Notes et informations 2004-2005
Notes et informations 2004-2005
p. 173 à 179
[Après un hommage rendu à quatre récents disparus : Pierre Lévêque, Pierre Vilar, Pierre Sansot, André Signoles, nous poursuivons ces Notes et Informations alimentées par le comité et nos lecteurs. N.D.L.R.]
Pierre Lévêque (1921-2005)
Pour tous ceux qui l’ont connu, Pierre Lévêque est un homme comme on en rencontre peu, un personnage hors normes, un savant, un maître, un entraîneur d’hommes exceptionnel, capable de susciter un dévouement, des attachements, des amitiés, des affections très profondes et très fidèles, et parfois, bien plus rarement, leurs contraires, l’hostilité, sinon la haine. C’est aussi l’homme de tous les contrastes, excessif et fonceur par tempérament, mais plein de sens politique et de modération dans l’action, sachant par efficacité faire taire les hésitations et les scrupules, mais en même temps attentionné, dévoué, plein de délicatesse et de bonté, ayant le goût du pouvoir, mais mettant ce pouvoir au service de l’intérêt collectif de son équipe, de sa discipline et de l’université tout entière. Un mélange étonnant, séduisant et complexe de sobriété stoïcienne et d’appétit de la vie, d’imagination et de réalisme, de raison et de passion. Furiosus placidus était, paraît-il, son surnom à l’École Normale. Enfin, un homme discret, réservé, secret et, au fond, mystérieux, parce que cette force toujours en mouvement était toujours au-delà de toute forme de classement.
Je ne suis guère en état de décrire les premières étapes des quatre-vingt-deux ans de sa vie. Pierre Lévêque est né à Chambéry le 11 août 1921. Un vrai biographe devrait explorer l’enfance, apparemment très bourgeoise, d’un petit garçon très intelligent entouré de femmes – la mère, les trois sœurs aînées, les gouvernantes -, auprès d’un père autoritaire et attentif là s’est formé certainement cette personnalité mystérieuse et secrète. Pierre fait ses études secondaires à Bordeaux. À dix-neuf ans, il entre à l’E.N.S.-Ulm. Sa promo (1940-lettres) est celle de l’égyptologue Jean Leclant, du latiniste Jacques Fontaine. À l’École, il suit d’une année l’archéologue et épigraphiste Jean Pouilloux, l’archéologue Jean Marcadé, le philosophe Louis Althusser ; il précède d’un an l’helléniste Jean Sirinelli. C’est une époque où l’élite « littéraire » ne se précipite pas encore à l’E.N.A., où les postes en faculté sont peu nombreux, où les normaliens, formés au contact des disciplines classiques, consacrent souvent à ces disciplines le travail de leur vie, un travail initié par de longues thèses qui font date. À vingt-trois ans, en 1944, Pierre, agrégé des lettres, est nommé au lycée d’Évreux. En 1946, à vingt-cinq ans, il entre au CNRS, et, l’année suivante, il devient membre de l’École d’Athènes. Il passe dans cette Grèce très pauvre, à peine sortie de la guerre civile, quatre années extraordinaires (disait-il), inventoriant la statuaire archaïque de Délos et s’initiant à l’archéologie sur la fouille de Thasos. En 1951, à trente ans, il devient assistant à Lyon, puis, en 1955, maître de conférences à Montpellier et professeur à Fribourg (Suisse). À trente-cinq ans, en 1956, il soutient ses thèses d’État. Sa grande thèse, dirigée par André Aymard, porte sur le roi d’Épire Pyrrhos, sa thèse secondaire sur le poète tragique Agathon (c’était déjà son sujet de diplôme d’études supérieures de 1942). C’est alors qu’en 1957, à trente-six ans, il arrive à la Faculté des Lettres de Besançon, qu’il ne quittera plus jusqu’à son éméritat, obtenu en 1990, à soixante-neuf ans. Ces trente-trois années bisontines vont encore être suivies de treize ans de travail et d’activité, malgré une santé qui devient petit à petit chancelante et malgré une vue qui commence à baisser. Le 5 mars 2004, Pierre achève à Paris son grand voyage, en laissant à ses amis et disciples, stupéfaits d’une telle perte, le sentiment confus qu’une époque s’achève avec lui.
Aux trente-trois « glorieuses » de Besançon (1957-1990), tous ses collaborateurs et amis sont fiers d’avoir participé (moi-même à partir de 1966). Mais pour Pierre Lévêque, Besançon, c’est avant tout un choix délibéré. « L’establishment » (comme on dit) s’est en effet toujours méfié de ce marxiste déterminé, de ce doyen rouge, de ce syndicaliste militant. Mais enfin la Sorbonne aurait sans doute accueilli le savant devenu célèbre, s’il l’avait demandé le moment venu. C’est bien Pierre Lévêque qui choisit d’être le premier à Besançon plutôt qu’un sénateur parmi d’autres à Paris, c’est lui qui choisit de constituer une équipe et d’exercer une influence à partir d’un centre provincial dont il entend bien faire un centre scientifique international. Pierre ne néglige donc pas les instances locales de pouvoir. Pendant vingt-six ans, de 1964 à 1990, il assume les plus hautes responsabilités administratives : dix ans de décanat de la faculté, cinq ans de présidence de l’université. Membre du CNESER (Conseil National de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche), du C.N.U. (Conseil National des Universités), du jury de l’Agrégation d’histoire, il assume des responsabilités nationales. Sur le plan scientifique, son influence ne cesse de croître. Sous son impulsion, se constitue, dans les années 60 et 70, une véritable École de Besançon (comme on parle d’une École de Paris), dont l’influence s’étend en France, en Europe et hors d’Europe, à laquelle se rattachent, avec laquelle ont des liens les savants aux idées les plus avancées Pierre anime une vaste entreprise scientifique, avec l’appui de Monique, son épouse, d’aequales, de plus jeunes, de collaborateurs fidèles, au centre d’un réseau qui prend une dimension planétaire. Le mot d’« École » est, à vrai dire, trop académique pour caractériser cette communauté de chercheurs unis entre eux, non seulement pas les idées, l’esprit et des méthodes, mais aussi par des liens affectifs. Cette fraternité scientifique internationale entre savants de tous âges et de nombreux pays couvre, dans le dernier quart de siècle, l’Europe du nord, du centre et de l’est, l’Europe méditerranéenne, le Proche Orient, l’Afrique du nord, le Brésil, le Japon. Français, Polonais, Ukrainiens, Géorgiens, Slovènes, Grecs, Italiens, Suisses, Marocains, Espagnols se retrouvent régulièrement et continuent leurs échanges en français, sans se soucier de nationalité ou de hiérarchie. Seuls comptent les noms (ou les prénoms), Claude Calame, Okko Berhends, Domingo Placido, Panagiotis Doukellis… Les disparitions sont vivement ressenties, comme le décès prématuré de Luciano Lazzaro, en 1992, ou celui d’Iza Malowist en 1995, chacun ayant le sentiment de perdre, avec un ami, une part de lui-même.
Ce grand travail collectif n’a, évidemment, rien de spontané, il est l’œuvre patiente de Pierre. Pierre Lévêque a compris dans les premiers que la recherche devait, en lettres comme en sciences, se développer dans le cadre d’une équipe et d’un laboratoire, utiliser les techniques scientifiques les plus récentes et s’ouvrir sur toutes les cultures et sur toutes les disciplines. Les grands outils, mis en place à partir des années 70, sont trois groupes ou équipes de recherches, deux français, un troisième international. En France, Pierre Lévêque fonde et dirige, l’Unité 338 du CNRS, Analyse des formations sociales de l’Antiquité (1970-1990), et le groupement scientifique 36 du CNRS, « Techniques nouvelles en Sciences de l’homme » (1983-1990). Sur le plan international, il fonde, avec Attilo Levi et Ettore Lepore, et dirige, de 1975 à 1995, le GIREA, « Groupement International de Recherches sur l’Esclavage dans l’Antiquité », dont le grand axe passe par Naples, Madrid, Besançon, Varsovie et Moscou. De 1975 à 2003, le GIREA organise vingt-huit colloques publiés, les six premiers à Besançon, les autres dans le reste de l’Europe, surtout en Italie et en Espagne, mais aussi à Nieborow, Kasimierz, Iéna, Sofia, et exceptionnellement, en 1986, à Tokyo.
Les deux autres groupes de recherche multiplient les congrès à Besançon, pendant trente à quarante ans, chaque membre d’une équipe se chargeant tour à tour de les organiser. Ce sont des congrès variés, qui, le plus souvent, concernent l’histoire sociale et l’histoire religieuse, mais aussi, de temps à autre, une question politique (la citoyenneté) ou anthropologique, toujours sur la base d’approches interdisciplinaires et globalisantes Dans ses dernières années, Pierre Lévêque soutient l’Institut des Sciences et Techniques de l’Antiquité (ISTA), qui regroupe les chercheurs de, Besançon, et l’action européenne de Coopération Scientifique et Technique COST G2, où l’équipe de Besançon s’engage fortement, notamment pour la réalisation d’un Atlas des cadastres antiques et pour la publication bilingue des Gromatiques.
Dans le domaine, scientifique, rien n’existe sans des publications suivies. Pierre Lévêque crée ou développe deux outils d’une remarquable efficacité. D’une part, il crée en 1974 une revue publiée à Besançon, les Dialogues d’histoire Ancienne (DHA), revue originale et passionnante qui accueille à la fois les savants reconnus et les jeunes chercheurs de tous pays. D’autre part, Pierre développé, au sein des Annales littéraires de l’Université de Besançon édités par les Belles Lettres, les publications du Centre d’Histoire Ancienne, et accessoirement, de l’Institut Félix Gaffiot. En trente ans, il publie ou fait publier quelque deux cents volumes de grandies thèses (Etienne Bernard, Monique Clavel, Pierre Cabanes, Pierre Brûlé, Colette Jourdain, Luciano Lazzaro, Marie-Claire Amouretti, Nicole Fick, et d’autres) ; des recueils d’articles et de textes comme ceux de Pierre Briant sur la Perse ou de Monique Clavel-Lévêque sur la Gaule ; des ouvrages archéologiques (comme ceux de Lucien Lerat, Hélène Walter, Claude Raynaud, Fanette Laubenheimer, Rosa Plana-Malart), d’épigraphie (E. Bernand, Alain Bresson), de numismatique (Colbert de, Beaulieu), d’art antique (Janine Balty), d’histoire religieuse, d’histoire sociale, d’anthropologie (Inde, Somalie, Brésil, Japon, Burkina-Faso), auxquels s’ajoutent les publications de nombreux colloques et congrès et divers recueils de Mélanges en l’honneur de maîtres bisontins, J. Cousin, L. Lerat, E. Bernand, F. Kerlouégan. La collection accueille enfin les huit tomes d’Hommages que ses nombreux amis adressent à Pierre lui-même. Que tous ceux que je n’ai pas nommés ici, faute de mémoire et die place, me pardonnent !
Tel est l’intense travail collectif voulu, pensé et organisé, par Pierre. Lui-même se repose sur une équipe aussi dévouée que réduite, qui ne compte ni son temps, ni sa peine Marguerite, Suzanne, Evelyne, Elizabeth et Jacques, Antonio, Georges, en des temps plus anciens Christine, François, Marie-Madeleine…
Cette forte activité administrative, cet immense travail collectif n’empêchent pas Pierre Lévêque de produire une œuvre scientifique personnelle qui est, elle aussi, de taille gigantesque. Cette œuvre très diverse comprend à la fois des « fusées volantes » – petits textes, préfaces, recensions multiples semant et diffusant des idées -, et des textes majeurs, articles importants et livres sans cesse réédités, traduits en de multiples langues. Elle englobe une bonne vingtaine d livres personnels, la participation à quelque vint-cinq ouvrages collectifs, environ cent soixante articles parus dans une foule de revues (BCH, REG, REA, Latomus, MEFRA, Revue archéologique, Kernos, Historia, La Pensée, Révolution, Études massaliètes, et bien entendu DHA), enfin plus de trois cents compte-rendus ou recensions et une vingtaine d’émissions de radio et de télévision.
Pour les livres, on peut tenter un classement des titres par « époques ». Les premiers ouvrages, qui ont été publiés lorsque Pierre est entre trente-cinq et cinquante ans – disons entre 1955 et le début des années 70 -, sont vite devenus des classiques. Mentionnons la « tétralogie » des débuts, l’Agathon, le Pyrrhos, l’Aurea catena Hoineri sur l’allégorie, le Clisthène (avec Pierre Vidal-Naquet.) ; la très fameuse Aventure grecque de 1964, vade mecum des étudiants d’histoire ancienne, sans cesse rééditée, traduite en six langues ; Les grandes divinités de la Grèce de 1966 (avec Louis Séchan) ; les deux guides Nous partons pour la Grèce / la Sicile (1961, 1966), qui ont accompagné tant de voyages réels ou imaginaires et ont connu de nombreuses rééditions ; d’autres « manuels » originaux : Empires et barbaries de 1968, un ouvrage commandé par Fernand Braudel pour la collection « Destins du monde » (devenu Livre de poche en 1996) ; deux ouvrages de la collection U2 d’Armand Colin (le second écrit avec Monique), petits (l’apparence et lourds de contenu, à savoir Le monde hellénistique de 1969 (repris en italien dans la série « Storia e civilta dei Greci ») et Villes et structures urbaines de l’Occident romain, de 1971. Au même moment, entre 1967 et 1972, paraissent les divers articles de l’Encyclopaedia Universalis : « Athènes », « La religion grecque, 3 », « Périclès », « Sparte », « Thèbes ». Pierre, que Louis Séchan déjà avait associé à la mise à jour du fameux dictionnaire Bailly (vingt-sixième édition, 1963), a toujours eu la volonté de mener de front la recherche érudite et la vulgarisation pédagogique originale et de haut niveau.
Sa production scientifique livresque est en apparence freinée par la présidence de l’Université de Franche-Comté (1975-80), la direction de l’Unité 338 (1970-1990), celle des Annales littéraires et par la multiplication des tâches et des responsabilités liée à une célébrité désormais bien établie. En fait, le travail personnel continue. En 1985 paraît le livre peut-être le plus fascinant, à cause de la hauteur de ses vues, Bêtes, hommes et dieux, L’imaginaire des premières religions (devenu Livre de poche en 1997). En 1988, paraît un autre ouvrage étonnamment neuf, qui est une étude de la mythologie japonaise dans le Kojiki et le Nihonji : Colère, sexe, rire, Le Japon des mythes anciens. En 1990 paraît La naissance de la Grèce (collection « Découvertes », Gallimard), aussitôt traduit dans de multiples langues, y compris en japonais, en chinois et en coréen. C’est aussi le temps où Pierre dirige le nouveau tome I, Les premières civilisations, de la Collection « Peuples et civilisations » rajeunie, et aussi, avec Pierre Briant, le tome I de l’histoire grecque classique de « la Nouvelle Clio ».
L’œuvre rebondit vers la fin de sa vie avec la parution, en 1999, d’un drôle de petit livre longtemps médité, Les Grenouilles dans l’Antiquité, une œuvre libre et originale, fortement liée à Colère, sexe, rire et aussi attachante que Bêtes, hommes et dieux. Le dernier livre, Dans les pas des dieux grecs, paraît en 2003, peu avant la disparition de Pierre : encore une somme pratique, qui concentre un savoir longuement acquis et parfaitement dominé, avec la clarté et la vivacité de ton habituelles.
Les quelque deux cents articles et textes divers accompagnent cette grande œuvre livresque. Ils constituent une mine de réflexions et d’idées. Très variés, quelquefois encore plus originaux que les grands livres qu’ils annoncent ou complètent, ils témoignent d’une intelligence et d’une curiosité infatigables.
Caractériser cette œuvre immense et diverse est une entreprise aventureuse. Pierre Lévêque, comme chacun sait, est un spécialiste de la religion grecque et des premières religions. Mais sa démarche est originale et assez solitaire, sinon insolite. Dès le début de son travail de recherche, il a mesuré le caractère déterminant des facteurs matériels, leur lien étroit avec les phénomènes politiques et religieux et, donc, l’importance de l’analyse de type marxiste de ces facteurs : le marxisme a donné une première et forte assise théorique à son travail d’historien. Mais ce déterminisme matériel n’a, pour lui, rien de mécanique ni de dogmatique. Et dès le début également, il semble s’intéresser moins aux quantités de biens objectivement produites qu’aux forces vitales de production et de reproduction, en quelque sorte subjectives, qui sont à l’œuvre dans le processus de production des biens matériels : les désirs et les pulsions individuels et collectifs, les forces de fertilité et de fécondité. Cet intérêt, à mesure qu’il grandit, entraîne (me semble-t-il) une évolution méthodologique de son travail. Pierre se tourne de plus en plus, d’une part, vers l’étude des modalités de la vie religieuse, et notamment de ses différentes formes d’expression, d’autre part, vers un comparatisme « dumézilien », et notamment vers l’étude comparée des origines, où semblent se lire le plus clairement les formes et les causes. C’est ainsi qu’il donne de plus en plus d’importance, d’une part, à l’analyse des productions « textuelles » au sens le plus large (discours écrit, art, architecture, urbanisme) et des représentations qui les soutiennent, d’autre part, à une approche d’anthropologie comparée, portant plus particulièrement sur les origines. Pour l’analyse du discours, il est probable que les analyses de J.-P. Vernant et de P. Vidal-Naquet l’ont influencé. Car s’il a, par ailleurs, encouragé autour de lui les analyses factorielles du discours, lui-même n’a guère utilisé ce type d’analyse. Pour l’enquête anthropologique, ce sont des chercheurs comme Silvia Carvalho qui ont dû le pousser dans cette voie. Sa quête comparatiste ouverte, qui l’a conduit du Brésil au Japon (en passant par l’Afrique noire, la Mer rouge, le Caucase, la Crimée et la Mer noire, la Bactriane, l’Inde) et du paléolithique à l’époque hellénistique et romaine, a donné à son travail la hauteur de vues qui le caractérise. Les parallélismes qu’il découvre entre les légendes de Déméter et d’Amatérasu éblouissent par les perspectives qu’elles ouvrent. Quelques mois avant sa mort, au cours d’un diner à trois à Valras, en bord de mer, il parlait avec la même passion et jusque tard dans la nuit, lui qui se livrait peu, des cultures qui ont précédé Mycènes et dont Mycènes fut l’étape ultime avant de devenir une origine pour la Grèce, remontant jusqu’au néolithique profond, sur les pas de Marija Gimbutas, dans sa quête des déesses et des dieux de la Vieille Europe, et revenant enfin, une fois encore, sur le Japon ancien.
Pierre Lévêque : homme de passion, animé par la passion du travail, la passion du savoir, la passion du pouvoir au service du savoir, une affection passionnelle pour sa famille et ses amis ; homme de raison, politique sage et réfléchi ; homme de l’ouverture et du dialogue. Un homme enfin, possédant, avec une culture prodigieuse, des qualités remarquables poussées jusqu’à un niveau exceptionnel : la volonté, l’énergie, la fermeté, l’autorité, le dynamisme, le rayonnement, la discrétion et, avant tout, le courage, un courage si spontané et si naturel qu’il semblait s’enraciner bien au-delà du conscient. Des tourmentes de 68 aux souffrances de ses derniers mois, stoïquement supportées, la grande image qu’il nous laisse est d’abord celle d’un homme courageux. Mais nous sommes nombreux à garder aussi de lui une autre image, celle du maître qui, comme le philosophe platonicien du Phèdre, a su « semer dans nos âmes des discours fondés sur le savoir, … des paroles qui, au lieu d’être stériles, sont porteuses d’une semence capable de faire pousser dans d’autres âmes d’autres paroles vraies, rendant ainsi immortelle à jamais la semence de vérité et procurant à ceux qui la portent en eux le plus grand bonheur qui soit possible pour un homme ».
Jean-Claude CARRIÈRE Professeur de grec émérite à l’Université de Toulouse-Le Mirail
Pierre Vilar (1906-2005)
Il eût été profondément injuste que notre revue ne rende pas hommage à Pierre Vilar, un des plus grands historiens français du XXe siècle, disparu le 7 août 2003 à Saint-Palais (Pyrénées-Atlantiques), car celui-ci est né dans l’Hérault, d’une famille héraultaise depuis des générations et il a vécu dans son département d’origine jusqu’à 18 ans. Sa première formation intellectuelle, il la doit à ses maîtres héraultais, à ses professeurs du lycée de Montpellier et de la faculté des lettres de cette ville où il a été durant une année. Pierre Vilar est né le 6 mai 1906 à Frontignan où ses parents étaient instituteurs. Comme il l’a dit lui-même lors du colloque occitano-catalan tenu à Montpellier les 23 et 24 juin 1978, son arbre généalogique est pour l’essentiel dans le Montpelliérais, entre Celleneuve et Saint-Brès. Il rappelait aussi à cette occasion que lorsqu’il arriva pour la première fois à Barcelone cinquante ans auparavant c’était en qualité de Montpelliérain qu’il fut reçu dans la cité catalane. Par la suite, s’il s’éloigna de son département natal, il garda toujours de forts liens familiaux avec ses parents de Montpellier notamment avec sa tante maternelle pour laquelle il avait un attachement profond, avec sa sœur, Madame Martin-Vilar longtemps professeur au lycée Clemenceau, et avec sa nièce, notre collègue Huguette Chanliau-Martin.
En 1924, il entre à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm et c’est à Paris qu’il prépare et obtient l’agrégation de géographie. Paradoxe apparent, celui qui va marquer profondément la discipline historique française était donc un géographe de formation. Mais c’est justement la géographie qui va lui permettre une approche différente de l’histoire de l’époque encore fortement marquée par le positivisme. Parti à Barcelone en 1927 pour se livrer à une étude géographique sur la production d’électricité dont l’idée lui avait été donnée par Max Sorre, il bifurque vers l’analyse historique de la Catalogne. De 1932 à 1934, le voici à la Casa de Velasqez de Madrid. Il enseigne ensuite de 1934 à 1936 à l’Institut français de Barcelone. Mobilisé en 1939, prisonnier de guerre en Allemagne de 1940 à 1945, il doit donc interrompre ses recherches pendant six années et ne retrouve l’Institut français de Barcelone qu’en 1945 et seulement jusqu’en 1947. Il passe ensuite à l’École pratique des hautes études, devient en 1964 professeur à l’université de Clermont-Ferrand et, à partir de 1965, à la Sorbonne où il occupe la chaire d’histoire économique.
Son maître ouvrage est sa thèse sur La Catalogne dans l’Espagne moderne. Recherches sur les fondements économiques des structures sociales (1962) considérée comme une des thèses d’État les plus importantes des années soixante. Son Histoire de l’Espagne parue en 1947, et qui connaît ensuite de multiples rééditions pendant un demi-siècle, a aussi circulé clandestinement en Espagne durant la période franquiste dans sa version espagnole et dans sa version catalane et elle a influencé des générations d’étudiants de ce pays. On lui doit aussi Une histoire en construction (1982), La guerre d’Espagne (1986) et un livre d’entretiens Pensar historicamente (1998). Il a dirigé à partir de 1987 une monumentale Historia de Catalunya. Tout autant que par ses ouvrages, son influence s’est exercée par son enseignement, par la direction de thèses et de nombreux travaux scientifiques, par sa participation aux colloques.
Sa conception de l’histoire, Pierre Vilar l’a souvent exposée en particulier dans un rapport fameux fait en 1960 au Congrès international des sciences historiques de Stockholm et dans un article intitulé « L’histoire après Marx », datant de 1969 et publié dans la Revue de l’Enseignement supérieur, dans lequel il montre comment au XXe siècle on est passé de l’histoire-récit à une histoire recherchant la dynamique des structures pour comprendre les mécanismes qui lient la succession des événements. Pour lui, cette histoire ramenait à Marx sans qu’il y ait eu d’ailleurs influence directe du marxisme sur elle. L’histoire, écrit-il, s’est alors affinée avec Simiand, Berr, Febvre, Bloch et Labrousse comme science au sens où Marx l’avait entendu c’est-à-dire comme une histoire totale, ses divers facteurs agissant dans l’interdépendance. Pierre Vilar admettait la hiérarchie marxiste (économie, société, civilisation), qui était aussi celle de l’École des Annales, mais il refusait de sacrifier le politique et le militaire, il ne voulait pas également que le tableau écrase le récit et était persuadé, avec Marx, que le facteur technologique modifiant l’économie était le moteur de l’histoire.
Reconnu comme un maître en France, il le fut plus encore en Espagne et dans les pays hispanophones où il exerça un véritable magistère durant des décennies. En rendant aux Catalans leur propre histoire, son rôle dans l’émergence de l’identité catalane, considéré comme essentiel, a été consacré en 1979 par sa réception comme docteur honoris causa de l’université de Barcelone, en 1987 par le prix Ramon Lull du Conseil du congrès de la culture catalane et surtout, le 22 mai 2000, par la remise de la médaille d’or de la Generalitat de Catalunya par Jordi Pujol alors président de cette même Generalitat.
Homme affable, attentif aux autres, ouvert à la modernité, Pierre Vilar répondait toujours avec plaisir aux sollicitations de ses jeunes collègues. En septembre 1989, il avait clôturé magistralement le colloque tenu à Perpignan sur Les Français et la guerre d’Espagne. Il avait confié alors que certaines communications, notamment sur la presse languedocienne et roussillonnaise face à ce conflit, l’avait replongé dans son enfance héraultaise à une époque, ajoutait-il, où vivant dans une famille assez peu ouverte sur le monde extérieur, il me semblait que celui-ci se divisait en gens qui lisaient « L’Éclair » et gens qui lisaient « Le Petit Méridional ». Soulignant l’apport des diverses communications, il avait aussi exposé sa conception de l’objectivité de l’historien : éviter de simplifier et de juger. Il « L’historien, disait-il, doit d’abord comprendre, saisir un phénomène collectif dans ses précédents et ses origines, dans ses automatismes et sa massivité. Il ne doit pas davantage ignorer les exceptions, les nuances du vécu. Il doit les situer toutes, sans s’identifier d’avance avec l’une d’elles. Il ne s’agit pas là d’un « devoir d’objectivité » mais d’une précaution de l’esprit ». Tel était l’homme dont la nouvelle de la disparition a attristé tous ceux qui l’ont connu personnellement ou à travers son œuvre.
Jean SAGNES
Professeur d’histoire émérite à l’Université de Perpigna
Adieu à Pierre Sansot (1928-2005)
Je suis encore, je l’avoue, sous le choc de l’annonce de la mort de Pierre Sansot, survenue vendredi dernier et publiée dans la presse hier matin. Ce philosophe, professeur à Grenoble, puis à Montpellier et à Toulouse, était sans doute notre meilleur sociologue du quotidien, un décrypteur incomparable de nos mythes familiers, l’évocateur plein de grâce d’une France disparue. Un des rares vraiment fidèles, je crois, à l’esprit de 1968. Modeste et orgueilleux, fuyant les médias, il est parti comme il a vécu, sur la pointe des pieds. Ses amis, ses élèves, ses auditeurs sur France Culture n’oublieront pas son verbe coloré, haletant, ce grand diable de ramage saugrenu, pour reprendre l’expression du Neveu de Rameau, qui s’égalait parfois à la faconde lumineuse qui fit la gloire médiatique de Jankélévitch et qui aurait pu faire la sienne, s’il l’avait voulu.
Imaginez un personnage à la fois réservé et truculent, l’œil clair, le nez aquilin, le verbe chantant et syncopé. De face, il porte cravate. De profil, il arbore un catogan d’une longueur démesurée, qui lui donne un air vaguement indien.
Dans son essai sur La France sensible, publié en 1985, il contait la longue passion qui l’avait lié, enfant, à une tribu de gitans. La culture populaire, telle qu’il la décrivait, s’incarnait dans sa physionomie. Il la concevait comme le rituel sans le mécanique, le collectif sans la massification, l’organique sans le code hiérarchique et fonctionnel, la spontanéité sans le désordre, le sacré sans l’Église. Un rêve, quoi. Un rêve soixante-huitard. Ses gens de peu venus du fond des âges, dessinaient le portrait du seul type d’homme, ni égoïste ni sacrificiel, ni calculateur ni irréfléchi, qui pût selon lui rendre encore notre planète habitable.
Ses livres, je le crois, resteront. Qu’il s’agisse de sa thèse de jeunesse, Poétique de la ville, de La France sensible, des Cahiers d’enfance ou des Gens de peu, Sansot partageait avec Roland Barthes le don rare de savoir traduire en signes une civilisation en pleine mutation. Mais Barthes plaquait des concepts sur les choses. Pierre Sansot laissait les choses parler d’elles-mêmes. La chose est avant le concept, le mot avant l’idée. Point chez lui de codes ni de structures. Encore moins de déterminismes réducteurs, comme chez Bourdieu, son exact antonyme. Sa famille est celle des écrivains qui aiment pour comprendre, non celle des experts qui comprennent pour mépriser. Peu de gens, même parmi les gens de peu, auront su, comme lui, recomposer la secrète alchimie de nos émotions et de nos pensées à travers l’observation sensible des menus faits, des réalités quotidiennes dont notre vie est tissue. Sans avoir fait école, Pierre Sansot est loin d’être resté solitaire dans son projet. Au moins depuis Perec, une vaste littérature phénoménologique a pris son essor, délaissant les « grands sujets » pour tenter de rétablir, en commençant par l’infiniment petit, le lien brisé entre la conscience et le monde. Mais Pierre occupe à mon sens une des toutes premières places parmi ces entomologistes du je ne sais quoi et du presque rien, qui sont les fondateurs de l’art à venir.
André-Gérard SLAMA Professeur à l’École des Sciences Politiques, Éditorialiste au Figaro et Chroniqueur à France Culture (Émission du 10 mai 2005)
André Signoles (1946-2005)
La disparition, le 13 mars dernier, à l’âge de 58 ans, de notre collègue et ami André Signoles, a suscité en nous un profond sentiment d’injustice et une très grande tristesse.
Originaire de Bédarieux, dans les hauts cantons de l’Hérault, où il naquit le 30 septembre 1946, mais également catalan par filiation maternelle, André était resté profondément lié à son terroir. Élève au Lycée Ferdinand Fabre de Bédarieux, il s’éveille très tôt à l’archéologie de terrain à travers les activités du club archéologique du lycée, animé par Robert Gourdiole et Robert Guiraud, avant de participer assidûment à de nombreux chantiers de fouilles comme ceux du site de Lascours ou du chœur de la cathédrale de Lodève.
Très attaché au patrimoine de sa région natale, André a su communiquer son savoir et son enthousiasme par ses nombreux articles publiés depuis 1978 dans le Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons, cette association dans laquelle il s’était investi avec tant de générosité. Il en fut membre fondateur en 1978, avant d’en assurer la présidence de 1983 à 1999, préférant, à cette date, transmettre son fauteuil présidentiel, tout en continuant à faire bénéficier la société de ses compétences et de ses relations étroites et toujours cordiales avec le monde scientifique.
Diplômé en Histoire de l’art de l’Université Paul Valéry – Montpellier III, ses premières recherches, – si l’on excepte son mémoire de maîtrise consacré au peintre bédaricien Pierre-Auguste Cot (il en tirera en 1978 un article pour notre revue) – ont porté, dès 1975, sur l’architecture gothique en Languedoc méditerranéen, recherches qu’il souhaitait poursuivre jusqu’au doctorat, ce que n’a pas permis son activité professionnelle.
Il a d’abord été affecté, entre 1971 et 1978, au Service régional de l’Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de La France, en qualité de chercheur. On lui doit le « pré-inventaire » exhaustif de plusieurs cantons … héraultais, proches de sa ville, et celui du Larzac méridional. Intégré en 1994 dans le corps des conservateurs du Patrimoine, il était, depuis 1998, chargé d’études documentaires à la Conservation régionale des monuments historiques (CRMH) au sein de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), où il avait en charge les départements de l’Aude et des Pyrénées-Orientales.
Son implication en matière de protection des monuments historiques et de sauvegarde du Patrimoine, au sens le plus large du terme, a été exemplaire. Il a instruit de nombreux dossiers de protection (classement ou inscription au titre des M.H.) dans ces deux départements, assuré le suivi de contrats d’études confiés par la CRMH à des personnalités extérieures, ou encore largement contribué à l’inscription du Canal du Midi, en 1996, et de la Cité de Carcassonne l’année suivante, sur la liste du Patrimoine mondial de l’Humanité, dressée par l’UNESCO. Aucune thématique ne lui était étrangère : l’architecture religieuse et civile mais aussi l’architecture thermale, l’habitat traditionnel des pêcheurs, les arènes de courses camarguaises, ces lieux d’une culture non savante qu’il aimait particulièrement. On lui doit aussi la protection de la fameuse chambre du poète Joë Bousquet, à Carcassonne, et celle du camp d’internement de Rivesaltes…
À ses publications et communications à des colloques, André Signoles, fidèle à sa volonté de partage du savoir, ajoutait, dans le cadre associatif, des conférences, des visites de monuments et des expositions. Il a également participé à des émissions de radio et de télévision et, enfin, collaboré à la rédaction du Guide Bleu Languedoc-Roussillon (éd. de 1988), du Guide du Patrimoine (1996) et du Guide Gallimard Hérault (2004) sa dernière contribution.
Les hommages unanimes de ceux qui l’ont accompagné le 15 mars à sa dernière demeure, et nous fûmes nombreux, ont très justement souligné sa passion, sa compétence, sa rigueur dans sa défense du Patrimoine régional. Mais au delà de l’estime réelle que nous avions pour le chercheur et le conservateur, nous garderons aussi de lui l’image d’un « éternel jeune homme » à la personnalité chaleureuse et d’un bon vivant « au large sourire », amateur de peinture et peintre lui-même, pour qui l’amitié n’était pas un vain mot et qui vivait pleinement la leçon du Brassens des Copains d’abord. Ce Brassens dont « Dédé » était si proche, même physiquement, et qu’il savait si bien interpréter (les plus anciens se souviennent encore de son Gorille qu’il accompagnait lui-même à la guitare !) André, tu es toujours parmi nous…
Jackie ESTIMBRE et Jean NOUGARET
Travaux et publications
« L’architecture gothique méridionale dans l’ancien diocèse de Lodève ». Un diocèse languedocien, Lodève Saint-Fulcran. Mille ans d’histoire et d’archéologie. Millau, Maury, 1975, p. 182-199.
« La collégiale Saint-Paul de Clermont-l’Hérault ». Un diocèse languedocien, Lodève Saint-Fulcran. Mille ans d’histoire et d’archéologie. Millau, Maury, 1975, p. 200-213.
« Pierre Auguste Cot, peintre (Bédarieux, 1837 – Paris, 1883) ». Études sur Pézenas et l’Hérault, IX, n° 2 – 1978, p. 17-33.
« Vestiges gallo-romains au Pic de Tantajo, commune de Bédarieux ». Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons, n° 1 – 1978, p. 51-54.
« Les tours de Cazevieille (XIIe-XIIIe s.) ». Cazevieille, notes d’histoire. Montpellier, imprimerie de recherche de l’Université Paul Valéry, 1978, p. 7-10.
« Église Saint-Etienne de la Figarède ». Cazevieille, notes d’histoire. Montpellier, imprimerie de recherche de l’Université Paul Valéry, 1978, p. 11-18.
« La chapelle Saint-Joseph (Pic Saint-Loup) et la nouvelle église Saint-François d’Assise à Cazevieille ». Cazevieille, notes d’histoire. Montpellier, imprimerie de recherche de l’Université Paul Valéry, 1978, p. 19-20.
Participation à la rédaction du catalogue de l’exposition Le portrait à travers les collections du Musée Fabre. XVIIe, XVIIIe, XIXe siècles. Montpellier, Ville de Montpellier, 1979. [P. 90, notice sur le tableau de Pierre-Auguste Cot, « Mireille faisant l’aumône à la sortie de l’église St-Trophime en Arles, le dimanche des Rameaux (1882) »].
« L’architecture rurale du Larzac méridional ». En collaboration avec Geneviève Jourdan. Connaissance du Pays d’Oc, n° 37, mai-juin 1979, p. 20-28.
« L’ancien prieuré Saint-Cyr et Sainte-Julie à Saint-Xist, commune de Latour-sur-Orb ». Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons, n° 2 – 1979, p. 71-83.
« Notes relatives à la seigneurie de Sorbs au diocèse de Lodève, du XVIe au XVIIIe s. ». Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons, n° 3 – 1980, p. 86-105.
« Le verdet en Languedoc à l’époque moderne ». En collaboration avec Ghislaine Fabre. Études sur Pézenas et l’Hérault, XII, n° 2 – 1981, p. 31-40.
« Architecture gothique méridionale innovation et tradition ». Ils ont bâti en Languedoc. Catalogue de l’exposition Pézenas, juillet septembre 1982), p. 33-38.
« Les cabanes de pêcheurs Le Bourdigou ». Ils ont bâti en Languedoc. Catalogue de l’exposition (Pézenas, juillet septembre 1982), p. 49-51.
« L’ancienne chapelle Saint-Georges de Lunas ». Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons, n° 5 – 1982, p. 30-41.
« Formation et développement de l’architecture gothique méridionale ». Vieilles Maisons Françaises. Hérault, n° 96, avril 1983, p. 40-43.
« Le décor lombard de l’ancienne église Saint-Pierre de Neyran à Saint-Gervais-sur-Mare ». Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons, n° 6 – 1983, p. 70-83.
« Une chapelle préromane méconnue : Saint-Sauveur de Palagret à Bédarieux ». Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons, n° 7 – 1984, p. 71-78.
« L’église préromane Saint-Raphaël de la Bastide à Bédarieux ». Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons, n° 7 – 1985, p. 79-86.
« Bulletin de santé de quelques monuments historiques de Hauts Cantons de l’Hérault ». Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons, n 8 – 1985, p. 140-149.
« Le vieux temple de Faugères ». Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons, n° 8 – 1985, p. 74-78.
Vivre à Bédarieux de 1870 à 1940. Bédarieux, Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons, 1985.
« La fonderie de cloches de François Granier (Hérépian, Castanet-le-Bas ». Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons, n° 9 – 1986, p. 159-179.
« De la fréquence annuelle des protections au titre de la loi sur les Monuments Historiques pour la région du Languedoc-Roussillon, 1840-1985 ». Du neuf avec du vieux ou comment vivre avec son patrimoine. Montpellier, Office régional de la Culture, 1986, p. 81-85.
Participation à l’ouvrage Le paysage monumental de la France autour de l’an Mil. Paris, Picard, 1987. [Notices : p. 431-432, Bédarieux, Saint-Raphaël-de-la-Bastide ; p. 432-433, Bédarieux, Saint.-Sauveur-de-Palagret ; p. 434-435, Lunas, Saint-Georges].
« Éditorial pour un anniversaire ». Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons, n° 10 – 1987, p. 3-6.
Collaboration au Guide Bleu Languedoc-Roussillon. Paris, Hachette, 1988. [Le Larzac méridional, les Gorges de la Vis, Lamalou-les-Bains et ses environs, Bédarieux et ses environs].
« Le château de Gaussan, commune, de Bizanet (Aude) ». Châteaux médiévaux de l’Aude. Carcassonne, Centre d’Archéologie Médiévale du Languedoc, 1988.
« Le prieuré Saint-Pierre-de-Brousson à Boubals ». Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons, n° 12 – 1989, p. 75-90.
Bédarieux au quotidien, 1939 – 1989. Millau, Mamy, 1990.
Maguelone, ancienne cité épiscopale. Montpellier, Espace Sud, 1992.
« La chapelle préromane Sainte-Madeleine de Plaussenous ». Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons, n° 16 – 1993, p. 49-60.
« Les arènes du Bas-Languedoc. Sauvegarder l’immatériel ». En collaboration avec Christian Jacquelin et Frédéric Saumade. Monuments Historiques, n° 187 (Languedoc-Roussillon), 1993, p. 102-104.
« La vente de la métairie La Bastide (possession de l’abbaye de Villemagne) en 1597 ». Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons, n° 17 – 1994, p. 87-101.
« Découverte d’une pierre tombale médiévale à Bédarieux ». Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons, n° 18 – 1995, p. 31-36.
Participation au Guide du Patrimoine. Languedoc-Roussillon. Paris, Hachette, 1996.
« Une floraison d’abbayes ». Vieilles Maisons Françaises, n° 168, juillet 1997, p. 52-57.
Collaboration à Carcassonne, une cité Patrimoine de l’Humanité (avec Marie-Geneviève Colin, Olivier Poisson, Philippe Satgé). Carcassonne, imprimerie Bonnafous, 1999.
« La fonderie Granier à Hérépian ». Chants des cloches, voix de la terre. Montpellier, Les Presses du Languedoc, 2000, p. 69-70.
« Les clochers de tourmente du Mont Lozère ». En collaboration avec Christian Jacquelin et Marie Caer. Chants des cloches, voix de la terre. Montpellier, Les Presses du Languedoc, 2000 p. 99-105.
« Préserver l’usage social du monument : les arènes de bouvine ». En collaboration avec Christian Jacquelin. Domestiquer l’Histoire. Ethnologie des Monuments Historiques. Paris, Éditions de la Maison des Sciences de l’Homme, 2000, p. 189-193.
Collaboration au Guide Gallimard. Hérault. Paris, Gallimard, 2004 [Les Monts d’Orb et Le Lodévois-Larzac].
Les tableaux de la vie de saint Guilhem attribués au peintre E. Loys (1724-1788)
Jusqu’à la Révolution Française, le chœur de l’abbatiale de Gellone à Saint-Guilhem-le-Désert était décoré de quatre grands tableaux, attribués au peintre montpelliérain E. Loys (1724-1788) représentant les moments essentiels de la vie du saint fondateur. À la Révolution Française, l’abbatiale devint unique église paroissiale (en remplacement des deux anciennes paroisses désaffectées Saint-Barthélemy et Saint-Laurent) et un inventaire fut effectué et par les autorités municipales et par les autorités civiles du District de Lodève. Tous les objets strictement nécessaires au culte furent laissés sur place mais les autres, dont ces tableaux, furent transportés à Lodève. Pour des raisons inconnues, le temps passant, la Commune ne réclama pas à Lodève ces œuvres. Par contre deux autres communes, Pouzols et Vendémian – qui avaient subi les mêmes transferts – réclamèrent et obtinrent, par erreur, la première l’un des quatre, la seconde deux autres (la destination du quatrième est toujours inconnue). Plus tard, une réclamation fut présentée par l’abbé Vinas (curé de 1843 à 1848) à Vendémian mais n’obtint pas de succès. Par contre celui de Pouzols revint à Saint-Guilhem-le-Désert, au mois de juillet 2005, après une belle restauration, et il a été replacé dans l’église paroissiale (Midi-Libre des 24 et 29 juillet 2005).
À ce jour, la commune de Saint-Guilhem-le-Désert continue de revendiquer les deux tableaux conservés à Vendémian qui ne dispose d’aucun titre de propriété et qui s’honorerait en les remettant à la paroisse légitime. Cette demande en restitution d’un patrimoine communal est suivie avec attention par les autorités administratives et les spécialistes du Patrimoine [Jean de Claris].
Jacques Proust (1926-2005)
Avec Jacques Proust, professeur honoraire à l’Université de Montpellier III, Université Paul Valéry, disparaît le fondateur du Centre d’Études du 18ème siècle qui, de 1961 à sa retraite, avait su décrypter les arcanes du siècle des hommes de la Liberté. Spécialiste de Diderot, il a consacré toute sa dynamique à l’édition des Œuvres Complètes et à la « défense et illustration » de l’Encyclopédie. J. Proust était un maître et un directeur de mémoires et de thèses particulièrement exigeant car il considérait de son devoir d’accompagner les travaux qu’il dirigeait. Cette volonté déterminante rend compte de la qualité des études faites sous sa direction.
Son abord, parfois austère, cachait un cœur disponible et ses engagements politiques et philosophiques ont toujours été marqués au sceau de la rigueur, de la fidélité et de la réflexion. Son souvenir et ses études nous resteront précieux. [J.-Cl. R.]
Max Rouquette (1908-2005)
Après la disparition de B. Mancie, celle de Max Rouquette endeuille le monde occitan et, bien au-delà, les passionnés de littérature. Un prix Nobel de littérature aurait dû consacrer celui qui depuis l’âge de 18 ans donnait à l’écriture toute sa vie. Fondateur ou responsable de revues, ouvert sur toutes les littératures françaises et étrangères, Max Rouquette était réellement un écrivain « au-delà des frontières ». De sa vie de médecin rural il avait gardé les racines de son Pays. Les honneurs ne l’ont jamais entraîné à célébrer les puissants du jour, tant, pour lui, dignité de l’œuvre et dignité de l’homme étaient liées. Défenseur du « sport national » le tambourin, il est juste que la place des Arceaux à Montpellier porte désormais son nom à quelques encablures du Peyrou où les allées restent parcourues par les fantômes des Valéry, Gide ou Jean Moulin… D’Argelliers à Aniane, de Saint-Saturnin à Saint-Guilhem-le-Désert et Montpellier, Max Rouquette nous a laissés sur le bord de la route : « Je suis parti, avec mes regards, mon temps de passé et d’avenir, mes pauvres trésors de pacotilles. À pas légers, choisissant l’herbe souple pour y poser le pied, sans aucun bruit, sans faute. Reste le silence, et l’obscure, l’invisible présence de l’être, Encore ». (Déserts, Auch, 1995, collection L Arrière Pays)… « Demora lo silenci, e l’escura, l’enveirenta preséncia de l’èstre ». [J.-Cl. R.].
Jean-Pierre Suc (1927-1960)
Jean-Pierre Suc, montpelliérain, élève des Beaux Arts, était plus connu, depuis 1951, comme pianiste de jazz au cinéma le Rabelais et dans la cave de l’Ambiance, sur l’Esplanade. C’est la musique qui le conduit à Paris où avec Henri Serre, rue Descartes, il créé et anime le Cheval d’Or. C’est là que se retrouvent écrivains, acteurs et cinéastes. Auteur de chansons, il adapte Paul Valéry ou Tristan Corbière et représente dans la capitale, avec Boby Lapointe, Georges Brassens… L’Hérault qui, entre les années 45/50 et 60/70, a tenu là, en ce domaine, le haut du pavé. [J.-Cl. R.].
Le Midi Rouge
Le Bulletin de l’Association Maitron Languedoc-Roussillon : le Midi Rouge vient de paraître (n° 5, juin 2005 diffusion CEPEL, Faculté de Droit, 39 rue de l’Université, 34060 Montpellier Cedex). Il s’agit de réaliser les notices biographiques du mouvement ouvrier régional, de toute tendance, pour la période qui va jusqu’aux années 1970.
Cette recherche vise aussi à faire en sorte que les archives des mouvements et de leurs responsables gagnent les archives départementales afin qu’elles constituent les bases des études actuelles et à venir. Pour des raisons diverses – y compris des questions personnelles ces archives sont conservées par des familles qui, ignorant souvent leur intérêt historique, peuvent être conduites, purement et simplement, à les détruire. C’est donc, en quelque sorte, un appel à la conscience de nos concitoyens, pour que ces dossiers aient la meilleure destination, celle des Archives départementales (pour l’Hérault, Archives de l’Hérault, 2 avenue de Castelnau, CS 54495, 34093 Montpellier Cedex – Tél : 04.67.14.82.14 – Fax : 04.67.14.82.44). [J.-Cl. R.].
Catalogue des oeuvres du peintre Jean-Aristide Rudel (1884-1959)
J.-A. Rudel, peintre montpelliérain dont une rétrospective en 1962 au Musée Fabre a montré l’importance, s’est attaché aux paysages méditerranéens. Dès 1910, il a peint des figures féminines sur les plages de Palavas et de Maguelone : les « baigneuses » restèrent son thème de prédilection. Aujourd’hui, son arrière petit-fils, M. David Rudel, (Tél : 01.39.73.81.15 et 06.23.84.54.59), a entrepris le Catalogue raisonné et souhaiterait disposer de renseignements des propriétaires d’œuvres ou des familles qui, à un titre ou un autre, ont pu être en relation avec J.-A. Rudel. [J.-Cl. R.].
Causses et Cévennes au Patrimoine mondial de l’Humanité ?
En 2005-2006, l’ensemble Causses et Cévennes, établi sur cinq départements et trois régions, sera présenté au Comité du Patrimoine Mondial de l’U.N.E.S.C.O. pour un classement. Cet important dossier, conduit par la Préfecture de la Lozère, a fait l’objet d’un examen de terrain, en septembre 2005, par deux experts internationaux. L’Hérault, en sa bordure méridionale du plateau du Larzac, est concerné et le Conseil Général a mis tout en œuvre pour le succès de cette candidature.
À Saint-Guilhem-le-Désert – déjà classé depuis 1998 au Patrimoine Mondial dans le cadre des établissements majeurs situés sur les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle abbatiale de Gellone (XIe siècle) et Pont du Diable (1029-1031) – les experts ont été accueillis au début de leur mission, le 18 septembre 2005. À cette occasion, une courte réimpression du Mémoire sur les antiquités du Larzac du Baron de Gaujal (1772-1856), (Caen, 1836, 18 pages et 2 planches) a été réalisée par la Municipalité et offerte aux personnalités.
Ce Mémoire est le premier imprimé relatant une présentation du plateau avec ses richesses géologiques, archéologiques et historique. [J.-Cl. R.].
Dictionnaire de l’Académie Française (9ème édition)
L’Académie Française poursuit la nouvelle édition du Dictionnaire (I, A-ENZ, 1992 ; II, EOC-MAP, 2000) avec 7 fascicules (2001-2004) réunis, peu à peu, en volumes. Il s’agit d’un instrument de travail, officiel et précieux, qui concourt, avec la dernière édition du Grand Robert de la Langue Française, Paris, 2001, en 6 volumes, à un approfondissement de la langue française, sans pour autant, ne l’oublions pas, rendre obsolètes les dictionnaires antérieurs généraux et, à plus forte raison, thématiques. (J.-Cl. R.].
Un nouvel éditeur en région : Romain Pages Editions
Saluons la naissance à Sommières (Gard) de Romain Pages Éditions qui édite des ouvrages généraux (Le Sacre de S.M. l’Empereur Napoléon, Le Caire, Venezuela, Pékin…) mais aussi quatre collections à sujets régionaux (en coédition avec le quotidien le Midi-Libre) Patrimoine (Montpellier, Cathares, Abbayes, Carcassonne, Fêtes), Terroir (Cuisine, vins, fêtes…), Découverte (Sites, villages, châteaux) et Randonnées (Garrigue, parc naturel, flore…). De nombreuses opportunités donc qui s’ouvrent pour la promotion de la région Languedoc-Roussillon. [J.-Cl. R.].
Journées de la Libération à Saint-Guilhem-le-Désert
On se rappelle qu’au mois d’août 2004, dans le cadre du 12ème centenaire de la fondation clé la Commune, une part spéciale avait été réservée, les 28 et 29 août, à la commémoration de la Libération de notre Région.
Ces manifestations ont été les plus importantes du département de l’Hérault et grâce au concours d’un très large partenariat ont obtenu un succès considérable.
Depuis l’été dernier, le travail est en cours pour donner les Actes de ces cérémonies dans un volume qui en retracera le compte rendu et donnera les conférences prononcées sous la présidence exceptionnelle de Madame Lucie Aubrac.
Ce volume sera préfacé par le Général Yves Jacobs, commandant l’École d’Application de l’Infanterie et la Place de Montpellier, délégué Militaire départemental, qui avait présidé l’ensemble de cette commémoration.
Les personnes intéressées peuvent se manifester auprès du Secrétariat de la Mairie de Saint-Guilhem-le-Désert et laisser leurs coordonnées afin de recevoir, le moment venu, le Bulletin de Commande. [J.-Cl. R.].
Editions Universitaires et autres
La Société des Lettres, Sciences et Arts de l’Aveyron (B.P. 125, 12001 Rodez Cedex) publie un volume concernant la Terre et Paysannerie en Rouergue, Xe-XXe siècle qui, compte tenu de l’importance de ces thèmes en Aveyron, dépassé largement le département et intéresse donc le nôtre.
La Société Astronomique de France (3 rue Beethoven, 75016 Paris) édite Paroles de Soleil, devises des cadrans solaires de France qui est le catalogue de toutes les devises répertoriées sur les cadrans quelles que soient les langues employées. C’est donc, à la fois, un instrument de connaissance historique et littéraire mais aussi un « manuel épigraphique » pour retrouver les légendes altérées.
L’Université Paul Valéry de Montpellier III publie la revue Lieux littéraires, du Centre d’Études Romantiques et Dix-neuviémistes qui est constituée de numéros à thèmes (La Conversion, Critique musicale…).
On signalera, ici, le Répertoire des Travaux universitaires inédits sur la Période Révolutionnaire, édité à Paris, en 1990, par la Société des Études Robespierristes – Institut d’Histoire de la Révolution Française, qui recense, par auteurs, mémoires, diplômes et thèses soutenus dans les universités.
Les éditions Arts et Traditions Rurales (Trois Fontaines, 34230 Le Pouget) ont édité ou collaboré à la diffusion de plusieurs ouvrages concernant l’Hérault : Cl.-D. de Laurés, Mémoires pour servir à l’histoire de la ville de Gignac et de ses environs, Le Pouget, 2004 (manuscrit original et inédit, du 18e siècle) ; E. Bonnet, Dictionnaire des artistes et ouvriers d’art du Bas-Languedoc (Aude, Gard, Hérault, Lozère), Montpellier, 2004 ; Collectif Hérault 1851-2001, Les victimes du coup d’État de 1851, Listes des inculpés devant la Commission Mixte de 1852, Le Pouget, 205 ; L. Anglade, Les marbres des autels d’abbatiales et d’églises paroissiales de l’Hérault et de l’Aude XVIIe-XVIIIe siècle) – Le Pouget, 2004.
Mines de charbon et bauxites
- Crepel qui avait publié, en 1995, Le Haut Pays Minier, Histoires et techniques vient de donner un nouvel ouvrage : Les Bauxites du Languedoc-Roussillon (Aix-en-Provence, Édisud, 2005). L’auteur, ingénieur divisionnaire de l’Industrie et des Mines, connaît parfaitement son sujet à un moment où les gisements français sont épuisés et où, en Languedoc-Roussillon et Provence, comme pour les mines de charbon, cette mémoire disparaît peu à peu.
Recherches récentes sur le pilier du cloître de l’abbaye de Gellone représentant la Traditio legis
À l’occasion des Journées du Patrimoine, l’association Le Désert Imaginaire a organisé, dans le cadre de la Chapelle des Pénitents Blancs de Saint-Guilhem-le-Désert, une table ronde afin d’étudier un ensemble de sculptures, actuellement conservé au Musée Languedocien de la Société archéologique de Montpellier, depuis le 19ème siècle.
Constitué de trois panneaux qui pouvaient occuper, comme l’a proposé Jean-Claude Richard, l’angle sud-est du cloître inférieur, à la hauteur de la porte principale d’accès au cloître ,ces sculptures datées, comme celles des galeries Est et Sud, du dernier quart du 12ème siècle, sont connues depuis longtemps : elles ont été considérées comme la représentation d’une Traditio Legis avec le Christ, dans l’axe et, de part et d’autres, les Apôtres (cf. R. Saint-Jean, D. Kuentz et Ph. Lorimy, Saint-Guilhem-le-Désert, la sculpture du cloître de l’abbaye de Gellone, Montpellier, 1990, avec d’excellentes photographies des sculptures ici concernées).
Récemment Mme Lydia Siberling-Rickenbach (Lehre oder Busse – Saint-Gilles oder Silos ?, Zu drei Reliefs aus Saint-Guilhem-le-Désert, Opus Tessellatum, Festschrift für Peter Cornelius Claussen, Hildesheim, 2004, p. 263-273) ayant découvert au pied du personnage qui est à la droite du Christ un coq (ce qui n’avait jamais été observé) a proposé d’interpréter la scène comme une illustration du « reniement de Saint-Pierre ».
En l’absence de l’auteur de cette nouvelle proposition, G. Malle, maîtresse de conférences à l’Université Paul Valéry-Montpellier III, a présenté l’étude de Mme, Sieberling. Pour sa part D. Labrosse qui a publié une étude sur le Cloître en 2002 (Archéologie du midi médiéval, 20, 2002, p. 1-36, s’appuyant sur le travail et les propositions de ses devanciers, a montré comment cet ensemble de trois panneaux prenait place dans l’architecture de l’angle sud-est des galeries basses du cloître.
Les auditeurs n’ont pas manqué de réagir et de faire valoir des doutes sur le rapprochement entre les deux panneaux latéraux et le panneau axial mais aussi sur la scène elle-même. Le coq n’est-il pas seulement une identification de Pierre et était-il bienvenu en cette place éminente de représenter… le « reniement de Pierre » (scène secondaire de la façade de l’église de Saint-Gilles-du-Gard). De plus, pour le panneau axial : qui sont les deux personnages à la gauche du Christ, l’un entier, le second marqué seulement par une partie haute du corps et non nimbé ; Pierre, à droite, est très incomplet car la sculpture a subi, de haut en bas, une amputation (de combien ?). Enfin, on a fait remarquer que les personnages des deux panneaux latéraux, 3 + 5, n’avaient pas de nimbes !
Voilà donc, semble-t-il une réflexion qui n’est pas terminée et il faut remercier Mme, Sieberling d’avoir, par son hypothèse, relancé un débat dont on attend, avec attention, les prochains développements. [J.-Cl. R.].
Musée de la France et de l’Algérie
L’annonce par la ville de Montpellier de réaliser un Musée sur ce thème, dans les locaux de l’ancien quartier général, rue Joffre, pour 2007/2008, a retenu l’attention des Études Héraultaises qui pourraient, à cette occasion, réaliser un numéro spécial thématique tant les sujets qui lient l’Hérault à l’Algérie sont nombreux et divers. Non seulement sur le plan historique général, mais aussi dans les domaines économiques (viticulture, par exemple), artistiques (artistes de l’Hérault ayant œuvré en Algérie ou œuvres conservées dans l’Hérault) et sociaux, il serait bienvenu de faire le point et de mettre en valeur les liens qui ont été établis sur les deux bords de la Méditerranée. [J.-Cl. R.].
Aniane et la sculpture médiévale
Pendant longtemps, à Aniane, tout élément de sculpture médiévale mis au jour – souvent en réutilisation dans les constructions civiles – était considéré comme appartenant au monastère de Saint-Guilhem-le-Désert. Le transfert par P.-Y. Vernière de sculptures gellonaises dans son jardin élyséen près de l’église d’Aniane alimentait cette considération. En réalité, la collection Vernière comprenait des éléments – dont le chapiteau dit des Enfers, aujourd’hui au Musée des Cloîtres de New-York, associé par erreur, aux chapiteaux de Gellone – qui étaient de provenance anianaise comme le disait à ses visiteurs le collectionneur lui-même.
Depuis plusieurs années, des éléments sculptés médiévaux sont régulièrement mis au jour chez des particuliers et leur nombre et leur qualité ne laissent pas de poser la question de leur origine. Il devient, donc, de plus en plus probable qu’ils appartiennent à la décoration médiévale du monastère Saint Sauveur d’Aniane (cloître, église…). La difficulté provient du fait que les mauristes, aux XVIIe et XVIIIe siècles, ont fait table rase de quasiment toutes les constructions antérieures qui, pour la plupart, avaient été ravagées par les troupes des Protestants, au XVIIe siècle. Rappelons qu’à ce jour, il ne subsiste aucun élément d’architecture visible antérieur à l’époque classique.
Par ailleurs, il n’est pas malvenu de penser que les constructions du 8e siècle et des deux siècles suivants ont pu être complétées ou même remplacées par des œuvres des XIe et XIIe siècles, siècles du grand développement de la sculpture régionale. On aurait donc des membra disjecta qu’il convient de recueillir soigneusement car ils représentent la meilleure chance de parvenir à éclairer le patrimoine artistique médiéval de l’abbaye d’Aniane.
Une dernière considération certes s’il était possible d’effectuer les fouilles archéologiques sur l’ensemble des bâtiments actuels et alentour, on pourrait mieux répondre à la question que nous posons. Les recherches conduites, il y a quelques années, par le Service Régional de l’Archéologie – encore inédites à ce jour – n’ont en tout cas rien apporté à notre problème. Il faudra donc donner la plus grande attention à tous les éléments encore présents ou qui seront découverts, la plupart du temps, fortuitement à Aniane. [J.-Cl. R.].
Quelques livres, catalogues, actes de colloques ou congrès récemment reçus
Nous signalerons quelques publications qui nous ont été adressées et qui nous semblent d’un bon intérêt pour nos lecteurs : J. Astor, Dictionnaire des noms de familles et noms de lieus du Midi de la France, Millau, 2002 ; X. Barral i Altet, Haut Moyen Age de l’antiquité tardive à l’an mil, Cologne, 1997 ; Cantalausa, Diccionari general occitan a partir dels parlars lengadocians, Rodez, 2003 ; R. Dugrand – R Coularou, Il était une fois Ganges (1850-1950), Saint-Hippolyte-du-Fort, 2000 ; Q. Cazes, Le quartier canonial de la Cathédrale Saint Etienne de Toulouse, Carcassonne, 1998 : A. Debord, Aristocratie et pouvoir, le rôle du château dans la France médiévale, Paris, 2000 ; J.-P. Desprat, Les Enfarinés, Rodez, 2000 ; D. Jasmin, Henry Espérandieu, la truelle et la lyre, Arles, 2003 ; J. Juillet, Templiers et hospitaliers en Quercy : les Commanderies, Cahors, 1999 ; F. de Lannoy et J. Labrot, La croisade albigeoise, Bayeux, s.d. ; C. Martin, Les compagnies de la Propagation de la Foi (1632-1685), Paris, Grenoble, Aix, Lyon, Montpellier, Genève, 2000 ; P.-M. Martin, Vercingétorix, le politique le stratège, Paris, 2000 ; M. Veissière, La collégiale Notre-Dame du Val de Provins au Moyen-Âge (1193-1359), Provins, 1998 ; Hommage à Monseigneur Michel Veissière, (1923-1996), Meaux, 1997.
Parmi les ouvrages collectifs :
L’album photographique, histoire et conservation d’un objet, Journées d’Études, Paris, 1998, Champs-sur-Marne, 2000 ; Mariage et sexualité au Moyen-Âge, accord ou crise ?, Colloque international de Conques, 1998, (dir. M. Rouche), Paris, 2000 ; Dans l’eau, sous l’eau, le monde aquatique au Moyen-Âge, (dir. D. James-Raoul et Cl. Thomasset), Paris, 2002 ; De l’aventure épique à l’aventure romanesque, Hommage à André de Mandach, Berne, 1997 ; Raynal, de la polémique à l’histoire, (dir. G. Bancarel et G. Goggi), Oxford, 2000 ; Cabaret, histoire et archéologie d’un castrum, les fouilles du site médiéval de Cabaret à Lastours (Aude), (dir. M.-E. Gardel), Carcassonne, 1999 ; La numérisation du service de la préservation et de la valorisation des archives, Châlons-en-Champagne, 1997, Paris, 1998.
Parmi les catalogues, nous retiendrons : Musée Saint-Raymond, Toulouse, Les portraits romains, époque julio-claudienne, (J. Ch. Balty et D. Cazes), Toulouse, 2005 ; Museum Arlaten, Arles, Vanités de faïence entre Provence et Languedoc, carreaux de céramique espagnols, XVe-XVIIIe siècles, Arles, 2000-2001 ; Musée des antiquités de Rouen, Miroirs, jeux et reflets depuis l’Antiquité, Rouen, 2000-2001 ; Château des ducs de Bretagne, Nantes, Les anneaux de la Mémoire, Nantes-Europe, Afrique, Amériques, Nantes, 1992-1994 ; Tate Gallery, The Victorian nude, Londres, 2001 ; Musée de Brou, Bourg-en-Bresse, Images du pouvoir, pavements de faïence en France du XIIIe au XVIIe siècle, Paris, 2000 ; Parc de la Villette, Le diable sucré, gâteaux, cannibalisme, mort et fécondité, Paris, 2000-2001 ; Musée de Vendée, Napoléon Bonaparte et la Vendée, Paris, 2004.
Cette rapide recension bibliographique ne concerne que des livres reçus dont les sujets abordés montent l’intérêt pour la recherche dans l’Hérault et en Languedoc-Roussillon. [J.-Cl. R.].
