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Description
Georges Quesnel et l’enseignement commercial à Juiz de Fora (Brésil)
* Docteur en Géographie et Professeur au Département de Géosciences,
Université Fédérale de Juiz de Fora (Minas Gerais – Brésil).
** Diplômée de Géographie (UFJF) Master I en Météorologie Agricole (UFV).
p.49 à 60
Georges Quesnel a écrit un important chapitre de l’histoire des relations entre le Brésil et la France au XIXe siècle. À l’Académie de Commerce, à Juiz de Fora, il a dirigé et a structuré le premier cours d’enseignement supérieur en Sciences Commerciales du pays. Il a eu, également, de l’importance dans les études en Géographie Politique et surtout, dans celles de la Géographie commerciale – actuellement Géographie économique. Il a publié des articles sur les relations commerciales internationales du Brésil, dont l’objectif principal était l’analyse sur le café, le principal produit d’exportation à cette époque.
Son séjour, de deux ans, à Juiz de Fora a soulevé beaucoup de questions et d’investigations : il était enseignant dans une importante école en France, quelle a donc été sa motivation de tout laisser et partir vivre dans une ville à l’intérieur du Brésil ? Durant son séjour à Juiz de Fora quel était son train de vie; pourquoi a-t-il rompu son contrat et est-il rentré en Europe alors qu’il n’avait pas de travail en vue ? Cet article a pour objectif d’apporter une contribution aux réponses à ces questions, et d’autres, sur la vie de Quesnel à Juiz de Fora.
Mots-clés : Georges Quesnel, Académie de Commerce, enseignement supérieur, Juiz de Fora.
Georges Quesnel wrote an important chapter in the history of relations between Brazil and France in the 19th century. At the Academy of Commerce in Juiz de Fora, he directed and structured the country’s first higher education course in Commercial Sciences. He also made significant contributions to studies in Political Geography and, above all, in Commercial Geography – now known as Economic Geography. He published articles on Brazil’s international trade relations, primarily focusing on the analysis of coffee, the main export product at that time.
His two-year stay in Juiz de Fora raises many questions and warrants further investigation: he was a teacher at a prestigious school in France, so what motivated him to leave everything behind and go to live in a city in the interior of Brazil? What was his lifestyle like during his time in Juiz de Fora; why did he break his contract and return to Europe when he had no job prospects? This article aims to contribute to answering these and other questions about Quesnel’s life in Juiz de Fora.
Keywords: Georges Quesnel, Academy of Commerce, higher education, Juiz de Fora.
Georges Quesnel escriguèt un important capítol de l’istòria de las relacions entre Brasil e França al sègle XIX. A l’Academia de Comèrci, a Juiz de Fora, dirigiguèt e estructurèt lo primièr cors d’ensenhament superior en Sciéncias comercialas del país. Aguèt, egalament, d’importància dins los estudis en Geografia politica e mai que mai dins las de la Geografia comerciala – actualament Geografia economica. Publiquèt d’articles sus las relacions comercialas internacionalas de Brasil, que lor objectiu principal èra l’analisi sul cafè, lo principal produch d’exportacion a aquela epòca.
Son sejorn, de dos ans, a Juiz de Fora solevèt fòrça questions e investigacions : èra ensenhaire dins una importanta escòla en França, quala foguèt donc sa motivacion per o tot daissar e partir viure dins una vila a l’interior de Brasil ? Pendent son sejorn a Juiz de Fora qual èra son tren de vida? Perqué rompèt son contracte e tornèt en Euròpa mentre qu’aviá pas de trabalh en vista ? Aqueste article a per objectiu de portar una contribucion a las responsas a aquelas questions, e d’autras, sus la vida de Quesnel a Juiz de Fora.
Noms claus :
Georges Quesnel, Academia de Comèrci, ensenhament superior, Juiz de Fora.
Georges Quesnel escreveu um capítulo muito importante na história das relações entre Brasil e França no século XIX, dirigindo e estruturando o primeiro curso superior em Ciências Comerciais do país, na Academia de Comércio de Juiz de Fora. Teve também importância nos estudos de Geografia Política e sobretudo, nos de Geografia Comercial – a Geografia Econômica dos dias atuais – publicando artigos sobre as relações comerciais internacionais do Brasil, tendo como principal objeto de análise o café, maior produto de nossas exportações na época. Sua passagem por Juiz de Fora durou cerca de dois anos, e se caracterizou por muitas interrogações a serem investigadas: o que teria motivado um professor, docente de uma das escolas mais importantes da França, a abandonar tudo e se mudar para uma cidade do interior do Brasil; como teria sido sua vida no período em que passou em Juiz de Fora; o que o fez rescindir seu contrato e voltar para a Europa, mesmo sem perspectiva de emprego imediato. Esse artigo tem exatamente o objetivo de contribuir para elucidar essas e outras questões relativas à vida de Quesnel no Brasil.
Noms claus : Quesnel, Academia de Comércio, Educação superior, Juiz de Fora.
Introduction
L’une des figures marquantes du processus pionnier de l’enseignement supérieur à Juiz de Fora, ville importante de l’État du Minas Gerais (Brésil), a son nom gravé sur la façade d’un bâtiment qui ressemble plus à une maison qu’à une école, situé au 1045, rue Bernardo Mascarenhas, dans le quartier de Fábrica. Il s’agit de l’École publique Professor Quesnel (Fig. 1), créée par le décret d’État n° 3 520 du 4 janvier 1951.
