Une histoire de l’émergence et de l’enracinement du rugby en Hérault
Une histoire de l’émergence et de l’enracinement du rugby en Hérault
* Professeur agrégé. Docteur en sociologie
Le rugby, sport d’origine anglaise, est devenu au fil du temps un élément identitaire de nombreuses localités héraultaises, plus particulièrement pour la région biterroise. Il est commun, pour les socio-géographes 1 du sport, de souligner la partition du territoire héraultais en deux régions au caractère sportif antagoniste. D’un côté, à l’est, le Montpelliérais considéré comme une terre de football 2, avec un axe fort qui s’étend de Sète à Montpellier en s’élargissant vers Clermont-l’Hérault et Lodève, et de l’autre, à l’ouest, les terres du rugby dont la capitale est Béziers 3 et le bastion avancé 4, Pézenas. Comment expliquer cette distribution spatiale ? Est-elle figée dans le temps ? En écho à cette perception, nous observons qu’au cours de la dernière décennie, le paysage rugbystique s’est transformé et occupe désormais une large bande territoriale le long de l’autoroute A7, entre le Montpelliérais et le Biterrois. La carte de répartition des clubs de rugby en 2002 témoigne de cette modification. Ce bouleversement géographique, et ses aspects fondateurs, peuvent-ils être décrits et expliqués au cours de l’histoire héraultaise du rugby ?
L’étude comparative de l’implantation des différents sports collectifs languedociens réalisée par Guy Laurans 5 souligne la difficulté d’écriture d’une histoire propre à chacun d’eux, tant les uns et les autres sont en interdépendance. S’il est facile de percevoir les rivalités d’usages du petit nombre d’espaces sportifs adaptés et disponibles au sein de nos communes, il est plus complexe d’expliquer les déterminants de l’adoption d’un sport plutôt que d’un autre par une population. Les valeurs structurantes des sociétés sportives propres au rugby sont-elles en harmonie avec celles de leur environnement ? Ce qui expliquerait la pérennité ou non de l’implantation. Est-ce un problème de culture 6, d’identité locale 7, d’emprise d’un pouvoir religieux ou laïque sur la jeunesse 8 ou d’actions de fondateurs « porteurs d’une certaine diversité de codes normatifs, d’intentions et de systèmes de valeurs parfois contradictoires » 9 ? La réponse est-elle à rechercher, comme le propose Guy Laurans, dans une symbiose entre l’imaginaire du rugby et les structures anthropologiques des sociétés locales qui l’accueillent ? Quels médiateurs, au fil de l’histoire, ont construit les éléments de cette appropriation ? Ou bien encore, quel est le rôle des héros sportifs, des dirigeants, des entraîneurs, des journalistes ou des autres intermédiaires culturels dans l’émergence d’un imaginaire social du rugby ? Sur quels faits est-il possible de s’appuyer pour oser une interprétation crédible ?
Traditionnellement, une histoire générale de la diffusion du rugby en France souligne le rôle essentiel des étudiants et lycéens, ou collégiens, dans les premières implantations de cette pratique sportive. Elle attribue un caractère élitiste aux populations qui s’en approprient l’organisation tout en y inscrivant leurs propres valeurs. Après le club « anglais » du Havre en 1872, les premiers clubs naissent à Paris à partir de 1882, avec l’aristocratique Racing Club de France, et la diffusion se poursuit au cours des années 1890 10 en direction de la province, via les grandes villes. Qu’en est-il pour le département de l’Hérault ? Quelle est la structure fondatrice ?
La biographie de Jules Cadenat 11, légende du rugby biterrois, témoigne de sa présence au sein de la première association sportive, le Football Club Biterrois, créée à Béziers en 1903 sous l’égide de Maurice Pasquet, inspecteur à la Compagnie des Chemins de Fer du Midi et de Paul Ollié, rentier. Cette date particulièrement tardive par rapport aux autres régions françaises signe-t-elle un retard d’entrée du département de l’Hérault dans la modernité sportive ou bien faut-il chercher l’émergence du rugby héraultais dans une autre ville que celle qui a fait sa renommée nationale et internationale ?
Le lycée de Montpellier, berceau du rugby héraultais
C’est un carton d’invitation à une fête scolaire 12, celle du lycée de Montpellier, qui donne le point de départ à notre recherche. De nombreuses activités physiques sont inscrites au programme et le Foot-ball 13 y tient une large place aux côtés des courses de tricycles et de bicyclettes, du lawn-tennis, de l’équitation, de la barre fixe et du jeu de balle au tambourin. Les participants sont inscrits dans plusieurs disciplines, ce qui témoigne d’une vision éclectique de la pratique sportive très éloignée de la spécialisation que nous connaissons aujourd’hui. Une lecture attentive nous précise que le jury des épreuves est constitué de militaires du 122e régiment territorial d’infanterie, ce qui situe leur expertise traditionnelle, en cette fin de siècle, dans tout ce qui touche à l’éducation du corps en milieu scolaire 14. Nous sommes en 1892 15, année de création par l’Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques 16 d’un championnat scolaire national… qui ne semble pas encore concerner les lycéens montpelliérains.
La presse locale de l’époque est encore peu sensible à l’émergence de cette nouvelle activité sportive et relate plus facilement les exploits des cyclistes qui s’affrontent sur le vélodrome depuis 1885. Toutefois, lorsqu’il y a un enjeu identitaire et qu’il convient d’encourager les siens, le journaliste n’hésite pas à tracer en quelques lignes les termes de l’affrontement. En 1896, le lycée de Montpellier, confondu dans le Stade Montpelliérain 17, accueille l’Union Athlétique du Collège de Perpignan sur le terrain du Parc à Ballon 18, au bord de la rivière le Lez. Il s’agit de répondre à un défi lancé par les Perpignanais 19 et dont le trophée est une coupe offerte par le proviseur du lycée de Montpellier. Les stadistes en sont détenteurs depuis 1895, « année où ils battirent les équipes de Carcassonne et de Narbonne ».
Afin d’aider les spectateurs à comprendre la logique de ce sport, des règles sommaires « avec le graphique du jeu et des joueurs » sont en vente sur les lieux des rencontres 20. Le règlement de 1889 indique que « la durée de la partie est fixée à l’avance », « qu’il est interdit d’arrêter un coureur en le saisissant autrement que par la taille » 21 et « qu’un match se décide à la majorité des points. Un but gagné 22 vaut trois points ; un essai, un point ; un but gagné après un essai ne vaut qu’un point 23 ». A cette époque, le match est complété par des épreuves de courses qui ont lieu à la mi-temps ou, le plus souvent, à la fin de la rencontre, entre les joueurs les plus athlétiques.
Au fil de la lecture des comptes rendus du petit nombre de rencontres sportives disputées chaque année, on découvre que le Stade Montpelliérain comprend des joueurs qui vont renforcer la déjà très réputée équipe toulousaine du Stade Olympien des Etudiants de Toulouse, dans sa confrontation avec l’équipe des « anglais » de Bordeaux ! Ces premiers héros sportifs héraultais 24 sont l’arrière Georges Bieth 25 et l’ailier Auguste Fabregat 26. Ces échanges privilégiés renforcent les liens avec le leader de la région sud de l’USFSA, dans une vision régionaliste du combat rugbystique. En effet, il y aune véritable solidarité « méridionale » pour vaincre l’équipe bordelaise essentiellement composée de joueurs d’origine anglaise.
Depuis quand joue-t-on au ballon ovale à Montpellier ? Les jeux de plein air ont la faveur des élèves du lycée depuis 1882 et nous pouvons avancer l’hypothèse que le rugby ou une forme moins violente, la barrette, en fait partie, comme le souligne Philippe Daryl en 1894 27. D’autres établissements scolaires adoptent assez rapidement ces nouvelles pratiques, comme le collège de Lunel 28, dont les élèves sont opposés, le 21 janvier 1900, à ceux de l’école primaire supérieure Michelet.
Les premiers clubs civils héraultais 29 : l'émergence du terroir biterrois
Les premières traces de clubs civils s’étendent sur une ligne qui suit la voie de chemin de fer du Midi et du Paris-Lyon-Marseille, soit entre Nissan-les-Ensérune et Lunel en passant par Cette 30, point de rencontre des deux réseaux de voies ferrées. Le rôle déterminant de la Compagnie du Midi est à souligner à Béziers. Elle fait l’acquisition d’un terrain à Sauclières 31 pour y favoriser la pratique des sports par ses employés et « ceux-ci, sur le coup, ont monté une société, dont (…) le président est monsieur Sibieude (…). Le Midi Athlétic Club a pour but de pratiquer tous les sports… et le football rugby en particulier… » 32. Ce club fusionne rapidement avec le Sporting Club de Béziers 33 pour donner, sous la présidence du riche propriétaire viticulteur Louis Viennet, l’Association Sportive Biterroise, officiellement déclarée le 19 mars 1912. L’empreinte de la Compagnie de Chemin de fer du Midi est particulièrement forte dans la structure dirigeante du nouveau club avec ses « représentants », tels André Panassac, chef de bureau à la gare de Béziers, président d’honneur, Maurice Pasquet 34, inspecteur du chemin de fer, vice-président, et Pascal Marceau, trésorier. Parmi ces fondateurs, le secrétaire, Emile Aïn, fils d’un conseiller municipal radical et négociant en grains, deviendra quelques décennies plus tard, le maire de la ville et le président du parti radical. L’autre secrétaire est Prosper Guy, notaire à Sérignan. C’est la bourgeoisie biterroise qui prend en main la destinée du club en assurant ses ressources financières.
Afin de donner au club la visibilité indispensable aux régulations sociales 35 par le sport, un grand stade avec tribunes abritées est construit sous l’égide d’une Société Anonyme du Parc des sports dont les actionnaires sont les dirigeants les plus fortunés. Cette installation sera louée à l’ASB pour « le franc symbolique ». Cette stratégie donne à ses promoteurs un réel contrôle sur l’évolution du club et assure sa pérennité.
Suivant un phénomène de diffusion par contact direct, de nouveaux clubs se constituent, le plus souvent à partir de l’action de joueurs biterrois originaires des différents villages concernés et de grands propriétaires qui y voient un moyen d’assurer la solidarité sociale indispensable au développement économique. A partir de Nissan-les-Ensérune 36, autour de Béziers et jusqu’à Sète 37 les implantations de nouveaux clubs sont nombreuses avant 1914 38.
A Montpellier, les clubs de rugby s’implantent à partir de leur enracinement scolaire. Le premier d’entre eux, le Stade Montpelliérain, confirme son origine bourgeoise 39 en choisissant son siège social au sein du Café Riche, place de la Comédie. Il est officiellement déclaré en 1907, tout en ayant une activité régulièrement citée par les journaux à partir de 1893. Il présente une des meilleures équipes du Languedoc 40.
Les étudiants montpelliérains disposent d’une structure associative 41 depuis 1887 et pratiquent de nombreuses activités sportives, mais il faut attendre la création de l’Union Sportive des Etudiants de Montpellier 42, en 1900, pour constater l’émergence d’une pratique du rugby avec une très forte participation des ressortissants de l’Ecole Nationale d’Agriculture. Le président fondateur de l’USEM est Georges Brand, étudiant en médecine, lui même joueur. Cette ouverture vers les sports d’origine anglaise est à mettre en contrepoint du fonctionnement de l’Association Générale des Etudiants de Montpellier qui pratique seulement des sports traditionnels comme l’escrime ou la gymnastique, voire le canotage et l’équitation. Une des raisons de cette résistance aux sports importés semble être l’orientation régionaliste et conservatrice de ses dirigeants 43. Une autre raison est à rechercher dans le fait que ce sont les lycéens qui ont lancé ce sport et qu’il faut attendre leur arrivée à l’Université pour le voir éclore dans ce milieu 44.
L’Union Sportive Michelet est déclarée le 29 Août 1900. Elle est présidée par un riche propriétaire local, Jean Marqués et par le directeur de l’école primaire supérieure Michelet, Jacques Larochette. Il semble que les activités proposées soient particulièrement modestes ou cloisonnées dans l’enceinte de l’établissement, car nous n’en avons que de rares échos dans la presse locale.
Enfin, le Montpellier Sportif d’Eusèbe Bras, photographe 45, est une association déclarée en 1904 mais dont l’activité est signalée depuis 1898. Il s’agit d’un regroupement d’employés et d’ouvriers 46. En février 1907, il rencontre, en match amical, le Sporting Club de Béziers. Vers 1910, une fusion avec l’USEM ajoute les initiales U.C. pour en faire le Montpellier Sportif Université Club (MSUC), car « le football se meurt à Montpellier » 47 et il faut rassembler les énergies pour subsister. Toutefois, cette initiative est sans lendemain et le club reprend rapidement son titre initial. L’analyse des archives municipales témoigne d’une brillante activité et de rencontres au plus haut niveau, mais l’hebdomadaire mondain La Vie Montpelliéraine et Régionale fait preuve d’un ostracisme certain à son égard. En effet, c’est seulement en 1907 que les rencontres sont citées dans les colonnes du journal ! On le comprend mieux en sachant que cet hebdomadaire cible une population bourgeoise et que le recrutement de ce club ne l’est absolument pas.
La fondation de nombreuses autres associations sportives sur le territoire héraultais nécessite l’instauration d’un organisme de coordination pour faciliter les rencontres et mettre en place un championnat permettant de hiérarchiser les protagonistes. C’est dans la logique de la construction du champ sportif. C’est donc tout naturellement, en raison de son antériorité dans la maîtrise des sports d’origine anglaise, qu’un pouvoir extérieur parisien s’exerce sur l’organisation locale par l’instauration de délégations régionales.
Le rôle fédérateur de l'Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques
et son remplacement par la Fédération Française de Rugby (FFR)
En 1905, un premier championnat du Languedoc est créé sous l’égide de l’USFSA et de son comité du Sud, situé à Toulouse. L’Association Sportive de Perpignan remporte le premier challenge et « conserve son titre jusqu’en 1911 » 48.
En 1907, le comité du Sud 49 de l’USFSA est divisé en 3 comités régionaux dont celui du Languedoc. Ce dernier est officiellement déclaré à la préfecture de Montpellier le 10 août 1909. Ses objectifs annoncés sont les suivants : « il seconde 1’USFSA dans la propagande, provoque l’adhésion de nouveaux athlètes, provoque la création de sociétés nouvelles, aide et conseille des sociétés et organise des championnats ».
Des personnalités particulièrement fortes du sport français vont émerger de cette structure, comme le journaliste Emmanuel Gambardella, promoteur du football professionnel dans les années 30, président de la Fédération Française de football de 1945 à 1949 et membre fondateur du journal Midi Libre. En 1909, alors âgé de 21 ans, il est le secrétaire adjoint de ce comité 50 et participe activement à l’organisation des compétitions régionales. En 1922, il est le rédacteur en chef du Languedocien Sportif et défend avec ardeur les valeurs d’un régionalisme sportif émergent. Ce journal, organe officiel du football 51, n’a pas de rubrique concernant le rugby ! Mais il est vrai que Béziers et son arrondissement ont un hebdomadaire exclusivement consacré à la promotion de ce sport l’Omnium Sportif. Les limites de diffusion et les contenus de ces publications sont à questionner, d’autant que la plupart des responsables du comité régional USFSA promeuvent le football 52.
Les représentants des clubs de rugby se sont-ils retirés (ou ont-ils été marginalisés) au bénéfice de ceux du football ? On pourrait en faire l’hypothèse en comparant la composition du comité à sa création et en 1909. Les représentants des clubs qui possèdent une équipe de rugby semblent avoir disparu ! Un autre personnage clé s’est également effacé, il s’agit de Nicolas Barber, directeur de l’agence de la Société Générale à Montpellier 53. Pourtant, il bénéficie de l’expérience du Club Athlétique de la Société Générale 54 créé en 1903 à Paris dont on connaît l’influence au sein de l’USFSA, ce qui constitue en toute logique un atout pour le sport régional. Mais, l’indication de son brusque décès en 1911 nous incite à retenir l’hypothèse d’un retrait pour cause de maladie. Enfin, la présence d’un éminent représentant du monde rugbystique, le docteur Marius Bordes 55, membre fondateur du Stade Olympien des Etudiants de Toulouse, témoigne peut-être de choix stratégiques qui vont au-delà de la simple rivalité de deux pratiques sportives en posant la question de la conception même du sport. En effet, on comprend la nécessité d’un travail explicatif complémentaire lorsqu’on relève que le président de ce comité régional en 1914 n’est autre que Georges Bayrou 56, organisateur principal du football sétois et chantre de l’adoption du professionnalisme 57 en collaboration avec Emmanuel Gambardella
La Fédération Française de Rugby est fondée en 1920 et devient rapidement l’interlocutrice privilégiée des clubs héraultais qui abandonnent la tutelle de l’USFSA. Cette dernière, après une mutation dans ses objectifs, disparaîtra du champ sportif français à la fin des années 20, car elle est désormais devenue sans objet.
Les années 20 : la construction de l'univers quasi-mythique 58 du rugby biterrois
La presse joue un rôle fondamental dans la construction de l’imaginaire sportif d’après-guerre. Le problème majeur est celui de la renaissance physique, sociale et culturelle des populations après la misère des temps difficiles. Un article de l’avocat E. Tastevin résume bien l’état d’esprit général de l’époque : « La guerre qui a fait tant de vide dans les rangs de notre belle jeunesse nécessite plus que jamais une rénovation profonde de la race (…). Si l’Etat s’est encore trop désintéressé de cette œuvre indispensable, c’est aux organisations privées à le faire. Nous possédons un puissant levier pour venir à bout de l’inertie et de l’indolence : c’est l’enthousiasme des foules. Ne négligeons rien pour le susciter. Faisons œeuvre de propagande, nous ferons œuvre de français » 59.
Les premiers succès de l’AS Béziers sont l’occasion de glorifier la race méridionale et son excellence dans le domaine du rugby. Le club devient champion du Languedoc en 1921 60 et alimente un sentiment identitaire créateur d’une énergie conquérante :
« Le rugby a pris une extension extraordinaire dans le Languedoc : un grand nombre de villages ont leur société sportive pratiquant ce jeu (…). Il faut voir l’enthousiasme de ces robustes jeunes gens à la lecture d’un compte rendu d’un grand match il faut les entendre retracer, en imagination, l’essai marqué par un Sébédio (…). Ils s’intéressent au grand club de la ville voisine où instrumentent les as du rugby (…). Dans la région biterroise (…) les jeunes cœurs vibrent à la nouvelle victoire de leur équipe (…) celle du grand centre sportif de leur région… » 61.
Ces solidarités villageoises sont particulièrement encouragées par l’organisation d’une sélection régionale, à l’initiative de l’ASB, sur le déjà prestigieux terrain de Sauclières. Il s’agit d’un regroupement éducatif pour évaluer et perfectionner les meilleurs éléments du Biterrois. Cette expérience est particulièrement appréciée par Jules Cadenat qui affirme ainsi le pôle central que constitue son club pour les meilleurs joueurs de l’arrondissement : « Mes remerciements vont d’abord aux délégués des différents clubs qui ont permis de mettre sur pied pareille rencontre. C’est dans cet esprit que nous avons eu le plaisir de collaborer... ». Les noms des délégués et des clubs sont cités pour marquer l’emprise territoriale de la manifestation. L’esprit de cette collaboration est mis en avant : « Grâce au dévouement, à l’esprit désintéressé, de ces sincères qui ont placé l’amour du sport au-dessus de mesquines rivalités de clubs… (il s’agit d’) une réunion qui marque une première étape orientée par un état d’esprit nouveau… ». C’est l’origine de la mise en place d’un tissu relationnel d’interdépendance entre les clubs de la grande périphérie biterroise et l’ASB. C’est ce que certains auteurs appellent « la nébuleuse biterroise ». Le but de cette manifestation est « de grouper sur un même terrain la fleur des rugbymen de la région nouvellement venus au ballon ovale, de faire constater les progrès rapidement réalisés et de créer une saine émulation entre les joueurs en permettant de rivaliser d’adresse et de virtuosité sans que les couleurs du club soient directement enjeu. Leur montrer aussi (…) dans les matches interclubs qu’ils font partie d’une même famille, dont les membres luttent pour le même idéal… » 62.
Les rivalités ancestrales contre l’adversaire narbonnais sont également un prétexte à renforcer la solidarité rugbystique villageoise. En effet, le voyage dans la cité voisine est toujours périlleux et l’accueil y est particulièrement hostile. Un extrait d’une chanson « le voyage à Narbonne » en appelle à la défense des couleurs : « Biterrois, prenez garde en allant à Narbonne. Priez à tous les saints, à la belle Madone. Ou vous serez battus, nous avait-on prédit ! Il faut donc travailler, travailler sans répit… Continuez toujours, pour l’honneur du chameau ». Dans le texte d’une autre chanson, les lions biterrois sont opposés à un autre adversaire valeureux : Toulouse. Ces oppositions construisent les éléments d’un imaginaire social rebelle à toute domination extérieure, tout en préservant l’intégrité du territoire. Les poètes locaux, tel Emile Barthe 63, félibre majoral, contribuent également à l’acculturation des sensibilités locales
« Nostre Quinze
As vailents de l’ASB
Lou darnié des ras ims es pas culit encaro
Que déjà bus souldats del baloun sou sus rengs !
Lou ridéu ses levat sus toutes bus tarrens
A de nouvéls coumbats bu football nous préoaro !
En ciutat de Bésiés, nostre quinze se carro !
Moureu sap qu’al tour d’el a pas d’omes oumbrencs !
E prèstes a boundi bous liouns besièrencs
Où proumès aqueste an de leva’n pauc la narro !
Vautres, qu’abès missiu, per culi lou ramèl
De defendre en tout lioc les coulous del camel,
Aumenns trabuqués pas sul cami de la glorio !
Que vostre juste ourgulh siague un our courounat
E qu’al printemps que ven, fague, vostro vitorio,
Espéta de plasé bu brave Cadenat !
« Notre quinze
Aux vaillants de l’ASB
Le dernier des raisins n’est pas cueilli encore
Que s’alignent déjà les soldats du ballon.
Le rideau s’est levé sur toutes les pelouses,
A de nouveaux combats le rugby nous prépare.
En cité de Béziers notre quinze s’affirme
Moureu autour de lui sait qu’il n’a pas de pleutres
Et prêts à s’élancer les lions biterrois
Ont promis de lever haut la tête.
Vous pour qui la mission est d’enlever la palme,
De défendre en tous lieux les couleurs du chameau,
Au moins ne butez pas au chemin de la gloire,
Que votre juste orgueil soit un jour couronné
Et qu’au printemps prochain fasse victoire
S’éclater de plaisir le vaillant Cadenat.
Ce texte est sans conteste un discours guerrier où l’honneur des hommes et de la communauté tout entière est en jeu. La mythologie du rugby est celle des hommes, racontée par des hommes… pour des hommes ! 64
Les chroniqueurs de la presse sportive et de la presse événementielle locale s’attachent à donner une image toujours valorisante des enfants du pays, même dans la défaite ! En témoigne cet article de Jules Cadenat qui commente la défaite de l’ASB sous le titre : « Bravo quand même ! Vous êtes les égaux des meilleurs 65 ». Cette relation héroïque du combat des joueurs conforte l’appartenance indéfectible à la communauté rugbystique :
« Le choc de géants que vous avez soutenu, victorieux durant 70 minutes sur 100 (…) Hier, chez vous (…) devant vos mères, vos sœurs, vos femmes, vos amis ; vous avez répété ce prodige de dominer encore vos rivaux (…) le sort contraire s’est montré (…) cruel (…). Il vous a éloignés des poules finales du championnat de France où vous auriez pu dignement figurer (…). Cette exclusion brutale ne vous diminue pas à nos yeux et si nous sommes meurtris de la peine injuste qui vous frappe, nous sommes fiers de votre attitude, fiers de votre courage, fiers de la façon dont vous avez soutenu nos couleurs… ».
La mise en scène de grandes épreuves sur le terrain de Sauclières donne au rugby local une légitimité reconnue par les instances nationales et conforte une position symbolique dominante en Ovalie. Le 17 avril 1921, une finale du championnat de France entre Perpignan et Toulouse 66 est organisée à Béziers. L’importance de ce spectacle à fort impact médiatique contribue à renforcer cet imaginaire dominateur. La valorisation des exploits du 502ème Régiment de chars de combat implanté à Béziers apporte un élément de redondance au prestige du terroir. Leurs quatre titres de champion de France militaire 67, obtenus de 1920 à 1923, ont un effet considérable sur les populations. En effet, ce sont les Biterrois qui ont gagné, car l’équipe militaire est constituée d’une majorité de joueurs de l’ASB et… on oublie volontiers que les autres ne sont pas du pays.
En 1930, les dirigeants de l’ASB créent une structure de formation innovante pour l’époque sous la forme d’une « école sportive » 68. Les pères fondateurs sont Arthur Teyssière et Jean Falandry, bientôt rejoints par Alphonse Dedieu. Le caractère polyvalent de cette école qui prend en compte le rugby, le football, l’athlétisme et d’autres activités sportives 69 ne tarde pas à porter ses fruits et débouche en 1932 sur la constitution d’un groupe de rugby éducatif pour les enfants de 9 à 14 ans. S’agissant d’enfants, cette activité est placée sous la responsabilité médicale du Dr Dourel. Afin de développer la motivation des jeunes joueurs, des rencontres de démonstration sont organisées en préambule à des matchs officiels des seniors. Cette activité constitue un vivier de joueurs très important pour le club et constitue un modèle qui est repris en 1952 au plan départemental, puis régional. Dès lors, des rencontres de rugby à VII ou à VIII sont organisées et débouchent sur la mise en place d’épreuves originales, tels le Challenge Jean Guy, puis le Challenge Jules Cadenat.
