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Description

Corsaires barbaresques et esclaves corses à Sète en 1751 :
Entre fait divers local et affaire d'État

* Assistant principal de conservation du Patrimoine,
Archives départementales de l’Hérault. fsabatier@herault.fr

Un navire en détresse

En cette fin de journée du 6 octobre 1751, les assauts de la tempête qui balaie les flancs du mont Saint-Clair font frémir les rares herbages qui en parsèment le sommet. Abrités du vent, les membres de la milice garde-côtes du port vaquent à leur surveillance ordinaire. La tâche est aisée en ce début d’automne, car les fortes bourrasques qui secouent le littoral depuis quelques jours ont considérablement restreint toute navigation. La journée s’est donc déroulée sans encombre, quand brusquement, l’un des factionnaires chargés de scruter l’horizon reste en arrêt devant le lointain. Il vient d’apercevoir, croisant au grand large, un bâtiment dont il ne distingue pour l’heure qu’une silhouette. Au fil des minutes, il commence à mieux discerner les formes d’un navire de taille moyenne qui semble cingler avec difficulté en direction du port. La lenteur avec laquelle il s’approche indique à notre garde-côte que son gréement a l’air d’être sérieusement endommagé. Lorsque le navire parvient enfin à bonne distance du poste de guet, les garde-côtes déterminent enfin précisément le modèle et l’origine de l’esquif : il s’agit d’une galiote tunisienne, armée pour la course et qui semble avoir « couru la mer avec un fort mauvais temps » 1.

Angel Cortelini (1858-1912)
Fig. 1 Angel Cortelini (1858-1912) - Le chebec du marin espagnol Antoine Barcelo (au centre) face à deux galiotes de la régence d'Alger (1738), Madrid, Musée de la Marine.

Tout à coup, alors que l’embarcation en détresse engage sa manœuvre pour entrer dans le port, un passager se met à courir sur le pont, enjambe le bastingage et se jette à l’eau. Tandis que l’individu entame une nage effrénée en direction du rivage le plus proche, un « marin turc » plonge à sa poursuite dans les eaux froides du chenal afin de le rattraper. Peine perdue, car après quelques énergiques brassées, le premier matelot réussit à atteindre la berge tandis que son poursuivant se voit stopper net dans sa nage, « couché en joüe par la sentinelle du port ». Alors que ce dernier, aidé de ses acolytes, parvient à remonter à bord de la galiote, le fuyard quant à lui reprend son souffle sur la grève. On apprend alors rapidement que le marin ainsi échappé n’est autre qu’un « esclave chrestien de l’isle de Corse » détenu à bord de la galiote avec deux autres de ses congénères.

Cette péripétie ne ralentit pas la course du navire qui continue sa manœuvre d’entrée dans le port et parvient, tant bien que mal, à s’immobiliser face au quai abritant le bureau de Santé. La soirée étant bien avancée, les gardes décident de reporter l’interrogatoire du capitaine du bateau et se bornent à établir une surveillance du bâtiment pour la nuit.

Les premières mesures administratives

La fuite de deux esclaves

Les frais du séjour des Turcs à Sète

Le sort du raïs

En conclusion

Bibliographie

Notes

1.ADH, C 6572. Lettre d’André François du Pouget de Saint-André, lieutenant général de l’Amirauté à Sète, à Jean Emmanuel Guignard, vicomte de Saint-Priest, intendant de Languedoc, datée du 7 octobre 1751.