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Description
Le parcours européen d’un marchand cévenol, François de La Fuye (1620-1680)
* Docteur en Sciences de l’Information.
p. 23 à 45
Cévenol d’origine angevine, François de La Fuye (Saint-Germain-de-Calberte, vers 1620 – Paris, novembre 1680) s’initie à Nîmes au commerce textile. Après avoir exercé des activités de commissionnaire en Cévennes, il s’installe dans les villes-carrefours du commerce international, Lyon, puis Gênes — où il bifurque vers le négoce des céréales — et Livourne, port franc de la Méditerranée occidentale. Remarqué en haut-lieu, il devient l’un des très proches intendants du prince de Condé à Anvers, Madrid et Paris. Cet article s’attache à suivre, au ras du sol, la trajectoire de ce personnage
Mots-clés :
Commerce méditerranéen, Soie, Blé, Gênes, Anvers, Marseille, Lyon, Nîmes, Montpellier, Cévennes, Condé, Mazarin, Gourville.
A Cévennes native of Angevin origin, François de La Fuye (Saint-Germain-de-Calberte, around 1620 – Paris, November 1680) began his textile trade in Nîmes. Unlike many regional merchants, he was not content to be a commission agent in the Cévennes; he settled in the crossroads of international trade, Lyon, then Genoa where he branched out into the grain trade, and Livorno, the freest port in the western Mediterranean. Noticed in high places, he became one of the very close intendants of the Prince of Condé in Antwerp, Madrid and Paris. What was the guiding principle behind such a career?
Keywords:
Mediterranean trade, Silk, Wheat, Genoa, Antwerp, Marseille, Lyon, Nîmes, Montpellier, Cévennes, Condé, Mazarin, Gourville.
Cevenòl d’origina angevina, François de la Fuye (Sant German de Calbèrta, vèrs 1620 – París, novembre de 1680) s’inícia a Nimes al comèrci textil. Aprèp exercir d’activitats de comissionari en Cevenas, s’installa dins las vilas caireforcs del comèrci internacional, Lion, puèi Gènoa — ont bifurca cap al negòci de las cerealas — e Livorno, pòrt franc de la Mediterranèa occidentala. Remarcat en naut luòc, ven un dels mai pròches intendents del prince de Condé a Anvèrs, Madrid e París. Aqueste article s’estaca a seguir, al ras del sòl, la trajectòria d’aquel personatge.
Noms claus :
Comèrci mediterranèu, Seda, Blat, Gènoa, Anvèrs, Marselha, Lion, Nimes, Montpelhièr, Cevenas, Condé, Mazarin, Gourville.
Introduction
Située au moment-clé de l’histoire économique européenne où s’accélère la bascule du centre de gravité du commerce de la Méditerranée vers l’Atlantique, la trajectoire du marchand François de La Fuye (Saint-Germain-de-Calberte, vers 1620 – Paris, novembre 1680) n’a pas eu jusqu’à présent les honneurs de l’historiographie. Pourtant, celui-ci n’est pas tout à fait inconnu. À la fin du XIXe siècle, Henri d’Orléans, duc d’Aumale, lui consacre quelques lignes dans son Histoire des princes de Condé (1885-1896) 1. À peu près au même moment, son nom apparaît comme époux d’Anne Rubens dans un article où l’auteur recherche, sans résultat probant, des liens de parenté entre celle-ci et le célèbre peintre 2. Un siècle plus tard, dans l’ouvrage tiré de sa thèse sur les Princes de Condé, Katia Béguin établit un recensement prosopographique d’environ cent soixante-dix personnes de l’entourage du plus célèbre d’entre eux, Louis II de Bourbon-Condé (1621-1686), « le Grand Condé », cousin de Louis XIV, qui s’est rendu célèbre par sa victoire à la bataille de Rocroi en 1643. F. de La Fuye est le seul dont elle ne puisse rien dire sur ses origines familiales, ainsi que sur sa vie antérieure à son entrée au service du Prince, à la fin de l’année 1659. En cette même fin des années 1990, le marchand cévenol attire également l’attention d’un célèbre historien italien, l’inventeur du concept de « micro-histoire », Edoardo Grendi, qui s’intéresse à sa tranche de vie génoise ou livournaise, ignorant le rôle exercé auprès du Prince de Condé 3. Dans la foulée, l’historienne Barbara Marinelli le place au centre d’un article sur l’étude d’une correspondance de 74 lettres entre Mazarin et un certain Giannettino Giustiniani, collationnées et publiées par Vincenzo Ricci 4.
