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Description

Témoignage de Marcel Bernard (1902-1991)
l’ami et le photographe de Jean Moulin

Recueilli par Hillary OWEN et présenté par Michel FOURNIER

Marcel Bernard fut, à partir de 1910, l’ami de Jean Moulin. De surcroît, c’est lui qui réalisa à l’automne 1939 la photographie célèbre – qui a fait le tour du monde – dont il n’a jamais été officiellement reconnu l’auteur et pour laquelle il n’a jamais perçu de droits.

Pour mieux connaître Marcel Bernard, nous disposons d’un document inédit, un entretien qu’il a accordé en 1983 à une jeune Anglaise, Miss Hillary Owen, aujourd’hui Doctor Hillary Owen, Senior lecturer in portuguese à l’université de Manchester. Cet entretien a été enregistré sur magnétophone. Dans quelles circonstances ? De décembre 1982 à mai 1983, les services culturels de la ville de Béziers (bibliothèque, Musée des beaux-arts, Musée du Biterrois, Archives communales, service éducatif des archives) avaient réalisé et présenté une exposition consacrée à Jean Moulin pour marquer le quarantième anniversaire de sa mort. Miss Hillary Owen, alors lectrice d’anglais au lycée Henri IV de Béziers, s’intéressait à la vie et au destin de Jean Moulin et souhaitait en faire le sujet d’un mémoire devant l’université de Nottingham. Elle utilisa certains éléments de l’exposition et interrogea quelques personnes qui avaient connu Jean Moulin, en particulier Marcel Bernard. L’enregistrement qu’elle réalisa alors, transcrit, est publié aujourd’hui avec son aimable autorisation dont nous lui savons gré.

C’est un témoignage précieux sur les relations entre les deux hommes pendant trente ans, sur la jeunesse de Jean Moulin et, de façon plus inattendue, sur la personnalité intéressante de Marcel Bernard. S’il permet de bien préciser l’histoire de la photographie, il ne donne pas d’éclaircissement sur la propriété du cliché réalisé en octobre 1939 au Peyrou de Montpellier.

De la lecture de cet enregistrement, se dégage l’impression que Marcel Bernard a parlé spontanément, librement, à ouvert, séduit peut-être par la curiosité et l’intérêt que manifestait Miss Owen. Son témoignage ne paraît pas altéré par le destin tragique de son ami ni par sa gloire posthume et rejoint les entretiens accordés à certains journalistes et les souvenirs de certains de ceux qui l’ont connu et fréquente.

Ce témoignage, c’est d’abord l’histoire d’une amitié née dans le voisinage au Champ de Mars, « moi au numéro 4 et lui au numéro 6 ». Sur cette place, « centre d’attraction de premier ordre pour les gamins du quartier » où Jean est « gentil avec ses petits camarades, protégeant les plus jeunes, surtout Marcel B… (Marcel Bernard) qui habitait la maison d’à côté et était son grand ami du Champ de Mars ».

Les complicités de l’adolescence succédèrent aux jeux de l’enfance à travers des goûts communs et des centres d’intérêt partagés : « quand on est des artistes comme nous l’étions… on pouvait parler de littérature, de peinture, de cinéma ». À partir de 1921, Jean s’éloigne, pris par sa carrière dans l’administration préfectorale, mais les liens entre les deux amis ne se distendent pas ; ils s’écrivent, se revoient en vacances à Valras-Plage ou ils partagent les risques d’une baignade dangereuse ou encore à Paris, en Savoie, ravis de découvrir ensemble films et expositions, et ce, jusqu’en 1939, date de leur dernière rencontre.

Au sein de cette amitié qu’il veut exclusive, « Je suis le seul qui l’ai connu comme ça (comme un frère)… c’est moi qu’il a connu le plus longtemps », Marcel regrette que Jean ne lui ait pas ouvert toutes les portes de son jardin secret, en particulier à propos de l’existence de son frère aîné Joseph, mort en 1907 et, plus tard, à propos des aléas de son mariage et de son divorce : « Il était discret et secret ». C’est poser la pudeur, la réserve, le goût du secret de Jean Moulin.

Cette petite réticence ne ternit pas le portrait qu’il trace de son ami, jovial, enjoué, humoristique, en soulignant les traits essentiels. Jean « est un artiste…, il a un tempérament d’artiste…, capable de faire des eaux fortes, (ce qui) est très difficile ». Il est surtout caricaturiste… », ce qui est son point Fort…, (pour lequel) il a imité Sem ». […]

Informations complémentaires

Année de publication

2001

Nombre de pages

30

Auteur(s)

Hillary OWEN, Michel FOURNIER

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf