° 7), Arainfredus et Pontius souscrivent un acte par lequel Beirad et son épouse Adalande acquièrent un alleu à Lestang-Pipérel localisé dans la viguerie de Popian (transaction dans le cadre d’un échange avec l’évêque d’Agde).
- Non daté, sans doute fin Xe (Annexe, acte 18 qu’à la suite de l’abbé Guichard je rapporterai à Engelrade veuve de Gui et mère de Guilhem (I)) : après Wilelmus, Berengarius et Petron, Ingelinus appose son signum à une aumône à Saint-Sauveur de Gellone par Ingilrada dite Aurucia, laquelle offre aux moines un manse situé dans la viguerie d’Agonès, qu’elle tenait de son propre père.
- vers 1036 et peu après (supra et Annexe, actes 25 et 27) le château appelé Puech de Engelen…
- Dans un acte d’Aniane non daté (An. n° 276, p. 403), que les rédacteurs situent entre 1061 et 1094, et pour lequel Aime Durand propose : « entre 1066 et 1089 » (Réf. en note a de l’Annexe), l’héritière de la seigneurie castrale du Pouget restitue l’honneur de Lestang : « que fuit de Poncio et de Arefredo atque Ingileno fluo Poncii… ».
- En 1075 (An. n° 221, p. 396-398), d’autres ayants droit (parmi lesquels Rostaing Ugo) vendent ce qu’ils tiennent « de leur oncle Ingelenus et du père de celui-ci », à Lestang (l’étang, les maisons jouxtant l’église, des manses).
- Un acte de 1085 (Gellone, n° 295, p. 245-246) concernant ces « Rostaing », donne le nom de la mère d’Engelen, fils de Pons : « omnem honorent Fontis Marci qui olim fuit Galburgis matris de Engelen de Latras, postea fuit Rostagni Ugonis nepotis de Engelen».
Le fait que saint Fulcran et que les vicomtes de Lodève étaient alleutiers dans deux villae jouxtant Sauvian dans le suburbium de Béziers, est un indice supplémentaire si l’on considère, d’une part le rôle que jouèrent les Arnaud de Sauvian à Montpelliéret et à Montpellier, puis auprès de Bernard Guilhem (IV) et de Guilhem (V) 31, et de l’autre l’existence de liens de parenté indubitables entre les vicomtes de Lodève (Ilduin et Archimberte) et le couple formé par Gui et Engelrade 32.
b) Noms formés à partir de l'élément onomastique -Ingal-/-Ingil-.
On rapprochera le nom masculin Ingelinus (qui tend à devenir Engelen, exemple de 1085), du nom féminin Ingilrada (qui tend à devenir Engelrada). Ils sont construits avec un premier élément commun. Rares dans le corpus documentaire des comtés languedociens littoraux, une première investigation dans les cartulaires nîmois ou rouergats y décèle un plus grand nombre d’occurences et plus anciennes. Par conséquent marqueurs généalogiques, ils sont de précieux fils conducteurs pour l’étude d’un groupe de parents où ils figurent ainsi d’Ingilrada, épouse de Guy, ou d’Engelrada épouse de Gaucelm Arnaud (Sauvian), « châtelain de Béziers » (fig. 2 et 3).
Notons aussi qu’un clerc nommé Ingela rédigea le premier acte connu concernant le futur site du Pouget (1), qu’Henri Vidal a daté de 830-840, diacre puis prêtre qui intervint à cinq reprises dans l’espace qui sera défini au Xe siècle comme étant la viguerie de Popian 33.
c) Double hypohèse mariage entre Engelen / Ingelinus (du Pouget) et Guidinildis, et rattachement de celle-ci à la lignée des premiers Guilhems (fille de Guido ?).
Hypothèse du mariage :
Deux formules contenues dans la sécurité rédigée vers 1036 (25) et dans un serment non daté, prêté par le fils d’une Guidenilde (29), ont donc indirectement attribué à Engelen (en vie autour de 1000) l’initiative de la « fondation » du Pouget comme seigneurie castrale. Premiers seigneurs résidents connus, ses « successeurs » sont fils d’une Guidenilde et prêtent individuellement serment à Guilhem fils de Béliarde, sans doute avant 1050, ce qui fait remonter leur naissance, si l’on considère l’âge requis pour « jurer » (14 ans comme il en sera un peu plus tard ?), aux années précédant 1035 :
- Ces serments ne sont pas datés, et l’absence d’eschatocole nous prive des repères familiers. Tout ce que nous savons c’est qu’ils furent rédigés du temps où Guilhem « fils de Béliarde » avait succédé à son père Guilhem Bernard (dont nous verrons qu’il est impossible, quoiqu’on en ait dit, de définir après 1025 le terminus ad quem, tout comme il l’est de fixer celui de Guilhem lui-même). Pourtant nous avons pris l’habitude de dater ces serments « vers 1059 », voire « 1059 », à la suite de l’éditeur du L.I.M. lui-même.., pour la raison que dans le même cartulaire se trouve le premier texte daté concernant le Pouget (30) : acte « privé » par lequel Gerondes (fille d’Advenia) répartit de son vivant, entre les fils nés de deux mariages, les droits de seigneurie castrale dont elle avait la libre disposition, solution à une situation qui risquait de s’envenimer et qui est souscrite, d’abord par « Guilhem de Montpellier » (fils de Béliarde), puis par Déodat (très probablement Déodat, seigneur de Lunas) 34 et Pierre.
- Pour ma part, et pour des raisons qu’il serait trop long de développer ici, je daterai les serments (27, 28) et un troisième dont il va être question (29) des années entourant 1050 plutôt que de celles se rapprochant de 1059 35. Ceux qui les prêtent sont Guilelms (27) et Berengarius (28) pour le Pouget, et Raimundus (29) pour Saint-Pons-de-Mauchiens, et chacun est dit « fils de Guidenilde ».
Avaient-ils la même mère ? Je le croirais volontiers si l’on considère les indications qui suivent, témoignant de relations étroites entre les deux maisons castrales aux XIe et XIIe siècles
- les seigneurs qui succéderont à Raimond seront dits de Saint-Ponsde-Mauchiens u et/ou « du Pouget » 36,
- le nom (rarissime) de Béliarde est donné à l’une des filles (3e tiers XIIe) du lignage châtelain issu de Raimond 37,
- au niveau de génération de Guilhem (V), petit-fils de Béliarde, la présence d’un certain « Bernardus Engelini de Castro Sancti Poncii» est relevée (1122) 38 aux côtés de « Raimundus Bernardus de Pojeto sive de Sancto Poncio de Maloscanos » maître du castrum, témoins d’une aumône par la veuve d’un homme dit « de Lestang ».
Guillelm et Bérenger prêtèrent serment pour le Pouget sans doute au même moment (à quelques variantes près, la formule rédigée dans la langue parlée est reproduite à l’identique, et les deux actes ont été portés sur le même folio) ; pour Raimond on ne saurait affirmer si ce fut le cas, bien que les dispositions fussent les mêmes (sécurité assortie de la clause du château rendable) le serment est rédigé en latin et figure sur un autre folio, dans la partie du cartulaire consacrée à Saint-Pons-de-Mauchiens, classement adopté dès la compilation réalisée au tout début du XIIIe siècle.
Hypothèse du rattachement de Guidinildis à la fratrie issue de Guida et d’Engelrada :
Le nom de la mère de GuilleIm, de Bérenger, de Raimond : Guidinildis (27), Guidenel (28), Guidenelde (29), était formé à partir de Guid– (Wid-), élément qui donna aussi Guido (Wido). Peu répandus, comme l’étaient Ingelinus et Ingilrada, les deux anthroponymes sont bien des marqueurs généalogiques d’autant plus que d’autres coïncidences’ viennent renforcer ce qui sans cela resterait conjecture. En voici déjà deux : 1. contiguïté du Pouget, de Saint-Amans et de Lestang… 2., noms identiques (*) attribués aux fils de Guidenilde (Guilelms (27) et Berengarius (28), et aux aînés de Gui et d’Engelrade (Willermus, Berengarius (16)).
(*) Pour les décennies qui suivent (après 1070), on pourra plus difficilement parler d’indice à propos de ces anthroponymes (« Guillelm » et « Bérenger ») appartenant auparavant au petit stock des noms princiers régionaux et ayant pour cette raison connu une inflation très rapide. Mais dans cet exemple où il s’agit de garçons dont la date de naissance ne peut, en tout état de cause, être postérieure à 1035, il reste tout à fait valide.
En voici un troisième : l’acte le plus ancien qui ait été conservé dans le chartrier seigneurial, daté du 13 décembre 980 (8), précède de peu la donation à Guilhem des manses situés à Montpellier et à Candillargues, par Bernard comte de Melgueil et par sa femme Sénégonde,… texte emblématique daté du 26 novembre 985 (9). Après ces deux ilôts textuels (980 et 985), les actes qui ont été compilés et qui suivent dans l’ordre chronologique, ont été rédigés après le troisième tiers du XIe siècle seulement, sans doute après 1040. Si bien que le document de 980, mérite que l’on s’y attarde, il ne fut pas conservé par hasard, de cela nous pouvons en être assurés ! Si rien n’y évoque explicitement un Guilhem (il concerne l’église Saint-Hilaire des Fouillos située « dans la viguerie de Montmel » et dans l’aire d’autorité du castrum comtal de Substantion, et il est classé dans la section du L.I.M. consacrée aux Castries 39 nous devons remarquer qu’il y est question des « Riculf » **, placés au premier rang de l’aristocratie melgorienne au XIe siècle, situés dans la proximité comtale et repérés aussi dans l’environnement des premiers Guilhems, comme à Teulet en 990 : ils créent un lien supplémentaire entre ces derniers et la famille comtale. Mais surtout il mentionne Guidinildis, épouse de Riculfus, auteurs de l’acte de 980 : ayant reçu (et advenit nobis) du comte de Melgueil, Bérenger, alors défunt, et de son frère Bernard (donateur en faveur de Guilhem, cinq ans plus tard), l’église et tout son alleu, ils la donnent à celui qu’ils appellent « leur seigneur » et qui devait être un parent, autre Riculfus marié à Galburga***Note dont le fils se nomme Gairaus.
** Les « Riculf » constituent un lignage très lié aux comtes de Melgueil au XIe siècle, ayant une partie de leur patrimoine près du castrum de Substantion, et par ailleurs des alleux importants entre Béziers et le littoral, dans la villa de Sérignan 40 contigüè de Sauvian. En 990, Riculfus souscrivait aux côtés d’un Guido, l’aumône (15) à Aniane par Bernard, de tout ce que son épouse lui avait laissé à Teulet et à Saint-Amans.
*** Nom porté aussi par l’épouse de Pons, mère d’Ingelinus « fondateur du Pouget » (supra).
Je ferai donc la double hypothèse du mariage entre l’ancêtre éponyme, alleutier principal du Pouget et de Lestang, nommé Engelen, et Guidenilde, mère de Guillelm et de Bérenger… et du rattachement de cette femme à la lignée ouverte par Gui et Engelrade. Dans cette conjecture, Guillelm et Bérenger auraient prêté serment pour le Pouget (sans doute autour de 1050) à un cousin, né d’un cousin issu de germain (fig. 3).
Que l’union d’Engelen avec Guidenilde relève presque certainement de l’endogamie 41 n’a rien d’étonnant. Tous les dossiers sur l’aristocratie cette époque en témoignent à l’envie elle contribuait au resserrement patrimonial et au renouvellement, au sein d’un groupe ayant des intérêts communs, de liens charnels qui avaient tendance à se distendre dès la troisième génération. Que la fidélité renforce ici la parenté correspond en outre à la stratégie des puissants, les Guilhems étant l’un des meilleurs exemples de cette pratique maintenue sans faille jusqu’à l’effacement du lignage 42.
d) Autres indicateurs du rattachement des premiers Guilhems au groupe des plus riches alleutiers de la vallée moyenne de l'Hérault autour de 1000.
- Coïncidence? Airad l’un des deux noms sur lesquels Henri Vidal s’est attardé (Aux origines de Montpellier…, p. 16) parce qu’ils étaient portés par deux des rares cosignataires de la donation comtale des manses situés dans les villae de Montpellier et de Candillargues (9) et qu’ils lui semblaient indicatifs de l’entourage du premier Guilhem de Montpellier connu…, est aussi arboré par un proche d’Amalric, maître de la tour de Saint-Amans de Teulet en avril 978, lorsque Ragon participe au mouvement de donation des siens en faveur d’Aniane, il excepte trois manses situés à Saint-Amans que son frère Amalric venait de donner à Airad avant de mourir (6). Est-ce à nouveau hasard si Airad est le premier nommé d’une fratrie qui restitue à Saint-Sauveur d’Aniane, entre 978 et 986, « l’alleu de Sainton » (11), « villa » dans laquelle le vicomte de Béziers avait pour sa part des droits qu’il offrit en 990 au même monastère avant de partir en pèlerinage à Rome (14) ? Qu’était Sainton, sinon un finage du territoire castral d’Aumelas, fondé par un contemporain d’Ingelinus : Gui / Guido, homme dans lequel l’abbé Guichard voyait, à mon avis à juste titre, le père du premier Guilhem connu ?
Il y aurait beaucoup à écrire sur les « Airad » (une quinzaine) repérés dans le Substantion et dans la viguerie de Popian aux Xe et XIe siècles. Voici déjà Airad, mentionné en 996 à propos de la villa Sainte-Eulalie (deux kilomètres à l’ouest du Pouget), fils de Pons et d’Adalaïs, frère d’Almerad et d’Aranfred 43 ; ou voilà Bernard Airad, l’un des quatre souscripteurs d’une restitution-vente à Aniane de l’église Saint-Marie de Lestang et de l’étang dit Piperel ce qui signifie qu’en février 1075, une solidarité patrimoniale reliait encore le quatuor des signa aux « neveux » d’Ingelinus (33), l’époux présumé de Guidenilde, sœur présumée de Guilhem (I), de Bérenger et de Pierre.
- Toujours en relation directe avec Lestang, un texte que l’on peut dater des années 830-840 (1) mentionne Theothbertus (signum), puis un autre, rédigé sans doute un siècle plus tard, cite un homonyme (Teubertus) qui transmet une part de ses biens à Admalbertus (3) : Amalbert est le second des deux noms auxquels Henri Vidal accorde une attention particulière pour avoir figuré lui aussi dans la donation à Guilhem en 985 (9). Le même, ou un homonyme, est repéré aux côtés de deux « Airad », à Candillargues en 1029 (24).
- Je reviens au nom Teutbertus, il est celui d’un homme possédant un champ dans la viguerie d’Arisitum, « sub castro Exunatis» (Issounas), qu’il donne à Saint-Sauveur de Gellone à un moment indéterminé entre 954 et 986 (10), aumône alors souscrite par trois hommes dont un Gui (Wido). Est-ce encore hasard si le nom de Bego 44 domine l’anthroponymie de la famille seigneuriale du castrum vicarial d’Issounas au XIe siècle 45, et si ces Begon restituent à Aniane autour de 1100 (42), les droits qu’ils réclament (au nom de quelle lointaine ascendance ?) sur des paysans de Saint-Amans de Teulet ?
A quel titre les Guilliems étaient-ils seigneurs au Pouget et à Saint-Pons ?
Pour répondre à cette question il semble d’abord nécessaire de considérer les droits de seigneurie aux mains des vicomtes de Béziers au Pouget et à Aumelas (première mention vers 1036, 25), ou à Saint-Pons-deMauchiens. L’étaient-ils seulement au titre du vicecomitatus comme tous les historiens et archéologues le soulignent ? Ne pourraient-ils s’expliquer d’une façon plus complexe, faisant intervenir des arguments ne relevant pas seulement de la sphère « politique » ? En 990, année où Guilleim, vicomte de Béziers, offre les droits qu’il avait dans la villa de Sainton (14) pour que Dieu et que ses saints le protègent pendant son voyage à Rome, il restitue à l’abbaye de Saint-Thibéry, l’église Saint-Alban et « le fisc » situés au lieu, dit « Pouget » (13). Ses revenus ecclésiastiques au Pouget, les droits de seigneurie castrale de ses successeurs su Pouget et à Aumelas (25) ou à Saint-Pons (XIe et XIIe), paraissent tenus au titre du patrimoine transmis dans la famille vicomtale (qui avait des « alleux » dans la viguerie de Popian au Xe siècle, comme la famille vicomtale de Lodève en avait près de Béziers, infra note 47). Les trois castra sont des créations « nouvelles » de la première phase de l’enchâtellement et non des forteresses d’origine « publique » comme Mèze ou Cabrières : pourquoi la securitas rédigée vers 1036, prévenant toute querelle entre les deux fils nés du premier mariage de Garsinde (l’héritière du vicomte Guillelm), ne cite-t-elle pas dans l’énumération des châteaux et des forteresses vicomtales le castrum vicarial de Popian (Le Pouget était situé dans cette viguerie instituée « tardivement », sans doute après 900), ou les castra vicariaux de Cabrières et de Lunas (dans ces deux ressorts plus anciens les Trencavels ne revendiqueront leurs droits vicomtaux qu’au XIIe siècle seulement) ? Je l’interpréterai, bien que la place me manque ici pour donner à une question de fond d’une telle importance le développement qui s’impose, comme le signe d’une interpénétration entre domaine privé et domaine public dès le Xe siècle, seule la civitas « paraissant » échapper plus longtemps à ce processus de « privatisation ». Entendons-nous celui-ci ne se produisit pas de façon « anarchique », que ce soit au Xe siècle (avec les tours « privées ») ou au cours de la première moitié du XIe siècle, n’importe qui parmi les riches alleutiers ne s’octroyait pas le droit de fortifier. Ce furent seulement des proches des comtes et des vicomtes qui élevèrent les premières tours et les premiers castra 46.
Si les droits de seigneurie des successeurs du vicomte de Béziers et d’Agde, Guilielm, et ceux des successeurs de son contemporain Guilhem, donataire du manse à Montpellier, semblent en certains lieux comme au Pouget, à Aumelas ou à Saint-Pons-de-Mauchiens, se superposer, c’est à mon avis parce que les deux familles avaient des ancêtres communs et qu’ils disposèrent, tôt dans le Xe siècle, de droits sur les mêmes finages. Cela n’induit pas qu’ils aient été tenu « en commun », qu’ils aient strictement coïncidé, et cela n’exclue évidemment pas qu’avec le temps (réorganisation de l’espace rural, création de seigneuries castrales, redistribution des aires d’autorité, transformant complètement le statut et la configuration des alleux d’origine), les vicomtes n’aient été en mesure (ou incapables, selon les rapports de force), d’obtenir les droits qu’ils pouvaient légitimement réclamer au nom du vicecomitatus, et qui s’ajoutaient alors à ceux qu’ils tenaient déja en tant que seigneurs fonciers. J’ai présenté ailleurs des arguments à l’appui de cette thèse 47.
2) Relais puis centre de commandement entre la viguerie de Popian et Montpellier : Aumelas
Relais au XIe siècle
Bien que les textes qui s’y rapportent soient plus récents, les premiers Guilhems disposeront sans doute au même moment, d’un autre ensemble de biens-fonds et de droits, de structure moins complexe. Compris lui aussi dans les limites du comté de Béziers mais à la lisière du Substantion, il formera le territoire castral d’Aumelas (première mention du castellum vers 1036) qui comprendra la villa dite Cenzonis, Centones (Sainton), citée déjà au Xe siècle (Annexe, 11 et 14). Munir sur les terres ingrates et sans doute à peu près désertes des garrigues de Montcamel 48, même si l’emplacement était admirablement choisi – rebord d’un plateau dégagé où l’extension des constructions ne posait aucun problème et d’où le regard porte jusqu’à la mer -, répondit à un autre souci que celui d’y rassembler les exploitants des terroirs environnants et de contrôler les hommes et leur production, comme il en fut pour le Pouget, Saint-Pons-de-Mauchiens, Gignac et d’autres encore, inscrits dans un paysage de vieille occupation mis en valeur depuis l’Antiquité.
Les Guilhems avaient besoin d’un relais entre leurs alleux de la moyenne vallée de l’Hérault et leurs possessions du diocèse de Maguelone, principalement Montpellier. Il a en effet été démontré que le processus d’urbanisation de l’ancienne villa de Montpellier fut engagé dès le milieu du XIe siècle, plus tôt qu’il n’a été dit par conséquent, et que les Guilhems en avaient été les principaux promoteurs 49.
Centre de commandement au XIIe siècle
Comme ils élargissaient les bases de leur influence dans la moyenne vallée de l’Hérault et autour de Montpellier dès les années 1100 50, sinon auparavant 51, de simple relais pour leurs chevauchées, Aumelas devint centre de commandement. Pivot d’un honneur, comprenant après 1150 quinze castra et autant de villae compris entre l’Hérault et la Mosson, d’ouest en est, et d’Aniane à la mer, du nord au sud, Aumelas représente dans cette partie du Midi l’un des rares exemples de chef-lieu castral 52. Il disposait de plusieurs dessertes : l’une, dessinée entre Tressan (villa située sur la rive gauche de l’Hérault où le vicomte de Béziers avait des alleux au Xe siècle) et le castrum isolé, longeait le domaine de Sainte-Marie de Lestang Pipérel et passait par Vendémian, l’autre tracée à partir du castrum, rejoignait la route de Gignac à Montpellier par Valmalle 53. Aux premiers bâtis, sans doute très rudimentaires, succéda sur le site un ensemble fortifié imposant dont subsistent les importants vestiges de constructions datées du XIIe siècle une partie de l’enceinte, la chapelle castrale, une citerne, plusieurs logis aristocratiques de belle facture, et les traces d’habitations plus modestes, correspondent à un remaniement du site au XIIe siècle (première moitié du siècle ? années 1170 ? sur ce point les opinions divergent 54). Il s’agissait en tous les cas d’un lieu de vie, avec logis seigneurial, solaria, plusieurs maisons villageoises, une chapelle castrale et l’église paroissiale (reconstruite après la période qui nous intéresse), une condamine hors les murs où se trouvait un solarium, vitalité qu’attestent de nombreux actes rédigés du début du siècle jusqu’au tournant du suivant, qui livrent en outre les noms de quelques servantes et « commères », de certains membres de l’élite villageoise, et des chefs de maisonnées aristocratiques résidentes avant 1200 55.
Les fondateurs : « Aumelas de Gui » et charge symbolique du nom « Gui » dans la généalogie des Guilhems de Montpellier
Rappel de quelques connexions : 1. « … ne castello quem vocant Omelares de Guidonen » (25), vers 1036, sécurité liant Guilleim et son frère aîné Pierre, vicomte de Béziers et comte de Carcassonne ; 2. L’aïeul maternel, le vicomte Guilleim, avait cédé ses droits sur Sainton à Saint-Sauveur d’Aniane en 990 ; 3. Au même moment – temps d’une vie partagé par le vicomte Guillelm et par Guilhem (I) -, Airad y avait aussi des droits.
L’acte de nommer, asociant Guido à la création d’Aumelas comme Ingelinus l’était à celle du Pouget, avait évidemment un sens particulier, fortement chargé d’affectivité et d’orgueil. De la même façon que bien des villae biterroises conservaient la mémoire enfouie d’un grand propriétaire ayant appartenu à la noblesse sénatoriale qui déposa dans la toponymie ses gentilices, comme à Servian, Corneilhan, ou Sauvian…, autour de 1000, en donnant aux roches, aux combes qu’ils occupaient ou aux murs qu’ils venaient de faire élever, le nom de leur père ou celui qu’ils portaient eux-mêmes, les chefs des premiers lignages castraux marquaient fièrement le paysage, de façon définitive (comme dans les lieux-dits de Puech Auger près de Montpeyroux et de Pech Auriol près de Pézenas, ou comme à Puissalicon, Puéchabon ou Montarnaud), ou provisoire (ainsi « Roca Adalaïs », lieu-dit mentionné au Xe siècle dans la villa de Saint-Bauzile d’Esclatian, ou le Pouget et Aumelas momentanément n signés n). Il se trouve qu’en de nombreux cas il nous est possible d’identifier grâce aux textes, sinon l’individu, du moins la lignée porteuse du nom de baptême forgeant un toponyme nouveau 56.
A ma connaissance, la relation probable entre le Guido d’Aumelas et Guido tête de lignée des premiers Guilhems n’a pas été évoquée ou suffisamment argumentée. Il est vrai qu’il s’agit de la seule mention du lieu pour tout le XIe siècle, et qu’à s’en tenir au premier texte (1114) 57 situant formellement Aumelas dans le patrimoine des seigneurs de Montpellier, il semble à première vue que le principal du castrum ait été aux mains des vicomtes de Béziers avant d’entrer dans le domaine des Guilhems. Le testament que le jeune Guihem (V) fit rédiger cette année 1114, avant de partir se battre à Majorque, ne donne-t-il pas l’impression d’une seigneurie extra-urbaine comme surgie du néant ?
Plusieurs éléments me conduisent pourtant à affirmer que ce furent à ses lointains ancêtres que revint l’initiative de la construction des premiers éléments fortifiés : décision, ou de Guido qui semble disparaître après 986, ou de son fils Guilhem donnant au castellum le nom d’un père à l’origine plus prestigieuse qu’on ne pourrait le penser (infra 2.2. Bilan généalogique), et que par ailleurs le Guido mentionné vers 1036 n’était pas un simple gardien au service du vicomte de Béziers. Quels sont les faits qui soutiennent cette conviction ?
- a) Il est intéressant de constater qu’en cette année 1114, le sort (*) d’Aumelas (p. 79 du Cartulaire de Maguelone) dans la classification des nombreux éléments du patrimoine dont disposait Guilhem (V), soit lié à celui d’autres castra biterrois, Mazers, le Pouget, et au castrum agathois de Saint-Pons-de-Mauchiens (avant 1059, rappelons que trois serments avaient été prêtés à son oncle, Guilhem (III), par les fils de Guidenilde, pour Le Pouget et Saint-Pons) ; relié aussi au grand territoire entourant le castrum « tout l’alleu dans tout le terminium de Montcamel » ; associé enfin « au fief » tenu du vicomte de Béziers et tenu du vicomte de Narbonne, « où qu’il soit ». Seuls les droits de Guilhem (V) sur Saint-Pargoire, villa biterroise rattachée à la viguerie de Popian, villa « guilhemide » par vocation, étaient exceptés du lot formant l’espérance d’héritage de Bernard d’Anduze, puisqu’ils reviendraient à Saint-Sauveur de Gellone. Au début du IXe siècle, saint Guilhem, fondateur de Gellone, ancêtre des Guilhemides, avait donné à Saint-Sauveur ce domaine taillé dans un fisc impérial 58.
(*)… Tout cela reviendrait à son frère utérin, Bernard d’Anduze, né du remariage d’Ermengarde, si Guilhem était tué au combat. - b) Comment interpréter « le fief tenu du vicomte de Béziers » et celui « tenu du vicomte de Narbonne » ? Au Xe siècle et pendant une partie du XIe, la famille vicomtale de Narbonne posséda des droits sur une portion du patrimoine des vicomtes de Béziers et d’Agde, suite à des constitutions de douaires taillés dans ce que les vicomtes de Béziers considéraient comme la partie périphérique de leur honneur : le pays d’Agde. Par un accord, passé vers 1068, la famille de Béziers les récupéra, y compris ses droits sur Saint-Pons-de-Mauchiens 59. Je verrais volontiers dans « ces fiefs » tenus des vicomtes de Béziers et de Narbonne, entrer la part des droits de seigneurie que ces derniers avaient sur Saint-Pons-de-Mauchiens jusqu’en 1068, et celle que les premiers conservaient sur Aumelas, le Pouget et Saint-Pons.
- c) Les droits vicomtaux sur Saint-Pons et sur le Pouget perdurent quelque temps au XIIe siècle, mais ne sont plus jamais mentionnés en ce qui concerne Aumelas 60.
Le « statut » du nom Guido dans la famille des Guilhems de Montpellier paraît souligner l’importance pour le lignage seigneurial du « foyer » d’origine, finages et villae situés entre l’Hérault et le Causse d’Aumelas : 1. Élément de l’honneur d’Aumelas au même titre que Saint-Pons-deMauchiens, Popian, et d’autres encore après 1121, date du testament de Guilhem (V) qui attribuait le chef-lieu castral au second de ses fils, dénommé « Guilhem d’Aumelas » et Montpellier à l’aîné, dénommé « Guilhem de Montpellier », le Pouget s’en distingue cependant par le fait que les seigneurs de Montpellier, Guilhem (VI) et Guilhem (VII), continuèrent d’en avoir la seigneurie conjointement avec leurs cousins, les descendants de Guilhem d’Aumelas. 2. Par ailleurs, à chaque génération des Guilhems de Montpellier, Le Pouget fut attribué à celui des nombreux fils auquel était donné le nom de Gui 61, comme s’il s’agissait d’entretenir la mémoire des origines, et de rappeler à la lignée secondaire issue de Guilhem d’Aumelas et aux seigneurs résidents des castra de l’ancienne viguerie de Popian qui leur devaient fidélité, que les seigneurs de Montpellier conservaient des droits sur cette région ancestrale qu’ils finirent par récupérer 62.
2.2. Premiers Guilhems : quelques données prosopographiques
En remontant le temps depuis le fils d’Ermengarde, premier des Guilhems auquel fut associé le titre de dominus Montispessulani, voici pour ses prédécesseurs moins bien connus, alleutiers puis seigneurs dans la viguerie de Popian, sur le Causse d’Aumelas et à Montpellier, des données prosopographiques (*) assurées par des mentions formelles de parenté ou par le dispositif de preuves plus indirectes, édifié à partir de l’enquête patrimoniale et anthroponymique qui précède.
(*)… pour les références aux sources renvoi aux numéros d’ordre des tableaux de l’Annexe, et en notes à quelques actes qui n’y figurent pas.
Guilhem (V) de Montpellier, fils d'Ermengarde et de Bernard Guilhem, époux d'Ermessende
Né vers 1073 ou 1074 ? Première mention vers 1076. Testament en 1121.
Le nom de la mère
- vers 1076 : Vilelmum, filium Ermenjardis… (34)
- 1090 : Guillelmus de Monte peslier filium Ermengarde… (38).
Le nom du père
- peu avant 1085 ? : Guihlelmo de Montepessulano… pater suus Bernardus Vilelmus… (37)
- sans doute en 1113 : Bernarz Guilelms, sos paire de Guilelm de Monpestler… (43)
L’aïeule paternelle (en vie)
- vers 1076 : Guillelmus de Montepestellario, et avia sua… (35) (n’est pas nommée)
L’aïeul paternel (défunt)
- 1103 (1104 n.s.) : Ego Guillelmus Montispessulani… dono…furno qui factus fuit in Montepessulano in vita Guillelmi, avi mei… (41)
Mention d’un neveu
- 1096 : de Montpeslier… si ipse aut Guillelmus, nepos ejus… (40)
Autres données biograpiques (retenues surtout pour ce qu’elles indiquent sur les prédécesseurs) :
- Naissance: vers 1073-1074 ? Certaines indications contenues dans cet acte (43) très probablement daté de 1113 (pour la chronologie : note n de l’Annexe), permettent de considérer qu’en 1103 (41) Guilhem n’avait pas encore tout à fait atteint sa trentième année.
- La mort du père. La date est encore plus incertaine parce que les premiers actes dans lesquels intervient son « successeur », petit enfant confié à des tuteurs, ne sont pas datés, et que par ailleurs on ne possède pas d’acte rédigé du temps où Bernard Guilhem avait succédé à son frère Guilhem (III), c’est-à-dire après 1068 (infra). Il serait mort vers 1076, sa femme Ermengarde étant remariée avec Raimond d’Anduze en 1078 (infra 5.). Il est vrai qu’elle n’est pas citée dans deux actes que l’on peut considérer comme des rites de passage lors d’une succession – Promesse (35) par le comte de Toulouse, Raimond de Saint-Gilles, de protéger l’enfant, sa grand-mère (« avia» identifiée avec Béliarde, née au début du siècle et qui dut mourir peu de temps après le décès de son dernier fils : Annexe, note g), et leur honneur…, garantie qui était sollicitée d’un seigneur plus puissant lorsque le chef d’une maison dirigeante disparaissait. – Au même moment sans doute (34), était prêté au jeune enfant un serment pour le Pouget dont Girundes (fille d’Advenia) était encore la domina: c’était aussi l’usage de renouveler les prestations de serments lors de la succession du seigneur supérieur, Girundes était aussi une femme très âgée au moment de la mort de Bernard Guilhem (Annexe, note j).
- Le conseil de tutelle. Dans l’acte passé vers 1076 (35), et dans celui que J. Caille s précisément daté de 1079-1080 (36) 63, les trois hommes auxquels Bernard Guilhem avaient confié la garde de son fils et de sa mère, sont nommés dans l’ordre suivant : Raimond Etienne, Guillelm Arnaud, Guillelm Aimoin. Tous appartiennent au niveau élevé de l’aristocratie régionale. Le dernier fut sans doute le compagnon d’armes de Bernard Guilhem et devait avoir des droits déja étendus dans la ville avant que ses fils n’apparaissent comme les viguiers urbains : un acte du L.I.M. non daté, situé par l’éditeur « circa 1080 » (37) et pour lequel H. Vidal donne des arguments prosopographiques sérieux afin de définir une fourchette chronologique précise : – après 1077 et avant 1085 64 -, associe Guillelm Aimoin à Guilhem (V) dans la paix signée avec Pierre, comte de Melgueil, avant que ce dernier ne donne le comté et « l’évêché » au Saint-Siège (1085) : « de concordia… cum Guillelmo deMontepessulano, et cum Guillelmo Aimoini et cum infantibus suis» ; ici les deux autres tuteurs sont cités comme « témoins » (Guillelm Arnaud puis Étienne de Servian), et l’on pourrait penser que le comte de Toulouse réconcilia son gendre (Pierre de Melgueil) et son protégé (le jeune Guilhem) après 1080 seulement, puisqu’à cette date les décisions concernant les marchands de Montpellier (36) sont prises par les trois tuteurs sans que l’enfant n’intervienne. C’est pourquoi je situerai la concordia plus près de 1085 que de 1080 : dans cette hypothèse Guilhem avait environ douze ans. En 1090, il en a près de dix-sept lorsque s’ouvre la série d’actes définissant les seigneuries respectives à Montpellier et à Montpelliéret, apparente soumission à l’évêque de Maguelone devenu le maître du comté de Melgueil depuis peu. Le jeune homme semble être partiellement affranchi de la baillie de ses tuteurs (Ego… tu…), et comme il se doit, est entouré, conseillé, par les amis et les proches. Raimond Etienne de Servian a sans doute disparu (mentions entre 1065 et peu avant 1085) 65, Guillelm Arnaud est toujours là, ainsi que le vieux Pierre de Lunas et un Soubès.
- Tuteur et cousin : Guillelm Arnaud (dit aussi Arnaud Guillaume) de Béziers et de Sauvian (mentions entre c.1068 et c.1099), était né d’Engelrade, soeur présumée de Bernard Guilhem (références et sources, fig. 2). Avant de partir à la première Croisade, Guilhem (V) le fit bénéficier d’une clause de substitution d’héritage, dans un testament perdu évoqué dans une donation en faveur de l’église de Maguelone, que Guillelm Arnaud, avant de partir lui-même, fit rédiger en août 1196 (40).
- L’existence d’un neveu (40) induit celle d’un frère ou d’une sœur dont nous ignorons tout. Le nom « Guilhem » qui lui avait été donné le rattache à l’ascendance paternelle : il ne pouvait s’agir d’un Anduze né du second mariage d’Ermengarde (infra, le 6.), lignage dans lequel ce nomen n’était pas attribué.
- Remariage de la mère: « en 1078 » a-t-on écrit 66. Je n’ai pas réussi à trouver de référence confirmant la date, qui assurerait un repère pour la datation des premiers actes rapportés à son fils, dans lesquels Ermengarde n’intervient pas en effet, comme elle aurait dû le faire si elle avait conservé sa place, veuve dans la maisonnée aux côtés du fils et de la belle-mère. Il est fait mention de Bernard d’Anduze, frère utérin de Guilhem (V), dans le testament que ce dernier fait rédiger en 1114 avant de partir se battre contre les Maures (note 57) : il lui confie la baillie de son domaine et sans doute la garde de ses enfants mineurs (aucun, est-il dit, n’a atteint sa « quatorzième année »), et le fait figurer parmi ses légataires potentiels. Seule une étude exhaustive de la généalogie des seigneurs d’Anduze jusqu’au milieu du XIIe siècle, permettrait de préciser peut-être ces questions de fine chronologie.
- Mariage de Guilhem (V) : une promesse d’union avec une fille (non nommée) de Pierre comte de Melgueil, est bien formulée dans la concordia rédigée avant 1085 (supra, 3.). En 1096 (40), Guilhem n’avait apparemment pas encore de descendance puisqu’il transmet son domaine, au cas où il ne reviendrait pas vivant de la Croisade, à son neveu Guilhem, lui substituant Guillelm Arnaud si ce Guilhem disparaissait lui aussi sans laisser de descendance légitime. Guilhem (V) revint et eut d’une certaine Ermessende, dont on ne connait pas l’origine familiale, au moins six enfants : trois garçons et trois filles survivants sont nommés dans le dernier testament de Guilhem (V), mort en 1121, et Ermessende était alors enceinte. La fille aînée, Guillemette, avait épousé en 1120, Bernard, petit-fils de Pierre de Melgueil, et Guilhem (VI), le fils aîné et héritier de Montpellier, se mariera en 1129 67.
Bernard-Guilhem (IV), troisième fils de Béliarde et de Guilhem Bernard, et époux d'Ermengarde
Mentions de son vivant : peu avant 1022 et août 1022 ; post mortem : entre 1080 et 1085, et 1113 (supra).
Le nom de la mère
- Peu avant 1022 : Wilelmus, et uxor mea Himberga, et alius Wilelmus et uxor sua Beliardis, et mater sua Trudgardis… Signum Wilelmus. Signum Petrus. Signum Bernardus (20).
- Août 1022 : Willelmus et Willelmus Bernardus et filii sui his nominibus, Willelmus, et Petrus Bernardus 68, et Poncius et uxores illorum his nominibus Qimberga, et Beliardis,… (21)
- Août 1022 : Vuillermus et Willermus Bernardus et filii sui his nominibus Willermus et Petrus Bernardus 69 et Poncius, et uxores illorum his nominibus Chimberta et Beliardis… (22)
Le nom du père
- Peu avant 1022 (20), août 1022 (21) et (22) : supra
L’aïeule paternelle
- Peu avant 1022 : Trudgardis (20)
Son frère aîné, Guilhem de Montpellier, est mentionné jusqu’en mai 1068, acte dans lequel Pierre, second nommé de la fratrie citée à trois reprises jusqu’en 1022, figurait peut-être lui aussi, sous la dénomination « Petrus Guillelmi de Montpestler », signum de cet acte, accord entre la famille vicomtale de Béziers et le comte de Barcelone. Troisième des fils, né après 1017 (vers 1020 ? Annexe, note g), sans doute belliqueux, Bernard Guilhem, dont le comte de Melgueil rappelle après sa mort qu’il lui avait causé beaucoup de tort (37), assura la direction du domaine patrimonial à la mort de son frère Guilhem, donc pendant moins d’une décennie : après 1068 et jusque vers 1076.
Trois actes du L.I.M., non datés, rédigés « du temps du roi Philippe » (entre 1060 et 1108) se rapportent à un homonyme : à un certain « Bernardus Guillelmus Montispessulani », à sa femme Sénégonde et à leurs enfants. II s’agit de l’un des fils de Guillelm Aimoin et les actes furent passés sans doute au seuil du XIIe siècle, peut-être pendant l’absence de Guilhem (V) (60).
Guilhem (III) de Montpellier, aîné des fils de Béliarde et de Guilhem Bernard
Né vers 1017 ? Premières mentions peu avant 1022, et août 1022.
Succède à son père vers 1050 ? Dernière mention en mai 1068. Sans descendance connue.
Le nom de la mère
- Peu avant 1022 (20), août 1022 (21) et (22) : supra
- Vers 1050 ? : serment à Guilelm, fill Beliarz… (27)
- Vers 1050 ? : serment à Guilelm, lo fill Beliart… (28)
- Vers 1050 ? : serment à Guillelmo filio Beliardis… (29)
Le nom du père
- Peu avant 1022 (20), août 1022 (21) et (22) : supra
L’aïeule paternelle
- Peu avant 1022 : Trudgardis (20)
Après les serments qui lui sont prêtés vers 1050 pour le Pouget et Saint-Pons-de-Mauchiens, trois mentions peuvent lui être rapportées en mars 1059, il souscrit le premier (Signum Guillelmus de Montepestilario) le partage que fait de son vivant Gerondes, domina du Pouget (30), laquelle prêtera serment au petit Guilhem (V) dix-sept ans plus tard ; on pourra noter la présence d’un Certain Déodat qui souscrit, et celle de Pierre qui était sans doute le propre frère de Guilhem (III). Déodat pourrait être ce seigneur de Lunas tenant de l’évêque de Maguelone des droits de seigneurie à Montpelliéret (fig. 2). En février 1067 (31) et en mars 1068 (32), la seconde fois en compagnie sans doute de son frère cadet, Guilhem (III) de Montpellier participe à deux assemblées où se retrouvent les fidèles et les amis des vicomtes de Narbonne et du comte de Barcelone : premier cité parmi les témoins laïcs en mars 1068, aux côtés de Raimond Etienne de Servian auquel seront confiés sa mère et son neveu vers 1076.
Guilhem (II) Bernard fils de Trudgarde, « neveu » de Guilhem (I), époux de Béliarde
Première mention 1019, dernière mention sans doute en 1043 : strenuissimus vir.
Le nom de la mère
- Peu avant 1022 : Trudgardis (20)
Les noms des fils
- Guilhem, Pierre, Bernard, Pons (20, 21, 22)
Le nom de l’épouse
- Beliardis (20, 21, 22)
- Neveu et oncle. Willelmus et « l’autre » Willelmus qui vocatur Bernardus, souscrivant après le comte de Melgueil et Gaucelm et ses fils, avant Bego 70 * et ses frères, la fondation de l’abbaye féminine de Saint-Geniès des Mourgues en juillet 1019 (19), paraissent pouvoir être identifiés avec Willelmus époux de Himberga (Qimberga ou Chimberta) et avec Willelmus Berna rdus, époux de Beliardis (20, 21, 22). Même remarque pour l’acte d’élection de l’abbesse Judith en novembre 1025 (23), souscrit après le comte de Melgueil à nouveau par Gaucelm, puis par Guilhem et l’autre Guilhem son neveu : « S. Willelmus. S. alius Wiliemus ejus nepo», suivis des signa d’un autre Gaucelm et d’un Bego: l’une des nonnes porte le nom de Widburga (Wid-). Entre les deux sens possibles du mot nepos, petit-fils ou neveu, l’abbé Guichard choisit le second, à mon avis à juste titre. Il souligne entre autres arguments 71 l’absence de descendance connue à Guilhem et Chimberge, remarque pertinente si l’on considère la documentation languedocienne, moins évidente si l’on envisage une hypothèse qui n’a, à ma connaissance, jamais été soutenue, et que je formulerai en conclusion sans pouvoir en présenter ici l’argumentation. La dernière mention de celui qui pourrait être notre Guilhem (II) auquel le nomen paternum, Bernard, n’est plus attribué, se trouve dans l’acte d’élection de l’abbesse Alimburge en février 1043 (26), la première des dix nonnes dont les noms sont inscrits étant une Beliardis : parmi les « nobiles » qui étaient présents et dont le scribe n’inscrit pas les noms car la liste serait trop longue, le premier des deux laïcs cités est « Guillemus strenuissimus vir », nommé après l’archidiacre de Maguelone, Aira rdus 72.
- A quel homme rapporter le nomen paternum de Guilhem (II), Bernard ? Il n’appartient pas à la fratrie issue du mariage d’Ingilrada et de Guido, trois frères nommés Willermus, Berengarius et Petrus (16). L’abbé Guichard passe en revue toutes les solutions possibles à partir des diverses combinaisons des relations de parenté, et par élimination propose le rattachement de Trudgardis, épouse de Bernard et mère de Guilhem (II) Bernard, à cette fratrie 73, hypothèse que provisoirement je retiendrai volontiers.
- A propos du nom Trudgardis. Je n’ai pas trouvé d’autre occurence dans les sources régionales, si ce n’est, et à condition de l’admettre comme une variante due à une erreur de lecture : Teugardis 74, veuve d’Ermengaud en 983 75, et bru du vicomte de Lodève Ilduin et de la vicomtesse Archimberte.
- Beliardis. Sans être un nom répandu, ses occurences sont un peu plus nombreuses après 1020. Puisqu’il s’agit ici de tenter une identification des souches d’origine ou au moins de repérer l’environnement social en amont du choix d’un conjoint, je retiendrai, sans y voir pour le moment autre chose qu’une simple coïncidence, la mention, en février 960, de Bellardus, signum aux côtés de Willeimus (famille comtale de Provence ?) de la donation à Montmajour par la comtesse Berthe des droits qu’elle tenait de son oncle Hugues, roi d’Italie, dans la villa indominicata à Candillargues 76. Le contexte permet le rapprochement avec Béliarde, puisque c’est dans ce lieu que le comte de Melgueil donna à l’oncle de son mari (985), un manse qui lui était advenu d’un certain Bertus. Quant à Béliarde elle-même, dont j’ai évoqué l’étonnante longévité, puisque mariée et ayant déja quatre fils en 1022, elle était en vie, quoique sur le point de la perdre, vers 1076 ; elle traversa l’histoire des premiers Guilhems sur trois générations. L’exemple est rare mais il n’est pas unique à ce niveau de la société et dans cette partie du Midi, où les conditions de vie adoucies permettaient à quelques personnages, dotés d’un solide tempérament, de devenir septuagénaires (exemple au même moment de Géronde, seigneuresse du Pouget).
Guilhem (I) fils d'Ingilrada Aurucia et de Guido, époux de Himberga (Umberga)
Première mention présumée 985, dernière mention novembre 1025 ?
Nom de la mère
Nom du père
- Juillet non daté, sans doute après 986 : Ego… Ingilrada femina, recogitans fragilitatis mee casus humanum, idcirco facinora mea minuanda vel de parentes meos, id est viro, Widone, defuncto, et filis meis, Willermo (,) Berengario et Petro, dono… S. Willermi. S. Berengarii. S. Willermi. S. Petri… (16)
- Septembre non daté, sans doute avant la fin du Xe: .., Ingilrada femina, que alio nomine Aurucia vocitor, dono… S. Ingilrade, que vocatur Aurucia. S. Wilelmi. – S. Berengarii. – S. Petroni. – S. Petri. – S. Wilelmi. – S. Ingileni (18)
- Identification de Willermus (Wilelmus), fils d’Ingilrada et de Guido, avec Guillelmus donataire de 985.
A partir de ces données assurées (voici un Willermus dont la mère se nomme Ingilrada et le père Wido/Guido), il est possible de proposer, mais seulement à titre d’hypothèse ne l’oublions pas, l’identification de Willermus avec Guillelmus, donataire du manse dans la villa de Montpellier et du manse dans la villa de Candillargues, le donateur étant le comte de Melgueil, Bernard, et sa femme Sénégonde en 985 (9). L’enquête sur les alleux (supra) a développé plusieurs arguments. Sans les résumer tous, je renverrai pour ce qu’ils indiquent sur le donataire de 985 :
- à ceux qui témoignent d’une forte proximité parentale des premiers maîtres du Pouget, de Lestang et d’Aumelas, et des futurs seigneurs de la ville de Montpellier ; avec entre autres les arguments d’ordre anthroponymique : exemples d’Ingelinus (élément onomastique partagé avec Ingilrada), et de Guidinildis et Guido; ou rôle des « Airad » dans l’environnement des Guilhems ;
- à d’autres qui confortent le sentiment d’une proximité de Guillelmus, le donataire de 985, avec ses donateurs, les comtes de Melgueil, par exemple avec l’insertion (voulue) dans le Cartulaire des Guilhems d’un acte concernant Guidinildis et Riculfus, daté de 980 (8). A l’appui d’une familiarité partagée avec les comtes de Melgueil, ne peut-on aussi rapprocher d’autres faits : a) la possession à la fin du Xe siècle par Ingilrada Aurucia d’un manse situé près de Brissac, dans la petite viguerie d’Agonès (18) tenu de son propre père, et les droits qu’y possédait un siècle plus tôt, Guillemette, comtesse de Melgueil 77 ; puis les liens étroits, entre, d’une part la lignée châtelaine résidente du Pouget – dont les Guilhems étaient les seigneurs principaux, les seigneurs résidents leur étant liés par la parenté et la fidélité – et les seigneurs de Brissac et d’Agonès aux XIe et XIIe siècle, et de l’autre les relations entre les Brissac et la famille comtale… b) Les noms de « Guillemette », de « Bérenger » frère du comte Bernard, et de « Pierre », donnés dans la famille comtale avant la fin du Xe siècle, ne renvoient-ils pas à ceux de « Guillerm », de « Bérenger » et de « Pierre », fils d’Ingilrade et de Gui ? Souche commune guilhemide ? Très probablement, mais l’arbre de parenté issu de Guilhem, comte palatin et cousin de Charlemagne, qui quitta le monde pour fonder Gellone au seuil du IXe siècle, devint si foisonnant, qu’il est nécessaire pour que le rappel de cette ascendance prestigieuse ait du sens, de repérer entre les lignées qui en formèrent les branches de nouvelles articulations 78. Ici on les devine sans en saisir le dessin.
- Identification de Willermus (Wilelmus), fils d’Ingilrada et de Wido, avec Willelmus époux de Himberga.
Arguments développés à propos de l’enquête patrimoniale dans la viguerie de Popian (Saint-Amans de Teulet, Le Pouget, Lestang) et sur le Causse d’Aumelas où fut édifié le « castellum de Guido ».
- A propos d’Ingilrada Aurucia. Deux textes ont révélé une partie des droits dont elle disposait : à Caunas dans la viguerie de Lunas (16) coïncidant avec ceux d’Archimberte, vicomtesse de Lodève (12) et dans la viguerie d’Agonès (18) (possession paternelle). Un acte du Cartulaire de Notre-Dame de Nîmes pourrait indiquer une origine nîmoise de la mère d’Ingilrada, un remariage après la mort de Wido, et la mort d’Ingilrada Aurucia en 1011, indications fournies par une publication testamentaire souscrite cette année là par Wilelmus, Stephanus et Deodatus 79.
- Himberga (Umberga) : le nom de l’épouse de Willelmus (oncle présumé de Guilhem (II) Bernard) subit sous la plume des moines de Gellone et d’Aniane, des transformations que l’on peut porter au compte de son étrangeté et peut-être de sa difficulté de prononciation puisqu’il était d’usage rarissime dans le Midi Méditerranéen. Himberga dans Gellone (20), Qimberga (21) et Chimberta (22) dans Aniane (actes rédigés le même jour), le nom féminin est répertorié par M. T. Morlet sous la forme Umberga 80. Il est fort troublant de le retrouver dans la généalogie des vicomtes de Clermont, comtes d’Auvergne au XIe siècle, retracée par C. Lauranson-Rosaz 81 : il y est le nom de l’épouse de Guillaume, fils présumé de Guy, aux mêmes dates, et dans une généalogie où l’on trouve par ailleurs, avant Mille, un nom « rare » au sud du Rouergue : Eustorgius, qui entrera dans la famille de Lunas au XIe siècle (Auztur/Austor), porté par le fils de ce Pierre de Lunas qui inféode vers 1080 à Guilhem (V) de Montpellier, des droits importants dans la villa de Montpelliéret que tenait son aïeul Déodat ( 2).
Notons pour finir, à l’appui de cette conjontion possible des premiers Guilhems de Montpellier avec la haute aristocratie auvergnate (à ma connaissance, l’hypothèse n’a pas encore été avancée), le fait que le dernier fils survivant d’Ilduin et d’Archimberte, Odo, vicomte de Lodève attesté entre 961 et 986, épousa en secondes noces une « Chimberga », dont il eut une fille nommée Nobilia : elle épousa Gibertus, vicomte de Carlat (première moitié XIe s.), vicomté située en Auvergne. J’ai ailleurs proposé 82 la « reprise » de l’héritage symbolique des derniers Guilhemides (après la « »disparition » de la lignée vicomtale lodévoise au XIe siècle) par les Guilhems de Montpellier dans lesquels je voyais des proches d’Ilduin et d’Archimberte sentiment de légitimité qui donne à ceux qui en héritent l’audace et le pouvoir de créer. Il s’agirait donc peut-être moins de reprise que de continuation…
En guise de conclusion très provisoire
Alors ? Identification des tous premiers Guilhems avec les vicomtes auvergnats de Clermont, usurpant comme nous l’apprend Christian Lauranson-Rosaz, le titre comtal vers 986 ? C’est avec ce rapprochement surprenant, et de façon un peu spectaculaire que je mettrai un terme provisoire à la quête des origines des ancêtres de Guilhem (V) de Montpellier, dont nous avons tous pensé à un moment ou à un autre, qu’ils étaient d’assez obscure extraction. Il s’agira maintenant pour donner consistance à une hypothèse jetée alors que le rideau tombe, de remonter encore le temps : jusqu’au IXe siècle.., enquête pour ma part déja bien engagée mais dont tous les éléments ne sont pas encore réunis, et pour laquelle un travail collectif à partir des recherches actuelles sur les aristocraties rouergate 83, nîmoise, et auvergnate 84 (IXe-Xe siècles), s’impose. Mais pour y voir plus clair, il faudra, partant « des hautes sphères » des lignées vicomtales ou comtales (ce que l’on a coutume d’appeler la moyenne aristocratie si l’on se place à l’échelle de la Francia), ne point y demeurer : car seule la genèse et la configuration des « réseaux » auxquels participaient tous les niveaux des aristocraties locales donnent les clés du système des relations entre les pouvoirs dirigeants des différents comtés, au sein d’une région.
Montrer dans ces pages l’implantation des premiers Guilhems de Montpellier sur la rive gauche du cours moyen de l’Hérault entre l’Agonès et Saint-Pargoire, axe guilhemide par excellence, pour se défaire de l’idée que ce fut à partir de Montpellier que les Guilhems avides de pouvoir, auraient commencé à grignoter, autour des années 1100, les droits de seigneurie vicomtale dans l’ancienne viguerie de Popian, était l’un des objectifs de cette étude. Demeurent bien sûr des zones d’ombre, des points de chronologie qu’il faudra plus finement ajuster (notamment aux générations de Guido et de Guilhem donataire), des hypothèses encore fragiles, bref un travail toujours en chantier.
Il m’a paru également nécessaire de faire remarquer à quel point nous sommes marqués par une historiographie à laquelle nous devons beaucoup, mais qui nous a habitués à penser la transition de la période post-carolingienne (fin IXe siècle) à la période féodale en terme de rupture : comme si du temps des empereurs et des grands rois, l’État, le fisc, dans les régions éloignées des grands foyers carolingiens, n’étaient pas déja étroitement imbriqués dans des histoires de familles locales qui avaient depuis des lustres mêlé les « races », gallo-romains, wisigoths, francs, et comme si, lorsque l’an Mille approcha, les règles et les codes régulant l’accès aux pouvoirs du temps des comtes installés par les rois, pouvoir de fortifier par exemple, avaient tous volé en éclat.
Seule la synthèse d’études monographiques microrégionales, avec le recours aux méthodes de l’anthroponymie et de la prosopographie, gratifiantes pour ce qu’elles restituent des vies d’individus dont on nous a dit qu’ils étaient inaccessibles dès qu’ils n’avaient pas titre comtal ou vicomtal, sera en mesure de répondre à ces questions subtiles des modes de passage, même au prix d’un parcours souvent éprouvant pour le chercheur, lassant pour le lecteur, obligés l’un et l’autre d’entrer dans le dédale et de suivre les fils d’Ariane. Je n’ai prétendu ici qu’amorcer au niveau microlocal une démarche qui pose toutefois de véritables questions de fond.
Notes
1. « Guilhem » : la forme latine la plus courante est Guillelmus, avec de nombreuses variantes avant 1070 parmi lesquelles dominent Willelmus, Villelmus, auprès de Guillermus, Guilelmus. Le francisant, les bénédictins de Saint-Maur (Histoire Générale du Languedoc) l’ont traduit par « Guillaume ». De nos jours la tradition régionale a retenu la forme romane « Guilhem » de préférence à « Guillem » que l’on rencontrait à la fin du siècle dernier. Pour ma part, je conserverai dans les citations d’actes, l’orthographe latine adoptée par le copiste, même si elle semble fautive, et j’adopterai dans le corps de l’article la forme actuelle « Guilhem » spécifiquement attribuée aux seigneurs de Montpellier et bien installée dans les habitudes.
2. Bibliographie sommaire sur les premiers seigneurs de Montpellier (ouvrages ou articles publiés depuis le début du siècle). Dans l’ordre chronologique : – Abbé Rouquette, Les premiers Guillems, Revue Historique du diocèse de Montpellier, 1916, p. 433-476. En contradiction avec l’abbé Guichard, l’auteur lui offrit pourtant d’exposer ses hypothèses sur l’identification des premiers Guilhems dans l’Histoire du Diocèse de Maguelone, titre suivant – Abbé Guichard, Les premiers Guillems, Histoire du Diocèse de Maguelone (Sous la direction de l’abbé Rouquette), Montpellier, t. I, 1921-1925, p. 140-170. Reprint sous forme d’un fascicule non daté, Mende : Les premiers Guillems (Xe-XIe), 33 p. + généalogie – J. Baumel, Histoire d’une seigneurie du Midi de la France. Naissance de Montpellier (985-1213), Causse/Cie, Montpellier 1969 – A. Lewis, The Guillems of Montpellier (fin XIe-début XIIIe) : a sociological appraisal, Viator (Medieval and Renaissance Studies), Vol. 2, 1971, p. 159-169 (Medieval Society in Southern France and Catalonia), Variarum Reprints, London, 1984, VIIIe du recueil) – H. Vidal : a) Aux temps des Guilhems (985-1204), chapitre 1, p. 9-34 de Histoire de Montpellier (direction de G. Cholvy), Privat, 1984 ; b) Les mariages des Guilhems de Montpellier, Revue Historique de Droit Français et Étranger, Paris, 1984, p. 231-245. ; c) Aux origines de Montpellier : la donation de 985. Annexe I La donation des sœurs de Saint-Fulcran, p. 27. Annexe II : La Charte de donation 985, Bulletin historique de la ville de Montpellier, 1985, n° 5, p. 11-28 ; paru Recherches sur l’histoire de Montpellier et du Languedoc, Actes du 110e Congrès National des Sociétés Savantes, Montpellier 1985, t. II, CTHS, Paris 1986, p. 9-55) – G. Fabre et T. Lochard, 1988 (références infra note 5) – H. Katsura, La seigneurie des Guilhem de Montpellier au XIIe s. Gouvernants et gouvernés dans la région Montpelliéraine, DEA d’Histoire et Civilisation (sous la direction de P. Bonnassie), Université de Toulouse-Le Mirail, 1988-1989, 267 p. (dactylographié).
3. A l’exception de J. Baumel (réf. supra note 2, Histoire d’une seigneurie du Midi de la France…), lequel a repris (ib. p. 56), malheureusement sans la critiquer suffisamment, la généalogie construite par l’abbé Guichard, s’en désolidarisant pour l’essentiel en rejetant la fiction de la Scriptura Antiqua.
4. Manuscrit du début du XIIIe siècle (Archives Municipales de Montpellier) connu sous le nom de Liber Instrumentorum Memorialium, dit Cartulaire des Guillems de Montpellier (abréviation : L.I.M.), publié par la Société Archéologique de Montpellier sous la direction d’A. Germain, Montpellier, 1884-1886. Un tout petit nombre d’actes, la plupart non datés, concernent les années précédant 1080.
5. G. Fabre et T. Lochard : a) Topographie de Montpellier aux XIe et XIIe s. essai de lecture d’une ville neuve, Études sur l’Hérault, nouvelle série n° 4, 1988, p. 67-76 ; b) Montpellier. La ville médiévale, Étude du Patrimoine, n° 2, Ministère de la Culture – Imprimerie Nationale (1992) ; Montpellier. La ville moderne et contemporaine, à paraître dans la même collection ; c) Montpellier : des villae à la ville (Xe-XIIe siècles), Le Pouvoir et la Terre, F.H.L.M.R. (colloque mai 1991), à paraître.
6. C. Duhamel-Amado : « Les premiers Guillaume : Montpellier à la périphérie d’un patrimoine », in : G. Fabre et T. Lochard, Montpellier, la ville médiévale, chapitre I, Les Origines (985-1103).
7. Les cartulaires monastiques de Saint-Sauveur de Gellone et de Saint-Sauveur d’Aniane sont de première utilité pour identifier les prédécesseurs de Guilhem fils d’Ermengarde, et pour repérer l’axe domanial et les stratégies avant que Montpellier ne devienne résidence principale et centre de l’honneur. Certains actes antérieurs au milieu du XIe siècle, se trouvant dans les cartulaires des chapitres de Béziers et d’Agde, et dans ce qui subsiste des sources lodévoises pour cette haute période, aident à situer les premiers Guilhems dans leur réseau d’amis et de consanguins. L’identification d’Engelrade et de Guido, parents présumés du donataire de 985, m’ont fait considérer d’autres sources encore : j’ai retenu certains actes, tous rédigés avant 1030, des Cartulaires de Nîmes et de Vabres (ce dernier récemment reconstitué par E. Fournial), ou ceux de sanctuaires plus éloignés encore, tels Brioude et Sauxillanges (que je me propose ultérieurement d’étudier de plus près et que j’ai abordés à cette étape à travers l’étude de C. lauranson-Rosaz, L’Auvergne et ses marges (Velay, Gévaudan) du VIIIe au XIe siècle, La fin du Monde Antique ?, Thèse de Doctorat d’Histoire du Droit, publié par Les Cahiers de la Haute-Loire, Le Puy-en-Velay, 1987).
8. A. R. Lewis, The Guillems of Montpellier a sociological appraisal… (thème des Guilhems, chevaliers enrichis et bon exemple de la « mobilité sociale » au XIIe s. : p. 160, p. 169). H. Vidal, Aux origines de Montpellier… (« humilité du premier Guilhem », p. 20). H. Katsura, La seigneurie des Guilhem de Montpellier… (« Les Trencavel étaient une vieille famille vicomtale qui remontait au moins à la fin de l’époque carolingienne tandis que les Guilhem étaient une famille parvenue au cours du XIe siècle au détriment du pouvoir comtal de Meigueil. », p. 5). Je me citerai pour finir (Guillaume VIII de Montpellier, Marie et Pierre d’Aragon, Majorque, Languedoc et Roussillon de l’Antiquité à nos jours, F.H.L.M.R., Montpellier 1982, p. 35-45), ayant moi-même au début de mes recherches sur cette aristocratie repris le thème récurrent d’une « assez obscure origine » du lignage des Guilhems (ib. p. 37, note 6).
9. H. Vidal, Aux origines de Montpellier : la donation de 985, Bulletin historique de la ville de Montpellier, 1985, n° 5, p. 11-28 (je ferai référence à cette parution plutôt qu’à la publication CTHS, pour des raisons de commodité de lecture : présentation et typographie).
10. Ib. p. 16 : « … il serait évidemment plus sûr de dresser la généalogie des Guilhems de 985 au XIIe siècle. Dom Vaissète, les abbés Rouquette et Guichard, pour ne citer qu’eux, s’y sont exercés. Guichard, en particulier, s’est efforcé d’éclairer cette histoire obscure par des actes des cartulaires d’Aniane et de Gellone. Ses recherches, fort méritoires sont parfois gâtées par un excès d’ingéniosité et par la conviction que la donation par les sœurs de Saint Fulcran et l’inféodation à Gui sont authentiques. »
11. Ib. p. 16 : Remettre sur le métier la généalogie des premiers Guilhems excède, par son objet et ses dimensions, les limites de cet article. Mais la continuité du lignage entre 995 et le XIIe siècle me paraît hors de discussion.
12. L.I.M. ms. f. 29 v°, éd. n° LXX, p. 125-126 (texte rétabli et traduit par H. Vidal, ib. annexe 2, p. 28) : …et in terminium la Montepestelario donamus tibi mansum unum, ubiAmalbertus visus est manere… ». L’auteur montre qu’à l’évidence il faut lire : « villa Montepestelario » (ib. p. 14).
13. Ib. p. 16.
14. Abbé C. Guichard, Les premiers Guillems, Histoire du Diocèse de Maguelone (direction Abbé Rouquette), Montpellier, t. I, 1921-1925, p. 140-170. Reprint, fascicule non daté, Mende Les premiers Guillems (Xe-XIe), 33 p. + généalogie. (Je ferai référence à ce fascicule édité avec la mention « extrait »).
15. Ainsi à propos de l’évêque de Lodève dont l’abbé Guichard fait si souvent état : E. Martin, Histoire de Lodève (H) depuis ses origines jusqu’à la Révolution, Champion, Paris, 1900, 2 tomes. Laffite Reprints, 1979. L. Guiraud, Note sur saint Fulcran, dans E. Martin, t. II (supra), Note IV, p. 382-397. E. Martin, Vie de Saint Fulcran par Bernard Gui, Montpellier, Valat, 1911 (l’auteur rejette la quasi totalité des nombreuses « Vies » et propose d’en rester au texte de Bernard Gui, dont il établit une édition critique). Abbé ROUQUETTE, Vie de Saint Fulcran, parue dans la Revue Historique du Diocèse de Montpellier, Études et Documents, Deuxième Année (15 mai 1910-15 avril 1911), Valat, Montpellier (et Les premiers Guillems…, réf, supra note 2).
16. Anthroponymie : Nous savons maintenant mieux utiliser l’onomastique aristocratique, fil conducteur pour l’identification et la reconstitution de réseaux de parents lorsque les mentions de liens de parenté font défaut. Dans la perspective d’une étude de l’aristocratie et des pouvoirs, initialement limitée aux temps carolingiens et à la Reichsaristokratie (notion introduite par G. Tellenbach, 1939), plusieurs « générations » de médiévistes allemands se sont succédées, proposant leurs méthodes et publiant de nombreux résultats : Hans Walter Klewitz un des pionniers, Gert Tellenbach qui fit école, puis Karl Schmid, Karl Hauck, Karl Ferdinand Werner, d’autres encore, pour ne citer que les précurseurs… Parce qu’elles constituent un état assez complet de ces problématiques et travaux engagés depuis plus d’un demi-siècle, je renverrai pour la commodité à cinq études, rédigées en langue française, respectivement publiées en 1961, 1972, 1977, 1981 et 1990 : 1) Dans un article intitulé : La noblesse dans la France médiévale. Une enquête à poursuivre, Revue Historique, n° 226, 1961, p. 1-22 (Reprint, Hommes et Structures, Mouton, Paris-La Haye, p. 145-166), G. Duby avait contribué à faire connaître en France ces travaux pionniers que la très grande majorité des médiévistes français ne prenait pas en compte ou ignorait tout simplement. Le champ commençait à s’ouvrir à la période post-carolingienne pour laquelle la méthode restait valide à condition d’articuler la quête des noms et l’enquête patrimoniale : onomastique et toponymie devant coïncider. 2) Près de dix années plus tard, l’auteur revenait sur les textes mâconnais analysés dans sa thèse, les réinterprétant avec la nouvelle grille de lecture dans un article fondamental, démonstration de méthodologie appliquée : Lignage, noblesse et chevalerie au XIIe siècle dans la région mâconnaise. Une révision, Famille et société, Annales ESC, n° 4-5, juil.-oct. 1972, p. 803-823 (Reprint, Hommes et Structures, p. 395-422). 3) Peu de temps après, K. F. Werner nous offrait un état de l’historiographie (à laquelle il avait lui-même si largement contribué), dans une communication au Colloque de l’École Française de Rome (6-8 juin 1974) : Liens de parenté et noms de personne. Un problème historique et méthodologique, Familles et parentés dans l’Occident médiéval, École française de Rome, 1977, p. 13-18 et 25-40. Il y présentait aussi quelques questions (à propos de l’approche de la conscience familiale et dynastique, de la nobilitas transmise par les femmes ou des enjeux contenus dans l’acte de nommer, etc…) pour lesquelles le recours à l’anthroponymie s’impose tout particulièrement. 4) R. Hennebicque dans Structures familiales et politiques au neuvième siècle : un groupe familial de l’aristocratie franque, Revue Historique, n° 538, avril-juin 1981, p. 289-333, avançait des hypothèses novatrices, bouleversant bien des idées reçues (infra note 17). 5) Dans la réédition (mars 1991) de leur grande synthèse intitulée La mutation féodale (Xe-XIIe s.), P.U.F., 1980, J.-P. Poly et E. Bournazel ont remis à jour l’état des connaissances et de la bibliographie établie par thème dix ans auparavant qui donnait déjà toute sa place aux sociétés méridionales (pour la question des noms, de leur fonction symbolique, de leur rôle dans l’élaboration d’une conscience nobiliaire, voir particulièrement les p. 160-162 ; pour les ouvrages consacrés au thème de l’aristocratie : « Bibliographie », p. 34-44 (parmi les 249 titres retenus, de nombreux se rapportent à des études faisant appel à la méthode anthroponymique). 5) Coordonnée par M. Bourin, une recherche menée par un petit collectif de médiévistes a été engagée dans le cadre d’une enquête sur l’anthroponymie moderne. L’équipe s’est attachée à « l’apparition du système à deux éléments, en place du système antérieur à nom unique » ; les premiers résultats en ont été publiés sous le titre : Genèse médiévale de l’anthroponymie moderne. Études d’anthroponymie médiévale. Ire et IIe Rencontres – Azay-Le-Ferron. (Tours, 1989, 251 pages), ouvrage qui vient d’être réédité. Ecartant la période précédant le système à deux éléments (le second pouvant être le nomen paternum, un sobriquet, une indication de lieu, etc…), c’est-à-dire le Xe et le seuil du XIe siècle, je lui donne ici une place à part, le cadre chronologique concernant l’identification des premiers Guilhems s’inscrivant en partie dans la phase durant laquelle domine encore le système à nom unique.
17. C’est précisément en s’appuyant sur les travaux réalisés à partir de l’étude anthroponymique, que commence à être reconsidérée l’histoire des pouvoirs locaux au IXe siècle. A cet égard l’article de R. Hennebicque (1981, réf, note précédente, le 4) est tout à fait novateur puisque son auteur s’attache à la période de grand éclat de l’administration carolingienne et à un espace (région rhéno-mosanne et Francie occidentale) où l’exercice du pouvoir public paraît s’être particulièrement concentré, pour y souligner la force des liens au sein de la famille étendue et le rôle (positif) qu’elle joua dans les structures politiques carolingiennes. Ainsi la reconstitution des réseaux de parents y fait apparaître une étendue et une profondeur surprenantes qui tiennent à la structure cognatique dominante (structure mouvante puisque les parents paraissent regroupés en une nébuleuse de consanguins, intégrant, selon des stratégies conjoncturelles, certains affins et une partie de leurs propres « nébuleuses »). Ainsi, au IXe siècle, les structures politiques locales et régionales n’auraient pas été aussi affranchies, qu’il n’a été dit, des trames de parenté dans lesquelles se trouvaient inséré le « personnel politique carolingien ». C’est toute la conception des « ruptures » en aval, c’est-à-dire la thèse de la « transformation » (par renforcement) des liens entre familles et pouvoirs au Xe siècle, qui à terme se trouve de la sorte remise en cause ou du moins atténuée.
18. H. Vidal, La première vie de Saint Fulcran et le triomphe de l’épiscopat Lodevois au XIIe s., Annales du Midi, n° 71, janv. 1965, p. 7-20 ; Aux origines de Montpellier : la donation de 985. Annexe I La donation des sœurs de Saint Fulcran, p. 27.
19. Ainsi dans les généalogies des premiers Guilhems reproduites dans les ouvrages de J. Baumel et H. Katsura (réf. supra note 2).
20. Abbé Rouquette, Les premiers Guillems…, p. 447.
21. « Loyal »… certes… et généreux : l’abbé Rouquette avait offert à son contradicteur l’occasion d’exprimer des thèses qu’il était loin de partager en lui ouvrant son Histoire du diocèse (supra, note 2). Dans la version courtoise du style inimitable, fleuri, dont usaient les membres de la confrérie historienne à laquelle appartenaient les deux contradicteurs, l’abbé Guichard remercia l’abbé Rouquette qui « avait vaincu ses résistances » : « J’ai dû m’incliner devant la beauté du geste, auquel je suis heureux de rendre l’hommage qu’il mérite. Assurément il ne surprendra personne de ceux qui connaissent la loyauté native de l’historien officiel du diocèse. Des divergences notables s’accuseront dans notre double étude sur les premiers Guillems. Je me plais à croire qu’on y verra surtout comme une illustration du vieil adage, qui s’applique à l’histoire plus encore qu’à la théologie : In dubiis libertas, in omnibus chantas. » (Extrait ib. p. 6). On ne saurait mieux dire.
22. 988, Donatio pro anima (dite « testament ») de saint Fulcran en faveur de l’église de Lodève (E. Martin, Cartulaire de la Ville de Lodève, document XI, P. 11, publié par L. Guiraud à partir de la copie des notaires Liquier et Martin, le 30 sept. 1656 (auj. aux A. D. de l’Hérault, G 1056).
23. L. Guiraud, Ib. « testament », p. 13.
24. Les recherches menées sur les aristocraties du Rouergue méridional, de la viguerie d’Arisitum (Le Vigan) et de la région nîmoise pour cette haute période, permettront sans doute ultérieurement de mieux situer saint Fulcran et les premiers « viguiers » devenus seigneurs de Lunas, dans toute l’étendue de leur réseau de parenté.
25. L’alleu paysan a-t-il existé en France méridionale autour de l’an Mil ?, La France de l’an Mil (direction R. Delort), Collection Points, Le Seuil, mars 1990 (citation p. 147-148).
26. C. Duhamel-Amado, Thèse d’Etat en cours : Du groupe aristocratique au lignage. Parenté, familles et patrimoines dans les vicomtés de Béziers et d’Agde du Xe au milieu du XIIe s. T. II, livre 2, monographie Aumelas, sur le « réseau » voir p. 395-403 ; et article en préparation, réf, infra note 31.
27. Fig. 2. Sur l’implantation suburbaine (Béziers) à Colombiers et à Saint-Bauzile d’Esclatian de ces illustres « Lodévois », réf, supra note 25.
28. Développement : Thèse (Réf. supra note 26, t. II, livre 1, monographie Le Pouget, particulièrement les p. 266-271).
29. lb. p. 271-282.
30. Supra, retour à l’historiographie et notes 22 et 23.
31. Fig. 2. Développement dans Thèse (Réf. supra note 26, t. II, livre 1, monographie Sauvian, les p. 29-36), et Un exemple des relations entre pouvoirs laïques et monastiques sur les deux rives du cours moyen de l’Hérault autour de Mille : le réseau des parents et alliés des premiers Guilhems de Montpellier, La terre et les pouvoirs en Languedoc et Roussillon du Moyen Age à nos jours, Congrès mai 1991, Montpellier, F.H.L.M.R. (en préparation).
32. Article à paraître, réf, note précédente.
33. Sur l’activité du scribe Ingila rédigeant entre 829 et 852 des actes qui concernent pour la plupart des villae de la viguerie de Popian H. Vidal, article cité supra note 2, Aux origines de Montpellier : la donation de 985…, p. 31, note 54.
34. Déodat auquel l’évêque de Maguelone, Arnaud, avait concédé à Montpelliéret l’église, ses dépendances et ses revenus, un capmanse et des manses dispersés, fig. 2 (schéma des concordances entre les Lunas, les Soubès, les Arnaud de Sauvian et Montpellier/Montpelliéret).
35. Thèse, Réf, supra note 26, t. II, livre 1, monographie Le Pouget, p. 262-289 (sur les serments et leur datation : p. 274 et suivantes).
36. lb., monographie Saint-Pons-de-Mauchiens, p. 247-261 (sur la double dénomination toponymique, p. 251-252).
37. Béliarde est la quatrième fille de Pierre Raimond de Saint-Pons (1128 à 1161) et de Galburge; elle est mentionnée dans le testament de sa mère (1174, Gellone, n° 549, p. 471-474).
38. Gellone, n° 346, p. 282.
39. Je n’ai jusqu’ici étudié les Castries que dans leurs relations avec la maison biterroise des Sauvian (Réf. note 26, t. II, livre 1, sur les Castries généalogie p. 37). Reprendre les textes les concernant depuis leurs origines décelables, offrirait l’une des clés des relations entre les premiers Guilhems et la lignée comtale de Melgueil.
40. C. Duhamel-Amado, Les pouvoirs et les parents autour de Béziers (980-1100), Cadres de vie et société dans le Midi Médiéval. Hommage à Charles Higounet, Annales du Midi, Privat, t. 102, n° 189-190, 1990 (sur les « Riculf », p. 316-317) ; et Thèse (Réf. supra note 26, t. II, livre 2, p. 454-459).
41. Parenté probable entre Engelen et Engelrade… (supra, in texto).
42. J’en ai donné de nombreux exemples dans la monographie consacrée à Aumelas (supra note 26).
43. Juin 990 (An., n° 315, p. 433-434).
44. Le nom est porté entre 1013 et les années 1060 dans la viguerie de Popian (1013, Bego résident « d’un manse » au « castrum de Popian », G. n° 141 ; 1039, « résident » d’un manse au pied de Gignac, An. n° 236;… 1066-1089…, résident d’un manse à Puilacher, aux confronts du Pouget, An. n° 274). Il l’est aussi par des seigneurs du comté de Melgueil souscrivant aux côtés des Guilhems la fondation de l’abbaye de Saint-Geniès-des-Mourgues en 1019 (Annexe, acte 19), et l’élection de son abbesse en 1025 (23).
45. J. B. Elzière, Une « forteresse publique » de l’époque carolingienne en Languedoc : le castrum vicarial d’Issunas (vallée de l’Arre, Cévennes). Origines et évolution, in Mélanges H.P. Eydoux, Bulletin Monumental, Société Française d’Archéologie, à paraître.
46. C. Duhamel-Amado, Pouvoirs et noblesse dans la Gothie : formation du réseau aristocratique au Xe siècle, La Catalogne et la France méridionale autour de l’an Mil, Barcelone, 1991.
47. Ancêtres communs au IXe siècle et relations au Xe siècle entre les vicomtes de Béziers et d’Agde et les prédécesseurs de Guilhem, donataire de 985 : article cité à la note précédente, mais surtout article à paraître (réf. supra note 31).
48. A. Durand, Paysages, terroirs et peuplement dans les campagnes du bas-Languedoc (Xe-XIIe siècle), Thèse d’Université, Directeur R. Fossier, Paris I, 1990. Sur la morphologie du Causse d’Aumelas, voir vol. 1, p. 97 ; sur Aumelas (rapport église-castrum), ib. p. 152-153.
49. G. Fabre et T. Lochard (réf. supra note 5).
50. Sur cette question, et pour le XIIe siècle, on consultera avec grand profit H. Katsura (réf. supra note 2).
51. Article en préparation, Réf, supra note 31.
52. Autres exemples : les Termes dans les Corbières (commandant une petite région définie comme une patria, seconde moitié du XIIe siècle), ou Minerve, siège d’une vicomté. Dans ces exemples, comme à Aumelas, il s’agit de zones ayant échappé à l’hégémonie des « cités ».
53. F. Journot, Archéologie des châteaux médiévaux de la Montagne Héraultaise – Haut bassin de l’Orb et bassin de la Lergue (Xe-XIVe siècle), Thèse de nouveau doctorat sous la direction de X. Barral I Altet, Université de Haute Bretagne, Rennes I, juin 1990, dactylographiée (dessertes d’Aumelas, vol. II, p. 29).
54. Archéologie et problème encore non résolu de datation. En l’absence de fouilles systématiques à ce jour, les études les plus récentes n’ont pu qu’analyser les vestiges « hors sol » : a) Dans les pages que F. Journot (réf. note précédente, vol. II, p. 16-32) vient de consacrer à Aumelas (voir plus particulièrement les p. 24-28 intitulées « Configuration du site et nature des vestiges », et les p. 30-31 : « Aspect défensif et habitabilité », un schéma et photos), l’auteur souligne la qualité de la construction, l’ampleur des moyens mis en œuvre, réaménagement du site dont les vestiges actuels remonteraient à la seconde moitié du XIIe siècle (ib. p. 31). b) Dans une étude à paraître, réalisée entre 1990 et 1991 (titre provisoire : « Le site du « castellas » à Aumelas (Hérault) », 10 pages, plan à l’échelle 1 cm = 1 m, et six relevés, + photos), B. Phalip * décèle la trace du castellum d’origine (cité vers 1036), constate « un réaménagement total du site au tout début du XIIe siècle », et une « occupation continue » à partir du premier tiers du XIIe siècle et pendant tout le siècle.
*… auteur de Le château et l’habitat seigneurial en haute Auvergne et Brivadois entre le XIe et le XV‘ siècle. Essai de sociologie monumentale, Thèse pour le doctorat es Sciences Humaines, Histoire de l’Art et Archéologie, sous la direction d’Anne Prache, Paris IV, 1989, dactylographiée.
55. C. Duhamel-Amado, Guillaume VIII de Montpellier, Marie et Pierre d’Aragon, Majorque, Languedoc et Roussillon de l’Antiquité à nos jours, F.H.L.M.R., 1982, p. 35-45 ; et Les Guillems de Montpellier à la fin du XIIe siècle, un lignage en péril, Montpellier, espace et textes occitans, Revue des Langues Romanes, t. LXXIX, n° 1 de 1985, p. 13-29.
56. C. Duhamel-Amado, Thèse (Réf. supra note 26, t. I, chapitre 2, p. 181-182).
57. 1114 (Cartulaire de Maguelone, t. I, n° 38, p. 76-80).
58. 28 décembre 807 (G. n° 249, p. 209-210) ; Vers 807 (G., n° 4, p. 5).
59. a) Premier abandon en faveur de Pierre, comte de Carcassonne et vicomte de Béziers et d’Agde, par une certaine Garsinde en mars 1047 (HGL, t. V, n° 226, c. 453-454) : « … des alleux et fiefs qui avaient appartenu à Guillelm vicomte et à Garsinde sa fille… », à la réserve de quelques droits de seigneurie, parmi lesquels « la troisième part de Saint-Pons-de-Mauchiens… ». b) Vers 1068 (HGL, t. V, n° 287, e. 563-565), abandon de tout ce que le vicomte de Narbonne et les siens avaient dans divers castra (Mèze, Florensac, Vairac) et « dans le castrum de Saint-Pons-de-Mauchiens et dans son terminium ».
60. On en chercherait vainement la trace dans les deux testaments de Bernard Aton (Mai 1118, HGL, t. V, n° 462; 1129, HGL, T.V, n° 504), ou dans les accords qu’il passe avec le comte de Barcelone, mentionnant par contre le Pouget et Saint-Pons (Juin 1112, HGL, t. V, n° 443, c. 828).
61. Guilhem (VI) laissa huit enfants : le cinquième des fils, nommé Gui (surnommé Guerrejat) reçut le Pouget (testament de décembre 1146, L.I.M., n° 95, p. 180) ; En avril 1173 (L.I.M., n° 492, p. 675-676), Gui Guerrejat prit à gage la part du castrum du Pouget que tenait Gasc de Peyrebrune (membre du lignage des seigneurs résidents), et transmit le Pouget à son neveu, Gui (surnommé Burgondion), fils de Guilhem (VII), ce qui ressort d’un acte de février 1184 n.s. (L.I.M., n° 494, p. 678-679).
62. J’ai décrit l’acharnement des successeurs de Guilhem (V), Guilhem VI, VII et VIII, à récupérer Aumelas, chose faite au cours de la dernière décennie du XIIe siècle (Réf. supra note 55).
63. J. Caille, Les marchands de Montpellier et la leude de Narbonne dans le dernier quart du XIe siècle, Bulletin Historique de la Ville de Montpellier, n° 5, 1985 (analyse et datation de cet acte, ib. p. 3-5).
64. Pour la datation de cet acte, voir le raisonnement d’Henri Vidal (Les origines de Montpellier…, Bulletin Hist., note 139).
65. C. Duhamel-Amado, Thèse (Réf., supra note 26, t. II, livre 1, monographie Servian ; sur ce Raimond Étienne, p. 110-111, généalogie p. 118).
66. L’abbé Guichard, Les premiers Guilhems… (Extrait, Mende, p. 32 : « Orphelin de bonne heure par la mort de son père, il est bientôt délaissé par sa mère qui convole en secondes noces avec Raimond d’Anduze. Le manuscrit de l’Histoire généalogique de la maison d’Anduze fixe ce mariage à l’année 1078. Cette date donnée par le P. Le Laboureur ou J.-P. de Bermond semble s’imposer. La mort de Bernard Guillem ne peut donc être reculée au-delà de 1077 »). H. VIDAL, ib. note 139 : « … son père est mort avant 1078, date à laquelle sa mère se serait remariée avec Raimon d’Anduze ». Nous restons sur notre faim.
67. H. Vidal, Les Mariages… (Réf. supra note 2), p. 232 et p. 236.
68. Sur la césure à restituer entre « Petrus » et « Bernardus », arguments : Annexe, note h.
69. L.I.M., n° CVII, CVIII, CIX, p. 229 et suivantes.
70. Supra note 44.
71. Argumentation basée sur la vraisemblance chronologique, Extrait, p. 24.
72. Sur les « Airad » et les Guilhems : voir in texto Lestang et le Pouget, le d).
73. lb., p. 25-26.
74. Le nom se rapprocherait plus de « Teutgardis » (premier élément Thiot-, Deod-) que de « Trutgardis » (premier élément Drut-, Trud-), cf. M. T. Monet, Les noms de personnes sur le territoire de l’ancienne Gaule du VIe au XIIe siècle, I, 68 a et 75 b.
75. Juin 983 (An., n° 305, p. 425-426).
76. Février 960 (HGL, t. V, n° 107, e. 233). L’étude de cet acte et d’autres se rapportant à Candillargues, est renouvelée par les récents travaux d’A. Parodi (Thèse soutenue en février 1992 : La plaine du Languedoc oriental au haut Moyen-Age (IVe-XIe siècles) textes et archéologie de l’espace rural), notamment avec une étude de cas intitulée : « L’habitat littoral lagunaire de la commune de Candillargues » (p. 444-457) et Le territoire de la villa aux IXe-Xe siècles dans la plaine du Languedoc oriental : les exemples de Garons et de Candillargues, Provence Historique : Hommage à Paul-Albert Février (sous presse). Anne Parodi fait remarquer, après avoir souligné l’ancienneté de l’occupation (depuis le haut Empire), « le maintien du réseau centurié à l’époque médiévale », et au Xe siècle celui « de structures sociales aristocratiques et sociales » expliquant certains archaïsmes « matérialisés dans l’organisation de l’espace » (Thèse, p. 453) : « En effet l’on constate la présence de la haute aristocratie détenant des fonctions publiques : Hugues, roi d’Italie ; Berthe, comtesse de Rouergue ; Guillaume, comte de Provence ; Bernard comte de Melgueil ; Guillem, seigneur de Montpellier. Le comte de Melgueil y détient des droits d’origine publique… Tant l’importance de la puissance foncière comtale et la nature des droits exercés que la localisation, en bordure du littoral, incitent à penser que comme l’ensemble du littoral du Languedoc oriental, la zone de Candillargues faisait partie du fisc royal à l’époque wisigothique. Ce fisc est maintenu par les Francs après la conquête et sert à doter les comtes. » (ib., p. 452).
77. 899 (Cartulaire de Maguelone, n° III, p. 5), testament de Guillemette qui transmet à son fils Bernard la villa dite Avenza « in vicaria Agonensi » : signum Remigius. Février … 978-1000… * (An., n° 248, p. 374-375) : Remigius et Almeradus sont les exécuteurs testamentaires du testament de Widberga (Wid-), qui donne un manse situé à Montels, dans la viguerie de Popian, trois signa dont Amalbertus.
* Acte non daté, pour lequel l’édition propose 972, et A. Durand (Propositions de datation pour quelques documents du Cartulaire d’Aniane, Études sur l’Hérault, nouvelle série 2, 1986, 3, Montpellier, 1987, p. 35-36) : 978-1000.
78. Guilhemides dans le Lodévois et le Biterrois du IXe au XIe C. Duhamel-Amado, Pouvoirs et noblesse dans la Gothie… (Réf. supra note 46) ; et Poids de l’aristocratie d’origine wisigothique dans la genèse de la noblesse septimanienne, Colloque L’Europe héritière de l’Espagne Wisigothique (I.R.H.T. et Fondation Polignac, mai 1990), 1992.
79. Cartulaire N.-D. de Nîmes, 7 décembre 1011 (n° 108, p, 170-172) : « Ingilrada femina (que) Aurutia vocatur… » donne à l’église cathédrale de Nîmes de son alleu dans le Vaunage qui lui advint de sa mère, revenus dont son mari Bernard aura l’usufruit ; dix jours après la mort de la donatrice, la publication testamentaire est souscrite par Wilelmus, Stephanus et Deodatus. Plus d’un siècle auparavant un Ingilradus (N-D. de Nîmes, 893, n° 6, p. 13-14) était exécuteur testamentaire de Gisalfredus prêtre, nom dont j’ai montré qu’il appartenait déjà autour de 900 au corpus anthroponymique des Lunas-Faugères, aux côtés de « Déodat » (voir fig. 2).
80. M. T. Morlet (Réf. supra note 74), I, 140 b. Premier élément Hun-. Sur le H initial germanique et ses transformations, ib. t. I, p. 8.
81. C. Lauranson-Rosaz, L’Auvergne et ses marges… (Réf. supra note 7), p. 139.
82. Articles 1991 et 1992, Réf, supra note 78.
83. J. Belmon, Les Vicomtes de Rouergue-Millau, Xe-XIe siècles, École Nationale des Chartes, thèse pour l’obtention du diplôme d’Archiviste- Paléographe, 1991 (dactylographié).
84. Réf, supra note 7.
ANNEXE
Notes de l'annexe
a) n 306 : « Facta cartula donacionis XV kalendas aprilis, imperii magni nostri Hlodovici imperatoris», d’où la fourchette chronologique proposée par les deux éditeurs du Cartulaire : « mars 814-840 ». H. Vidai propose de la resserrer et de dater ce texte de « 830-840 », se référant à l’activité du scribe Ingila (« Aux Origines de Montpellier…, Bulletin Historique de la Ville de Montpellier, n° 5, note 54, p. 31). On ne peut donc suivre A. Durand (Propositions de datation pour quelques documents du Cartulaire d’Aniane, Études sur l’Hérault, nouvelle série 2, 1986, 3, Montpellier, 1987, p. 35-36), qui la récuse parce qu’elle « demeurerait la seule charte carolingienne mentionnant la villa Franconica » ? L’onomastique, mais surtout les arguments présentés par H. Vidal, plaident pour le règne de Louis le Pieux et non pour celui de Louis d’Outre-Mer.
b) L’acte n° 289 du Cartulaire d’Aniane est daté par les éditeurs de septembre 842. A. Durand (Paysages, terroirs et peuplement dans les campagnes du Bas-Languedoc (Xe-XIIe), vol. I, p. 125, note 48), propose, à juste titre me semble-t-il, de le dater de 956, rapportant la formule « anno III quod obiit Lodowicus imperator, tradidit regnum in ipsius manus filii in Luterio», à Louis d’Outre-Mer et à son fils Lothaire et non à Louis le Pieux, hypothèse renforcée par la mention de Ferraldus, portant le nom d’un copiste d’Aniane à ce moment du Xe siècle.
c) La charte de donation, datée de novembre 985, porte : « …et in terminium… la Montepestelario… » « …là » qu’Henri Vidal propose de lire « villa» (« Aux origines de Montpellier…, Bulletin Historique de la Ville de Montpellier, n° 5, annexe II, p. 28), restitution argumentée (ib. p. 14).
d) L’édition avance pour cet acte non daté « 972-1003 », A. Durand (Propositions de datation…) resserre l’écart : « 978-986 ».
e)) La donation, non datée, « du manse de Caunas » par Ingilrade, dont on sait seulement qu’elle fut rédigée en juillet, est à rapprocher de la donation par Archimberte, datée, elle, du 4 juin 986. L’énumération des « res» que cette dernière possède à Caunas, quoique moins circonstanciée, recouvre celle de l’aumône d’Ingilrade :
- donation d’Archimberte (Aniane, n° 262) : « …hoc est res meas que sunt in pago Biterrense, in villa que vocatur Caunas, quantumcumque ibidem visa sum habere vel possidere, in casis, casaliciis, ortis, oglatis, pratis, pascuis, campis, vineis, aquis aquarumve deductibus. Ista omnia... ».
- donation d’Ingilrade (Aniane, n° 268) : « dono in comitatu Biterrense, in villa Caunas, mansum unum ab omni integritate in domibus, casis, casaliciis, curtis, exeis, regressibus, anis, oglatis, campis, vineis, pratis, pascuis, silvis, garricis, arboribus pomiferis et impomiferis, terris cultis et incultis, molis et molaribus quicquid ad ipsum mansum aspicit, sic dono… ». Les liens qui unissaient la lignée d’Archimberte et d’Iduin, vicomtesse et vicomte de Lodève, et d’Ingilrade et Guido, sont patents, restent à en préciser les modalités, par exemple la nature des relations entre Archimberte et Ingilrade : étaient-elles sœurs, belles-sœurs ? D’autres données sont nécessaires avant de proposer une hypothèse. Disons pour le moment en ce qui concerne ces deux actes, qu’Archimberte est la seule qui évoque ses défunts, inscrits dans cet ordre : d’abord ses père et mère, puis « ses fils » (nous en connaissons par d’autres texte, trois : Ermengaud, Allidulf et Odon, seul ce dernier était en vie en 986), et « ses filles » (non nommées et défuntes au moment de la rédaction), enfin son mari Ildinon qui venait sans doute de mourir ; ouvrir la donation pour l’âme par la mention des géniteurs de la donatrice (dont les noms ne sont malheureusement pas précisés) fait penser qu’elle en avait hérité les droits sur le manse. Ingilrade veuve de Wido, quant à elle, fait sa donation pour l’âme à une date indéterminée : elle a ses trois fils à ses côtés, et parmi les trois hommes qui souscrivent l’aumône figure Ildinon, nommé comme le vicomte de Lodève, époux d’Archimberte, sans qu’il s’agisse obligatoirement du même homme (en 986, Gui est sans doute encore en vie, par contre le vicomte Ilduin est défunt : son nom sera rarement mais tout de même attribué à quelques individus évoluant dans l’entourage vicomtal).
La vente par l’évêque d’Agde et par son chapitre, du manse de Caunas, datée de 1000 (Annexe, n° d’ordre 17), suggère aussi un commentaire : I. les noms de Wido/Guido et de Rotbaldus (Roubaud) sont associés aux villae fortifiées de Médeilhan, située près d’Agde, et de Saint-Amans de Teulet, dans la vallée moyenne de l’Hérault ; et l’on rappellera les noms « Guilhemides », portés par les alleutiers de la tour de Médeilhan mentionnés en 922 et en 956 : Berra, Gaucelmus.
La vente du manse de Caunas en avril 1000 est souscrite par le diacre Roubaud (« Roosbaldus» sic), est-ce un hasard ? Les droits sur un manse n’ont-ils pas été acquis par Aniane en trois étapes, entre 986 et 1000, et ne peut-on penser de ceux qui furent cédés au prix fort (100 sous, grosse somme à la fin du Xe siècle) qu’ils étaient entrés auparavant dans le domaine de Saint-Etienne d’Agde par l’aumône d’un Roubaud, d’une Berta ou d’un Gaucelm, proches d’Ingilrade ou de Guido et appartenant à une lignée qui avaient gratifié l’église urbaine dés 922 ?
f) L’édition porte « 15 septembre 1070, circiter», le texte lui-même est incomplètement daté « septimo decimo kalendas octobris». Tout indique un acte rédigé autour de 1000 : le style, les individus cités…
g)) L’acte n’est pas daté et l’édition porte 996-1031. Je proposerai les deux ou trois années précédant 1022 : 1. Pourquoi avant 1022 ? Trudgarde, mère de Guilhem Bernard, n’intervient pas dans les deux actes datés de 1022, dont les auteurs sont les mêmes que dans celui-ci.., elle dut mourir auparavant et l’écart devient 996-1022 ; 2. Pourquoi les années précédant immédiatement 1022 ? Dans deux de ces actes réunissant trois générations (celle de Trudgarde, celle de son fils Guilhem Bernard, marié à Béliarde, et celle de leurs propres fils : trois étant cités avant 1022, Guilhem, Pierre et Bernard, et quatre en 1022, Guilhem, Pierre, Bernard, Pons), Béliarde est nantie d’enfants. L’hypothèse défendue par l’abbé Guichard, selon laquelle Béliarde donna naissance au père de Guilhem (V) fils d’Ermengarde se soutient tout à fait (supra, retour à la généalogie) ; voici déja quelques arguments vérifiables dans le tableau qui précède : des actes rédigés du vivant de Guilhem (V) nous apprennent que son père s’appelait « Bernard Guilhem » (les actes auxquels j’ai donné les numéros d’ordre 37 et 43), et que son aïeul paternel s’appelait Guilhem (numéro d’ordre 41). Or à la mort de son père, datée des environs de l’année 1076, les intérêts du petit Guilhem (V) et « de son aïeule», sont défendus par un conseil de tutelle (numéro d’ordre 35). Il ne peut s’agir que de l’aïeule paternelle, donc de Béliarde, dernière mention de celle qui devait être septuagénaire à la mort de son fils, Bernard Guilhem. Récapitulons : née entre 1000 et 1005, mariée entre 1012 et 1017, elle avait quatre fils, infantes en 1022, et mourut sans doute très peu de temps après avoir vu disparaître le dernier, vers 1076.
h) Les deux actes du mois d’août 1022 (édition du Cartulaire de Saint-Sauveur d’Aniane), portent « Petrus Bernardus» fils de Guilhem Bernard et de Béliarde, il convient pourtant de rétablir la virgule. Il t’agit à mon avis, comme le propose l’abbé Guichard lui-même, de « Petrus», et de « Bernardus » : au début du XIe siècle dans le cas d’un nom à deux éléments, forme anthroponymique naissante, si le second élément était un nom de baptême, il était emprunté au père (c’était un nomen paternum) ; que « Pierre Bernard » fût fils de Guilhem est donc fortement improbable à ce moment du siècle (il en ira autrement après 1060) ; de plus, en 1068, il sera fait état d’un Pierre Guilhem de Montpellier (Annexe, numéro d’ordre 31) aux côtés de Guilhem de Montpellier : il s’agissait vraisemblablement de Pierre, second des fils de Guilhem Bernard et de Béliarde ; pour le troisième, Bernard, devenu « Bernard Guilhem », je renvoie au g. De Pons il n’est apparemment plus fait état.
i) Arguments chronologiques : voir in texto, note 35.
j) Grand âge de Gerundes: en 1059 (Annexe, 30) elle est remariée et a plusieurs enfants ; elle avait eu d’un premier mariage avec Pierre, un fils nommé Ugo Petrus del Pojet qui héritera du principal de la seigneurie castrale, et elle aura avec Raimond Sigar (lignée urbaine, Béziers) six enfants qui recevront les miettes du festin. J’ai vu dans ces héritiers, nés d’un second lit, et désavantagés par rapport à Ugo Pierre, les perturbateurs opérant sur le domaine monastique de Saint-Amans de Teulet, des raids de piraterie seigneuriale (mention en 1114, voir in texto « Saint-Amans de Teulet »). Leur mère prêta serment au petit Guilhem (V) vers 1076 sans doute, elle avait près de 60 ans (C. Duhamel-Amado, thèse en cours (réf. in texto note 26), t. II, livre I, sur Géronde p. 276-279).
k) Sur la date présumée de la mort de Bernard (II) Guilhem, in texto : 2.2. Quelques données prosopographiques : Guilhem (V), 2. La mort du père.
l) Caille, réf, in texto : note 63.
m) « 1061-1108 » selon l’éditeur, « 1094-1109 » selon A. Durand (réf. supra a).
n) Cet acte non daté dut être rédigé en 1113, comme en témoigne (finalité, vocabulaire, contexte…) le texte qui le suit dans l’édition du L.I.M. Ce dernier est retranscrit sur le même folio dans le ms. d’origine et il est daté de novembre 1113 (L.I.M., n° 121, p. 250-252). Dans l’acte rédigé à ce moment et retranscrit au n° 120, Guilhem (V) évoque le testament (perdu) de son père, et la clause de non aliénation d’un élément du domaine avant que son fils n’atteigne sa trentième année, ce qui lui permet de remettre en cause la donation et définition de la viguerie qu’il avait consenties aux Aimoin en janvier 1103-1104 (n° d’ordre 41 dans l’Annexe) : « …e quar el o clamava per son feu, e non o era, e qu’el sabial gazi que sos paire donera, enz Guilelms de Monpestler quan fo faitz la dons anquara tren’anz non avia, clama enz Guilelms de Manpestler tot lo plaz… »
Pays de Béziers viguerie de Lunas (IXe-Xe s.) et comté (XIe)
- 889 (LN., R., n° 6), Ansemundus (marié à Columba) et son frère Giscafredus vendent à l’évêque de B. leur part de Saint-Geniès « de Comiurano… in territorio Bitirense», église que le roi Charles avait donnée à leurs parents (genitores).
- Juin 909 (HGL, t. V, n° 37), diplôme de Charles le Simple en faveur de l’abbaye de Psalmodi, parmi les sanctuaires reconnus : Joncels « et ex monasterio Juncellensi quod est situm in pago Biterrensi, in suburbio castro Lunetense. » (infra: saint Fulcran et Joncels).
- 958 (LN., R., n° 26), donation à l’église de B. par Celse et le prêtre Amalric : « in comilatu Biterrensi, in villa Leuniates, vel villare que vocant Commiurano, ecclesia vocabulo Sancti Genesii».
- 972 (HGL, t. V, n° 126), testament de Garsinde Ctesse de Toulouse 278 : elle donne à St-Paul de Narbonne et à St-Nazaire de B. « ses églises » et tout son alleu de Levaz (aujourd’hui commune de Carlencas-et-Levas entre Lunas et Faugères), à l’exception : 1. de la villa Roderanicas (l.d. Roudanergues, 10 kms au N.E. de Faugères) qu’elle donne à St-Geniès de Lodève ; 2. de Vallelias (?) et de Cotnag (Caunas, 4 kms au sud de Lunas) qu’elle transmet à « son neveu », Raimond, fils de Gundinildis (Guidinildis).
- 975 (LN., R., n° 38), dans un échange avec l’év. de B., saint Fulcran év. de Lodève reçoit « in comitatu Biterrense, in vicaria Lunatense, in ministerio Filieuse in villa quam vocantMontolius», les alleux que Rainald et que son fils Rostaing (défunts) avaient donnés à l’église de B.
- 988 (Cartulaire de la Ville de Lodève, document XI), Donatio pro anima (dite « testament ») de saint Fulcran en faveur de la cathédrale Saint-Geniès de Lodève et du monastère Saint-Sauveur, fondé par l’évêque dans la cité. Mentions de Pons (son frère « germain », défunt associé dans le service de prières à Gui), et de ce qui lui advint de sa parente Emma et d’Aranfred, son autre frère, dans la viguerie de Lunas ; parmi les très nombreuses aumônes de saint Fulcran, figurent dans la villa lodévoise de Soubès (Subertium/Sobers) : l’église Saint-Géraud, la tour, l’enceinte, les fortifications… Participation au Concile de Paix de St-Paulien dit « du Puy » (cf. Ch. Lauranson-Rosaz, L’Auvergne et ses marges…, p. 416-420 (réf. opus cité voir note 7), assemblée convoquée par l’évêque Guy vers 993-994).
Né d’une « Blidgardis», Fulcran aurait restauré Joncels, le dotant de biens qu’il avait « dans le Rouergue », mentions de ses nombreux voyages en Auvergne (indications fournies par les « vies » du saint).
Le dossier ci-contre, réuni à propos d’une « nîmoise », Blidgardis, renforce l’impression donnée par d’autres éléments, qu’appartenaient à un même réseau de parents saint Fulcran et ses père et mère, les premiers seigneurs de Lunas et de Faugères, la lignée vicomtale de Lodève et Ingeirade Aurucia, mère présumée de Guilhem (I) de Montpellier… réseau s’étendant du Rouergue au Nîmois, en passant par les vigueries d‘Arisitum, d’Agonès, de Claret et d’Anduze (étude à venir). C’est dans le cadre de ce réseau, formé sans doute à partir du troisième tiers du IXe siècle, au moment où s’éteignaient les dernières querelles qui décimaient les rangs des Guilhemides et des Raimondins, que les comtes de Toulouse, nouèrent des relations avec des descendants de Guilhem de Gellone installés sur les deux rives du cours moyen de l’Hérault.
Les Guilhems et leur entourage lodévois et maguelonais, connexions ou coïncidences (onomastique, toponymie)
Patronage de Saint-Geniès (rattachement à Psalmodi comme Joncela) : Saint-Geniès des Mourgues (dans l’évêché de Maguelone) fondé en 1019 (Annexe, 19) ; 2. Saint-Geniès (rattachée à Saint-Nazaire de Béziers), avouerie aux mains de la famille vicomtale et de Deusde (s.d. de Lunas), milieu XIe.
A propos du nom « Amalric » : 890, S. Rovetum (Le Pouget), Annexe (2) / maître peu avant 978 de la Tour de Teulet et de l’église St-Amans, Annexe (5 et 6).
Caunas : 1) 986, un manse dans la villa y est donné à Saint-Sauveur d’Aniane par Archimberte, veuve du vicomte de Lodève, Annexe (12) ; 2) puis (avant 1000) un manse dans la même villa est donné à Aniane par Ingilrade veuve de Gui, et par leurs fils dont l’aîné est Guilhem, signum de Deusdedit (16). A la génération qui suit celle de Garsinde, Ctesse de Toulouse, voici une autre Guidenildis mère aussi de Raimond (29), et fille présumée d’Ingilrade et de Gui : coïncidence ?
Des « Rostaing » sont neveux d’Engelen « fondateur » du Pouget, Annexe (55), seconde moitié du XIe s.
Contemporains de saint Fulcran : les riches alleutiers autour du Pouget, Aranfred, son frère présumé Pons, le fils de ce dernier, Engelen (Le Pouget et Lestang) voir in texto le 2.1.1.) et en Annexe (25) et (33). Un « Engelen », peut-être le même que le fils de Pons, souscrit pour Ingilrade veuve de Gui et mère de Guilhem (et s.d. mère de Guidenilde : Annexe (18)).
Lunas : Deusde cognomento Desiderio tenant-fief de l’avouerie de St-Geniès (abbaye près de Sauvian) / Deusde aïeul de Pierre de Lunas s des droits à Montpelliéret / c. 1080 et 1090, Pierre de Lunas et Bernard Aranfred de Soubès tiennent en commun des droits à Montpelliéret (preuves in texto).
Une génération avant celle de la mère de saint Fulcran, on relève le nom (Blid– et finale –garda ou –gardis) dans le Cartulaire N. D. de Nîmes. Il est porté par une femme de la haute aristocratie locale dont les aumônes à l’église cathédrale sont contestées après sa mort, d’abord par son fils Bernard, en 876, puis par un certain « Geniès » avant 892. – Avril 876 (Édition du Cartulaire de Nîmes, n° 1, p. 3-5), au plaid public tenu par le vicomte Bertrand, ayant à ses côtés deux viguiers dont l’un est nommé Gisalfredus, des « juges » et plusieurs hommes, dont, le premier cité est Ingilvinus (pour Ingilinus ? Engelen ?) : Bernard, fils de Blitgarda, restitue Bizac dans la Vaunage (aujourd’hui hameau dans la commune de Calvisson).
- – Avril 892 (ib., n° 5, p. 10-12), plainte devant le roi Eudes contre Geniès qui durant douze années avait « envahi » Bizac que « Bligardis » avait offert, donation assortie de la rédaction d’une charte qui est alors produite par l’évêque de Nîmes ; sur ordre du comte de Toulouse Raimond, le vicomte Allidulf 1 s’y déplace et convoque « les habitants » ; les clercs sont d’abord cités, parmi lesquels on relèvera le nom de Grégoire porté par deux prêtres (qui figurent d’ailleurs parmi les rares souscripteurs du pacte de restitution)… puis le scribe note certains noms des très nombreux laïcs : Ansemond 2, cité le premier, suivi de peu par Amalbert 3 puis par Leutard 4 (il appose son signum) et d’autres encore… Il est question dans la charte initiale de donation de « res », villae de Thoiras et Sainte-Croix de Caderle situées dans la viguerie d’Anduze.
- Février 1057 (Édition Rouquette du cartulaire de Saint-Nazaire de Béziers, dit Livre Noir : LN., R. n° 70) : Arnaud, évêque de Maguelone (entre 1026 et 1060), restitue au chapitre St-Nazaire deux condamines situées à Divisan (suburbium de Béziers, à 5 km au nord-ouest de Sauvian), parmi les rares témoins laïcs : Gaucelm Arnaud (il s’agit du gardien de l’une des deux tours vicomtales de Béziers, portant comme son père Arnaud le titre de « châtelain de Béziers »). Quatre ans plus tard, Gaucelm Arnaud « conseille » aux neveux 5 de l’évêque Arnaud de déguerpir à leur tour (L.N., n°71). Noter que Gaucelm 6 épousa Engelrada 7 (nom rare porté au Xe par la mère du premier Guilhem) et que leur fils Guillelm Arnaud sera dit « cousin » de Guilhem (V).
- Juin 1097 (L.N., n° 101), GuilleLm Arnaud évoque à propos de son héritage et de ses héritiers potentiels, Pierre de Lunas, dont il dit qu’il est son « senior » et dont il fait l’un des garants de l’engagement d’un gros domaine situé près de Sauvian en faveur du chapitre de St-Nazaire de B.
- Mars 1054 (L.N., R. n° 67), la famille vicomtale vend au chapitre St-Nazaire, l’avouerie de St-Geniès (6 km au sud-est de Sauvian) dont Deusde surnommé Desiderio avait la moitié en fief ; Gisalfredus est premier cité des témoins : « Nomina vero nobilium comprovincialium… » ; Gaucelm Arnaud est premier signum après les membres de la famille vicomtale.
Du Biterrois à Montpellier-Montpelliéret : témoignages de relations étroites au XIe siècle entre les familles seigneuriales de Lunas,
de Faugères, de Soubès, de Sauvian, et les Guilhems de Montpellier
Il s’agit peut-être du même homme avec Deusde, aïeul de Pierre de Lunas, lui-même fils de « Guisla » (hypocoristique de nom composé avec Gisal– et Gist-, tel Gisalfredus), dont il est question post mortem autour de 1085 (L.I.M., n° 51, p. 91-92), lorsque Pierre de Lunas inféode sans contre-partie, à Guilhem (V), ce qu’il tenait à Montpelliéret et qu’autrefois son aïeul, Deusde, avait reçu de l’évêque de Maguelone (un autre acte, rédigé en 1090, nous apprend qu’il s’agissait d’Arnaud, 1029-1060). Noter que Pierre de Lunas fait cette inféodation avec l’accord de Bernard Aranfred de Soubès, et que l’un des témoins est Raimond Gisalfred de Faugères.
Troisième tiers du XIe s. Guillelm Arnaud appartient au trio auquel, à sa mort, Bernard Guilhem (IV) a confié son jeune fils Guilhem (V). Avant de partir en Croisade, ce dernier le situe d’ailleurs en deuxième position (après un neveu nommé aussi Guilhem), dans la clause de substitution d’héritage au cas où il ne reviendrait pas vivant de l’expédition (août 1096, Éd. du Cartulaire de Maguelone, t. I, n° 18).
Les possessions des Arnaud (de Sauvian) à Montpellier paraissent s’être concentrées dans le quartier Saint-Firmin (G. Fabre et T. Lochard, réf. in texto, note 5).
Dans le même cartulaire se trouvent de nombreuses mentions après 986 et au XIe siècle du nom Blidgarde mais aussi de noms masculins formés à partir de Blid– / Blit– (Blitgarius, Blicarius, etc.), précédemment rencontrés sur le site du futur Pouget en 890 aux côtés d’Amalric (Annexe 2), et à Casellas (toujours dans la viguerie de Popian) aux côtés d’un Guido en 968 (An. n 245).
Notes
1. Nom donné au Xe s. au fils du vicomte de Lodève, Ilduin.
2. Homonyme à Lunas, en 889 (voir supra, fig. 2).
3. Nom repéré, comme celui de Grégoire, dans l’entourage du premier Guilhem.
4. Nom du père d’Ilduin, vicomte de Lodève.
5. Pons Pierre marié à Garsinde, puis ses fils Pierre Pons, Bérenger et Arnaud, dont les noms renvoient à une lignée installée à Thézan, castrum dont les coseigneurs étaient les Arnaud de Sauvian.
6. Le nom, qui n’est pas encore très répandu, avait été donné à l’un des fils de Guilhem de Gellone, cadet de Bernard de Septimanie (première moitié IXe). Autour de 1000 et par la suite, on le relève dans les familles seigneuriales de Lunel et de Claret, et à la « cour » narbonnaise. Or Gaucelm Arnaud (de Sauvian) transmit à son fils Guillelm Arnaud des maisons au castrum de Lunel.
7. Elle laissa à son fils Guillelm Arnaud un « honneur » situé au nord-est de Montpellier « entre le Vidourle et le Bérange » (l’information qui précède et celle-ci sont données dans un acte daté de 1096, An. n° 84).
