Catégorie : Étiquette :

2.00

Description

Louis Charles EYMAR (1882-1944)
Quand Mozart enchante la main du peintre

Louis Charles EYMAR est un peintre novateur et atypique. Marqué par la vie, il use de ses compétences intellectuelles et artistiques pour devenir une référence culturelle montpelliéraine des années 20 jusqu’à son décès en 1944. Après quelques essais en littérature « d’avant garde », motivés par sa proximité avec Valéry Larbaud, il se construit, par un travail acharné, un savoir-faire de peintre. Il parvient, après plus de 15 ans de créations confidentielles « sur la matière », à égaler des maîtres du dessin au lavis d’encre de chine, sépia ou aquarellé. Il est comparé à Raoul Dufy. Louis Charles Eymar excelle dans la composition de paysages ruraux ou urbains, de scènes de cirque ou de cabaret, de portraits de femmes… Ses œuvres sont empreintes d’une grande délicatesse de style, dans une recherche constante de la beauté, mais aussi de ce qui lui est « étrange ». Selon ses proches, il a réinvesti sa grande expertise de la musique classique dans l’art du dessin. A-t-il réussi à transposer « le temps » de la musique dans « l’espace » de la peinture ou du dessin ? Question récurrente dans la recherche d’une perception synesthésique de l’artiste.

La disparition de Louis Charles Eymar dans l’euphorie de la Libération n’a laissé dans la presse Montpelliéraine renaissante qu’un bref hommage qu’il convient de remettre en mémoire dans une revue consacrée au patrimoine héraultais. Le journaliste Gaston Poulain trace d’une plume alerte, en octobre 1944, les mots qui donnent sens à notre recherche : « Eymar était un curieux homme : il parlait souvent de ses rêves (…) il peignait avec beaucoup de discrétion hésitante parce qu’il était intelligent. Très intelligent même puisqu’il se laissait aller à ses goûts dirigés par le tact, aux goûts de ceux qui aiment se reposer dans la solitude de tout ce qui se passe toujours (…) il ne faut pas que s’efface son œuvre charmante, d’une délicatesse légère et un peu gênée ». Son légataire universel, Pierre Malletguy, soucieux de cette pérennité, a légué au musée Ferdinand Fabre à Montpellier, au musée Paul Valery à Sète et au Musée National d’Art Moderne à Paris, un ensemble de dessins qui ne représente qu’une infime partie de l’oeuvre de l’artiste. Aujourd’hui, les publications consultées sur l’originalité de ce peintre n’assouvissent pas notre désir d’une connaissance plus approfondie de sa vie et de son apport artistique. Quel regard Louis Charles Eymar (LCE) porte-t-il sur la société de la première moitié du XXème siècle ? Quelles sont les idées dans l’air du temps qui structurent sa manière de penser et de dessiner ou peindre ? Comment s’inscrit-il dans son environnement social et culturel ?

Un environnement bourgeois

LCE est né à Montpellier le 24 Janvier 1882. Il est le fils aîné de Joseph, Charles Eymar, droguiste, et de Blanche Verdier. Le domicile familial et la droguerie se situent au n° 8 de la rue des Sœurs Noires. Cet établissement a été acquis par la famille en 1844 en association avec la famille Bonnel. Il deviendra une propriété familiale après la liquidation, en 1855, de l’entreprise commune et le partage des biens. Par la suite, chaque partie a continue à exercer, séparément, son commerce.

Le père de LCE est né A Montpellier en 1851 et a succédé, à la tête de la droguerie, à son propre père, Laurent, en 1873. Son activité sociale, particulièrement dense, a certainement influencé le jeune Louis Charles. En effet, il est juge suppléant au tribunal de commerce en 1882, administrateur du bureau de bienfaisance en 1895 et membre de la chambre de commerce en 1901. Il côtoie également l’élite intellectuelle régionale en participant aux activités de la Société Languedocienne de Géographie. Attentif à l’évolution du monde et des idées, il y adhère des 1878. Les droguistes du XIXème siècle sont encore dans la tradition de ceux qui en ont fait une profession axée sur le commerce de détail des « drogues » utilisées par les peintres ou les teinturiers, la cire, les bougies, le sucre cassonade, le the, le café, le coton, les épices, etc. La publicité présentée dans l’annuaire administratif de l’Hérault indique d’une manière générique : « denrées exotiques ». Il va sans dire que cette activité commerciale exercée par la famille Eymar, depuis le milieu du XVIIIème siècle, lui a procure une aisance financière qui lui permet d’établir des alliances matrimoniales avec les familles montpelliéraines les mieux dotées en capital financier (banquiers, négociants ou en position sociale prestigieuse. Joseph, Charles Eymar était identifié, en 1908, comme « marchand en gros de café ».

La sœur de LCE, Suzanne, épouse Marcel, Justin Ray, professeur agrégé d’allemand au lycée de Montpellier et chargé de cours à la faculté des lettres « en langue et littérature allemande ». Cette parenté a toute son importance dans la vie de LCE car elle lui permet de rencontrer l’élite intellectuelle de son temps de passage à Montpellier, à l’image de Valery Larbaud, ami de jeunesse de Marcel. Mais c’est aussi l’ouverture d’esprit de LCE qui le porte à l’écoute de l’écrivain anglais Joseph Conrad 21. Nous verrons, plus loin dans cet article, les circonstances de ces rencontres et leurs effets sur la vie du peintre. Mais notons, pour mémoire, que l’oncle de Suzanne et de LCE n’est autre que le Général de division Alfred Montagne (1841-1939) qui a donné son nom à une allée de la ville de Pézenas. Cette attache est formalisée dans leurs prénoms secondaires : Alfrède et Alfred ! […]

Informations complémentaires

Année de publication

2013

Nombre de pages

21

Auteur(s)

Christian GUIRAUD

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf