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Description

Georges Quesnel et l’enseignement commercial à Juiz de Fora (Brésil)

* Docteur en Géographie et Professeur au Département de Géosciences,
Université Fédérale de Juiz de Fora (Minas Gerais – Brésil).
** Diplômée de Géographie (UFJF) Master I en Météorologie Agricole (UFV).

Introduction

L’une des figures marquantes du processus pionnier de l’enseignement supérieur à Juiz de Fora, ville importante de l’État du Minas Gerais (Brésil), a son nom gravé sur la façade d’un bâtiment qui ressemble plus à une maison qu’à une école, situé au 1045, rue Bernardo Mascarenhas, dans le quartier de Fábrica. Il s’agit de l’École publique Professor Quesnel (Fig. 1), créée par le décret d’État n° 3 520 du 4 janvier 1951.

Le professeur qui donne son nom à l’école est, pour la plupart des 565 764 habitants de la commune (estimation IBGE pour 2024), comme on le dit populairement, un « illustre inconnu », alors qu’en fait, il serait plus juste de le considérer comme un inconnu, mais très illustre.

École publique Professor Quesnel à Juiz de Fora
Fig. 1 École publique Professor Quesnel à Juiz de Fora

Georges Quesnel fait partie de cette liste de Français qui entretinrent, au XIXe siècle, divers liens et relations avec Juiz de Fora et sa région, comme Auguste de Saint-Hilaire, botaniste et naturaliste, qui passa par ici en 1816, laissant derrière lui un riche matériel produit de son voyage à travers les provinces de Rio de Janeiro et du Minas Gerais 1. Après lui d’autres naturalistes français, tels qu’Alcide Charles Victor Marie Dessalines d’Orbigny 2 et Louis Constant Fortuné de Suzannet 3 ont parcouru ces mêmes sentiers et consigné leurs impressions de voyage. Il convient également de mentionner les ingénieurs engagés par Mariano Procópio Ferreira Lage 4, venus travailler à la construction de l’Estrada da Companhia União & Indústria, avec Jean Julien Regnier dit Vigouroux, Théodore Flajolot, Félix Toussant Lagorbe et Félix Ravix arrivés entre 1853 et 1854 5. Quesnel conclue cette période en ayant vécu dans la ville au cours de la dernière décennie du XIXe siècle, où il fut directeur de l’Academia de Comércio, le premier établissement d’enseignement supérieur de ce type dans le pays.

Portrait de Georges André Quesnel
Fig. 2 Portrait de Georges André Quesnel

Georges André Quesnel (Fig. 2) est né à Paris le 23 janvier 1848. Il a épousé Rose Worms en 1876, avec qui il a eu deux enfants : Paul Michel Achille Quesnel, né au Havre en juillet 1871, et Louise Eugénie (dite Jeanne), née à Paris en septembre 1873.

Diplômé en lettres et en droit, il s’est surtout illustré comme professeur de géographie commerciale. À Paris, « à l’École Monge, établissement privé d’enseignement primaire et secondaire, il enseignait l’histoire et la géographie ; à l’École des hautes études commerciales, il enseignait principalement la géographie économique » 6

Il a acquis une expérience professionnelle significative au Brésil entre 1894 et 1896, où il a organisé et dirigé l’Académie de commerce de Juiz de Fora. De retour en France, fort de son expérience, il a été choisi par la Chambre de commerce et d’industrie de Montpellier 7 pour mettre en place un programme de formation de cadres commerciaux. À partir de 1898, et pendant trente ans, il a dirigé l’École supérieure de commerce de Montpellier, où il a conclu sa carrière professionnelle et où il est décédé en septembre 1939, à plus de 90 ans.

Parmi ses ouvrages, on peut citer ceux répertoriés dans son CV, présenté lors de sa candidature à la Légion d’honneur : Nouvel Atlas classique (1882), Notions de géographie générale et étude spéciale des colonies des nations européennes (1884), Histoire de la conquête de l’Algérie (1890), Histoire maritime de la France depuis Colbert (deux éditions : 1894 et 1901), ainsi qu’une étude sur Les allemands en Afrique, parue dans le Bulletin de la Société languedocienne de géographie (1915).

Cet article aborde spécifiquement la période méconnue durant laquelle Georges Quesnel a vécu et travaillé au Brésil. L’étude de ce séjour a soulevé plusieurs questions centrales : 1) Qu’est-ce qui a poussé un professeur de l’une des plus importantes écoles de commerce françaises à tout abandonner et à s’installer dans une ville de l’intérieur du Brésil pour diriger un établissement d’enseignement encore à créer ? 2) À quoi aurait ressemblé sa vie pendant son séjour à Juiz de Fora ? 3) Après avoir signé un contrat de dix ans, qu’est-ce qui l’a poussé à changer d’avis, à démissionner au bout de deux ans et à rentrer à Paris, même sans perspective d’emploi immédiate ?

Les sources de la recherche

Répondre à ces questions s’est avéré à la fois stimulant et ambitieux, compte tenu notamment de la difficulté d’obtenir des sources d’information précises, fiables et accessibles. Il existe essentiellement quatre sources différentes pour rechercher des informations sur la vie de Georges Quesnel à Juiz de Fora. […]

Le Journal de Quesnel

Documents officiels

La Presse

Quesnel à Juiz de Fora

Recettes et dépenses

Tableau 1 : Salaires des enseignants du public à Juiz de Fora de 1883 à 1907

Quesnel, la ville et l'Académie de Commerce

Tableau 2 - Programme du cursus de licence en sciences commerciales

Quelques conclusions

Remerciements

Références bibliographiques

Notes

  1 SAINT-HILAIRE 1938.

  2 D’ORBIGNY 1976.

  3 SUZANNET 1846.

  4 Entrepreneur et homme politique, à l’origine de la première grande route moderne d’Amérique du Sud.

  5 LAGE 1855, 1857.

  6 LAURANS 2019.

  7 Ibid.

  8 CASTRO 1974, CESAR 1991, p. 22.

9  BASTOS 1967, p. 49.

  10 Ouro Preto était aussi le siège de la première Ecole des Mines au Brésil en 1876, elle aussi créée par un Français, l’ingénieur Claude-Henri Gorceix.

  11 LAURANS 2019.

  12 conservée dans la collection personnelle de son arrière-petit-fils Maxime Quesnel, petit-fils de Paul, qui nous l’a aimablement fournie.

  13 Cahier n° 4, daté du 27 février 1895, p. 98.

  14 Le conto de réis est une expression adoptée au Brésil pour indiquer un million d’unités de la monnaie, le real, qui précéda le cruzeiro. Un conto de réis correspondait donc à un million de réaux (reais ou réis) Source : wikipedia.