Passant à travers les tamis de l’investigation documentaire, F. de La Fuye apparaît donc comme une énigme. Sa vie se présente comme cloisonnée entre différentes périodes et en des lieux très différents 5. Il passe d’autant plus facilement à la trappe de l’histoire qu’il n’a pas eu une notoriété de premier plan en France, ni de descendance active susceptible de faire passer son nom à quelque postérité. À partir de sources primaires inédites et d’une méthode « micro-historienne », cet article aspire à dépasser cette approche biographique fragmentée en décrivant et analysant la trajectoire de cet individu qui, après avoir exercé des activités de commissionnaire en Cévennes, s’installe dans les villes-carrefours du commerce international, Lyon, puis Gênes — où il bifurque vers le négoce des céréales — et Livourne, le port franc de la Méditerranée occidentale. C’est là que, remarqué en haut-lieu, il devient l’un des très proches intendants du prince de Condé à Anvers, Madrid et Paris.
Les prémices d'une vie de négociant international
Les origines cévenoles et protestantes
Le père de François, André (Angers, 1564 – Saint-Germain-de-Calberte, 1630) (Fig. 1), est issu d’une famille catholique et bourgeoise d’Angers, solidement nantie en bien-fonds. Cette lignée de « maîtres-bouchers » est alliée à de nombreuses familles de la bourgeoisie aux franges de la noblesse locale, propriétaires de domaines dont ils sont « sieurs » ou, mieux, « seigneurs ». André est le seul de sa fratrie (deux frères et une sœur) à avoir bifurqué vers le calvinisme ; cependant il n’est pas le seul de tout ce monde à s’être tourné vers la confession de Calvin ; en effet, sa tante Perrine, épouse de Pierre Legaigneux, avait affirmé sa foi réformée dans un testament de 1572. En dépit de cette donnée on peut estimer à ce jour que le choix fait par André reste à rebours des culture et tradition familiales ; il fait des études de théologie à l’académie de Nîmes, puis à celle de Genève. Il passe ensuite toute sa vie comme « ministre de la parole de Dieu » en hautes Cévennes à Saint-Germain-de-Calberte, de 1597 jusqu’à sa mort au mois de novembre 1630. Il y constitue un patrimoine foncier, sans commune mesure avec ses gages de pasteur, par le réemploi des biens familiaux d’Anjou, patrimoine que possèdent encore ses descendants un siècle plus tard. Ses quatre enfants y naissent à une date inconnue : Isabeau (décédée après 1679), Jean (né vers 1614, décédé à Angers en 1672), François (né vers 1620), et Françoise (décédée à Montpellier en 1687). François a un beau-frère, Pierre Dides, docteur en droit et notable de Meyrueis, qui est assassiné en 1660 par ses confrères, pour avoir abjuré le protestantisme. Bien qu’il se marie à Gênes, puis à Anvers, avec des femmes catholiques, François conserve de très bons rapports avec son autre beau-frère, Charles Grongnet qui, pasteur rigoureux en Cévennes, meurt au refuge en 1686, six ans après notre personnage principal. Il a aussi d’excellentes relations avec son grand frère Jean ; celui-ci, pasteur à Angers depuis 1643, vient en 1648 en séjour prolongé à Gênes où il apprécie les qualités de sa toute nouvelle belle-sœur, une catholique issue de la petite noblesse génoise. Il prendra ses distances avec François lorsque celui-ci connaîtra de graves difficultés financières en 1649. Plus tard, avant et après la révocation de l’édit de Nantes, nombre de neveux et nièces s’exileront à Amsterdam et, surtout, à Londres. L’un d’entre eux, François Devillas, est condamné au supplice de la roue et exécuté à Nîmes en avril 1705 pour avoir été l’un des principaux organisateurs du complot dit « des enfants de Dieu » ; une sœur de ce François Devillas, Suzanne, épouse un catholique originaire de l’Angoumois qui, officier de dragons, fut blessé au cours de la « Guerre des Cévennes », ou « des Camisards », en 1702. […]
De Nîmes à Lyon, ou le temps de l’apprentissage
Au cœur des affaires européennes de la soie
La place marchande génoise
Les connexions entre Italie et Languedoc autour du commerce des soieries…
La tentation du négoce du blé et le rapprochement avec Mazarin 19
L'imbroglio génois
Un procès impossible ? François de La Fuye victime de son succès ?
