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Description

Une forte tempête dans la nuit du 28 au 29 novembre 1839

Laurence SERRA avec la collaboration d’Henriette PASCAL

Cet épisode climatique, anecdotique sur le bassin de Thau, ne serait pas rentré dans l’histoire locale, si cette nuit là, trois sapines, chargées d’une cargaison de bouteilles en verre noir et de verre à vitre, n’avaient échoué sur le rivage du territoire de la commune de Loupian et si elles n’avaient été l’objet, dans les jours qui suivirent, d’un pillage organisé des marchandises rejetées à l’eau.

C’est au cours des mois de mai et juin 1998, dans le cadre d’une fouille de sauvetage en surveillance des travaux de dragage des rives de l’Étang de Thau, dans la commune de Loupian, que les archéologues du service régional de l’archéologie ont remonté à la surface, de nombreux fragments de bouteilles en verre soufflé, de plusieurs contenances, dont quelques unes sont entières. Dans la tradition locale, on a retrouvé, de tout temps, des bouteilles sur le rivage après un mauvais coup de temps marin… Mais la découverte d’une telle concentration de mobilier, a permis de faire le lien avec une affaire judiciaire accusant la population de la commune de Loupian de regroupement armé, d’attaque et de pillage, à l’encontre de Claude Fournier, négociant et patron de barques à Condrieu (département du Rhône) et de son équipage. Le récit détaillé de l’affaire, dont le jugement fut rendu le 12 mars 1840 par le tribunal civil au palais de justice de Montpellier, est conservé aux Archives départementales de l’Hérault.

1 – L’histoire

Le 28 novembre 1839, à sept heure du matin, par beau temps, le sieur Claude Fournier, négociant et patron de bateaux, domicilié à Condrieu (département du Rhône) quitte le port de la Peyrade, à destination de Toulouse, avec trois de ses bateaux dits sapines et sept hommes d’équipage. Les sapines, dont deux seulement ont un nom, Petit Paul et Riveirène, chargées de bouteilles en verre et de caisses de verre à vitre, sont remorquées, pour le passage à l’étang, par deux bateaux de Mèze : Le Saint Hylaire et La Victoire, bien grées de neuf.

Alors que le convoi arrive à la pointe du Barrou, le vent qui était jusqu’alors nord-est change brusquement au midi. L’équipage multiplie les efforts pour rejoindre Mèze, mais les mauvaises vagues cassent le gouvernail adapté à la sapine Petit Paul qui servait à diriger tout le convoi. Sapines et remorqueurs sont alors jetés à la côte vers le territoire de Loupian. Là, vers onze heures, l’équipage mouille les ancres afin d’empêcher les embarcations de s’échouer totalement sur le rivage. Claude Fournier, laissant la direction du convoi aux patrons des bateaux remorqueurs, se rend à terre, afin d’aller chercher de nouvelles ancres, profitant que le temps se calme un peu…

Le convoi reste au même point jusqu’à minuit, heure à laquelle le vent se lève à nouveau en tempête, accompagnée de surcroît d’une pluie effroyable mêlée d’une grêle extraordinaire. Les embarcations, qui avaient peu souffert au cours de la première tempête, sont, cette fois submergées par les vagues et rejetées à la côte. Vers les trois heures du matin, des habitants de Mèze, accompagnés de Claude Fournier, viennent porter secours aux hommes d’équipage.

La nouvelle tempête fait s’échouer le convoi sur les sables du territoire de la commune de Loupian, à un endroit appelé Port de Loupian. Afin de recueillir et de rassembler les débris du naufrage et les marchandises que les vagues rejettent à la côte, les hommes de l’équipage sont immédiatement placés sur les rives de l’étang, accompagnés de préposés aux douanes placés auprès d’eux et à ses frais, par Claude Fournier. La plus grande partie des marchandises qui se trouvent sur les sapines appartiennent, à ce dernier, en propre, le restant étant adressé à plusieurs négociants de Toulouse et à un négociant d’Agen. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2010

Nombre de pages

7

Auteur(s)

Henriette PASCAL, Laurence SERRA

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf