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2.00

Description

Du naturisme à l’écologie humaine : les sports de nature dans l’histoire

Étudier les sports de nature implique d’en délimiter ce qu’ils ont d’essentiel pour entrer dans cette catégorie. Une première approche s’appuie sur la liste des sports de nature qui découle de la loi du 6 juillet 2000 relative à l’organisation et à la promotion des activités physiques et sportives. Cette catégorisation, en prise avec les représentations sociales de gestionnaires du sport, s’établit en trois groupes d’activités selon l’élément naturel qui les rassemble. Cette perception ne semble plus d’actualité. En effet, cette classification « technique » laisse place, avec la création des plans départementaux des espaces, sites et itinéraires (PDESI), au seul regard sur les espaces de pratique que ces sports nécessitent. Ce changement est peut-être lié au fait qu’il est devenu très difficile de suivre l’évolution des pratiques sportives en raison de la prolifération de leurs « métissages »… et de l’usage transversal des éléments naturels, à l’exemple du moderne kite-surf qui est tout à la fois nautique et aérien. Ce changement de perspective nous interroge sur la complexité des pratiques et sur l’évolution du rapport des hommes à la nature.., depuis cent ans.

Le choix du titre de cet article peut surprendre ceux qui, aujourd’hui, pratiquent les sports de nature avec un engagement psychologique et physique très éloigné de la conception et de l’usage de la nature à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. S’ils perçoivent bien l’enjeu actuel d’une préservation de l’intégrité du milieu naturel pour des raisons liées à la survie des espèces vivantes, il est peut-être utile de rappeler que les idées dans l’air du temps, au début du XXe siècle, attachaient un intérêt particulier aux effets mécaniques des éléments naturels sur l’organisme humain, en vue d’une hypothétique « régénération ». La manière de penser la nature reposait sur l’idée fondamentale que le contact de l’homme avec celle-ci, par ses éléments tels l’air, l’eau, le soleil, la terre ou la végétation, était bénéfique pour sa santé et son épanouissement global. Cette conception s’appuyait sur la croyance en l’existence de lois naturelles qui régissent la vie de chacun. Avec le recul de l’histoire, ce regard hygiéniste s’inscrit dans une conception médicale de la santé qui intègre les bienfaits constatés de la climatothérapie. Sylvain Villaret nous apprend « (qu’) à la fin du XIXe siècle la climatothérapie constitue un vecteur privilégié de diffusion des thèses naturistes (…). Ses promoteurs envisagent de façon complémentaire l’action de l’air, du soleil, de la température, et des effluves magnétiques du sol, du vent, de la pluie sur l’individu appréhendé dans sa globalité (…). Le spectre lumineux, l’ensoleillement propre à un lieu, sont censés avoir des incidences sur la qualité de l’air. La puissance curative de la nature est (…) glorifiée au détriment des traitements allopathiques  ».

Comment expliquer l’émergence de cette manière de penser le rapport de l’homme à la nature ?

Pour Georges Vigarello, ce retour à la nature est une valorisation « de vastes projets moralisateurs (…). Revenir à la nature, c’était promouvoir une vertu contre une décadence. L’hygiène de la fin du XIXe siècle, les discours sur l’air, les thérapies de la lumière et du soleil rencontraient leur version conservatrice où la terre était essentiellement celle d’archaïsmes oubliés et de traditions perdues ». Cet auteur oriente son interprétation sur les idées qui émergent en cette fin de XIXe siècle et les inscrit dans le contexte frileux d’un « retour à la terre » en réaction contre l’avancée des sciences, des technologies et des savoirs rationnels. C’est aussi ce que souligne André Rauch qui démontre que cette pulsion se justifie par la réalité d’une amélioration des résistances de l’organisme humain à partir d’une vie plus rustique. Ce retour à une vie plus naturelle s’accompagne d’une mise en doute des bienfaits supposés du progrès scientifique.

On peut comprendre cette démarche qui illustre un refus des conditions de vie engendrées par un urbanisme envahissant, voire oppressant. Les idées qui lui donnent une cohérence interprétative sont à la source d’un naturalisme compensateur, voire libérateur, des méfaits d’une industrialisation non maîtrisée et de conditions d’hygiène déplorables dans les villes. Pourtant, cette perception n’est pas novatrice et s’inscrit dans le droit fil de la philosophie de Jean-Jacques Rousseau dans laquelle la nature est, par essence, pure, car fabriquée par Dieu. La nature est salutaire pour l’homme corrompu par la société !

Comment est-on passé de l’idée d’un rapport actif à la nature à la pratique d’activités dites « de plein air » ?

Informations complémentaires

Année de publication

2010

Nombre de pages

20

Auteur(s)

Christian GUIRAUD

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf