Catégorie : Étiquette :

2.00

Description

Saint-Pons, 12 novembre 1942
Une journée particulière dans la vie du soldat de Lattre

« Nous ne trouvâmes pas le général de Lattre ridicule
Et décidâmes d’envoyer immédiatement Cauvet,
avec un groupe armé, pour le libérer »
(Claude Bourdet, L’Aventure incertaine)

« Je disposais d’environ 36 heures
pour organiser l’évasion avec un groupe de l’organisation Combat
qui était animé par un Montpelliérain, Marcel Gallot. […]
On chercha un costume civil pour le général… »
(Jean Jacques Kielholz, chef de cabinet du préfet régional
In Jean Baumel, De la guerre aux camps de concentration)

Le 11 novembre 1942, le plan du général de Lattre de Tassigny pour ne pas rester l’arme au pied, dans les casernements, à la suite de l’envahissement de la zone libre par les troupes allemandes et italiennes, a été contrecarré par Vichy. De retour des Corbières où il avait ordonné un regroupement de ses unités pour résister, le général est arrêté tôt le matin du 12 à Saint-Pons de Thomières (Hérault). Trois auteurs-Résistants, Henri Frenay, Claude Bourdet, Jean Baumel font état de tentatives pour le libérer pendant cette journée. Voici les différentes versions données par les acteurs de l’époque dans toutes leurs contradictions. Elles mettent en évidence non seulement le rôle de Combat mais aussi celui, central, joué par la préfecture de Montpellier en la personne de son chef de cabinet, Jean-Jacques Kielholz. Elles n’ont guère étaient examinées de près et en tant que telles ; le principal intéressé ainsi que le compte-rendu de la police judiciaire ne les évoque pas, au point que l’on pourrait penser que rien ne s’est passé. Il n’y a cependant pas de fumée sans feu.

Sète le 24 novembre 1942

Le Capitaine de Frégate, Commandant la Marine, Délégué de l’Amirauté à Sète, Commandant d’Armes de la Place de Sète à Monsieur le Vice-Amiral, Commandant la Marine, Délégué de l’Amirauté à Marseille :

Objet : Compte-rendu sur l’évolution de la situation à Sète du 6 au 20 novembre 1942 [extraits]

Samedi 7 novembre 1942
20h : Le Commandant de la Marine est convoqué par le Général Cdt la 16e Division Militaire
pour la mise en application du plan de Défense.

Dimanche 8 novembre 1942
5h45 : Chef E.M. de Marine Marseille signale attaque et débarquement dans Région Oran et Alger.

Mardi 10 novembre 1942
6h20 et 7h50 : Le III/8e R.I2. perçoit 20 tonnes de munitions à Montpellier.
19h25 : Général Commandant 16e D.M. prescrit surveillance des abords des Casernes
et de disperser tout attroupement.

Mercredi 11 novembre 1942
9h – 11h : Ordres militaires verbaux de la 16e D.M. contradictoires (on apprendra vers 15 h
que le Général de Lattre de Tassigny est parti en dissidence).
16h30 : Commandant du III/8e R.I. (Chef de Btn Voulgre) vient me trouver et m’annonce
son intention de partir à la nuit avec son bataillon pour gagner la région de Bédarieux, conformément aux
instructions qu’il a reçues de son colonel pour y retrouver le reste de son régiment, qui ʺauraitʺ quitté
Montpellier à la nouvelle de la dissidence du Général de Lattre de Tassigny. Je l’invite à attendre de
nouveaux ordres du Commandement. […] Du III/8e R.I., je téléphone du bureau du Commandant
(Chef de Bataillon Voulgre) au Général Bonnet de La Tour qui a pris le commandement de la 16e D.M.,
pour lui demander de faire quitter la garnison aussitôt que possible après l’arrivée des Allemands au III/8e R.I.
Il confirme provisoirement au Chef de Bataillon ma prescription :
ʺEn tout cas, ne pas quitter la garnison sans ordre du Commandementʺ.

Jeudi 12 novembre 1942
L’arrivée des Allemands
Une appréhension facilement compréhensible accable chacun (population civile, militaire, marins),
dans l’attente des Allemands.
[…]
En attendant, je donne l’ordre écrit au Commandant du III/8e R.I. de maintenir son bataillon consigné
au quartier et de ne pas occuper ses emplacements de défense. A 20h, le Général donnera une réponse
favorable à mes demandes et confirmera mon ordre.
[…]
[…] vers 19h, l’officier précurseur des troupes allemandes […] L’officier de service ne put faire
autrement que de recevoir l’officier allemand […]
Les relations avec les autorités militaires allemandes sont parfaitement correctes et revêtent un
caractère de franchise réciproque.

« Mais, général, c’est justement pour ne pas accueillir les Allemands l’arme au pied
que mon mari a fait le geste qu’il a fait et a cherché à entraîner avec lui
ceux qui servaient sous ses ordres. Il a fait son devoir. »
(Réponse de Simonne de Lattre, ce 11 novembre 1942, au général Bonnet de La Tour
qui venait de prendre le commandement de la 16e Division Militaire
et donner l’ordre de consigner les troupes).

12 novembre 1942, hôtel Pastré, Saint-Pons (Hérault)

Après la cruelle journée du 11 novembre passée à tourner dans les Corbières, à scruter les routes jusqu’à tard dans la nuit, à la recherche des unités qui, malgré son ordre d’exécution de ce matin, ne viendront jamais, ignorant qu’elles ont été consignées dans leurs casernements sur l’ordre de Bridoux, le général de Corps d’Armée de Lattre de Tassigny commandant la 16e division militaire rejoint, dans la nuit Saint-Pons (Hérault) ce 12 novembre 1942 :

« Je décidai d’attendre encore une heure l’arrivée des éléments qui devaient rejoindre ou traverser Padern. Enfin, vers 3 heures, je me rendis en route de Padern sur Saint-Pons, par l’itinéraire par lequel je pensais retrouver au moins mon détachement de commandement et mon détachement radio. »

Arrivé à 6 h 15, il est stoppé avec égard à l’entrée de la ville par un barrage de gendarmerie « dont le chef me rendit compte que le Préfet Régional me demandait de lui téléphoner d’urgence à Montpellier. […] Il m’informa qu’il avait l’ordre de me faire arrêter et me pria de demeurer à Saint-Pons jusqu’à nouvel avis. » Dans le bureau du préfet le téléphone ʺchauffeʺ depuis hier 11 novembre. Vichy s’affole. Toutes les heures, écrit François Valentin, le secrétaire général de la police, appellera le préfet régional de Montpellier, M. Hontebeyrie et celui-ci dira : « En cette fin de journée, on m’a beaucoup parlé d’arrêter le général de Lattre mais pas du tout d’arrêter les Allemands ».

Voici comment se déroule l’arrestation du général de Lattre de Tassigny dans le cadre de la mission de deux commissaires de police judiciaire de Montpellier, assistés par quatre collègues inspecteurs. La veille, ils avaient été envoyés à Saint-Pons en vue de chercher où pouvait se trouver le général et d’exercer une « surveillance » sur sa personne. Le commissaire rend compte ainsi de sa mission : « Le Général et son collaborateur furent invités, après qu’ils eurent eux-mêmes choisi leur résidence, en l’occurrence l’hôtel Pastré à St-Pons, à ne pas quitter cet établissement. » Deux gendarmes furent placés devant la porte de la chambre de De Lattre. Puis « le Général de Lattre de Tassigny […], s’est prêté de bonne grâce aux questions que je lui ai posées relatives à son état-civil et s’est engagé à ne pas quitter l’hôtel. » À 17 h 00, poursuit le commissaire, un colonel de gendarmerie de Toulouse accompagné d’un capitaine « s’est présenté au Général à l’effet de lui faire connaître la décision prise par les Autorités Supérieures, prescrivant le transfert du Général et de son officier d’ordonnance à la prison militaire de Toulouse. » Ils y retrouveront le colonel Morel, les commandants Constans et Tabouis et le lieutenant Perpère ses fidèles. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2017

Nombre de pages

9

Auteur(s)

Christian BOUQUET

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf