Un petit coin de paradis : Ondine et Frankie Vieque, oléiculteurs citadins
Un petit coin de paradis : Ondine et Frankie Vieque, oléiculteurs citadins
Pierre LAURENCE, * Alexia ROSSEL **
* Ethnologue au Service du patrimoine culturel du Conseil Général de l’Hérault
** Doctorante en Anthropologie, EHESS Toulouse
Si beaucoup d’oliveraies sont cultivées par des personnes ayant dépassé la cinquantaine, certaines sont entretenues par de jeunes gens, des agriculteurs ou encore des amateurs. Tel est le cas d’une plantation située sur la commune de Cournonterral, propriété d’un jeune couple montpelliérain. Lui est mécanicien, elle étudiante dans le domaine de la culture, il vient du nord de la France, elle est Montpelliéraine. Ils ont peu, pour ne pas dire pas de lien avec le monde agricole. Deux jeunes citadins qui, un jour, ont croisé une oliveraie par le plus grand des hasards. 1
Ondine et Frankie Vieque (portrait)
Le coup de foudre initial
F.-V. : J’ai trente-deux ans et ma famille est arrivée dans la région quand je devais avoir dans les dix-sept ans. J’étais dans le Vaucluse avant. J’ai fait mes études en mécanique à Montpellier. La vie a fait que j’ai rencontré Ondine il y a quelques années. Puis on a commencé à investir quelques billes ensemble et on a décidé d’acheter ce magnifique terrain avec des oliviers sur la commune de Cournonterral.
O.-V. : Nous nous sommes rencontrés en 2000 et vers 2002, deux ans après, nous rêvions de nous installer un peu, nous imaginions plein de choses, des projets d’avenir. Nous regardions les petites annonces pour rêver plus que pour acheter quelque chose. Et puis nous sommes tombés sur cette annonce de vente d’un terrain avec des oliviers. Nous qui avions toujours l’habitude de voir des terrains constructibles, cela ne nous paraissait pas cher du tout. Alors, on s’est dit : « On va aller voir ! » Nous avons appelé, la personne n’était pas disponible, donc il nous a orientés. Ça a été un labyrinthe pour trouver le terrain. En fait, j’étais venue avec les parents de Frankie, parce qu’il travaillait à ce moment-là. C’était au sommet d’une petite colline, donc on monte et, tout d’un coup, on voit tout. Et là : « Waouh, c’est magnifique » Donc, c’est parti sur un coup de tête, parce qu’au début, nous n’avions pas particulièrement de projet d’achat d’oliviers ou quoi que ce soit. C’était plus par curiosité, par rêve. J’ai appelé tout de suite Frankie en lui disant : « C’est magnifique, c’est formidable, c’est superbe. » Ma mère est venue aussi et elle a dit : « C’est magnifique, c’est magnifique ». Nous avons fini par y aller ensemble. Seulement, nous n’avions pas les sous ou, plutôt, je n’avais pas un rond. Donc nos parents nous ont dit : « Si vous ne l’achetez pas, nous, on l’achète. » Ma mère m’en a donné la moitié et Erankie avait de l’argent de côté. Pour nous, c’était mettre nos premières billes ensemble, c’était un peu un engagement. C’était magnifique. Ce qui nous a séduits, c’était le point de vue. On savait qu’on ne serait jamais dérangé par autre chose, parce qu’on était sur la colline, en zone non constructible.
F.-V. : Quand on va là-bas, tu te mets là, tu regardes le paysage, tu es en pleine nature.
O.-V. : Ce qui nous a séduits avant tout, c’est le lieu.
F.-V. : Il y avait la valeur de la terre et il y a la valeur des arbres. C’est vrai que c’était cher par rapport au prix du marché agricole. Et puis, de fil en aiguille, on a discuté avec un ami qui travaillait la vigne et l’olivier. Il a fait une expertise des arbres et il a dit : « Si tu achètes à ce prix-là, même si tu dois revendre, tu arriveras à récupérer la terre en revendant les arbres. » On se demandait ce qui arriverait au pire des cas. Et au pire des cas, quoiqu’il se passe, on arriverait toujours à rentabiliser, à rentrer dans nos fonds.
Apprendre l'olivier
O.-V. : Alors, on s’est dit : « Maintenant, il va falloir apprendre parce que nous ne connaissions rien à l’olivier. » On s’est tourné vers Jean-Michel Duriez, vers l’AFIDOL, pour s’orienter un peu, pour savoir où on pourrait trouver des renseignements. On a regardé sur les bouquins, on est allé à la cave de Pignan où ils ont été super adorables.
F.-V. : Par hasard, j’ai rencontré quelqu’un au travail qui était bénévole à la cave de Pignan. Quelqu’un de très très bien. De fil en aiguille, on discute, je lui dis que j’ai des oliviers et il me répond qu’il s’occupe de la cave de Pignan. Il me demande : « Est-ce que demain vous êtes disponible ? ». Je lui dis : « Non, demain, je travaille. » « C’est dommage parce que demain on fait une démon-stration sur la greffe. » « Je vous envoie ma femme. » Du coup, le lendemain, elle y est allée avec mon père.
O.-V. : J’étais contente, il y avait plein de petits vieux, ils étaient tous en train de m’apprendre comment faire. Je me suis régalée, c’était génial. Sous la pluie, on était tout content, là, en train de couper nos petits morceaux pour voir comment la greffe prenait. Je me suis régalée, ils étaient vraiment très très gentils. Chaque fois, ils nous disaient : « Si vous avez besoin d’apprendre quoi que ce soit, si vous avez un problème, venez nous voir. »
O.-V. : Donc, au fur et à mesure, nous avons appris surtout avec des bouquins et avec des renseignements auprès de personnes que l’on rencontrait. Les pépiniéristes aussi nous ont aidés pour les traitements, afin de faire une agriculture raisonnée.
F.-V. : Le seul traitement chimique qu’on fait, c’est pour la mouche. Les autres, c’est de la bouillie bordelaise. Et puis l’année dernière, j’ai mis un traitement contre la cochenille, parce qu’il n’y avait plus de coccinelles. C’est le seul traitement que j’ai vraiment fait. On est arrivé là, le verger était bien disposé. Il fallait qu’on débroussaille, qu’on rénove.
O.-V. : En fait, c’était complètement en friche quand on est arrivé. Il y a 3 000 m² et 37 arbres. Les arbres, c’étaient des buissons, on ne pouvait absolument pas pénétrer dedans. C’était ça qu’il y avait de bien, c’est qu’il y avait tout à faire. C’était génial d’arriver dans l’arbre et puis de dire : « Quelles branches on va choisir, quelle branche on va garder ? » On tournait autour pendant des minutes entières afin de choisir quelles allaient être les branches principales.
F.-V. : On avait des arbres qui avaient de sept à dix troncs, jusqu’à douze rejets énormes. Quand on coupait, on regardait et on disait : « Celui-là, il a treize ans, celui-là il y a quinze ans. »
O.-V. : Cela faisait douze ans que le gars n’était pas revenu. C’était à ses parents, il avait eu ça en héritage. C’était complètement à l’abandon. Et puis, on a commencé à planter, du romarin, des mimosas, des petites plantes en plus. Comme on habite en ville, c’est notre coin d’oxygène. On aspire qu’à une chose, c’est de partir loin de la ville, mais pas trop loin non plus parce qu’on est des citadins dans l’âme, mais faire semblant qu’on ne l’est pas.
F.-V. : Si cela avait été un champ de cerisiers, je pense qu’il n’y aurait pas eu autant d’amour mais on se serait investi pareil. C’est le lieu qui nous a plu. On était là, on s’est dit : « C’est beau ! » Les oliviers, c’est typique de la région. Je ne sais pas pourquoi, on est attaché à cet arbre.
O.-V. : Je pense que c’est un arbre noble avec toute la mythologie, toute l’histoire autour de l’olivier. C’est un arbre sacré. Ça nous a peut-être touchés davantage que si cela avait été un prunier sauvage.
Récolter et offrir
P.-L. : Vous avez eu une production la première année ?
O.-V. : La première année, on a emmené les olives en septembre parce qu’elles tombaient. On les a ramassées, on est arrivé au moulin de Pignan, ils nous ont regardés et ils nous ont ri au nez : « Qu’est-ce que vous voulez que l’on vous en fasse de ça ? » Et nous, on a dit : « Elles tombent, c’est qu’elles sont mûres ! ». « Mais non, c’est quelles sont piquées par la mouche ! » ; « Ah ! Bon ! Bon ! ». C’est parti de là. On a appris pour l’année suivante ce qu’il fallait faire. Elles étaient belles pourtant, magnifiques mais toutes piquées !
F.-V. : Comme on avait beaucoup taillé la première année, la seconde année, on a eu une petite récolte. L’année dernière, on a eu une très belle récolte en quantité mais les olives étaient très petites, il n’y avait pas eu assez d’eau. Mais en quantité, c’était énorme ce que l’on avait.
O.-V. : L’année dernière, on a fait 47 kg d’huile. Ce qui est bien, c’est la famille qui vient nous aider pour la taille des gourmands. Ensuite, c’est la fête le premier dimanche de décembre, comme ça, on essaye d’avoir le maximum de personnes. On les prévient bien à l’avance. On a toujours eu beau temps. On fait de grandes tablées au milieu des oliviers. On n’y va pas trop tôt parce que c’est un dimanche et puis les gens viennent au fur et à mesure. Ils ramassent et on a des filets. Vers une heure, une heure et demie, on commence à manger. On attend le maximum parce qu’après, c’est très difficile de se relever.
P.-L. : Est-ce que c’est un lieu de convivialité en dehors de la récolte ?
O.-V. : On fait souvent nos anniversaires là-bas. On a tout prévu parce qu’on a une petite roulotte qui était déjà en place. Et puis il y a un voisin qui surveille chaque fois s’il n’y a pas les étourneaux qui viennent. S’il y a les étourneaux, il tire un coup de fusil.
F.-V. : Il a de la vigne, de l’élevage. D’ailleurs, on a ses moutons en ce moment sur notre terrain. Il a une dizaine de moutons. Une année, il avait des cochons noirs, il a des ânes.
O.-V. : La semaine dernière, on est arrivé, il y avait plein de moutons au milieu des oliviers. C’était charmant, ça nous a plu : « Ne bougez pas, ils sont parfaits, là. » On n’aura pas besoin de débroussailler. Nous, on est ravis. Et puis, il le sait.
F.-V. : Il y a eu des chèvres au printemps, et les chèvres, c’était moins bien. Elles ont cassé pas mal de branches et une table aussi. Les chèvres : moyen.
P.-L. : Vous n’avez pas eu de problème de dégradation ?
O.-V. : Non, la seule chose qu’on a eu l’autre jour, c’est un paquet de déchets de Mc Donald’s et c’est tout. Donc ça va.
F.-V. : J’ai tout ouvert pour les chasseurs. Avant, il y avait un grillage, c’était tout clôturé mais piétiné. Je me suis dit : « J’enlève tout, comme ça au moins, tout le monde passera dedans et il n’y aura pas de détérioration. »
O.-V. : Quand on les voit, on leur dit juste de ramasser leurs cartouches, ça serait sympa. Sinon, ça ne nous dérange pas. Mais ils ne ramassent pas toujours les cartouches.
P.-L. : Vous savez ce que vous avez comme variétés ?
F.-V. : On ne sait pas exactement. La Lucques, c’est sûr, on en a, elle se reconnaît facilement. On a deux arbres et le reste c’est de la Bouteillan mais ce n’est pas très sûr.
O.-V. : En général, on fait la cueillette sur un week-end et on emmène les olives au moulin le lundi. Toutes les personnes qui sont venues nous aider, elles repartent avec un petit cadeau. En général, on récupère l’huile avant Noël et on leur en donne. On est fier de dire : « Et voilà ! Je vous offre une bouteille de notre huile d’olive cueillie avec amour ». On passe des heures à imprimer les étiquettes sur du papier kraft, à découper, à coller. Je ne suis pas sûre que cette année, avec le petit on aura le temps. À mon avis, ce sera un autocollant et puis voilà. Quand on offre une bouteille à ma sœur ou à mon père qui ne sont pas sur la région, on essaye de la rendre belle, de l’habiller pour montrer toute l’énergie qu’on y a mis dedans.
P.-L. : Vous vouliez avoir votre huile ?
F.-V. : C’était surtout ça, c’est le fruit de notre travail, le jus !
O.-V. : En fait on n’a que le côté agréable du travail de la terre parce que, honnêtement, on ne s’épuise pas au travail, c’est le week-end. On a le plaisir et on n’a pas les inconvénients. On n’est pas exploitants. Donc, on est des faux agriculteurs mais des vrais producteurs d’huile. Et c’est marqué « propriétaire-récoltant » sur la bouteille.
F.-V. : Je pense que cette année, je touche du bois, on va avoisiner la tonne.
O.-V. : L’année dernière, elles étaient affreuses, elles étaient minuscules, elles passaient à travers les mailles des cagettes.
F.-V. : Cette année, je suis allé arroser plusieurs fois, une fois par semaine ou tous les 15 jours.
Oléiculteurs et citadins
P.-L. : Vous avez des contacts avec d’autres producteurs ?
F.-V. : Quand on va au moulin, on a des contacts avec d’autres producteurs et ils sont contents de voir des jeunes. À chaque fois, on a des coordonnées mais on ne va pas forcément les voir parce qu’on na pas forcément le temps. Quand on dépose nos olives, on discute, c’est toujours un moment où on va discuter un petit peu. Quand on va à des réunions, quand on va à la fête de l’olive, de l’huile ou à la fête de quelque chose, on rencontre des gens. Il y a deux ans, on est allé à celle de Saint-Jean-de-la-Blaquière et à Alès aussi.
P.-L. : Vous ne faites que de l’huile ou vous faites aussi des olives confites ?
F.-V. : On a essayé plusieurs méthodes. La première année, j’ai essayé avec de la soude. Je suis retourné avec les mains…, je n’avais plus de peau et les olives n’étaient pas bonnes. On les avait faites dans la baignoire. J’avais dû faire 50 ou 60 kg. J’avais mis 2 cagettes, je crois. Quand je les ai mangées, elles étaient un peu…, ça n’allait pas, il y avait un peu le goût de la soude. Je les ai mises dans du sel et puis j’ai fait un pot avec du romarin, un pot avec du thym, un pot avec du citron. J’en ai ouvert un une fois par hasard, elles étaient un peu trop cuites mais le goût, au fond, n’était pas si mal que ça. Je me suis dit que je ne les avais pas trop loupées. Et cette année, j’ai réessayé.
O.-V. : Chaque année, on a essayé ! À mettre le minuteur toutes les heures pour aller tourner dans la nuit. Comme le bébé, pareil Toutes les heures, je mettais le réveil pour aller touiller les olives dans des gros seaux au lieu de la baignoire parce que, pendant deux jours, on en a un peu besoin de la baignoire. Il fallait tout transvaser et tout remettre. Ce n’était pas terrible.
F.-V. : Cette année, on a essayé avec une très petite quantité, 2 kg, à la cendre de bois et je les ai gouttées hier : il y a le goût de l’olive qui est prononcé mais il y a encore un peu d’amertume mais, en même temps, c’est celles de cette année. Mais il y a plein de recettes, en fait. Quand on est allé au Maroc, on avait demandé, ils mettent des oranges amères au milieu des olives vertes. Apparemment, c’est une recette qu’elle avait de sa mère. Tous les ans, on essaye jusqu’au jour où on aura la bonne recette. Et on se fait engueuler par les vieux quand on leur emmène les Lucques très belles pour faire de l’huile. Ils nous regardent : « Vous êtes fous !, il faut les vendre en confiserie. Il ne faut pas les emmener pour faire de l’huile. » Mais ça fait quand même une très bonne huile.
O.-V. : Enfin, on se régale. C’est clair On était tellement impatient de goûter notre huile au Noël de l’an dernier, quand on est allé la récupérer au moulin Ma mère nous avait offert un bidon en métal de 50 litres, muni d’un robinet. On a mis notre nom dessus, on était très fier de l’emmener. Sur le chemin du retour, on s’est arrêté au bord de la route, on est allé chercher du pain, on est allé ouvrir le robinet sur le trottoir pour goûter notre huile. Chaque année, même si elle a un goût différent, elle est toujours la meilleure, elle est toujours très, très bonne. Elle était à la fois douce et un petit peu poivrée.
F.-V. : D’année en année, elle na jamais le même goût et pourtant ce sont les mêmes variétés.
O.-V. : C’est bon quand elle a cette odeur de vert, de verdure. Moi, j’aime bien. Même la couleur, quand elle est toute trouble, c’est beau. On a envie de la mettre au soleil et de la regarder comme ça.
P.-L. : Vous avez suivi d’autres formations ? Sur la taille ?
O.-V. : Pour la taille, on s’est renseigné plusieurs fois, à Pignan, à Alès. On s’est exercé, on s’est un peu loupé mais bon, on savait qu’il fallait qu’une hirondelle puisse traverser l’arbre. Parfois, elle pouvait vraiment très bien traverser l’arbre, d’autres fois elle avait un peu plus de mal. On regarde aussi sur les ronds-points, même si c’est souvent taillé très sévèrement. On se ballade et on se dit : « Oh ! Ceux-là, ils sont bien taillés. » Chaque fois qu’on voyage, en Espagne ou au Maroc, on regarde comment tel pays fait. On tourne toujours autour des arbres et on observe comment ils font. Souvent, il n’y a qu’un pied central et des branches après, alors que les nôtres ont toutes les branches dès le départ dans tous les sens. Et puis, on n’a pas toujours eu le cœur de ne laisser que trois branches. Donc parfois, il y en a un petit peu plus.
F.-V. : En théorie, on va dire : « On va couper ça » mais en pratique, on coupe plus et, des fois, on dit : « J’ai trop coupé. » Alors, l’arbre qui suit, il n’est pas trop taillé. On se surveille, quoi ! Je la regarde et je lui dis : « Tu coupes trop ! » Alors elle me regarde et elle me dit : « Tu as vu ce que tu as coupé, toi ! » Je me retourne, je regarde l’arbre que je viens de faire et, effectivement, je vois que je viens de beaucoup couper. C’est vraiment plaisant, c’est bien. Ça repousse. Comme dit le proverbe : « Taille- moi et je te vêtirai. »
P.-L. : Et les oliviers sur les ronds-points ?
O.-V. : Parfois, on dit : « Les pauvres ! »
F.-V. : En même temps, on est dans une région où il vaut mieux voir des oliviers que des arbres qui ne sont pas typiques de la réqion. Moi, je trouve ça joli.
O.-V. : J’aime bien sauf quand c’est de vieux oliviers qu’on a trop taillés, maltraités pour les planter là. Quand c’est des oliviers qu’on plante, pourquoi pas, pas de problème. Mais quand c’est des oliviers que l’on a maltraités, que l’on n’a pas respectés… Parfois, ils sont très maltraités par les employés municipaux, ils ont trois feuilles au bout des branches. Comment voulez-vous qu’ils respirent avec ça ? Sinon, c’est joli. Ça donne un peu de verdure aux citadins, à nous, quoi, puisqu’on est des citadins. Il ne faut pas se leurrer, on n’est pas du tout des paysans. On se donne l’illusion d’en être mais on n’en est pas du tout en vérité. Il y a parfois une arrière-pensée un petit peu plus triste, c’est de savoir que les oliviers, c’est un endroit, quoi qu’il se passe, si jamais il y a une guerre ou quoi que ce soit, où on pourra toujours aller camper et planter nos carottes. C’est peut-être le paradis perdu mais c’est quelque chose à nous. C’est de la terre, et la terre, ça nourrit toujours alors que la pierre des villes, ça ne nourrit pas.
Notes
1. Entretien réalisé à Montpellier, le 18 novembre 2006.
