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Description

Un siècle et demi de production verrière dans les hauts cantons héraultais :
l’atelier industriel du Bousquet-d’Orb (fin XVIIIe – milieu XXe s.)

* Centre Camille Julian-Université de Provence.
** Chercheur associée LA3M- CNRS.
*** Archéologue. Association G.R.A.L.
**** IRAMAT – CNRS UMR 5060 – Orléans.

Le territoire du Bousquet-d’Orb, situé dans les hauts cantons héraultais, a connu un développement industriel florissant depuis la Révolution, et ce jusqu’au milieu du XXe siècle comme en témoigne encore très largement son architecture. L’implantation d’une activité verrière à partir de la fin du XVIIIe siècle dans ce secteur, s’inscrit dans cette dynamique industrielle. Elle semble ainsi avoir été principalement dictée par la présence d’un vaste bassin houiller qui traverse la région de Graissessac (fig. 1a et b). Un peu partout dans le Royaume, on assiste au développement des implantations de verreries, lié à l’adoption d’un nouveau combustible, le charbon, associé à une production, l’emballage. Il accompagne une diminution des ateliers verriers artisanaux et forestiers au profit d’une concentration de manufactures autour des zones minières comme portuaires.

Une étude historique et archéologique de la verrerie a été réalisée durant l’été 2009 et visait à documenter, en urgence, les derniers vestiges d’un site déjà très largement détruit depuis 2004. L’atelier, qui a produit exclusivement des bouteilles durant près de deux siècles, avant de d’éteindre ses feux en 1955, constitue l’une des dernières infrastructures de ce type encore en élévation en Languedoc avec la fabrique de Carmaux.

Très peu de travaux ont été réalisés avant ces dernières années. En 1993, Alain Riols avait cependant effectué une première recherche sur l’une des principales familles de verriers du Languedoc, les Riols de Fonclare, dont une branche avait oeuvre au sein de la verrerie de Saint-Martin-d’Orb de 1846 jusqu’en 1914. Jusqu’en 2004, date à laquelle fut détruite une grande partie des infrastructures de l’usine, le site n’avait donc généré que très peu d’intérêt chez les archéologues et historiens. Toutefois, le démantèlement des bâtiments suscita, par les efforts conjugués des équipes du Conseil Général de l’Hérault, du Service Régional de l’Inventaire et des Monuments Historiques, la constitution rapide d’une documentation assez complète de la verrerie. Parmi ces travaux, la contribution de Michel Wienin, spécialiste du patrimoine industriel languedocien, apporte de solides bases de connaissances quant au fonctionnement des fours verriers au charbon.

Ne subsiste aujourd’hui de cette verrerie, que la première halle4, désormais transformée en locaux municipaux, ainsi qu’une partie résiduelle des espaces inférieurs de la deuxième halle. C’est cet ensemble architectural, très largement dégradé, qui a fait objet de la présente analyse ; l’étude de bâti ayant été associée à un travail de recherche documentaire réalisé principalement à partir de fonds privés.

L’arrivée d’un nouveau combustible : le charbon de terre

La construction de la verrerie du Bousquet-d’Orb à la fin du XVIIIe siècle s’inscrit dans une transition importante pour l’activité verrière. C’est à cette période, partout en Europe et dans un contexte de pénurie et d’inflation financière du bois, que les verreries se développent au voisinage de nouveaux combustibles pouvant assurer la pérennité de leurs activités.

Si dans la première moitié du XVIIIe siècle les verreries du Royaume fabriquent de tout pour répondre à une demande, les verreries à charbon, à la fin de ce même siècle, vont se tourner vers une mono production : emballages et verre à vitre. L’autre particularité de l’industrie verrière méridionale, à cette époque, réside dans l’investissement d’équipements modernes. Les premières fabriques alimentées au charbon sont équipées de fours à cave. Bordeaux implante dès 1723 la première manufacture de ce type, important du charbon d’Angleterre (Bonneau, Figeac 2007, 23), suivie par Bourg-sur-Gironde en 1726, Lyon en 1727, Nantes et Chaillot en 1728 (Wienin 1998, 172). En Languedoc, deux autres sont installées sur les houillères de Carmaux, près d’Albi, en 1758 et à Hérépian en 1768, autour de la mine de Graissessac (Saint-Quirin 1985, 191). Et c’est dans ce contexte qu’en 1749, Givors s’implante à l’embouchure du Giers et du Rhône, près du bassin charbonnier de la Loire (Belhoste 1998, 14). Il faudra attendre 1778 et 1785 pour Marseille et 1782 et 1784 pour Arles et Gémenos pour que les quatre premières manufactures provençales modernes, produisant 400 à 500 000 bouteilles par campagne, allument respectivement leurs fours au charbon. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2013

Nombre de pages

12

Auteur(s)

Bernard GRATUZE, Isabelle COMMANDRÉ, Laurence SERRA, Marie CAILLET

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf