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Description

Tobie Rocayrol un agent secret chez les camisards (juillet 1704)

Le manuscrit publié ci-dessous a été retrouvé par Jean-Claude Richard Ralite dans les archives de l’abbé Julien Rouquette, et remis récemment aux Archives départementales de l’Hérault. L’abbé Rouquette était un prêtre du diocèse de Montpellier, historien et érudit du début du XXe siècle. Il est connu surtout par son Histoire du diocèse de Maguelone et son Histoire de la ville de Ganges. Mais un de ses sujets de recherche préférés était l’étude des antagonismes locaux catholiques-protestants. En témoignent, en 1906, son livre Les victimes de Calvin : l’inquisition protestante, dont le titre est à lui seul tout un programme, plusieurs ouvrages publiés en 1908 sur la guerre des camisards et, un peu plus tard, sur les fugitifs protestants. Ces ouvrages soulevèrent une polémique assez intense avec les historiens protestants, en particulier dans leur revue, le Bulletin de la Société de l’Histoire du Protestantisme. Ce qu’apportaient de nouveau ces « Études », ainsi qu’il les nommait, c’est l’utilisation, et parfois la publication intégrale, de documents qu’il avait trouvés aux Archives de l’Hérault, dans le fonds de l’intendance. Cette démarche était pionnière chez les historiens catholiques, et même aussi chez les historiens protestants où seul Charles Bost avait fait le choix de dépouiller la documentation archivistique de base, qui aboutira plusieurs années après à ses Prédicants protestants.

Les informations contenues dans ce texte sont pour la plupart connues des historiens qui ont travaillé sur la guerre des camisards, mais il nous a semblé intéressant de le publier car il permet d’évoquer un épisode et un personnage peu connu, et de montrer l’importance que pouvait avoir dès cette époque le « renseignement » et plus généralement « l’action secrète » dans le déroulement des guerres.

Printemps 1704 : le tournant de la guerre des camisards

La révolte des camisards, déclenchée en juillet 1702 par le meurtre de l’abbé du Chaila au Pont de Montvert, s’étendit très rapidement dans les diocèses d’Uzès, d’Alès, de Nîmes et de Mende, où les « nouveaux convertis », terme qui désignait les protestants, étaient les plus nombreux, et plus marginalement dans le diocèse de Montpellier. La quasi absence de troupes réglées, employées en Allemagne et dans le Milanais, favorisa le développement rapide des insurgés et leur aguerrissement. Dès janvier 1703, pour contenir ce front intérieur, le roi Louis XIV envoie de nombreuses troupes rendues disponibles par leur inaction d’hiver, et des généraux expérimentés comme le maréchal de Montrevel ou l’ancien protestant Julien. Les camisards, malgré leur échec dans l’extension de la révolte en Vivarais et en Rouergue, malgré le brûlement de toutes les Hautes Cévennes, sous la direction de nombreux chefs dont Roland et Cavalier pour les plus importants, résistent par la guérilla à des troupes considérables de 20 à 25 000 hommes.

Au printemps 1704 alternent de grandes victoires camisardes (Martignargues, le Plan de Fontmort), et des défaites importantes (Nages, la prise des « magasins » de Cavalier à Euzet). Le remplacement du maréchal de Montrevel par le maréchal de Villars permet des négociations qui aboutissent à la reddition de Cavalier et à son départ du Languedoc.

La coalition des Alliés et la guerre des camisards

Dès le début de l’insurrection, l’intendant Basville était persuadé qu’il s’agissait d’un mouvement déclenché par les puissances étrangères coalisées contre la France, les Alliés, ou pour le moins fortement encadré par eux. Les petits combats où les camisards sont victorieux renforcent sa conviction de la présence d’officiers étrangers. Ce n’est pourtant pas le cas. Les Alliés seront longs à comprendre l’intérêt pour eux de cette révolte, et surtout à y participer avec les moyens appropriés. Et quand ils interviendront, ce sera toujours avec une très grande inefficacité. Ils sont pourtant bien informés de la situation. Les relations épistolaires des cévenols avec leurs parents émigrés sont régulières, les gazettes publiées à l’étranger donnent avec une rapidité étonnante des comptes rendus militaires assez objectifs. Mais ils sont méfiants vis-à-vis d’une révolte qu’ils ne comprennent pas, une guerre de paysans et d’artisans, et le prophétisme les déconcerte. Ils enverront donc des émissaires pour s’informer. David Flotard, réfugié originaire du Vigan, secrétaire du duc de Miremont et officier anglais, joint les rebelles en juillet 1703, s’informe de leurs besoins et leur promet des secours par voie maritime.

En août 1703, une dizaine de réfugiés français a pour mission de rejoindre les camisards, mais ceux qui partent réellement sont arrêtés, emprisonnés et exécutés, probablement trahis par l’un d’entre eux qui était agent double ! Une de leurs missions devait être de mettre au point un système de communication avec les insurgés, afin de débarquer sur la côte des renforts en hommes et en armes. Leur arrestation fait échouer le projet, et la flotte anglaise qui effectivement s’approche des côtes en septembre 1703 ne peut effectuer son débarquement faute de réponse à ses signaux, les camisards n’étant pas prévenus, comme ils le disent dans le texte ci-dessous. Cela montre bien la principale difficulté de ce type de projet : la coordination, à une époque où les déplacements, par terre comme par mer, sont longs et aléatoires, il est bien difficile de fixer un point et un moment où se retrouver avec quelque chance de réussite ! […]

Informations complémentaires

Année de publication

2013

Nombre de pages

7

Auteur(s)

Pierre ROLLAND

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf