La parole est maintenant aux visiteurs, non pour qu’ils expriment leur avis sur un produit élaboré par des spécialistes (à la façon dont les « sauvages » de Montaigne étaient appelés à donner leur opinion sur la pompe royale) mais pour qu’ils présentent une partie de ce savoir millénaire dont ils sont les derniers dépositaires et qui est l’objet même de l’exposition : la médecine populaire par les plantes.

Quelques mots d’abord – et d’excuses – pour expliquer les deux « déguisements » de ces recettes confiées.

Le premier réside dans leur formulation : elles nous sont parvenues le plus souvent sous la forme aseptisée d’un questionnaire que les enfants des écoles visitées faisaient remplir par leurs parents et grands-parents avant la venue du muséobus et que nous récupérions à cette occasion.

Il n’en restait donc que l’information strictement médicinale, dans sa sécheresse, car les questionnaires sont des prisons de l’esprit, même si, comme le dit Vian : « l’air passe entre les barreaux »…

Quelle distance, en effet, avec la réalité de la discussion, du collectage oral, la complicité chaleureuse des relations nouées dans le bus… Quelles richesses perdues, faute d’avoir pu saisir chez l’informateur, la brillance de l’œil, la mimique, le geste, les mots exacts, la passion du ton, l’ordre du discours et tous ces messages « parasites » si essentiels à la communication, qui donnent, mieux que les analyses des intellectuels que nous sommes devenus, la dimension de l’espace où s’inscrit cette parole : les relations familiales, de couple, de voisinage, les angoisses du présent, la dorure du passé et les petits plaisirs qui font les grands bonheurs…

Travelling arrière, élargissement du champ, flash back… comme la recette que j’ai sous les yeux me semble morte, et fort le souvenir. Il a donc fallu reformuler tout cela avec nos mots des villes Jacques FRAYSSENGE s’en est chargé.

Le deuxième déguisement est plus discret mais plus pernicieux : chaque fois que le collectage se faisait oralement, libéré du questionnaire et parfois en languedocien, les informateurs mêlaient systématiquement recettes médicinales et recettes de liqueurs ou de confitures…

Cette association me parait fondamentale et significative à bien des égards : à trop spécialiser les savoirs, nous les avons cloisonnés hermétiquement et nous inventons aujourd’hui l’interdisciplinarité ; or la vision populaire de l’homme est beaucoup plus justement globale : tout ce que nous ingérons, contribue – en bien ou en mal -, à notre état général, toute nourriture est médecine ou poison, question de dosage, comme disait Paracelse.

Pourtant – que les gourmands nous pardonnent – vous ne trouverez ci-après que des recettes médicinales, stricto sensu. Espérons que nous pourrons prochainement mener à bien l’édition de l’intégralité du corpus que nous avons recueilli, recettes culinaires comprises.

L’idéal serait que nous puissions réaliser aussi un film vidéo donnant directement la parole aux informateurs les plus importants mis en évidence au cours de notre enquête.

Mais au fait quels en étaient les buts ?… À l’origine, nous voulions tout simplement illustrer l’exposition à l’aide d’exemples locaux. Puis s’est imposée à nous l’idée d’un dialogue culturel à plusieurs voix, qui devait permettre d’approcher plus justement l’objet de notre propos, en diversifiant les « points de vue », c’est à dire les angles de visées : la médecine populaire est si différente selon qu’on la regarde depuis la faculté, la place du village, le silence des archives départementales… ou les « recoins » de travail de l’O.D.A.C.

Les résultats escomptés étaient multiples : le plus immédiat était de conforter les pratiques médicinales encore vivantes, de faire découvrir aux plus jeunes la nécessité de sauver ce savoir qui menaçait de disparaître avec le grand père ou la grand mère, et donc les livres, souvent, ne font pas état, l’effet valorisant du muséobus, organe culturel « officiel », était à cet égard déterminant.

À une époque où l’individu est de plus en plus assisté, il nous semblait aussi intéressant de cultiver un peu ce petit espace de relative autonomie qu’est la médecine populaire bien comprise.

Au delà, et surtout pour le public scolaire, il était important de prolonger les efforts des éducateurs en contribuant à donner sens à l’environnement des enfants : la garrigue, pour être protégée, doit être sentie dans toutes ses utilités (et elles sont légion…) car on respecte mieux ce dont on conçoit l’usage.

Qu’on me permette ici de souligner l’une de ces utilités, à la frontière du médicinal l’homme des villes souffre autant des maladies du corps que de l’esprit. À l’univers rationnel et souvent clos qu’il s’est construit, il faut absolument le contrepoison des espaces ouverts et bruts de la garrigue, dont le parcours est une thérapeutique qui vaut bien des divans…

Enfin, notre souci était de lier (le mot est à la mode, mais quelle nécessité !) l’économique et le culturel : depuis plusieurs années, le C.R.E.D.P.U.P., sous l’impulsion du Professeur PELLECUER et de son équipe, œuvre pour le développement de la culture des plantes médicinales. Il y a là, comme on dit aujourd’hui, un « créneau » très important pour notre région, où poussent à l’état naturel, près de 97 % des espèces utilisées en pharmacie, alors que l’on importe 85 % de la consommation française. Notre rôle pouvait donc être aussi de sensibiliser les viticulteurs à ce problème car il pourrait être intéressant dans un proche avenir, de pratiquer – comme activité d’appoint – la culture des plantes médicinales sur des terrains déshérités – cela évidemment ne pourra se faire que lorsque les modes de culture seront parfaitement au point et que la maîtrise du marché sera assurée par les producteurs eux-mêmes. Affaire à suivre.

Voici quels étaient nos objectifs. Il est trop tôt encore pour mesurer l’impact de cette action mais les premiers résultats sont fort satisfaisants, en particulier au niveau du collectage.

Pour terminer, je voudrais prendre un peu de recul (car à trop regarder de près un objet, il prend des proportions énormes) et situer notre petite exposition dans le cadre plus général des relations entre l’ethnographie et l’action culturelle.

Un peu partout, à l’heure actuelle, ces deux mondes s’ouvrent l’un à l’autre et ces rapports sont de plus en plus féconds. Rien de bien nouveau pourtant, puisqu’on sait comment au XVIIIe siècle la description de ces peuples nus vivant au delà de mers a pu nourrir la pensée des révolutionnaires de 89.

Qui sait si le prochain pas vers le « mieux être » ou le « mieux vivre » ne sera pas provoqué par la découverte, au delà des Z.U.P., de ces aïeux à la parole étrange dont l’ethnographie contemporaine nous décrit les mœurs…

Pour aller de l’avant, il faut aussi jeter un regard en arrière, c’est la seule façon d’aller droit… et de ne pas tourner en rond.

L’ethnographe, l’ethnologue nous aident à nous situer, à nous orienter, à mesurer le chemin parcouru. Dans un monde de plus en plus amnésique, ils œuvrent à la sauvegarde des savoirs et savoir faire qui fondent la société traditionnelle ; ce faisant, ils favorisent la compréhension de notre présent et la construction de notre avenir.

Encore faut-il qu’ils puissent avoir les moyens de réinvestir dans la réalité actuelle les fruits de leurs collectes car le savoir récolté, s’il est semé, produit au centuple.

Depuis quelques années, l’ethnographie est ainsi en train de sortir de l’âge de la cueillette pour entrer dans celui de la culture, au sens agricole du terme : un seul exemple (mais vraiment « exemplaire »), c’est celui de l’association « Alpes de Lumière » : quel énorme effort de réappropriation de la mémoire et de réactualisation intelligente des savoirs récupérés…

Le chemin est tracé, reste à le suivre et nous ne devons pas rougir si notre outil n’est pas bien gros : je me raconte souvent – la vitesse du muséobus m’y autorise – cette histoire, à l’odeur d’école, du petit hollandais maintenant obstinément son doigt dans le trou de la digue, pour que le trou ne devienne pas fissure, puis brèche et pour sauver sa terre de l’engloutissement… Petite cause, grands effets.

Mais revenons à nos… tisanes :

Madame Dayre, Mr Berta, Mr Blaye et vous tous qui avez partagé avec nous vos recettes
je vous rends la parole que vous m’avez prêtée…

Petite anthologie médicinale (suite)

L’alkekenge (ou Coquerelle)

(Famille des Solanées)
Nom latin : Physalis Alkekengi L.
Nom languedocien : Erba de Serp

Soigne la goutte, les maladies calculeuses et certains œdèmes. Se cultive dans les jardins. On peut la récolter aussi dans les champs calcaires et les vignobles. La ramasser en été. Utiliser la tige, les feuilles et les baies sans les calices. La boire en infusion, séchée ou en poudre. (D’après Myriam NUTINI – Hérépian – date de l’enquête : 25/4/82).

L’armoise

(Famille des Composées)
Nom latin : Artemisia Vulgaris L.
Nom languedocien : Artemisa

Soigne les lourdeurs de tête et les maux d’estomac. Se cultive dans les jardins. La récolter pour la St-Jean. Utiliser les fleurs séchées en infusion. (1 pincée par tasse). (D’après Mme Marie VIEU – Siran – date de l’enquête : 30/5/82).

L’aubépine

(Famille des Rosacées)
Nom latin : Crataegus Oxyancantha
Nom languedocien : Aubespic

Soigne les maladies du cœur et des vaisseaux. Bon pour les maladies nerveuses, (vertiges, angoisse, insomnies). Se récolte le long des chemins, au bord des près. La ramasser au printemps. Utiliser la fleur et les feuilles séchées. Infusion matin et soir. Peut s’utiliser avec le tilleul. (D’après Mme Madeleine DENOLE – Graissessac – date de l’enquête : 6/5/82 et Mme Eliane GALTIER – Félines Minervois – date de l’enquête : 20/5/82).

Baguenaudier

(Famille des Légumineuses)
Nom latin : Colutea Arborescens L.
Nom languedocien : Baganadouié

Soigne la constipation. Se récolte dans les bois ou au voisinage des jardins, des parcs. Utiliser en infusion 20 g de feuilles pour 1 litre d’eau bouillante après 3 jours de constipation. (D’après Mlle Isabelle JOUANNE – Félines Minervois – date de l’enquête : 20/5/82).

Bouillon blanc

(Famille des Scrofulariacées)
Nom latin : Verbascum Thapsus L.
Nom languedocien : Erba de Nostra-Dama

Contre la toux et les maladies de gorge. Se récolte dans les fossés et dans les bois en été. Utiliser les feuilles et la fleur fraîches ou séchées. En fumigation, une pincée pour un bol d’eau. Les feuilles sont utilisées en cataplasme et, bouillies dans du lait, appliquées sur les furoncles, les panaris et les hémorroïdes. (D’après Mme Mauricette DAYRE – Camplong – date de l’enquête : 20/4/82).

Bourrache

(Famille des Boraginées)
Nom latin : Borrago Officinalis L.
Nom languedocien : Bourracha

Soigne la rougeole, les emphysèmes, les fièvres, les rhumes… La récolter dans les près pendant l’été. Utiliser la fleur en infusion sucrée au miel : 30 gr. de fleur dans un litre d’eau bouillante. Boire un verre toutes les 24 heures. (D’après Mlle isabelle JOUANNE – Fèlives Minervals – Date de l’enquête : 14/5/82).

Bruyère

(Famille des Ericacées)
Nom latin : Erica Cinerea L.
Nom languedocien : Brusc

Soigne les maladies des voies urinaires. La récolter dans les bois à l’automne. Utiliser en infusion : 30 g de sommités fleuries en bain complet et chaud : 500 g de plante (pour relever le tonus musculaire). (D’après Mr Edmond MAZENQ – Siran – date de l’enquête : 25/5/82).

Camomille romaine

(Famille des Composées)
Nom latin : Anthemis Nobilis L.
Nom languedocien : Camoumila

Soigne l’atonie des organes, les langueurs d’estomac, les mauvaises digestions. La récolter dans les champs cultivés en juin – juillet. La tisane de fleurs de camomille : 4 ou 5 capitules par tasse d’eau après les repas. En fumigation est bonne pour la conjonctivite : 12 fleurs par tasse d’eau, 3 ou 4 f/jour.

L’huile de camomille calme les douleurs rhumatismales et les maux d’oreilles.

Composition :

  • 20 g fleurs séchées
  • 100 g huile d’olive … (chauffer au bain marie)
  • 10 g camphre

(D’après Mr Alban BOULET – Siran – date de l’enquête : 31/5/82 et Mme Marguerite DOMINGUEZ – Graissessac – date de l’enquête : 6/5/82).

Chelidoine

(Famille des Papavéracées)
Nom latin : Chelidoinium Malus L.
Nom languedocien : Erba de Sente Clèra

Fait partir les verrues. Se récolte dans les près, dans les fossés, dans les bois au printemps. La tige, les bourgeons et la sève doivent être appliqués sur la partie malade. Le suc caustique de la chélidoine brûle les verrues. (D’après Mlle Patricia BOUA T – Ganges – date de l’enquête : 23/4/82 et Mlle Laure JANKOUZKI – Graissessac – date de l’enquête : 6/5/82).

Chiendent

(Famille des Graminées)
Nom latin : Agropyrum Aepens P. ou Petit Chiendent
Nom languedocien : Gramenet

Soigne les maladies du foie, diurétique. Se récolte dans les près. Utiliser les racines fraîches ou macérées en décoction : 20 g/litre d’eau (décoction de 30 mn). (D’après Mme Anne-Marie PLAUTIN – Graissessac – date de l’enquête : 6/5/82).

Garance sauvage

(Famille des Rubiacées)
Nom latin : Rubia Peregrina L.
Nom languedocien : Garansa

Fait tomber la tension, tonique. Utiliser les feuilles et les bourgeons (pas les boules) en infusion ou, en décoction. (D’après Mr Jean LA MARQUE – Le Bousquet d’Orb – date de l’enquête : 5/5/82).

Guimauve

(Famille des Malvacées) Nom latin : Althoaea Afficinalis L. Nom languedocien : Guimaouba

Soigne les abcès. La récolter dans les zones marécageuses pendant l’été. Appliquer les racines en cataplasme sur la partie malade : (10 g au moins) (D’après Mme Renée NATTERO – Fèlines Minervois – date de l’enquête : 12/5/82).

Marjolaine sauvage (origan)

(Famille des Labiées) Nom latin : Origanum Vulgare L. Nom languedocien : Majourana Saouvaja – Manugueta

Soigne les coliques, les migraines et insomnies. Se récolte en juillet/août dans les fossés, dans les bois. Toutes les parties de la plante (sauf les racines) se boivent en infusions ou en décoctions. (D’après Mr Lucien GIROU – Graissessac – date de l’enquête / 6/5/82 et Mlle Anne GLADIEUX – Cazilhac – date de l’enquête : 24/4/82).

Mauve

(Famille des Malvacées) Nom latin : Maiva Sylvestris L. Nom languedocien : Maouba

Soigne les bronchites, les toux sèches. Se récolte dans les fossés, dans les bois au printemps. Utiliser en infusion ou décoction la tige, les feuilles : 15 à 20 g par litre d’eau. Les feuilles cuites peuvent s’appliquer en cataplasme chaud sur les furoncles (pour les faire mûrir). La queue de mauve trempée dans l’huile et introduite dans anus du bébé est un excellent laxatif. (D’après Mme Joséphine PARRA – Siran – date de l’enquête : 29/6/82 Mme Raymonde CATHALA – Siran – date de l’enquête : 1/6/82 et Mr Edmond MAZENQ – Siran – date de l’enquête : 25/5/82.

Mercuriale annuelle

(Famille des Euphorbiacées) Nom latin : Mercurialis Annua L. Nom languedocien : Mortairol

Soigne les coliques et les empoisonnements – vomitif. Se récolte partout en été. La boire en infusion. (D’après Mr COBETTO – Graissessac – date de l’enquête : 6/5/82).

Ortie commune

(Famille des Urticées) Nom latin : Urtica Dioica L. Nom languedocien : Ortiga

Soigne les hémorragies, les diarrhées. Se récolte dans les fossés en été. Utiliser les racines en infusion : 1 tasse avant le repas. Les feuilles d’orties cuites comme les épinards se consomment en potage. (D’après Mlle Armelle THERON – Hérépian – date de l’enquête : 23/4/82 et Mr Jean GALTIER – Félines Minervois – date de l’enquête : 20/5/82).

Oseille sauvage

(Famille des Polygonées) Nom latin : Rumex Acetosella L. Nom languedocien : Pichota Agreta

Soigne l’eczéma, la furonculose. Se récolte dans les près, dans les fossés au printemps et en été. Boire à  jeun une infusion de racines fraîches ou sèches. (D’après Mr Lucien GIROU – Graissessac – date de l’enquête : 6/5/82).

Parietaire

(Famille des Urticacées) Nom latin : Parieraria Officinalis L. Nom languedocien : Erba de Nostra-Dama

Diurétique, bonne pour l’intestin. Se récolte dans les fossés, au moment de la floraison, par temps très sec. Employer en décoction, la plante entière fleurie, fraîche avec une petite poignée de graines de lin, y ajouter un peu de citron. (D’après un groupe du 3e Âge de Siran – date de l’enquête : 1/6/82).

Petit chêne – germandrée

(Famille des Labiées) Nom latin : Teucrium Chamaedrys L. Nom languedocien : Brotanica

Dépuratif, bon pour les troubles circulatoires, l’hypertension. Se récolte dans les bois sous les chênes au printemps, en été. Prendre en infusion à jeun, les feuilles ou les fleurs fraîches, séchées (1 pincée pour 1 tasse, pendant trois jours). Peut s’utiliser avec le romarin. (D’après Mme Jeannine VILLEMAGNE – Camplong date de l’enquête : 21/4/82, Mme Jacqueline ROUYRENC – Ferals les Montagnes – date de l’enquête : 15/5/82 et Mr DEBAU – Avène – date de l’enquête : 4/5/82).

Prêle des champs – queue de cheval

(Famille des Équisétacées) Nom latin : Equisetum SP. Nom languedocien : Erba de las cabras

Calme les douleurs de la gravelle (concrétion rénale, petit calcul). Diurétique. Se récolte dans les fossés et dans les zones marécageuses en été. Utiliser la tige sèche en infusion. Sert aussi à nettoyer le zinc et l’étain. (D’après Mme Mauricette DAYRE – Camplong – date de l’enquête : 20/4/82).

Ronce

(Famille des Rosacées) Nom latin : Rubus Fruticosus Gn. Nom languedocien : Bartas – Rounse

Soigne les angines, les laryngites, les aphtes, les diarrhées. Se récolte partout, les feuilles au printemps, les fruits de préférence l’été. Infusion de 40 g de feuilles séchées pour gargarisme. Décoction de feuilles : lotion pour visage, gargarisme contre les aphtes. Une infusion de feuilles mélangées avec celles du framboisier fournit un thé délicieux. Les préparations doivent être filtrées afin d’éliminer les épines. (D’après Mme Jeanne BOUNHOURE – Siran – date de l’enquête : 30/5/82 et Mr Edmond MAZENQ – Siran – date de l’enquête : 25/5/82).

Sureau

(Famille des Carifoliacées) Nom latin : Sambucus Nigra L. Nom languedocien : Sambuc

Soigne les orgelets, grippe, rhume, affections catarrhales. Se récolte dans les fossés au printemps. Pour les orgelets : utiliser la fleur en infusion, laver l’œil. (D’après Mme Ginette MURET – Fèlines Minervois – date de l’enquête : 11/5/82 et Mlle Véronique MARTIN – Hérépian -. date de l’enquête : 26/4/82).

Tussilage

(Famille des Composées) Nom latin : Tussilago Farfara L. Nom languedocien : Pata d’ase (pas d’âne)

Soigne la toux. La récolter dans un lieu humide au bord des chemins, au printemps. Infusion : 1 pincée de fleurs sèches pour 1 bol d’eau. Peut s’utiliser avec la violette. Les feuilles séchées pourraient être un succédané du tabac et se fumer. (D’après Mme Mauricette DAYRE – Camplong – date de l’enquête : 20/4/82).

Valériane Officinale

(Famille des Valérianacées) Nom latin : Valeriana Officinalis L. Nom languedocien : Baleriana – Erba dels gats

Soigne l’épilepsie, les convulsions. La récolter dans les près, dans les fossés. Se cultive dans un jardin. Se récolte en juin/juillet. On utilise les racines sèches ou macérées en infusion. Pour les convulsions, l’associer avec du miel. (D’après Mr Alban BOULET – Siran – date de l’enquête : 30/5/82).

Quelques autres recettes :

Contre l'urticaire et l'Œdème de Quincke :

Marrube noir :

À peu près 15 feuilles pour une bonne tasse (très amer !), c’est à dire en gros 7 grammes de feuilles vertes en infusion.

À prendre 3 matins (1 tasse par jour) de suite par mois, s’arrêter un mois sur deux. (D’après Mr BLAYE, Graissessac – 6/5/82)

Pour guérir les plaies infectées :

Vesse de loup :

À cueillir lorsque le champignon est bien frais. Le conserver à l’ombre (se dessèche lentement) et après avoir percé un trou, soupoudrer les plaies (antiseptique). (D’après Mr BLAYE, Graissessac – 6/5/82)

Contre l'anthrax :

Faire bien « couffir » un oignon au four. Quand il est bien à point, le faire fondre dans une casserole avec du savon de Marseille, en faire une pommade et l’appliquer sur l’anthrax éventuellement dans un mouchoir fin. (D’après Mr BERTA, Graissessac – 6/5/82)

Contre les gerçures, les irritations :

Faire fondre une noix de cire d’abeille pure au bain marie plus une cuillerée à soupe d’huile d’olive, quand le mélange est fait, ajouter une cuillerée à café de rhum. Appliquer sur la partie gercée ou irritée. (D’après Mr BERTA, Graissessac – 6/5/82)

Pour cicatriser une plaie :

1/4 de vin plus une feuille de noyer bien broyée plus un sucre. 30 secondes de bouillon puis mettre une application sur la plaie. (D’après Mr BERTA, Graissessac – 6/5/82

Un exemple de petite pharmacopée populaire :

Mme BORESEC de Graissessac se soigne ainsi :

  • 3 matins par mois, tisane de sauge (dépuratif) ;
  • au printemps, de l’aubépine (infusion) pour le cœur ;
  • infusions de tilleul (à dose modérée, avec de la feuille d’oranger) comme calmant ;
  • infusions de marjolaine (idem) ;
  • infusions de thym surtout contre les embarras gastriques ;
  • infusions de mauve (adoucissant) ;
  • feuilles de sureau plus camomille en décoction, comme collyre ;
  • infusions de centaurée (en juillet) pour le foie ;
  • infusions de feuilles de noyer (dépuratif) au printemps ;
  • infusions de bourraches (bronchites).

NB : toutes les plantes sont séchées à l’ombre et enfermées ensuite dans des boîtes (surtout pas des sacs en plastiques).

Lexique botanique

  • aiguillon: piquant ne faisant pas corps avec le bois (à la différence des épines).
  • alternes : se dit des feuilles des rameaux insérées à des hauteurs différentes sur la tige.
  • baie: fruit mou ou charnu à graines éparses dans sa chair ou pulpe.
  • bractée: organe en forme de très petite feuille mais différent des feuilles par sa forme et sa couleur, et accompagnant les pédoncules ou les fleurs.
  • chaton: fleurs à étamines ou à pistils serrés autour d’un axe et formant un ensemble d’œuf ou de cylindre souvent pendant.
  • cordiforme: en forme de cœur.
  • coriace: épais et raide, comme le cuir.
  • corolle: enveloppe intérieure d’une fleur, ordinairement d’une autre couleur que le vert.
  • denté (e) : bordé de petites échancrures triangulaires.
  • dioïque: plante dont les fleurs à étamines et les fleurs à pistil sont sur des pieds différents.
  • ellipsoïde: qui a la forme d’une ellipse.
  • elliptique: qui constitue une ellipse.
  • épi: série de fleurs très rapprochées à l’extrémité d’une tige ou d’un rameau.
  • flexueux (se) : plié ou courbé plusieurs fois en zigzag.
  • foliole: division d’une feuille composée.
  • galle: excroissance produite sur les tiges et les feuilles de certains végétaux par les piqûres d’insectes parasites qui y déposent leurs œufs.
  • glabre: sans poil.
  • glande: réservoirs, souvent en forme de minuscule tête d’épingle, contenant des liquides produits par certaines cellules.
  • glomérule: réunion compacte et irrégulière de fleurs, de fruits.
  • gousse: fruit non charnu sans cloison intérieure et s’ouvrant ordinairement par deux valves, comme chez le pois ou le haricot.
  • grappe: diffère de l’épi en ce que l’axe principal continuant le pédoncule porte des pédoncules secondaires ou pédicelles.
  • inflorescence: disposition des fleurs sur une même plante, ensemble de ces fleurs.
  • lancéolé (e) : en forme de fer de lance, c’est à dire rétréci du milieu aux deux extrémités.
  • oblong (gue) : bien plus long que large et arrondi aux deux bouts.
  • pédoncule: sorte de petit rameau portant une ou plusieurs fleurs.
  • pétiole: partie rétrécie de certaines feuilles, unissant le limbe à la tige.
  • pétiolée (feuille) : portée par un pétiole.
  • pubescent (e) : garni de poils fins peu serrés, mous et courts.
  • réticulé (e) : marqué de lignes (nervures) croisées en réseau,
  • saillant (e) : dépassant les autres organes voisins.
  • valves: parties de l’enveloppe d’un fruit s’ouvrant pour laisser échapper les graines.
  • vrille: organe de fixation de certaines plantes grimpantes.

Lexique médicinal

  • adoucissant (e) : qui a la propriété de ramollir et de relâcher les tissus en calmant l’inflammation.
  • albuminurie: Présence d’albumine dans les urines.
  • alcaloïde: substance organique basique d’origine végétale contenant au moins un atome d’azote dans la molécule.
  • anthracènique: qui provient de l’hydrocarbure extrait du goudron de houille.
  • amer (e) : qui provoque l’appétit, excitant les glandes digestives et facilitent la digestion.
  • analgésique: qui apaise la douleur. On dit aussi sédatif (ve).
  • anthelminthique: qui aide à l’expulsion des vers intestinaux. Synonyme de vermifuge.
  • antispasmodique: qui fait cesser les spasmes, c’est à dire les contractions involontaires des muscles et des organes d’origine nerveuse.
  • antiseptique: qui aide l’organisme à lutter contre l’infection.
  • anti-sudorifique: qui diminue les sécrétions exagérées de sueur.
  • astringent (e) : qui a la propriété de resserrer les tissus, les capillaires et les orifices et tend à diminuer les sécrétions des glandes et des muqueuses.
  • aphte: petite irritation douloureuse d’origine virale, siégeant sur la muqueuse de la bouche, du pharynx ou des parties génitales.
  • balsamique: qui contient des substances aromatiques naturelles.
  • béchique: qui calme la toux et les irritations des voies respiratoires.
  • carminative: qui a la faculté de favoriser l’expulsion des gaz de l’intestin.
  • céphalique: qui calme les maux de tête d’origine nerveuse.
  • cholagogue: qui facilite l’évacuation des voies biliaires (foie, tube digestif)
  • cholérétique: qui augmente et excite la sécrétion biliaire.
  • cordial (e) : qui agit sur le cœur et l’estomac.
  • dartre: affection de la peau.
  • dépurative: qui purifie le sang et débarrasse l’organisme des principes toxiques nuisibles à la santé en les éliminant par la peau, les reins, l’intestin.
  • diaphorétique: qui favorise la transpiration cutanée de façon plus ou moins sensible.
  • diurétique: qui favorise l’émission des urines en agissant sur les voies urinaires.
  • emménagogue: qui provoque, facilite ou augmente l’écoulement des règles.
  • fébrifuge: qui prévient les accès de fièvre et permet de combattre celle-ci quand elle est installée.
  • galactogène: qui favorise la sécrétion du lait.
  • gravelle: concrétion rénale, petit calcul.
  • hématurie: présence du sang dans l’urine.
  • hémostatique: qui arrête les hémorragies.
  • hydropisie: accumulation de liquides dans une cavité naturelle du corps entraînant des œdèmes généralisés.
  • hypotension: tension artérielle inférieure à la normale.
  • hypoglycémie: diminution ou insuffisance du taux de glucose (sucre) du sang.
  • ictère: coloration jaune de la peau et des muqueuses (jaunisse).
  • laxatif (ve) : qui purge avec douceur, sans irriter ni fatiguer l’intestin.
  • lithiase: formation de concrétions solides (calculs) dans divers conduits ou cavités de l’organisme.
  • néphrites: maladies inflammatoires et douloureuses du rein.
  • névralgie: douleur ressentie dans le territoire d’un nerf sensitif
  • psoriasis: maladie de la peau, caractérisée par des tâches rouges, localisées surtout aux coudes, aux genoux et au cuir chevelu.
  • pyélite: inflammation aigüe ou chronique de la muqueuse du bassinet habituellement associée à une inflammation du rein.
  • rubéfiant (e) : qui fait rougir la peau.
  • sédatif (ve) : qui calme les douleurs.
  • sudorifique: qui favorise la transpiration et provoque la sécrétion de la sueur.
  • stomachique: qui facilite le travail de l’estomac et fortifie cet organe.
  • syncope: arrêt momentané ou ralentissement marqué des battements du cœur accompagné de la suspension de la respiration et de la perte de la conscience.
  • teigne: affection du cuir chevelu causée par des champignons microscopiques pouvant entraîner la chute des cheveux.
  • tonique: qui a une action fortifiante sur l’organisme.
  • vermifuge: qui permet d’obtenir l’expulsion des vers de l’intestin.
  • vulnéraire: qui guérit les blessures, les plaies.
  • vésicant (e) : qui provoque, appliquée sur la peau, une rougeur et une sensation de chaleur.

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