Planche de salut à Livourne dans le Grand-Duché de Toscane
1659-1680 : au service du Grand Condé et de son fils le duc d'Enghien
Condé fait appel à François de La Fuye
De La Fuye, intendant du prince de Condé
Tableau 1 Séjours de F. de La Fuye à Anvers et à Madrid
La correspondance de François de La Fuye avec le Prince de Condé
Tableau 2
Lettres envoyées en double et par mêmes courriers par F. de La Fuye au Prince de Condé et à Caillet
Le couronnement d’une vie :
la sinécure d’une fonction d’administration en Bourbonnais et à Senonches dans le Perche
Épilogue. Fin du parcours à Paris (1667-1680) et succession
Bibliographie
Notes
1. AUMALE, 1896, vol. 7, p. 296.
2. GUIFFEREY, 1885, p. 5 et 6 : « cette Anne Rubens, native d’Anvers, veuve en premières noces d’un sieur de Montigny (sic), remariée au s[ieur] de La Fuye, n’est pas la première venue. »
3. GRENDI, 1996, p. 517-529. Grendi a-t-il pris connaissance de l’intégralité du fonds François de La Fuye conservé à Gênes ? On peut en douter car il parle de « 90 lettres commerciales, fruit d’un éventuel séquestre » (p. 526), alors que le fonds en compte peut-être plus de mille, à moins qu’il n’ait voulu mentionner que les lettres écrites par F. de La Fuye lui-même et non celles qu’il a pu recevoir. Semblablement, il mentionne la présence, à Gênes en 1659, de 148 marchands français. Or, nous avons consulté un dossier qui fait état de 148 marchands « Piemontesi & savoiardi ». Les quelques noms français qui sont mentionnés sont le plus souvent précédés de prénoms italiens, ce qui semble renvoyer à des Piémontais ou des Savoyards, et non des Français.
4. RICCI, 1963. Ce sont 74 lettres étudiées par MARINELLI, 2000. L’autrice a aussi travaillé à partir de la correspondance de Mazarin conservée aux archives du Ministère des affaires étrangères (MAE) et du fonds Clairambault à la BnF.
5. BÉGUIN, 1999. Voir en particulier la conclusion « La clientèle des Princes de Condé », p. 395.
6. Toutes les données généalogiques relatives aux origines angevines de la famille de François de La Fuye sont tirées des BMS de la paroisse de Saint-Pierre d’Angers que l’on peut consulter en ligne sur le site des AD du Maine-et-Loire. Le testament protestant de Perrine de La Fuye (AD du Maine-et-Loire, Jacques Chailland notaire d’Angers, acte du 24 août 1572), épouse de Pierre Legaigneux, nous a été signalé par Margreet Dielman que nous remercions chaleureusement. Toutes les données à caractère notarial relatives à la période cévenole de la vie d’André de La Fuye sont consultables aux AD de la Lozère. Un acte du 12 mars 1626 (3 E 4708, notaire Vilar, Saint-Germain-de-Calberte) porte en marge une annotation ultérieure, datée du 4 octobre 1633, sur l’apprentissage de François. En 1626, André de La Fuye avait prêté 100 livres à un certain Noguier pour l’achat d’une maison et, en 1633, sa mère, veuve Gabrielle Liquier, donna quittance et décharge de cet emprunt ; Rauzier, parent de Noguier et substitué à lui, paye au marchand Jean Roux en compensation du règlement partiel de l’apprentissage [souligné par nous] de François chez ledit marchand qui l’a formé à l’art du négoce, aux méthodes, notamment comptables, quotidiennement mises en œuvre par les marchands.
7. F. de La Fuye est désigné comme « marchand en la cité de Lion » dans l’extrait d’une procuration donnée par devant un notaire de Meyrueis et dont la teneur est rapportée dans un acte du notaire Jacques Vilar de Saint-Germain-de-Calberte du 22 août 1637, voir AD de la Lozère, 3 E 4710. Confirmation par Jacques Vilar dont un acte du 16 avril 1643 mentionne F. de La Fuye « marchand résidant en la ville de Lyon » : voir AD de la Lozère, 3 E 4711. Jean Hugla, de Montpellier, qui écrit à F. de La Fuye à Lyon le 7 avril 1643 : Archivio di Stato di Genova, Fondo Famiglie. F. de La Fuye, D-78. Voir également Jean Hugla, de Montpellier, qui écrit à F. de La Fuye à Lyon le 7 avril 1643.
8. MONTOJO 2011, p. 45-69, citation, p. 46. Sur ce sujet, voir aussi TEISSEYRE-SALLMANN, p. 81 et suivantes.
9. Voir LÉVY, 2014 et 2025.
10. GRENDI, 1996.
11. Idem, p. 526. Sur le rôle du port de Gênes par rapport à Lyon et Marseille, après la révocation de l’Édit de Nantes, voir Herbert LÜTHY, 1959, tome 2, chapitre 2, sous-chapitres sur « Le carrefour marseillais », « La colonie huguenote à Gênes », « Le Midi huguenot à Gênes ». L’ouvrage porte sur une période postérieure d’une trentaine d’années au séjour de F. de La Fuye à Gênes, mais les choses n’avaient pas fondamentalement changé. Elles avaient pu cependant accentuer l’ombre portée sur l’activité de négoce de Lyon et de Marseille au point d’amener Louis XIV à ordonner un bombardement d’intimidation de la ville et du port de Gênes qui fit des victimes et des dégâts importants en 1684.
12. Oneglia (Oneille, en français) était une bourgade à la frontière de la Ligurie occidentale, possession du grand-duché de Toscane. Après l’annexion de Gênes au Royaume de Piémont-Sardaigne en 1815, elle fusionna avec d’autres bourgades pour former la commune et ville portuaire d’Imperia dont elle est aujourd’hui un quartier.
13. Les tartanes étaient des barques typiques du négoce de cabotage sur les côtes de la Méditerranée occidentale de l’époque moderne, très nombreuses entre Sète et Gênes. Elles avaient en moyenne une vingtaine de mètres de long sur cinq de large et une capacité de 50 à 70 tonneaux. Les plus petites étaient équipées d’une voile latine triangulaire, les plus grandes de deux mâts à une voile chacun.
14. DERMIGNY, 1981, p. 28. L’auteur observe que les protestants dominent ces activités de commerce de marchandises et d’argent sans pour autant les monopoliser ; la famille Durand, qui deviendra Durand de Fontmagne au début du XIXe siècle, on ne peut plus catholique, dirigera l’une des plus importantes centralisations d’affaires l’amenant à avoir une place à Cadix et des implantations à Barcelone. La plupart du numéraire du Languedoc, catholique comme protestant, était drainé vers Lyon où il entrait dans de plus vastes circuits, en premier lieu celui de Paris. Il contribua à financer l’effort colossal de la très longue et très dispendieuse guerre de Succession d’Espagne. La guerre des Camisards, à son plus fort de 1703-1704, eut pour effet de perturber, jusqu’à l’assécher en 1708-1709, la collecte de numéraire du Languedoc pour cet effort. On peut parler d’une disette d’argent en Languedoc en 1708-1709, années de grand froid polaire du « petit âge glaciaire », jusqu’à affecter gravement l’économie, à commencer par celle de la soie, et contribuer à l’effacement brutal de la place financière de Lyon derrière celle de Paris.
15. Les foires de Beaucaire passaient pour être les premières en France et parmi les mieux placées en Europe. Pour Ernest Labrousse, elles sont « le grand évènement commercial du Midi et même de l’Europe ». Citation d’Ernest Labrousse, tirée de THOMSON, 1982, p. 27.
16. Lettre de F. de La fuye, de Gênes le 28 novembre 1645 à son beau-frère Charles Grongnet, pasteur à Aulas ; le courrier est confié aux bons soins d’André et Anthoine Pélissier, de Nîmes, à la demande de F. de La Fuye. AD de l’Aveyron. Fonds Julien de Lasalle, 77 J.
17. AD de l’Aveyron. Fonds Julien de Lasalle, 77 J.
18. GRENDI, 1997.
19. Je remercie Daniel Vélinov pour ses propositions de recherche, et son collègue Fausto Fioriti qui, à sa demande, a bien voulu photographier pour moi près de 200 pages d’archives tirées du Fondo famiglie d’Archivio di Stato di Genova, F. de La Fuye, D-78. Ce sont des lettres et quelques notes reçues par ce marchand au cours du mois de mai 1648. Elles apportent des informations très éclairantes sur cette période des plus tendues de l’histoire sociale et politique de la République de Gênes : émeute de la faim et concurrence des influences française et espagnole.
20. GRENDI, 1996.
21. Idem.
22. Lettre d’un certain de Beaulieu, dont nous ne connaissons pas les hautes fonctions, de Rome, le 25 mai 1648. Archivio di Stato di Genova, Fondo famiglie. F. de La Fuye, D-78.
23. BASVILLE, 1734, p. 273.
24. Lettre de Jacques Comte, de Narbonne, le 25 mai 1648. Archivio di Stato di Genova, Fondo famiglie. F. de La Fuye, D-78.
25. Ibid. note 24.
26. Lettre de Rambouillet Duplessis, de Montpellier, le 19 mai 1648. Archivio di Stato di Genova, Fondo famiglie. F. de La Fuye, D-78 : « Je me réjouis avec vous du choix que l’on a faict de vostre personne pour la résidence et pour le soin de nostre Couronne. J’en ay receu la nouvelle par led Sr Duclos. »
27. Aujourd’hui dans le département du Gard.
28. AD du Gard, H 898. Achat de 110 loquis en 1505. « Com[p]te de l’argent que Mons Delafuye a receu de St George p[ou]r com[p]te de messieurs les collegiés de Saint Gilles ce 30 juillet 1648 ».
29. Archives du Ministère Français des Affaires Étrangères à La Courneuve, Tome XXV du recueil des lettres de Mazarin, 53 MD / France, vol. 263, lettres en français, microfilm p. 3252 : « À Monsieur de La Fuye, du 3 décembre (1648) ».
39. La République de Florence devient duché héréditaire en 1532, puis grand-duché héréditaire en 1569. Les ports-francs de la Méditerranée ont été étudiés à partir d’une comparaison entre ceux de Gênes et de Marseille par IODICE, 2018, dans une thèse de doctorat qui ne se limite pas à ces deux grands ports. La citation donnée ici est tirée du résumé publié en 2021 : https://urlr.me/K4nXZa.
31. Archivio di Stato di Genova, Fondo Famiglie. F. de La Fuye, D-78. Edoardo Grendi dit avoir lu « 90 lettres commerciales », ce qui montre comme nous le suggérons déjà ci-dessus, qu’il n’a pas eu connaissance de la totalité du fonds F. de La Fuye.
32. Copie d’une lettre non datée, qui pourrait être du mois d’octobre 1649, au marquis Pallavicini, représentant diplomatique de la République de Gênes à Paris [Archivio di Stato di Genova, Fondo Famiglie F. de La Fuye, D-78]. La lettre dit qu’une procédure judiciaire a été ouverte auprès du Sénat, « s’estans mis en procez par devant le Senat de Gennes ». Cependant les Archives de l’État de Gênes et les Archives d’Histoire de la Ville de Gênes, Archivio Storico del Comune di Genova (dossier « Abbondanza 743 » cité par GRENDI 1996), nous ont écrit n’avoir trouvé trace d’aucune procédure judiciaire impliquant F. de La Fuye. La question serait à approfondir par une consultation systématique des archives génoises.
33. Lettre de Hugues de Lionne, de Dijon, au marquis Pallavicini à Paris, avril 1650 [Archivio di Stato di Genova, Fondo famiglie]. Hugues de Lionne (1611-1671), préparé à la carrière diplomatique par son oncle Abel Servien, négociateur français aux traités de Westphalie, connaît bien l’Italie pour y avoir longuement séjourné, comme « résident » à Gênes en 1650. Il devient un des plus proches collaborateurs de Mazarin. Il connaît tout aussi bien l’Espagne ; après avoir participé en 1656 à Madrid à la négociation des préliminaires au traité des Pyrénées, il joue un rôle de premier plan dans la rédaction et la conclusion du traité en 1659. Il accomplit aussi des missions diplomatiques ponctuelles dans les États allemands et sera secrétaire d’État des Affaires étrangères de 1663 jusqu’à sa mort en 1671. Il avait donc pu connaître F. de La Fuye en 1650 ou, du moins, apprendre de ses correspondants d’affaires, comme des autorités politiques au sommet de la République de Gênes, ce qu’il en était de ses compétences.
34. Archivio di Stato di Genova, Fondo Famiglie, F. de La Fuye. D-78.
35. BRAUDEL, 1985, p. 41-42. « Le blé et le pain, ce sont les tourments sempiternels de la Méditerranée, les personnages décisifs de son histoire dont se préoccupent continuellement les plus grands de ce monde […]. Les grandes villes accumulent aussi de grandes réserves [de blé] et, en cas de disette ou de famine locales, leurs marchands, sur avances des gouvernements urbains, équipent des navires, passent des marchés, font arriver jusqu’à la ville les blés de la mer Noire, d’Égypte, de Thessalie, de Sicile, des Pouilles, de Sardaigne, du Languedoc, voire d’Aragon et d’Andalousie». Parmi les grandes villes, l’auteur cite souvent Gênes, Venise, Florence, Naples et Rome.
36. BOISSONADE, 1905, p 343. « Par l’entremise des Génois qui paient argent comptant tant en belles et bonnes piastres, les blés entreposés à Narbonne ou recueillis dans les diocèses de Béziers, Agde et Nîmes, sont expédiés à Nice, Monaco, en Ligurie, à Livourne, en Toscane, à Messine, en Sicile et dans le reste de l’Italie. Les ports de Perpignan, de Vendres, de La Nouvelle, d’Agde et de Cette se remplissent, à certaines époques, de barques et de petits navires qui viennent enlever les céréales».
37. Je remercie le très regretté Jean Hilaire, ancien professeur à l’Université Paris II Panthéon-Assas et ancien doyen honoraire de la faculté de droit de l’Université René Descartes (Paris V), d’avoir attiré mon attention sur cet aspect de l’histoire du commerce méditerranéen.
38. Lettre citée ci-avant.
39. La République de Florence devient duché héréditaire en 1532, puis grand-duché héréditaire en 1569. Les ports-francs de la Méditerranée ont été étudiés à partir d’une comparaison entre ceux de Gênes et de Marseille par IODICE, 2018, dans une thèse de doctorat qui ne se limite pas à ces deux grands ports. La citation donnée ici est tirée du résumé publié en 2021 : https://urlr.me/K4nXZa.
40. Comme nous n’avons pas eu le temps d’enquêter dans les archives de Livourne lors d’un passage éclair, nous ne savons rien de son séjour dans ce port. Consultés à distance, les services d’Archivio di Stato di Livorno ont répondu en français : « Nous vous informons que nous n’avons pas de lettres de François de La Fuye, dans notre collection d’archives des familles et des personnes. Au lieu de cela, nous avons consulté les répertoires du Capitano, poi governatore, poi auditore vicario – archives judiciaires – (années 1648-1649 ; 1654-1660), sans résultats.» Cela ne veut pas dire pour autant que l’on ne puisse trouver sur place des documents sur ses activités avec de la patience, comme nous en avons trouvé aux Archivio di Stato di Genova et aux Archivio Storico del Comune di Genova.
41. Archivio di Stato di Genova. Francia 1650. Lettere ongli de Mis Pallavicino, Résident de Gênes à Paris, au Governo di Genova ; lettre datée par erreur du 21.01.1649, pour 1650.
42. MONTOJO, 2011, p. 48.
43. Archivio di Stato di Genova : Francia 1650. « Lettere ongli » de Mis Pallavicino, Résident de Gênes à Paris, au Governo di Genova ; lettre datée par erreur du 21.01.1649, pour 1650 : « …di parlare alli Si(gnor)i Duca di Orléans é Principe di Condé ». Lettre de Hugues de Lionne du 9 avril 1649.
44. AN, MC/ET/XCII 263. Contrat par Guyot, notaire à Anvers, 15 juin 1662. Jules-Joseph Guifferey a cherché à savoir si Anne Rubens avait un lien généalogique avec le peintre Rubens, tous deux étant natifs d’Anvers. Il conclut, mais sans preuve convaincante, qu’elle en était « peut-être une descendante collatérale » : GUIFFEREY, 1885.
45. AN, MC/ET/XCII/173.
46. AN, MC/ET/XCII/180. Dettes de l’Espagne. Procuration par le duc de Condé à F. de La Fuye, pour recevoir des ministres du roi d’Espagne, les sommes à lui dues sur la Plata des galions et flottes qui viennent des Indes et sur le trésorier général de la Croisade, 2 août 1664.
47. BÉGUIN 1999.
48. Idem.
49. Jean Hérauld, baron de Gourville (1625-1703), fit une carrière de gestionnaire au service des La Rochefoucauld, puis de Fouquet, et enfin de Condé à partir de 1669. Par son audace et un art très personnel de la négociation, Gourville avait rendu possible la fin de la Fronde des Princes (1648-1653), dont Condé avait un temps pris la tête. En 1660, lorsque le prince est autorisé à rentrer en France, Gourville réussit à lever rapidement des fonds.
50. ORLÉANS, 1896, vol. 7, p. 296.
51. Correspondance originale de F. de La Fuye, conservée à la Bibliothèque du Château de Chantilly, tomes XXIII à XXVII et tomes XXIX à XXXV, voir également tome XXXIX. La correspondance, tant active que passive, est classée chronologiquement. Chaque lettre, le plus souvent pliée en deux, est collée sur une page de fort papier pour que l’on en puisse lire les quatre feuillets. L’ensemble est relié dans de gros volumes. La correspondance de F. de La Fuye est éparse dans cette collection, s’échelonnant de 1660 à 1667. François signe toujours en mettant un tréma sur l’« y » de son nom : de La Fuÿe. La brève correspondance d’Anne Rubens est classée dans XXXI et celle de sa fille dans XXXII.
52. Sur Jacques Caillet et sa famille, son oncle et son frère, voir les notes de prosopographie de Katia Béguin à la fin BÉGUIN 1999a. Quentin Caillet, frère de Jacques était « conseiller et secrétaire des commandemens de S.A.S. [Son Altesse Sérénissime] le Prince [de Condé] ». Il meurt vers l’âge de 70 ans à Paris, le 12 mars 1696 puis est inhumé le lendemain, paroisse Saint-Sulpice [BN Richelieu, registres paroissiaux, Saint-Sulpice, Ms 32594]. De son côté, Dominique Chauveau est un homme de confiance du prince de Condé. Sous l’autorité de l’intendant Jacques Caillet, il est chargé à Madrid de seconder et de surveiller l’abbé Lenet soupçonné de favoriser les intérêts de son frère et de négliger ceux du Prince. Lorsque F. de La Fuye s’installe à Paris et que Gourville est engagé comme premier intendant du prince, Chauveau accompagne Gourville à Madrid en 1669-1670 et reste par la suite très proche de lui.
53. Du tableau n° 2 il ressort que l’envoi de lettres en double devient une pratique dont l’usage tend à se systématiser au cours des années. Si la moyenne générale est d’un doublon sur quatre lettres (25,20 %), elle est de 11,11 % entre 1660 et 1663, mais passe à 25,47 % en 1663-1665 pour atteindre 39,70 % en 1666-1667.
54. F. de La Fuye s’installa d’abord rue de Turenne, puis « rue du Pot de Fer, paroisse St Sulpice ». En 1677, il demeure « à Paris rue de Tournon a l’hostel d’Antragues parroisse St Sulpice ». Sa veuve, Anne Rubens, réside quant à elle « rue des Fossoyeurs, paroisse St Sulpice » en 1683, « rue de Bourbon, paroisse Saint-Sulpice » en 1684 et, en 1686, « rue d’Enfer, paroisse St Séverin » où elle meurt en 1688.
55. AD de l’Aveyron, Fonds Julien de Lasalle, 77 J. Lettre de F. de La Fuye à sa sœur Françoise Grongnet du 17 février 1668.
56. BÉGUIN, 1999, en particulier le chapitre « La clientèle des Princes de Condé ». p. 395.
57. Sur Gourville, voir BÉGUIN 1999b. Voir aussi LECESTRE, 1894, tome 1, page 215.
58. AN, MC/ET/XCII, 194, 203 et 207.
59. On retrouve, dans ces façons de faire, la méthode fondée sur des contrats d’asiento par laquelle le Roi d’Espagne se pourvoyait en moyens de grande ampleur pour financer sa politique de domination européenne.
60. Katia Béguin a remarquablement résumé la méthode de Gourville et montré l’extraordinaire compétence financière de ce redoutable homme d’affaires, dans BÉGUIN 1999b. La place de F. de La Fuye auprès de Gourville et de Condé est analysée avec précision. L’autrice se réfère à de très nombreuses archives, qui montrent le degré de confiance entre F. de La Fuye et le prince et de leur fidélité réciproque.
61. Liste des Pensionnaires ou rentiers à vie de la ville de Lyon, vivans connus jusqu’à ce jour 15 Aoust 1677, contenant la date des contrats de constitution, les noms & qualitez desdits pensionnaires conforme ausdits contrats, les sommes principales qu’ils ont données, & celles de leurs pensionnaires ou rentes a vie ; le tout suivant ladite datte de leurs contrats, Lyon, chez Antoine Jullieron, 1677 : « Du 24 du dit, À Damoiselle Anne Françoise Brigide de Montini de La Fuye, pension 1 000 £. »
62. AN. MC/ET/XCII, dossier 263 (juillet-septembre 1688).
63. AN. MC/ET/XCII, dossier 263 (juillet-septembre 1688). Un acte d’insinuation enregistrant en 1687 les dernières volontés d’Anne Rubens, que nous n’avons pas lu, est conservé aux AN, Châtelet de Paris, Y/242-y//276.
64. La ferrandine est un tissu alliant, en chaîne et trame, la soie et un fil d’une autre matière, coton par exemple.
65. AD de l’Aveyron, fonds Julien de Lasalle, 77 J.