Le professeur qui donne son nom à l’école est, pour la plupart des 565 764 habitants de la commune (estimation IBGE pour 2024), comme on le dit populairement, un « illustre inconnu », alors qu’en fait, il serait plus juste de le considérer comme un inconnu, mais très illustre.
Georges Quesnel fait partie de cette liste de Français qui entretinrent, au XIXe siècle, divers liens et relations avec Juiz de Fora et sa région, comme Auguste de Saint-Hilaire, botaniste et naturaliste, qui passa par ici en 1816, laissant derrière lui un riche matériel produit de son voyage à travers les provinces de Rio de Janeiro et du Minas Gerais 1. Après lui d’autres naturalistes français, tels qu’Alcide Charles Victor Marie Dessalines d’Orbigny 2 et Louis Constant Fortuné de Suzannet 3 ont parcouru ces mêmes sentiers et consigné leurs impressions de voyage. Il convient également de mentionner les ingénieurs engagés par Mariano Procópio Ferreira Lage 4, venus travailler à la construction de l’Estrada da Companhia União & Indústria, avec Jean Julien Regnier dit Vigouroux, Théodore Flajolot, Félix Toussant Lagorbe et Félix Ravix arrivés entre 1853 et 1854 5. Quesnel conclue cette période en ayant vécu dans la ville au cours de la dernière décennie du XIXe siècle, où il fut directeur de l’Academia de Comércio, le premier établissement d’enseignement supérieur de ce type dans le pays.
Georges André Quesnel (Fig. 2) est né à Paris le 23 janvier 1848. Il a épousé Rose Worms en 1876, avec qui il a eu deux enfants : Paul Michel Achille Quesnel, né au Havre en juillet 1871, et Louise Eugénie (dite Jeanne), née à Paris en septembre 1873.
Diplômé en lettres et en droit, il s’est surtout illustré comme professeur de géographie commerciale. À Paris, « à l’École Monge, établissement privé d’enseignement primaire et secondaire, il enseignait l’histoire et la géographie ; à l’École des hautes études commerciales, il enseignait principalement la géographie économique » 6
Il a acquis une expérience professionnelle significative au Brésil entre 1894 et 1896, où il a organisé et dirigé l’Académie de commerce de Juiz de Fora. De retour en France, fort de son expérience, il a été choisi par la Chambre de commerce et d’industrie de Montpellier 7 pour mettre en place un programme de formation de cadres commerciaux. À partir de 1898, et pendant trente ans, il a dirigé l’École supérieure de commerce de Montpellier, où il a conclu sa carrière professionnelle et où il est décédé en septembre 1939, à plus de 90 ans.
Parmi ses ouvrages, on peut citer ceux répertoriés dans son CV, présenté lors de sa candidature à la Légion d’honneur : Nouvel Atlas classique (1882), Notions de géographie générale et étude spéciale des colonies des nations européennes (1884), Histoire de la conquête de l’Algérie (1890), Histoire maritime de la France depuis Colbert (deux éditions : 1894 et 1901), ainsi qu’une étude sur Les allemands en Afrique, parue dans le Bulletin de la Société languedocienne de géographie (1915).
Cet article aborde spécifiquement la période méconnue durant laquelle Georges Quesnel a vécu et travaillé au Brésil. L’étude de ce séjour a soulevé plusieurs questions centrales : 1) Qu’est-ce qui a poussé un professeur de l’une des plus importantes écoles de commerce françaises à tout abandonner et à s’installer dans une ville de l’intérieur du Brésil pour diriger un établissement d’enseignement encore à créer ? 2) À quoi aurait ressemblé sa vie pendant son séjour à Juiz de Fora ? 3) Après avoir signé un contrat de dix ans, qu’est-ce qui l’a poussé à changer d’avis, à démissionner au bout de deux ans et à rentrer à Paris, même sans perspective d’emploi immédiate ?
Les sources de la recherche
Répondre à ces questions s’est avéré à la fois stimulant et ambitieux, compte tenu notamment de la difficulté d’obtenir des sources d’information précises, fiables et accessibles. Il existe essentiellement quatre sources différentes pour rechercher des informations sur la vie de Georges Quesnel à Juiz de Fora. […]
Le Journal de Quesnel
Documents officiels
La Presse
Quesnel à Juiz de Fora
Recettes et dépenses
Tableau 1 : Salaires des enseignants du public à Juiz de Fora de 1883 à 1907
Quesnel, la ville et l'Académie de Commerce
Tableau 2 - Programme du cursus de licence en sciences commerciales
Quelques conclusions
Remerciements
Références bibliographiques
Notes
10 Ouro Preto était aussi le siège de la première Ecole des Mines au Brésil en 1876, elle aussi créée par un Français, l’ingénieur Claude-Henri Gorceix.
11 LAURANS 2019.
12 conservée dans la collection personnelle de son arrière-petit-fils Maxime Quesnel, petit-fils de Paul, qui nous l’a aimablement fournie.
13 Cahier n° 4, daté du 27 février 1895, p. 98.
14 Le conto de réis est une expression adoptée au Brésil pour indiquer un million d’unités de la monnaie, le real, qui précéda le cruzeiro. Un conto de réis correspondait donc à un million de réaux (reais ou réis) Source : wikipedia.



