Jean Moulin et la Grande Guerre : éléments d’analyse pour une réhabilitation
Jean Moulin et la Grande Guerre : éléments d’analyse pour une réhabilitation
En 1915, deux jeunes biterrois âgés de 15 ans, se faufilent dans la nuit pluvieuse. L’un deux au moins est enveloppé dans une cape qui masque son visage. Il s’appelle Gaston Fosset. Il est habitué à ces sorties clandestines. Son camarade se contente seulement de l’accompagner parfois, pour décoller certaines de nombreuses affiches que la propagande de guerre applique régulièrement sur les murs. Ainsi, dès 1915, ce jeune garçon du nom de Jean Moulin, aurait commencé sa carrière clandestine en décollant des affiches ? Précisons d’emblée que le corpus des 47 affiches de propagande iconographique (essentiellement pour les emprunts de guerre), à partir duquel cette information est parvenue, a surtout été récolté par Gaston Fosset 1. Doté d’une âme de collectionneur, il est rapidement conquis par ces dessins de formats variés, colorés, chatoyants, que produisent des artistes reconnus, peintres militaires comme Jouas, ou caricaturistes comme Steinlein et Poulbot. Dès 1915, le premier emprunt de guerre est lancé. Dès lors, à chaque automne, toute la ville pavoisera aux couleurs de ces affiches multicolores, apposées sur les murs ou sur les vitrines des commerçants comme l’exige le ministre des Finances, parfois même données en récompense aux zélés souscripteurs. Pourtant, il n’est pas possible de partir de cet événement pour étudier la personnalité du jeune Moulin qui ne faisait qu’accompagner son ami. Toutefois, ce détail rappelle son talent d’artiste, peu connu, et nous pousse à nous interroger sur la personnalité de ce garçon, capable de braver les interdits, dans la nuit, pour s’adonner à une passion apparemment sage : l’art.
À travers les œuvres de la guerre, sur la guerre, nous tenterons de mettre en lumière des éléments de la personnalité de Jean Moulin vers l’âge de 16 ans, comparant ensuite avec les éléments de biographies déjà disponibles, nous tenterons une recomposition de la personnalité de ce héros.
Un talent au service de la Nation
Les années 1910-1912 sont celles de la prime adolescence. Visiblement, elles furent décisives dans les orientations futures du grand résistant. En effet, depuis son enfance, Jean Moulin s’adonne à sa passion artistique : il réalise des esquisses, des dessins, souvent non datés. Sa production de l’immédiat avant-guerre, sûrement incomplète, se contente souvent de croquer des personnages méconnus, des silhouettes ; mais Moulin peint également des paysages d’apparence plutôt romantique 2. Pourtant, échappent à cette remarque deux portraits, l’un du Kaiser allemand, Guillaume II (document n° 1), l’autre, de la reine britannique, Victoria (document n° 2).
Ces deux petits portraits au crayon dénotent une volonté d’exactitude dans la représentation. En effet, le visage se découpe précisément sur un fond blanc, lequel permet de saisir le profil des deux personnages. Mais se projette en même temps, sur le côté, l’ombre des visages, qui confère alors aux dirigeants une autre personnalité, schématisée, presque caricaturale. Les traits sont soulignés et les défauts grossis ainsi, la moustache du Kaiser s’élève en deux piques menaçantes vers le ciel, tandis que les rondeurs du visage de Victoria le rendent très sévère et masculin. L’ambivalence du style, à la jonction entre le portrait et la caricature, signale une personnalité en construction. La recherche artistique y est présente, dans l’exactitude du trait ; elle renvoie à une démarche d’introspection, où domine le souci esthétique. En revanche, le sujet choisi – des chefs d’états -, comme la tendance à la caricature, démontrent que le jeune artiste s’intéresse à l’actualité, et plus précisément à la politique. La prime adolescence apparaît donc comme le moment d’un choix entre deux pistes de réflexion et de travail, apparemment antithétiques.
C’est, semble-t-il, la Grande Guerre qui va faire basculer Jean Moulin vers l’ouverture sur le monde qui l’entoure. Jean est effectivement en contact direct avec la guerre, même si elle se déroule loin de chez lui. Daniel Cordier, son biographe, rappelle le passage de troupes acclamées par les villageois de Saint-Andiol, où les Moulin passent leurs vacances durant l’été 14 ; il évoque également la propagande lycéenne intense – dont on retrouve la trace dans l’une des affiches de Gaston Fosset, à destination des lycéens – qui pousse la jeunesse à souscrire ou faire souscrire ses parents ; enfin, la presse abondante et variée, lue par son père lui apportait des informations quotidiennes sur le conflit 3. Laure Moulin, sa sœur, rappelle qu’ils ont vécu des moments intenses durant cette période : ils ont connu l’émotion de la mobilisation :
« L’ordre de mobilisation générale fut lancé. Jean et moi pûmes le voir affiché à la mairie et le lire, puisque la maison de Tante était juste en face. L’émotion était grande, les larmes se mêlaient à l’exaltation patriotique (…). 4 »
Ils ont également découvert le malheur des régions envahies puisque, très rapidement, ils hébergent une famille très pauvre de réfugiés, une mère et ses cinq enfants. Du reste, toute la famille s’investit dans le conflit : son père, trop vieux pour être mobilisé, participe activement aux activités d’intendance : transformer son collège en hôpital en août 1914 par exemple, et plus généralement, assumer toutes les tâches que sa fonction au conseil général exige. Sa mère, elle, fabrique des habits pour les soldats démunis ; sa sœur enfin, suit des cours d’infirmière à la Croix-Rouge de Montpellier. Certaines relations de Jean sont même mobilisées comme son grand ami Paul Chauvet, qui devance l’appel. Les influences susceptibles d’avoir touché le jeune garçon sont donc très nombreuses.
Le résultat se fait sentir immédiatement, comme l’écrit Laure :
« Revenus à Béziers pour la rentrée des classes, Jean se remit à dessiner à ses moments de loisir, Il s’inspirait de l’actualité : gosses à la Poulbot se livrant bataille avec des sabres de bois, bambins souffrant de la faim et du froid à qui on distribuait une soupe chaude à la maternelle, petits pauvres devant la cheminée étant vide à Noël, poilus dans les tranchées, embusqués poursuivis par la réprobation publique, stratèges en chambre, sans oublier les caricatures de Guillaume II, du Kronprinz, de François-Joseph, de Ferdinand de Bulgarie et d’autres encore. 5 »
Effectivement, pour la première fois, Jean produit un réel corpus, homogène, particulièrement engagé au cœur de l’actualité. On ne compte pas moins de 14 dessins, très aboutis 6, produits entre 1915 et 1917, ainsi qu’une quinzaine de portraits, croquis rapides de soldats, non datés, mais visiblement inspirés par le contexte ; soit un total d’au moins 27 dessins en deux ans, tous en rapport avec la guerre. Il semble alors que le jeune esthète, partagé entre son goût de l’art et son intérêt pour l’actualité ait fait, dès l’année 1915, un choix décisif : celui de privilégier l’événement qui se déroule sous ses yeux. Qu’il stigmatise les embusqués 7, qu’il vilipende les neutres 8, qu’il caricature la « race germanique » 9, ou qu’il rappelle le martyre des territoires occupés 10, tous ses dessins témoignent d’un regard essentiellement tourné vers la guerre. Aucune trace de romantisme propre à son âge, aucune recherche esthétique pure. Moulin semble avoir produit, durant la Grande Guerre, essentiellement des œuvres sur ce sujet. Le premier intérêt de ce corpus est de révéler que, bien avant l’heure de la rencontre avec l’Histoire, Moulin avait saisi l’ampleur de l’événement, au point de faire taire son penchant naturel à l’introspection.
Ce corpus, par la variété des sujets, révèle la maîtrise qu’il avait de l’événement : connaissance de l’actualité, comme l’affaire du Lusitania 11, des personnalités phares du conflit – série de caricatures -, ainsi que des thématiques récurrentes embusqués, poilus, civils. Enfin, le second enseignement de ce corpus réside dans l’affirmation très nette d’un désir d’engagement dans le conflit. Ici, le choix du dessin de presse et de la caricature comme moyen d’expression lui permettent avant tout d’exprimer son point de vue. Ainsi, dès ses 16 ans et d’une manière parfaitement adulte, il s’engage à travers ses œuvres en affûtant ses jugements. Dans son dessin sur l’embusqué 12, il vilipende, comme ses aînés, le soldat de l’arrière qui, monocle sur l’œil et jambières impeccables, se promène dans les rues de Béziers. Comme si le titre n’y suffisait pas Encore un qui ménage tes réserves de la France, le dessin rappelle le devoir de tous par la présence d’une affiche d’emprunt de guerre appelant à la souscription générale : le parallélisme entre cet embusqué, et l’affiche d’emprunt de guerre qu’il va croiser, rappelle que chacun doit défendre la patrie par les moyens qui lui sont propres : c’est ce que fait Jean Moulin.
Un autre dessin, sans titre, datant de 1915 le conduit à évoquer très crûment un autre sujet brûlant, la neutralité américaine :
Woodrow Wilson y est présenté comme un épicier sans cœur qui tire profit de la mort de ses compatriotes alors que, de ses fenêtres, il assiste au torpillage du Lusitania, son coffre fort ouvert laisse voir les monnaies de tous les belligérants européens : « mark, shilling, franc ». Des caisses contenant des armes à destination de Berlin s’amoncellent à côté des obus destinés à Paris. Accoudé à son plan de travail, le président américain fume tranquillement une cigarette. Le style est dénonciateur, à la limite de la violence il accuse le président américain de sacrifier ses ressortissants aux profits d’intérêts mercantiles. Ainsi, Jean Moulin prend position et affirme le point de vue général, avec les moyens qui lui sont propres. Même si ce corpus n’a pas eu d’autre destination que le cercle de sa famille et de ses camarades d’école, l’engagement dans l’actualité, les jugements de valeur qu’il multiplie, signalent une personnalité déjà bien trempée, nantie d’un talent de dessinateur.
Enfin, l’acte le plus significatif de son engagement dépasse le simple choix du dessin de presse contre la peinture d’atelier, ou même l’expression de son avis personnel. À l’instar des plus grands, l’adolescent s’engage dans le débat national et affiche publiquement ses opinions. Âgé de 16 ans en 1915, il parvient à publier deux de ses productions. Le 28 octobre 1915, dans La Baïonnette (document n° 4) et le 14 décembre 1915 dans La Guerre sociale (document n° 5), paraissent deux créations signées Jean Moulin :
Woodrow Wilson y est présenté comme un épicier sans cœur qui tire profit de la mort de ses compatriotes alors que, de ses fenêtres, il assiste au torpillage du Lusitania, son coffre fort ouvert laisse voir les monnaies de tous les belligérants européens : « mark, shilling, franc ». Des caisses contenant des armes à destination de Berlin s’amoncellent à côté des obus destinés à Paris. Accoudé à son plan de travail, le président américain fume tranquillement une cigarette. Le style est dénonciateur, à la limite de la violence il accuse le président américain de sacrifier ses ressortissants aux profits d’intérêts mercantiles. Ainsi, Jean Moulin prend position et affirme le point de vue général, avec les moyens qui lui sont propres. Même si ce corpus n’a pas eu d’autre destination que le cercle de sa famille et de ses camarades d’école, l’engagement dans l’actualité, les jugements de valeur qu’il multiplie, signalent une personnalité déjà bien trempée, nantie d’un talent de dessinateur.
Enfin, l’acte le plus significatif de son engagement dépasse le simple choix du dessin de presse contre la peinture d’atelier, ou même l’expression de son avis personnel. À l’instar des plus grands, l’adolescent s’engage dans le débat national et affiche publiquement ses opinions. Âgé de 16 ans en 1915, il parvient à publier deux de ses productions. Le 28 octobre 1915, dans La Baïonnette (document n° 4) et le 14 décembre 1915 dans La Guerre sociale (document n° 5), paraissent deux créations signées Jean Moulin :
Ces deux dessins, à la manière de Poulbot, évoquent le monde des enfants, et plus précisément leur cruauté naturelle, mâtinée d’innocence. Ainsi, un jeune garçon raconte à un ami comment il refuse de revoir son cousin parce qu’il a appris qu’il était « germain » (document n° 4) dans l’exemplaire de La Guerre sociale (document n° 5), les enfants continuent à se chamailler comme ils le font depuis toujours, mais sur un mode guerrier ils ridiculisent l’un d’entre eux en lui faisant jouer « l’Écossais » et le déculottant. La transposition de la guerre dans le monde des enfants prête à sourire. Elle est pourtant l’expression de la mobilisation de l’enfance à travers le thème de « l’enfant héroïque », érigé en modèle et abondamment diffusé, pour intégrer les enfants au cœur du conflit 13. Cet acte de publication, répété, apparaît d’autant plus étonnant qu’il semble parfaitement relever de la seule initiative du garçon. On sait que son père, bien qu’il admirât le talent de son fils, ne le poussait pas dans cette voie. Ce n’est donc pas de lui que cette initiative relève. Laure Moulin évoque ainsi la publication des travaux de son frère :
« Certains de ses dessins furent publiés dans des journaux de Paris, dont La Baïonnette et la Guerre Sociale de Gustave Hervé. Le premier accepté lui fut payé dix francs. Quelle joie pour lui et quelle fierté ! 14 »
Cette remarque confirme l’idée que Jean Moulin a dû travailler beaucoup ses œuvres pour leur donner une dimension publique. Il dut également faire des démarches (envoi de ses travaux, lettre de présentation) qui témoignent d’une volonté qui dépasse les motivations propres à son âge. Peut-on ici déjà parler d’ambition ? Cela prouve en tous cas que le jeune Moulin n’est pas retranché dans sa tour d’ivoire. Non seulement il a décidé de travailler sur les événements, dans leur dimension historique, mais il démontre sa volonté de participer à la lutte nationale, en s’y exprimant avec ses armes propres.
Ainsi, Jean Moulin, durant l’année 1915, a fait des choix très personnels : il a privilégié tout d’abord le regard sur le monde qui l’entoure plus que sur son propre jardin intérieur. Mais il s’est agi pour lui de représenter en dessins ses opinions personnelles sur des événements importants ; tant et si bien qu’il lui a semblé nécessaire, pour défendre la patrie, de les publier pour jouer son rôle dans la Grande Guerre. Il semble donc avoir parfaitement saisi la dimension historique de l’événement. Le jeune garçon se différencie donc de la grande majorité des enfants ou adolescents de cette époque, certes largement impliqués dans la guerre, mais qui ne furent pas actifs pour autant. Ses dessins, son début d’œuvre même, impulsés par la guerre, se différencient des simples copies d’élèves, ou même de la collection de son ami Gaston Fosset, destinée à un usage strictement personnel. Par le truchement de la guerre, Moulin révèle non seulement un goût et un talent de dessinateur, mais il l’utilise à des fins de propagande en faveur de la Patrie : il combat par la plume.
Une œuvre pourtant banale
Si ces dessins révèlent une personnalité étonnante, engagée dans la Grande Guerre à l’instar des plus célèbres, ils sont également frappés du sceau de la banalité.
En aucun cas Moulin n’innove, au contraire. Il se place, délibérément semble-t-il, dans la droite ligne des thèmes abordés durant la guerre. Ses embusqués rappellent les discours du moment ; son travail sur la neutralité intolérable, presque barbare, des Américains, répond à la vague d’« anti-américanisme » qui secoue le pays avant leur engagement dans le conflit, en avril 1917. De même, ses œuvres sur les civils, plus nombreuses, sont parfaitement conformes aux clichés de l’époque enfants abandonnés et tristes (1917), croquis de mère tenant son enfant dans ses bras, au regard noir et désolé. Toutes rappellent d’autres travaux – de Steinlein, de Poulbot, ou d’autres – qui déclinèrent à l’envie cette même idée au cœur de la culture de guerre : la haine de l’Allemand, représenté comme un barbare (document n° 6).
Les clichés qui abondent à l’époque, dans les dessins comme dans les descriptions, se retrouvent dans l’œuvre ci-dessus de Jean Moulin : la carrure massive, le casque à pointe, le regard haineux devant les pauvres enfants, seuls et sans doute orphelins, stigmatisent au plus haut point la barbarie allemande. Point d’originalité donc dans les sujets de ces travaux où les enfants sont des victimes.
Son style lui-même apparaît largement copié sur les grands. On peut ici convoquer Hansi dans la vision de la « race germanique » que propose Jean Moulin (document n° 7).
Ces portraits in situ ressemblent parfaitement aux cartes postales de Hansi, reprenant les attributs classiques du « type » allemand : lunettes sur le nez du docte Professor, toujours prompt à donner des leçons, embonpoint naturel, entretenu par une large consommation de bière 15. Enfin, caricaturant le type de la femme allemande dans le document n° 8, il marche sur les traces d’Abel Faivre qui a, lui aussi, produit des cartes postales ironisant sur le goût vestimentaire des allemandes, qui cherchent à concilier les exigences de la mode et de la guerre 16 :
Toutefois, c’est l’influence de Poulbot qu’il revendique avant tout – de manière un peu puérile – dans le dessin publié dans La Baïonnette, à travers un graffiti apposé sur le mur de la ville : « Vive Poulbot ». De fait, nombre de ses dessins empruntent au maître. Tout d’abord, comme lui, il privilégie les scènes d’enfants sur le corpus étudié, environ 30 % des dessins contiennent des enfants, soit 1/3 du total. On y retrouve les scènes où la naïveté enfantine est montrée, parfois dans toute sa cruauté. Ceux-ci imitent les adultes en toute innocence et jouent à la guerre. Pourtant, leur perception sert souvent à souligner une critique du monde de l’arrière qui, confiné dans son quotidien, semble déconnecté des intérêts de la nation. Dans ces images, ce sont alors les enfants qui rétablissent le lien entre le front et l’arrière, en rappelant avec humour, le devoir à accomplir : c’est le cas du document n° 4, précédemment présenté, qui montre cette maman inquiète pour son rejeton, interrompue dans son ménage, alors que son fils n’a qu’un regret, bien légitime en ces temps de guerre avoir perdu la bataille contre ses petits camarades. Stéphane Audoin-Rouzeau rappelle combien ces images véhiculent le thème de « l’enfant-héroïque », présenté comme un modèle aux plus jeunes, et qui :
« … pour être pleinement héroïque, (…) se doit d’être le plus enfant possible, car c’est le fait d’être un enfant au sens strict, qui donne toute sa valeur à ses actions d’éclat. 17 »
Ces situations décalées sont identiques à celles qui font le charme des dessins de Poulbot. Le style est recopié, sans invention, avec la maladresse en plus à la manière de Poulbot, Moulin plante le décor avec quelques accessoires qui confèrent à l’œuvre sa tendresse et son humour ; quelques pierres, un arbre décharné, un sabre de bois le décor est campé dans une apparence de réalité 18. Si Moulin abuse parfois de ces quelques ustensiles, il marche cependant dans les pas du maître, jusque dans l’imitation de la signature.
Du choix des thèmes au choix des styles, Moulin se contente d’imiter. Il reste en cela un adolescent, c’est à dire un adulte en formation, qui cherche sa voie en expérimentant différentes pistes. Ce corpus nous fait donc assister à l’émergence de la personnalité de Jean Moulin, à la fois hors du commun par le type d’investissement dans cette guerre, mais qui se révèle, en même temps, encore très jeune, sous l’influence des modèles qu’il s’est choisis.
Un enfant héroïque
L’œuvre de guerre de Jean Moulin a révélé différents aspects de son caractère. À travers une pratique artistique, qui pourrait tendre à l’exclure du monde qui l’entoure, Jean fait cependant le choix du dessin de presse et de la caricature, qui vont dans le sens d’un engagement et d’une prise de position sur les événements. Il pousse cet engagement jusqu’à publier dans deux revues célèbres. On découvre donc un adolescent patriote, et particulièrement engagé face à l’événement qui secoue son pays entre 1914 et 1918. Pourtant, il semble encore en pleine maturation : le choix de ces thèmes reste parfaitement conforme à ceux de la guerre ; son style lui-même est largement copié sur les artistes les plus célèbres du moment. On oscille donc entre le génie et la banalité.
Génie et banalité, ce sont deux caractéristiques qui, justement, fondent la personnalité de deux enfants hors du commun, étudiés par Stéphane Audoin-Rouzeau. Ainsi, à propos d’un poème précoce, écrit à l’âge de 11 ans et demi par Anaïs Nin, il nuance :
« poème dont l’existence même fait le caractère exceptionnel, mais poème très banal au fond. 19 »
Il rappelle également la banalité de certains propos tenus par Yves Congar, qui dès l’âge de dix ans, tint un journal, y consignant le quotidien des territoires occupés, exprimant son patriotisme et sa haine des Allemands à travers des témoignages, des poèmes et des dessins 20. L’analogie avec ce dernier est même frappante Yves Congar rêvait de publier son journal 21 : Jean Moulin réalise ce rêve en 1915. Yves voulait bouter l’envahisseur hors de son territoire 22, Jean le met en scène dans son Furia Francese !, par le truchement des enfants qui jouent à la guerre. On peut envisager alors, de manière nouvelle, l’adolescent que fut Jean Moulin durant la première guerre mondiale. La banalité des thèmes ne signale pas la mièvrerie de l’engagement, mais renvoie au contraire à une parfaite adéquation avec les valeurs de l’époque. Stigmatiser l’ennemi, vilipender les lâches, c’est participer à la culture de guerre qui véhicule, entre autre, la haine des Allemands. La banalité même de l’œuvre de Jean Moulin témoigne donc qu’il ne fut pas en marge de l’événement comme ses biographes l’affirment, mais bien qu’il fût au cœur de la guerre totale, comme tous les enfants de l’époque. De plus, Moulin ne se contente pas d’être une victime de cette culture de guerre. Il pousse plus loin son engagement et choisit d’y être un acteur. Il publie, il stigmatise, il dénonce et moralise, et par là même, participe activement à la propagation de cette culture. Finalement, en dehors des critères d’excellence ou de banalité, la preuve majeure de l’impact de la guerre sur Jean Moulin et de son engagement en retour, c’est qu’il se révèle tout d’abord, puis se met en avant. Et c’est ce dépassement de soi qui constitue l’essentiel de l’engagement de l’enfance en guerre :
« Les deux institutions majeures d’encadrement et de socialisation de l’enfance en dehors de la famille, c’est à dire les écoles et les Églises, mais aussi les principaux vecteurs culturels, tous se sont proposé de conduire les enfants au cœur du conflit et de les y maintenir. Cette constatation permet de parler d’une « mobilisation de l’enfance », mobilisation qui comprend d’ailleurs un volet matériel par l’appel à leurs finances et leur force de travail dans le cadre scolaire. Mais ce qui leur est demandé en priorité est plutôt une action de soi sur soi, un effort de type intellectuel, moral, affectif, spirituel aussi. 23 »
Le cas de Moulin est donc particulièrement intéressant : à la fois il est un enfant-héroïque, qui se dépasse, qui combat par sa plume et répond donc aux critères de la propagande à destination des enfants ; en même temps – et il est exemplaire en cela -, il choisit lui-même de contribuer à cette propagande en proposant, à la manière de Poulbot, un modèle d’enfant-héroïque, comme si lui-même n’en faisait plus partie. Et c’est là la dernière ressemblance avec Yves Congar de même que Stéphane Audoin-Rouzeau relève dans les cinq cahiers qui constituent son Journal de la guerre, les différentes étapes d’un parcours initiatique au cœur de la violence de guerre 24, de même la Grande Guerre fut pour Jean le temps d’un parcours initiatique, ou il put faire ses preuves avant d’intégrer le monde des adultes : voilà finalement le sens de son acte de publication, dépassement de soi et affranchissement de l’autorité paternelle que l’on peut envisager comme un acte héroïque 25. La première guerre mondiale a donc favorisé le passage de l’enfance à l’âge adulte, par une prise de conscience de la violence de guerre.
Elle a déterminé des choix qui ne se démentiront jamais : la passion de l’art et la défense de la Patrie.
Pour une recomposition du personnage
Pourtant, les biographes les plus reconnus de Moulin sont très critiques sur la personnalité de l’adolescent durant cette période ou il rencontre l’histoire pour la première fois. Ils évoquent plutôt un jeune garçon replié sur son monde personnel, peu intéressé par la nation et ses problèmes. Pierre Péan présente une personnalité ambivalente, influencée par la forte personnalité du père, mais plutôt soucieux de sa tranquillité : « Déjà, Jean Moulin s’affirme comme un personnage complexe. Il est capable de reproduire les discours du père et de donner l’impression qu’il les fait siens, mais d’autres de ses devoirs révèlent une personnalité duale, tenant plusieurs discours avec la même sincérité, promettant de se soumettre à la loi, à l’ordre dominant pour avoir la paix et se replier sur son monde secret » 26. Quant à Daniel Cordier, il précise qu’« en dépit de l’exemple que lui donnait son père, rien ne révèle dans l’enfance et l’adolescence de Jean Moulin un goût affirmé pour la politique militante, le service de l’État et moins encore une disposition pour le martyre. Sa scolarité passable, sa passion et ses dons précoces pour le dessin semblaient davantage le porter vers une carrière artistique 27 ». On obtient donc le portrait d’un adolescent relativement introverti, occupé à ses dessins plus que préoccupé par les affaires nationales – ici la guerre. Pourtant, comme nous l’avons démontré, cette dualité, sans doute encore présente dans d’autres domaines d’expression du jeune garçon, ne s’affirme pas dans sa production artistique, au contraire.
Mais l’ambiguïté n’est pas le plus gros reproche que lui font ses biographes. On regrette surtout son patriotisme de circonstance : prompt à s’enflammer par écrit, on le découvre peu enclin à devancer l’appel, pour finalement, ne pas se battre.
« Malgré ses déclarations patriotiques, il ne s’engage pas pour sauver la nation en guerre. 28 »
… écrit Pierre Péan. Daniel Cordier surtout, rappelle dans La république des catacombes : qu’
« En 1917, après avoir passé son baccalauréat sans éclat, il renonça, à l’instigation de son père, à sa vocation artistique, ne s’engagea pas dans l’armée et s’inscrivit à la faculté de droit de Montpellier. Simultanément, grâce aux relations de son père, il entre au cabinet du préfet de l’Hérault comme attaché. Il fut mobilisé, à dix-neuf ans, au début de 1918. L’armistice du 11 novembre le surprit quelques mois plus tard à l’arrière du front, dans les Vosges, sans qu’il eût lamais combattu. 29 »
De cette citation ressortent deux faits essentiels : il ne s’est pas engagé ; il a utilisé ses connaissances pour entrer au cabinet du préfet. Ces deux considérations, juxtaposées, stipulent que Moulin aurait dû partir, mais qu’il a bénéficié d’avantages liés à la position de son père. Cordier, dans ces quelques lignes, brosse donc un tableau dévastateur du jeune personnage : Jean Moulin a manqué à son devoir. Cette défaillance est même renforcée par le fait que sa correspondance ne contient aucune remarque sur la guerre, aucune exclamation patriotique, ni même joyeuse devant la victoire qui s’approche. Ses centres d’intérêt sont particulièrement futiles et décevants : ils résident dans la nourriture et ses tenues. Et Daniel Cordier de conclure :
« Au moment où l’on espérait voir percer ce caractère intrépide, on ne découvre qu’une litanie de platitudes égrenées dans des lettres qui ne sont rien moins qu’héroïques. 30 »
L’impression générale est définitive : Moulin était un adolescent totalement décalé des réalités de la guerre, voire un de ces embusqués qu’il raillait dans ses dessins.
Tentons tout d’abord de rétablir les faits premièrement, le père de Jean Moulin n’aurait jamais accepté d’aider son fils à échapper à son devoir, lui pour qui la Patrie était placée au dessus de tout. Son affectation au 2e génie de Montpellier ne relève pas du trafic d’influence, mais visiblement du hasard, puisque sa sœur écrit combien la famille était, certes heureuse, mais également inquiète d’un prochain départ pour le front :
« Nous étions heureux qu’il soit si près de nous, mais pleins d’inquiétude pour l’avenir. Avec cette guerre qui n’en finissait plus, Jean avait encore le temps de monter au front et de se faire tuer comme les autres. 31 »
Enfin, il ne s’est pas substitué à son devoir puisque
« l’armistice trouve Jean à Chams, alors qu’avec sa compagnie, ils étaient prêts à monter en première ligne. 32 »
Jean Moulin a donc eu de la chance celle d’avoir son âge et d’être mobilisé à la fin de la guerre ; celle également de ne pas monter directement en première ligne. Mais il n’a pas failli à son devoir.
Pourquoi alors ce portrait acéré du jeune homme ? Culte du paradoxe, destiné à souligner la personnalité héroïque de l’adulte quelques années plus tard ?
Tout d’abord, il faut reconnaître la faible quantité des sources disponibles sur la période. Les quelques lettres de Jean Moulin à sa famille, très futiles et déconnectées du réel, ne parlent pas en sa faveur. Pourtant, il semble que la vision de l’adolescent soit plutôt le produit de la seconde guerre mondiale. Ainsi, c’est dans le contexte particulier de la résistance que Jean Moulin s’est révélé. Il y est mort en martyr, et les conditions dramatiques de sa mort, dans une période particulièrement douloureuse pour la France, contribuent à l’enfermer dans un rôle de héros national. Il devient alors impossible de le voir autrement, et son adolescence – sur laquelle lui-même ne peut plus apporter d’éclaircissement – est relue à la lumière de son héroïsme. Daniel Cordier le dit bien l’historien attend cette rencontre de Jean Moulin avec l’événement et,
« pour la deuxième fois, [il] sera déçu. »
Plus loin, on apprend que s’il n’a pas donné toute sa mesure c’est que,
« ce sont les circonstances qui l’ont trahi. »
Moulin est présenté comme si toute sa vie, il avait attendu le moment de devenir le héros qui dormait en lui :
« (…) rien ne révèle dans l’enfance et l’adolescence de Jean Moulin un goût affirmé pour la politique militante, le service de l’État et moins encore une disposition pour le martyre. 33 »
Moulin est prisonnier de ce courage qui, durant la résistance, a fait de lui un héros. Daniel Cordier lui-même évoque, à propos du comportement de Jean Moulin durant la Grande Guerre, …
« (…) la déception que l’on peut éprouver devant une attitude peu conforme aux stéréotypes du héros dans lesquels le souvenir de Jean Moulin s’est figé. 34 »
Enfin, c’est dans la culture de la résistance qu’il faut chercher les marques de ce discrédit jetées sur l’adolescent. Daniel Cordier, son principal biographe, fut son secrétaire dans la clandestinité. Il l’a donc connu à cette époque, qui devient fondatrice de leur relation. Pour lui, ce moment est donc un point de départ, une origine, et il ne peut l’envisager comme une étape dans la maturation d’une personnalité, dont les années de la construction étaient celles justement de la Grande Guerre. De plus, étant lui-même un résistant, il véhicule cette culture de la résistance, qui repose sur des valeurs différentes de celles de la Grande Guerre : celle du combat physique et du sacrifice, héritées de la Grande Guerre, mais qui doit avoir été précédé d’un engagement spontané. Ainsi, à plusieurs reprises, il évoque le fait que Jean Moulin ne s’est pas battu parce qu’il n’a pas devancé l’appel, spontanément :
« En 1917, après avoir passé son baccalauréat sans éclat, il renonça, à l’instigation de son père, à sa vocation artistique, ne s’engagea pas dans l’armée et s’inscrivit à la faculté de droit de Montpellier Simultanément, grâce aux relations de son père, il entre au cabinet du préfet de l’Hérault comme attaché. Il fut mobilisé, à dix-neuf ans, au début de 1918. L’armistice du 11 novembre le surprit quelques mois plus tard à l’arrière du front, dans les Vosges, sans qu’il n’eût jamais combattu. 35 »
… et surtout, dans son premier ouvrage :
« Cette rencontre de Jean moulin avec la guerre est attendue par l’historien : va-t-il enfin donner sa mesure ? Celle qu’il s’est lui même dictée dans ses devoirs de collégien. Pour la deuxième fois, on sera déçu : l’armistice interviendra deux mois après son arrivée à Socourt, sans qu’il ait combattu. 36 »
Finalement, ce qui lui est essentiellement reproché, c’est de ne pas s’être battu, après ne s’être pas engagé. Et on trouve là les marques d’une mystique combattante spontanée, constitutive de la mémoire résistante. Comme l’écrit Robert Frank :
« À la différence des poilus de 1914-1918, dont l’héroïsme est reconnu immédiatement et unanimement, les « patriotes » de 1940-1944, avant d’être consacrés comme des héros, étaient considérés comme des « rebelles. 37 »
Il n’y a pas de traces de révolte dans l’adolescent que nous avons vu et c’est ce qui a faussé les analyses. L’investissement des jeunes durant la Grande Guerre est ainsi jugé à l’aune de valeurs propres à une culture résistante, fondée pendant et après la seconde guerre mondiale. L’attente de la mobilisation par Jean Moulin rappelle peut-être même l’attentisme de la grande majorité des Français durant la seconde guerre mondiale, attentisme dont on sait combien il a pesé dans la mémoire collective de ces années, que l’on dit « noires ». Attendre en temps de guerre est donc coupable. Et Jean Moulin, que l’on a vu répondre particulièrement aux critères de l’engagement dans la culture de la Grande Guerre, apparaît cependant coupable de n’avoir pas agi devant l’événement 14-18 avec les valeurs qui sont en réalité celles de la résistance. La perception du personnage est donc le fait d’une méconnaissance des réalités de la première guerre mondiale, et plus particulièrement de ce qui fonde l’engagement des jeunes à cette époque. Les visions actuelles sur la jeunesse de Jean Moulin sont empreintes d’une culture de guerre qui n’est pas celle de 1914-1918.
Peut-on alors tenter, sans risque de téléologie, de cerner l’héritage de la Grande Guerre dans l’engagement héroïque de Moulin dès 1940 ? Certaines composantes sont en effet, dès cette époque, définies très largement : Moulin se dépasse, comme les autres. Pour la guerre, pendant la guerre, il fait des choix entre deux pans contradictoires de sa personnalité : l’introspection et la jouissance artistique ; l’art placé au service des idées, en fait. Comme tous, il est saisi par l’importance de l’événement, qui devient un sujet de prédilection. Il fait le choix enfin de l’engagement public, par le biais des dessins de presse présentés au public. Enfin, comment ne pas lire, dans ce prime épisode de l’âge adulte, une répétition en miniature de ce qui se passera 26 ans plus tard ? En effet, Laurence Bertrand-Dorléac a souligné la propension de Jean Moulin à la double vie, avant mais surtout pendant la résistance, quand il utilisait le métier de galeriste comme couverture à ses activités clandestines. Cette double vie lui permettait d’assouvir en même temps sa passion pour l’art et son dévouement à la Patrie 38. Ambivalence notable qui s’est manifestée dès 1915 on retrouve la même propension à mêler passion artistique et engagement patriotique, comme si, pour lui, ces deux-là étaient indissolublement liés. Nous savons désormais combien la Grande Guerre a pu jouer un rôle fondateur dans cette double activité, puisque l’art fut pour lui le moyen de s’agréger à la communauté des adultes en se dépassant pour manifester son patriotisme. La guerre a donc fonctionné comme un catalyseur de ces valeurs qui seront portées à leur paroxysme en 1940, par le contexte nouveau de l’occupation et de la résistance.
En définitive, l’œuvre de jeunesse du grand résistant est riche de deux enseignements. Tout d’abord, lorsque l’on replace l’adolescent dans son contexte, on découvre une personnalité complexe, en pleine maturation, mais surtout totalement différente de celle qu’on présentait jusque-là. Du même coup, c’est une occultation que l’on met au jour : celle de la culture de la Grande Guerre par la mémoire résistante, qui n’a pas permis de comprendre la mesure de la personnalité du jeune dessinateur. Mais surtout, la dimension historiographique de l’analyse témoigne peut-être qu’un seuil a été franchi après la seconde guerre mondiale de la mobilisation totale des enfants au cœur de la grande guerre, par le biais des vecteurs culturels et affectifs, on est passé à un stade nouveau, où le patriotisme réside dans l’acceptation de mourir en martyre, quel que soit son âge désormais. Jean Moulin incarne cet héroïsme là. Du même coup, son engagement de jeunesse en a été dévalorisé. Rétablissons les faits Jean Moulin s’apparente à l’enfant-héroïque de la Grande Guerre avant de devenir un héros de la Résistance. Il repose pour l’éternité dans le Panthéon des gloires nationales.
Notes
1. Cette information a été confirmée par le fils de Gaston Fosset, Monsieur Fosset, qui possède la collection d’affiches léguées par son père. Nous le remercions pour l’aide qu’il a bien voulu nous apporter dans notre travail.
2. Voir la collection du musée des Beaux-Arts de Béziers, léguée en 1975 par sa sœur, Laure.
3. Cordier, Daniel, Jean Moulin, L’inconnu du Panthéon, une ambition pour la République juin 1899-juin 1936, J-C. Lattès, 1989, p. 367-368.
4. Moulin, Laure, Histoire de la résistance, Tome 1, Paris, Éditions de Crémille, 1970, p. 66.
5. Moulin, Laure, op.cit., p. 67-68.
6. Dont deux dessins évoqués dans la citation de Laure Moulin et dont nous ne disposons pas ici : « petits pauvres devant la cheminée étant vide à Noël, poilus dans les tranchées » ainsi que des caricatures comme celle de François-Joseph ou Ferdinand de Bulgarie. Nous ne tenons pas compte de deux autres illustrations dans le journal du lycée qui représentent des professeurs de la classe, sous les traits de soldats. On ne parlera pas ici de dessin politique, mais on constate qu’ils restent en prise sur l’événement.
7. Musée des Beaux-Arts de Béziers, Dessins et aquarelles de Jean Moulin, Béziers, Presses du Languedoc, 1993, p. 44.
8. Voir document n° 3.
9. Voir document n 7.
10. Voir document n 6.
11. Voir document n° 3.
12. Musée des Beaux-Arts de Béziers, Dessins et aquarelles de Jean Moulin, Béziers, Presse du Languedoc, 1993, 91 p.
13. Sur le sujet de « L’enfant héroïque », se reporter à Audoin-Rouzeau, Stéphane, La guerre des enfants 1914-1918. Essai d’histoire culturelle, Paris, Armand Colin, 1993, p. 107 à 156.
14. Moulin, Laure, op.cit., p. 67-68.
15. Voir Hansi, collection de cartes postales du Musée d’Histoire Contemporaine.
16. Voir Abel Faivre, collection de cartes postales du Musée d’Histoire Contemporaine.
17. Audoin-Rouzeau, Stéphane, op.cit., p. 141.
18. Voir Furia Francese !, dessin de 1916 paru in Musée des Beaux-Arts de Béziers, Dessins et aquarelles de Jean Moulin, Béziers, Presses du Languedoc, 1993, p. 44.
19. Audoin-Rouzeau, Stéphane, « Une enfance catholique dans la Grande Guerre. Le « journal d’enfance » d’Anaïs Nin » in Chaline, N-J, Chrétiens dans la première guerre mondiale, Paris, Le Cerf, 1993, p. 38.
20. Audoin-Rouzeau, Stéphane, L’Enfant Yves Congar. Journal de la guerre de 1914-1918, Paris, Cerf, 1997, 295 p.
21. Audoin-Rouzeau, Stéphane, op.cit., p. 21.
22. Audoin-Rouzeau, Stéphane, op.cit.
23. Audoin-Rouzeau, S., Becker, A., 14-18 retrouver la guerre, Paris, Gallimard, 2000, p. 132.
24. Audoin-Rouzeau, Stéphane, L’Enfant Yves Congar. Journal de la guerre de 1914-1918, Paris, Cerf, 1997, p. 279.
25. Du reste, cette idée est renforcée par le fait que l’année 1917 marque la fin de sa scolarité et son entrée rapide dans le monde préfectoral on ne trouve plus alors de dessins de presse ni de caricatures après cette date. Jean Moulin est devenu un adulte.
26. Péan, Pierre, Vies et morts de Jean Moulin, Paris, Fayard, 1998, p. 22.
27. Cordier, Daniel, Jean Moulin, La république des catacombes, Paris, Gallimard, 1999, p. 30.
28. Péan, Pierre, op.cit., p. 23.
29. Cordier, Daniel, op.cit, p. 30.
30. Cordier, Daniel, Jean Moulin, l’inconnu du Panthéon, Une ambition pour la République, Paris, J.-C. Lattès, 1989, p. 409.
31. Moulin, Laure, op.cit., p. 76.
32. Moulin, Laure, op.cit., p. 80.
33. Cordier, Daniel, Jean Moulin, La république des catacombes, Paris, Gallimard, 1999, P. 30.
34. Cordier, Daniel, Jean Moulin, l’inconnu du Panthéon, Une ambition pour la République, Paris, J.-C. Lattès, 1989, p. 384.
35. Ibid.
36. Ibid., p. 409.
37. Frank, Robert, « La mémoire empoisonnée », in La France des années noires, de l’occupation à la libération, Paris, Seuil, 1993, p. 489.
38. Cité par Jean-Louis Panicacci, « Jean Moulin artiste, résistant, marchand de tableau », in Vingtième Siècle, Revue d’histoire, Paris, Presses des Sciences Politiques, 2000, p. 125.
