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2.00

Description

Une église du haut Moyen Âge à Psalmodi
(Saint-Laurent d’Aigouze, Gard)
et l’architecture préromane du Languedoc

Le monastère de Saint-Pierre et Saint-Paul à Psalmodi (Saint-Laurent-d’Aigouze, Gard) a presque disparu vers le vingtième siècle. La célèbre abbaye médiévale, qui dominait une petite île sur un terrain marécageux, au nord d’Aigues-Mortes, a été sécularisée en 1537 et transformée en ferme, incendiée par les camisards en 1704 ; les ruines ont été utilisées par la suite comme matériaux de construction. Toutefois, une partie d’un mur d’environ vingt-sept mètres a été conservé, intégrée à la structure de la ferme qui occupe encore l’ancien site monastique (les eaux environnantes s’étant retirées vers la fin du dix-septième siècle). Cet imposant vestige du monastère disparu a justifié à Psalmodi la tenue de plusieurs campagnes de fouilles archéologiques financées par le Collège Williams (Williamstown, Massachusetts, É.-U.) et réalisées de 1970 à 1989 sous la direction des historiens de l’art Whitney Stoddard et Brooks Stoddard. Tandis que les travaux ont rapidement démontré que le parement subsistant faisait partie du mur extérieur sud d’une immense église gothique inachevée entreprise vers 1200. Les fouilles réalisées entre 1973 et 1974 sous le dallage ont révélé les fondations d’une structure antérieure. Cette église de faibles dimensions – mutilée par l’édifice qui lui a succédé – est un rare témoignage de l’architecture religieuse du haut Moyen Âge en Languedoc.

Les fouilles de cette église antérieure ont révélé deux campagnes de construction distinctes, désignées par « église A » et « église B ». L’église A, de dimensions réduites, possédait des murs de fondation longs de seulement vingt-trois mètres. En élévation, la structure était formée d’une simple et courte nef, d’un transept saillant et d’une abside centrale flanquée de deux absidioles. Ces trois absides semi-circulaires ou, plus vraisemblablement, en fer a cheval, présentaient un chevet plat. L’archéologie suggère que l’église A a été endommagée et partiellement détruite par le feu. L’église B a été construite sur l’église A et a non seulement intégré la majeure partie de l’édifice antérieur, mais en a également réutilisé les matériaux. En particulier, le transept et l’abside nord, ainsi que le mur de la nef méridionale de l’église A, ont été détruits et ensuite reconstruits. Le mur de la nef méridionale était bâti sur cinq assises de l’église primitive. Toutefois, le plan de l’église A a été modifié dans le bras nord du transept, élargi vers l’est, tandis que l’abside était remplacée par une petite absidiole bien marquée, contiguë à l’abside centrale.

La datation et la signification de l’église A – de laquelle dépend toute évaluation de l’église B – reposent sur l’interprétation des preuves archéologiques par rapport aux sources textuelles concernant l’histoire de Psalmodi du huitième au onzième siècle. Malgré la relative rareté de la documentation concernant Psalmodi avant l’époque gothique, les textes qui nous sont parvenus indiquent clairement l’existence et la vitalité du monastère à l’époque carolingienne. Les textes signalent une série de donations à Psalmodi vers la fin du huitième et le début du neuvième siècle, incluant le legs de terrain en 813 par Dadila, un noble Septimanien. Une charte de 815 de Louis le Pieux et une de 844 de Charles le Chauve fournissent davantage de preuves sur l’existence, le statut et les possessions de Psalmodi au neuvième siècle. Le document de 815 nomme abbé du monastère le « vénérable » Theodomirus et fournit ainsi une indication sur la vie intellectuelle de Psalmodi au début du neuvième siècle. Loué par le puissant évêque Jonas d’Orléans, l’abbé Theodomirus, qui a prétendument gouverné cent quarante moines à Psalmodi, a critiqué Claude de Turin, participant ainsi à la querelle des images qui agitait l’Empire carolingien au début du neuvième siècle. Une charte de 909 de Charles le Simple décrit la fuite des moines de Psalmodi qui trouveront refuge au prieuré de Saint-Julien à Cormillac, à la suite des raids sarrasins le long du littoral proche. Finalement, un fragment de texte de 1004 signale une assemblée sous l’abbé Warnarius à laquelle assistèrent un nombre imposant dřecclésiastiques et de nobles locaux, dont l’abbé Giraldus de Saint-Gilles, les évêques Froterus de Nîmes et Aribaldus d’Uzès, Adélaïde de Provence et Guillaume de Toulouse, afin de célébrer le reaedificandum & reparandum Sancti Petri Psalmodii monasterium. Ce document fait également mention du retour des moines à Psalmodi après l’interruption de la vie monastique au dixième siècle. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2009

Nombre de pages

14

Auteur(s)

Jenny SHAFFER

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf