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Description

Marguerite Huetter, une brillante élève des Beaux-Arts
de Montpellier (1904-2003)

* Doctorant en Histoire contemporaine

Introduction

Cette recherche a vu le jour, grâce à Chantal Fédière née Guiraudon – Huetter, qui me raconte depuis des années l’histoire de ses ancêtres alsaciens. Il faut dire que nous sommes, toutes les deux, passionnées d’histoire, de généalogie et membres du Cercle Généalogique du Languedoc. J’admire depuis toujours, les nombreux tableaux peints par sa tante maternelle Marguerite Huetter épouse Larguier, tableaux exposés chez elle, en particulier un portrait représentant Chantal, jeune fille. Le déclic pour écrire cet article est venu, lorsqu’elle m’a montré des photos de sa tante aux Beaux-Arts de Montpellier, en compagnie de Suzanne Ballivet, la seconde épouse d’Albert Dubout, et lorsque j’apprends que Marguerite Huetter était dans le même atelier que Germaine Richier, et qu’elle a côtoyé, toute cette génération d’artistes montpelliérains, des années 1920 qui font référence dans le milieu artistique.

Je vous propose de découvrir cette artiste méconnue qui, pourtant, a sa statue au pied de la Tour des Pins, à Montpellier. Mais, tout d’abord, évoquons la saga des Huetter.

La famille Huetter

Tout commence en 1848, lorsque l’arrière-grand-père de Marguerite, François-Nicolas Huetter, 42 ans, maître de tissage, demande un passeport pour s’expatrier à Rome avec son épouse Agathe-Marie Philippe et leurs 4 enfants (Agathe, Eugène, Théophile et Martin). François-Nicolas Huetter implante une usine de nappes et une filature à Rome, au pied du Mont Janicule, au bord du Tibre. Quelques années plus tard, il installe une nouvelle usine de textile, avec 300 métiers à tisser, à Subiaco, dans le Latium. Ses enfants scolarisés à Rome seront rapidement assimilés, ils parlent italien et français, mais communiquent avec leur mère en Alsacien. Agathe Huetter épouse un polonais, Francesco Smolka, bon mangeur et bon vivant, qui tenait un magasin d’instruments de musique, rue des boutiques obscures à Rome. Eugène Huetter, négociant, épouse une italienne Maria Colaizzi. Théophile Huetter, mécanicien, épouse à Rome, une chanteuse italienne, Maria Miccini.

Le couple paraît être dans l’aisance. Vers 1862, ils se font faire le portrait par un jeune français Carolus-Duran  1, qualifié de « peintre mondain », l’un des portraitistes les plus appréciés de la IIIème République. Leur petit-fils Luigi Huetter, typographe et historien d’art, le fils d’Eugène, en fera don au Musée Braschi de Rome, en 1965. Luigi, rédige en 1954, un article intitulé « NONNO » (grand-père) dans la revue « La Stenna dei Romani » – Il se souvient de ses cheveux abondants blancs ainsi que de son italien teinté d’intonation alsacienne et de son souhait d’aller en France à Paris pour l’Exposition Universelle de 1900. François-Nicolas Huetter est décédé à Rome le 21 novembre 1899, chez sa fille Agathe ; il repose en l’église Santa Maria del Campo au Vatican.

Portraits peints par Carolus Duran, directeur de la Villa Médicis à Rome.

Agathe-Marie et Philippe (Collection du musée Braschi à Rome)
Fig. 1 Agathe-Marie et Philippe
(Collection du musée Braschi à Rome).
François-Nicolas Huetter par Carolus-Duran (Collection du musée Braschi à Rome)
Fig. 2 François-Nicolas Huetter par Carolus-Duran
(Collection du musée Braschi à Rome).

Martin Huetter

Le grand-père de Marguerite, Martin Huetter a donc quitté l’Alsace à l’âge de 3 ans, avec ses parents. Il est luthier à Rome, il a appris le métier auprès de son beau-frère Francesco Smolka. Dans la famille il passe pour un original, une forte tête, on raconte qu’une fois, il s’était teint en vert moustache et cheveux. Sans doute vient-il à Vienne pour exercer son métier de luthier. Il demeure rue Hamburguerstrasse et tombe amoureux d’une « gouvernante » de maison qui habite la même rue. Il épouse le 27 février 1870, à Vienne, Barbara Wenzel dite « la Vienense », une austro-hongroise, originaire de Koeniggraz en Bohème, (actuellement, Hradec Krolové en République Tchèque). Dès son mariage, il revient à Rome.

Le couple aura 4 enfants, tous nés à Rome, donc italiens par le droit du sol (Gustavo, Gésualda Cécilia, Ludivico et Pietro). Faisant suite à la guerre de 1870, le 30 septembre 1872, devant la délégation française à Rome, Martin Huetter, en tant qu’émigré demeurant en Italie, né en Alsace, opte pour la Nationalité Française. C’est vers 1890 que Martin décide de rentrer en France et de s’installer à Nîmes. Il ouvre un atelier de lutherie où ses fils, Ludovic et Pierre, apprennent le métier. Son fils aîné, Gustave Huetter est malletier, il épouse en 1899 à Nîmes, Marthe Bauzon, originaire du Nord. Sa fille, Gésualda dite Cécilia Huetter est couturière, elle épouse en 1900 à Nîmes, Alfred Morin, teinturier, originaire de la Vendée. Et enfin, son autre fils, Pierre Huetter, luthier qui tiendra un magasin de musique à Nîmes, épouse en 1907, à Marseille, Léonie Fillon.

Martin Huetter, fusain de Marguerite, sa petite-fille
Fig. 3 Martin Huetter, fusain de Marguerite, sa petite-fille

Ludovic Huetter

Le père de Marguerite, Ludovic Huetter, a quitté l’Italie à l’âge de 12 ans, avec ses parents qui se sont installés à Nîmes, vers 1890. Il apprend, donc, le métier de luthier dans l’atelier de son père, tout en suivant des cours de solfège et de clarinette au Conservatoire de Musique, de 1892 à 1897.

Le 10 janvier 1903, il épouse au Temple protestant de Montpellier, Dorothée Cluze. Le couple aura 4 enfants, tous nés à Montpellier (Marguerite, Marie-Jeanne, Paul et Pierre). La famille demeure au n°24, rue Durand où naissent les deux filles, puis au n° 7 rue des Étuves où naissent les deux garçons. En 1911, Ludovic Huetter dépose à Montpellier un brevet d’invention pour « répercuteur sonore pour violons et basses ». En 1912, il présente à la Foire de Paris un de ses violons, copie du Messie de Stradivarius, et obtient la Médaille Vermeil. À l’exposition Internationale de Montpellier de 1927, il obtient le Grand Prix de l’Artisanat. Sa fille est aussi présente au stand des Beaux-Arts de Montpellier où elle présente un portrait de son père fabricant un violon. […]

Marguerite Huetter

Marguerite, la muse du sculpteur Louis Guigues

Œuvres de Marguerite Larguier-Huetter

Un contexte artistique familial

Jean-Louis Huetter

Bibliographie

Notes

  1 Carolus-Duran, pseudonyme de Charles Auguste Émile Durant, né le 4 juillet 1837 à Lille et mort le 18 février 1917 à Paris, est un peintre et sculpteur français Bien que n’ayant jamais obtenu le prix de Rome et du fait de l’absence de candidat, il est nommé directeur de l’Académie de France à Rome en 1905, poste qu’il occupe jusqu’en 1913. (Source Wikipédia).

  2 Marie-Jeanne Huetter épouse Guiraudon prépara le concours de l’école normale supérieure de Fontenay-aux-Roses ; elle sera institutrice publique pendant 25 ans à Montagnac (Hérault), avant d’être nommée à Montpellier, directrice de l’école Clémence Royer, située dans l’impasse de la Petite Corraterie. Elle terminera sa carrière à l’âge de 60 ans, au Collège Clémence Royer, l’ancien Collège Legouvé à Montpellier.

  3 Louis-Jacques Guigues, (1873-1943) est un élève du sculpteur Alfred Boucher (1850-1934), et un ancien praticien d’Auguste Rodin qu’il admire. Ses lettres à Rodin sont conservées au musée Rodin à Paris. Né à Bessèges (Gard), il fait ses études à l’école des beaux-arts de Montpellier de 1889 à 1893. À partir de 1920, il y enseigne la sculpture. En 1937, il devient conservateur du musée Fabre qui conserve la plupart de ses sculptures. (Sources Wikipédia).

  4 Alfred Boisson (1866-1947), peintre français élève d’Adolphe Perrot aux Beaux-Arts de Nîmes. Admis aux Beaux-Arts de Paris, il est l’élève d’Alexandre Cabanel, de Robert Delaunay et de Gustave Moreau. Revenu en terre gardoise, il sera professeur de peinture à l’école Régionale des Beaux-Arts de Montpellier.

  5 Auguste-Marc Causse (1896-1979), élève de son père Auguste-Joseph Causse, peintre, doreur, restaurateur de tableaux au Musée Fabre et d’Ernest Michel, professeur aux Beaux-Arts de Montpellier.

  6 Albert Dubout (1905-1976), époux de Renée Altier. Veuf en 1967, il épouse en 1968 Suzanne Ballivet et s’installe à Mézy-sur-Seine. Jusqu’à sa mort en 1976, il partagera son temps entre cette localité et Palavas-les-Flots. Dans ses caricatures, il s’est d’ailleurs souvent moqué du petit train de Palavas et des touristes se rendant dans la petite station balnéaire. Depuis 1992, un musée lui est consacré dans la Redoute de Balestras à Palavas-les-Flots.

  7 Renée Altier (1904-1967) élève des Beaux-Arts de Montpellier, originaire de Lunel, elle a été mariée à Albert Dubout, peintre et illustrateur. Actuellement, de nombreux tableaux de cette artiste, restée dans l’ombre de son époux, sont en vente sur internet.

  8 Suzanne Ballivet, (1904-1985), peintre et illustratrice de nombreux livres, notamment des chefs-d’œuvre de Marcel Pagnol. Elle a été mariée en 1925 à Camille Descossy, directeur des Beaux-Arts. Divorcée, en 1968, elle épouse Albert Dubout, le mythique caricaturiste des vacanciers de Palavas. Illustratrice-vedette du Paris des années 1940, réputée pour ses dessins érotiques, cette femme de caractère a été effacée par l’histoire de l’art. (Sources Geneanet, guillaume Chaumont).

9 Camille Descossy (1904-1980). Camille Descossy est un peintre français formé à l’école des Beaux-Arts de Montpellier, dont il deviendra le directeur quelques années plus tard. C’est une figure du monde artistique montpelliérain du XXème siècle. Il a participé à la fondation de deux collectifs : le groupe Frédéric-Bazille et le groupe Montpellier-Sète. Il est le père de Michel Descossy, le photographe du patrimoine Région Occitanie.

  10 Georges Dezeuze (1905-2004), peintre français, Il est le fils de l’écrivain et dessinateur, François Deleuze l’« Escoutaïre» (celui qui écoute) figure incontournable de Montpellier. Après avoir suivi une formation aux Beaux-Arts de Montpellier et de Paris, il est revenu dans sa ville natale, pour enseigner et a formé toute une génération d’excellents peintres, dont son fils Daniel Dezeuze, cofondateur du mouvement support-surface des années 70.

  11 Germaine Richier (1902-1959), sculptrice française, inscrite à partir de 1920 à l’école des Beaux-Arts de Montpellier, dans l’atelier de Louis Jacques Guigues. De 1926 à 1929, elle sera l’unique élève d’Antoine Bourdelle, avenue du Maine à Paris. Surnommée l’« Ouragane » du nom d’une de ses sculptures. (Sources Wikipédia).

  12 Louis Lafabrier (1901-1972), peintre, illustrateur. Figure dans le catalogue de la première exposition, après la Libération en décembre 1944. Il s’installe à Paris, devient un peintre de Montmartre qui « attend la gloire, avec le ventre creux. » Son épouse prend la décision de revenir à Montpellier, d’ouvrir une droguerie, rue Jacques Cœur et conseille à son époux, de laisser libre cours à son art, en peignant des publicités sur les devantures des magasins.

  13 Gabriel Couderc (1905-1994). A fait les beaux-arts à Montpellier et l’École nationale des arts déco de Paris. Ami de François Desnoyer, il crée en 1937 « l’École de Sète ». Il sera l’instigateur de la construction du Musée Paul Valéry. Avec Desnoyer et Descossy, ils jettent les bases du « groupe Montpellier-Sète ». Sa nomination comme conservateur du Musée de Sète ne diminue pas son talent de peintre ni son ardeur au travail.

  14 Rodolphe Faulquier, industriel à Montpellier. Dans son testament olographe du 4 septembre 1903, il lègue pour l’école de peinture, une somme de 20 000 francs qui, placé en rente sur l’État français devra servir à constituer un prix annuel de 400 francs, prix qui devra être décerné, après concours, au meilleur élève de l’école des Beaux-Arts (section de peinture) sans qu’il puisse être attribué deux ans de suite au même élève. Les intérêts restants devront être appliqués à l’amélioration du matériel de l’école.

  15 Louis Guigues : Tête de jeune femme, marbre (H. 29 cm ; L.31 cm ; P. 17 cm), don de M. Bonfils – 1925 – Exposée au Musée Fabre salle 45.

  16 Albert Fabre historien et archéologue (1845-1919), a publié de nombreux ouvrages régionalistes sur le département de l’Hérault.

  17 Source : le blog de Jean-Louis Huetter : https://jeanlouishuetter.com/a-propos-de/.