Les Amis de Clio

Cahiers du Haut Vidourle N° 8 - juin 1999

Histoire et Ethnologie
en Piémont Cévenol

60 pages

Amis de Clio Avant-propos

Cette nouvelle livraison des Cahiers du Haut-Vidourle marque un enracinement plus profond de ses auteurs dans l’espace patrimonial de cette partie des Cévennes. Les articles se croisent dans le temps et l’espace, des ères géologiques aux temps modernes ; les centres d’intérêt interpellent à la fois, la spéléologie, l’ethnologie pure, la science démographique et la monographie solide et documentée. C’est dire combien l’histoire autour du Vidourle demeure riche et féconde.

La contribution de Roland Castanet peut paraître brève. Une courte notice accompagne la présentation d’un araire photographié par Hervé Hugot. Rien de bien nouveau apparemment si ce n’est que l’historien est demeuré comme le rappelait Hérodote, celui qui enquête. Grâce à l’enquête orale, au contact direct avec l’ancien utilisateur, l’objet obsolète retrouve sa fonction ; le témoin-acteur reprend la parole et livre les astuces d’une technique de labour bien perdue de nos jours. L’araire désuet apparaît bien adapté aux sols légers des Cévennes dont il égratigne à peine la surface. La traction humaine évoquée nous éloigne des lourds charruages des plaines de la Beauce.

Jacques Deschard demeure fidèle à l’histoire de Sauve. Il nous livre ici quelques réflexions d’historien démographe à partir de son travail premier, celui du généalogiste. Il a patiemment étudié, reconstitué toute l’histoire des familles sauvaines, comptabilisé les unions, retracé les périples des époux et ce pour les deux religions qui composaient alors la population de Sauve au temps de l’Ancien Régime. Par rapport à quelques tendances qui se dégagent des chiffres – notamment les motivations premières des conjoints exogènes -, l’auteur avance quelques éléments d’explication qui ne manquent pas d’intérêt. Ses recherches sur le temps long à Sauve méritent d’être rapprochées de celles effectuées il y a quelques années sur cette même commune.

La curiosité de Jean-Marie Colomina l’emmène vers d’autres lieux. Il nous avait avoué sa passion pour les profondeurs et les cavités cévenoles dans une introduction remarquable. Après avoir aiguisé notre curiosité il nous entraîne dans ce monde chtonien que nous côtoyons sans bien le percevoir. L’aventure humaine en ces lieux met en vedette les pionniers de la spéléologie cigaloise, avides de traquer le Vidourle et son cours souterrain autour de la grotte de la Roquette et de la grotte résurgence de la Paulerie. A travers ces lignes, on comprend mieux que si le fleuve disparaît en surface, il n’en continue pas moins de s’agiter dans les profondeurs de la roche. La découverte de la galerie fossile est de ce fait passionnante. La longueur des périples accomplis sous terre rend au Vidourle toute la majesté qu’il semblait avoir perdu en surface. Malgré le travail accompli, le fleuve cévenol n’a toujours pas livré ses derniers secrets.

Paul Adgé est un érudit cigalois. Comme tout passionné, il cultive le don de trouver des documents rares et inédits qu’il éclaire de sa connaissance parfaite de l’histoire de la ville. A ce titre on ne peut que regretter l’intermittence de ses contributions, mais si l’auteur est historien de cœur, il est aussi témoin de l’histoire à laquelle il participe. Ici Paul Adgé retrouve son siècle de prédilection, le XVIIIe. Son article permet de restituer correctement l’importance du réseau de fortification qui enserrait alors la ville de Saint-Hippolyte-du-Fort. Tout en s’appuyant sur un rapport fort détaillé sur l’état de la ville, l’auteur ne manque pas grâce à ses notes d’en corriger les erreurs ou d’en faire une critique judicieuse.

Puisque le numéro 9, daté de janvier 2000 marquera l’entrée dans la dernière année de ce millénaire, il nous a paru bon de consacrer un numéro spécial au fleuve qui fait l’unité géographique de notre région : le Vidourle. Nous sommes prêts à rassembler dans ce numéro spécial toutes les informations qui touchent le Vidourle (géologie, hydrologie, faune, flore, histoire, économie, iconographie, poésie, littérature… ). Un appel à contribution est lancé pour que ce numéro soit une réussite et pour que puissent continuer à durer Les Cahiers du Haut-Vidourle !

Sommaire

Un Araire

Provenance : mas de Perdiguier, commune de Sauve.
Dimensions : age monoxyle de 173 cm, chaque branche de la fourche mesurant 100 cm ; écartement : 40 cm ; soc : 50 x 4 cm ; poids total : 5 kg.
Matériaux : bois, acier.
Date de fabrication : inconnue.
Date de dernière utilisation : inconnue, antérieure aux années trente de ce siècle.

Monsieur Jean Blanc, qui a trouvé cet araire dans les objets du mas qu’il a vendu, ne l’a jamais vu utilisé. Cet araire a une fonction bien spécifique : il sert à marquer, dans un champ labouré prêt à la semence des céréales (blés), les raies entre lesquelles le semeur va jeter les grains.

Pour cela, il faut trois cannelles (c’est-à-dire des petits roseaux coupés comme des piquets). Une (1) marque le départ de la raie, une (2) signale l’arrivée, à l’autre bout du champ. La troisième (3) est placée à quatre pas de la première, pour servir de repaire lors du tracé retour. On part donc de la cannelle (1), en tirant à la main l’araire derrière soi, et en visant la (2). Le soc, en acier, trace facilement sa raie. En arrivant en bout, on déplace la cannelle (2) visée devenue inutile, en comptant deux fois quatre pas, pour servir de nouvelle visée au retour et l’on repart avec son araire vers la cannelle (3).

Une fois l’ensemble du champ ainsi marqué, le semeur marche au milieu des bandes délimitées par les raies, en jetant alternativement de chaque main le grain qu’il tient dans un sac pendu sur son ventre et maintenu ouvert par un cerceau.

Renseignements recueillis auprès de Messieurs Jean Blanc et Maurice Vialat (qui a utilisé un tel araire à Saint-Victor-de-Malcap jusqu’avant la Seconde guerre mondiale) – Saint-Hippolyte-du-Fort – 28 mars 1999.

Les mariages à Sauve au XVIIIe siècle

Pour faciliter des recherches généalogiques à Sauve sous l’Ancien Régime, j’ai dressé, pour les mariages qui y furent célébrés, des tables qui couvrent la période de 1668 à 1792 c’est-à-dire qu’elles répertorient les unions tant catholiques que protestantes consignées dans les registres conservés aux Archives Municipales de Sauve. Grâce à cet outil, je propose d’étudier certains aspects de cette population :

Les dessous de Vidourle (2)

Le Vidourle est un de nos plus petits fleuves côtiers qui prend sa source dans la montagne du Liron, rameau détaché du massif de l’Aigoual, et se jette dans la mer, aux environs du Grau-du-Roi. Son parcours est à peine de 100 km. Capable d’atteindre en temps d’inondation un formidable volume et de causer des dégâts inouïs, il disparaît complètement pendant la plus grande partie de l’année dans les profondeurs de la masse calcaire, sur une longueur de plus de 6 km. Les pertes se produisent aux environs de Saint-Hippolyte par des fissures invisibles qu’on n’a pu atteindre jusqu’à présent.

Saint-Hippolyte au XVIIIe siècle

Dans un numéro des « Plaquettes Montpelliéraines et Languedociennes », éditées en 1917 par l’Imprimerie Générale du Midi à Montpellier, je trouvai un jour la transcription d’un manuscrit déposé aux Archives Municipales de Sète, présentée par M. Joseph BERTHELÉ, Archiviste du Département de l’Hérault.