Les facteurs de l’enracinement culturel du rugby en région biterroise sont aussi à rechercher dans l’impact populaire de ces événements sportifs et éducatifs. Jean Falandry avait tenu à souligner que « les meilleurs éléments du groupe de rugby sont restés fidèles au club », ce qui était le signe de l’appropriation d’une identité territoriale et du sentiment de solidarité développé par ce sport.
Les racines de l'épopée biterroise 1955-1984 et la construction du « style » 70 à la biterroise
Il faut rappeler que les années 30 ont permis l’avènement d’un rugby professionnel sous l’égide de la Ligue française de rugby à XIII 71, puis, sous le gouvernement de Vichy 72, sa suppression. La Libération permettra sa renaissance sous l’appellation de Jeu à XIII. L’analyse de cette période, qui exigerait un long développement explicatif, n’entre pas dans cette étude 73 et nous la laissons très provisoirement entre parenthèses.
Les années 1950 seront celles de la renaissance de l’ASB après un bref passage dans les rangs du jeu à XIII. Les dirigeants de l’époque s’attachent à améliorer le recrutement des joueurs et recherchent le meilleur encadrement possible. C’est ce qu’ils réussissent avec l’arrivée de Raymond Barthez 74 qui occupe le poste d’entraîneur sur une période de dix années 75.
Le rôle joué par cet homme est trop souvent occulté par les historiens du rugby et il importe de lui donner la place qui lui revient en reprenant les paroles de Raoul Barrière, son successeur au poste d’entraîneur 76 : « C’est lui qui a fait l’ASB (…) je n’ai fait que suivre son exemple en amenant à maturité des fruits mûrs venus de la pépinière biterroise et particulièrement des juniors parmi lesquels se trouvaient Vaquerin, Buonomo, Palmié, Cabrol, Paco, Pesteil, etc. » 77.
Georges Pastre, écrivain et grand reporter, écrit en 1972, dans une dédicace de son livre 78, « Au cher Raymond Barthez avec ma gratitude pour sa précieuse collaboration à l’histoire de l’ASB, cette grande équipe qui lui doit tout, même l’actuelle dans le sillage de celle de 61 ».
Cet hommage est d’autant plus pertinent si l’on retient sa performance au sein de l’Union Sportive Romanaise et Péageoise qu’il conduit par deux fois en demi-finale du championnat de France 79, avant d’accepter le poste d’entraîneur de l’ASB 80. Il a ensuite piloté ses joueurs jusqu’au titre de champion de France en 1961, tout en ayant participé aux finales des années 1960, 1962 et 1964 81, avec en apothéose, la victoire en coupe d’Europe, à Bucarest, en 1962, sans oublier la finale du challenge Yves-du-Manoir en 1961 et sa victoire en 1964. Ces résultats sont le fruit d’un long travail d’analyse du jeu et d’une nouvelle conception de la préparation des joueurs. Raymond Barthez a élaboré les bases fondamentales de ce que les milieux du rugby nomment la méthode biterroise. Cette dernière se singularise, dans ses aspects les plus visibles, par une innovation stratégique dans le jeu des avants et par une préparation physique spécifique des différents joueurs 82, conduisant certains à s’entraîner d’une manière autonome en dehors des regroupements hebdomadaires. Ce travail, fruit d’un nouveau type de relation avec les joueurs, ne peut se comprendre qu’au travers de la complicité affective et intellectuelle qu’il entretient avec Pierre Danos 83, le capitaine de l’équipe.
A l’issue de sa dixième année à la direction de l’équipe, Raymond Barthez démissionne de son poste 84 en justifiant son départ de la manière suivante : « … il se trouve que ma méthode de travail et de jeu est discutée actuellement par certains membres de votre comité, et certaines personnes influentes qui l’approchent. Dans ces conditions j’ai décidé de me retirer. Soyez assuré que c’est avec de grands regrets, car je ne sais si j’ai beaucoup apporté à l’ASB, mais je sais que je lui ai beaucoup donné et c’est d’ailleurs ma plus grande joie… ». Raymond B arthez devient alors l’entraîneur du Racing-Club Narbonnais jusqu’en 1970, dynamise une équipe qui atteindra la demi-finale du championnat de France en 1968 et gagne la même année le challenge Yves-du-Manoir. Il encadre, au cours de sa carrière, dix stages nationaux de formation d’éducateurs du 3e degré de la FFR, ce qui situe son influence majeure sur le rugby français de cette période. Georges Pastre écrit, à l’énoncé de ce palmarès, « Raymond Barthez, c’est un seigneur d’Ovalie 85 ».
L’épopée biterroise des années 1971-1984 sous l’égide de Raoul Barrière 86, puis de Claude Saurel, est maintenant bien connue, car elle a fait l’objet de nombreuses productions écrites. La méthode biterroise évolue avec les nouvelles exigences du jeu et, « si l’on compare l’entraînement de l’équipe de 1961 et celui de l’équipe actuelle, l’observateur trouvera quelques similitudes mais aussi quelques différences. La durée et la fréquence de travail ne sont pas les mêmes (…) on peut (…) se rendre compte de la différence, en temps surtout, des entraînements d’aujourd’hui et de ceux d’il y a une décennie. Je suis sûr (…) qu’il est beaucoup plus demandé aux joueurs actuels qu’à leurs prédécesseurs » 87. Les progrès des connaissances scientifiques et des matériels de contrôle des entraînements ont amélioré l’efficacité de la méthode, en utilisant par exemple les avantages d’une préparation en altitude, dite d’oxygénation. Ce suivi des joueurs de Béziers est en avance sur les pratiques des autres clubs et permet à l’ASB de poursuivre sa domination sur le rugby français en obtenant dix autres titres de Champion de France 88.
Ce « style » à la biterroise 89 construit sur la valorisation du jeu d’avants peut-il être rattaché aux qualités intrinsèques des hommes du terroir héraultais qui ont constitué au cours de l’histoire la base du recrutement de l’ASB ? Dans cette hypothèse, il y aurait eu une rencontre entre des entraîneurs porteurs d’un nouveau regard sur ce sport et… une culture du corps propre aux hommes de cette région. En effet, les articles de presse du début du XXe siècle valorisent déjà les performances des avants de l’ASB « Béziers a nettement dominé par ses avants » ou encore, « Béziers doit surtout sa victoire au grand travail fourni par ses avants. Ceux-ci seraient à ne complimenter sans réserve aucune si, par instants, quelques-uns d’entre eux ne s’étaient fait remarquer en simple posture d’observateurs quand ils n’auraient dû songer qu’à soutenir leurs partenaires engagés dans l’attaque... » 90. Mais cette interprétation n’est pas validée par certains chercheurs 91.
Le succès du rugby biterrois des années 60 à 80 permet une véritable renaissance du rugby héraultais et de nouvelles places 92 sont conquises ou réactivées. D’anciens joueurs de l’ASB contribuent à cette implantation en s’installant dans les villes à l’est du département. Alex Garcia 93, qui s’exprime dans le numéro d’« Ovalie News », magazine du Montpellier Hérault Rugby du mois de février 2010, rappelle l’importance des années 70 dans l’hégémonie biterroise et narbonnaise.
Pour lui, il y a depuis quelques années un basculement des centres de gravité qu’il explique par de meilleures structures du club montpelliérain et l’émergence de plusieurs joueurs de niveau international. Cette progression semble servie par une politique fédérale de sélections à différents niveaux. Ces paliers facilitent le suivi et la sélection des meilleurs éléments. L’ascension du MHRC s’est effectuée sur une période de dix ans, à l’origine de laquelle « aucun montpelliérain ne garnissait les rangs tricolores ».
Cette nouvelle implantation du rugby d’élite à l’est du département mérite d’en décrypter les éléments fondateurs. Une étude particulièrement bien documentée a été réalisée par Germain Barcelo 94 qui se positionne du triple point de vue d’acteur, témoin et historien. Tout en soulignant les origines montpelliéraines du rugby héraultais, il développe une véritable anthropologie des clubs qui émergent, dans cette partie du département, au cours des années 60 à 90. Les informations apportées constituent une source de connaissance indispensable à tout historien du rugby. En outre, cet auteur a commenté, dans une chronique remarquable 95, les moments les plus pertinents de la trajectoire d’accès du MHRC à l’élite nationale. Nous renvoyons le lecteur à ces deux ouvrages pour approfondir l’analyse de ce qui suit, dans la mesure où n’y sont retenus que les seuls aspects sociaux et symboliques de l’implantation de ce sport.
Des Sports Olympiques Montpelliérains au... Montpellier Hérault Rugby
Après la Grande Guerre, les Sports Olympiques Montpelliérains (SOM) redonnent à la jeunesse montpelliéraine, dès 1919, le goût du sport en organisant de nombreuses activités dont le football et le rugby. En 1923, la section rugby devient autonome sous le titre d’Union Sportive Montpelliéraine 96 et participe aux différents championnats jusqu’au début des années 50. C’est alors la période où le club montpelliérain est tenté par l’aventure treiziste 97. Georges Privat 98, président du Stade Montpelliérain, raconte ces moments de la renaissance du rugby dans la capitale héraultaise : « Lorsque Montpellier a opté pour le jeu à XIII, nous sommes restés une petite poignée 99 à vouloir relancer le rugby à XV à partir d’une partie de l’Union Sportive Montpelliéraine. La création du Stade Montpelliérain s’est effectuée en 1963 100 (…) C’est à l’activité militante de Georges Pastre 101, journaliste nouvellement nommé au Journal Midi Libre à Montpellier 102, que l’on doit la fondation de ce club. Il a recherché, au sein du journal et sur la ville, les personnes qui avaient un passé rugbystique et a sollicité leur collaboration... ».
Le nouveau club connaît une belle progression sous la conduite de l’entraîneur Robert Spagnolo, ancien joueur de l’ASB 103. En 1973, un différend 104 entre les joueurs et le président en exercice provoque une crise grave. Plusieurs dirigeants accompagnent une majorité de joueurs qui démissionnent et fondent le MUC Rugby… qui sera champion de France 4e série en 1974 ! La rivalité des deux clubs dans une même ville est préjudiciable à l’essor national de ce sport, et les autorités sportives fédérales, de concert avec la municipalité de Montpellier, provoquent leur fusion pour donner, en 1986, le Montpellier Rugby Club. En fait, « c’est parce que Georges Frêche, alors Maire de Montpellier – en accord avec Francis Sénégas, président du Comité du Languedoc, sous la bienveillance d’Albert Ferrasse, président de la FFR – mit en demeure les deux clubs de s’entendre sous peine de leur supprimer pour les saisons suivantes leurs subventions respectives. Ainsi le Stade et le MUC se marièrent-ils, sans passion mais avec raison » 105.
Cette mise en synergie des moyens permet une rapide montée dans l’élite nationale et se concrétise par un titre de Champion de France en Pro D2 en 2003. Ce club prendra la dénomination de Montpellier Hérault Rugby Club (MHRC) en 2003 en vertu d’accords passés avec les collectivités locales et territoriales qui en soutiennent l’action. Les Montpelliérains font désormais partie de l’élite rugbystique du TOP 14 106.
Le rugby héraultais aujourd'hui
Nous sommes dans l’actualité et le regard de l’historien se trouve à court d’outils d’analyse. Le texte qui suit fait un simple constat d’une réalité du moment et ose quelques interprétations plus sociologiques.
L’international Board 107 renonce, en 1995, à l’obligation d’amateurisme des joueurs de rugby et favorise l’émergence d’un sport professionnel à l’image du football. La FFR initie la création d’une Ligue professionnelle 108 en 1998 afin de gérer les problèmes spécifiques d’une organisation centrée sur la valorisation du spectacle sportif et de ses nouveaux acteurs professionnels. Le rugby amateur traditionnel reste directement sous le contrôle de la FFR. Cette décision vise, à terme, l’autonomisation totale du champ professionnel 109.
Le MHR est dans le TOP 14 110 et l’ASB joue en Fédérale I 111 (c’est-à-dire en troisième division). Les deux pôles du département de l’Hérault en matière de rugby sont désormais profondément enracinés dans l’Ovalie nationale et internationale. Ils reçoivent l’appui des pouvoirs publics qui ont compris toute leur importance médiatique dans les stratégies de développement social et économique. Ils sont un élément de mise en synergie de toute entreprise 112 avec son environnement « anthropologique« . Mais, ils sont également sous l’emprise de la logique d’un partenariat financier dans lequel les groupes privés affirment leurs intérêts objectifs. La voie du sponsoring comporte des contraintes qui instrumentalisent la pratique sportive de haut niveau 113, « tout comme les droits télés (ceux de Canal +), qui constituent un quart des budgets des clubs professionnels » 114.
Le rugby féminin héraultais est également au plus haut niveau. C’est en 1979 qu’un premier club féminin s’implante à Béziers dans le cadre de l’Association Française de Rugby Féminin 115, puis de la Fédération Française de Rugby Féminin 116. Par la suite, l’évolution des mœurs influe sur les mentalités rugbystiques et les femmes sont admises au sein de la puissante Fédération Française de Rugby en 1989. En parallèle des exploits de leurs homologues masculins, les jeunes femmes du MHR 117 obtiennent le titre de championne de France 118, poule B, en 2005, et rejoignent l’élite nationale en poule A. Elles se disputent, ces dernières années, le titre national avec les Catalanes de l’US Toulouges (maintenant de l’USAP), titre qu’elles ont remporté à deux reprises (2007 et 2009). Elles comptent plusieurs internationales dans leurs rangs, qui jouent, elles aussi, Coupe du Monde et Tournoi des 6 Nations.
Le rugby a intégré le mode de vie de nombreux héraultais de souche ou récemment implantés. Il apporte une large contribution, sous différentes formes, à l’intégration de chacun au sein de l’ensemble territorial héraultais. Par les contacts qu’il génère, il alimente les solidarités sociales qui se nourrissent d’échanges sportifs par le corps et le verbe, dans ou hors de l’enceinte des stades. Si l’œil de la caméra indiscrète des émissions télévisuelles permet, aujourd’hui, d’aller au plus près de l’intimité du jeu à la recherche d’émotions renouvelées et individualisées, c’est bien dans l’espace du lieu mythique des sièges sociaux, celui des cafés de nos esplanades 119, qu’il faut aller chercher l’essence d’un « vivre ensemble et partager » que les traditionnelles 3ème mi-temps du rugby ont initié. Le rugby n’est pas seulement un spectacle, il retrouve dans les jeux du corps les instruments privilégiés d’une communion festive, source du lien social. Comment renouveler et donner du sens aujourd’hui à cet élément fondamental de la culture de ce sport ? Selon Jean-Bernard Moles 120, « cette 3e mi-temps est une forte composante du rituel rugbystique car elle démontre combien les (acteurs) sont des personnes dignes d’intérêt ». Si cette forme d’activité sociale permet d’apprendre le respect des autres, elle devient un enjeu à placer entre les mains des responsables des petits clubs héraultais.
L'effet des grands événements sportifs et médiatiques
Vitrine de la politique sportive de l’agglomération de Montpellier et des actions des collectivités territoriales départementale et régionale, la Coupe du Monde de Rugby 121 a permis de focaliser l’attention d’une partie de la planète sur la région avec l’espoir de retombées touristiques et économiques. Ce challenge a permis d’asseoir l’expertise de nos dirigeants régionaux dans la complexe organisation des grandes manifestations sportives, et leur maîtrise dans l’élaboration d’un spectacle sportif chargé d’émotion et d’incertitude, source du défi médiatique des sociétés modernes 122. Cette valorisation d’épisodes organisationnels et médiatiques a constitué un enjeu sportif exceptionnel. « L’effet coupe du monde de football » sur le sol héraultais avait créé une dynamique de solidarité parmi les dirigeants de ce sport, mais, au-delà, il y a eu une appropriation collective du mouvement sportif dans son ensemble par le tissage de liens de solidarité au nom de « l’intérêt du sport », mais aussi de la vie sociale et économique régionale. Comme le souligne Jean-Pierre Massines 123, directeur du MHR 124, ce sentiment de solidarité d’intérêts est le fruit, dans le champ du rugby héraultais, d’une communication très positive 125 entre le club professionnel montpelliérain et l’ensemble de ses partenaires institutionnels et plus largement socio-professionnels. Cette mobilisation des capacités organisationnelles des dirigeants du rugby héraultais avait déjà permis de gérer une demi-finale du championnat de France à Montpellier 126 en 1999. A cette occasion, près de 700 dirigeants et animateurs locaux avaient témoigné de ce savoir-faire collectif. Cette solidarité a été maintenue au-delà de cet événement et s’est à nouveau manifestée pour la Coupe du Monde de Rugby en 2007.
La mise à disposition du stade Yves-Du-Manoir au MHR et la présence des Wallabies australiens dans la période de préparation des rencontres de la coupe du Monde ont également permis de franchir un nouveau palier dans la professionnalisation du club 127. L’installation à Montpellier de l’équipe australienne, nation prestigieuse de l’Ovalie Mondiale, a donné encore plus de relief à l’événement. De nouveaux héros, porteurs de valeurs physiques et morales exceptionnelles, ont modélisé l’imaginaire sportif des jeunes héraultais en quête d’identification sportive et de réalisation de soi. N’y a-t-il pas en cela un ciment social indispensable aux solidarités des temps modernes ?
L'ère de la marchandisation de la symbolique rugbystique ?
Une histoire de l’émergence et de l’enracinement du rugby héraultais nous permet d’identifier quatre périodes clés de l’évolution de ce champ sportif héraultais.
- Dans un premier temps, la période d’avant 1914 est celle des mutations économiques locales avec la construction de rapports sociaux dominés par les négociants en vins. Le rugby y est organisé comme un spectacle populaire susceptible d’en favoriser la pratique par l’ensemble de la jeunesse. De ce fait, il est aussi un nouvel instrument pédagogique d’éducation des jeunes au sein des collèges et correspond, dans un monde qui change, à une certaine modernité des usages du corps et des rapports sociaux. Il entre dans les pratiques du sportsman au même titre que les autres nouvelles pratiques sportives et en partage une forme de cohabitation.
- Une seconde période, qui est celle des années 20 et 30, favorise un enracinement progressif de ce sport dans la culture des populations urbaines et rurales et plus particulièrement dans le biterrois, tandis que le football est dominant à l’est du département. On observe aussi que l’emprise de la ville sur le milieu rural s’accentue. Le modèle sportif affirme sa légitimité en se dégageant du simple calendrier festif et en proposant la temporalité d’un calendrier urbain sur les villes et les campagnes. C’est la période clé de l’enracinement du rugby en Hérault.
- La troisième période est celle des années 1955 à 1984. C’est l’apothéose du rugby héraultais avec la construction d’un style de jeu qui confère à ce sport une identité qui le distingue et l’honore dans le monde de l’Ovalie. Il renforce ainsi le sentiment identitaire territorial des acteurs locaux.
- La quatrième période est celle d’un rééquilibrage des pôles rugbystiques héraultais, Béziers et Montpellier, et la constitution de deux territoires qui alimentent leur centre par leurs meilleurs éléments. Elle correspond aux années 1986 à 2005. Cette période se singularise aussi par la construction de deux champs sportifs différents, dont celui du spectacle, en particulier télévisuel, qui est lié à la professionnalisation de l’élite sportive 128. En effet, chaque pôle est prioritairement porteur de la logique d’une nouvelle forme de spectacle et d’une médiatisation à caractère événementiel, tandis que leur périphérie conserve celle de la pratique traditionnelle, avec ses aspects d’une convivialité constructrice de liens sociaux au quotidien. Il faut reconnaître qu’un lien d’interdépendance existe entre ces deux rugbys, mais sa pérennité reste soumise à l’équilibre des avantages retirés par les uns et les autres. Pour l’heure, c’est la puissance médiatique qui l’emporte. Quels en sont les risques à moyen terme ? Une première réponse semble être donnée par la nécessaire création d’ententes inter-clubs qui regroupent leurs énergies pour survivre et le constat d’une diminution certaine du public des rencontres entre petits clubs. « L’esprit de clocher » qui accompagnait les constructions identitaires du rugby est-il désormais à ranger dans les tiroirs poussiéreux des réserves d’un musée local ? 129
La période actuelle, qui ne fait pas l’objet de cet article, semble porteuse de profondes modifications. Mais notre recul est insuffisant pour en faire une analyse objective. Nous restons sur la vision prospective énoncée par Xavier Lacarce qui pronostique « un hyper-rugby » dont il définit l’apparence possible : « le rugby est désormais exhibitionniste, qui ouvre grand ses vestiaires et veut assassiner la mêlée dont, décidément, la complexité lui paraît anachronique, il est racoleur, prompt à simplifier ses règles pour mieux aguicher cette foule de néophytes que, jeu d’éducation et d’initiation, il méprisait il y a peu encore il est imitation du football américain et du rugby à XIII, jadis ses frères ennemis, quand il se réduit à des défis individuels, lesquels se substituent au jeu collectif d’antan, quand il se résume à des chocs répétés entre athlètes bodybuildés et uniformes 130 ».
Les bouleversements macro-économiques actuels vont-ils, à l’image des transformations engendrées dans les périodes d’après chaque guerre mondiale, et après la crise économique des années 1980, engendrer une nouvelle manière de concevoir une pratique inscrite dans un jeu stratégique mondial et soumise à des enjeux concurrentiels qui placent « l’intérêt sportif » sous la domination économique ?
Notes
1. Christian GUIRAUD, « Contribution à une socio-géographie du sport : l’exemple du département de l’Hérault », Travaux et recherches en EPS, Paris, INSEP, 1985.
2. Guy LAURANS, « Football et rugby en Languedoc : Eléments de géographie sportive », dans Jeux, sports et fêtes. De l’antiquité à nos jours en Languedoc Roussillon, Actes du 65e congrès de la Fédération Historique du Languedoc Méditerranéen et du Roussillon, Montpellier, Arceaux 49, 1995. Cet auteur démontre que cette limite territoriale concernait surtout le rugby.
3. Georges PASTRE, Rugby Capitale Béziers, Paris, Solar, 1972.
4. Il s’agit d’une métaphore utilisée par le journaliste Georges Pastre.
5. Guy LAURANS 1995, op. cit.
6. Christian POCIELLO, Le rugby ou la guerre des styles, Paris, Métailié, 1983.
7. Jean-Pierre AUGUSTIN et Alain GARRIGOU, Le rugby démêlé. Essai sur les associations sportives, le pouvoir et les notables, Bordeaux, Mascaret, 1986.
8. Jean-Pierre AUGUSTIN, « les sports collectifs dans les Landes : rugby, football, basket-ball. Territoires et zones d’influence », dans Actes du symposium de l’ICSS, Paris, Société française de sociologie du sport, 1983.
9. Jean-Paul CALLEDE, Les politiques sportives en France, Eléments de sociologie historique, Paris, Economica, 2000.
10. Jean-Pierre BODIS, Histoire mondiale du Rugby, Toulouse, BHP, Privat, 1987.
11. Premier international d’origine héraultaise, né à Béziers en 1885. Fils d’une famille d’imprimeurs, il a fait des études de droit à Paris et ajoué au Sporting Club Universitaire de France (SCUF).
12. Christian GUIRAUD, 1985, op. cit.
13. Christian GUIRAUD, 1985, op. cit. Il s’agit du rugby car le football que nous connaissons aujourd’hui portait le qualificatif d’association.
14. Christian GUIRAUD, 1985, op. cit. Mais on peut également faire remarquer que les terrains d’exercice des « jeux de plein air » appartiennent à l’armée… ce qui implique certaines concessions de la part du proviseur !
15. Christian GUIRAUD, 1985, op. cit. Le 22 février 1892.
16. Christian GUIRAUD, 1985, op. cit. L’USFSA est fondée en 1889 par Georges de Saint Clair.
17. Christian GUIRAUD, 1985, op. cit. C’est en fait le club du lycée qui ne sera officiellement déclaré qu’en 1907 et sera dissous en 1912.
18. Ce terrain appartient également à l’armée.
19. Jean-Michel DELAPLACE, (et coll.), « L’USAP et la naissance du rugby en Languedoc et en Roussillon », Revue Sport Sud, n° 4.
20. La Vie Montpelliéraine et Régionale, 1896.11 s’agit d’un document édité par le Racing Club de France.
21. Philippe DARYL, Jeux de balle et de ballon, Paris, Librairies-Imprimeries Réunies, 1894.
22. Passage du ballon au dessus de la barre transversale.
23. C’est ce que nous appelons aujourd’hui une transformation de l’essai.
24. La Vie Montpelliéraine et Régionale, 12 février 1899 : « Le SOET possède actuellement la ligne de ¾ Stade Montpelliérain ».
25. Il est le fils de Gustave, Adolphe, professeur d’allemand à l’Ecole de Commerce de Montpellier et d’Amélie, Elise Audibert. Il est né le 21 février 1879 à Montpellier et décède le 9 septembre 1912 à Saïgon où il exerçait la profession de commis des Douanes et Régies de l’Indochine.
26. Il est le fils d’Aldebert, propriétaire à Colombiers (34440) et de Marie Pastourel. Il est né le 10 avril 1878 à Gaillague commune de Colombiers et décède le 30 avril 1947. Il exerce la profession de médecin.
27. Philippe DARYL, 1894, op. cit., p. 19-20, « dès 1879, André Laurie préconisait les jeux de plein air comme la source la plus évidente de la vigueur et de l’énergie si manifeste dans la race anglo-saxonne. Après avoir décrit dans tous leurs détails les jeux pratiqués par les écoliers anglais, il demandait que des exercices analogues fussent établis en France dans tous les collèges et sur les terrains communaux des moindres villages… Cette doctrine était appliquée dès 1881 au lycée de Bastia et en 1882 dans les lycées de Grenoble, Oran, Bordeaux, Pau, Montpellier…. »
28. La Vie Montpelliéraine et Régionale, 14 janvier 1900.
29. Nous ne retiendrons que les clubs dont l’influence a été décisive dans l’implantation du rugby héraultais. La caractéristique de tous ces clubs est leur éclectisme de la pratique physique. Le rugby y côtoie souvent le football association et des pratiques athlétiques.
30. Aujourd’hui… Sète.
31. Il s’agit d’un terrain situé au sud de la gare du Midi, en bordure de l’Orb.
32. Béziers Journal, 15 novembre 1911.
33. Club déclaré en 1905. Cette association « du faubourg » a un recrutement ouvrier.
34. Il est un des pères fondateurs du rugby à Béziers en ayant fondé le premier club en 1903.
35. La crise viticole est toujours latente et la révolte des vignerons de 1907 est encore dans les esprits.
36. Sous l’égide du négociant en vins Paul Vidal, du peintre Joseph Jolibert et du boulanger Botibones.
37. La Vie Montpelliéraine et Régionale du 9 avril 1899 publie le texte suivant : « Une société de football est en voie de création à Cette. Avoir plus de 16 ans et s’inscrire au 25 grand rue à Cette... »
38. Il n’entre pas dans les objectifs de ce texte de faire l’inventaire des clubs déclarés ou non. Une monographie de ces associations est en cours de réalisation. Le lecteur intéressé trouvera une liste des associations déclarées dans la série 4 M des archives départementales de l’Hérault.
39. Ce club, constitué à l’origine de lycéens certainement issus des milieux favorisés de la ville s’est probablement « embourgeoisé » avec le vieillissement de ses membres fondateurs. Il y a visiblement une modification de son recrutement, car les jeunes lycéens ne fréquentent pas ce type d’établissement.
40. Ce club remportera le championnat scolaire du comité du Sud de l’USFSA en 1897, 1898 et 1899. C’est l’Union Athlétique du Lycée de Toulouse qui prendra la relève à partir de 1900. (aimablement communiqué par Jean-Pierre Massines).
41. Association Générale des Etudiants de Montpellier (AGEM).
42. USEM.
43. Série 4 M aux ADH. Rapport de police qui considère que la structure dirigeante est « réactionnaire ».
44. Guy LAURANS, 1993, op. cit.
45. Roland JOLIVET, Montpellier Bras dessus Bras dessous, Montpellier, Edition d’auteur, 2001.
46. En 1908, un rapport de police fait état d’une population de 80 adhérents, toutes activités sportives confondues.
47. La Vie Montpelliéraine et Régionale, 16 février 1910.
48. Jean-Michel DELAPLACE, (et coll.), op. cit.
49. Créé en 1897. Le premier bureau était composé de Cazalot, président ; Leygues et Brugères, vice-présidents ; Bordes, secrétaire et Desvals, trésorier. Source : Paul VOIVENEL, Mon beau Rugby, Toulouse, Héraclès, 1942, p. 72.
50. Il est également le secrétaire général de la Lance Sportive Cettoise.
51. Du district du Languedoc qui dépend de la ligue du sud-est de foot-ball association. Il est également l’organe officiel de l’Automobile Club de l’Hérault, du Gard et de l’Aveyron, ainsi que de l’Aéro-club de l’Hérault et du Gard. Le 6 novembre 1923, ce journal explique pourquoi il ne traite pas du rugby… et propose d’en inclure une rubrique à sa dernière page.
52. Ils sont à la tête de différentes associations de football association.
53. Catherine Dardignac, Archives Historiques de la Société Générale, courriel du 23 mai 2006, « Il s’agissait d’un club multisports qui faisait partie intégrante de la banque, de sa vie – son organisation était calquée sur le réseau des agences -, et de celle de ses employés. Xavier Breuil, doctorant spécialisé en histoire du sport, qui a pu consulter nos archives en a également conclu que la création du club s’inscrivait aussi dans une stratégie plus large qui visait à contester l’hégémonie du Crédit lyonnais. Tout comme les bâtiments, le sport devait contribuer à asseoir le prestige de la banque : le CASG devait non seulement concurrencer les clubs sportifs des autres établissements bancaires, mais aussi les grands clubs français du moment. Dans cette perspective, la Société Générale pratiqua une politique sportive relativement moderne. La banque chercha à recruter des sportifs talentueux, et ce dans toutes les disciplines, en leur proposant en échange un emploi dans la société ».
54. Une section du club portant le même titre est créée à Montpellier vers 1904.
55. Nous approfondirons dans une prochaine étude la personnalité du docteur Marius Bordes, ancien Maire de Balaruc-les-Bains, membre influent d’une loge maçonnique.., et promoteur, dans sa jeunesse, du rugby lycéen à Toulouse. Il est membre fondateur du Comité du Sud de l’USFSA en 1897.
56. Languedoc-Sport, 9 janvier 1914, compte rendu du travail des commissions d’association, de rugby et d’athlétisme (C’est l’hebdomadaire officiel du CL de l’USFSA : 1911-1914). Il est également membre de la ligue d’athlétisme du Languedoc (Omnium Sportif du 2 juin 1922). Un article, dans le Languedocien Sportif, reproduit une lettre du 14 juin 1923 dans laquelle on indique qu’il a été également vice-président de l’USFSA 1904-1920.
57. Un rapport de Georges Bayrou sur le professionnalisme dans le football est publié dans le journal l’Information Sportive des 4 et 29 décembre 1931. Emmanuel Gambardella fait un exposé sur ce même thème, dans ce même journal, le 9 mai 1933. Ce journal couvre l’arrondissement de Montpellier (bureaux à Cette et Montpellier) et se proclame « le journal du football et de tous les sports ». Pour ces deux auteurs, il s’agit de lutter contre l’amateurisme marron.
58. Nous empruntons ce qualificatif au journaliste et universitaire Jean-Bernard Moles.
59. Le Languedocien Sportif, 20 août 1921.
60. La Vie Montpelliéraine et Régionale, 15 décembre 1921.
61. Emile POURTIER, « les sociétés sportives des villages », Béziers, Omnium Sportif, 28 janvier 1921.
62. Jules CADENAT, « Du sport pur devant une galerie de purs », Béziers, Omnium Sportif, 20 mai 1921.
63. Courrier des Sports de Béziers du 7 octobre 1925. Pierre Moureu est le capitaine de l’ASB.
64. L’éducation virile des jeunes Biterrois passait naturellement par l’école de rugby.
65. Omnium Sportif, 18 mars 1921. Il s’agit d’un article écrit à la suite de la défaite de l’ASB devant Bayonne qui élimine le club des poules finales du championnat de France.
66. La Vie Biterroise, journal artistique et mondain.
67. Omnium Sportif, du 13 mai 1921 « Le 502e Reg. de chars de combat conserve le titre. Les biterrois pour la 2e fois sont champions ».
68. Document manuscrit de Jean Falandry du 19 octobre 1984 (collection de l’auteur).
69. En 1960, l’ASB (y compris l’école sportive) a reçu le challenge du meilleur club de France, toutes sections confondues (rugby, football, athlétisme, boxe, volley-ball, basket-ball, gymnastique, activités de plein air, culture physique, préparation militaire, rugby éducatif).
70. Christian POCIELLO, 1983, op. cit.
71. Fondée le 6 avril 1934 à Paris.
72. Décret du 19 décembre 1941 qui supprime le sport professionnel !
73. Jean-Paul CALLEDE, 2000, op. cit. p. 93, cet auteur souligne que sous le régime de Vichy « l’associationnisme sportif en tant que composante de la vie démocratique est désormais contrôlé, voire neutralisé ». A propos du décret du 19 décembre 1941, l’analyse indique que la dissolution de la ligue française de rugby à XIII et la liquidation de ses biens s’effectue « sans doute avec la bénédiction de quelques dirigeants du XV », p. 105. Voir dans cette même revue l’article de Germain Barcelo.
74. Il est chargé d’enseignement d’EPS au CREPS de Montpellier. C’est un ancien athlète de haut niveau (2e au 100 m aux championnats de France, derrière Valmy), qui ajoué au rugby à XV et à XIII. Il est né à Toulouse en 1919 et est décédé en 2005 à Montpellier.
75. 1955 à 1965.
76. Il sera entraîneur de l’équipe I de l’ASB de 1968 à 1978. L’intérim entre le départ de Raymond Barthez et l’arrivée de Raoul Barrière est assuré par Pierre Danos.
77. Journal l’Impartial, 2 décembre 1977.
78. Georges PASTRE, 1972, op. cit.
79. 1954 et 1955.
80. Pour la petite histoire, alors qu’il se rend à Narbonne, Raymond Barthez est intercepté en gare de Béziers par les dirigeants biterrois qui lui proposent le poste d’entraineur à l’ASB. Le docteur Fabregat est le Président en exercice (1951 à 1959) et Henri Lautrec lui succède de 1959 à 1969.
81. 22 mai 1960 àToulouse : FC Lourdais bat ASB par 14 à 11 ; 27 mai 1962 à Toulouse : S.U. Agenais bat ASB par 14 à 11.
82. Dans les phases de récupération musculaire, il les fait jouer… au basket-ball Il est « partisan d’un sport complémentaire ». Raymond Barthez met en pratique les connaissances scientifiques les plus actualisées, en particulier celles qui font référence à l’amélioration cardio-vasculaire par 1′interval-training.
83. International de 1954 à 1960.
84. Lettre du 4 juin 1965 adressée au Président de l’ASB, Henri Lautrec. Collection Annie-France Laurens, née Barthez.
85. Georges PASTRE, 1972, op. cit. p. 69.
86. Entraîneur de 1968 à 1978. Pierre Danos a assuré l’intérim entre Raymond Barthez et Raoul Barrière.
87. Georges PASTRE, 1972, op. cit. pp. 161-162.
88. Le palmarès du club est sans équivalent au plan national, à cette époque, si l’on ajoute l’ensemble des victoires obtenues dans les différentes compétitions officielles. Il est dépassé, aujourd’hui, par le Stade Toulousain.
89. Christian POCIELLO, 1983, op.cit.
90. Omnium Sportif, du 11 février 1921, article « Quelques réflexions sur le jeu de l’ASB ».
91. Courriel de Jean Michel Delaplace du 1er mai 2006. « Car on retrouve cela dans toutes les équipes dont les avants sont issus du terroir et possèdent donc des dispositions physiques quine demandent qu’à s’exprimer… Le style biterrois (serait) plus l’expression du génie des entraîneurs Barthez et Barrière que d’une disposition particulière des joueurs ».
92. Dans le sens de « lieux ».
93. Ancien joueur et entraineur à l’ASBH. Actuellement entraîneur des cadets « Balandrade » du MHR.
94. Germain BARCELO, Rugby de ville, Rugby de terroir, Castries, Editions du Mistral, 2007 (2ème édition).
95. Germain BARCELO, De la cuvette de Sapiac au quartier d’Ovalie, Castries, Editions du Mistral, 2007.
96. Archives Municipales de Montpellier, copie d’une lettre du 17 octobre 1923. Ce club est placé sous la présidence du docteur A. Goiny, membre fondateur – secrétaire de l’USEM en 1900, et exerce ses activités sur le terrain des Aubes qui a été loué et aménagé à cet effet. Nous ne reprenons pas dans ce texte la trajectoire sportive et sociale de ce club, mais il est nécessaire de souligner le rôle d’un de ses présidents, le professeur Jean Coll de Carrera (gynécologue) qui a donné à la ville un terrain, utilisé dès le début des années 30 comme lieu symbolique du rugby montpelliérain et que l’on désigne aujourd’hui sous le nom de Stade Sabathé. L’inauguration de ce terrain dit alors de la Croix-Bonhomme a eu lieu le 11 novembre 1930 et le Petit Méridional du jour écrit qu’il s’agit de la : « renaissance du rugby à Montpellier ». (ADH 4 MI 134 R 125).
97. Voir l’article de Germain Barcelo.
98. Ancien typographe au journal Midi Libre. Ancien joueur à l’Union Sportive Montpelliéraine de 1935 à 1945.
99. Dont Raymond Barthez.
100. Le président fondateur est le docteur Pierre Bouyeron, Conseiller Général de l’Hérault, canton du Caylar (Socialiste). Il est également le fondateur de la Maison Départementale des Sports et le premier président de l’Office Départemental des Sports de l’Hérault de 1980 à 1985.
101. Georges PASTRE, 1972, op. cit.
102. Entretien du 9 septembre 1983 avec Georges Privat, Président du Stade Montpelliérain Rugby.
103. Champion de France en 1961.
104. En raison du non respect de ses engagements par le président (promesse non tenue d’achat de blazers).
105. Entretien avec Jean Bernard Moles, 2 mai 2006.
106. Cette ascension s’appuie sur une politique de formation au rugby des jeunes scolaires encouragée et organisée à partir des nouvelles structures du club. Dans le même temps une école de rugby du club est ouverte à ceux qui souhaitent s’engager dans une pratique régulière de ce sport. Aujourd’hui, cette école de rugby accueille 530 enfants (de 7 ans à – de 15 ans) qui sont encadrés par 65 éducateurs diplômés. Elle est la plus impôrtante de France. A l’origine, les joueurs sont fortement impliqués dans ces actions éducatives. Il est significatif que le premier emploi créé par le club, est celui d’un éducateur sportif. Cette observation n’occulte pas le fait que le MHRC recrue également les excellents joueurs issus des écoles de rugby de l’agglomération Montpelliéraine, comme Trinh-Duc et Ouedraogo, devenus internationaux.
107. Instance de régulation politique et réglementaire du rugby international.
108. La Ligue Nationale de Rugby est une association qui a pour mission de gérer le secteur professionnel du rugby, par délégation du Ministère chargé des Sports et de la Fédération Française de Rugby. Au plan du sport professionnel, elle organise, gère et réglemente, assure la promotion et le développement du secteur professionnel des clubs de rugby français et le représente dans la gestion des coupes d’Europe, négocie et commercialise les droits de télévision et de partenariat du championnat de France de rugby TOP 14 et PRO D2. Elle assure la défense des intérêts matériels et moraux du rugby professionnel.
109. Une convention du 16 septembre 2009 précise les conditions d’un partenariat qui se développe dans « l’intérêt supérieur du rugby » (article 4) et maintient la priorité du programme de l’équipe de France, la protection de l’intégrité physique des joueurs professionnels, la garantie d’une équité sportive individuelle et collective, et la défense des valeurs du rugby.
110. Le MRC accède au groupe A en 1990 sous l’égide d’un entraîneur de haut niveau : André Quilis (1989-1994), professeur à l’UFR STAPS de Montpellier.
111. Le club professionnel est une SASP, c’est-à-dire une société anonyme sportive professionnelle selon les termes de la loi sur le sport de 1992. Elle permet de distribuer des bénéfices… L’Association Sportive Biterroise n’a pas pu se maintenir en PRO D2 et se retrouve en division « fédérale I » pour la saison 2009-2010.
112. Au sens générique.
113. Les supporters deviennent des clients !
114. Jean-Bernard MOLES, Crisologie du rugby à XV amateur du Languedoc, Changements structurels et évolution socioculturelle du rugby d’Oc, Thèse de doctorat en STAPS, Université de Montpellier 1, 2001.
115. Fondée en 1969.
116. Fondée en 1984.
117. Un entretien du 27 avril 2006 avec Katia Bonnot, membre du Comité Directeur de la FFR, révèle que le rugby féminin, tout en portant la marque de l’élite nationale, n’a pas le même statut que son homologue masculin, les jeunes femmes ne sont pas rémunérées tout en ayant un soutien au niveau de leur formation professionnelle (ce sont en majorité des étudiantes). Cette jeune femme, étudiante en STAPS, conduit une expérience originale d’éducation motrice des jeunes de 5 à 7 ans dans le cadre des écoles de rugby héraultaises, avec d’autres partenaires du comité régional.
118. Montpellier Hérault Rugby Club, 20 ans de vies pour un club, 100 ans d’histoire pour une passion, mai 2006. La rédactrice, Lucile Cérède, y retrace les moments forts du difficile enracinement du rugby Montpelliérain et y explique l’émergence du rugby féminin au travers du témoignage de sa sœur Cécile.
119. La professionnalisation de ce sport a conduit les grands clubs à multiplier les services offerts sur les lieux mêmes des rencontres sportives. Le stade s’est progressivement transformé en « supermarché » du sport et du corps en offrant, sur place, des produits et services dérivés liés au développement entrepreneurial du club. Les clubs de supporters constituent de nouveaux consommateurs en recherche de références identitaires et d’appartenance groupale.
120. Jean-Beruard MOLES, « Le « corroborée » du rugby languedocien n’est plus que légende », revue Corps et culture, n°4, 1999.
121. 2007.
122. Un des indicateurs d’évaluation de la Coupe du Monde est le nombre de téléspectateurs.
123. Entretien du 13 janvier 2010.
124. Le MHRC devient le Montpellier Hérault Rugby en 2003 (ref. site Internet du club).
125. Invitation des dirigeants des clubs et des responsables des écoles de rugby aux matchs du MHRC.
126. 20 000 personnes au stade de la Mosson !
127. Le statut juridique du club en fait une SAOS, c’est à dire une société anonyme à objet sportif selon les termes de la loi du 16 juillet 1984. Les dirigeants élus ne peuvent être rémunérés…
128. Avec le développement d’un recrutement de joueurs étrangers. En 2009, l’effectif des joueurs professionnels du MHRC est de 44 dont 17 étrangers, soit environ 40 % du total.
129. Pour une analyse plus détaillée, lire la très belle thèse de Jean- Bernard MOLES, op. cit.
130. Xavier LACARCE, Vers l’hyperrugby, triomphe du sport unidimensionnel, Paris, Le bord de l’eau, 2009, p. 217.
